‹ Lettres. Publiées (volume 2)Chapitre 124 sur 134 · À BOURBON · texte numérisé non relu

À BOURBON

Vous me consolés et mettes ma modestie à l'espreuve et je diray mesme au hazard. Car je ne suis point en garde de vous tt ayant accoustumé de vous entendre parler véritablement, je serois capable de me laisser at-

' Chapelain fait ici allusion à la querelle relative aux choses de théâtre dont il a été déjà question , et dans laquelle l'abbé d'Aubignac avait à la fois pour ad>'ersaires Ménage et La Mesnardière.

trapper aux railleries si elles n'estoient point si descouvertes. De véritables improntus, des esbauchemens de pensées , des billets escrits avec toute sorte de nonchalance et comme nous conversons ordinairement, auroient peu plaire aux excellentes personnes dont vous me parlés ! Gela seroit bon à dire si ces personnes estoient du commun et si vous n'estiés point là pour les divertir de vos délicatesses non communes. C'est pourquoy aussy je ne suis point en peine de ce que vous me mandés et ne crains pas qu'on rae copie , comme il semble que vous m"en vouliés faire peur. Quelque loysir qu'on ait au lieu où vous estes, on nesl pas pourtant réduit à ce mauvais passe-temps, et si l'on en a fait la mine, c'a sans doute esté une feinte pour voir ce que vous en diriés.

.Mais laissons cela pom- vous dire que M' de Grasse est de retour de Dreux plus tost de quinze jours qu'il ne pensoit pour servir en mie affaire d'importance clu-estiennement une personne qu'autresfoisil eust servie dans des mouvemens bien contraires^ Il se porte extrêmement bien et vous désire fort icy. (lisant que, puis qu'il n'a plus que trois mois à demeurer icy, vous n'en sçauriés estre dehors un jour sans lu y faire le plus grand tort du monde. H a achevé ses lettres canoniques. 11 falloit dire Epistres, mais ce qui est escrit est escrit. J'avois dans l'esprit la lettre qu'il mettra au devant du second volume des OEuvres chrestiennes que nous leusmes hier avec attention et esprit de censure. Elle n'est pas longue , et est pleine de beautés . mais de ces beautés graves qui sentent bien la dignité qu'il porte et qui plaist sans affec-

* Celte affaire d'importance était l'affaire de l'abbé de Croisilles, cousin de M"" Paulet, à laquelle Godeaii donnait en celte occasion toute sa charité, après lui avoir autrefois donné toute sa tendresse.

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talion. Je n'ay rien veii encore de luy si judicieux ni si plein. Sur le chemin de Dreux il fit deux ou trois pseaunies en se curant les dents et ne sachant que faire. Il nous les garde pour les Ih-e ensemble à vostre retour.

Je respons à une lettre de M' (rAubiguac et laisse la mienne ouverte afin que vous la voyés auparavant. Vous verres à Paris les termes de la sienne que j'ay mis à couvert pour la pouvoir monstrer. Après avoir leu celle que je luy escris, vous me lerés la faveur de la cacheter et de la luy bailler.

Je suis ravy de ce que vous ramenés M'"" Chalais et je ne comprens point de quel droit sans vous on l'auroit promenée trois mois, comme vous dittes, par la campagne devant que de nous la restituer. La lettre qu'elle m'a escritte lorsque je ne m'y attendois plus est très digne d'elle, et m'a bien confirmé dans l'estime que je faisois de sa vertu. Guérisses, ou non; vous aurés tousjours bien gagné à Bourbon d'avoir esté cinq ou six semaines continuellement avec elle. Mais j'ay tort de mettre en doute si vous guérirés, car quand les eaux vous seroient inutiles, son entretien seul est capable de vous rendre la santé.

De Paris, ce 98 juin lîj^io.

ccccxvni.

A W LE DUC DE LONGUEVILLE

EN ALLEMAGNE

Monseigneur, en revanche de la nouvelle que vostre marche et les heureux commencements de vostre campagne avoient fait respandre , par toute l'Allemagne , de la desfailte entière des Impériaux, les Espagnols firent courir le bruit , il y a six ou sept jours , que la bataille s'estoit véritablement donnée depuis, et qu'après un grand combat enfin

nous l'avions perdue. Nous ne fusmes pas, à la vérité, plus d'un jour dans l'appréhension que la chose ne fust comme ils la publioient, mais il vous sera aisé à croire que ce jour nous dura plus d'une année et que si nous n'en eussions, le lendemain, justiffié la fausseté , il eust esté impossible de nous consoler.

Grâces à Dieu, nous sceusmes, Monseigneur, que les choses estoient tousjours au niesme estât , que vous assiégiés les ennemis dans leurs vallées et que vous leur présentiés tous les jours la bataille inutilement. Tout Paris respira à cette nouvelle, et au lieu qu'il vous avoit loué, un jour devant, les larmes aux yeux , il vous loua alors avec toutes les marques de resjouissance imaginable, et prit plaisir à lire le menu de vostre jonction avec M' le mareschal Bannier, l'accueil qu'il vous avoit fait et les choses qui s'estoient passées sous vostre conduitte et la sienne, depuis le 16 de may jusques au a5 , comme je l'avois fait imprimer sur les originaux '.

Depuis cela, nous sommes dans une attente plus reposée de ce qu'il plaira à Dieu qu'il arrive de la grande affaire que vous avés entre les mains, que chacun reconnoist pour la principalle et pour laquelle on redouble les vœux et les prières de tous costés. Après celle-là , Monseigneur, on est encore fort suspendu d'esprit sur l'événement des deux sièges de Thurin et d'Arras , lesquels ne peuvent réussir sans porter un grand coup pour la bonne cause et rendre la Maison d'Austriche raisonnable pour la paix. En Testât où sont ces deux sièges, il n'y a presque désormais rien qui les puisse faire manquer que le défaut de vivres et la ruine des convois. C'est à quoy il est visible que les Espagnols tendent d'un et d'autre costé , ceux d'Italie ayant

' On sait que Chapelain avait soin d'insérer flans la Gazette la relation de tous les faits d'armes du duc de Longueville.

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eu ordre de .Madrid ne bazarder aucun combat, comme ils s'en donnent bien de garde, et du costé de Flandres . la vieille maxune de ne point donner de bataille s'y observant encore, et d'autant plus que s'ils la perdoient, ou s'ils ne la gaignoient point, ils auroient en mesme temps le prince d'Orange sur les bras avec trente mille bommes.

Nous apprenons d'Espagne que la forteresse d'Oran, en la coste de Barbarie , est attaquée des Mores avec grande puissance et que les Espagnols ont encore occupation de ce costé la '.

Le Prince d'Orange, ayant deux fois tenté en vain le passage du canal de Gand, se tient encore dans son camp de Maldeghem et occupe une partie des Irouppes ennemies dans l'incertitude de ce qu'il peut entreprendre.

Pour nostre siège d'Arras. [il] est formé et nous avons repoussé les ennemis toutes les fois qu'il s'est présenté {sic) pour jetter des secours dans la place où il n'y a pas

^ Les historieDS ne font pas mention de cette attaque d'Oran par les Maures, et la Gazette n'en dit rien non plus. Du reste, tout le Icmps que durèrent les deux expéditions espafjnoles, Oran ne cessa , pour ainsi parler, d'être investi par les indigènes.

- On trouve dans la Gazette du .3 o juin (p. iii) an article contenant la Chasse donnée à la cavalerie cT An-as, et la défaite de ùoo Croates de Ludovic, de aooo fantassins et de quelque cavalerie espagnole. Voici le passage résumé dans le récit de Chapelain : (rLa cavalerie des ennemis voulut souslenir son infanterie, et pour cet efl'et fil ferme quelque temps : mais elle ploya enfin et fut poursuivie par les nostres lousjours luans et frappans avec tant d'ardeur que le marquis de Gesvres, mareschal de camp et capitaine des gardes, ayant passé par dessus une digue jonchée de corps morts des ennemis et pénétré jusque dedans leur camp, garni de 6 pièces de canon , après avoir rendu là , comme partout ailleurs, des preuves de son cou-

deux mille bommes de guerre eu tout. J'ay nouvelles du camp du 27 de ce mois qui promettoient la circonvallation parfaitte au 3o au plus tard. Lamboy est campé vers Bapaume à deux lieues de nous, et le a/», avant envoyé de sa cavallerie pousser nos gardes, nous la ramenasmes battant jusqu'à ses retrancbemens, et là nostre ardeur ayant engagé la pluspart des oÛiciers et des volontaires , le pauvre i\P de Breauté y a esté tué, AP le Marquis de Gesvres blessé et pris avec Aiguebelle". 11 y n eu encore d'autres personnes de marque tués ou blessés' et une quarantaine de cavaliers. Les ennemis y ont perdu /»oo bommes tués ou noyés. Tout fondra là et ce sera un siège mémorable. Dieu vueille donner d'heureuses suitles à vostre grande entreprise! car, selon qu'elle réussira, elle donnera le bransie à tout le reste, mais surtout qu'il luy plaise vous conserver!

Je suis, Monseigneur, vostre, etc.

De Paris , ce 3o juin 1 6io '.

rage, et ayant esté blessé en quatre ou cinq endroits, Y fut fait prisonnier par les ennemis ralliez de leur fuite. . .1 La Gazette annonce aussi la mort du r marquis de Breauté, mesire de camp du régiment de Picardie,:? et la blessure du sieur d'y4iguebère, que Chapelain appelle Aiguebelle. Il faut déridéraenl dire ,ligi«'6(?»-e, divers contemporains, notamment Tallemaiit des l\éaux(l. III, p. 179), ayant écrit ainsi le nom du gouverneur du Monl- Olynipe.

■* Le rédacteur de la Gazette éuumèrc parmi les morts les sieui-s de Nicuvillettc et Miremont, capitaines, La RochegiCTard, cornette, La Loupe, La Londe et le baron de Radrelz, volontaires, et parmi les blessés, les barons du Tour, de Chaumont et d'Ort, les sieurs d'Ezigui, Cominges, Morvilliers, Anbry et Saint-Luc, officiers. . .

^ Le même jour. Chapelain envoya les mêmes nouvelles (f /i3o, v°) au marquis de Monlauzier : «Monsieur, je vous voulois escrire et

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CCGCXIX.

A M. DE BALZAC

À BALZAC

Monsieur, je serois bien marry que vos calomniateurs eussent veu la dernière lettre que vous m'avés escrite à l'endroit principalement où vous parle's de mes sentimens sur les parties essentielles du Poète. Ils auroient , à ce coup , un titre contre vous duquel vous ne vous pourries d<^fendre et il faudroit que vous confessassiés franc que vous avés porté l'hyperbole jusqu'à l'excès en cette occasion. Souvenés vous de vos termes et, après les avoir bien considérés, jugés si Taflection ne vous emporte pas autant en ma laveur qu'autrefois la haine et l'envie ont fait emporter contre vous ces mauvais Arislarques de nostre siècle. J'avoue bien que je vous ay parlé sur ce sujet selon les vrays principes de cet art et que la vérité se trouve dans mes paroles. Mais, après tout, qu'estce qu'un peu de bon sens et de bonté ingénue qui me fait tousjours aller autant que j'ay de lumière du costé de la vérité? Rien ne me plaist tant au monde que de me voir approuvé de vous et je ne donnerois pas vostre suffrage favorable pour les bonnes grâces d'une maistresse que j'aurois trop long temps poursuivie ny pour cette couronne de laurier pour laquelle je me suis condamné à rimer à perpétuité.

Cependant , quand vostre approbation est si éclatante et revestue de tant de magnifiques ornemens,au lieu de me satisfaire, elle m'estorme, et ne me trouvant pas pro-

portionné à cette pompe, j'entre en doute si c'est par jeu ou tout de bon que vous me traittés si bien, et si je suis vrayment ce personnage que vous dittes ou si je n'en suis point un de théâtre. Modérés les éloges que vous donnés à vostre amy. Monsieur, si vous voulés qu'il les reçoive et qu'il en face proffit et ne bazardés point par ces beaux excès ou à luy faire penser que vous ne le loués pas sérieusement, ou à luy faire perdre la seule chose qu'il a de bon qui est sa modestie.

Pour l'autre article dont vous me monstres tant de satisfaction , je vous puis asseurer que je l'ay encore plus grande et que plus je vay en avant, plus je m'asseure que M' Goustard sera mon amy du cœur et que cette société sera douce et agréable. Il y a quinze jours que je vous en escrivis afin que vous vissiés de quelle sorte je correspondois à l'affection qu'il me faisoit paroislre. Je n'ay rien à y adjouster sinon que, comme j'ay esté le dernier à aymer, je seray aussy le dernier à l'ompre l'amitié et qu'il ne tiendra qu a luy qu'elle ne soit éternelle. C'est de quoy vous le pourrés asseurer avec autant de certitude pour le moins que vous m'avés asseuré de ses bonnes intentions pour l'avenir et vous me ferés faveur de me mander comment il aura receu ma response et vos asseurances.

Je vous rens gi-àces de vostre souhait quant à ce qui regarde nostre Achilles'. Sincèrement je le crains plus que je ne le désire, ou, pour mieux dire, je le crains un peu et ne le désire point du tout. Je veux

n'avois rien à vous mander que l'avantage que nous avons eu le ai de ce mois sur la cavallerie de Lamboy dont nous avons tué ou noyé plus de 'loo hommes, mais avantage funeste, puisque le marquis de Gesvres y a esté blessé de sept ou huit coups et pris et le marquis de Breauté avec le chevalier de La Louppe, le marquis de La

Londe, Mombanot et quelques autres officiers tués pour s'estre trop avant engagés dans le retranchement des ennemis, n

'■ 11 s'agit là du futur Louis Xl\ , pour l'éducation duquel, comme nous l'avons déjà vu, on avait songé à Chapelain, lequel aurait été le Chiron de ce nouvel Achille.

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dire pour uia consolation que c'est une pensée favorable de mes amis qui me fait beaucoup d'honneur et qui ne me causera point de peine. Je ne suis point fasché qu'on ait assés bien jugé de moy dans le monde pour me désigner celte magistrature, et je vous jure que s'il y avoit quelque chose qui me peust chatouiller l'esprit dans cet employ, ce seroit cette opinion que j'en pourrois estre digne et que désormais il ne m"y sçauroil rien arriver qui m'apportast autant de satisfaction, non pas mesmes ces mitres et ces crosses que vous m'augures et qui vous siéront bien mieux entre les mains et sur la teste.

Je suis tousjours en peine de M' le Duc

de Longueville qui est si engagé dans la Misnie que, pour estre maistre de la campagne, il n'en vit pas plus h son aise, et, quoyque redoutable aux Impériaux, ne laisse pas de me faire appréhender pour luy. Au dernier combat fait entre nostre cavallerie et celle de Lamboy. jay perdu le marquis de Breauté^ et je ne sçay si je dois dire aussy le marquis de Gesvres , qui a esté pris après huit blessures, ayant percé jusques dans le camp des ennemis. Je suis tousjours malheureux de quelque costé.

Mon procès ne s'avance point depuis que j'ay eu des conclusions favorables.

Je suis. Monsieur, vostre. etc.

De Paris, ce i" juillet tCio '.

' Puisque Chapeiain reparlo encore du marquis de Breauté, qui parait avoir été un de ses amis, rappelons que Pierre de Breaiité, fils d'Adrien de Breauté et de Françoise de Roncheroiles et époux de Marie de Fiesque, dame d'honneur de la reine mère, n'avait pas encore vingt-huit ans quand il fut tué devant Arras. «H se distingua tellement à l'armée,-' selon \e Moréri (t. II, p. 200), «que le maréchal de Bassompierre, qui ne prodiguoit pas ses louanges, le regardoit comme un homme capable de parvenir aux premières charges de l'Etat. 1 Voici les paroles mêmes du maréchal [Mémoires, édition de M. de Chanlérac, t. IV, p. 33G): f^Le marquis de Gesvres, mareschai de camp, y fut pris, et Breauté, sergent de bataille, et meslre de camp du régiment de Picardie, tué, quy fut certes un très grand dommage; car c'estoit un homme à parvenir un jour aux plus grandes charges. ^

^ Le !\ du même mois. Chapelain (f"" It'Sb) adresse à Conrart mille plaisanteries sur leur commune maislresse, M"° de Chalais : «... Je m'asseure que si nous ouvrons bien les yeux quand nous serons tous rassemblés à Paris, nous nous reconnoistrons plus d'une douzaine de ces amans de toute taille et tous amis comme cochons. Ce seroit folie d'espérer de la posséder toute entière. . . ri Chapelain ajoutebien galamment

qu'ffil est juste qu'ayant les dons d'une Reyne, elle ait plusieurs courtisans et sujets. ..tj Abandonnant ce sujet , après l'avoir traité en une page et demie. Chapelain reprend : «Paris commence à vous trouver fort à dire et M' l'Evesquf de Grasse est [si] ennuyé de vostre esloignement qu'il s'en pensa plaindre, avant-hier, en public dans la chaise [on disait alors quelquefois chaise pour chaire] de la \isitation, estant sur l'article de ceux qui manquent à leurs amis au besoin. Je ne sçay plus que respoudre à l'Académie où personne ne sçauroil remplir vostre place qui est la seule qui n'y est point sujette à changement. Tous nos autres amis murmurent de vosire long séjour à Bourbon, et disent qu'ils n'eussent jamais creu que vous les eussiés oubliés pour un verre d'eau. W Desmarests est un de ceux là à qui il a esté bien fascheux de ne vous présenter passa Roxane entre les premiers depuis qu'elle a receu la lumière de l'impression. . . M' Gilbert eust bien souhaitté aussy que vous eussiés assisté à la représentation de sa Marguerite française et que vous eussiés esté l'un de ses acclamateurs. Je la vis et vous dois dire que jamais jjremière pièce d'autheur ne réussit comme celle-là qui me tira des larmes en quelques endroits et (jui me toucha presque partout."' Gabriel Gilbert, poète des plus obscurs, est l'auteur d'un poème sur VArt de plaire, d'un recueil de Poésies diverses, de

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À M. DE BALZAC

Monsieur, je vous respons tout malade de ce fascheux rbeurae qui ne se contente pas de me faire la guerre durant l'hyver qui est le vray temps de sa campagne, mais qui encore fait des courses sur moy en esté et m'incommode d'autant plus que je suis moins couvert et que j'attens moins ses attaques. Il est vray que pour celte fois je ne puis bien me plaindre de ses surprises ny bien dire qu'il m'attaque en esté ; car il est malaisé de croire par le temps qu'il fait depuis plus d'un mois que nous ne soyons pas à la brune et que Ibyver n'ait pas basté son retour ou prolongé sa durée jusqu'à cette beure '. Il y a bien sans doute du cbangement dans la disposition des corps et des mouvemens célestes à voir ce renversement de toutes cboses et cette confusion des saisons.

