‹ Lettres. Publiées (volume 2)Chapitre 125 sur 134 · À M. MESSAGE · texte numérisé non relu

À M. MESSAGE

À PARIS

Monsieur, je n'ay garde de manquer à envoyer seurement à M' de Balzac les livres que vostre homme me vient d'apporter, mais parce quils ne peuvent faire ce voyage que par le messager, nostre amy sera plus longtemps à les recevoir que le pacpiefc qui partira par le premier ordinaire avec l'Élégie de nostre autre amy ', que j'avois apprestée pour luy envoyer, et que je retiendi-ay afin que vous soyés son présentateur général, et qu'il n'ait obligation qu'à vous cette semaine. Au reste, il n'est bruit que de vos présens et il n'y a point de nation qui ne se sente de vos'grâces. M' Lilii' me vint voir, avant hier, et me dit que vous luy aviés aussy donné le Tacite de Vamy Ablancourt. Il faut que vous ayés une mine de livres, plus riche que celle du Potosi '. Vous obligés assés par vostre amitié sans y adjouster vos largesses. Mais vous

' Ménage.

* Daniel Heinsius.

3 Furer, de fur, voleur. Furer ne se trouve pas plus (niexsibilei-, et je soupçonne fort Chapelain d'avoir en ces deux occasions fait du néologisme malheureux.

4 Balzac répondit (lettre XXXI du livre XXI, p. 836, déjà citée) : «rLe latin de nostre ami me semble bien net, mais sa flatterie m'est insupportable... Ce nouvel autheur me desplaist, à cause qu'il cajoUe les gens qui n en valent pas la peine. "

5 Cet autre ami serait-il François L'Huillier et s'agirait-il là de son élégie sur la mort de Peiresc, déjà mentionnée ici avec l'éloge que lui

voulés vous asseurer de vos amis par toutes voyes, et vous penseriés qu'on vous eschapperoit si vous n'aviés lié que d'une chaisne les cœurs que vous avés conquis.

Il faut attendre quel sera le ressentiment de vostre esclave d'Angoumois^ sur vos profusions, et comment il exprimera la honte ou le plaisir d'avoir esté accablé ainsy de vos bienfaits. Ils portent leur prix et leur recommandation avec eux , et il seroit inutile que je me misse en peine de luy en relever le mérite. C'est pourquoy je luy en laisseray le jugement à luy seul pour ne pas faire un autre panégyrique à Hercule', et ne pas vouloir persuader une chose qui se persuade toute seule. Je luy parleray seulement du bienfaiteur, et l'asseureray qu'il luy est encore plus acquis que ses livres et que [cette] acquisition ne sera jamais sujette à retrait. Désormais que le Palais dort, et que l'on peut faire quelque fondement sur vos matinées , j'yi'»y P^"s souvent vous chercher que je n'ay fait depuis quelques jours, et ce sera avec d'autant plus de joye qu'en faisant mon devoir, je feray profit de vostre conversation de laquelle on ne sort jamais que meilleur et que plus sçavant.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, le 17 septembre 16/10'°.

donne Balzac dans la lettre XXII du livre XXU (p. 858 de l'in-folio)?

« Italien ami de Chapelain et dont le nom se trouve plusieurs fois cité dans sa correspondance.

' Montagne du Pérou célèbre par ses inépuisables mines d'argent.

8 Balzac. La métaphore des chaîîies amène et explique la métaphore de Vesclave.

' Allusion à une expression proverbiale des Grecs venue de cette anecdote : Un rhéteur avait composé un panégyrique d'Hercule. rrQuel besoin de louer Hercule, s'écria Diogène, et qui donc songe à rattaquer?n

10 Dans un simple billet à Conrart qui n'est pas

LETTRES DE JEA> CHAPELAIN

CCCCXXXVII.

À M. LE MARQUIS DE MOMAUZIER

E>- ALSACE

Monsieur, vous vous défeodés d'une certaine manière de la petite raillerie que je vous fis sur ce que vous maviés tesmoigoe' ne désirer pas que je sollicitasse les responses de vos lettres, qu'elle me feroit presque croire ce que je ne croyois point en les escrivant. Ne'anlmoins en ces matières si délicates le plus sem- et le plus séant est de croire les gens à leur parole et de n'estre pas plus curieux que de raison. Je croiray donc à l'avenir que cet ordre ne vient pas de cet humeur* que vous appelles bizarre', et que je trouve juste, n'y ayant point de doute que les tesmoiguages de bienveillance qui ne sont pas de nostre mouvement propre et que nous ne donnons qu'à force d'en estre recherchés, satisfait (sjc) mal ceux qui les reçoivent quand ils ont le cœur bon comme vous et comme moy.

Au reste, jay veu M" la Marquise de Sablé et luy ay monstre l'endroit de vostre lettre oii vous vous plaignes si obligeamment de son oubly, et dittes de si belles choses

daté (r 5o5), Chapelain reproche à son anai de ne pas rentrer à Paris et il justifie ainsi le Tasse des reprocLes qui lui ont été si souvent adressés : "Le Tasse est le plus grand poète do tous les siècles, après Virgile, soit pour la diction, soit pour le jugement. Il a aymé des ornemens que Virgile eusl rejettes, mais ça esté pour s'accommoder au goust de son temps et de sa nation. - Ne semble-t-il pas que Chapelain a prévu, vingtsept ans à l'avance, le vers de son ennemi Boileau {Satire IX), à propos de ce clinquant qui rharm;.it M"" de Sévigné (lellre du 28 juillet ,677):

A Malherbe , à Racine proférer Théophile

Et le clinquant du Tasse à tout l'or de Virgile?

' Le mol lalin/iHHiorest masculin, et Rabelais et Amyol, cités par M. Litlré, ont donné le même

(lu souvenii" que vous conservés d'elle. Cela l'a touchée et luy a donné une joye extrême. Elle a esté bien aise de voir que vous la consideriés tousjours et que vous estimiés quelque chose d'estre dans sa mémoire. Mais elle m'a grondé en mesme temps de ce que je ne vous avois pas mandé toutes les fois que je luy avois ouy parler de vous , comme d'un des hommes du monde qui est le plus dans son approbation. Pour pénitence elle m'a ordonné de vous escrire que le raesme jour que vous faisiés ces plaintes, elle, M'"' de Rambouillet], M^ son frère. M' Voiture et moy vous souhaittions pour sLxiesme à un souper délicieux quelle nous donna', et qui ne luy sembloit pas accompli par ce que vous y manquiés, et que ce mesme jour elle engagea la partie pour en refaire un autre où seroient les mesmes personnes, mais seulement pour l'amour de vous, lorsque vous sériés revenu de Barbarie * en cette Cour. Je m'acquitte du commandement avec attestation de la vérité de ce que dessus comme en estant lesraoin oculaire.

Je vous remercie de la part que vous prenés eu mon aflliclion pour la mort de M' de Marinville\ Je ne vous console jamais

genre au mot humeur. Dans un des manuscrits des Mémoires du cardinal de Relz on trouve cet humeur (édition des Grands '■'m'rnin* df la France, t. I, p. irj7).

- Plusieurs des contemporains de Chapelain écrivaient bigearre , et Vaugelas remarque que hifrearre et bizarre se disent également. Encore au milieu du xvui' siècle, comme nous l'apprend le Dictionnaire de Trévoux, il y avait «quelques gens-' qui se servaient du mot bigearre, «mais mal. -5

^ La marquise de Sablé, qui passait pour être quelque peu gourmande, avait une des meilleures tables de tout Paris.

* C'est ainsi qu'on appelait IWllemagne.

^ Il a été déjà souvent question de cet officier supérieur, grand ami de Chapelain.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

de ces sortes de perles, mais je les porte plus palieiument, lorsque mes autres amis qui restent m'aydent par leur sentiment à les souffrir. Vous l'avés connu et sçave's ce qu'il valoit, mais quand il auroit eu cent lois moins de raérile, c'est une raison assés grande et la principalie pour me le faire regretter de ce qu'il avoit beaucoup d'affection pour moy.

Je croy vous devoir mander que M' de Contenant \ pour quelque mort qui esloit arrive'e près de sa demeure , et par ses gens commandés par luy, ayant este poursuivi en justice, et prise de corps obtenue contre luy, fut attaqué dans son e'glise par vingt arcliers, et, après quelque combat, porté par terre de quatre coups de carabine, dont on croit qu'il ne mourra pas ", Ensuilte ils l'enlevèrent et le menèrent, à Estampes dans

la prison où il est encore et d'où on croit qu'il seroit aisé de le retirer, si M' de Vendosme ne se mesloit point de la chose ^ en vengeance de ce qu'il a fait appeller M' de Beaufort, il y a trois mois, par le Prince de Courtenay *.

Pour les nouvelles de M' Mokel, quelques vieilles qu'elles soient, elles seront toujours bonnes , pourveu que ce ne vous soit point trop de peine de les envoyer quérir.

M° la Marquise de R[ambouillet] a eu, depuis huit jours, une fluxion sur la bouche et sur les dents qui luy a fait des maux cslranges. Elle en est un peu soulagée maintenant. M""" sa fdle est enrhumée et a eu besoin de se faire seigner. Elle garde le logis.

