A AI. DE GASSENDI
Monsieur, je suis si rempli de la belle lecture que je viens de faire des discours où vous respondés à Fortunius Licetus ' sur In résolution de vostre problème loucbaiit la [grandeur] de lombrc au soleil levant et au midy ", que de long temps je ne pcnseray autre cbose et ne m'enlreliendiay d'autre spéculation. Tout ce que j'ay entendu de ces matières délicates et si peu conceues à la manière du commun m'a satisfait si plainement, que je n'y soubaitte lien davantage et j'ay bien reconneu que ce que je n'en entendois pas ne venoit pas du manquement de l'expression, qui ne peut l'slre plus pure ni plus latine, mais du défaut de mon esprit à quimancpient quelques (ins des principes nécessaires pour celle con-
noissance. Si toute la pbilosopbie à laquelle vous travaillés et que vous restitués est traittée de cette sorte, comme il n'y a pas lieu d'en douter, et que le monde sera heureux lorsque vous liiy en ferés présent, et que le bon scavoir va esteiidre ses limites à la ruine du sçavoir imaginaire! Je vous avoue que je ne soubaitte guère rien plus que la publication de cette solide physique qui se preuve par des exemples palpables et qui ne suppose rien qu'on puisse raisonnablement disputer. De plus en plus je descouvre combien la Provence fait de tort à i*aris et combien nous perdons d'agréables et d'utiles conférences par vostre esloignement, lesquelles tombent peut estre à présent dans une terre infertile. Ce n'estoit pourtant pas, Monsieur, ce que noslre bon M' L'Huillier ' s'estoit promis et nous avoit promis et ce que nous espérions de jour en jour depuis six ou sept ans qu'un si grand espace de
iiioi;;né [de l.i maladie palornelle] Madeinoisello m'a semblé une chose di{;nc d'eslre céU'brJe. . . et je l'ay fait dans le sonnet que je luy ay addressé et qui sera avec cello lettre. i Le même jour Chapelain écrivait ainsi (P 5-3 1, v') an marquis de Monlanzier: «Qnoyque les festins do yV la Marquise de Sablé soient exquis et qu'ils méritent qu'on vienne de bien loin pour en eslre , je ne vous conseille pourlanl pas de (juitter i'.Vlsaced'un momeni pluslostque vous ne devéspoui cela. Ce seroit bazarder de perdre voslre primo- Ijénilure pour une esculée (sic) de poix. [cscucUée sans aucun doute, mot que l'on trouve sous celle dernière forme dans JoinviUe], voslre gonvcrneini?nl pour une souppe délicate."
' Fortunio Licelti, né à Rapallo en 1^77, mourut octogénaire à Padouo en 1657. Il professa successivement la pbilosopbie à Pise, à Padoue, à Bologne, et, à partir de iG'iô, la médecine à Padoue. Le P. Niceron a énuméré (t. XXVI) cinquante-quatre des publications de cet érudil.el sa liste n'est pas complète.
- Epistola de )n(ii>)iilu(line solis liiimills nique
sublimis. Celle lellre avait été écrite dans le mois d'août iG/io. Elle a été imprimée, avec trois lel- Ires sur le même sujet, en iG^i-J (Paris, Haccjui ville) et réimprimée dans les O/icra Omiiia {L)on , 1608). Gas.sendi, comme nous l'apprend le P. Bougerel (Fie de Piètre Gassendi, p. 188), avait chargé Gabriel Naudé de communi([uer la lettre qu'il lui avait écrite sur la grandeur apparente du soleil à F. Licetti, «regardé comme un des plus sçavans d'ilalie.' Le professeur de Bologne adressa, avec beaucoup d'éloges, quel(|ues objections au prévôt do féglise de Digne, qui, dans une seconde lettre, celle dont il esl ici (juestion , expliqua de nouveau ses idées.
^ Ce fut Lhnillier qui conimuui(|ua à Chapelain , "dont la réputation était alors fort grande, -^ dit le P. Bougerel (p. iS;)),la réponse à Licetti. Gassendi adressa sa quatrième et dernière lettre suila grandeur apparente du soleil à Chapelain (i3 janvier i6lxi). Celle lettre se terminait par ces modestes paroles dont j'euq)runle la traduction nu P. Bougerel (p. iSç) et ii)o) : «Je vous envoie la lellre de Forlu lio bicelli uniqucni.Mit poin-
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
(erre nous sépare. Mais il faut prendre patience ' et se consoler sur ce que si nous ne vous entendons, nous vous lisons et que vous nous instruises par escrit d'une partie des choses que nous apprendrions de vostre bouche.
Au nom de Dieu . ne nous laissés eschapper aucune de ces belles lumières que vous avés principalement dans les choses de la nature qui est la [)arlie du sçavoir la plus mal seure et qui est voilée de plus espaisses ténèbres. Escrivés les comme vous avés fait la vie de M' de Peyresc^ et ce discours ^ et donnés leur la clarté que ces productions portent sur le front. Le siècle vous admirera et les âmes philosophiques vous regarderont comme le fondateur ou le restaurateur de la vraye science.
.le ne voy jamais iiostre aniy que je ne luy deurande des nouvelles de vos esludes et que je no le î^presse] de vous exhorter à ne les interrompre point, pour vostre gloire et pour futilité commune. Je l'av aussv prié
plus d'une fois de vous demander ce qu'il vous semble du Philolaus de M' Bouillaud " et si vous tenés pour réelle cette démonstration mathématique qu'il a donnée de la mobilité de la terre. Je ne vous demandois point de discours estendu la dessus , mais seulement un article dans l'une de vos lettres, croyant bien que cette question estant l'une des principales de vostre physique, vous favés traittée er professa au lieu où elle doit se rencontrer. Si donc vous ne luy avés point respondu sur cette matière, je vous prie de m'y respondre succintement en sorte seulement que je puisse sçavoir si sa preuve vous satisfait et s'il y en a ou peut avoir une meilleure. Ce que je dis pour c que. sur la fin de son livre, j'ay remarqué qu'après avoir eslabli l'opinion de Copernic' comme la meilleure, et s'y eslre en quelque manière an-esté, il confesse ingénument qu'il y a encore une ou deux difficultés dans ce systhème qui luy donnent peine et sur lesquelles il semble encore douter de sa vérité.
vous obéir ; ce que je n'aurais pas lait si vous ne l'aviés pas exigé absolument de moi , à cause des grands éloges qu'il me donne : je nous l'envoyé, mais je vous prie d'estre bien persuadé que je me crois bien différent du portrait qu'il a fait de moi. Je ne vous le communique que pour vous faire connaître que je ne puis rien vous reiuser. . . -
' Chapulain n'eut pas à prendre longtemps patience : dès les premiers jours de février i6ii, Gassendi était arrivé à Paris, où il devait passer à peu près tout le reste de «a vie.
- Chapelain parle du manuscrit qui , comme nous l'avons vu, lui avait été communiqué : le livre ne parut qu'en septembre i(i/ii.
* C'est-à-dire la lettre à Forlunio Licetti, qui, selon l'ob-servalion du P. Bongerel (p. 189), -est plutôt un traité qu'une lettre, puisqu'elle contient trente-quatre articles.''
' Pliilolaûs, aeu de vero sy.siemate mundt (1609, in-'i°). Sur les relations d'Ismael Boul-
liau (alors âgé de trente-cinq ans» avec Gassendi, voir le livre du P. Bougerel (p. i 08 , 120, i8(). 359, etc.).