Psaumes en vers français et d'une quinzaine de pièces de théâtre dont la première en date est cette Marguerite de France qui avait tant ému Chapelain et qui a laissé la postérité si indififérente. Chapelain a reparlé de cet auteur avec une grande bienveillance dans le Mémoire de quelques gens de lettres vivans en 166 a : f Gilbert est un esprit délicat, duquel on a des odes, de petits poèmes, et plusieurs pièces de théâtre pleines de bons vers; ce qui l'avoit fait retenir par la Reine de Suède, pour secrétaire de ses commandemeus. -7 Le lendemain du jour où Chapelain écrivit à Conrart, il adressa (f° 487) à Montreud ces agréables reproches :« Vos humililés sont excessives. Vous sçavés bien que depuis la fameuse querelle du Prince des feuilles, les hyperboles sont presque toute marchandise de contrebande et qu'il les faut employer avec retenue et discrétion, n

' Balzac répond ainsi aux doléances de Chapelain (lettre XXI du livre XXI, datée du 1" août 16/10, p. 826): tfQue veut dire vostre rhume,

Mais souflrons nostre rbeume sans nous amuser à des spéculations inutiles et disons que cette lettre servira de response à vos deux dernières des xxni juin et du 11 juillet" ayant receu cette dernière assés à temps contre l'ordinaire. Je ne pouvois ressentir rien avec plus de joye qiie la satisfaction que vous monstres de mon procédé envers M' Goustard. Comme je me suis porté à l'aymer et à le croire de mes amis pour l'amour de vous, j'ay obtenu ma fin si je vous ay pieu en le luy tesmoignant quand je serois assés mallieureux pour ne luy avoir pas tesmoigné à son contentement. Je veux pourtant espérer qu'il n'en sera pas moins satisfait que vous et que mes bonnes intentions trouveront en luy de l'agrément aussy bien que de la correspondance. Cette bumanilé si tendre et si délicate dont vous me le loiiés et que vous me donnés pour son principal caractère ne peut estre sans gratitude lorsqu'il y a sujet d'en faire pa-

de vous venir attaquer au mois de juillet, et de ne se contenter pas de vous faire la guerre en plein hyver, qui est le vray temps de sa campagne , ut optime et ingeniosissime scribis ? Vous pouvez l'adjouster avec raison aux autres prodiges que nous avons veus et que nous voyons. -^

^ L'in-folio de i665 renferme (p. 822-893 et 82/1-825) une lettre du 22 juin 16/10 et une autre du 10 juillet 16/10. La première est mal datée, comme nous l'avons remarqué déjà (note de la lettre CGCXLLX), mais la seconde semble bien datée, car Balzac y donne à son ami ces éloges auxquels répond ici Chapelain : «Vous estes le dernier des bons et des magnanimes, et s'il y a encore de la générosité sur la terre, disons hardiment qu'elle se cache dans vostre cœur, et qu'elle se manifeste dans vos paroles. Celles que vous avez escrites à Monsieur Gostar, pour response à sa lettre, m'ont si fort satisfait en toutes façons, que je ne sçay ce que j'en dois le plus estimer. . . Elles apprivoiseroient les tigres et enchanteroient les dragons, n

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roistre', et je nattens pas de luy de'sormais de dureté ni de sévérité en rien de ce qui me •regarde. Je u'ay pas esté moins scandalizé que vous et que tous nos autres amis de la mauvaise action de grâces que nostre cher M. d'A[blancourt] a faitte pour celle- qu'il prétend d'avoir receue lorsqu'il a esté admis entre les Académiciens françois^. Mais personne n'a osé le destourner de cette tentation pour les sujets que vous pouvés penser, et en tout cas il en reviendra ce bien que ceux qui connoistront le mérite de nostre amy prendront bonne opinion de cette Compagnie, voyant qu'un si homme d'honneur que luy s'en est presque tenu indigne et que nous avons beaucoup accreu son estime de l'y avoir bien voulu souffrir. J'ay esté en mon particulier confondu de ce quil a voulu mettre à la (in de son Epislre, et ce qui vous y a choqué au commencement ne m'a semblé qu'une peccadille à comparaison. Je ne m'en plaindray pourtant point icy de peur que vous ne m'accusiés d'affecter de la modestie, et vous laisseray juger dans vostre cœur si je n'ay

pas occasion de me plaindre de luy *. La lettre de M' Columby ' m'avoit esté autresfois communiquée par luy mesme lorsqu'il perdoit son temps à Fontainebleau et à Saint-Germain aussy bien que moy. Elle n'est ny bonne ny mauvaise, mais elle eust esté la meilleure pièce de son ouvrage s'il eust fait ce qu'il avoit promis et dont il y avoit desja quelque chose desbauché. Car quelque petite lumière que j'aye dans les ténèbres de cet aulheur, je vous puis dire dans le secret ordinaire qu'il n'y voyoit du tout goutte et qu'en plus d'une conférence ({ue nous avons eue ensemble sur cette matière j'avois honte de ce que je l'y voyois ignorer. Et certes il n'est pas estrange qu'un homme ne soit pas fort confident de Tacite qui a eu Justin en sa disposition et ne se l'est peu rendre familier \ Cette plume enfin s'est mutinée contre le siècle et l'a privé de ses productions, le voyant infatué d'une trouppc lie jeunes gens qui gattoieut le meslier el imposoicnt à la Cour et au peuple par des jeux de bagatelles. Nous ne la voyons plus

' Balzac avait dit {ibid.) : c Je ne doute point qu'à l'advenif, il ne soit un de vos plus grands admiraleuis, et que vous connoissanl loi que vous osles, il ne vous donne son cœur, qui est un des plus nobles et des plus fermes que je connoisse.r)

- C'esl-à-dire pour la grâce. On pourrait aisément s'y tromper.

^ M. R. Ken'ûer {Nicolas Perrot d' Ablancourl , 1877, p. 3i) déclare que anous n'avons aucun renseignement sur la réception académique de Perrot d'Ablancourt.» En voici du moins un que M. Livet avait déjà fait connaître, ayant reproduit {Histoire de l'Académie, t. I , p. 887 et 388) tout le passage relatif à ia mauvaise harangue du célèbre traducteur.

^ Balzac compUmenIc ainsi son ami, au sujet de cette tirade (p. 8 26) : «Peut-on accuser plus huinainemenl la *^*d(i nostre nouveau confrère?»

* Balzac {ibid.) continue ainsi : rSçauroit-on mesler la raillerie et le tout de bon avec plus

d'adresse, sur le subjet de l'Adieu de Monsieur de Colomlty à l'Académie, de la malédiction qu'il a donnée à son siècle, et du peu d'intelligence qui esloit entre luy et Tacite, au temps mesme de leur plus grande familiarité??? Voir sur François de Cauvigny, sieur de Colomby, natif de la ville de Caen, parent el disciple, mais mauvais disciple de Malherbe, le Moréri de 1709, où l'on cite sur lui VOrigiite de Caen de Huel, les Divertissemens de Moisanl de Brieux, V Histoire de l'Académie de Pellisson. Voir encore siu- cet obscur académicien les Uistorieltes de Tallemant des Beaux (t. 1, II cl VII), les "oEuircs de Malherbe, édition des Grands écrivains de la France ( t. 1 . p. Lxx, t. IV, p. 72-78).

>* Colomhy fit imprimer en jtjio une partie du livre I" des Annales de Tacite (Paris, in-8°). Sa traduction de Justin (Tours, in-8'') parut en 1637, selon Pellisson; en 1616, selon l'abbé d'Olivet. Le Moréri donne raison à ce dernier.

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depuis qii'ayont esté admise dans l'Académie elle s'y fusL introdnitle par une invective contre elle et une harangue préparée dans laquelle elle avoit pris la tasche d'en montrer linutilité. Après cette action héroïque elle s'envola et nous ne sçavons ce qu'elle est devenue. Au reste, je ne sçay de quel ton je vous ay parlé du retardement de vos lettres ny à qui j'en ay donné la faute, mais je sçay bien que ce n'a pas esté h vous et que quand je vous ay marqué qu'elles ne m'estoient pas rendues d'assés bonne heure pour y pouvoir faire response, ce n'a esté que pour vous avertir que ce n'estoil pas par négligence que je n'y respondois pas. Il ne se peut rien de plus soigneux que le i)on Rocolet, mais souvent le courrier arrive tard; les facteui-s distribuent tard les lettres, et quelques fois ses gens contre ses ordi-es tardent à me les apporter. On ne sçauroit régler tant de pièces différentes, il faut s'y accommoder et aussy bien en cela qu'aux choses de plus grande importance et résoudre à non sibi res sed se suhmitlere rébus ' .

Pour les affaires d'Allemagne après quelques avantages légers que nos armées ont eus sur celle de l'Empereur, enfin Picolomini a quitté son poste et nous le nostre. Bannier suit Picoloniini dans la Franconie et M"^ le Duc de Longueville se va opposer à Hasfeld et Valh dans la Vesfalie pour couvrir Hesse et Lunebourg. Vous voyés par là que l'affaire n'est pas encore décidée et qu'il y a encore à craindre pour le général et pour mon particulier. Cependant jamais général françois ne fut si glorieux aux païs estrangers et je ne sçay si j« me flatte mais je voy dans ce Prince au cours de sa fortune et par ses pérégrinations de guerre qu'il y

a bien en luy du Thésée et mesme de l'Hercule ou, si vous ne souffres pas la comparaison en prose, qu'il y a bien de l'Artus et de l'Amadis et de ces fabuleux modernes che di sogni empion le carte. Dieu veuille qu'il soit le libérateur que vous luy augurés et que ce soit à luy à qui je sois obligé de la tranquillité publique et de la mienne privée.

Je vous ay dit de M" Mesnage ce qu'il m'a dit pour ce qui touche son voyage à Balzac; ce sera à luy à vous tenir la parole qu'il m'en a donnée, dont je prêtons le sommer plus d'une fois si j'apprens que vous le souhaittiés. Je n'ay point encore pénétré ce dessein de prestrise et ne le croy point. Au moins scay-je bien qu'il va tous les jours au Palais. L'abbé d'Aubignac est M' Hedelin de qui vous avés veu un discours imprimé

sur Y lleautontimorumenos de Térence contre

M' Mesnage quoy que sans se nommer ni son adversaire à quoy M' Mesnage respond présentement. Si vous n'avés point eu le premier il faudra vous les envoyer tous deux ensemble. Pour le candidat c'est le mesme abbé qui pensant avoir un pied dans l'Académie repulsam passus est en faveur de M' Patru nostre amy et excellent advocat, à cause d'un libelle qu'il avoit fait contre la Boxane de M' Desmarests qui avoit charmé les puissances '.

Je ne vous dis rien sur la sollicitation de l'affaire de M' votre neveu par alliance sinon que je donneray les listes à ces Messieurs que vous me nommés et encore à quelques autres pour voir les Juges qu'ils connoistront dans le temps nécessaire et quand j'en seray averti. Les protestations icy seroient inutiles. Je ne laisseray rien à faire de ce qui dépendra de moy. En mon parti-

' Citation décidément chère à Chapelain, car c'est au naoins pour la troisième ou ia quatrième fois que nous la rencontrons dans ses lettres.

- M. Livet (p. 388) a donné ce paragraphe, en imprimant votre ami au lieu de nostre ami.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

culier je n'en connois qu'un, encore est-ce grande merveille, veu ma profession et le peu de moyen que j'ay de faire de ces connoissances et de les cultiver. Mon amy s'appelle Yvon que je rempliray de tout mon feu. Si vous m'en aviés sollicité avec plus de cérémonie et moins de confiance vous auriés offensé mon amitié qui se persuade toute seule par ses principes et s'irrite contre les couleurs.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce 8 juillet iG4o.

A i\l. LE MARQUIS DE MONTAUZIER,

EN ALSACE

Monsieur, j'aurois assés de choses à vous mander ce voyage, si je ne craignois d'oster le plaisir h quelques personnes , que nous honnorons ', de vous les mander elles-mesmes et d'eslre les premières à vous en faire la relation. Car la fille pourroit bien estre semblable à la mère, qui m'a défendu en termes exprès d'escrire celle chose à M' Arnaud, ayant résolu d'avoir les garis de celle nouvelle et de faire plustost un effort sur elle que de souffrir qu'aucun autre la prévinst à la luy faire sçavoir. Il nie semble mesme que la (ille m'a fait la mesme deffense pour vous et qu'elle m'a obligé à chercher à vous entretenir d'autre matière que celle là, et que les ff l'année est bonne « sur le chant de daye dandaye, (sont) comme chose qu'elle se réservoit et qu'elle ne vouloit pas qui se profanassent entre mes mains. Cependant j'aurois bien autant de droit qu'elle à vous la mander, l'ayant devinée devant elle, et je pense luy faire un grand sacrifice de m'en empescher, n'estant pas mesme asseuré que dans le paquet que je vous envoyé d'elle vous y Irou-

viés ce qui nous a donné un si grand estonnement à tous.

Mais je m'avise, à cette heure, que je suis bien simple de m'estre imaginé que je vous pouvois tenir en peine devant la lecture de toute la page précédente et vous donner grande curiosité de sçavoir ce que sans doute vous sçavés desja. Il ne falloit pas qu'il y eust de lettre de M"° de R[ambouillet] dans mon paquet pour vous faire lire ma lettre la première , et si vous la lises après la mienne , qui peut-il y avoir de plus que ce que je vous ay dit jusqu'icy? Je ne puis donc plus que de mauvaise grâce vous conter que la boete de M' de Vivans s'est retrouvée dans le cabinet de M"' Paulet*, puisque M"° de R[ambouillet] vous l'aura desja appris par la lecture que vous venés de faire, et il vaut mieux que je vous die que la lecture que vous venés de faire est un effet de ma sollicitation aussy bien que de vostre mérite. Je luy fis voir vostre dernière que vous demandiés si pitoyablement qu'on suyvist les ordres que vous aviés donnés pour l'envoy des despesches qu'on vous feroit et tiray le consentement de les bazarder par Nancy, puisque vous asseuriés qu'il n'y avoit point de hazard désormais à courir. Peutestre vous en aura-t-on dit quelque chose et que vous aurés veu que mon soin a achevé ce que vos paroles avoienl commencé. C'est toutesfois trop faire valoir ses offices. N'en parlons plus et disons seulement que M' Conrarl est arrivé d'hier de Bourbon encore tout estourdy du balteau, mais en beaucoup meilleure santé que quand il partist d'icy. Il vous eust escrit sans les divers embarras qui l'occupent à cette arrivée et il m'a prié de l'excuser- envers vous pour ce coup et de vous asseurer tousjours de son service Ires humble.

La Marquise se souvient toujours fort de

' M"" et M"' de Rambouillet.

de celte boîte.

On se souvieni de tout le scandale qu'avait cause la disparition

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

vous et ne voit jamais rien de spirituel qu'elle ne le vous souhaitte aussytost pour divertissement. Elle m'a promis une lettre folle de I\r Voiture qui vous en servira , si ce n'est que l'autheur ne gaste l'ouvrage. M' de Vaugelas m'a dit qu'il en avoit escrit une latine à M' de Ghavigny qui est admirable'. Nous essayerons de l'avoir aussy pour vous l'envoyer. 11 n'est pas bien avec la M[arquise] , quoyqu'il la voye asse's souvent et je ne la voye point qu'elle ne se plaigne à nioy de ses sufîisances et négligences.

On espère bien d'Arras et on ne désespère pas de Turin. Je suis tousjours en peine de M' de Longueville qui poursuit Piccolomini dans un pais où tout luy est contraire et où il n'v a que son courage qui le fasse subsister.

Je suis. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce 1 4 juillet le/io".

CCCCXXH.

A M. DE BALZAC

A BALZAC

Monsieur, loués moy, blasmés moy, je suis à vous. Vous pouvés me traitter comme il vous plaira sans que j'aye droit de vous contredire en aucune cbose. Vous me serés donc obligé , puisque vous voulés cpie cela soit, et il ne sera plus permis de demeurer

dans ma juste modestie, puisque vous croyés qu'elle est vitieuse et que je me fais tort en la conservant. Je sçay, Monsieur, que je suis sans mérite, mais je prctens en avoir un 1res grand à vous complaire en cecy, car je violente mon humeur à un point estrange et, en vous donnant mon humilité, jo vous sacrifie ce que j'aymois le mieux en moy et qui m'estoit le plus convenable.