Je vous envoyay, la semaine passée, des lettres de plusieurs et, entre autres, de M' le marquis de Pisani qui est plus galand

' C'était Timoléon de Bauvcs, baron de Con- Icnant, fils de Henry de Bauves ou de Boves et (le Philippe de CliàleauLriand. C'est le héros d'une Hktorutte de Tallemant des Réaux (t. IV, p. 283-288). Le cardinal de Retz {Mémoires, édition citée plus haut, t. I, p. 20/1) parle ainsi de ce personnage : (çContenan, capitaine de la petite compagnie de chevau-légers du Roi, brave, mais extravagant et scélérat. n

» Tallemant des Réaux (t. IV, p. 285) nous apprend que Coustenan (c'est ainsi qu'il écrit le nom du terrible gendre de M"" de Graveile) ayant, comme un des principaux gentilshommes du Vesin, obtenu le gouvernement de Mantes en l'absence du prince de Henrichemont, «fit le petit tyran avec autant d'impunité que si c'eust esté dans la Bigorre,» et il raconte (p. 286 et 287) diverses aventures tragiques arrivées à Coustenan i qui finit par être tué d'un coup d'arquebuse par un paysan dont d avait violé la femme. Tallemant ne parait pas avoir connu l'épisode dont Chapelain entretient Montauzier, mais on trouve dans le commentaire de M. P. Paris (p. 289) l'intéressante addition que voici: «Henry Arnauld parle dans sa correspondance avec Barillon d'une autre affaire que Coustenan s'éloit

allirée : Coustenan, dit-d, a esté pris par le prévost de risie, à Gravelles; il est blessé. Deux de SOS gens furent tués, et il en tua deux. Il vouloit cmpescher un prieur, proche de là , de prendre possession. (Lellre du 12 septembre 16^0.)')

^ Déjà, comme Tallemant des Réaux nous en avertit (t. IV, p. 286), lorsque le baron de Contenant avait, «une belle nuict,:i enlevé «tous les arbres fruittiers? d'«un advocat du Parlement, nommé Chandeliier,n qui «avoit une maison enire Mantes et Meulan,!5 c'avait été «par !a permission de M. de Vendosmc' que l'avocat, combattant avec énergie p'o domo sua, «le fil prendre à Estampes, d'où il fut mené à la Conciergerie,n où rie voyant prisonnier, cbascun ie chargea,» et il «cstoit en danger d'avoir la teste coupée, ^ si le chevalier de Tonnerre (Henry de Clermont-Tonnerre) ne l'avait fait évader. L'abbé Arnauld atteste aus.4 que le duc de Vendôme metlait de l'animosité dans la chose, comme dit Chapelain : «M. de Vcndosme l'entreprend d'une estrange façon... •'5

* Voir encore à ce sujet l'extrait donné pai- M. P. Paris (t. IV, p. 289) de la correspondance de l'abbé Arnauld, dont la complète publication serait si désirable.

que jamais et plus incorporé '. M' de Ghaudebonne a la fièvre double tierce, ^'ous avons creu du commencement qu'elle nous le pourroit faire perdre ; maintenant que les excès ont diminué de moitié, nous en espérons bien.

M' Conrart est tousjours à Jonquières , mais plus gay que quand il y alla à cause du retour de son beau-frère qui est libre et sain dans sa maison.

Je suis, Monsieur, voslre, etc.

De Paris, ce ai septembre iCio.

CCCCXXXVIII.

À M. DE BALZAC

À BALZAC

Monsieur, il y a apparence que si le billet que je vous ay envoyé de M' Mesnag-e vous a pieu, la lettre qu'il vous escrit à celle heure vous ravira, puisque vous estimés tout de luy et plus par conséquent les choses qu'il aura le plus polies'. Je parle ainsy de sa

lettre sans l'avoir veue , ne croyant pas qu'il y eust personne assés hardy pour vous escrire avec négligence du moins la première fois,ny que la liberté de nostre amy aille jusques là que de vouloir occuper vos yeux à une lecture qu'il ne pense digne de vous. Et certes quand je me souviens du stile pédestre et vulgaii-e avec lequel j'ay tousjours traitté avec vous, je m'en fais conscience à moy mesme el me reconnois eflron té jusques à l'excès. Mais tout le monde ne fait pas si bon marché de sa réputation que moy en matière d'esprit, et ne se contente pas comme je fais de la louange que peut acquérir la bonté à un homme.

Avec la lelti'c, vous aurés des vers lalins de M' L'Huillier^ et de M' Grotius. J'avois les premiers et vous les eusse envoyés , ce voyage. Mais il faut laisser le champ libre à M' Mesnage, et luy faire valoir tous les soins qu'il a voulu prendie pour vous. Il vous marquera sans doute dans sa lettre tous les livres de M' Grolius qu'il vous envoyé *

' Que veut dire Chapelain? Est-ce une allusion au peu de corps qu'avait le marquis de Pisani (m étant pris dans un sens privatif)"? Incorporé ne se trouve dans aucun dictionnaire, et l'on se demande pourquoi Chapelain ue s'est pas servi du mot incorporel, qui est non seulement dans Montaigne, mais dans quelques textes du xy' siècle.

- Balzac fut, en effet, ravi des éloges que lui prodigua Ménage, comme le prouve la lettre quil lui écrivit (n° i du livre XV, p. 636 el0a7) : «Si voslre passion est aussi vraye qu'elle est éloquente, el si elle allume aulanl de feu dans vostre âme, qu'elle jette de lumière en vos paroles, n'en desplaise à Socralo, je suis le plus heureux amant qui se mesla jamais de faire l'amour aux belles âmes. Dans un petil espace j'ay trouvé mille rayons de ce premier et souverain Beau, après lequel a couru toute l'ancienne philosophie, el vous sçavez si bien peindre ce que vous sf avez bien concevoir, que quand vous ne me donneriez que celte image , j'aurois desja trop receu de vous. . .■' Celte lettre.

la première qui ail été écrite par Balzac à Ménage, esl datée du b novembre 1689 : il faut la dater du mois de septembre i6io, car il y esl question du papier que voux prcsta Monsieur Chapelain, papier que ce dernier, dans sa lettre du 3 de ce même mois, déclare avoir déjà communiqué au nouvel ami de Balzac. Balzac annonce à Chapelain qu'il vient d'envoyer à Ménage une lettre toute pleine de passion (p. 857, n° XXI du livre XXII, avec la fausse date du 20 août i64.i, qui doit être remplacée par la date du ao on a5 septembre lOùo).

' Balzac vante ainsi les vers de L'IIuillier (p. 858, leltreXXU du livre XXII , datée du ay août iCii pour 13 ou i5 octobre i6ùo): «Mais vous ue me disiez point que Monsieur L'Huillier est un ancien Romain travesti, el qu'il fait des vei-s élégiaques el approchans de ceux d'Ovide. Je voudrois bien les voir à la suite de la vie de son ami Monsieur de Peiresc, afin de les voir avec toute la pompe el toutes les lumières de l'impression.»?

* Balzac avait dit au sujet des œuvres de

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

et dont j'ay chargé le bon Rocolet pour vous les faire leair par ce messager. Il y en a assés pour combler une petite charette, et je croy que vous vous cstonncrés de la grosseur du paquet.

Je voudrois avoir assés de mémoire pour salisfaii'e vostre curiosité sur les bons mots de nostre amy '. Mais je suis aussy bien destitué de celle partie que des autres qui la devroient récompenser ^ En voicy pourtant un C[ui s'y est attaché et que je ne croy pas que j'en sorte jamais. On disoit que Pagan^ se plaignant de ce qu'on l'avoit voulu obliger de haranguer à l'Académie de la vicomtesse d'Auchy *, disoit que c'esloit sans raison

qu'il porloit les armes et faisoit ce que les autres disoient. Nostre amy qui estoit présent, en la présence d'un de ces jolis académiciens, repartit tout court : Il ne fait donc que des sottises, car ils ne disent autre chose. A l'avenir, je seray soigneux de les marquer, ou je le priray de commander à son Tiron qu'il les recueille de sa bouche et qu'il en face un volume qui nous fera moins regretter la perte de ceux de Cicéron. Quant à M' Grotius, ayant ses livres, vous en avés sans doule le meilleur, car, quoyque sa conversation soit très sçavanle, elle est accompagnée de je ne sçay quel faste de légal qui me la fait appréhender ^ et j'ay

Gfolius (letlro XXV du livre XXI, déjà cilée) ; pj'ay leu son livre de Jure belU et pacw, qui est de très grande inslriiction. J'ay receu, il y a long temps. Mare Hberum, et depuis deux Tra{jé(h"es, cl quelques Poésies sacrées. Mais j'ay perdu un juste volume de ses vers imprime à Leyde, que je voudrois bien ravoir. 11 a fait encore beaucoup d'autres choses dont je vous supplie de prendre une liste el la donner à mon libraire, afin qu'il ne me manque rien des œuvres de ce grand personnage. Tout ce qui part de luy m'esl en singulière recommandation, et oulre la solidilé de la doctrine, la force du raisonnement el les grâces de la langue, j'y remarque un certain characlère de probité. ..a On peut voir un autre grand éloge de Grotius, «celuy de la naissance duquel nostre siècle doit estre superbe, 55 «un vivant que le Président Jannin opposoit aux plus grands morts de l'Antiquité, n dans une lettre de Balzac à Ménage (n° II du livre XV, p. G27 et G28), lettre datée du 3o septembre 1689 et que je croirais volontiers du 3o septembre i6io.

' Balzac avait dit de Ménage, en répondant à la lettre de Chapelain du a septembre iGio (p. 83i, n" XXIX du livre XXI) : «Je suis si satisfait de la lettre que vostre ami vous a escrile, qu'un second comphment ne sçauroit rien adjouster à ma satistaclion. J'ay creu, au contraire, que je serois incommodé de cet excès , comme de deux disnez en un jour, et vous sçavez bien qu'on

se soûle des meilleures choses. Il est certes très galant homme et tel que vous me le figurez. Souvent ce qu'il dit mérite d'estre allégué. Mais n'y aura-t il point moyen d'avoir quelques-unes de ses rcsponses ingénieuses qu'il vous a recitées? N'importe pour moy qu'elles soient venues après coup, ou sur le champ, qu'elles soient nées en présence, ou apportées du logis, pourveu qu'elles soient ingénieuses. . .n

- C'est-à-dire : qui devraient me dédommager de l'absence de celle-là.

