À M. DE VOITURE
Monsieur, mon homme vous porte un livre dont M' de La Mothe m'a chargé pour vous. C'est un présent qu'il vous fait en qualité d'académicien \ Par là vous voyés qu'encore que vous ne puissiés rien apprendre
' R Bénéficier de ce côlc-ci des monts, n M.Lillré ne cite aucun exemple sous ce mot. qu'il écrit cismontahi [Dictionnaire de la langue françnine).
- «Bénéficier (le l'autre côté des monts,- synonyme d'« ullramonlainn. M. Liltré a trouvé le mot Iransmonlain dans une satire de 1625.
^ Plénipotentiairerie ne se trouve nulle part. Il semble que ce mot si long et si dur ail fait peur à tout ie monde. Mais (ihapelain, nous l'avons déjà souvent constaté, no redoutait pas ce qu'Horace appelle si plaisamment sesquipedalia verba. Rappelons ici que le mot plénipotentiaire était, à l'époque où nous reporte la piéseute lettre, d'introtluction récente dans la langue, et M. Liltré ue l'a rencontré dans aucun ouvrage antérieur au Discotirs à la Régente de Balzac , discours qui est de \f>l\?>.
* Le lendemain. Chapelain accuse réception au marquis de Montauzier (1° ."571, v°) des lettres qui lui ont été remises pariM' de la Perdie: rfJe ne vous diray point avec quelle joye j'aj veu un homme qui vous ayme presques autant que je fais. . . Cependant je vous diray que nous avons eu une grande victoire à CazaI, ayant forcé les retranclieniens des ennemis et desfait l'armée espagnolle, qui estoit de plus d'un tiers que la nostre. Je ne sçay si la relation en sera piiitliée assés à temps pour renfermer dans ce paquet. L'action est des plus déterminées et des plus mémorables qui se soient faites de mémoire d'hommes, el je
n'ayque faire de vous en représenter l'importance, la connoissant tout autrement que moy, puisque vous estiés d;ms la pince lorsqu'elle fut secourue si glorieusement il y a dix ans. Un des fruits sera sans doute que vous n'aurés, de cette année, aucun embarras de cette armée du Tirol qui se lust sans doute formée vers le haut de l'esté... Au reste il n'y a pas un des six sonnets qui n'ait ses beautés et ses grâces, quoyque d'ailleurs aussy il y ail des lieux qui pourroient esire mieux. Nous les reverrons, cet hyver, ensemble et je vous marqueray du doigt en trois mots ce que je souliaite pour leur perfection. Cependant continués cet innocent exercice et polisses r.Mlemagne par vos diverlissemens. . . Vous m'avés ravy d'estre monlé sur vos grans chevaux en me mandant ce qu'il vous semble du caractère élégiaque de iM" de la Menardière, à quoy je ne vous diray autre chose sinon que c'est un fanfaron de lettres et [en] un mot un baron de Fœneste de grande bave et de peu d'effet. Il faut que par le premier ordinaire M' Conrard vous envoyé la copie d'un sage jugement (|ue Iuy en a lait un de ses amis [Amyiaut] afin que vous ayes le plaisir de voir confirmer le vostre... Je suis en peine de M' le duc de Longueville que la retrailte de Bannier met en extrême péril.-'
' C'était probablement le livre dont il a été déjà question, De l'instruction de M. le Dauphin (Paris, in-4°, 16/I0). M. Livet a reproduit le
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
à TAcadémie, vous ne laissés pas d'y pouvoir profiter et , de la sorte que je vois que l'on vous y estime, si vous y rendiës un peu plus de sujétion', non seulement on vous y donneroit tous les jours des livres, mais je croy que l'on en feroit en vostre honneur.
En récompense de ce petit office, je vous en demande un autre que je tiendray pour bien grand. \ ous me promistes de faire voir M' de Cumonf^ pour mon procès, lorsque je vous monslray la liste de mes juges. L'affaire s'en va bientost sur le bureau^ et, dans la semaine qui vient, je pourray avoir besoin qu'on le voye. Faittes en, s'il vousplaist, un article de vostre Agenda * et instruises si bien les personnes que vous voulés employer à cette sollicitation . qu'elles croyenl force bien de moy et qu'elles en disent encore da-
premier paragraphe de cette lettre {Histoire de l'Académie française, t. I, pièces justificatives, p. 385).
' Voiture, insouciant el léger, négligeait fort, parait-il, ses devoirs d'académicien. Les reproches de son exact el zélé confrère sont bien délicatement glissés sous d'aimables compliments.
- Taliemant des Réaux (t. I, p. 260) parle d'un .Vr de Cumont, de conseiller, homme d'esprit, qui de tout temps estoit le galant de M'"' de Langherac [la troisième femme du maréchal de La Force],') et trqui esloit si avare, qu'il est mort dans son pourpoint, faute d'une chemisette. r, M. P. Paris nous apprend (t. VI, p. igo) que cet Abimélech de Cumont était fils de René de Cumont , comme lui conseiller au Parlement. Le savant commentateur rappelle aussi (t. I, p. a68) qu'il fut un des trois conseillers que M""* de Guise , chargée, en i654, d'accommoder Monsieur avec sa fille Mademoiselle, proposa pour arbitre des prétentions respectives, et il cite l'éloge qu'en fait .Mademoiselle dans ses Mémoires: rC'estoit un homme de beaucoup d'esprit et de mérite, fort éclairé dans sa profession...») M. Chériiel, qui avait oublié de consulter les Historiettes, n'a pas donné le plus petit renseigneiiieut sur M. de Cu-
vantage. Je verray bien si vous avés bonne mémoire , je ne dis pas si vous avés de l'affection , car il me semble que je la voy et je n'en sçaurois avoir plus d'asseurance.
Je vous donne le bonjour et suis, Monï^ieur, vostre, etc.
Le mercredy à niidy i5 may i64o.
CGCCL