Je receus, avant hier, une lettre de M' Goustard en response de la responsc que je luy avois faitte. Elle est toute pleine de ressentiment de la résolution que j'ay prise de l'aymer et, si je l'en veux croire, il ne luy est guère rien arrivé de plus agréable dans sa vie. Si Dieu veuille que ce ne soient point des paroles et que nostre commerce à venir soit aussy franc de son costé que du mien, il se peut asseurer qu'il ne bazarde rien avec moy et que si je ne luy rens de grands services, je luy garderay au moins une grande fidélité. Et, pour moy, il me pardonnera si je n'en croy pas autant de luyjusques à l'expérience, pour ce que, s'il ne se trouvoit pas tel que vous avés creu et que vous m'avés fait croire," il me seroit doublement sensible, soit de ce qu'il m'auroit manqué, soit de ce que je me serois persuadé qu'il en auroit esté incapable. Je souhaitte de tout mon cœur que ma prudence soit vaine et que je me puisse blasmer

1 Voir celle hUrc {Butillei-io Chavienio V. Victurus, S. P. D.) dans l'édition des Œuvres de Voiture donnée par M. A. Roux, édition où elle porte le n° CXCVIII (p. Sgi-Sg.S), et dans l'édition donnée par M. k. Ubicini, édition où elle porte le n° 219 (t. H, p. 80-82). M. Roux se contente de dire que la lettre est antérieure à l'année 16^2, et M. Ubicini croit devoir lui attribuer ia date de iG.Sg. Ce dernier a confondu la Roxane de Desmarels, dont parle Voilure, et qui est de iGio, avec la Rosane du même auteur, qui parut en 16.89 (Paris, in-8°).

2 Le lendemain, Chapelain adressa (f Zi.5i) à

Balzac une lettre que je ne reproduis pas, parce que c'est une simple lettre d'affaires. Chapelain y dit à son ami qu'il s'occupera des intérèls de sa nièce (M'"' de Forgues), qu'il était bien inutile de la lui recommander de nouveau, qu'il en a déjà parlé à «M" de Vaugelas, Silhon, Gonrart, et pour comble l'hostel de Rambouillet, qui m'ont promis chacun de voir ou faire voir les juges commissaires. 55 11 ajoute que MM. de Chaudebonne et Voiture ont promis aussi d'agir avec chaleur et il promet enfin de voir M. Lhuilier et M. d'Aligre. Il s'étend ensuite sur son propre procès qui n'est pas encore terminé.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

quelque joiu" tlavoir esté trop soupçonneux. Nous aurons moyen de le gouverner et de faû-e une plus estroitte liaison avec luy si les propositions qui ont esté faitles à M' de Chavigny par MM" de La Thibaudière et Voiture pour l'attirer de deçà ont lieu. En ce cas, vous vous consolerés des visites que vous perdrés en considérant que nous les gaignerons et que ce bien demeurera dans la société de ceux que vous considérés comme d'autres vous mesmes. Il s'agit, en ces propositions , de le préposer à la conduitte des enfans de ce ministre et par mesme moyen de [le] donner au père pour compagnon de lecture et pour entretien \

Le médecin La Mesnardière avoit espéré cet employ parnostre amy de Couppauville^ et s'est pensé pendre de s'en eslre veu esloigné par nostre autre amy. Il prend toutesfois patience et se résout de s'en venger sur les poètes dans le second volume de sa Poétique ^ qu'il prétend donner après qu'il aura veu le succès de son Poème dramatique dont il a donné des lambeaux dans le premier \

Pour mon procès je ne sçay ce que ce sera parce que je ne sçay si mes juges seront justes, mais, quoyqu'il arrive, comme nous ne ferons point de feux de joye pour la victoire, nous ne prendrons point aussy le cilice ou le dueil pour la perle et essayerons en lune ou en l'autre fortune de nous faire voir modérés. Je ne croy pas pouvoir garder celle modération dans le succès de l'affaire

de M^ vostre niepce qui ne peut aller mal sans m'affliger extrêmement, ni réussir bien sans mapporter une joye extraordinaire. Je lay sollicitée avec ardeur et l'ay fait solliciter de mesme par les amis que vous m'aviés marqués et par ceux que jay connus propres à vous rendre ce service. Ils s'y sont tous portés en gens d'honneur et affectionnés à vostre personne et à vos intéresls. M' de Chaudebonne en a veu deux, M' Saintot et M' de Boville. Vous verres par les billets que je vous envoyé avec cette lettre quels ont esté les autres solliciteurs et qui ils ont sollicité. Jay creu leur devoir celle justice et à vous celle matière de gratitude dont je les ay asseurés par avance, sachant bien que vous Taures tout ce qu'on la peut avoir. Quand l'affaire se rapportera pour ce qui regarde le procès verbal, qui est ce qui se jugera par commissaires, nous remettrons encore les fers au feu\ et employerons les mesmes personnes qui s'y sont offertes de bon cœu r.

Jay eu f honneur de voir M' de Forgues' et l'ay trouvé un fort honneste gentilhomme , mais un peu trop cérémonieux en mon endroit.

Jay envoyé chés le bon Hocolel le ditcours de M' Iledelin sur la comédie de Térence Ueauioniimorumciios et la response de M' Mesnage pour vous les faire tenir par le messager. Vous les am-és bienlost. s'il a fait les diligences requises. C'est un petit présent que vous fait M" Camusal qui a hérité de

* Ces circonstances ont été ignorées de Tallemant des Réaux {IlUtorietles, t, V ) et de l'auleur anonyme de l'ample lie rfe Custnv publiée par M. P. Paris dans le tome IX de son édition des Historietlcs (p. i-j35).

- Cl. Duval de Coupeauviile, abbé de La Victoire.

' Ce second volume n'a jamais paru.

^ Ce poëme dramatique était intitulé Alinde. L'historien de l'Académie française nous apprend

(t. I , p. 97) que cette tragédie, d'où sont tirés quelques-uns des exemples donnés dans la Poétique, wn'eut point de succès-^.

* M. Lillré a retrouvé l'expression mettre les fers au feu dans une comédie de Noël de Breton, sieur de Hauleroche, mort en 1707, et dans les Méiiwires du duc de Saint-Simon.

*^ Bernard de Forgues, neveu par alliance de Balzac.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

son niary le zèle qu'il avoit pour vostre service et le ressentiment des obligations qu'il vous avoit. On m'a dit que M' Hedelin répliquoit.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce aa juillet 16/io '.

CCCCXXIII.

À M. DE BALZAC

" À BALZAC

Monsieur, mon rheume a passé comme un torrent; trois jours l'ont veu naistre et mourir, et il est disparu aussy prontement que s'il eust appréhendé d'estre trouvé en dommage et hors des limites de sa jurisdiction. J'en suis délivré il y a plus de quinze jours et je n'eusse pas pensé l'avoir jamais eu si vostre tendresse ne m'en eust ralfraischy la mémoire'. Le chaud qu'il a fait depuis ne m'a pas guéri seulement de son froid , mais

il l'a effacé de ma pensée et désormais je souffre par celuy qui m'a empesché de souffrir. Je croy vous avoir dit autresfois que l'esté estoit mon vray ennemy contre lequel je ne trouve point de deffense, et, comme dit l'autre, non vale elmo ne scudo''. Enfin, après bien lanterner *, et reculer, cet esté est venu sur la lin de juillet et sans famour qu'il a pour la canicule \ je ne sçay encore s'il eust voulu paroistre de cet an, tant il s'estoit accoustumé à l'air de Lybie. Mais c'est trop badiné sur mon mal et sur le dérèglement de la saison. Ma raillerie est plus froide que mon rheume, quoy que vous vouliés dire^ et il seroit bien mal aisé mesme dans l'humeur où je suis d'estre agréable en ce genre principalement devant un aussy grand maistre que vous.

Au reste , vous m'avés espouvanté en me reprochant ces infâmes vers de Vida ', comme si c'estoit par là que je vous eusse vanté ce

' Le 26 juillet, Chapelain adressa (f° 46 1) au marquis de Pisani une lettre toute remplie de compliments et où l'on remarque un vif éloge du marquis de Saint-Maigrin , ami du fils de M"'° de Rambouillel, lequel venait de se distinguer dans un combat livré devant Arras. Le 28 du même mois, Chapelain annonce à Costar (P 466) qu'il a montré sa lettre à l'abbé de Saint-JNicolas, à Ménage, à Voiture, ajoutant ces bons conseils sur la simplicité avec laquelle il faut écrire à des amis: «Tous soins et tous ajustemens sont incompatibles avec l'amitié et je ne m'imagine jamais cette âme de la société avec la pompe et les ornemens dont tant de gens [la] revestent, que je ne pense voir une de ces coquettes qui, non contentes de leur beauté naturelle, se couvrent toutes de fard et employent toute sorte d'artifices pour tromper ceux qui courent à l'apparence et qui ne la sçavent pas distinguer de l'effet. L'amitié est nue comme la vérité : elle ayme comme elle à se présenter sans desguisement et sans préparation. . .»

- Voir (note 1 de la lettre du 8 juillet i64o) ce que Balzac avait écrit à Chapelain ( lettre XXI

du hvre XXI, datée du i^aoîît 16/10, et qui est du mois précédent).

^ Contre lequel ne vaut ni casque (heaume) ni bouclier [écu).

' M. Lillré a retrouvé lanterner dans les Mémoires du cardinal de Retz, dans les Lettres de M™' de Sévigné, dans les Mémoires de Hamilton sur le chevalier de Gramont, etc. Le Dictionnaire de Trévoux cite aussi Senecé à propos de l'emploi de cette expression.

^ La plaisanterie de Chapelain ne vaut pas mieux que celle de Balzac (lettre XXI du livre XXI) : ffQue la Canicule meure de froid si elle veut In

^ Balzac (ibid.) avait dit : «Mais, Monsieur, vous estes de bonne compagnie pour im malade, et il faut advouer que les nuages de vostre rhume ne troublent point la sérénité de vostre esprit. ..)5

' Voici les réflexions dont Balzac avait fait précéder et suivre (ibid.) six vers où Vida a mis le plus mauvais goût: «J'ay veu, depuis quelques jours, en deux postures bien différentes un homme que vous m'avez estimé : et à la sortie de sa Poétique, qui m'a plû extrêmement, je suis

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

poète. Je les renie de bon cœur et , si vous voulés, je le renie luy ruesrae quoyqu'il ait fait de fort belles choses. Mais est-il possible qu un homme qui a fait une Poétique où il y a des endroits dignes de l'Antiquité et ces beaux poèmes des eschets et des vers à soye qui sont demeurés uniques dans leur genre' ait barbouillé le papier de ces ordures (jue vous m'avés marqués? Je vous avoue qu'encore que je le voye. j'ay peine à le croii'e, tant la chose est choquante et hors déraison. Il mavoit semblé que c estoil assés de vous avoir dit que M' d'Aubignac estoit M' Hedelin pour vous esclaircir en celte matière. Vous n'y voyés goutte toutesfois et c'est comme qui ne vous auroit dit rien " . 11 faut donc parler plus ouvertement. M" dAubignac est M' Hedelin. M' Hedelin autem fut naguères précepteur de M' le marquis de Brezé et est encore son domestique. L'une de ses plus fortes ambitions a esté d'entrer dans l'Académie et il y avoit grande apparence qu'il

eust esté le premier receu , s'il neust point fait un libelle contre la Boxane de M' Desmarests où il blasmoit le goust de Son Em" et de M" d'Aiguillon qui l'avoient estimée *. Dans ce temps Porchères d'Arbaud se laissa mourir et, plusieurs se présentant pour remplir cette place, le libelliste* entre autres, M' Patru, nostre amy et très galant homme , l'obtint d'une commune voix et le précepteur eust l'exclusion dont moult dolent fut et plaintif \

Il y a huit jours que j'ay envoyé au bon Rocolet les deux discours poétiques dont l'un est de l'abbé tondu ^ et l'autre du satirique Père Mesnage ', lequel m'est venu voir et s'est excusé de ne vous avoir pas envoyé cet ouvrage sur le peu de cas qu'il en faisoit , comme s'il vouloit faire croire qu'il y avoit plus de respect à ne le vous pas présenter. Il est certes très agréable et plein de beau savoir. Je voudrois seulement qu'il eust l'urbanité dont nous vous louons sans avoir la morda-

tombé par malheur sur ces vers qui m'ont fait mal au cœur, et dont je fais conscience de souiller ce papier blanc. . . Je ne veux pas que le poète se guindé tousjours, et aille tousjoiirs par haut; mais je ne veux pas aussi qu'il se laisse jamais clieoir dans la boue , et beaucoup moins dans quelque autre matière plus sale. Fracastor descend cl s'abaisse quand il veut. Celuy-cy rampe et se veaulre dans ces six vers , et semble prendre plaisir à l'ordure.»

' Le De bombyce et le De Ludo Scacchorutn parurent pour la première fois, avec le De arlc poetica et les autres vers lalins de Vida , à Rome, en i52 7 (in-Zi"). Le poème de la Cbristiade vit le jour huit ans plus tard {Chrisliadus lib. VI, Crémone, i535, m-li°).

- Balzac (p. 827) avait ainsi réjiondu à Chapelain: «Je ne connois pas plus monsieur Hedelin, que je ne connoissois l'abbé d'Aubignac; mais je seray bien aise de commencer noslre connoissance par l'endroit que vous me marquez. Vous me ferez donc la faveur de m'envoyer le pour et le contre. ..'•

' Ni dans les Mémoires du P. ^iceron, ni dans le Manuel du libraire, ni dans aucun autre recueil bibliographique, n'est mentionné le libelle de Pabbé d'Aubignac contre la Roxanei\>} Desmaresls de Saint-Sorlin.

" Se serait-on attendu à Irouver le mol libtilisle dans un document de iC/io, alors que M. Litlré, dans le Dictionnaire de la langue française, n'a cité, au sujel de l'emploi de ce mot, que Voltaire et P. L. Courier?

^ Ce passage, depuis les mots : M. d'Aubignac est M. Hedelin, a été imprimé dans V Histoire de l' Académie française , édition de i858, t. 1, p. 388 et 389.

* L'abbé tondu, c'est l'abbé d'Aubignac, donl le discours (sur ï Heautontimoi-umenos) a déjà été mentionné.

' Chapelain plaisante en donnant à Ménage le titre de Pèi-e. L'adversaire de l'abbé d'Aubignac ne prit les ordres sacrés que huit ans plus lard. Ce fut le 29 novembre lO^S qu'il recul le sous-diaconat de la main de rarchevèque de Paris.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

cité' dont il semble qu'il vueil le tirer louange. H me (lit , à nostre dernière veue , que M"' Grotius se tenoit obligé à vous de quelque citation que vous avés bien voulu faire de ses vers en quelqu'une de vos pièces où il prétend que vous les avés immortalisés.

J'ay rais en main propre à M' d'Ablancoiu-t le discours que vous luy avés envoyé par moy dont il a une joye et un ressentiment extrême. Après avoir dit cecy, il n'y a plus de paroles qui puissent exprimer ce qu'il a senti à la promesse que vous luy faittes de luy en donner un autre en public sur le sujet de son Tibère. Peut estre vous l'escrira-t-il devant que de s'en aller en Champagne.

Je suis très marry que la première partie du procès de M' vostre neveu ait mal réussy après tant de bonnes sollicitations que j'avois faittes et fait faire. Il faut espérer que la dernière ira mieux , le droit en estant plus net dans les formes. Du moins ne laisseray-je rien à faire de ce qui dépendra de moy ou de

mes amis. J'en ay encore parlé aujourdhuy à M' de Coupauville qui s'est offert de faire puissamment solliciter les présidens et de solliciter luy mesme M' Meusnier qui est so!) amy, mais je luy ay dit qu'il n'estoit pas juge, mais solliciteur contre M' de Forgues en cette affaire.

Il y a trois ou quatre mois que vous me mandastes que vous n'attendiés que le partenient d'un gentilhomme de vos amis, pour me renvoyer les livres de Caro, du Castelvetro et du Varchi^ que je vous avois envoyés. Depuis je n'y ay songé qu'à cette heure qui m'a pris une appréhension que vous les ayés baillés à ce gentilhomme qui aura oublié à les rendre, voyant que M' voslre neveu est venu par qui vous les auriés envoyés si vous les eussiés eu encore. Cela soit dit pour estre esclaircy non pour les demander, si vous en avés affaire encore.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce 29 jiiiiiet 16/10 '.

' M(ji-daci(é est déjà dans ies œuvres d'Ambroise Paré. M. Littré ne cite, sous ce mol, aucun autre écrivain. Le Dictionnaire de Trévoux donne cet exemple emprunté à un obscur auteur (Baraton, mort en 1720) dont les Poésies diverses parurenten 1706 : «Le célèbre Arétin par sa mordacité. "

- Benedetlo \archi, né en i5o2, à Florence, mourut près de la même ville en 1 565. Il fut à la l'ois poêle el historien. Ami de Caro , de Bembo , il brilla surtout par la pureté el l'élégance du style. Voir, sur cet auteur des Sonetti el de Slona fiorentina, V Histoire de la littératttre italienne par L. Etienne (187?, p. 3^2 à li6i, passim).