^ Biaise François, comte de Pagan, né le 3 mars i6oi, à Avignon, mourut le 18 novembre iG65, à Paris. Voir son épilaphe citée par M. P. Paris [Commentaire des Ilislorietlea , t. I, p. 338 et 339). On regrette que ce savant mditaire, qui fut le niaitre de Vaubao, et qui est l'objet de si favorables articles dans les Hommes illustres de l'errault et dans le Dictionnaire de Moréri, se soit rendu ridicule en s'enrôlant parmi les académiciens de la création de la vicomtesse d'Auchy.

4 Tallemant des Beaux (Hislorielte de la vicomtesse d'Auchy, t. I, p. 338) prétend que l'on accusa Pagan de s'être fait faire sa harangue, dont se moqua si cruellement l'abbé d'Aubignac, p. qui a lousjours de la bile de reste, n selon la remarque du chroniqueur, lequel a l'air de plaindre 'île pauvre Pagan.»

s On a vu que, dans une lettre précédente. Chapelain signalait la morgue de Grotius. Balzac

remarqué qu'il ayme à parier et à alléguer sans beaucoup se soucier de connoistre ceux à qui il parle. Un de mes amis ma dit qu'au contraire quelques fois, lorsque les gens ne luy plaisent pas, il ne leur parle pas, quoyquils soient teste à teste, et compose des vers en leur présence avec tous les branslemens de teste et les autres grimaces et gesticulations qui sont inséparables de la composition des vers '. Ces deux défauts, quoyqu'opposés, partent d'un raesme principe, d'un esprit qui se considère fort et qui ne regarde rien bors de soy. Il a bien sans doute encore de l'orgueil dans la fantaisie qu'il a de composer une religion clirestienne à sa mode qui ne soit ni catolique ni buguenotte, et de faire une nouvelle église en raffinant l'arminianisms ', quand il n'y devroit avoir de fidelles que son minisire, la Milletière ^ et luy. En elTet on dit qu'il a lait son pasteur de son opinion et qu'avec la Alillelière ils forment seuls cette église qu'il s'est imaginée et en font la liturgie cbés luy. Et son caprice est si escbauffé pour cela , qu'il pense quil doit prendre le temps de son ambassade, qui le rend inviolable, pour

pouvoir escrire et publier ses sentimens en cette matière au grand dommage des belles lettres qui perdent tout ce qu'il feroit de raisonnable soit comme poète , soit comme bistorieu. Je n'ay encore veu personne qui ayt rien leu ny entendu de son bistoire de Hollande et je vous avoue que je n'ay guères de plus grande curiosité que celle là, laquelle peut estre eust il contentée, si je luy eusse voulu laisser la Pucclle en sa disposition. Mais ayant les mains liées de ce costé la, et ayant esté obligé de le luy refuser, j'eusse eu mauvaise grâce de luy demander à voir aucune cbose. Celuy qui m'engagea à le voir me dit en mesme temps qu'il me rendroif la visite. Je me moquay de luy et fis la mienne sans avoir la pensée qu'il le fist ny qu'il le deust faire. Il s'est trouvé de mon avis et j'ay, depuis , raillé mon amy qui en est plus mortifié qu'il ne devroit estre \ Ça esté avec peine que je vous ay rendu conte de ce particulier. Mais vous l'avés ainsy voulu et vous n'estes pas un borame à qui je puisse rien refuser.

L'ambassadeur italien dont je vous ay envoyé le sonnet* pècbe dans l'autre excès

(p. S.) '4, lotUc dc'jù citée) tloiine ainsi raison à son ami : pJe suis Tcnnemi des morgues et de la jjravilé affectée, et partant je vous laisse à penser si j'entre dans vos sentimens sur le subjel de l'Ambassadeur.?!

' La phrase est piquante, surtout dite par un homme du métier. — Le mot gesticulation , que Godeau, en 1629 et non au commeacemenl du xvu* siècle, comme Ta dit M. Liltré {Dictionnaire de la langue française), croyait nouveau ( Discours sur les œuvres d»>Malherbe , Paris, in-4°) , est déjà dans le I'" livre des Serées de Guillaume Bouchet, lequel I" livre parut en i58^.

- Balzac (p. 38i) s'associe encore aux idées de son ami : « Que veut-il dire avec sa théologie Aiminicnne, et son schisme dans le schisme? Je voudrais bien qu'il se fust guéri de cette maladie quem sacrum jure nominis, et que quelque

lion Démon nous l'eusl remis dans le bon chemin. Le Chancelier de Suède [Oxensliern], qui ne se picque point de controverse, devroit estre ce bon Ange, et luy ordonner, sous peine d'eslre mai payé de ses Estais, de descouvrir le thresor qu'il cache, je parle de l'histoire qu'il tient secrète. ti ' Sur Théophile Brachct de la Milletière, mort en i665, voir le Dictionnaire critique de Bayle (avec les observations de l'abbé Le Clerc) et la France protestante de M. M. Haag, ainsi que VHistoriette de Tallcmant des Réaiix (I. VI, p. i 55-/1 58).

* Chapelain n'étail-il pas encore plus morlilié que son ami , du peu courtois procédé de Tambassadeurdes Provinces-Unies? Toute cette tirade, foute la tirade d'une lettre précédente, laissent percer un dépit extraordinaire.

* Cet ambassadeur était le comte Bardi.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

et me confond de ses civilités. Pour deux visitlesqueje luy ay failles il m'en a .("ait douze et ne s'abstient de m'en faire davantage que par l'appréhension de m'incommoder. Il m'a lait quelquesfois iionte quand il me prie de trouver bon qu il me voye et que je ne m'en trouve point importuné.

L'affaire de M' de Forgues a esté jugée avec beaucoup de perle pour luy sans doute et nous nous en plaignons partout. \P de La Tliibaudière cependant me dit, avant-hier, qu'il avoit veu sa partie qui pestoit contre les juges et disoit qu'il avoit perdu son procès. Nous en sollicitons encore un autre contre eux au Conseil, mais c'est à petit bruit parce que les vacations ont emmené presque tout le monde de Paris. Je verray trois conseillers d'Estat et M' de Saint-Nicolas deux maislres des requestes dont l'un est le rapporteur.

M' de la Thibaudière m'embarassa , avanthier, me demandant d'où venoit que vous ne luy aviés point respondu et sur ce que je luy dis que vous le croyés à l'armée, il me

dit qu'il vous avoit encore escrit qu'il n'y esloit pas et me rendit muet.

Je sçauray plus amplement encore par mes avis quelle opinion a M' Grotius du Père Sirada. Ce que j'en sçay desja est qu'il l'a trouvé diligentissime et a reconneu avoir appris dans sa propre histoire beaucoup de choses de luy.

Guiet admire vos vers latins. Mandés moy ce qu'il vous semble des siens sur la bierre et de la response de l'ambassadeur Suédois.

Hier nasquit un second fils au lioy.

Je suis. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce q3 septembre iGio '.

CCCCXXXIX.

À M. DE BALZAC

A BALZAC

Monsieur, vous m'avés ravy de la déclaration que vous m'avés faitle devant toutes choses de demeurer satisfait de l'hostel de Rambouillet, car il ne falloit point que pour un mot entendu cette maison vous

' Le lendemain , Chapelain , reparlant à Balzac du procès de M. de Forgaes, insistait sur l^s services rendus par Voiture, qu'il appelait rtnmue dimidium tuœ, donnait des présidents à mortier du parlement cette spirituelle définition : qui sont les demi-dieux de la robbe, et s'étendait en ces termes sur la harangue dont nous l'avons déjà vu entretenir son ami : t: L'oraison de j\r de la Casa m'a semblé une production digne de l'Antiquité et de cet air là mesme. C'est l'éloquence de Démostliène dans le stile de Cicéron. Il me semble que je voy ce Grec persuadant les Athéniens à se Uguer avec toutes les autres Républiques de la Grèce contre Philippes et son ambition. Je luy trouve ce mesme génie, cette mesme abondance de raisons, ces mesraes inductions et ces mesmes délicats développemens d'intrigues pour produire l'évidence dont il avoit affaire pour l'aire prendre à ses concitoyens le party qui leur estoit le plus utile. Il raisonne et presse partout et, autant que

la langue italienne le peut souffrir, les argumens y paroissent serres et ne laissent pas respirer l'auditoire. J'approuve fort que vous la donniés au pubhc, et que vous meltiés ce trésor en seureté en l'insérant parmy vos ouvrages, et ie vray temps seroit celuy-cy où il s'agit de la mesme affaire, et où la maison d'Austriche ne fuit pas moins de peur à l'Europe qu'elle faisoit alors, outre que peut eslre que la paix estant faitte, on ne permettroit peut estre pas si aisément qu'on l'imprimast, surtout avec des notes qui sans doute ne seroienl pas favorables aux Espagnols.» — Dans nne lettre du ii septembre 16Z10, adressée à l'abbé de Boisrobert (fol. 497) nous lisons ce passage déjà imprimé par M. Livet {Histoire de r Académie française , t. I, p. 889) : w L'Académie ne sçait que c'est de vacations \jJour vacances]. On travaille tousjours, et M" de Bourzeys et de Porchères, redevenus Directeur et Chancelier, tiennent la main à l'avancement de l'ouvrage.;;

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

perdist ny que vous lo perdissiés. Et cela eust esté cruel que le lieu du monde où il y a plus de coutenteineut d"esf re hounoré et où vous Testes davantage et avec plus de connoissance de cause et de fermeté eust esté retranché du nombre de vos inclinations, comme il eust esté insupportable à ces excellentes personnes d'estre privées d'une amitié aussy fendre que la vostre, et qu'elles ont si long temps et si ardemment souhaitlée. Je leur ay fait sentir la supposition dont elles se sont eslonnées et non sans un modeste ressentiment qu'on leur eust ainsy imposé, et une joye particulière de vous avoir servi sans blesser les intérests de leur amy '. Mais je ne leur ay point fait connoistre que vous sceussiés rien de tout cela, afin de ne leur point laisser de doute en l'esprit si vous n'en auriés point esté choqué, et si vous n'auriés point rabatu quelque chose de vostre bienveillance, que je sçay qu'elles chérissent trop pour en souffrir la moindre dinn'nution. Je vous prie donc, Monsieur, de continuer à ayraer ce qu'il y a de plus accompli dans le sexe en la personne de ces deux dames, et de vouloir eslre tousjours ayiné et eslimé parfailtementpar celles qui le scauront tous-

jours mieux faire, et avec plus de lumières qu'aucune que vous connoissiés.