' Rappelons ici que, quelques années plus tard, Gassendi composa la Vie de Nicolas Copernic, à la prière de Chapelain, auquel il la dédia ( Prœfaliuncida ad Joannem Capellanum). Cette Vie, qui parut avec les Vies de Tycho-Brabé, de Georges Puerbach et de Jean Muller, à Paris (i65i ,in-^''), reparut dans le tome V des Opéra omnia (p. ^97). Les Vies de Puerbach et de Regiomonlanus furent aussi dédiées à Chapelain ( Vtta Peurbachii et Regiomontani cum p-cefatiuiicula ad eiimdem Capellanum, p. .517 de ce même tome V ). On peut lire dans Bongerel l'intéressant récit d'une visite faite par Chapelain et par Ménage à Gassendi, visite à la suite de laquelle ce dernier, exauçant le vœu des deux amis, se décida à joindre aux biographies de Tjcho-Brahé et de Copernic celles de Peuerbach et de Regiomontanus(p. 887-391).
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
Il sulliio de liait lignes de vostre main là dessus, attendant que nous puissions voir le problème examiné à font dans vos ouvrages ou que vous nous l'expliquie's vous mesme de vive voix. Cependant je vous répète icy ([ue je n'ay jamais rien leu avec plus de plaisir et d'édification que vostre discours à Licetus et vous proteste que je n'estime personne plus que vous et que je suis autant que personne, Monsieur, vostre, eic.
De Paris, ce 20 octobre i6'»o.
CCCCXLVL À M. DE BALZAC,
À BALZAC
Monsieur, à une personne aussy valétud maire que vous, cest une espèce de bien lorsqu'elle sent moins de mal et le i-elascbe que vous avés au vostre me tient lieu d'une bonne nouvelle. Mais est-il vray, que pendant vos douleurs , vousayés escril à M Ménage la lettre qu'il m'a monstrée et que les vers qui sont dedans soient des fruits de
vostre indisposition? A vous dire le viay, il n'y a guère d'apparence, et si je n'avois un excès de foy pom' tout ce que vous me dittes , je croirois en lisant ces belles choses ou que vous les avés faittes en pleine santé, ou que vostre maladie estoit de celles qui enlèvent l'esprit au dessus de luy mesme et font parler grec et prophétiser ceux qui en sont affligés ' . j'ay veu celle belle pièce* avec une satisfaction qui seroit malaisée à vous dire et si l'ambition de noslre amy n'est comblée à celte fois, il en a plus que César et en peut disputer avec Alexandre. Nostre amy M' LHuillier m'a dit qu'elle avoit esté leue en plain cabinet des frères Puteans, muguis comitiis^, et tous les confrères assemblés jusques à l'Intrépide* qui l'approuva mesme avant que d'avoir veu les vers qui le déiiioienl. Il m'a dit que lorsqu'on en vint là. il fust surpris et se couvrit dune" honte ' (pi'on ne peut appeller mauvaise, puisque cest le caractère des gens d'honneur '. Ce fut la seule chose quil n'y loua point quoyqu'il la sentist la plus louable et quon eUel
' Balzac répond (lettre X\V du IImi- WII. p. 86o):ffCioirayjo quo ma melancliolie prophelize; que ma fièvre parle {jrec?. .. Oui, Monsieur, je croiray tout cela , puisque tout cela est confirmé par vostre solennelle approbation, et que je voy bien que ce n'est pas d'un Ion ironique que vous vous escriez : 0 les belles choses 1 ( ios belles choses ne nv ])laisent néanlnioins qu'en tant qu'elles vous ont pieu; il est certain qu'elles sont nées dans la douleur et dans le chagrin, parmi les plaintes et les grimaces." La lettre de Balzac, datée du 16 septembre iG4i, est de la lin d'octobre ou du commencement de novembre i()io.
- C'est la pièce intitulée : De hyperciitico Galeso , nd .'Egidium Menagium, Ludits poeticus , dans Carminuin lihn- primiis , à la fin du tome 1" des (Euvres complètes, p. i4 et i5.
' «Croiray-je, dit Balzac (p. HGo), que mes lettres ont receu dos applaudissemons d'une
compagnie qui s'assemble deux l'ois le jour, poiii siffler tout le reste do la France?'» — Presque en même temps Balzac chargeait Ménage (lettre l[ du livre XV, p. G28, datée du 3o septembre 16.39, et qui doit être du .3o octobre 16A1) déraille compliments pour MM. Du Puy, ajoutant, au sujet d'un vo\age à Paris cpi'il voudrait bien effectuer: trt^o n'est pas le Louvre qui m'y attire, c'est le cabinet des excellens Irères. . . ->
* François Guyet.
'■' rCroiray-je, dit encore Balzac (p. H60), que mes louanges ont fait rougir le visage de fer de i'Épicurii^n Colotes'?-^
'' Allusion à ce que raconte Oiogène de Laerte dans la Vie de Diogène de Sinope ( Vies el doc- Innes des philosophes de l'Antiquité, liv. VI , ch. u) : r-Une autre fois, il \it un jeune homme qui rougissait : Courage , lui dit-il. (•"e>t l;i la couleur de la vertu.-
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
elle le soil. Cor bien que vous ne faciès jamais de vers que très beaux et dignes du bon siècle et que vostre indignation ' égale tout ce que vous avés fait de mieux jusqu'icy, néanlmoins par ujon jugement et par celuy de tous ceux qui les ont veus les uns et les autres , ceux que vous avés faits pour fhypercritique ont une certaine fleur qui leur donne sinon plus de force, au moins plus d'agrément.
M' Voiture, à qui je les montray, il y a trois jours, les admira et les apprit par cœur, et, l'ayant veu depuis, il m'en pai-la avec transport comme d'une des plus belles choses qu'il eust jamais vcue. Nous leusmes aussy rindiguation à qui il donna grande louange, ne se pouvant lasser de dire du bien de vous et de s'appeller heureux d'estre aymé d'une personne de si grand mérite. V^ous listes toute nostre conversation et, le voyant persuadé que vous excelliés dans le vers lalin plustost que dans la prose, je tiray vos lettres latines dont il leut la première avec eslonnement, s' accusant avec grande candeur de l'injustice qu'il vous avoil faitte et me protestant lousjours que vous n'aviés point de cœur plus acquis que le sien^
' ïndignatio in poetas Neroniunorum lempui'UDi nd nobilisstmuin Sammauranum Montoserii marchionem, majoris operis fragmentuw {dans Joan. Lud. Guezii BalzacH Carmimim libpr tertms,Y>. SH H 39). Chapelain n'exagérait pas en trouvant ces veis "dignes du bon siècle, ii puisque, comme l'a rappelé ]\I.P. Paris dans une piquante note des Hislm-ietles de Tallemant des Réaux (t. IV, p. 111), plusieurs renommés critiques français et étrangers, notamment parmi ces derniers, Burmann et WernsdorfF, ont attribué ïlndignatio, où la langue est si belle et la pensée si énergique, à Turnus, poète du siècle d'Auguste.
