À M. CONRARD
Je croiois attendre à vendredy pour respondre à vostre lettre, mais me trouvant une
en marches inutiles et en escarmouches insignifiantes.
3 Balzac (lettre XX du livre XXI, déjà citée ) accueille ainsi cette nouvelle : «Si Monsieur Mesnage me fait l'honneur de me venir voir, je le recevray à bras ouverts, et mon Hermitage se tiendra tout glorieux d'avoir receu un tel Hoste. -n
^ Constera, dans le manuscrit.
^ Ce passage, depuis : J'ay veu M. Mesnage, a été publié par M. Livet {Histoire de l'Académie française, t. I, p. 386 et 887).
« Balzac dit sur ce point (lettre XX du livre XXI, p. 895) : «Je ne connois point l'Abbc d'Anbignac, ni n'ay ouï parler de sa Question des douze heures, ni ne sçay qui sont ces candidati tam injeliciter atnbitiosi. Vous m'obligerez de m'en faire un petit article. ?5
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
heure de loysir, il vaut mieux se descharger de cette dette dès aujourdhuy et mesnager le temps qui peut estre , une autresfois, ne sera pas si favorahle. J'ay raesrae re'soln de respondre au silence de nostre Maistresse', puisqu'elle n'a pas voulu que je respondisse à ses paroles ny à ses escrils. Et certes j'aurois bien un peu de sujet de m'en plaindre, si je ne conside'rois que vous la tenés de si près qu'elle n'a peut estre pas le loysir de se mouscher, que vous ne luy donnés pas le temps de parler, ou si vous luy en laisse's la liberté, que ce n'est que pour vous et non pas pour nous antres qui sommes si malheureux que de n'estre pas malades, ou si maladroits que de ne le pouvoir teindre pour aller après elle chercher du soulagement à nostre passion.
Toutesfois j'ay tort aussy de me plaindre de vous, vous pouviés me faire encore pis que vous n'avés fait; vous pouviés ne luv pas faire voir mes plaintes et c'est grâce que de luy avoir donné mon billet. Jamais rival ne fut si officieux que vous et il est inouy encore que de deux personnes qui ayraenl en mesme lieu, l'une servist de tîdelle confident à lantre. C'est de quoy je vous rens grâces pour vous le revaloir en temps et lieu, mais non pas d'avoir souffert quelle monslrast ce billet à d'autres qu'à vous.
Tout de bon. ceux qui ne me connoissent pas use prendront pour un estrange homme d'user ainsy gaillardement avec une personne aussy retenue qn'est M""' de Chalay. et je crains d'y avoir perdu la réputation de 3se que mes amis m'avoient donnée. Le
• M"' de Chalais, comme on le voit quelques lignes plus bas.
^ Il s'agit là de Yinjustue éprouvée par Louis Servin , avocat général au Parlement de Paris, qui mourut subitement le 19 mars ifiaG, en adressant de fermes reroonlrances à Louis XIII qui tenait son lit de justiœ pour obtenir cer-
stile aura scandalizé M' de Lorrae , quelque approbation qu'il luy ait pieu donner à cette raillerie, et si j'ai lois à cette heure à Boiu"bon, je croy qu'il me voudi'oit traitter de la folie plustost que des obstructions et de tous ces autres maux dont il est le vray Esculape. Je vous supplie, en le remerciant très humblement de ma part du beau madrigal qu'a produit cette bagatelle, de luy dire que je ne suis pas trop fou et qu'il m'arrive peu souvent de faire de ces escapades et que quand je les fais , j'ay encore la discrétion que ce soit fort en particulier. Du reste, si vous ne luy prestes point les louanges dont vous le faittes l'autheur, je vous prie de luy dire aussy que je le recevrois volontiers de luy. si je m'en connoissois un peu digne , pour ce qu'il y a long temps que j'ay ouy dire qu'un des plus sensibles plaisirs est d'estre loué par un homme louable, mesme quand l'éloge ne peut estre soupçonné d'intérest. 11 est vray que je ne lui sois pas si inconnu qu'il vous a dit, s'il a la mémoire aussy bonne que le jugement, et qu'outre plusieurs rencontres où je lay veu et où il m'a veu , nous en eusmes encore une . il n'y a pas deux ans, chés M' le Duc de Longueville et en sa présence, (jui m'avoit fait croire que je luy aurois laissé quelque légère idée de moy. Pour luy, il y a long temps que j'ay la sienne gravée dans l'àme, et dès le temps qu'il me donna l'élégie latine que M' son cousiiî avoit faite contre l'injustice de M' Servin \ le regardant dès lors comme un (le nos premiers hommes, et qui méritoit autant de gouverner les esprits que les corps.
lains édils bursaux. La généreuse mort de Servin a été cclt'-brée en de beaux vers par Abel de Sainte-Marthe, mais bien plus éioquemment encore dans ce distique du conseiller Bouguier :
Scninura una dies pro libcrlalc loqucnlcm VitKt, et oppressa pro liberlate cadeirtem.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
Nous avons bit aujourd'huy de nouveaux officiers, et M' Gonibaud, qui s'estoit opiniasti-ement déposé du vicariat de la chancellerie, par une juslice de la fortune s'est luy mesme, en distribuant les billets, donné celuy quiportoit le nom de Chancelier, dont vous aui'iés ry si vous aviés veu sa surprise. M"^ de Vaugelas s'est trouvé directeur qui feroit très bien la charge , s'il avoit la voix un peu plus haute '. M' Patru a veu ce que vous m'escrivés de luy et m'a dit qu'il avoil receu une lettre de vous où je croy que vous luy estallés davantage la matière. J'ay des conclusions qui me sont encore inconnues, et mon procès pourra ne se juger qu'à vostre relour.
Très humbles baisemains à vostre compagnie.
De Paris, ce 20 juin iG/io.