En récompense je vous abandonne la Pédante et le Pédant , et souscris au repentir que vous avés d'avoir abusé le monde des louanges que vous leur avés prestées et dont vous les avés desguisés*. J'eus en très grand mespris le mary dès il y a sept ans que l'Abbé de Ghaslillon me monslra une lettre qu'il avoit escrit sur une autre si belle que vous a vies escrilte de luy à cet Abbé ' et j'en pensay faire mourir de douleur et de honte le neveu , nostre amy \ quand je la luy monstray. Je ne sçay ce que c'est que de la fenmie, sinon que je voy bien à celte heure que c'est une arliticieuse indigne du rang qu'elle tient dans le grand monde, quand elle se voudroit deffendre di; son mensonge en alléguant qu'il est officieux et pour les intérests de son mary.

Je suis marry de vous avoir donné l'alarme du coslé des lettres de M' de Voiture. Mais n'avés vous point de tort de l'avoir prise si chaude et n'avés vous point pensé que c'estoit un paresseux insigne quinescril qu'on amour et en boufl'onnerie cl encore assés rarement '? Me craignes point de voir de ses lettres, à

' Il s'a[[il du procès du neveu de Balzac, M. do Forgues, contre ua proche parent de l'ami des dames de Ranil)ouiilel, le marquis de Monlauzier.

^ Balzac avait écrit à son ami (iellre XX\ du livre XXI, p. 835) : «Je suis très mal édiûc du procédé de la Pédante, ainsi que rap|)elle noslrc ami Tbibaud [sans doule de la Tliibaudièro]. Si elle n'a ordonne à son genlilliomnie de mentir, il a menti de son chef. 11 y a long temps que je suis ravi d'avoir droit de les efTacer, et d'imiter la vengeauce de Virgile, qui punit ceux de Noie de celte façon. ..n La lettre, j^alée du i.j novembre iCio, doit èlre du i ô seplemlire de colle année. Quant au Pédant et à la Pédante, il s'agit de M' et de M"" de Brassac.

* Cbapelain veut parler de la lettre XII du

livre V adressée à Monsieur de Doisrobei-t et datée du 16 aviil iG33, ce qui fait bien les dès il y a sept ans. Dans celte lettre, qui est plus longue que belle (p. iGa-16'i), Balzac avait fait un immense éloge du gouverneur de l'Angoumois, de son «•émincnle vertu,?) de sa «connoissance,n qui rs'eslend si loin, et embrasse un si grand nombre de cboscs,» de «son éloquence,» etc. Balzac revint à la charge dans une Iellre à Mouseigneur le comte de Brassac, du 3o mai i()33 (n° XVIII du livre VI, p. 2i6-ai8) : il y confirme et y exagère encoi-e les compliments dont sa lettre à Boisrobert était remplie et dont M. de Brassac l'avait remercié.

* Le marquis de Monlauzier.

* Balzac avait dit avec elTroi (p. 835): «Vous avez grand tort de désirer que Monsieur *^* m'es-

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

quoy vous soyës obligé de respondre, car effectivement il n'a point eu de véritable intention de vous en envoyer, et, quand il l'auroit eue, elle luy seroit passée ii y a longtemps. S'il vous escrivoit néantmoins vous n'auriés pas plus de peine à luy respondre qu'à M' Coustard, et je le trouverois bien aussy raisonnable.

Cependant je vous rens grâces de la foy que vous me gardés et de la crainte que vous tesmoignés d'avoir de me faire tort, j'ay pensé dire cocu , en gardant correspondance de lettres avec d'autres '. Je me tenois bien marié avec vous, mais je ne croyoispas le mariage des âmes si austère que celuy des corps , et estois capable de vous souffrir sans esmotion de ces sortes de galanteiies innocentes pour vous laisser la liberté que vous me laissés et permettre que vous escrivissiés à une couple de vos bien aymés, puisque vous me perraetliés de remplir de mes lettres toutes les parties de la terre et tous les Cabinets de mes amis.

Je vous conforte dans le dessein que vous avés de donner l'oi-aison de i\l^' délia Casa avec vos notes et suis bien aise que vous vous disposiés à ces autres travaux qui doivent honnorer la vertu de nos deux royales marquises \ La dernière est pénitente ^, mais

ne laisse pas d'estre raisonnable, et sa dévotion n'a pas estouffé l'amour de la société. Pour l'autre, c'est une âme impératrice et un corps en qui il n'y a rien à soubaitter que de la santé.

Je feray sçavoir à M' Mesnage le tesmoignage du Germain '. Pour les Horaces de Corneille, on ne vous en sçauroit servir pour ce que le poète est à Rouen , et que le poème est de ces marcbandises qui sont à vendi-e et non à donnera Je vais aux cbamps pour buil jours, J'oubliois à vous dire que j'ay leu vostre compliment à M' de Grasse chés moy, liier, en la présence de i\P de Eorgues qui vous tesmoignora, à son retour, de quelle sorte il luy paila de vous. R s'en va à Amiens prendre congé de S. Em'" avant que de partir pour Provence, où il s'en va attendre fexpédition de son second evesché.

Je remets Lope de Vega et le Père Strada pour la première fois" et demeure, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce 25 septembre i6io.

CCGGXL.

AU COMTE BARDY,

AMBASSADEUR DU GniKD DUC.

Monsieur, ce n'est pas sans beaucoup de

crive. R ne me feroit point de plaisir de vous exaucer; quoyque ses lettres soient admirables, il faudroil que je respondisse à ses admirables lettres.»

' On lit (p. 385): «Vous estes, certes, un estrange homme. Je me suis donné à vous; mon âme s'est jointe à la vostre, et cela estant, ne voulez-vous poiut que je vous garde fidélité? et ne considérez \ous point que toute autre communication me seroit reprochée ?î

- On lit encore {tbid.): «Beasti me du jugement que vous faites de Monsignor délia Casa, et de l'approbation dont vous authorisez mon dessein. J'y travailleray au pluslost, et n'oublieray pas ce que je dois aux deux incomparables Marquises.'i

' M"'' de Sablé.

'' Balzac avait dit (p. 835): «Si vous voyez Monsieur Ménage, je vous prie de luy dire qu'un gentilhomme Allemand, 7'ecens Papinn commenlator, passa hier icy pour me voir, et me parla de luy et de son ouvrage, si advantageusement, que ma Rhétorique ne peut rien adjouster à l'éloge qu'il m'en Çii.-n

' Ce petit passage a été cité par M. Taschereaa {Histoire de Corneille, i855, p. 96), avec celte observation que rien ne me paraît justifier : «'Chapelain, qui ne se souciait pas de concourir au débit de l'œuvre imprimée...»

" Dans la lettre déjà citée, XXIX du Uvre XXI, Balzac avait demandé (p. 834) «quel jugement

LETTRES DE JEAN CHAPELAIiN.

honte que je vous renvoyé si tard les deux exceliens livres que vous m'ave's fait l'honneur de me prester, et en cela je crains de n'avoir pas seulement péché contre la hienséance, mais encore contre vos délices, que je ne doute point que vous fissiés de ces deux lectures , puisque je n'en ay point eu dautres tout le grand temps que je vous en ay privé. En effet, Monsieur, il est mal aisé de rien voir de plus pur florentin, ny de plus piein d'esprit et de vigoureuse expression que la traduction du seigneur Davanzati', et il l'a tellement emporté dans mou jugement sur toutes les autres qui ont esté faittes de Tacite ', que je suis résolu de ne plus lire que celle là, et une des choses pourquoy je désire autant la paix, c'est afin que jeu puisse faire venir un en séureté de Florence.

Pour les vers de Ghiabrera', outre la pureté et le beau tour qu'ils ont, je leur trouve une sublimité et une majesté dans les Odes et dans les Chansons, qu'il laisse derrière tous les autres, que j'ay veus jusques icy.

Grolius portail sur l'histoire du P. Slrada,:5 ajoutant : R Je vous prie aussi que je srache quel est le vostre de toutes les Comédies Espagnoles; car celles que j'ay veues, m'ont ennuyé.?»

' Bernard Davanzali Bostichi naquit à Florence le 3o août iSag et mourut ie 29 mars 1606.