^ Balzac (p. 860 ) renvoie ainsi à Voiture lenclresses pour tendresses: wAsseurez-le, s'il vous plaisi , Monsieur, de la chaleur et de la fermeté
Vous avés parfaittemenl bien jugé des vers que vous tiouvastes dans mon paquet , il y a trois semaines. Ils sont de Gaumiu l'hyperbolique' et peut estre sont -ce les meilleurs qu'ils ait jamais faits. Car, en effet, il y a bien du feu et la diction n'en est pas mauvaise. C'est une chanson pour se raccommoder à la Cour, oii il s'estoit ruiné pour avoir parlé trop hardiment en Parlement et avoir eu l'ambition d'estre le martir du corps des maisti-es des requestes. C'est à Dijon qu'il les a faits où il fut relégué au sortir de la Bastille. J'estois à la campagne lorsqu'un de mes amis les apporta chés moy. Mon homme que j'y avois laissé en lit deux copies et d'ollice vous en envoya une en mon absence , jugeant que je l'eusse fait si j'eusse eslé à Paris. J'ay trouvé dans la mienne les mesmes fautes que vous avés trouvées dans la vostre, et peut estre mon valet ne les a-t-il pas toutes faittes, et que son original y a contribué aussy.
Au reste, Monsieur, nous devons aller remercier M' Ménage en coj-ps s'il est vray que ce soit par l'amour de luy et pour contenter son ambition que vous voulés imprimer un nouveau volume de vos lettres '. Mais pourquoy le diriés-vous s'il n'estoit vray et
de ma passion. Dites lui encore que je l'estime esgalement en toutes les langues qu'il veut parler, et que mes tablettes sont pleines des belles choses qu'il m'a dites."
■ Voir sur Guulmin (Gilbert) une note sous la lettre XCVII du tome I, p. 1 'i". Les détails donnés ici complètent tout ce qui avait été déjà dit par les biographes et par les critiques sur ce maître des requêtes au langage si hardi et que *e prudent Chapelain surnomme VhyperboUijue.
' Balzac avait dit de Ménage (p. i^57 de fin- Ibho) : «Puisqu'il a autant d'envie de voir son nom dans mes lettres, que Cicéron en avoit de voir le sien dans les histoires de Luceius,... je vous supplie de luy dire que je l'aime tant, qu'enrore que je haïsse tout ce qui s'appelle lettre.
LETTRES DE JEAN GHAPELAIiN.
qui vous obligeioit à m'y faire engager ma parole envers luy, si vous n'aviés dessein de la dégager? Pour moy je m'en resjouis d'avance et le vay publier partout de peur que vous ne vous en repenties, et que le public soit prive' de ce bien.
Je me resjouis aussy de l'affection que vous me tesmoigne's pour l'hostel de Rambouillet, mais ce ne sera pas luy faire justice entière si vous ne l'ayinés plustost pour l'amour de luy que pour l'aujour de moy ', t^t croye's moy encore ime fois qu'il n'y a rien de plus estimable par soy mesme que les deux Dames qui luy donnent tant de re'putation.
Je suis tout de voslrc opinion pour ce qui regarde l'Egidius Ménage et je ne le blasnie pas seulement comme vous pour ce que i idiome y est meslangé, mais encore pour ce qu'escrivant en latin il falloit de nécessite' dire Menagius et que ce n'eust pas esté une moindre disconvenance démettre Gilles Mesnage en un niesine idiome à la teste d'tme lettre dun idiome différent. Ma règle en ces cboses est que le seul droit qu'a l'escrivain est de donner au\ noms propres la terminaison en la langueoiiilcscrit. quoy(|ueCarademus"
par un trop grand sc]-uj>ule le pratique à la Ménage et qu'il se doit encore plus garder de traduire les noms propres à la manière de Paule Emile ^ qui appelle Quadrigarius celui qui se nommoit Gbar|>entier et de M' de Thou qui faisoit un Interamnas de ces M" d'Antragues \ Je plains la peine que la lettre vous a donnée, mais vous avés pris cette peine volontairement et, si Ion y réplique, je vous laisse en liberté de n'y point repartir, et je ne croy pas que l'homme s'y attende^ quand mesme il vous donneroit le bonjour de la part de Grotius ''.
M' Silhon me demande une leltie qu on luy a dit que vous aviés escrit à M'Huggens. Je luyayrespondu que vous n'en aviés point esciil ny à Huggens ny à Heinsius. Néantmoins je nen suis point asseuré que vous ne me le mandiés. Mais, à propos, n'avés vous point remercié ce M' Huggens de ce beau plan de sa maison? Pour moy. je ci-oy que. l'honneur sauve, vous ne vous en sçauriés dispenser, et depuis le temps que le présent a esté fait, vous avés eu lovsir d'en monslrer vostre gratitude.
M' Gombaut l'ail une liagt'dic fie iiia-
j'en feiay imprimei im volume.. . » Répondant à la présente lettre de Chapelain, il s'exprime ainsi (p. 860 et 861): «11 faut advouer que ce remeroienient que vous voulez faire en corps à MonsieiH' Ménage est une invention bien digne de vous et de cette amitié qui sçait si bien chercher de nouveaux biais et de nouvelles manières de nrobliger. Jeseray homme de parole, n'en doutez pas : mais pour faire le volume plus raisonnable, il faudroil que vous m'aidassiez, et qu'il me fust permis de tirer des lettres que vous avez de moy le qui se pourroit communiquer au public, sans profaner nos mystères. r
' Balzac avait dit (page 857) : «Ne vous eslonnez point si je sois partisan juré des excellentes personnes dont vous me parlez; si vous vouliez, je serois du costé de mes ennemis, s'il m'en reste encore. El conniient n'estinierois-ic
pas les Déesses à voslre recommandation, puisque je ferois l'hymne des Harpies sur \o,stre parole ?r
Je suppose qu'il faut lire Camdenm et <|u'il s'agit là de William Ciamden. le savant anliquair<> et historien, l'auteur de Britantme descripho (1 58(i) et des Annales reruin aufflicarum regnaule Ellzabethu (iCi ô-idaô ). ^é à Londres on lâfii. il y mourut en iGa^.
" Paul Emile, né à \érone \lto 1660, mort en iSay, publia en i5oo. par ordre de Louis XII : Dp rébus gestis Frawonnn Itbri IV.
'' Historiarum siii teniporis, etc. lib. XCI , XCll , vCllI. etc.
'■ />7io»«/»ie, c'est Ménage.
Ce biinjour fut donné, et Baliac ttriMl uiit^ non\elle lettre à Ménage pour le remercier de la coniniissi<.>n ( lollrc il du livre X\ 1.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
lière ancienne et à l'antique. C'est les Danaïdes '.
Je suis. Monsieur, voslre, etc.
De Paris, ce 20 octobre i(5/io.
CCCCXLVIl.
A W L'AlîBÉ DE SAIM-MGOLAS,
À POMPOKNK.
H Tant que M' le Marescbal d'Eslrée soit un antipape, veu l'instance que fait le Pape pour sa révocation', et ça este' une merveilleuse prudence au Hoy d'envoyer un homme tel que celuy la, qui fait peur à celuy sous qui tout le monde tremble, et qui luy devoit faire avoir des grâces par sa mauvaise humeur que la conduitle et l'industrie de cent aujtres ne luy auroient peu faire obtenir. C'est sçavoir tirer le bien du mal d'une agréable manière, et pour le Marescbal le succès fera voir en luy que ses défauts sont des vertus, et qu'il le faudra récompenser de ce dont on auroit puni un autre.
• Je suis de yostre avis pour la prétention
du duc de Parme. Néaulmoins (piand la chose se feroit, elle ne seroit pas estrange. La Princesse seroit souveraine et engageroit un Prince puissant à demeurer éternellement françois par le bien qu'elle auroit en France.