3 Le h août. Chapelain (f° ^69) annonçait au marquis de Montauzier ia nouvelle que voici : cHier nous fusnies à Yerre avec elle [Julie d'Angennesj, ies dames du quartier Saint-Euslache, M"' Paulet, ]\r Voiture et moy. Croyés que vous y fustes souhaitté extrêmement...'' Le 5 août {i° 671), Chapelain adressait à Balzac une lettre

OÙ il est surtout question de l'affaire du neveu de cet ami. Après lui avoir exprimé ses regrets à ce sujet, il déclare en cesteimes qu'il n'a point d'insensibilité : ttJe ne scaurois avoir ia sérénité du pourceau de ce philosoplie qui mangeoit de grand appétit durant la tenipesle.-- La partie la plus intéressante de cette lettre est le post-scriplinn que je vais reproduire : «Vous trouvères dans ce paquet la coppie d'une lettre que le chevalier de Fiesque escrivit à son frère l'Abbé et cjui m'a semblé digne d'estre veue de vous... Je vous envoyé aussy un sonnet italien que le comte Bardy, résident de Florence en celte Cour, a fait et m'a donné el que j'estime un des plus beaux de cette langue. Je ne doute point que vous ne le goustiés pour sa propre beauté, mais il y a encore une aulre raison qui vous le doit rendre agréable , qui est que son autheur gouste vos ouvrages à tei point qu'il m'a dit que ce sont les seuls François pour l'éloquence qui l'arrestent et qui l'instruisent avec plaisir. Il connoist assés nos grâces pour en 8/1

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

CCCCXXIV.

À M. LE MARQUIS DE MO^TALZiER,

EX ALLEMAG.NE.

Monsieiu*. je ne vous diroy point le de'tail de ce qui s'est passe' à l'attaque de nos retrancheniens d'Arras^ pour ne pas courir sur le marche' du bon Espeslein et pour ne remplir pas tout ce papier de nouvelles de guerre. Il suffira de vous dire qu'il ne s'est rien passé de plus beau ny de plus royal en celle cy que ce combat qui d'abord fit espérer au Cardinal Infant de secourir la place et ensuitte ayant mis la chose en balance cinq heures durant à la prise et reprise diverse de ce fort de Ranzau , enfin se finit à nostre avantage et avec perle de quinze cent hommes de leurs meilleurs au moins '. Et ce qui rend l'action plus considérable, c'est qu'elle s'est passée entre les deux plus grandes armées

que la France et l'Espagne ayent mise ensemble depuis Charles Quint et François I", le Cardinal Infant estant présent et le Roy n'estant pas loin'\ pour une des plus importantes places des Pais Bas dont la perte , outre la réputation , est de notable préjudice à la couronne d'Espagne,

Le marquis de Fors \ faisant très bien ^ y a eu le petit os du bras gauche cassé, mais sans péril*. Le chevalier de La Trousse a receu ime mousqueladc au travers du corps, mais la plus favorable du monde, et dont nous croyons qu'il sera guéry dans trois semaines. M' de Marinville , qui commandoit les cavaliers au quartier de Ranzau et qui arresta les ennemis entrés dans les lignes et tirans vers la ville, y a eu le coup de pied rompu , et je crains bien qu'il n'en dcmeui'e estropié. Je ne vous marque que mes amis ou ceux de ma connoissance. Depuis, nous

eslre bon juge, ou, pour le moins, pour ne l'pstre pas mauvais, et sçail asscs ce que c'est que d'éloquence pour ne pas prendre le faux pour le vray. A l'âge de vingt- trois ans il fit l'oraison funèbre du frère du Grand-Duc morl de peste en Allemagne quo j'ay veue et qui l'a bien mis avec moy, de sorte que son estime vous doit tenir lieu de quelque chose, n

' Voir beaucoup de détails sur celle alTaire dans un arliclo spécial de la Gazette du 8 août i64o , intitulé : L'attaque faite pai- les Eftpa{rtioh contre le camp du Roy devant Arras, le deuxième de ce mois, ot) les ennemis ont perdu environ douze cens hommes et eu plus de trois cens blessez. Voir encore dans le numéro du lo août un nrlicle supplémentaire : Relation du combat najuèi'es donné devant Arras, où il est demeuré plus de deux mille des ennemis morts ou blessez.

- Ici Chapelain est d'accord avec la Gazette du 8, qu'il venait de lire; mais, on l'a remaix|ué sans doute, du 8 au lo le chiffre des morls et des blessés avait singulièrement grossi {vinsquc acqnirit eundo), et Ton était dt-jà à 2,000 au lieu de i,5oo.

^ Louis XIH ol le cardinal de Richelieu, dit

le P. Griffet {Histoire du règne d^; Louis XIÏI , t. III, p. 271), «s'étoient avancés jusqu'à Amiens, pour être plus à portée d'avoir dos nouvelles du siège : ils en recevoient tous les jours, cl ils envoyoieal sans cesse des ordres el des avis aux trois maréchaux. 7) Voir sur le siège d'Arras une importante note de M. Avenel {lettres, instructions diplomatiques el papiers d'état du cardinal de Richelieu, t. VI, p. 711-716) el diverses autres notes (p. 716-718).

* François Poussart, seigneur du Vigean. La terre et seigneurie de Fors (Poitou) avait été érigée en marquisat, l'année précédente, en sa faveur (mai iCSg).

' La Gazette du 8 août rend le même hommage à la bravoure de cet officier : «rLe marquis de Fore , mestrc de camp du régiment do Navarre,[ faisant généreusement, comme il a de couslume, y receut un coup de mousquet au bras. •'

^ Chapelain se trompait : la blessure était si dangereuse, que le marquis de Fors, qui avait à peine atteint sa vingtième année , en mourut quelques jours après, le 98, comme nous fapprend la Gazette (rf du 1" septembre i6io, p. Oao).

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

avons eu nouvelles que la mine de M' le Grand Maistre a joué si heureusement que les bourgeois, craignant d'estre pris de force, ont capitulé et donné des oslagcs de sorte qu'à présent la chose est achevée et le Roy doit estre maistre d'Arras '. Mais j'en ay plus dit que je ne voulois.

Avant hier, je fus à l'hoslel de Rambouillet oii M[ademoiselle] me demanda quelle nouvelle j'avois de vous. Je luy fis lire le dernier billet que vous m'escrivistes par lequel vous nie donniés avis d'avoir receule paquet oii je vous envoyois la lettre que j'en avois tirée à son retom* de Berry. Sa volonté est que vous brusliés toutes celles qu'elle vous escrit après les avoir leues, quoyqu'il n'y ait ny galanterie ny affaire d'Estat , et celte volonté luy est venue depuis qu elle a sceu qu'on a vendu à l'inventaire du Cardinal de La Valette les lettres qu'elle luy escrivoit en Italie ^, jusques à dire qu'elle n'escriroit plus à qui que ce soit, si elle n'estoit asseurée qu'on deschirast tout ce qu'elle escrivoit, comme elle fait, quand on luy escrit.

Les désordres qu'ont causé les dernières lettres de M' Voiture pour avoir esté monstrées par la Marquise^ adjouslent fort à cela et semblent luy faire vouloir tout de bon ce que d'abord je creus qu'elle ne disoit qu'en raillerie. Si elle vous l'ordonne, ou faittes le, ou faittes mine de le vouloir faire.

Quelques uns de nos amis qui ont veu le faclum qui a esté fait contre celuy de M' de Croisilles l'ont trouvé pressant. Je ne sçay qu'en dire, pour ce qu'en ces matières je ne croy qu'à mes yeux, et encore je ne prononce point décisiveraent , parce qu'elles ne sont pas de ma jurisdiction , ny de ma connoissance, et j'ay observé par plusieurs expériences qu'en ce qui regarde les arts, les loix et les sciences, le seul bon sens ne suffit pas pour bien juger, et qu'il faut avoir la pratique de ces choses pour ne se laisser pas imposer par sou imagination ou par celle d'autruy.

J'atlens tousjours avec grande imi)atience le temps de vostre retour que je mets, à tout rompre, à la fin d'octobre. On nous mande que vous avés fait la récolte heureuse autour de vos places.

Je suis. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce lo aoust 16/10.

A M. DE BALZAC

À BALZAC

Monsieur, ne vous repentes point de m' avoir escrit la dernière de vos lettres. Elle vaut trop et a eu trop d'approbation de ceux qui sont dignes de la donner pour n'estre pas bien aise de vous estie laissé aller à un si bel anthousiasme (stc)''. Tout

' On lit dans la Gazette du 1 1 août: ccSur le soir du mesme jour [c'est-à-dire du 7] , une de nos mines joua avec tant de succez, que tout le rempart des ennemis en fut éboulé, et que la terre avoit renversé une pièce de leur canon du bastion dans le fossé, dans lequel nos soldats ont fait ensuite leur logement... Ce que les assiégez voyans et nos soldats presls de donner assault, sur une nouvelle sommation qu'on leur a fait le 8 de se rendre, ils ont demandé à parlementer. ..'i Ce fut le 1 G août que les Espagnols sortirent d'Arras et que les Français y entrèrent.

^ Une de ces lettres (sans millésime, la date du jour étant seulement indiquée) figure dans le Catalogue de la collection de lettres autographes de M. Alfred Sensier, rédigée par M. Etienne Charavay (in-i°, 1878, p. 11 ietii2), n° ']k']. L'orthographe en est singulière {parse pour parce eî selles pour celles). La lettre se termine ainsi : Vostre très humble et très obéisente servenle, Dangenres.

^ La marquise de Sablé. Voir plus loin la lettre à Montauzier du ik septembre i6io.

4 Balzac (lettre XXV du livre XXI, p. 83i) 8/1.

LETTRES DE JEA.^ CHAPELAIN

l"hostel de RaQibouillet en a este' ravi et en a voulu une seconde et troisiesme lecture. La Marquise de Sablé s'en est pasmée, et uostre de'Iicat amy et le sien ' s'en est rescrié contre sa coustunie, et en a fait des admilations qui vous auroient pieu. Les deiLx premières pages de transport sont merveilleuses et la réflexion de la troisiesme le reuvie encore sur ce qui l'a précédée. Mais vosfre transport a excité le mien et je vous ay parlé jusques icy d'une lettre sans vous dire ce qu'elle contient, comme vous m'avés parlé une demie heure de M' Desbarreaux" !-ans me dire que c estoit de luy que vous

répond: «Vous faites beaucoup d'honneur à mon extravagance de la nommer enthousiasme , et je lie pensois pas avoir esté de si belle humeur. . . i La lettre, datée du 20 septembre iG'to, est bien plutôt du 20 août de la même année. On peut se demander si la lettre .4 Momieur des Barreaux (n" XXVI du livre XV, p. 650 et 65 1 de l'in-folio lie 1660), et où il est question du séjour de l'épicurien au château de Balzac, ne doit pas être datée du 20 août i6io plutôt que du 12 octobre 1 6i 1, à moins que le voyage en Angoumois de l'été de itiio n'ait été recommencé dans l'automne de 16 '11, ce qui me paraîtrait bien douleux.

' Voiture.

- Jacques Vallée, sieur des Barreaux, était alors dans sa quarante et unième année. Voir sur ce personnage une note des Mélanges historiques de 1873, mise sous une lettre de Balzac du '4 juillet iG46, p. 5io.

^ Balzac avait écrit à Chapelain (lettre XMIl du bvre XXI, datée du 2Û août i6io et qui est tout au plus du commencement de ce mois, p. 828) : rMais il faut laisser toute autre matière pour faire le récit de l'entreprise héroïque d'un galant homme qui a passé en ce pais, et qui va chercher la vérité et le bon vin par mer et par terre. Pour cet effet, il médite un pèlerinage vers Monsieur Descartes, à l'imitation de celuy d'Apollonius vers Hiarcbas. Neantmoins, il remettra la vérité et Monsieur Descartes à l'année

me parties \ 11 est vray que les choses que vous m'en disiés luy sont si particulières et ces illustres desseins peuvent si peu estre conceus par d'autres que par luy que quand vous ne l'eussiés point nommé à la fln ', je n'eusse pas laissé de le deviner et de le connoistre à son air et à son alleure. Le nouveau Père Denis ayme donc à faire voyage aussy bien que le vieux', et, sans aller sur le bord du Gange, sçait se faire des Indes du pais de Frontignan. Le double projet de trouver la vérité et le bon vin n"est pas , comme vous dittes , ime pensée à qui celles des Césars et des Alexandres se peus-

prochaine, et ne passera pas la mer, de cette campagne; mais, cependant, son autre dessein mérite d'estre sceu de tout l'univers. Il est parti exprès de Paris, pour voir venir naistre et mourir le soleil à Balzac, pour aller manger ensuite tous les melons et toutes les ligues de Gascogne, et de là prendre le chemin de Languedoc, afin de faire vendange à Frontignan. . . ->

' Des Barreaux n'est pas nommé dans le texte de i665 (ici, comme en tant d'autres passages, modifié par les éditeurs); on a remplacé son nom par la périphrase que je souligne: rCommej'ache- >ois ma lettre, celuy qui en est le suhjet est arrivé icy au galop, et m'a rendu une seconde visite. matulinam, siccam el sohriam. Je vous diray, pourtant, que celte sobriété est intéressée, et qu'il n'a pas desjeuné de peur de faire tort à un grand disner qui l'attendoità Angoulesmc. Ainsi son abstinence mosme a l'intempérance pour objet. ..- C'est peut-être ici l'occasion de faire remarquir combien la publication des lettres de Chapelain éclaire d'un jour nouveau un grand nombre de lettres de Balzac et rendra plus facile l'édition définitive que l'on donnera bientôt, je l'espèio, de la correspondance, sinon des œuvres complètes, de l'auteur du Socrate chrétien.

^ C'est-à-dire aussi bien que Bacchus, appelé par les Grec5 Dionysos. Chapelain répond ainsi à la plaisanterie de Balzac (p. 828): «Vous sraurés que d'abord il me parla de vous comme je veux qu'on en parle, et que cette introduction

LETTRES DE JEAN GHAPELAIiN.

sent comparer'. Nous verrons comment il l'exécutera et s'il s'acquittera aussy bien de celle qui regarde l'Angleterre que de celle qui regarde la Provence. A vous en dire toutesfois mon opinion, je croy que, l'année qui vient, il n'ii-a point chercher Monsieur [Descartes] * et qu'il se contentera de ce voyage cy pour tous les deux. Il croira sans doute qu'ayant trouvé le vin il aura trouvé la vérité, et, si l'on le veut obliger de la chercher ailleurs , il alléguera que préférableraent à tout autre lieu la vérité est dans le vin, et qu'une pipe de Fronlignan contient plus de lumières et de connoissances que tous les escrits de la philosophie ancienne et moderne. J'ay regret que nous ne puissions raonstrer ce beau tableau à son amy, qui ne l'est plusl et que les considélations que vous avés le privent et quelques autres de ses amis du plaisir qu'ils auroient

à entendre une chose si rare. Ils ne la verront point néantmoins puisque vous ie défendes \

Pour le triumvir \ le croyés-vous si détaché du monde et si engagé à l'amour de dame Sophie, qu'il résistast à la tentation d'une mitre ou d'une crosse qui luy sembleroit infaillible avec l'esprit qu'il a, s'il avoit pour appuy le Ministre auprès duquel l'on travaille de deçà pour le mettre^? S'il estoit capable d'une si belle résolution, je vous avoue fjue je redoublerois l'estime et l'amitié que vous m'avés donnée pour luy et que désormais je me lierois à luy par mon jugement aussy bien que par le voslre. Quand toutesfois il se laisseroit persuader de m: mettre en chemin d'estre Evesque , je n'aurois garde d'y trouver à redire , et j'y profiterois mesme en cela que nous le verrions pluslost icy.

m'a si fort plu, que quand ii eust Iraisné après luy Menades, Silènes, Asnes et Panthères, je n'aurois sceu fermer ma porte à ce Irain extraor- (Jinaire.?5 Tallemant des Réaux {Historiettes, l. IV, p. /19) dit : ffll pouvoil avoir trente-cinq ans [c'est une erreur, des Barreaux étant né en 1699] quand il fit partie avec un nommé Picot et autres qui leur ressembloient, d'aller escumer toutes les délices de la France; c'est-à-dire de se rendre en chaque lieu, dans la saison de ce qu'il produit de meilleur. Balzac, qu'ils virent en passant, appeila des Barreaux le nouveau Bacchus. •■>

' Balzac avait dit (itj'rf.) : ^Alexandre n'a jamais eu une si belle pensée. La conquesle des Indes n'est rien en camparaison , et donnez-vous bien de garde de me parler une autre fois des voyages de vostre Thésée [le duc de Longueville]. n

* Il semble bien que Chapelain avait deviné juste : je ne trouve nulle part la mention d'une visite faite par des Barreaux à Descartes en iGii. Le silence de Tallemant des Beaux et de Bayle {Dictionnaire critique, au mot Des Barreaux) est surtout significatif. On ne comprend guère que Chapelain parle d'un voyage en Angleterre, alors que Descartes était en Hollande : il eut le

malheur d'y perdre en i6io, à Amersfoort, prè* d'Utrecht, sa fille naturelle Francine, âgée de cinq ans. On sait qu'il ne quitta la Hollande que pour se rendre en octobre 16/19 auprès de la reine Christine, à Stockholm, où il mourut quelques semaines plus tard (1 1 février i65o).