- Ginguené n'a pas moins loué que Chapelain ie travail de Davanzali. Voici ce qu'il en dit : •r Celle traduction est un chef-d'œuvre de pureté de style, de force, de précision et d'élégance. t) M. Daunou, dans l'cxcellenl article sur Tacite qu'il a donné à la Biographie universelle, confirme tous ces éloges et ajoute ces renseignements bibliographiques : «Le premier essai de la traduction célèbre de Davanzati parut à Florence, in-/i", oni 596: elle a été publiée ensuite chez les Junles, en 1600, in-4°; chez Nesti, aussi à Florence, en 16.37, in-folio; à Venise, en 1677, in-i°;à Padouc, chez Comino, en 175.'), 2 tomes in-4°; à Paris, chez Quillau, en 1760, 2 vol. in-19; à

de telle sorte qu'il ma semblé un autre Horace ou un autre Pindare* et plus propre à satisfaire les âmes eslevées que le commun des hommes.

Je vous les renvoyé tous deux , Monsieur, sans oser entreprendre de vous en faire de remerciment de peur de le faire au dessous de mon ressentiment et de ce que mérite vostre courtoisie. Si je n'eusse point desja tant attendu à vous les rendre, j'eusse encore attendu huit jours qui sera le temps de mon retour de la campagne, afin de vous les remettre moy mesme entre les mains, et réparer en quelque sorte par ce respect la faute que j ay faille de les tant garder.

Il y a plus d'un mois que je rerais entre celles de M' Du Maurier la harangue de M^' délia Casa qu'il désira lire devant que de vous la rendre. Je veux croire qu'd faura fait incontinent après, le connoissant punctuel et fort soigneux de ce qui vous regarde.

Mon homme vous fera voir un endroit de la dernière lettre de M' le marquis de Montauzier par où vous connoistrés que j'ay fait

Bassano, en 1790 et i8o3, 3 vol. in-i°, y compris des additions; à Milan, 1799, 9 vol. in-12, avec le texte; à Paris, i8o-'i , 3 vol. in-i2, revus par Biagioli.-î M. L. Etienne {Uixtoire de la littérature italienne, 1875, p. hOti) dit que ie traducteur Davanzali est fort admiré comme modèle de concision, mais qu'il est quelquefois plus obscur que Tacite.

^ Gabriel Chiabrera naquit à Savone le 8 juin 1002 et mourut dans celle ville le 1 '1 octobre

* Que l'on n'accuse pas Chapelain d'exagération! Ginguené déclare lui aussi que ■rrde tous les poètes modernes auxquels on a donné le nom de Pindare, aucun ne parait l'avoir mieux mérité que le Chiabrera; c'est la même élévation, le même feu, la même audace que le poète lliébain.75 Moins enthousiaste, M. L. Etienne (ouvrage cilé plus haut) déclare (p. '129) que «c'est un Ronsard italien.-

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

ce que vous m'ave's ordonné, et que ce gentilhomme est véritablement cligne de ce nom par le bon jugement qu'il fait de vous. Je suis. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce 25 septembre iGio '.

GCCCXLL À M. DE BALZAC,

À BALZAC

Monsieur, je m'estonnois bien si vous estiés tout de bon devenu l'un de ces bigots et superstitieux sloïques qui chimérisent ' sur la vertu et s'en forment une idée que les actions humaines ne peuvent exprimer, et quoyque je vous eusse trouvé grand partisan de Sénèque, il m'avoit semblé que son esprit vous piquoit plus que ses maximes, et que vous trouviés plus à admirer qu'à imiter. Cependant il est vray qu'en quelqu'une de vos précédentes, vousjouastes le personnage d'un docteur du Portique' et après vous estre fort noblement eslevé. et si haut que vous creustes qu'il y avoit de l'excès dans vostre

philosophie , vous me dittes : Voila que c'est d'eslre escolier de Zenon et d'avoir commerce avec ces âmes hautaines , etc. ^ Ce fut aussy ce qui m'obligea à vous demander esclaircissement sur cette nouvelle profession de foy que vous m'avés donné tout tel que je le souhaittois et que je l'attendois.

Je suis donc ravy, Monsieur, que vous ayés une manière hbre de philosopher et que vous soyés des ecclésiastiques ^ C'est sans doute la plus naturelle de toutes et celle dont tout le monde peut estre, sans pourtant convenir d'aucun autre principe que de celuy de n'estre assujetty à aucun et de se garder la liberté de condanner ses propres maistres. Nostre raison ne peut estre soumise qu'à la raison et il n'y a rien qui la cabre davantage que l'authorité lorsqu'on la veut faire passer pour indubitable. Je me moque des avTos eire^ et de cette déférence aveugle aux sentimens d'un homme qui en cette qualité, quelque parfait qu'il soit, ne peut manquer d'estre sujet à errer. Des maximes que posent les philosophans, je

' Le lendemain Chapelain écrivait à Montauzier (f 5io) : «Si je ne parfois point présentement pour La Trousse, oà je seray cinq ou six jours, j'aurois porté à M' le comte Bardy l'éloge que vous faittes de son sonnet dans ma lettre et l'espérance de voslre amitié qui paroist le plus obligeamment du monde dans ce que vous m'escrivés sur son sujet. Mon homme fera cet office en mon absence... Le Roy a eu deux courriers de la prise de Turin et M' le Prince un du siège du port de Rozes par 2 5,ooo Catalans qui ont pris pour chefs M" d'Espenan et Plessis-Bezançon. M" la Marquise de Rambouillet se porte mieux et M^"° est guérie de son rheume.i

- Chiméi'iser est déjà dans le Dictionnaire d'Oùdin, mais M. Litlré ne cite, après cela, au sujet de l'emploi de ce mot, que Fonlenelie, né seulement en 1657. Le Dictionnaire de Richelet ne donne pas le mot chimériser, qui est dans le Dic-

CHAPELALN — I.

tionnaire de Trévoux avec l'exemple tiré de Fonlenelie.

^ Chapelain avait donc oublié ces formelles déclarations de son ami (lettre XXI du livre XX, p. 800) : rrje n'approuve pas plus que vous cette cruelle marastre (la philosophie de Chrysippe).. . Ces sortes de statues sont pour rornemenl du Portique, et non pas pour l'usage de la vie, et il me semble qu'entre la dureté et la mollesse, il y a un tempérament qui s'appelle fermeté, n

* Je ne retrouve pas cette citation dans les lettres de Balzac à Cbapelain. Appartenait-elle à quelque lettre qui aurait été perdue? Ou bien serait-ce un fragment supprimé d'une des lettres que nous possédons?

'' Manque-t-il quelque chose à cette phrase? Telle qu'elle est, j'avoue que l'explication m'en paraît difficile.

" Sic. Chapelain a voulu citer en grec l'équivalent du magisier dixit.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

n'admets que celles qui s'ajustent à ma conception, et qui sont universellement receues par les personnes de bon sens. Ce que l'au- Ihoriié fait au plus dans mon esprit, c'est de me donner curiosité d'examiner s'il y a lieu de l'admettre pour règle, et si la réputation du Docteur est un effet de son mérite ou de la Ibiblesse de ses escoliers \ Mais bride en main et faisons alte'. Il sufEt de cela pour ce coup, et ayant si peu de temps et de papier de reste, il vaut mieux en celte occasion se souvenir du dictum qui enseigne que philosophandum paitcis. J'auray grande joye de voir dans voslre seconde Apologie comme vous vous estes desfait de Cbrysippe et comme vous ne convenés pas avec Crantor. Nostre amy philosopbe d'une autre sorte j)our luy '. Il accommode la flatterie avec la sincérité et, n'espérant pas persuader par ses louanges sordides , il ne croit point faire de tort à sa vertu. Il se contente de monstrer de l'esprit, et ne prétend pas que l'on le croye, et je trouve qu'il n'a pas trop de tort d'en user ainsy, puisqu'il se rencontre des gens

sf sots de se contenter des simples paroles sans se soucier du cœur. Je pense qu'Aristippe estoit à peu près comme cela , et qu'il ne croyoit pas indigne d'un galand de la vertu de rhabiller ses affaires et faire fortune par des cajoleries.

Vous avés leu Roxane et vous n'avés pas sceu que son autheur estoit M' Desmarets. Vrayment cela me paroist une des plus es- Iranges choses du monde. Mais je suis un niais; vous l'avés bien sceu et n'avés tesmoigné de l'ignorer que pour faire une plus belle figure \ Le secret de cette louange n'est donc pas en son autheur, mais en cecy que vous a vies peu ne pas sçavoir; cette Roxane, je ne sçay par quel destin, ou, si je le sçay, je ne l'oze dire, ayant pieu à la personne que vous sçavés '% nostre amy, pour faire le bon courtisan, a voulu faire croire qu'elle luy auroit pieu aussy, et jugeant que sa lettre luy seroit monstrée, y a mis cet éloge contre son sentimeni , et cela je le sray de sa propre bouche, après quoy on se pourra fier aux louanges de telles gens ^

' Dalzac approuve ainsi les idées de son ami (p. 857): <tVivc donc celte belle liberté, et ne souffrons plus de tyrannie en matière de philosophie. Vous le dites admirablement, que noshe raison ne doit obéir qu'à la raison, et que l'aiithorité est un joug que la Religion seule a droit d'imposer à l'esprit de l'homme. -^

- Alte, comme en espagnol et en italien, alto. M. LJltré a cité ce vers de {'Etourdi de Molière :

Âlle un peu; retenez Tardeur qui vous emporle, et cette phrase tirée des Remarques de Vaugelas (1647, in-Zi") : «Dans tous les livres et dans toutes les relations (|ui se sont faits en ces dernières guerres, on n'a point vu halte imprimé ni écrit avec une h; et ce n'est que depuis ce tempslà qu'on a commencé à écrire ce mot, dont M. Coëffeleau n'a jamais osé se servir, n'étant pas encore en usage dans le beau style, n

^ Voilure, dont il a été parlé à ce sujet dans une lellre précédente.