Je vous envoyé les nouvelles que M' du Maurier et M' Epestein m'ont communiquées ; vous me les renvoyerés, s'il vous plaist. Je trouve facétieux qu'on fait accroire à M'" de Léon' que Bannier est ruiné par la retraitte de M' de Picolomini et que M' de Prieuzac m'en ait fait une grande condoléance. Vous ne le croirés pas sans doute et espérerés bien désorrpais avec moy de nos affaires d'Allemagne.
Quoy que vueille dire le Comte de Guiche , je ne croiroy point l'affaire des douze gal- 1ères jusqu'à confiruiation.
Très humbles baise-mains à la bonne coin- [)agnie de Pomponne.
Je commence à craindre tout de bon que W de Montauzier ne soit malade. H a son congé '..
' Les Danaïdes, représonlées avec infiniment peu de succès (voir Taliemant des Réaux, t. III , p. iliô), ne furent imprimées qu'en i658 (in- 12). On trouvera une excellente analyse de celle tragédie en cinq actes et en vers dans le J. Ogier lie Gombauld de M. R. Kerviler (p. 59-66).
- Le maréchal d'Est-.éos, si désajjréable à Urbain VIII, devait rester à Rome jusqu'en i6h-2.
■'■ Celait Charles Brulart, cousin du chanceHer Hrulart de Sillery. Il mourut, en 16^9, doyen des conseillers d'Elal. Il avait représenté le loi de France à Venise et à la diète de Ratisbonne.
'' La lettre n'est p.!s datée. Elle doit avoir été écrite, si nous en jugeons par la place qu'elle occupe dans le manuscrit, où Tordre chronologique est presque toujours observé, vers le 26 ou le 97 octobre. Elle est suivie (f" 026 ) d'une lettre à Montauziei', du 27 du même mois, où Chapelain lui reproche son silence, lui parle de son congé, vante ramabilité des paroles de la
princesse Julie pour son hitur époux, lui annonce que la marquise de Rambouillet a recouvré nonseulementla santé, mais la beauté, ajoutant: «La Marquise de Sablé, que nous allasmes voir ce soir h\ mcsme, s'en tesmoigne presque amoureuse tant elle luy en fit d'admirations. . . Le bon M' de Chavaioche est devenu chapelain , et possède désormais une chappelle au Maine de quatre vingts ou cent escus de rente qui ne l'oblige à estre prostré ni marié. C'est un pr^'sent de M'' le marquis de R[ambouillet] qui en est patron. Vous en serés sans doute bien aise quoyque le présont soit petit.-) Chapelain adressa, le 28 octobre, à Balzac (f 027) une lettre où les compUments tiennent une large place. Les considérations philosophiques y sont aussi très abondantes. Voici les seuls passages intéressants de celte lettre : «Dieu vueille que JVL Descaries soit celuy qui doit l'aire toutes ces merveilles, et que nous ne mourrions pas sans avoir veu ce soleil esclos qui ne
712 LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
CCCCXLVIII.
A M. DE CAmiVADE,
PRESIDENT A MORTIER AC PARLEMENT DE TOLOZh
Monsieur, si le président M' deGraranion '
avoit esté bien persuadé de nioy. il ni auioil creu m'estre assés considérable par lu\ niesme sans employer une authorité comme la vostre pour mobliger à le bien recevoir. Son mérite est si éclatant qu'il se descouvre
dissiperoit pas seulement les ténèbres de l'ignorance, mais suffîroil seul pour toutes les sciences!.. . Pardonnés-moy ma berlue lorsque je me suis imagine que vous m'aviés escrit que Roxane avoit passé par vos mains. Je croy sur vostre parole que je me suis abusé. Roxane est une (lagi-comédie de W Desmaresls qui fut représentée, Tannée passée, avec assés d'applaudissement et qui est imprimée depuis trois mois. Je no vous dis de Salomon autre chose sinon que vous vous estes bien gardé de vous mcsprendre, mais inutilement, puisque Guyet a trop assuré que vousluy aviés monstre il y a vingt ans ce Discours qui est inséré dans cette lettre bigarrée. . . A propos de vos Apologies, trouvés-vous à propos d'y laisser l'endroit où vous parlés de Du Moustiei? C'est un crabron [de crabro, frelon] que je ne voudrois pas irriter. Je ne connus jamais une langue plus venimeuse. Je croyois ^V Mainard chés vous il y a longtemps et je vous plains d'eslre si longtemps privé d'une si chère compagnie. Vou& ne m'avés point envoyé les six vers de son épislre où vous chargés .«ur Rome comme jadis Pétrarque." Balzac (lettre XXVI du livre XXII, p. 861 et 862 de l'in-fol.) répond à Chapelain, non le 10 oclobro i6'ji, mais le
10 novembre 16A0 : «Au lieu de six vers dont je vous avois parlé, vous allez voir qu'ils ont crû jusques à trente. Peul-estre qu'ils plairont à ceux • |ui connoissenl la Cour de Rome, comme vous faites. . . La bouche de Du .Moustier a desja versé tout son venin contre moy, et il ne sçauroil que rejouer ses vieilles pièces. Mais vous .«ouvenezvous bien , Monsieur, de l'endroit où il est désigné: car il me semble que je dis simplement que le portrait de Philarque a esté fait par le peintre des héros et des héroïnes, comme il se i|iialifie luy mesme en ses titres le peintre du Roy et de la Reine. Si ces termes sont injurieux, je ne me connois ni en termes, ni en injures.. . t
11 s'agit là de Daniel du Mousiier ou Monsfier.
né le 1 !i mai 1 076 à Paris et mort dans cette ville le 21 juin i6'i6. Voir sur ce bizarre personnage une curieuse historiette de Tallemant des Réaux, avec un curieux commentaire de M. P. Paris (t. m, p. igct-Soi). Tallemant, comme Balzac el Chapelain, l'appelle Du Mousiier; Malhoi ho. dans ses lettres à Peircsc, l'appelle /)« Monstier : mais, selon l'observation de M. Lud. Lalanne (Œuvres complètes de Malherbe, t. I, p. cxxv), «l'orthographe véritable est Dumouslier. Du moins c'est ainsi qu'il a signé ses portraits el des vers inséiés dans les recueils du temps, r
' C'était Philippe Gaubert de Camiiiade, nu des membres les pins lettrés du parlement de Toulouse, et qui fut im des (orrospondanls dv V. do Mainard.