^ S'agirait-il ici de François Luillier, qui, comme le rappelle M. P. Paris {Historiettes d^• Tallemant des Beaux, t. IV, p. 190), fut lié avec des Barreaux, comme avec Gassendi , Peiresc , La Mothe le Vayer?

* Nous ne trouvons point cette défense dans la lettre à laquelle répond ici Chapelain.

5 Costar. Balzac (lettre XXVI du livre XXI, p. 83 1) accueille ainsi la communication de Chapelain : rie pardonne la pédanterie à nostre ami , s'il est asseuré de la prélature, et s'il en a caution bourgeoise. 71

'' Le comte de Chavigny, comme nous l'avons déjà vu. Balzac en parle avec une irritation qui ressemble fort à la rancune d'un homme trompé (p. 83i):wCeluy auprès duquel on le veut placer a quelquefois le dehors et l'apparence d'un honnesle homme; mais le fonds est d'un fourbe confirmé. Et après les protestations que je sçay

LETTRES DE JEAA" CHAPELAIN

Je ne sçay, au reste, ce que vous ave's trouvé dans le billet de M' Voilure qui vous a de'pleu. Car je vous asseure qu'il a agi avec chaleur auprès de quelques uns des juges de M' de Forgues, et qu'encore à cette heure c'est le principal instriuneut que j'aye pour presser le rapporteur de l'expe'dier de ce Parlement, ce qu'il fait de fort honne grâce'. M' dArgence" me vint hier visiter et me promit de m'adverlir du temps qu'il vous fnudroit remuer pour solliciter le j)rocès verbal, afin que je peusse faire de mon costé, et de celuy de tous nos autres amis, ce qui sera possible et nécessaire.

Je ne sçay si vous dilles vrav, ou si vous vous moqués lorsque vous m'escrivés que *** vous a escrit la plus belle lettre du monde. D me l'avoit monstrée devant que de vous l'envoyer, et je vous avoue qu'elle ne me semble rien moins que cela , et les personnes de nos amies à qui il en a donné des copies devant que de nous l'envoyer, n'en avoient pas d'autre opinion que moy, mais sans doute vous vous moqués de luy et de moy et vous me trompés afin que je le trompe. Je le tromperay donc sur vostre parole. Cependant je suis, Monsieur, vostre, etc. De Paris, ce ii aoust i6io'.

qu'il a faites et de vive voix et par escrit, c'est folie que de s'en promettre quelque cliose.i

' Balzac répond (p. 83i) : r Jamais affaire ne trouva plus de protection que celle que je vous ay recommandée, et c'est à vous principalement que nous en devrons le bon succès. Vous avez obligé Monsieur de Voilure à plier sa gravité pour faniour de moy, ce Monsieur de Voiture qui ne parle jamais sans persuader...?;

- Celait un gentilbomme de TAngoumois fort lié avec Balzac et dont il est souvent question dans les lettres de ce dernier. Voir notamment Mélangea historiques de 1878, p. il 1 3, 680, etc.

' Chapelain, le 18 août 16/10, écrit au marquis de Montauzier (f° '180) qu'il n'a pas cru devoir imaginer de prétextes pour l'excuser de n'avoir point écrit à riiôtel de Rambouillet, faute de pouvoir montrer sa lettre : «J'eusse perdu le crédit qui eus esté bien pis que de laisser voir dans vostre lettre qu'une desbauche forcée et de complaisance vous avoit fait manquer à vostre devoir. Cette desbauche ne vous a point faii de tort. On a seulement trouvé à dire que vous eussiés fait des compaiaisons libertines sur la fin... Tous ces jours cy, celle dont je vous parle [la princesse Julie] s'est baignée et purgée et elle s'en porte bien maintenant. M' sa mère rajeunit, ou du moins reprend forces nouvelles. ..:i Chapelain entretient ensuite son ami de l'affaire de M' de Forgues, f gentilhomme de vos quartiers, qui a e.spousé cette belle niepco de M^ de Balzac, que

vous estimés quelque chose.:? Il lui dit encore qu'il lui envoie une lettre latine de Balzac a Maiuard, rfort louée par tous ceux qui l'ont veue,n ajoutant : «Je vous prie de me mander vostre jugement , qui n'est pas moins bon pour les choses latines que pour les françoises.?? J'ai négligé deux lettres du 9 août, écrites Tune (P ^7^) à M. du Fay de la Trousse, l'autre (f° ^7^) à M. de Marinville. Au premier, Chapelain envoie des remercîments pour sa relation de l'attaque des relranchemenls d'Arras, et il lui dit qu'il a été rloué de tous ceux qui l'ont veue non moins de bon escrivain que de sage capitaine. n Chapelain ajoute: trL'honneur que le pauvre Chevalier s'est fait dans le combat n'a pas esté si heureux puisque ça esté aux despens je dirois presque de sa vie ayant un coup qui lui passe au travers du corps.?? A M. de Marinville, Chapelain adresse des félicitations au sujet de sa brillante conduite devant Arras et des condoléances au sujet de sa blessure. H réclame de lui la suite de sa Relation, ajoutant que le comte et la comtesse de Maure lui demandent souvent de ses nouvelles. Mentionnons enfin une lettre du 10 avril (t^ 670) à la marquise de Flamarens. En voici le début : «Madame, je ne fus jamais si touché ni si consolé tout ensemble d'aucune lettre que je l'ay esté de celle que je receus il y a trois jours de vous. J'y ay trouvé mil traits de sages.«e, de crainte de Dieu, de bon naturel, de patience, d'intelligence, et en

CCCGXXVL À >1" LE DUC DE LONGUEVILLE

Monseigneur, si nos espe'rances n'ont pas esté vaines, nous sommes arrive's au temps où l'on doit travailler à bon escient à vous fortifier dboranies et à vous mettre en estât d'eslre encore une fois redoutable aux Impe'riaux. Car enfin Dieu a permis qu'après un siège de deux mois ou environ Arras soit tombé entre les mains du Roy à la veue du Cardinal Infant et après les vains eflbrls qu'il avoits fails pour jetter du secours dans la place en attaquant nos lignes avec toutes ses trouppes, et je ne douterois point, Monseigneur, qu'une bonne partie des nostres ne vous fussent envoyées présentement si nous n'avions point encore l'affaiie de Tm-in à vuider, laquelle, selon le bruit commun, oblige le Roy à s'avancer vers la frontière d'Italie pour en presser la redition'. Les sages néantmoins jugent impossible qu'on vous laisse sans secours aussy bien à la fin de la campagne qu'au commencement, et quand vous ne sériés pas aussy considérable au Roy que vous estes, ils croyent que le péril qui nous menace du costé de l'Allemagne est assés grand pour faire qu'on pense à l'éviter en vous renforçant, tant pour vous y conserver, que pour empescber que les princes que vous avés fait déclarer pour nous ne se repentent de son alliance, et ne songent à se mettre à couvert en nous abandonnant. M' de Sihemidbey, M"^ de la Croi-

sette, et M"" de Cbambois ne laisseront rien sans doute à faire pour vos intérests auprès de M" les Ministres. Et quant à nous, nous ayderons vos desseins, et porterons vostre cause avec nos vœux et nos prières , puisque nous ne pouvons autrement.

De Rome nous avons nouvelles qu'il se traitte une ligue entre le Pape et les Vénitiens et le duc de Parme , pour la défense de leurs estats, qui donne une extraordinaire jalousie aux Espagnols, l'ambassadeur Castel- Rodrigo en ayant parlé avec très grand ressentiment au Pape, l'accusant d'esloigner par ce procédé la paix dont ils font mine d'avoir le plus grand désir du monde. Le dernier Courier asseure que cette ligue est presque conclue, ce qui ne pourroit arriver sans une notable diminution de crédit pour le Roy d'Espagne, cpii auroit par ce moyen à se garder delà les Monts d'autres puissances que de la noslre, et pourroit par la encore estre obligé à entendre à la paix pour conserver le sien.

Quant à Turin, on dit aussy qu'il y ;i quelque iraitlé en campagne qui pourroit bien enfin nous faire avoir la ville et le P[i'ince] Thomas de nostre costé, ce qui se fortifie par les propositions cjue le Cardinal de Savoye, son frère, a envoyé faire à M' le Conte d'Alais qui portent en substance qu'il désire se ranger au parti du Roy. Nous attendons encore de ce costé la ce qu'il plaira à Dieu qui en réussisse. Mais nostre principalle inquiétude et impatience regarde la

un mol de tout ce que j'ay souhailté qui fust en vous pour vous rendre accomplie...»

' Louis XIII, après la prise d'Arras, ne larda pas à quitter Amiens (premiers jours de septembre) : il arriva le 7 de ce mois à Saint-Germainen-Laye.Il y resta jusqu'au 26 , jouroùil alla coucher au château d'Ecouen.Ii se rendit le lendemain à Chantilly, où le même jour arriva le cardinal de Richelieu, qui revenait de Picardie. Louis XIII

n'eut pas à s'avancer vers la frontière d'Italie, car le comte d'Harcourt ne tarda pas à se rendre maître de Turin. Ce grand succès était déjà connu en France le 2 5 septembre, comme on le voit dans une lettre de ce jour écrite à Louis Xllf par Richelieu {Recueil de M. Avenel, t. VI, p. 780) : «Je ne sçaurois assez me resjouir de la prise de Thurin, dont il a pieu à Vostre Majesté me donner avis.»

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

seureté de voslre personne et l'avancement de vos hauts projets, qui recevrôienl avantage si tout ce que je vous mande succédoil heureusement. J'en prie Dieu et qu'il vous conserve tousjours.

Je suis, Monseigneur, vostre, etc.

De Paris, ce 18 aoust i6io.

CCCCXXVII.

À M. DE BALZAC

À BALZAC

Monsieur, l'homme de qui vous vous plaignes ne vous fait point de tort. C'est un enfant gasté dont tout le monde peut trouver mauvais les insolences, hormis le père qui luy en laisse prendre l'habitude, et qui mesrae luy en a donné des louanges'. Je vous avoue que vous nie surprisles lorsque vous me mandastes, il y a quinze jours, que cette personne vous avoit escrit une si belle lottre, et que je vis celte lettre en mesme temps dans vostre paquet. Car, après l'avoir ieue avec attention , j'y vis de l'esprit par endroits, mais je ne fus point de vostre

avis, que ce fust une belle lettre. Enfin, par celle que j'ay receue depuis , j'ay reconneu que j'estois de vostre avis, et que, la croyant gaillarde , j'en avois le mesme sentiment que vous. J'ay reconneu que vous ne m'en aviés parlé de la sorte qu'afin qu'il vist que vous Laviés receue, et que vous l'estimiés, et qu'afin qu'il ne s'attendist point d'en avoir response.

Pour la Marquise, elle ne trempe point là dedans, et si elle le scavoit, elle le désavoueroit, comme ayant pris son nom en vain. Elle a trop de sens pour s'ériger en protectrice dun homme qui se soutient de luy mesme et qui, possédant la couronne de l'éloquence, ne s'appuye que sur ses propres forces, et ne relève en cela que de la déesse Persuasion et de sa plume. El puis à quel propos parler de protection à un homme qui n'a plus d'ennemis et qui voit au dessous de soy tous ses jaloux et tous ses rebelles? Je la raviray néantmoins, lorsque je luy diray le dessein que vous avés de luy addresser vos Apologies". Et certes elle est digne de celte marque d'honneur par la

' De qui s'agit-il? Serait-ce du marquis de Pisani, célèbre par ses incartades, et qui avait toujours été traité avec une indulgence voisine (ii^ la faiblesse, à titre de fils unique, par son père Tlharles d'Angennes, marquis de Rambouillet? Serait-ce d'un autre jeune homme, un «les petits maîtres, Guy de Laval, le fils de la marquise de Sablé? Mais le père de ce dernier était mort, comme nous l'avons vu, le !\ juin 16/10, et la phrase de Chapelain semble bien indiquer que le père de Venfant gasté était en vio au moment où la présente lettre fut écrite. D'autre part, d'après un passage de Balzac qui v.T être cité dans la note suivante, c'est bien plutôt Hii marquis de Laval que du marquis de Pisani qu'il serait ici question. Je laisse à la sagacité du lecteur le soin de résoudre ce petit problème, au sujet duquel je n'ose me prononcer.

- Balzac écrivit à Chapelain (lettre \.\Vll du

livre XXI, mal datée du 8 octobre i6io, p. 882) : «Je fais mettre au net ma seconde Apologie, et vous les envoyerai l'une et l'autre, pour les présenter de ma part à Madame la Marquise de Sablé. Je pense qu'il faudra les luy dédier après cela. Et bien qu'il y soit traité en beaucoup d'endroits de plusieurs poincls de doctrine, qui sont au dessus de la portée ordinaire des femn)es, ma dédicace ne sçauroit estre trouvée mauvaise, estant faite à une femme extraordinaire. Outre que j'ay un grand exemple qui la justifie : et pcut-estre n'avez-vous pas remarqué que Diogène Laërce adresse sa parole à une dame de son temps, dans les vies qu'il a escritesdes philosophes. . .n On sait que les Apologies de Balzac ne parurent que plus de dix ans après la mort de leur auteur, dans le tome I" des Œuvres complètes (i665), parmi les Dissertatiom chiestiennes et wornies (p. 288-/1 iTi). La premièi'e de ces dis-

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

grande estime qu'elle fait de tout ce qui vient de vous, et par le bon goust qu'elle a pour toutes les bonnes choses.

J'ay leu et releu avec un plaisir extrême et JHsques à l'admiration la belle Epistre latine que vous envoye's à M' Mainard ', et je suis très niarry que cela ne vous prend que par verve , autrement je vous exhorterois de vous solliciter souvent et de ne pas laisser tarir une \ame (sic) qui coule si doucement et fait un bruit si haut et si haruionieux tout ensemble. L'opinion ge'nérale de tous ceux à qui je l'ay desja leue est qu'elle est meilleure encore que la première % qiioyque la première f'ust si belle qu'il ne sembloit pas qu'on en peust faire une seconde qui en peust approcher. C'est mon sentiment aussy, et tout de bon vous devriés vous exercer plus souvent en ce genre que vous ne failtes. Vous verres par le billet de M' de Saint- INIcolas combien il s'en est tenu oblige. M' Mesnage l'a veue et admirée cl . devant luy, M' Lhuillier '.

Ces trois, avec \r Conrart, M' de Voiture, iM' de Vaugelas et l'Hostel de Ram-

bouillet, agiront vertement pour l'intërest de M' de Forgues, lequel aura eu aujourdhuy, comme je croy, ce qu'il demandoit avec tant d'instance, que son procès fust mis sur le bureau. Car, hier au soir. M' de Voiture fît héroïquement sm- un billet que je luy envoyay et obtint par un effort de son crédit et de son éloquence que le rapporteur commenceroit aujourdhuy à le mettre devant M" quoyqu'une partie du procès eust esté retirée par les parties, ce qu'il luy protesta qu'il n'eust fait pour qui que ce soit que pour luy, non plus que M' de Voiture ne luy eust demandé pour aucune autre personne que pour vous. Je vous prie que, dans la première lettre que vous me ferés la faveur de m'escrire, il y ait un bon article pour luy en tesmoigner vostre ressentiment.

Je ne suis point pressé des livres italiens, et il suffît que je sache qu'ils ne sont point perdus. M" Camusat croit vous devoir ce que vous voulés recevoir d'elle comme une gi'âce et rougit de vostre reraerciment \ Le Scipion de Claveret * est un

serlations est intitulée : Sur le retardement dr lu publication de ses Apologies. Les apolofjies sont dédiées à P. de Marca, au cardinal de Benlivoglio , à Menandre, au marquis de Monta uzier, etc.

' Ad Franciscum Mainardum invitatio (Joan. Lud. Guezii Balzacii Carminum liber primus, p. 2 et 3 de ia seconde partie du tome H des Œuvres complètes).

- Ad Franciscum Mainardum, Roma reducem, querela [ibid., p. i et 2).

^ Balzac avait écrit à Chapelain (lettre XXIV du livre XXI, mal datée du h septembre iC/io, P- 829) :k Ma dernière lettre latine envoyée, quelqu'un m'a asseuré que c'estoit une pièce incomparable. Voilà un grand mot pour un courtisan peu assidu de vostre ApoiJon, et pour un docteur en langue vulgaire. Aussy n'ayje pas tant de foy, que je croye d'abord estre citoyen romain, parce qu'un provincial me l'a

CHAPELAIN. t.

dit. C'est donc à vous, Monsieur, à m'esclaircir làdessus de ia vérité, et si vous vouiez associer Monsieur i'Abbé de Saint-Nicolas dans le jugement de cette importante affaire, je vous envoyé une nouvelle copie des pièces, que vous mettrez, s'il vous plaisl, entre ses mains. li est, sans doute, rerum nostrarum acerrimus et integeirimus judex , possidetque in suprême gradti, ut Magistri loquuntur, facultalem judicatricem. Observez-y toutes mes fautes, et me faites la faveur de les marquer, afin que je les corrige : car c'est une dangereuse chose de parler une langue morte.?)

* Nous avons vu que la veuve de Jean Camusat avait envoyé à Balzac des livres italiens.

^ On ne connaît, au xvn' siècle, qu'un seul écrivain du nom de Claveret, c'est Jean Claveret, né à Orléans vers iSgo, mort en 1666. Ce fut un mauvais auteur dramatique {l'Esprit fort, comédie, 1O37; le Ravissement de Proserpine,

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

advocaceau' qui a esté chifflé" de son Epislre. La bonne femme l'a arrachée de tous les livTes qui luy restent de cette impression, voyant qu'elle les deshonnoroit. Et, en vérité, le corps de la traduction n'est pas mesprisable.