* Balzac se défend d'avoir eu recours à cette feinte (p. 858) ; «Ne croyez pas au reste que je face le fin sur le subjet de Roxane. Si je l'ay veue, je vous jure qu'il ne m'en souvient point. Or je ne pense pas que ma mémoire soit une pièce confisquée à ce poincl là , car elle me rend encore d'autres bons services.'?

^ Le cardinal de Richelieu. Selon une anecdote du Icmps (voir une note de la page 737 du tome VI du Recueil de M. Avenel), le cardinal aurait eu grande part à la composition di' Roxane.

'' Voilure avait dit , dans sa lellre déjà citée au comte de Chavigny : aRoxanam his diebus diligenlissime legi. Quid de ea sentiam quœris? Nihil, mehercule , usquam elegantius , nihil ornalius , nihil sublimius , dignum denique Ale.vandro et Armando. Quo pi-opius inspexi, eo mihi pulchrior visa est , lamque absolula, ut nihil in en, prœter aliquem nœvum desidcies. . . -1

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

3'esclairci)-ay mon amy touchant cette pre'tendue lettre qu'on veut que vous ayés escritte à Heinsius , et je feray mes diligences pour descouvrir s'il y a eu une ve'ritable que l'on vous attribue. Pour moy, je croy que c'est une imagination , n'en ayant jamais ouy parler qu'à cette seule personne.

Je vous envoyé celle que nostre autre amy' dit assés plaisamment que M' Salomon et vous avés faittes% dans le billet qu'il m'a escril , en me l'envoyant. Je l'ay prie' de trouver bon qu'elle fist le voyage de Balzac et liiy ay respondu qu'au plus lard il l'anroit dans trois semaines. Je sçay plus mauvais gré à ce mauvais advocat général de ce qu'il a fait revoir une chose que vous vouliés qui fust supprimée, que du larcin qu'il vous en a fait avec tant d'imprudence. Car il ne l'a pas emportée loin, et comme un malbabille coupeur de bourse, il s'est laissé prendre sur le fait. Je ne voy pas , de la façon que cela est receu dans le monde, qu'il vous nuise en rien. Au contraire, on loue voslre magnanimité qui perd avec si peu de regret de si belles choses.

Je suis trompé si vous ne trouvés Mascardi éloquent homme, lorsque vous aurés leu la Cong-iura^ dans son original, car pour la copie de nostre Romain ', elle n'est pas reconnoissable. Cet original est assés

rare; il faudra néantmoins vous le trouver si vous en avés curiosité. Il a fait aulresfois les harangues dont vous me parlés, et qui n'ont rien de semblable à celles que vous verres dans cette pièce. Il a fait encore des leçons académiques sur le tableau de Gebès ^ où il y a plus de sçavoir que d'excellence de stile. Son dernier ouvrage est dell' arte historien qui est très bien escrit et de bon sens avec autant d'ornement que le peut souffrir le stile dogmatique \ Cette mort a esté funeste à l'Italie et aux bonnes lettres, car il avoit commencé l'histoire qu'il promet dans sa préface de la Congiura, et il y a apparence qu'escrivant au mesme lieu et en compétence de M' le cardinal Benlivoglio et Famiano Strada , il en avoit fait un ouvrage d'ambition. J'espère que ma lettre trouvera M' Mainard chés vous' et, avec vostre permission, elle sera receue en tiers entre vous deux, afin que je face partie de vostre conversation en la sorte que je suis, puisque ce ne peut estre en la sorte que je voudrois. Je ne luy dis point qiie je suis tout à luy; ce seroit luy faire croire que je doute qu'il le croye, et. après l'en avoir asseuré une bonne fois, sa vertu ny vostre constance ne permettent pas qu'il en puisse douter ny qu'il soit besoin que je luy en renouvelle les asseurances. Ce sera donc par coustume plustost que par

' Ménage.

- Balzac (p. 858 ) insiste sur l'e'trange procédé de ce magistrat : «Est-il possible qu'un homme escrive des ieltres de supererogation, et à un autre homme [Grotius] qu'il ne connoist pas? et que ce mesme homme ait encore l'imagination assez forte, pour se persuader qu'il connoist cet homme, que cet homme luy a escrit [voilà bien des hommes] et luy a envoyé i'Hisloire du cardinal Bentivoglio, ef qu'il luy a communiqué la sienne. Sans mentir, j'ay trouvé mon Antipode. . . "I

^ Conclura del conte Giov. Luig. de Fieschi (Venise, 1627, in-4°).

'' Bouchard, dont la traduction, publiée sous le nom de Fonlenay Sainte-Geneviève, parut, comme nous l'avons déjà vu, en 16.B9 (Paris, in- 8°) et reparut en 1689 (in-8°).

^ Discorsi niorali su la tavola di Cebete ( Venise, 1627, in-li").

''' Dell' arte hisiorica trallati 1 (Rome, i63ë, in-Zi°). 11 en a été question dans une précédente lettre.

' Celle lettre ne trouva pas Mainard au château de Balzac, car le 19 novembre suivant ce poète n'y était pas encore arrivé, comme on peul le voir dans l'in-folio de 1 665, page 86/i , sous la fausse date du 29 novembre i6ii.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

nécessité que je vous tliray à tous deux que je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce 6 octobre i6io.

Je VOUS envoyé à tous deux un sonnet que jay fait encore sur la naissance de M' le duc d'Anjou \ en quoy je seray d'autant plus coupable, s'il est mal fait, que je l'ay fait volontairement et sans commandement ny prière. Mandés m'en vos sévères avis et luy faitles son procès à la rigueur et autrement que vous ne me le voulés faire sur le bord de vostre belle Charanle. Je me resjouis que le Conseil nous ail rangés du Parlement et que M de Forgues soit party dicy avec cette bonne bouche. A ouïr parler sa partie, il l'a gaigné aussy au Parlement, et NP de Rambouillet m'en parla hier avec joye, me tesmoignant qu'elle estoit bien aise qu'une chose qu'elle avoit autant affectionné eust bien réussi, principalement la partie de M' de Forgues n'estant point véritable parent do nostre amy.

CCCCXLll.

À M' LE DUC DE LONGIEVILLE

r.y ALLKMIOE.

Monseigneur, les lettres du 20 de Cassel escritles par M' de la Boderic et par d'autres personnes de créance ont achevé de nous mettre l'esprit en rej)os du trouble et de

la peine extraordinaire où la maladie de V. A. nous avoit mis^ et nous sçavons au moins, à cette heure, que de tant de périls que vous coures. Dieu a retranché celuy de la fièvre qui n'est pas des moins grands pour estre des moins esclatans. La consolation qu'en a Mademoiselle est proportionnée à la douleur quelle avoit ressentie , et on voit sa santé redoubler à mesure qu'elle est asseurée que la vostre se restablil. Il est difficile. Monseigneur, de voir en un mesme sujet plus de bon naturel , de sagesse, d"esprit et de grâce que nous en observons tous les jours en elle \ et parmy vos travaux vous devés avoir beaucoup de satisfaction d'apprendre les accroisseuiens notables de vertu en une personne qui vous est si chère. Celles qui ont l'honneur de la voir à toutes les heures vous en pourront dire plus de particularités et vous en donner plus de joyes. Pour moy, je vous diiay en général quelle attire l'afleclion de toute la Cour et que , par ses paroles et ses actions , elle a fait prononcer h M' la marquise de Ramb[ouillet] qu'elle n'avoit rien à y souhailter davantage, sinon que vous on fiissiés le spectateur et l'auditeur.

Pour nouvelles, le ravitaillement d'.Arras a fini tous nos desseins de cette année du costé de Flandres et nous ne tenons plus la campagne que pour nettoyer plusieurs petits forts et chasteaux qui peuvent rendre les en-

' Philippe de France, duc d'Anjou et plus lard duc d'Orléans, élail né au château de Sainl- Germain en Laje le 2 1 septembre précédent. Ce sonnet nous a été conservé dans le rocueil des Poésies de Chapelain déjà si souvent cité (Fonds Iranç.; nouv. acquis, vol. 1 890). Il est adressé à Monseigneur le Dauphin surla naissancede Momeii^neiir le duc d'Anjou. Le début en est bien pompeux :

Tandis que mon Grand Roy. qui sur les Roys du monde . Est ce que Jupiter est sur les autres Dieui . Tonne de toutes paris, etc.