- Voir sur Gabriel de Barthélémy, sieur de Gramond, président au parlement de Toulouse, deux notes des pages ItSfi el .'i85 des Mélanges historiques de 1878 {Lettres de J. L. Guez dr Balzac, n° XXVII). Le même jour où Chapelain écrivit à M. de Caminadc, il écrivit aussi à M. de Gramond (f° 529), qui l'avait consulté au sujet du style de l'ouvrage qu'il allait publier ( l.udovicas Xlllsive Autudes Gatliœabe.ra'ssii I leur ici I\ , Paris, itî/ii, in-folio). Chapelain indique de nombreuses corrections à introduire dans le texte do celte histoire des premières années du règne de Louis XIII. Voici deux de ses observations : «J'os-
terois ce qui suit, qui n'est qu'une reditto
dont il faut se garder partout, mais surtout dans une position d'histoire, où il n'y doit avoir rien
de superflu et où tout doit porter coup Cela
me semble aussy, non seulement trop figuré, mais encore trop de l'air du panégyrique, dont l'histoire se doit esloigner avec soin, si riiislorien ne veut perdre celte authorité qui le fait juge des actions humaines...?) Chapelain ajoute: «Je ne connois personne avec qui vous puissiés communiquer plus utilemenl que M. d'Ouvrier qui
n le goiisl de la Inlinilé très délirai . et qui est
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
tout seul, et il n'y a que les aveugles qui ayent besoin qu'on les avertisse. H faut qu'il m'ait pris pour avoir mauvaise veue, lorsqu'il vous a fait prendre la peine de m'escrire en sa faveur. Mais je luy pardonne loule la mauvaise opinion qu'il a eue de moy puisqu'elle m'a produit un souvenir si précieux que celuy que vous me tesmoignés , et j'achepte volontiers cet avantage au prix de toute la réputation que mes amis m'ont fait acquérir. Ce que j'ay à vous dire , Monsieur, n'est point un compliment, et c'est du cœur que je vous parle. Vous estes l'une des personnes du monde de qui la bienveillance m'est aussy chère et qui m'a donné autant d'estime de soy. Je pense avoir d'assés bonnes lumières de ce que vous estes et de ce que vous valés pour ne me pas tromper, en disant que vous ne laissés rien à souhailter en vous, et que quiconque possède vostre amitié se peut vanter d'avoir un trésor à luy tenir lieu de toutes choses. Je me veux un mal extrême, ou plustostje le veux à mes embarras ordinaires qui m'ont empesché, toute Tannée que vous avés passée en cette Cour, de vous cultiver aussy soigneusement que vous en estes digne, et de jouir d'un bien dont vous me faisiés si bon marché.
M' Doujat' vous tesmoignera de quelle sorte je luy ay tousjours parlé des hautes qualités de vostre ame et de la solidité que j'avois reconnue en vostre esprit, qui vous fait distinguer par moy de beaucoup de personnes qui pensent esire fort estimables, et qui vous rend égal à ces hommes eslevés que nous establissons volontairement arbitres de nostre honneur et de nostre fortune. De temps en temps mesme je vous ay fait
rendre par luy de petites marques du cas que je faisois de vous, et s'il m'a tenu parole , vous avés sceu que je vous conte entre mes richesses et que je ne veux point perdre ce que vous m'avés une fois donné.
Voyés, après cela, Monsieur, si je ne dois pas avoir regret que M' le Président de Grammon soit si honneste homme puisque par sa vertu il m'oste le mérite que j'eusse eu à le servir sur vostre recommandation et que , quoy que je peusse faire pour luy, vous n'aviés pas sujet de croire que je le face pour l'amour de vous. Mais, pour m'en consoler, commandés moy quelque autre chose encore oii il y ait plus de peine qu'à honnorer un fort homme d'honneur, afin que par la diflicullé de l'exécution , le pouvoir que vous avés sur moy parroisse davantage. Cependant je vous diray qu'ayant receu tard vostre lettre, je n'y ay peu respondre que tard, et j'ay voulu de plus attendre que j'eusse veu l'histoire de cet excellent personnage afin de vous dire avec plus de fondement que ce sera un ouvrage qui fera honneur à la France aussy bien qu'à luy. Je luy ay donné mes avis sur son travail parce qu'il les a exigés de moy, non pas pour ce qu'ils luy fussent nécessaires, et je m'y suis d'autant plus facilement l'ésolu qu'il m'a semblé que vous m'y aviés engagé. S'il se résout à imprimer son volume, vous ne le reverrés pas sitost en vos quartiers. Car traittant de matières chatouilleuses et délicates, je prévoy que les ministres n'en souffriront pas la publication qu'ils ne favent fait auparavant examiner, et vous scavés quel temps il faut pour cela. J'en favoriseray la réputation de toute ma puissance, et pour le faire encore avec plus de plaisir en sa personne, je m'iraagineray de servir la
vostre fidelle. Il y a encore un jeune advocat de vos quartiers nommé Doujat qui est ferme dans la langue latine, et qui m'ayant tesmoigné d'eslre l'ort vostre serviteur, liendroit sans doute à lion-
CHAPELAIK. I.
neur, si vous luy commandiés, de repasser vos cahiers et de vous en dire ses observations. ■"
' Voir, sur le futur académicien Jean Doujat, une note de la lettre GLXXXII.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
\ oslre pour la part que vous y prenés. Je vous demande en re'compense la continua lion de vos bonnes grâces , et que i\r le premier Président' sache par vous que j'ay tousjours sa vertu en vénération, et que je vous suis à tous deux également et véritablement, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce i" novembre i64o.
CCCCXLIX.
M. DE PEYRARÈDE'.
Monsieur, je ne suis pas assés enneray de moy mesme pour refuser le bien que vous m'offres, et je ne juge pas assés mal des choses pour mimaginer que mon Slace peust estre eniaydi par les beautés que vous luy voulés redonner ^ Je vous l'envoyé donc et ne considère pas la demande que vous m'en failles comme un emprunt, mais comme un présent d'importance, puisque vous ne le désirés que pour l'enrichir et luy restituer du vostre les diamans et les perles que l'injure des temps et l'ignorance des copistes
luy avoient fait perdre. Désormais il ne sera que lumière après que vous luy aurés rendu ses brillans et que vous en aurés banni les ténèbres. Au reste, M' de Saumaise est un tro[) grand homme pour estre rais en balance avec moy. Il est l'objet de mon respect et de ma déférence, et celte comparaison que vous en failles est la seule chose que j'ay trouvée à dire dans vostre billet obligeant, puisque bien que ce ne soit que par compliment et bien loin de vostre pensée, ces grands génies, mesme par jeu, ne souffrent point de comparaison.
Je suis. Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce 3 novembre i6io.
Monsieur de Lozière * me l'ait trop de faveur de vouloir se divertir avec ce poète sur mon exemplaire. Je vous prie de luy dire que je m'allens de voir de ses observations et restitutions meslées parmy les vostres ', et que je ne croy pas qu'il me voulust estre moins libéral que vous.
' Jean de Bertier, seigneur de Monlrabe, mort le 28 avril i653.
- Jean de Peyrarède était un gentilliomme proleslanl né à Bergerac (Dordogne), qui mourut vers i()6o. Voir sur ce personnage, à la fois poêle et érudit, une note de la page 719 des Mélanges liisloriques de 1873.
^ Peyrarède s'était beaucoup occupé d'améliorer le texte de Stace corrompu par les copistes. Balzac, le 27 novembre iCiô, racontant {Mélanges historiques, p. 719) la visite que venait de lui faire Peyrarède, écrivait à Chapelain : «Il m'a parlé d'environ quatre ou cinq mille corrections sur Horace, Slace, etc. , et m'en a dit quelques-unes que véritablement j'ay admirées." Bayle {Dictionnaire critique, au mol Peyrarède) rappelle que l'abbé de Marolles le cite souvent dans ses remarques sur Stace. Ce même abbé de Marolles {Dénombrement où se trouvent les noms de ceux qui m'ont donné de leurs livres, etc. à la
suite des Mémoires, édition de 1765, in-i?. , t. III, p. 33,")) mentionne les observations de Peyrarède sur Térence et «ses hémisticlies latins achevant des vers de Virgile imparfaits, dédiés à la Sérénissime Christine Reine de Suède. n
* C'était Pierre Yvon, sieur de Lozières, qui fut successivement conseiller d'église au parlement de Paris (18 janvier 1 63(')), conseiller d'Etal ordinaire, intendant du Dauphiné, etc. Voir ce que dit de lui Tallemanl des Réaux {Historiettes, t. VI, p. 277-286).