J'ay veu le vilain endroit de Vida qui m'a fait mal au cœur \ M' de Saint-Nicolas a veu l'éloge que vous faittes de luy dans vostre apostille, et vous en demeure très sensiblement obligé , et Ibostel Rambouillet l'apostille du dernier billet que vous m'avés escrit, dont il s'est senti fort vostre redevable et m'a chargé de vous le bien tesmoigner.

J'ay envoyé le paquet de M' Mainard en

Auvergne. Pour les vers, je tiens pour les premiers aussy bien que vous sans balancer. Je vous les envoyé pourtant avec une addition d'importance qui est de luy et que je suis estonné qu'il ait supprimée.

M' le Conte Bardi \ de qui est le sonnet italien que je vous ay envoyé \ et qui a pour titre Bella donna chinuecchia, m'a donné la copie de l'Oraison manuscritte de M^' La Casa pour exhorter les Vénitiens à la ligue avec le Pape , Henri II et les Suisses. Vous m'avés mandé que vous l'aviés : je vous prie de m'en dire vostre jugement*.

Je suis. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce 19 aoust 16 '10'.

tragédie, 1689; l'Écuyer ou les faux nobles, i665, etc.) et un mauvais traducteur {Valère- Maxime, Paris, 1669, a vol. in-12). Il eut une fâcheuse célébrité pour avoir écrit divers libelles contre le grand Corneille. (Voir ^I. J. Taschereau , Histoire de la vie et des ouvrages de P. Corneille, 18.55, p. 66-69 etp. 3o4et3o5;M.Ch. Marty- Laveaux, Œuvres de P. Corneille, 1. 1, p. 385 et 386; t. m, p. 26-99; t. X,p. 6o3; M. E. Picot, Bibliographie Cornélienne, p. /170 et 671.)

' Je ne trouve nulle part ce diminutif méprisant.

* On écrivait alors tantôt sijfler, tantôt chiffler. Voir Mélanges historiques de 1878, Lettres imdites de Balzac, p. Saa et 533 et Œuvres du cardinal de Retz (édition des Grands écrivains de la France, t. II, p. ao; t. III, p. i56, 893, 4o5; t. IV, p. 8i). M. Liltré {Dictionnaire de la langue française) n'est pas allé assez loin en déclarant que «l'on a dit chijjler jusqu'au commencement du xvu" siècle.'' 11 aurait fallu mettre: jusqu'au delà même de la première moitié du xvii" siècle.

^ Le passage cité dans la lettre XXI du livre XXI, p. 8a6 de l'in-folio de 166."). Chapelain se sert de la même expression dont Balzac s'était servi : ces vers qui m'ont fait mal au cœur. Balzac a reparlé de la vilenie de Vida (lettre XXIII du livre XXI, p. 899).

* Dans une lettre écrite au marquis de Mon-

tauzier le 2 5 du même mois (P i85), Chapelain faisait un grand éloge du comte Bardi, «ambassadeur de Florence en celte Cour et depuis peu de mes bons amis, 11 vantant surtout la beauté de son esprit.

' Balzac dit à son ami (lettre XXIV du Wwe XXI, p. 829) : «Le sonnet du Bésident italien, et la lettre du cavalier de vingt ans, sont fort à mon goust, et vous m'avez obligé de m'avoir régalé de ces deux rares présens. -i Si Balzac, par les mots cavalier de vingt ans, a voulu désigner un très-jeune hommf, ce serait plutôt le marquis de Laval, qui était alors dans sa dix-huitième année, que le marquis de Pisani , qui était alors dans sa vingt-cinquème année.

* Balzac répond ainsi à l'interpellation de Chapelain (lettre XXVII du livre XXI, datée du 8 octobre i6io pour septembre, p. 839) : trJe ne sray si j'admirerois à pré.sent la Harangue de Monsignor délia Casa; mais il est vray que je l'ay admirée autrefois, et que j'ay eu dessein de la publier, avec des notes de ma façon. Cette envie ne m'est pas encore passée, et je vous prie d'en faire tirer une copie bien correcte, a6n que, quand je vous envoyerai la mienne, vous puissiez voir, par la conférence des deux, lequel des manuscrits sera le meilleur. A mon gré , ce Florentin a esté parfaitement judicieux. Il avoit veu l'idée de la suprême éloquence, n

' Chapelain écrivait, le ao août, au marquis

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

CCGCXXVllI.

À M. DE BOISROBERT

Monsieur, quand je n'aurois autre raison de vous escrire que celle de me resjouir de vostre santé, dont M' Bonair nous donna hier de certaines nouvelles, il suffiroit pour ne pas laisser partir M" Faret sans luy demander place pour une lettre parmy celles dont il s'en va chargé vers vous'. Mais l'ordre qui nous est venu vers le mesme M' Bonair de la part de S. Em" de travailler chacun à relever selon nos forces la gloire du Roy dans la prise d'Arras, m'oblige par une raison nouvelle à vous escrire et à vous prier de voir le sonnet que je vous envoyé sur ce sujet*. S'il ne vous desplaist pas, vous le pourrés faire voir à S. Em" comme un effet de son commandement, et vous soulagerés ses défauts avec vostre addresse et bonté accoustumée. Vous m'obligerés aussy de tesmoigner à S. Em" qu'ayant d'abord pensé à luy attribuer l'honiieur de

celte conqueste et de la rapporter toute entière à ces soins glorieux et à cette prudence divine, à qui en effet elle est toute deue, je me souvins de la modestie avec laquelle elle refusa , il y a cinq ou six ans , que je parlasse d'Elle, sur des matières dont le mérite luy estoit commun avec Sa Majesté \ et je considéray que sur celle-cy mesme, elle n'avoit pas souffert que, dans la Relation succincte de ce siège et de cette prise, il y fut fait aucune mention d'Elle , comme ne voulant pas seulement donner ses veilles et ses travaiLx au Roy, mais encore sa propre gloire '. Gela me détermina à ne le point nommer dans le sonnet , mais le Roy seulement , sachant d'ailleurs que ce procédé de ses serviteurs déclarés comme moy estant une marque visible de sa modération , ce silence luy estoit plus avantageux que les plus éclatantes louanges , pour ce qu'il ne luy fait point perdre les louanges qu'elle mérite et qui sont naturelles à ses grandes et esclatantes actions , et qu'il fait croire de plus que s'il les

de Gesvres (p. liSh): wDans le glorieux malheur qui vous arriva à Sailly je suis asseuré, sans attendre de vos lettres, que vous avés pensé à moy, et que vous avés creu [que] de tous ceux qui vous en avoient plaint, j'estois celuy qui i'avoit fait avec plus de véritable douleur, quoy qu'il n'y ait eu personne en France qui n'en eust une douleur véritable. Et je vous avoue que cet accident m'affligea plus qu'il ne me surprit, sachant de longue main combien les grands périls avoient de charmes pour vous. ..n Chapelain annonce à son ami que le marquis de la Varambon est mort de ses blessures. Voir sur la mort de ce gentilhomme, qui avait élé pris fort blessé, Montglat {Mémoires, VP campagne). Le 26 août. Chapelain donnait à Balzac (f Ù87) les nouvelles que voici : «Il ne se peut agir avec plus de chaleur dans l'affaire do M' de Forgues que font M" de Saint-Nicolas, de la Victoire, Lhuillier, Silhon, de Grasse, Mesnage, Patru, Conrart, Vaugelas, Voilure et

l'hostel de Rambouillet, mais M' de Forgues craint que le seul M' Meusnier ne soiL plus puissant à luy nuire que toute nostre trouppe à le servir. Dieu vueille que son apprébension soit vaine!. ..»

^ L'abbé de Boisrobert était en ce moment à Amiens, où le cardinal de Richelieu séjourna jusqu'au 7 septembre suivant.

^ On ne retrouve pas le sonnet dont parle ici Chapelain dans le recueil manuscrit de ses poésies que j'ai si souvent cité.

^ Les biographes du cardinal de Richelieu n'ont pas signalé, ce me semble, la particularité rappelée par Chapelain et où il faut voir peutêtre encore moins une sincère modestie qu'une habile précaution. En s'effaçant ainsi , le cardinal ne trouvait-il pas le meilleur moyen de désarmer la jalousie d'un prince inquiet, ombrageux?

* Le nom du cardinal de Richeheu ne se trouve pas, en effet, une seule fois dans la relation donnée dans la Gazette.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

fait, c'est pour elle niesme, et non pas pour en estre loué. Je ne sçay si j'anray bien pris son sentiment la dessus et si mes conjectures luy sembleront raisonnables, mais j'ay creu faire pour le mieux. Vous me ferés l'honneur, s'il vous plaist, de m'en esclaircir, et de me mander si vous aurés trouvé à propos de monstrer la pièce et le succès qu'elle aura eu.

Je sçauray bien volontiers aussy la ve'rité du béne'flce de iiii cents livres de rente, dont on me dit que vous aviés rempli vostre induit, afin de m'en l'esjouir avec vous et avec nos amis, s'il est comme on me l'a voulu faire croire. Obligés moy de ne me le laisser pas ignorer, et de me croire tousjours , Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce 29 aoust i6-'io '.

CCCCXXIX.

À M. DE BALZAC

À BALZAC

Monsieur, un moment après avoir rereu vostre dernier paquet, jo l'envoyay à M' Mes-

nage, puisqu'il estoit plus pour luy que pour moy. Il y vit vostre aflection dans son ëloge avec tel ravissement qu'il ne parloit d'autre chose à tout le monde \ et je fus deux jours sans revoir ma lettre, pour ce qu'il ne vouloit pas qu'aucun de ses amis manquast à la voir. Enfin il me la rapporta , et nous fusmes trois heures ensemble à ne parler que de vous et de M' Grotius\ Il m'avoit escrit, le matin, une lettre que je vous envoyé pour s'excuser de vous faire ses reraercimens luy mesme. Je vis bien pourtant à son discours que les doigts luy démangeoient et qu'il ne se vouloit pas fier tout à fait en moy du compliment qu'il vous en dcvoit. de sorte que vous pourrës recevoir au premier jour de son éloquence épistolaire, de laquelle, si vous vous trouvés embarassé, vous ne vous prendrés, s'il vous plaist, qu'à vous. C'est en vérité un très galant homme, et peu digne des mauvais offices qu'on luy avoit faits auprès de moy. 11 a beaucoup de sçavoir, et le feu de son esprit est capable d'en allumer d'autres. Il imagine aigu et repart de mesme*, si loutesfois certaines

' Chapelain écrivit an niarqnis de Monlaiizier, ie 1" septembre i64o (p. ^89): «L'affaire de M' de Croisilles fut hier jngéc au Parlement, les trois chambres assemblées, et il fut renvoyé à son juge ordinaire, TOfficial de Paris, où il avoit demandé d'estie renvoyé dès ie commencement. Néantmoins M"" Pauiet croit qu'on luy a fait injustice de ne le pas juger au fond. . . Hier matin. M' Conrart partit d'icy en diHgence pour s'en aller à Jonquière où est sa sœur malade sur un axis bien funeste, quoyque non tout à fait certain, de la mort de son beaufrère qu'on luy a mandé qui a esté assassiné entre Arras et Dourlens, à un quart do lieue du convoy...» Dans une lettre à la marquise de Flamarens, du même jour. Chapelain (f° ligi) annonce que la marquise de Sablé est rrveufe et dévote r et que «M' ie chevalier [de la Trousse] *aut guéry de sa blessure,» ce qui signiflait qu'il

était pour ainsi dire guéri, à peu près guéri.

- Balzac avait écrit à Cbapeiain (lettre XXV du livre XXI, mal datée du 30 septembre 1 C60 . p. 83o):Rj'ay pesté plusieurs fois contre les longueurs des messagers, mais certes ce n'estoit pas sans cause, puisqu'ils me privoient d'une excellente lecture, et m'empeschoicnt de m'entretenir avec nostre Monsieur Ménage. Son livre eusl donné de la jalousie à Juste Lipsc, et eusl mis Lambin au désespoir. Il m'eslonne et, je m'asseure, il vous satisfait... Sa doctrine est exquise. Il va la puiser en des sources esloignées des grands chemins, et que le Peuple n'a point encore souillées. ..1

^ Il est fort question de Grolius dans la lettre à laquelle répond Chapelain. J'en citerai quelque chose un peu plus loin.

' C'est-à-dire: il a l'imagination vive et la repartie aussi.

LETTRES DE JEAN CH/VPELAIN

responses ingénieuses, qu'il m'a récitées, luy sont venues sur le champ et non pas après coup. Il confesse ingénument qu'il a l'humeur satyrique et qu'il s'empesche malaisément de dire un mot qu'il croit bon '.

Du reste, dans un long entretien que j'eus avec luy sur le sujet de \r Coslard , je trouvay ses maximes nobles et son inclination généreuse. D'amis intimes qu'ils estoient ", j'ay reconneu qu'ils estoient passés à l'indifférence , et que , s'ils ne se haïssoienl , ^ au moins ils ne s'aymoient plus, et, s'il en faut croire ceiuy cy, la cause de ce raffroidissement vient toute de l'autre, qui l'a débité partout pour médisant •\ qui l'a désavoué pour aray, et qui a payé les réelles assistances qu'il luy a faittes de mesconnoissance et de reproches mesmes. Je me rapporte à ce qui en est, et cependant vous demande secret.

Pour M' Grotius, sa qualité d'ambassadeur m'a empesché de luy rendre les devoirs que j'eusse volontiers rendus à sa qualité de grand personnage dans les lettres \ A vous en parler à cœur ouvert, cette dignité l'embarasse et embarasse ceux qui ont à Iraitter avec luy. Elle l'a tiré de l'ordre des sçavans et ne l'a pas mis dans

* Tallemanl des Réaux nous montre Ménage ( Historiettes, t. V, p. 916) médisant rrdu tiers et du quart,» et il ajoute (p. 2i5) : «A Angers, quoyque tout Angevin pour l'ordinaire soit goguenard et niesdisant, il estoit fort descrié pour la mesdisance.T II serait trop facile de multiplier les témoignages relatifs à Vhumeur satyrique de Ménage.

- C'est à cette époque sans doute que Coslar «disoil que Ménage estoit son meilleur ami.n {Historiettes , t. V, p. i5.3.)

' Costar devait avoir sur le cœur quelques mauvaises plaisanteries de Ménage, telles que celle-ci, par exemple, rapportée par Tallemant des Réaux {ibid., p. 21 5) : «Il disoit qu'il y avoit trois plaisans prédicateurs à Angers : Costar,

celuy des grands politiques, et il s'est fait un certain meslange de conditions en luy par cet employ qui le faict un homme médiocre d'un homme extraordinaire qu'il estoit. Ce n'est pas qu'il ne soit aussy habile ou plus encore qu'auparavant, mais c'est que luy, que le sçavoir n'enlloit pas, s'enlle de l'ambassade et tient une certaine morgue que les esprits libres ne souffriroient qu'à peine en ceux qui l'envoyent et dont il n'est que l'image. Ainsy je vous avoue qu'après avoir rendu à son mérite ce que je luy devois, je ne croy pas que je m'empresse fort à son audience, et je me contenteray de converser avec luy dans ses ouvrages où je le trouve meilleur que chés luy ^ 11 me dépile d'eslre si longtemps à publier son histoire des troubles de Hollande", et je ne sçay par quelle bizarrerie un jurisconsulte, un critique , un poëte , un historien , un ambassadeur laisse le soin de toutes ses occupations pour devenir théologien et chercher l'Arminianisme dans le Nouveau Testament. Il n'y a pas moyen de luy pardomier cette fantaisie qui recule l'accomplissement de tant de belles choses et prive le monde de ce qu'il désire il y a si longtemps. Vous verres dans le billet de M' Mesuage comme il a receu ce

qui n'avoit qu'un sermon, le prieur des Matras, qui n'en avoit que la moitié d'un , car il demeura à my-chemin, et le prieur de Pommier, qui demeura la bouche ouverte, et ne prononça pas une parole. 77

* Balzac avait ainsi parlé de Grotius (p. 83o ) ; "Mais ne sçauray-je point si vous vous estes remis dans le chemin de Thostel de Monsieur l'Ambassadeur de Suède, et si vous estes meilleur courtisan d'esté qued'hyver?n

5 Ces détails sur Grotius sont d'autant plus intéressants, qu'on les trouverait moins ailleurs.

•^ Balzac (p. 83o) avait dit : «Voyez cet excellent homme et devenez son confident; vous verrez cette incomparable histoire qu'il tient prisonnière depuis tant d'années. . . •?

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

que vous disiés de luy dans vos dernières. II luy a depuis renvoyé' vos vers par un page avec beaucoup d'estime et de la pièce et de l'autlieur.

Je ne sçay ce qui arrivera de ce qui a esté proposé du triumvir ' et il y a long temps que je n'en ay ouy parler; si la chose se doit faire, ce ne sera qu'après avoir mis dans les quartiers d'hyver. Je croy le proposant tel que vous dittes ^ mais il s'en faut venger en le mesprisant , qui est la plus belle vengeance que puisse prendre le magnanime.