- Le P. Grififel ( Histoire du règne de Louis XIII, t. m, p. 277) dit: «Le duc de i.ongucville tomba malade le 1"^ septembre d'une lièvre continue, qui Tobligea de se l'aire portera Cassel. La fièvre, qui l'avoit quitté, le reprit le a() avec plus de \iolence, et sa santé devint si languissante, qu'il demanda au roi la permission de revenir en France. 1

^ Marie d'Orléans, la future duchesse de Nemours, avait alors quinze ans révolus.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

virons de Péronne et de Dourlens mal seurs pour la communication de ces villes avec Arras , entre lequel et Dourlens on a fait un fort où il y a quatre cens hommes pour la mesme tin. Du costé de l'Italie , le bruit est grand et comme certain qu'on n'est pas satisfait de deçà de la capitulation de Turin, où l'on est persuadé qu'avec un peu de patience, le secours estant impossible parles troupes de Catalogne , on auroit eu M' le P[rince] Tb[omas] et toute la garnison à discrétion'. M' de Bordeaux a aussy mal satisfait la Cour par linulililé de sa cam-

pagne cette année, et Ton lient qu'il a ordre de se retirer à une de ses abbayes'^ et que le bailly de Forbin^ a eu commandement d'aller avec toutes les galleres et tous les vaisseaux à la coste de Catalogne favoriser cette province dans son sousièvement qui est tel désormais qu'il ne sçauroit aller plus avant, sinon lorsque ce peuple donnera bataille à son Roy qui s'appreste pour le venir chastier. Cependant nous avons fait lever le siège de Lella'' frontière de RoussignoP et de Catalogne, et on forme un corps pour assister puissamment les Cata-

' Le cardinal de Richelieu, écrit le P. Griffet {Histoire du règne de Louis XIII, t. III, p. aGS), avait fait mander par le roi an comte d'Harcourt, frqu'il étoit pour le moins aussi important de faire le prince Thomas prisonnier de };uerre, que de prendre la ville même de Turin; que Ton savoit qu'il manquoit de poudre, et qu'il ne lui resloit de vivres que pour trois semaines, et que s'il ne tenoit qu'à prolonger le siège d'un mois pour l'obliger à se rendre prisonnier, on ne devoit pas balancer de prendre ce parti , parce que si l'on étoit une fois maîlre de la personne de ce prince, il ne seroit pas possible aux Espagnols de continuer la guerre avec succès dans le Piémont. Cet ordre ne fut point exécuté. Le prince Thomas eut la liberté de sortir de Turin par nne capitulation qui fut signée le 1 9 septembre. . . Le cardinal de Richelieu, qui auroit mieux aimé que l'on eut prolongé le siège, attribua cette précipitation à l'impatience naturelle des François. ?5 La lettre analysée par le P. GritFet ne se retrouve pas dans le Recueil de M. Avenel.

- Richelieu était depuis quelque temps trèsmécontent de Sourdis : il lui écrivait déjà le 8 août iG'io {Recueil de M. Avenel, p. 718) : «J'ay esté bien eslonné et plus fasché d'avoir veu , par vostre lettre du 27 juillet, que les galères d'Espagne ayent débarqué l'infanterie et la cavalerie. . . Le plus considérable et qi.asi le seul service que vous pouviés rendre estoit J'empescher leur des-

cente...» Le 21 septembre suivant, RicheUeu {ibid., note 2) accentuait ainsi son blâme : rJe suis extrêmement fasché du mauvais succès qu'a eu tout vostre employ de cette année, « ajoutant (t. VU, p. 370): crVous pouvés aller vous ral'raischir chés vous. . . v Voir encore une réprimande assez verte adressée à l'archevêque de Rordeaux le 10 novembre 16A0 (t. VI, p. 78.3). La disgrâce définitive de Henri de Sourdis n'éclata qu'en septembre i6/it.

^ Le bailli ou commandeur de Forbin (on écrivait souvent Fourbin) avait toute la confiance de Richelieu, qui, dit M. Avenel (t. III, p. S^g) , sen fit le mentor de son neveu, Du Pont de (lourlay, général des galères.« Ce marin, de la même famille que le chevalier Claude de Forbin , a été oublié dans tous nos dictionnaires biographiques, excepté dans celui de M. Jal, qui a reproduit deux lettres inédites du bailii (article Baron rf' Allemagne).

* Sic pour nie (aujourd'hui commune du département des Pyrénées-Orientales, arrondissement de Prades, canton de Vinca). cfCe fut (voir les Mémoires de Montglat, VI" campagne , iG'io) le maréchal de Schomberg qui par son approche obhgea les Espagnols à lever le siège de la petite ville nommée Illes,'5 petite ville dont le nom a été, de nos jours, rendu célèbre par une des plus émouvantes nouvelles de Prosper Mérimée, la Vénus d'Ille.

^ Sic pour Roussillon.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

lans qui demandent ligue offensive et deffensive avec nous.

Je prie Dieu qu'il conserve V. A. et suis, Monseigneur, vostre, etc.

De Paris, ce i/i octobre iG'io.

ccccxLin.

À 31. LE MARQUIS DE MONTAUZIER

EN ALSACE

Monsieur, il n'y a point de vacations pour moy, et comme je suis dissipé et distrait, si Dieu ne ni'ayde , je ne voy pas comment je pourray tenir parole à M' le duc de Longueville et au public dans l'affaire de la P[ucelle] , laquelle en vérité a grand sujet de se plaindre du peu de temps que je luy donne et des infidélités que je luy fais. Il faudra prendre une bonne fois résolution de quitter toutes choses pour elle , et s'en plaigne après qui voudra. Mais aussy pourquoy e.stes vous absent et pourquoy me suis-je persuadé , ou m'avés vous persuadé que je vous estois nécessaire dans le peu de soin que vos autres amis ont de vous? Pourquoy M' de Balzac e\ige-t-il de moy, toutes les semaines', une longue lettre comme une chose qui seule le peut consoler dans les divers chagrins de la solitude? Pourquoy M' Conrarl va t-il exprès à Bourbon et à Jonquières des trois mois entiers pour m'obliger à luy envoyer des nouvelles de tous ses amis, et souvent des pui»liques raesmes? Pourquoy M' le duc de Longueville me commande-l-il par toutes ses despesches de le tenir punctuellemenl informé de toutes choses par tous îes ordi-

naires? Pourquoy M' Tabbé de Saint-Nicolas m'escrit-il trois fois le jour et tire-t-il autant de fois des responses ^? Pourquoy M' Du Maurier m'engage-t-il par ses continuels billets à respondre à ses soins et à ses civilités'? Pourquoy M' du Fay, M" de la Trousse, M'deFlamarens, de familiers et d'estrangers, M' d'Olive du Mesnil , M' Bouchard et mille autres m'occupent-ils par leurs complimeos , par leurs communications de sçavoir ou pour leurs affaires? Enfin pourquoy ne puis-je estre trois momens chés moy en repos que je ne sois assiégé de visites? Pourquoy ay-je tant de bons amis et de bonnes amies à visiter et pourquoy dois-je tant d'assiduité à l'Académie? Une bonne banqueroutte me délivrera de tout cela , si toulesfois c'est estre délivré d'une chose que de l'abandonner à regret, mais je ne sçay si j'auray encore sitosl le courage de le faire.

Quand vous serés icy vous accroislrés le nombre de mes altachemens et servirés à me retenir dans cette agréable perte de temps. Je ne sçay si j'auray rien à vous monstrer de nouveau , car encore qu'il y ail un cinquiesme livre de fait depuis vostre départ, la matière ne men plaist pas assés pour vous l'oser exposer, et je croy que je vous divertiray avec toule autre chose. Mais vous me parlés de vostre retour connne d'une chose douteuse, el il semble que vous craigniés que M' Des Noyers ne vous cloue encore pour un an sur le bord du lUiin. Espérons mieux de nostre fortune. Monsieur, et ne croyons pas si inhumains des gens à qui la forltme a esté si humaine cette -année.

' L'énuraéralion que l'on va lire des prouesses épisloiaires de Chapelain ne doit pas être prise lout à fait au sérieux; mais pour ce qui regarde Halzac, les mots toutes les semaines n'ont rien d'exagéré.

" Trois fois le jour! Ici nous sommes en pleine hyperbole. Le recueil même des Lettres de Cha-

pelain, à moins de le supposer infiniment incomplet, ne permet pas d'admettre que les deux amis aient échangé la dixième partie de ces innombrables iiillels.

^ Les lettres à Du Maurier sont relativement on petit nombre dans le recueil de Chapelain.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

Mandes moy, je vous prie, en attendant, si M" de Souffrise ou sa femme sont de vos parens , ou s'ils ne le sont que de M"^ de Brassac. J'ay besoin de cet esciaircissement pour le repos de mon esprit.

Le jugement que vous faittes de la lettre latine de V[oiture] est bon. C'est du latin et puis c'est tout. Aussy n'en fait-il pas grand cas et le bruit qu'on en a fait vient plus de ses admii-ateurs que de luy mesme. On a remarqué comme une imprudence qu'il ait loue extrêmement M' d'Emery en une lettre où il avoit loue' M' le Cardinal , cette société estant odieuse, car ce qu'il y a dit de Roxane, qu'il n'estime point, a esté seulement afin d'applaudir au sentiment de Son Em" pour ses fins, sachant bien que M' de Ghavigny la luy feroit voir aussy bien qu'41 avoit fait ses lettres en vieux langage.

Je n'ay point veu le M[arquisl de P[isani] depuis qu'il a receu vostre response , si bien que je vous ne sçaurois encore mander l'effet qu'elle a fait et comment il aura senti fattaque que vous me diltes que vous luy donnés; ce sera pour la semaine qui vient.

M'"' Aubry ' est accordée à i\r de Narmoustier. M" la marquise de Sablé, en lisant l'avis qu'on luy en donnoit, leut Montauzier au lieu de Narmoustier et en fust surprise et faschée , tant pour ce qu'elle est ennemie du mariage que pour ce qu'elle croit que cela eust fait tort à une personne que nous

connoissons tous ^ et pour qui seule elle souffriroit que vous entrassiés dans les liens de mariage. Je luy sceus bon gré de son sentiment. Mais considérés comme tout le monde fouille dans vostre secret et s'intéresse dans vos inclinations.

Je viens de quitter le comte Bardy qui a impatience de vostre retour pour vous dédier ^ sa personne.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce i4 octobre lO/io.

CCCCXLIV.

À M. DE BALZAC

Monsieur, vous me dittes que vous estes malade, et vous ne me dittes point quelle est vostre maladie. C'est proprement me laisser croire que vous les avés toutes, ou du moins me faire passer par toutes les douleurs que peuvent causer à un homme qui ayme comme je fais tous les maux à mesure que mon imagination irrésolue me les représente l'un après l'autre en mon amy. Mais cecy pourroit estre trop fin pour estre receu , et je me croy que je me fusse peu passer de cette délicatesse. Je vous diray donc qu'après l'avoir bien considéré je me suis imaginé que vostre mal n'estoit pas fort grand puisqu'il avoit permis que vous m'escrivissiés à l'ordinaire et que vous escrivissiés mesme extraordinaireraent à M"^ de la Thibaudière.