^ Etait-ce simplement par politesse, ou bien par conviction, que Chapelain parlait si avantageusement du savoir de M. de Lozières, lequel était, on le voit, un de ces protecleuis de Peyrarède mentionnés dans le Mémoire des gens de lettres vivons en i6ô5 rédigé par Costar : r^Il est réduit présentement à expliquer les poètes aux gens de condition??) Chapelain, s'il était sincère en celle occasion , jugeait mieux Lozières que ne le
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
À M. DE BALZAC
A BALZAC
Monsieur, si j'avois à vous dire tout le bien que j'ay trouvé en M' Girard' durant deux lieures de conversation , vous n'auriës pas une lettre , mais un livre, et ne recevriés mon paquet de trois semaines. Il vaut mieux que je vous le laisse à penser, et d'autant plus que , quoyque je vous en entretinsse im mois de suitte, je ne vous en dirois rien que vous ne sceussie's mieux que moy. Je vous diray donc seulement, pour ramasser tant d'excellentes parties en un petit espace, qu'à mon gré et selon mon goust, c'est une personne accomplie, et je n'ay point pratiqué dliomme qui engageast sitost les cœurs à laymer, ni qui donnast plus proraptement
une haute opinion de soy à ceux qui le pratiquent^. M'L'Huillier se trouva heureusement chés moy lorsqu'il me list l'honneur de me venir voir et m'ayda à le gouverner avec sa grâce ordinaire, sans que je peiisse bien connoistre lequel des deux recevroit plus de satisfaction \ Nous ne parlasmes que de vous et je m'apperceus que la matière nous rendoit tous éloquents, et nous faisoit tous jusqu'à moy de bonne compagnie.
Nous nous récriasmes principalement sur les vers latins que vous avés faits pour M' Guyel\ et W Girard se fist bien fort de l'en rendre reccjnnoissant par raison ou par intérest, quoyqu'il espérastque ce deust eslre plustost par l'un que par l'autre. Et certes ils sont trop beaux pour estre payés d'ingratitude, et afin que vous ne jugiés pas. Monsieur, que je m'aveugle en ce qui vous re-
faisait Tallemant des Réaux disant, à propos du mauvais poëte toulousain Bernard de Lesfarguos (Historiettes, t. VI, p. 297) : rrMais son vérilal)]e support fut Lozières. Lesfargues iuy disoit : Bous estes le dispensateur de la Gloire, et le flaltoit sur toutes choses; de sorte qu'il s'y adomesliqua si Lien, qu'avec une insolence de Gascon, quoyque l'autre n'y songeast pas , il Iuy dit un jour : eh bien, Monsur, este chambre que bous me boulez donner chez bous est-elle preste ?.. . Lozières estoit pesant, et ne sçavoit quasy rien; il lisoit avec ce fou; ils virent la poétique.. . «
' Il s'agit là de Guillaume Girard , le biographe du duc d'Epernon. Il a été déjà question de lui dans le texte et dans les notes de la lettre LUI, page 82. Balzac l'avait recommandé à son ami dans la lettre XXIII du livre XXII (p. SSg et 860 de Tin-folio) : eVoicy ce Monsieur Girard que je vous avois tant promis et qui est venu exprès à Balzac, pour avoir son passeport, à ce qu'il dit, ne voulant pas se présenter à vous sans une de mes lettres. Je ne vous y referay point son éloge, parce que je ne me deffie point de vostre mémoire. . . v Tout en disant cela , Balzac s'étend en une demi-page sur le mérite de Girard , qu'il appelle un diamant, un chef-d'œuvre, etc.
La lettre se termine ainsi : wSon cher frère [Claude] est toujours ma consolation ordinaire, et je ne vous sçaurois bien exprimer les advanlages que je reçois de son ingénieuse amitié, w La lettre, datée du 6 septembre ]6'ii, est des premiers jours de novembre 16^0.
2 Balzac (lettre XXVII du livre XXII, p. 862 et 863 de l'in-folio) dit à ce sujet, non le ao octobre i6ài, mais très -probablement le 90 novembre 1 6ùa : f. Vous voyez que je ne vous promets pas de vrais diamans pour vous en donner de faux.. . Je vous diray que la gloire de mon jugement ne m'est point si cbère, que celle de mon ami, et que j'aime beaucoup mieux que vous estimiez Monsieur Girard par son propre mérite que la recommandation d'autruy.55
3 Dalzac (ibid.) s'applaudit ainsi de la présence de L'Huilher à cette entrevue : «Mais que je suis aise de l'heureuse rencontre de Monsieur L'Huillier en celte première conférence, et que ce nom me resjouit en quelque lieu de vos iellrcs que vous le mettiez !'i
* 11 s'agit là des vers dont, à propos de Vlndignalio in jwetcts Neronianorum te}nporum,i\ a été déjà question dans la lettre CCCCXLVI , pages 708 et 709.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
garde , je vous dois dire que c'est le goust de M' Grotius qui m'a gloriOé lorsque j'ay appris par \V Ménage qu'il avoit esté principalement touché de celuy qui commence Viiulice qiio, et des deux autres suyvans, lesquels s'estoient d"abord emparés de ma mémoire, quelque mauvaise quelle soit, et m'avoient semblé comparables aux plus beaux de tous les anciens. Mais, puisque cela ma fait parler de M"^ Grotius, il faut encore vous dire qu'il s'est tenu inOniment obligé du bien que vous diltes de iuy et a prié nostre amy de vous bien asseurer de son ressentiment et de la grande estime qu'il fait de vostre esprit, duquel, quoyqu'il admire tout, il célèbre néantmoins le plus les productions latines, prose et vers, sans doute parce quil n'est pas si bon juge des françoises. M" Du Puy ont chargé nostre amy de vous faire un graiid remerciment du bien que vous dittes d'eux dans la lettre que vous Iuy avés adressée, et de ne vous pas faire croh-e qu'ils facent plus de cas de l'amitié de qui que ce soit que de la voslre.
Je suis bien niarry que vos maux soient si véritables que vous me les asseurés, et
je ne comprenspas comment, au milieu des douleurs de la goutte ou de la gravelle, on peut estre aussy agréable et aussy éloquent que vous estes. Que si vous sentes le plaisir que vous donnés aux autres, vous avés un grand remède contre le mal et vous n'estes pas des plus à plaindre.
Le Gros ' a enûn avoué qu'il a receu vostre response et j'aurois creu à son discours qu'il en estoit fort satisfait, si M' Méjiage ne m'avoit point dit qu'il y avoit longtemps qu'il la promettoit à M" de Meré ' et à M' Brisson , et qu'il la promettoit grande et anqjle. Sur quoy nostre amy avec sa liberté ordinaire Iuy avoit dit plus d'une fois qu'il ne la devoil point attendre ni penser vous obliger à escrire toutes les fois que la tentation de vous escrire Iuy viendroif. Tout cecy entre nous, s'il vous plaist.
Les vers que vous avés veus de la Sulpitia hollandoise ' ne sont pas les meilleurs qu'elle a faits. Elle escrit en prose fort élégamment et j'ay veu des lettres françoises d'elle qui font honte à celles de beaucoup de nos Dames.
Ce qu'on vous a dit de l'hébraïsme de
' M. de la Thihaudière. Voir la note 9 de la ieltre à Balzac du i5 octobre iGio.