Le rheume que j'ay n'est point venu du redoublement des copies des beaux vers que vous m'avés envoyés \ Au contraii-e je le seiche à leur feu, et j'espère de leur en devoir bientost l'entière cure. C'est un tribut annuel que la rigueur du temps exige de moy â tous les quartiers, n'y ayant point de saison qui ne vueille que je luy rende hommage, et que je le paye de cette monnoye. J'ay retiré le privilège des mains de nostre amy ^ et n'attens que le parteraent de M' de Forgues pour vous l'envoyer. Je suis honteux de ses civilités et de ses ressentimens. Je vous prie d'y faire apporter de la modération, afin que je me puisse reconnoistre

' Gostar, qu'il s'agissait de placer auprès du comte de Chavigny.

- Le comte de Chavigny, à la sincérité duquel Balzac croyait si peu, comme nous l'avons vu dans une précédente iellre.

^ Balzac avait écrit à Chapelain (p. 83i, Iellre XXVI du livre XXI déjà citée) : «Mon 'ufatigable faiseur de copie a travaillé pour vous cette semaine, et veut à toute force que vous voyiez mon dernier latin , pour ce qu'il luy semble fort bien escrit. . . Qu'il vous tue donc de celte crambe si souvent repelita, pourveu que vous ne laissiez pas.de vous bien porter d'ailleurs, et qu'elle ne vous ramène pas vostre rhume. 15

* Courart.

^ Ceci confirme tout ce que l'on savait déjà du

dans ses paroles lorsqu'il parlera de moy. J'ay eu plus d'ardeur et plus d'inquiétude pour son inlérest que pour tous ceux que j'auray jamais. Je crains néantmoins que mon affection n'ait esté fort peu utile , mais par la connoissance que j'ay prise de sa vertu, je ne crains pas que par ma foiblesse il juge de mon affection.

M' l'abbé de Boisrobert est auprès de S. Em" et gouverne celuy qui nous gouverne ^ On nous mande d'Amiens qu'il se porte bien, et quelqu'un nous a dit qu'un indidt qu'il avoit a esté rempli d'un bénéfice qui vaut quatre cents livres de rente et qui est au pais du Maine ^ Nous verrons si l'avis est certain.

Je vous envoyé un sonnet que l'on m'a arraché pour la prise d'Arras. Il vous souviendra , en le lisant , de la maxime de Vida dans sa Poétique: JVecjussa canas\

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce a septembre i6'io.

À M. CO>RART,

k JOKQl lÂRBS.

vous avoue

quej

singulier ascendant qu'avait piis l'abbé de Boisrobert sur le cardinal de Richelieu, et notamment ce qu'aflirnie Tallemant des Réaiix {Hàl. t. II, p. 891): (T Souvent il disoit au cartliual tout ce qu'il vouloit, quoyqne le cardinal ne le voulusl pas. Il sçavoit son foible, etvoyoit bien que S.E. aimoit à r'ire.rt

* Un frère de Boisrobert possédait un canonicatau Mans, comme nous l'apprend Tallemant des Réaux {llist., t. II, p. ûoS) : (fil y a trois ans qu'il mena Durville au Mans pour y vivre avec un de ses frères qui est chanoine...?'

^ Que Vida a donc raison, et combien de grands poêles ont échoué de tout temps dans les romposilions de commande, dans les vers officiels !

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

solation , dimanche matin , lorsque j'appris que M' Yostre beau frère en estoit quitte pour estre prisonnier. Ce qui nous eust esté un mal sans ce mauvais bruit de sa mort \ nous est devenu un remède et on diroit que la fortune a voi^lu faire favorablement ce circuit de nouvelles pour vous rendre plus doux et plus supportable l'accident qui luy est arrivé. Il faut louer Dieu de ce que des maux de cette nature il nous a donné a souffrir le moindre. J'altens à la première occasion que vous nous mandiés le particulier de tout. Cependant vous estes bien louable d'avoir couru au plus pressant, et d'estie allé promptement vers M" voslre sœur pour l'assister dans son malheur, quel qu'il peust estre, et la fortifier dans sa douleur. Tous vos amis de deçà l'ont ressentie comme elle pour l'amour de vous, et j'ay fort resjouy tous ceux qui m'en sont venus tesmoigner leur desplaisir, lorsque je leur ay dit Testât présent de la chose.

Vous trouvères dans ce paquet plusieurs lettres sur ce sujet qui ne peuvent manquer de vous estre fort agréables, partant de personnes dont vous chérisses tant l'amitié. J'ay fait faire l'office là dessus à l'hostel de Rambouillet, comme vous le désiriés, car je ne l'ay peu faire moy mesme à cause d'un rheume à mon ordinaire qui me tient à la chambre depuis six jours. M' de Chavaroche m'en vint hier faire le compliment et me dire, de la part de ces excellentes personnes, ce que vous pouvés souliaitter. Vous nous manderés quel sera vostre séjour en Picardie et si M' l'Evesque de Grasse aura besoin de vous y aller dire adieu. Il parle tousjours de partir au mois d'octobre. Je vous prie de me faire la faveur d'asseurer M' vostre soeur et M' vostre femme de mon service très

humble et de me croire tousjours ce que vous sçavés ce que je vous suis.

De Paris, ce 5 septembre i6io.

CCCCXXXI.

A M. LK MARQUIS DE MONTAUZIER

EN ALSACE

Monsieur, la lettre que je vous envoyé vous doit estre d'autant plus chère qu'elle a esté escritte sans que je l'aye sollicitée \ car, suyvant vos ordres, j'ay voulu estre moins chaud amy pour reconnoistre si vous sériés plus heureux adorateur. J'apprens par là qu'il est quelques fois à propos de bazarder quelque chose et risquer de perdre peu pour voir si l'on ne gaignera pas beaucoup. Nous verrons si cette bonne fortune vous continuera ou si vous aurés encore besoin de mes soins et de mes diligences. Je ne vous diray nulles nouvelles de ce costé là , puisque vous les pourrés apprendre de l'original mesme. j\P le marquis de Pisani vous devoit aussy escrire et je l'en vis, hier, solliciter par cette rare personne. Mais il n'est pas estrange qu'il ne l'ait pas fait de cet ordinaire et vous ne luy aurés pas peu d'obligation s'il surmonte sa paresse entre cy et le prochain pour s'acquitter de ce devoir. Il revint de l'armée assés maigre. Maintenant il est tout remis. 11 a repris son embonpoint. Il a une fleur de beauté sur le visage ou plustost de santé qui n'a pas de pareille et sa teste est la plus exquise perruque et la plus belle monstre de cheveux que vous ayés jamais veue. Enfin c'est désormais un tel galand qu'il n'y a point de maris qui ne le redoutent, et qu'il y a peu d'amans qui se tiennent asseurés oii il est^.

' Nous avons vu, dans un extrait d'une lettre de Chapelain à Montauzier du i" septembre, que le bruit de l'assassinat du beau-frère de Gonrart avait couru à Paris.

* Ai-je besoin de dire qu'il s'agit là d'une lettre de M"' de Rambouillet?

^ Ce n'est point sans quelque ironie que le bon Chapelain parle de la bonne mine et des

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

M' Courait esl encore en Picardie, auprès de sa sœur, pour la consoler, non pas de la mort de son niary dont l'avis estoil faux , niais de sa prison, ayant esté attrappë par la garnison de Bapaume ou de Be'thune, comme il revenoit d'Arras chés lu y. Nostre amy me niandoit, il y a trois jours, qu'il espère le revoir dans huit et qu'il ne croit pas partir d'oii il est qu'après sa délivrance. Gela me fait craindre que nous ne le revoyons de quelque temps.

J'ay leu avec beaucoup de satisfaction les nouvelles que vous avés eues du Résident de Suède à Benfeld, et, s'il continue à vous en donner, vous m'obligerés de m'en envoyer copie. Il semble par vos dernières de Cologne et de Hollande que nostre party reprend un peu de vigueur en Allemagne , et qu'on ait lieu de s'en promettre quelque chose de bon. Tous les avis que nous avons de Cassel sont que M' le Duc de Longueville brusle de donner bataille et que depuis la pleine jonction du Duc de Lunebourg avec Bannier, elle a esté résolue en plein conseil de guerre, ensuitte de quoy nous avions desfait six escadrons à pied et pris cinq canons, et que les Impériaux se trou voient fort engagés et en un estât à ne se pouvoir guères bien desdire de combattre, qui est ce qui luy est surtout défendu. Dieu vneille tout bien conduire et conserver, du moins M' le duc de Longueville à la France, et à ses amis !

Je vous envoyé un sonnet que j'ay fait par commandement sur la prise d'Arras.

Vous en jugerés et je verray volontiers si vous vous estes rencontré avec S. Em" et nos patrons de la Cour. Cependant je vous

feray les complimens de M' de Cerisy sans les faire. Il s'est tenu infiniment obligé à vostre bonté, lorsque je luy leus vostre lettre où vous faisiez si honorable mention de luy. Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce 7 septembre iGio.

CCCCXXXII.

À M. COiMlART,

À JO.NQllÈRKS.

11 m'ennuye de n'avoir point de lettres de vous et de ne vous point escrire. Pour le premier qui ne dépend pas de moy, je prens patience. Pour l'autre je m'en acquitte quoyquavec ma négligence ordinaire, non pas toutesfois par manière d'acquit. J'envoyay vostre paquet à M'"' Chalais incontinent après l'avoir receu. Depuis, je l'ay veue et elle n)'a dit que vous luy aviés escrit aussy gaillardement que si M' vostre beau-frère avoit pris Bétbune, et qu'il en eust amené les principaux offîciers prisonniers chés luy. Mais je luy oxpliquay le sujet de cette joye en l'asseurant qu'il seroit bientost libre, et que nous vous reverrions bientost icy. Mandés moy si j'ay dit vray, ou plustost lorsque vous me l'avés mandé par vos dernières. On vous trouve fort à dire partout où vous estes connu et aymé. C'est vous nommer beaucoup de gens en peu de paroles. Il n'y a nulles nouvelles sinon qu'on lève huit mille hommes dans Paris et dans l'IsIe-de-France , comme l'on croit, pour assiéger Bapaume. M' le marquis de Brezé a battu les Espagnols vers le destroit'. Les Casialans sont plus sousievés que jamais, et embarassent le

bonnes forlunes du marquis de Pisani. On a déjà sans nul doute remarqué ia malice avec laquelle le correspondant de Monlauzier loue presque uniquement les cheveux d'emprunt du frère de la princesse Julie.

' M. A. Bazin (Histoire de France sous

Louis .17/7, t. 111, i8'i6, p. 62) raconte ainsi la nctoire navale dont Chapelain apprit bien tard la nouvelle, ce semble: «La flotte française, sous le commandement du jeune marquis de Brézé, fds du maréchal, partit de la Rochelle , parcourut l'Océan autour de la péninsule espagnole, et.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

roy fl'Espagne '. On espère bien tousjours de Turin , quoyqne nous ayons dix mille malades dans nos trouppes. 11 n'y a que l'Allemagne où je crains que nous ne succombions. Je vous envoyé im sonnet de moy que W le Cardinal a veu et trop approuve'. Je vous en envoyé encore un de M"^ Goletet, tous deux sur la prise d'Arras.

Baise mains très humbles à vos dames.

De Paris, ce 9 septembre i64o.

CCCCXXXIII.

À M. D'OLIVE DU MESISIL,

CO.NSEILLER AU PAHLEMENT DE TOLOSE.

Monsieur, nous avons tous grande obligation à cet amy qui a eu le pouvoir de vous faire entreprendre un ouvrage si difficile à exécuter que celuy de la notice de TEmpire '^ dans un stile qui sembloit incapable de la bien exprimer, comme est le poétique, et en si peu de vers que ceux dans lesquels vous Pavés comprise. Lorsqu'il vous fit cette prière en pensant ne travailler que pour luy, il Iravailloit pour tout le moude, et d'un bien particulier il en faisoit un public. Vous avés donné par ces beaux vers un nouveau lustre à la gloire romaine, et avés coninie ressuscité l'estendue de sa domination qui

ne vivoit plus que dans les livres et dans la mémoire de ces sçavans qui ne valent guères mieux que des morts, puisqu'ils passent la pluspart de leur vie ensevelis dans leurs cabinets et parmy la poussière des bibliothèques. Qui veut rendre les choses d'un usage commun , il ne suffit pas de les escrii-e : il les faut rimer et revestir de nombres et de mélodie. L'harmonie de la versification est le bausme qui empesche les ouvrages de vieillir et de se corrompre, et le charme qui fait que tout le monde les lit et les retient'. Toutes matièi^es se conservent pourveu qu'elles soient renfermées dans ce cèdre , et le temps n'a pomt de pouvoir sur elles pourveu qu'elles soient mises en la garde de ce cyprès. Nous n'avons aucuns historiens entiers et nous n'avons presque rien perdu des bons poètes. Tel est l'avantage qu'a le vers sur la prose pour ce qui regarde la perpétuitédes productions de l'esprit. Et c'est ce qui auti'esfois , dès les temps héroïques , a obligé Orfée et Cunis*, Homère et Hésiode, Pythagore, Théognis et Focilide, et, depuis, Empédocle, Lucrèce et Virgile et tant d'autres qui les ont suy vis de renfermer la morale ou la physique et les préceptes des arts dans les mesures de la poésie, jugeant qu'il n'y avoit rien dans la nature qui résistast bien à

trouvant près de Cadix la flotte d'Espagne qui se rendait aux Indes, lui livra combat (22 juillet) en vue de cette ville. Les Espagnols y perdirent leur vaisseau amiral, quatre galions et deux autres vaisseaux; le reste prit sa retraite dans le port, devant lequel le jeune amiral s'arrêta plusieurs jours pour délier l'ennemi qui n'osa plus reprendre la mer. ~,

' On trouvera sur la révolte des Catalans les plus abondants et les meilleurs renseignements dans VHistoire du règne de Louis XIII par le P. GrifTet, 1758, t. III, p. 278-291.

- Il s'agit là d'une traduction en vers du précieux document intitulé Nolitia digmtatum, qui nous a conservé un si exact tableau de l'em-

pire romain. La plus récente comme ia meilleure édition du texte de cette notice est celle qui a été donnée par M. Otto Seeck (Berlin, 1876, in-8''). On n'a jamais, que je sache, mentionné spécialement, même dans la Biographie toulousaine, la traduction tant louée par Chapelain.

' La pensée pouvait-elle être plus ingénieusement, plus poétiquement exprimée?

^ Ce personnage m'est complètement inconnu. Il faut sans doute sous ce nom lire le nom de Linos, le préfendu fils d'Apollon et de Calliope. Voir sur Linos YHistoire de la littéralure grecque par Ottfried Millier, traduite par K. Hillebrand Paris, 1866, t. If, p. 33-36).

LETTRES DE JEA.N CHAPELAIN

la voracité des longs siècles que ce que celle nimplie imuiorlelle avoit osté de leur jurisdiclion.

Vous avés fait comme eux, Monsieur, et par ce poème excellent que vous m" avés envoyé, vous avés pourveu à la seureté de la réputation de Rome. Quand tous les registres et tous les fastes seront bruslés ou rongés de vei-s, on sçaura tousjours par vos vers ce qu elle fut jadis, et ceux qui ne sçauront pas lire mesrae ne l'ignoreront pas, pour ce que le livre des bons vers est la mémoire qui se les imprime natm-ellement et sans y penser. 11 faudroit vous faire un trop long remerciment qui vous le voudroit faire comme vous le mérités. Je vous laisseray juger par ce que je vous ay dit combien je ressens cette faveur, et pour la reconnoistre selon ma faiblesse, je vous envoyeray quatorze vers françois que M' le Cardinal a exigés de mon devoir après le faïueux siège de cette ville dont vous avés pris occasion dans les vostres de si bien parler. Vous les prendrés pom* une petite rétribution mal proportionnée à la grâce que vous m'avés faille, et croirés, sil vous plaist, que je ne vous leusse pas envoyée si j'eusse eu présentement quelque cliose de mieux.

Mes amis verront voslre poème, et il ne tiendra pas à moy que vous n'en ayës la louange que vous en mérités du public.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce i3 septembre 1660.

CCCCXXXIV.

À M. LE MARQUIS DE MONTAUZIER

EN ALSACE

-Monsieur, je vous conseille d'attendre en-

core un nouvel ordre pour ce qui est de brusler les lettres qu'on vous escrit', quand ce ne seroit que pour ne pas donner lieu au mauvais augure. Peut eslre que cet ordre ne rendra point et je commence à croire qu'il ne fust donné que par occasion puisqu'on m'a donné pour vous de nouvelles despesches sans clause ny condition, de sorte que c'eust esté prudemment fait à moy de ne vous point tourmenter de cet avis, et de voir avant que de vous l'escrire si c'estoit une volonté bien déterminée. Pour eslre trop punctuel et trop oiîicieux , je m'apperçois tous les jours que je fais de ces fautes et que mes amis ont sujet de se plaindre du trop de soin que j'ay de ce qui les regarde. La lettre de M' de Voiture qui donna matière à ce commandement, quoyque lointaine, est- une lettre qu'il escrivil, il y a trois mois , à M' d'Emery ^ pour le remercier de vingt huit mille livres qu'il luy donnoil du sien, pour vingt huit mille qu'il avoit en rentes sur le Roy, dont il ne pouvoit tirer un sol . sauf à .\P d'Emery de s'en foire payer par son crédit. Cette lettre ayant esté monstrée par M' la marquise de Sablé à quelqu'un et l'affaire ayant, depuis , esté empeschée par M' de Rullion, la marquise a esté accusée d'avoir esté cause de ce malheur, pour ce que M' de Bullion a pris prétexte de ne pas faire la chose, sur ce que M' de Voiture publioit celle grâce, qui feroil croire au monde qu'en Testai où est l'espargne, les surintendans feroient des profusions de l'argent du Roy. En effet la chose est demeurée, et la marquise en est demeurée très mortifiée, quoyqu'elle ne tombe point d'accord que celle lettre ait esté veuc par son moyen.