' Renée-Julie Aubry fut mariée seulement en 16^9 à Louis de la Trémouille, duc de Nermouslier ou Noirmouslier. Voir ce que Tallemant des Réaux, dans ses Mémoires, raconte (tome II, page 020) de M""' Aubry et de M' Montauzier.

- Est-il besoin de dire qu'il s'agit là de M"' de Rambouillet?

^ Dédier, « consacrera. M. Liltré n'acité d'autre exemple de l'emploi de ce mot au xïii° siècle

que cet exemple lire de Scarron :

Ce n'est que maroquia perdu Que les livres que Ton dédie.

Le Dictionnaire de Trévoux, qui avait déjà donné celte citation, avait aussi cité celle phrase de M"° de Scudéry : «L'auteur qui rabaisse Irop le livre qu'il dédie n'est pas judicieux en faisant un si mauvais présent. 71 Mais dans ces deux exemples il s'agit d'un livre, tandis que dans la phrase de Chapelain il s'agit d'un homme.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

Qui esl capable de ces soins, n'est travaillé ni de la goutte ni de la gravelle, et je pense mesme que la fièvre ne le tourmente pas beaucoup , si bien que je conclus que vostre mal est un mal commode et qui ne trouble point les offices de la société, pour la guérison duquel il faut faire des vœux modestes , et qu'on ne vous obligeroit que médiocrement de souhaitter à voslre descharge '.

J'ay trouvé de la lettre de M' Mesnage ce (|ue vous m'en escrivés. Elle est pure poui- le stile et tendre pour les senti mens. Et certes je suis persuadé que son affection esl très sincère, et que dans la recherche quil fait de vous, il y a bien autant de zèle que d'ambition. Les retraittes néantmoins pour lire la lettre oîi vous parliés de luy, ces exultations secreltes^, ces baisers redoublés' e lutte queste altre moine * me semblent passer un peu le vraysemblable , et ne se devoir ju'endre que figurénient pour relever la chose et luy donner un plus beau corps. Mais, à vous dire mon sentiment là dessus, je lay trouvé imprudent d'avoir despensé et employé dabord toutes ses couleurs sur une lettre qui ne luy estoit point escritte. Il

les falloit réserver pour celle que vous luy escrirés pour laquelle il faut qu'il demeure muet, s'il ne veut répéter les mesmes choses. Un bon mesnager n eust pas jette toute sa poudre aux moineaux et se fust gardé une poire pour la soif^ Nous verrons pourtant comment il s'en desmêlera et peut eslre a-t-il des magazins inconnus et qu'il nous estallera des pièces de mise et qu'il n'aura point esté chercher en la boutique de l'hyperbole.

Jay sceu de luy ce que vous désiriés apprendre du sentiment de M' Grotius sur le Père Strada \ Le Hollandois estime infiniment le Romain et confesse avoir appris beaucoup de choses dans son histoire qui luy serviront à illustrer la sienne. Mais si mon valet m'a bien rapporté', cette histoire, que je croiois qui deust estre ensevelie encore nombre d'années et dont personne n'a encoie veu quoy que ce soit , doit bientost estre rendue publique. VA je vous avoue que je ne désire guère rien plus que cette publication afin de m'csclaircir du mérite de son authcur dans la politique, qui nest pas une nature de chose qui puisse estre

' Balzac (lettre XXIII du livre XXII, p. 859 lie rin-fol. ) écarte ainsi les objections de Cliapeiain : nJe me plains incessamment des maux que je souffre. Mais asseurez-vous qu'il n'y a rien du comédien au récit que je vous en fais, el qu'il ne se passe jour que je n'aye sulijet de dire des injures à ia Médecine , qui ne me donne aucun soulagement. 55 La lettre, datée du 3o août i6ii, est de la fin de septembre ou du commencement d'octobre i6io.

- Balzac, dans la iellre à Ménage déjà citée, disait à son trop enthousiaste nouvel an)i (p. 6q6 de Tin-foi.) : rLe secret que vous avez cherché, el la solitude que vous vous estes faite, pour jouir sans tesmoins du papier que vous presia Monsieur Chapelain , m'oblige de ni'escrier : Honni ■foil qui mal y pense... Mais que diray-je de ce que vous fermastes la porto sur vous, et vous

fortifiastes en voslre chambre, afin que personne ne vous (roubiast en ia possession d'une douzaine de lignes . . r,

' r Les longs el avides baisers que vous donnasles ensuite à ce papier qui portoit mon nom, etc.r) {Ibid.) Le lecteur, comme Chapelain, trouvera ces exagérations quelque peu ridicules.

' Moine, caresses, cajoleries, mignardises.

'•' On dirait que par ia spiriluclle familiarilé de sou style Chapelain a voulu montrer combien Ménage, dans ses plirases de rhétorique, avail dépassé la mesure. Si le contraste n'est j)as cheiché, il faut avouer que cela en a bien l'air.

* Balzac, nius l'avons déjà vu , avait demandé (p. 889 de l'in-fol.) quel était le jugement de Grotius sur l'histoire du P. Strada.

' C'est-à-dire : m'a fait un rapport exact de ce qui lui a été dit.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

maniée par toutes sortes d'esprits, et je dis des plus sçavans mesnies. Cet ouvrage, en effet , establira ou esbranlera sa réputation auprès des personnes équitables et je veux espérer que ce sera le premier'.

Pour M' de la Thibaudière, j'ay envoyé vostre response chés luy et je n'ay garde de douter qu'il ne l'ayt receue. mais je suis en doute s'il en est deriieuré content, non pas que je ne l'aye trouvé très belle, mais parce qu'il ne me l'est pas venu monstrer depuis sept jours qu'elle luy a esté portée, Staremo a vedere ' comment il aura pris vostre civilité. 11 avoit veu l'apostille que vous vouliés quil prist pour argent content. Mais je vis bien dès lors qu'il ne la prenoil que pour un prélude à la pièce qui devoit suyvre, et le temps luy a bien duré entre l'asposlille el la lettre. Je suis eslonné qu'il m'ait dit qu'il avoit rechargé après celle que je vous avois envovée de luy, et qu'il ne soit pas vray. Il le faisoit sans doute pour voir si je ne luy avois point escroqué vostre despesche et avoit envie de me surprendre et me faire couper .

Vous aurcs, avec cette loUre. une lellie

de M' de Grasse avec un livre qu'il vient de faire imprimer''. J'eusse bien voulu qu'il se fust contenté de vous envoyer le livre sans l'accompagner de sa lettre. Mais il a creu vous devoir trailter avec cette cérémonie el a creu qu'il estoit plus honneste et plus obligeant. C'est une response qu'il vous faudra faire encore, el que vous vous estes attirée par le compliment que vous m'obligeastes de luy faire il y a un mois. Une autre fois vous irés plus bride en main. Cependant il faut prendre patience.

Je vous envoyé la traduction latine du sonnet que je fis pour Arras il y a un mois et que vous avés veu. C'est un jeu d'un conseiller au parlement de Toloze nommé d'Olive du MesniP, qui a désiré mon amitié et avec qui, depuis un an, j'entretiens correspondance. Il est des bons latins de ces quartiers là el, sans contredit, le meilleur françois, comme son volume des Arrests en robe rouge et aclions forenses en fait foy. Il y a aussy une autre pièce du raesme.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce i5 octobre iG'io'.

' C'esl-à-dire que Touvrage établira définitivement, consacrera sa réputation. Balzac (p. 809) l'espérait aussi : cf L'Histoire de Monsieur Grolius sera J)elle, n'en doutons point, el sa politique ne sçauroit estre mauvaise. J'ay veu un livre qu'il a composé De antiquitate Reip. Raiavicœ , après quoy je le liens capable de tout.n

- Nous resterons à voir, ou tout simplement, nous verrons comment.

■ Balzac (p. Sôg) répond : rjugez. .. si le compliment que je vous ai envoyé pour le gros %* n'est pas plus qu'il ne devoil attendre, voire qu'il ne devoit désirer (ce que jf dis en qualité de malade), tant pis pour luy elpour moy. Mais s'il en fait le fasché, le repos et le silence dont je jouiray me consoleront de la perte d'une amitié babillarde et ambitieuse, n

* Paraphrase sur les épisircs canoniques (1 6 '10.

(iHATELAlX.

5 Balzac dit (p. 859) : «Je sçay bon gré à Monsieur le conseiller de Tboulouse de vous avoir traduit en latin. Vous voyez par là que vos vers sont d'or, et qu'il ne vous en donne que la monnoye, puisqu'il vous rend quatre mots pour un.r

* Le lendemain. Chapelain (1*" 020) écrivait à M. du Fay de la Trousse : «Les Cafelans continuent tousjours dans leur souslèvement. M' de Sehomberg a fait lever le siège de Hilie (sic) que les Castillans du Conté de Roussillon assiégeoient pour nous oster la communication avec les révoltés. M"^ de Bordeaux s'est retiré à son Archovesché, et le bailly de Fourbin est allé avec les gailères et vaisseaux à la coste de Catalogne pour donner chaleur à celte rébellion.. . M' le duc de Longueville a esté malade à la mort. . . » A ce même duc de Longueville. Chapelain, le 19 du même mois, annonçait ainsi (f oai) l'envoi d'un sonnet : «Le sentiment si tendre qu'en a tes-

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