- CesMM.de Meré (d'autres écrivaient Méré) étaient Josias Gombaud, écuyer, seigneur de Plassac, qui devait publier en iG-'iS un volume intitulé: Lettres de M. de Plassac, cl Antoine Gombaud, chevalier de Meré, qui mourut le 29 décembre i68i dans son château de Baussay. Sur ce dernier, voir une noie de la page 62G des Milanges historiques de 1878, Lettres de J. L. Guez de Balzac, u" LXXVIII. J'y ajouleray ce que dit des deux frères le même écrivain dans la ietire XVII du livre XXII (p. 863 de l'in-folio): «Je souhaitorois bien aussi , Monsieur, qu'il vous plusl fait entendre par quelque sarbalane à Messieurs de Maire que je les honore et les estime extrêmement. Ce sont personnes qui m'ont Icsmoigné haulement leur amitié, et de qui j'ay receu
mille bons offices... Celuy des deux frères qu'on nomme le chevalier est poète et entend le latin , je dis la finesse et la délicatesse du latin. Il me souvient loiisjours des observations ingénieuses qu'il a faites sur quantité de passages des poètes, dont je ne me fusse jamais advisé.n Voir une lettre de Balzac à M. Du Plassac-Meré {p. 5i3 de l'in-folio), et deux autres à 3/. le chevalier de Meré (p. 5i6, 539).
^ On sait que Sulpitia, femme de Calanus, cultiva non sans gloire la poésie vers la fin du i" siècle de l'ère chrétienne, et qu'il nous reste d'elle une vigoureuse satire au sujet des philosophes exilés par Domitien {De edicto Dnmitiaui). La Sulpilia hollandaise était M"" de Schurmann (Anne-Marie), alors âgée de trente-trois ans. Voir, sur celte femme célèbre, une note de la page 712 des Mélanges historiques de 1873, sous In lel-
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
M" la Princesse de Guimcné ' est très vray % et il y a desja longtemps qu'en matière de sçavoir elle a laisse' M° de Blérancourt^ derrière. Mais ce rabinage * ne luy erapesche pas de dire ses heures, car un de nos amis a si bien travaillé qu'elle est à présent en continuelles prières' et je pense que je ne mentirois pas quand je dirois qu elle dit mesme son bréviaire et plus soigneusement que beaucoup d'ecclésiastiques que je connois.
L'histoire de Flandres de AP Grotius est composée de vingt sept hvres et il l'imprimeroit, s'il trouvoit un libraire qui le voulut entreprendre. H faudra essayer d'en persuader quelqu'un.
Au retour de \P Flotte, je sçauray des nouvelles de M' Mainard dont vous m'avés njis en peine.
Je remis vostre lettre à M' de Grasse, comme il niontoit en carosse pour Provence.
tre CXVI. Dans celle note est rappelé cet éloge donné par Balzac, le i5 mai i6i6, à la merveilleuse fille, comme il l'appelle : «Ses vers ne sont pas les moindres de ses merveilles. Je ne pense pas que celte Sulpitia, que Martial a si hautement louée, en fist de plus beaux, ni de plus latins. « De cet éloge rapprochons la phrase à laquelle répond ici Chapelain, phrase tirée de la lettre XXIII du hvre XXll , déjà citée : r Je n avois point ouï parler de cette sçavante Hollandoise, et je vous advoue que son épigramme m'a surpris : il y a du sens et du latin; et la Romaine Sulpitia n'en eut pas fait une meilleure ..."
1 Anne de Rohan, fille de Pierre de Rohan et de Magdelaine de Rieux, mariée avec son cousin germain Louis VII de Rohan, prince de Guemenée, duc de Montbazon, etc. Voir l'Historiette de Tallemant des Réaux intitulée : M. et Madame de Gmmené{t. IV, p. [x-jS-!\8li).
2 Balzac avait dit (p. 869, déjà citée): ff Estil vray aussi que Madame */ se mesle de rabiniser, et qu'elle estudie le Talmud, au lieu de dire ses heures? Voilà, certes, qui est beau, et
Nous la leusmes et la trouvasmes une merveilleuse chose. Je me chargea y de vous en baiser les mains de sa part et de vous tesmoigner son ressentiment exlrèrae. Il me pria aussy de vous envoyer la seconde partie de ses œuvres chrestiennes aussy tost qu elle seroit achevée d'imprimer. 11 vous respondra sitost qu'il sera arrivé chés luy.
Je suis. Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce U novembre i6io.
À M. DE BALZAC
A BALZAC
Monsieur, croies tousjours tout ce que je vous dis, principalement lorsque je vous parleray de vous, et que je loueray ce que vous faittes. Vostre créance aura deux foademens , ma véracité el vostre mérite. Pour ce qui regarde les sentimens de l'intrépide',
c'est bien enchérir sur l'Italien el sur l'Espagnol des autres dames.» Paul Colomiès ( Ga//ta Orientalis, i665, in-i°) parle ainsi de cette dame : r Domina de Guimené, princeps. Lutetiae apud D. Hardy hujus principis Horas (ut vocanl) vidi hebraïce et gallice excusas; unde colligo ipsam fuisse hebraici idiomatis haud ignaram. Claruit A. i625.« {Pauli Colomesii Opéra, Hambourg, in-^°, 1709, p. 261.)
3 Bernard Potier, seigneur de Blérancourt, lieutenant général de la cavalerie de la France, mort en 1662. Tailemanl des Réaux, dans l'historielle sur M. et Madame de Blairancourt (t. IV, p. 5oi-5o3), rappelle que «cet homme a voyagé et a mesme fait des livres de ses voyages.^
* M. Littré n'a cité aucune autorité sous le mot rahbinage, qu'il définit ainsi : «Par dénigrement : L'étude qu'on fait des hvres des rabbins. Perdre son temps an rahbinage. n
5 Tallemant des Réaux dit (t. IV, p. i84) : ^Elle a des saillies de dévotion, puis elle revient dans le monde, n Voir ci-dessus la lettre CCCLX.
« François Guyet.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
et du docte réduit où il rëgente raagislralement \ je vous les ay mandés de bonne foy sur le rapport des amis LHuillier et Me'nage , et j'ay creu facilement qu'ils me rapportoient la véritë, pour ce que ce qu'ils me rapportoient estoit conforme à mon opinion , et que je tiens ces M" justes et raisonnables ^ Mais c'est une chose bien merveilleuse que vous facie's ces belles choses sur la roue et parmy les tortures que vous donnent la sciatique et la gi-avelle. Ce seroit asse's en ce fascheux estât de bien souffrir sans bien agir, et vostre patience seroit assés louable, sans de si rares productions d'esprit'. Il est vray que c'est à vous à faire des choses tout extraordinaires, et ce qui seroit assés pour moy ne suffiroit pas pour remplir une âme aussy grande que la vostre. Vous rapporterés donc cette vertu, Monsieur, à vostre propre force plustost qu'à la consolation que vous tirés de nostre commerce, et au plaisir que vous recevds en pensant à nostre atnitié.
Je dis au commerce et à l'amilié que nous avons ensemble, et ne comprens point là dedans M' de Voiture, qui certes est capable par son idée de reschaulfor ce beau fons de belles images que vous avés naturelles et acquises, et de vous faire faire une reveue bien agréable des richesses que vous garde vosire mémoire ou vostre imagination. Je luy ay monstre l'endroit de vostre lettre où vous parlés si obligeamment des siennes, qu'il a ressenti, comme il doit ', et si je l'en eusse voulu croire, je vous en eusse fait une longue de remerciment pour luy. Il est
très constant à vous honnorer, et partout où il a voix en chapitre, vostre vertu ny vostre gloire n'y souffrent aucune diminution, ayant en luy un tenant ferme et de grand crédit'.