' Les lettres de Julie d'Angennes. Voir plus haut la lettre du 10 août i6io.

- Miciiel Particelii, sieur d'Emery, alors intendant des Bnances de France, fut de i6i3 à 16-18 contrôleur général des finances, et mourut

à Paris le 3 3 mai i65o. Voir sur ce personnage une note mise dans les Mi-huges hixtoriques de 1878, sous une lettre de Balzac du 1 " août 1 6 '1 6 . p. 55o.

3 Le manuscrit porte et.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

Voila ce que vous désires sçavoir de ce costé là.

Je vous envoyé la seule latine que M' Voiture a escritte à M' Chavigny et que j'ay esté prendre , ce matin , cbés luy sous couleur de la vouloir envoyer à M' de Balzac, croyant que vous ne vouliés point estre nommé pour cela. Quant à celle quil a escritte en vieux langage', il me semble estre asseuré que M'"° de Rambouillet ou M' Conrart vous l'ont envoye'e , et quand je ne laurois pas creu , je ne croy pas que j'en eusse grossi mon paquet par ce que je m'imagine que ce stile n'est pas de vostre goust.

Pour mon procès, je ne suis pas marry qu'il ait [esté] rerais après la S'-Martin. C'est une trêve de plus de deux mois, qui m'est commode, et qui ne me nuit de rien, puisque je suis en possession. En récompense, j'ay sollicité et fait solliciter l'affaire de M' de Forgues, et ce qui a esté plaisant quelque temps, c'est que, sur le point du jugement, on nous fit entendre que c'estoit contre un de vos cousins germains qu'd plaidoit, dont tout l'hostel de Rambouillet fut tout conlristé à cause qix'on s'y estoit remué en faveur de mon amy. Enfin toutesfois nous avons sceu que sa partie ne vous estoit de rien et que c'estoit un proche parent de

M' de Brassac et non pas de M% qui néantmoins l'avoit voulu faire passer pour ce que je vous ay dit. Au reste, cette jalousie dont vous me parlés et cette protestation que vous me faitles de n'y prendre aucun intérest, me font descouvrir, malgré vous, veteris vesligia Jlammœ ". Mais ne vous en mettes point en peine; je suis discret et me scais taire. Il n'en arrivera point de désordre pour cela. Les affaires d'Allemagne me tiennent tousjours fort inquiet, et ce respit que Gleen^ a [à] Greutznach*, et par conséquent à vos deux Alsaces, pourroit bien estre fatal à M' le Duc de Longueville contre lequel et contre Bannier trop de forces s'assemblent pour ne pas craindre qu'enfin ils ne soient opprimés. Mais il ne faut point mesler mes maiLX à ceux que vous souftVés de tant de sortes, et il vaut mieux que je vous die que je vous envoyé trois lettres qui sans doute vous apporteront beaucoup de consolation. Il y a un paquet aussy pour M'^ de Bellebat ^ que l'on m'apporte désormais tous les vendredis sans me voir ny me faire rien dire , comme si mon logis estoit le bureau de la poste, et je ne puis croire sinon que c'est quelque lutin qui me connoist de bonne volonté , et qui n'est pas homme de grande cérémonie. Je vous l'envoyé comme les autres

' Voir parmi les Lettres en vieux langage qui ont été recueillies par tous les éditeurs des Œuvres de Voiture, notamment par M. A. Ubicini (t. II, i855, p. 2.53-267) ^^ P^^ ^^- A- ^oux (i858, p. Zi .89-^48), la Lettre de Monsieur le comte (le Saint- Aignan, estant prisonnier, à Monsieur le comte de Guicbe{Aii très-hault, très-preux et trèsrenommé Chevalier Guicheus; Guisan le Pensif, seigneur de l'Isle invisible , désire honneur, liesse , et mande humbles saints). Cette loltre et les suivantes furent écrites par le chevalier Voiturio vers la fin de l'année 1 63y. L'abbé Arnauld {Mémoires, édition de 1766, p. 17661177) nousapprend que c^M. le comte de Saint^Aignan , qui avait toujours en l'esprit galant, éloit alors passionné pour le

vieux gaulois... Ce n'éloit tous les jours que billets en langage d'Amadis. ..»

^ C'est le mot de Didon à sa sœur Anne : Agnosco veteris vestigia Jlammœ {/Eneis, lib. IV, v. 33).

^ Sur ce général de l'armée allemande, voiries Lettres du cardinal Mazarin pubhées par M. Cbéruel, t. I, p. 717, 781, 76^.

" La ville de Creu tznach, qui est à 3o kilomètres sud-ouest de Mayence, fut prise par les Français en iQtit].

^ Henry Huriiult de l'Hospital, sieur de Belesbat, comte de Beu, d'abord conseiller au Parlement de Pans, puis maître des requêtes, mourut en mars i686.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

lettres pour le rendre h son addresse, si vous le trouves bon, car je ne vous contrains point à cela.

Le beau frère de M' Coni-art est de retour de sa prison . et il en est quitte pour six cents francs de rançon, et le cheval sur lequel il estoit.

De Paris, ce i4 septembre i6io.

ccccsxxv.

À M. DE BALZAC

À BALZAC

Monsieur, vous faittes trop de cas de peu de chose lorsque vous mettes à si haut prix le présent que je vous ay fait de nioy mesme. et que vous le comparés à la faveur des Joyeuses et des Espernons'. Mais de peur de continuer cette métaphore trop long temps, j'ayme mieux tomber d'accord que je vaux la peine d'estre aymé de vous, et que quand je me suis donné à vous, je vous ay donné une

pièce assés précieuse qui se garde d'elle mesme, qui n'est point sujette aux larrons, et que nec Jovis ira, nec ignes^. etc., et je doute pourtant que mon cœur vous puisse tenir lieu de toutes ces charges, pensions, dignités et grâces que vous dittes , et je me contenterois bien qui (sic) vous servist d'adoucissement à la juste douleur que vous devés avoir des injustices que vous fait vostre siècle en tant de sortes. Je recevrois une grande consolation si je peusois estre capable de vous la donner, et je vous avoue que je m'en estimerois davantage.

Quand vous voudrés, nous ^çaurons si c'est avec Sénèque ou avec Épiclète que vous faittes vostre noviciat dans la religion des Sto'iques, car voilà desja la seconde fois que vous me parlés de Zenon avec grande ferveur \ et si je ne me trompe, vous avés engagement avec celte belle secte. Les gens dont vous vous plaignes et que vous dévoués si agréablement anx Dires * et que vous en-

' Balzac (lettre XXVIII du livre XXI, p. 833) avait écrit à Cl]a|ielain (non le 19 octobre ifiio, mais dès les premiers jours du mois précédent) : ffM'ayant fait présent de vous-mesme, qu'est-ce qu'Epheslion a jamais receu du Roy son Mais- Ire, qui soit comparable à ce que vous m'avez donné ?j) Dans une autre lettre (n° XXII du livre XXI, p. 827), lettre faussement datée du 12 août 16 '10, Balzac revenait encore là-dessus: riie suis heureux d'estre aimé de vous : aussi ne changerois-je pas celte bonne fortune avec celle de tous les favoris qui son! dans le monde.-

* Balzac (p. 833) s'était exprimé ainsi : rJe trouve en vostre amitié pensions, bénéfices, charges, dignitez, et généralement toutes les grâces que la faveur peut attendre de la Royauté, parce que j'y trouve de quoy me passer de toutes ces grâces, n

^ Nous avons signalé, sons une précédente lettre , plusieurs passages des lettres de Balzac relatifs à Zenon. Balzac (lettre XXXI du livre XXI) se

défend ainsi (p. 835) d'être stoïcien: rTanl qu'il vous plaira voslre favori, cl j'espère que je ne feray rien qui m'en rende indigne. Mais, s'il vous plaisl , ne me prenez pas pour soclateur de Chrysippe. Si vous le faisiez , vous auriez subjel im de ces jours de m'accuser de légèreté, et d'appeler Apostat celuy que vous appelez Novice... Il me semble pourtant, si je me souviens bien des paroles de ma lettre, que j'ay simplement parli' de cette orgueilleuse pliilosophie, sans m'eslre déclai-é ni pour, ni contre. Je suis d'une secte plus humaine...?! Cette lett.'-e, datée du 26 novembre t6'io, doit être du 26 septembre de la même année, la réponse en ce cas ayant été envoyée huit jours après la réception de la présente lettre.

* De Dirce, « furies "). Vii^le a dit de ces déesses de la vengeance {/Eneis, lib. IV, v. ^73) :

. . .Ullricesque sedent in iimine Dirs,

Le mot Dires se trouve dans le Dictionnaire tie Trévoux.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

voyés si élégamment en Enfer, sonl bien esloignés de servir une vertu si sévère et d'aymer autant la véritable équité'. Le hazard ou la passion fait leur avis et l'orgueil et Topiniastreté le dictent, selon qu'ils raisonnent et qu'ils se conduisent dans leurs jngemens, il vaut presque mieux avoir tort qu'avoir raison, et l'on est presque plus asseuré de gaigner sa cause par linjustice que par la justice. Mon droit est tout autrement difficile à desmesler que celuy de M' de Forgues, et les apparences ne sont guères moins pour ma partie que pour moy. Jugés par là ce que je dois attendre, cet hyver, des faux prestres de Thémis, qui se perraeltent de violer ses plus saintes loix par complaisance ou par caprice , et auprès de qui toute autre chose a du crédit que le mérite et l'iionncstetél Je suis outré du traittement qu'a receu d'eux M' de Forgues en une affaire qui, selon mon sens, esloit sans difficulté.

J'ay fait voir à M' l'abbé de S'-ÏSicolas le ressentiment que vous avés de ses offices et les termes obligeans avec lesquels vous parlés de luy. Vous sçavés bien sans doute comme il a receu le tout, sans que je vous le die. L'accommodement de la brouillerie que nous avions avec le Pape pour cet escaier

du mareschal d'Estrée luy couste l'évesché de Thoul pour laquelle Sa Sainteté et le Pioy ont convenu de la personne du seigneur Paul Fiesque, vice-nonce en France et négociateur du traitté^ Un autre se désespèreroit d'avoir perdu trente mille livres de rente et une mitre qui le faisoit seigneur au temporel comme au spirituel d'une des plus belles villes du royaume. 11 parle de cela comme de rien et va son train ordinaire sans songer seulement si jamais il a esté nommé.

M' Silhon trouve un peu estrange que vous ayés tant soit peu douté de la véhémence de son zèle et m'a prié de vous le reprocher '.

Nous avons veu en bonne compagnie la protestation que vous faittes si éloquemment de n'entendre point parler dans vos beaux vers* delà Cour m concretto, mais seulement in ahstraclo, sans application à aucune cour de l'Europe, et l'on vous a receu à protester et à en demander acte ^

Les carmes de M"^ de la Thibaudière valent trop d'argent. Je ne sçay s'il pourra obtenir de nous que nous quittions les vers pour les carmes \ quand le Père Léon ' en seroit mesme d'accord.

Nostre amv \P de Chaudebonne est ma-

^ Il s'agit là des juges du neveu de Balzac maudits par ce dernier.

^ Paul de Fiesque, dont nous avons déjà rencontré le nom, siégea jusqu'en i6^5.

^ Balzac avait dit (lettre XX VIII du livre XXI, déjà citée) : «Mais puisque nous sommes sur le chapitre de l'excellente amitié, celle de Monsieur Silhon est- elle pour moy au mesme degré de chaleur que je la laissay partant de Paris? Si cela est, comme je n'en puis pas douter, me voilà doublement heureux, et je vous supplie aussi de Tasseurer qu'il n'a point un plus fidèle serviteur que moy.

* Les vers latins à Mainard dont il a été question plus haut.

^ Balzac avait écrit à Chapelain (p. 858, let-

tre XXII du Hvre XXII, déjà citée): ^Vous verrez bien que je jette tout mon fiel contre la vieille Cour de Rome, afin de ne donner pas lieu à l'équivoque? -5

^ M. de la Thibaudière voulait substituer au mot vers le synonyme carmes, vieux mot (venu de Carmen) dont le Dictionnaire de Trévoux dit : tfll est hors d'usage. 75 Selon les rédacteurs de ce dictionnaire. Biaise de Vigenère a employé le mot carmes dans sa traduction des Commentaires de J. César.

' C'est un jeu de mots, le père Léon étant carme déchaussé. Voir sur ce religieux, qui donna l'absolution au cardinal de Richelieu mourant et qui lui ferma les yeux, ['Histoire durègne de Louis XUIpav le P. GritTet (t. III, p. 578).

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

lade dune fièvre tierce qui nous a fait peur du commencement'. Hier, son accès esloit diminué de moitié. Le pauvre Mascardi est mort. Je suis asseuré que vous le pleurerés, et peut estre luy ferés vous son épitaphe. G'estoit i' orateur d'Italie, et le soin de ses honneurs funèbres vous regarde comme à son collègue et son héritier ".

Un homme de qualité m'a voulu faire croire que , depuis la response de Heinsius imprimée, vous luy aviés escrit une lettre longue etsçavante où vousletraittiés comme il le mérite. Mandés moy ce qui en est, et s'il est vray, envoyés nous la pièce , afin que nous

vous applaudissions avec connoissance de cause. J'ay l'espondu en tout événement que je croyois que cela n'estoit pas \

Un jeune advocat général du Grand Conseil, nommé Salomon, Bordelois\a fait, depuis peu, une longue lettre françoise à M' Giolius sur la dernière partie de Ihistoire du cardinal Bentivoglio, où il a pris la peine dinsérer tout entier, à ce qu'on m'a dit, cette pièce de vous qu'on a imprimée depuis peu en Hollande et que vous désavoués \ Il a passé pour plagiaire et a esté exsibilé '.

Je vous envoyé la copie d'une lettre latine

Balzac lui adressa une lettre, qui est la \l\' du livre VIII (p. 355) : Au très-révérend Pîrc Léon, prédicateur de F Ordre des Carmes de la liejormc de France, en la province de Touraine (aB août i635).

' M. de Chaudebonne avait une déplorable santé, et dans une lettre datée du i" décembre iG38, déjà citée, Balzac disait (n° XXX du livre XIX) : t Je suis eu peine de nostre Monsieur de Chaudebonne, que vous appeliez le sage malade, n

^ Il a été question de Mascanli dans la lettre CLVII. Balzac accueillit avec une grande indilTérence la nouvelle que lui annonçait son ami (lettre déjà citée, n° XXXI du livre XXI) : r Mascardi est mort, et nous mourrons aussy bien que luy. Mais estoit-il si éloquent que vous dites? Je n'ay veu de sa façon que certaines harangues académiques, qu'on me monstra il y a quatorze ou quinze ans, et je vous advoue que je trouvay sa prose italienne aussi poétique que celle de Ciampoh..

^ Balzac répond (p. 836) : ctJe n'ay escrit ni longue, ni courte lettre à Monsieur Heinsius. Il faut, pourtant, qu'il soit quelque chose de ce qu'on vous a dit : car l'Allemand, dont je vous parlay l'autre jour, nommé Joannes Fredericus Gronovius, me tint le niesme langage, et je ne scay si quelque officieux inconnu se sera voulu jouer de luy et de moy."

^ Henri-François Salomon, sieur de Virelade,

naquit à Bordeaux le i octobre i6ao et mourut dans cette ville le 2 août 1670. Chapelain avait raison de l'appeler jeune advocat général, car il n'avait que dix-buit ans quand il obtint cette charge importante. L'habile Gascon eut encore un singulier bonheur, quand, à vingt- quatre ans, il fut nommé membre de l'Académie française, étant on concurrence avec le grand Corneille (13 août iG'i'i). Voir sur ce personnage une élude de M. René Kerviier intitulée : //. F. Salomon de Virelade et sa con-espnndance inédite (1630-1670). Paris, Dumoulin, 1876, grand in-8°.

* Tallcn)ant dos Beaux, dans son bislorietto Salomon-Mrelade (t. V, p. 206-208), après nous avoir appris que «M. Cbapelain le fit recevoir [à l'Académie], disant qu'il lalloit mettre îles gens de qualité, 1 ajoute: «Il adressa à M. Grotius, alo:s ambassadeur de Suède en France, qu'il ne connoissoil point , un discours auquel il avoit fait un mauvais commencgmcnt et une mauvaise fin ; mais le reste estoit de Balzac. Là il parloit à M. Grotius comme à un amy familier, et Grotius disoit qu'il ne le connoissoit pas.?) Dans le Catalogue des œuvres laissées par tes Académiciens, l'abbé d'Ohvet mentionne ainsi l'opuscule de Salomon : « Discours d'Etat à M. Grotius , etc. ( Paris , in-8°, i6/io)."i

" Je ne trouve ce mot nulle part, pas même dans le Dictionnaire de Trévoi(.r. Chapelain l'a tiré du latin sibilare, sidlcr.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

de nostre aniy ' à un homme qui a esté autresfois le vostre'. Je Tay furée ' de luy pour vous. Mandés m'en vostre avis.

Je suis. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce 16 septembre 16&0*.

CCCCXXXVI.

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