J'ay monstre aussy à M' Ménage les termes par lesquels vous vous engagés de nouveau à donner un volume de vos lettres au public à sa considération, et je l'ay averti du remerciement solennel que nous luy devons faire pour cela , dont il ne se sent pas d'excès de joye.
Je ne vous respons rien à la demande que vous me faittes des lettres que j'ay de vous en cas que vous vous résolviés à cette bonne œuvre % n'ayant garde de croire que les archives de Tolila vous puissent manquer et qu'il vous vueille refuser les copies qu'il tire de vos originaux devant que de les abandonner à la fortune. En tout cas néantmoins mon cabinet sera vostre recours et vous y trouvères à choisir dans l'abondance dont vous mavés fait riche.
Je serois bien aise que vous m'eussiés envoyé coppie de celte lettre à M' Huggens, si c'est une lettre à laisser voir, comme je le pense. Quelque peu guindée, ou. pour mieux parler, quelque peu soustenue qu'elle soit, elle doit estre belle, quand mesme il vous y an roi t obligé de luy dire vostre avis de sa maison, et qu'il aiu-oit fait de son architecture une matière de vostre critique'.
Pour ce (jui est de laisser ma Fucelle entre les mains de l'Ambassadeur Suédois, vous me pardonnerés, s'il vous plaist. sijene suys
' Le cabinet des frères Du Puy.
- Voir les citations des notes 3 et 5 de la lettre à Balzac du ao octobre iQtxo.
^ Voir les citations de la note i de la susdite lettre.
* \o\r{ibid.) les citations de la note 8.
^ Voir {ibid.) les citntions de la note lo.
' Voir cette même note i o.
' C'est la lettre V du livre XIU, à Monsieur de ZiiyUchem, conseiller et secrétaire des commandemens de Monseifjneur le Prince d'Oranjje, du ■20 janvier i6/io (p. ."jOo à 5()9 do l'in-folio). Balzac y parle fort au long du plan de la maison de son correspondant hollandais.
pas vos ordres '. Si elle avoit eu à sortir des miennes contre ie commandement du Prince à qui elle appartient plus qu'à moy, ç'auroit este' pour passer dans les vostres, lorsque vous luy avés fait riionneur de la dësirer, et je vous avoue que je n'ay jamais guères fait plus de violence à mon inclination pour suyvre mon devoir qu'en cette rencontre, et que plus d'une fois je murmuray contre la sévérité de la vertu qui n'excepte pas mesme l'amitié intime dans les loix qu'elle nous prescrit.
J'eus un peu de honte pour vous et beaucoup pour l'Evesque , à qui je rendis, il y a quinze jours, vostre lettre % voyant le Monseigneur à la susciiption ' et dans le corps mesme. Je ne sçaurois dire si cela luy lit la mesme peine qu'à moy, car il ne fit aucune démonstration d'y avoir pris garde. i\l' de Voiture a ry extrêmement de vostre apostille, et m'a dit que, revenant d'Italie et ayant envie de luy escrire en passant, il s'en estoit abstenu seulement par cette raison, qu'il craignoit qu'il ne s'oflensast s'il luy donnoit du Monseigneur et qu'il ne le prist pour
une raillerie. Voyés combien vous estes plus modeste que luy et que M' de la Motlie- Aigi'on ".
Mandés moy, je vous prie, de qui son!
les vers latins que vous m'avés envoyés. I y en a certes de fort beaux.
Le Conseiller de Toloze^ a encore traduit le sonnet dont vous me parliés, et y a joint une espèce de Génétliaque ° que j'essayeray de vous envoyer.
Vous aurés avec cette lettre un sonnet que j'ay donné à M"" de Longueville sur la maladie de M"" son père. J'ay envoyé à M' Rocolet deux exemplaires du discours de M"^ Ménage, qu'il m'a apportés pour vous', avec mille excuses s'il ne vous escrivoit point, lesquelles j'ay avidement receues, le louant mesme de sa paresse de peur qu'il ne vous parust trop diligent. M' Flotte m'a dit que M^ Mainard devoit partir le deuxième de ce mois de Cahors, où il estoit, pour aller passer six semaines de temps chés vous, mais qu'il craignoit qu'un grand rbeume qui le travailloit alors ne retardast un peu son voyage ^
' Balzac avait écrit à son ami (p. S6i, déjà cité): rl\ me semble au reste que vous devez contenter la passion de Monsieur TAmbassadcur, (jui désire trop violemment vostre Pucello pour en estre refusé. Elle ne sera point en danger de son honneur chez un si homme de bien n
- Godeau.
' Balzac ne donnait pas seulement le Monseigneur à Godeau, mais à tous les évêques auxquels il eut l'occasion d'écrire, par exemple aux évéques d'Angouléme,de Nantes, d'Agen, de Poitiers, etc.
^ C'était un ami et un correspondant de Balzac. C'est à lui qu'est adressée la lettre XV du livre I", datée du ^ septembre 1622, qui commence ainsi (p. 24): tril fit hier un de ces beaux jours sans soleil que vous dites qui ressemblent à celte belle aveugle dont Philippe second estoit amoureux, n
^ D'OHve du Mesnil. Le jour même où Chapelain parlait à Balznc du maglslrat poète, il
écrivait à ce dernier (f 687 v°) : «Vous redoublés vos faveurs sans regarder si je les mérite, ni si je m'en pourray jamais revancher et il y a en cela quelque chose de bien magnanime, puisque vous me faittes ces grâces de vostre propre mouvement sans y estre convié par aucune vertu que j'aye. . .» Ces faveurs étaient : «la paraphrase dont vous avés voulu illustrer le sonnet pour AF" le duc d'Anjou et autres beaux vers que \oms y avez joints sur ie mesme sujet. w
" Discours, poëme relatif à la naissance d'un enfant. Le mot généthliaque , pris dans ce sens, est cité dans le Dictionnaire de M. Littré sans aucun exemple.
' Le discours contre l'abbé d'Aubignac,dont il a été déjà question dans plusieurs précédentes lettres.
« Balzac (lettre XXVIII du livre XXII, ^.Wè) accueille ainsi cette nouvelle : «Ce que vous a
LETTRES DE JEAA CHAPELAIN
Nous avons \ eu icy une re'futation de TOplatus Gallus' fait par M' de Saint-Blancat, orateur, historien et poète-, et par cette pièce nous avons conclu qu il estoit meilleur orateur que tout. En eÛfet c'est le meilleur latin que nous aurons veu de luy, et il y a des mouvemens d'éloquence qui ne sont point niesprisables. Je feray ce que je pourray pour vous le faire voir, quoyqu'il soit difficile, à cause qu'il n'y en a que cinq ou six exemplaires à Paris ^.
Je suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce ii novembre i6io.
A W LE DLC DE LONGUE VILLE
ES ALLEMAG>E.
Monseigneur, il n'y a plus que l'arrivée de V. A. en cette Cour qui puisse rendre nostre joye plus coniplette qu'elle n'est, puis qu'après une campagne la plus glorieuse et de plus grand avantage pour nos affaires que jamais Prince et Général françois ait faitte, nous vous sçavons désormais guérv de la longue maladie que vos derniers et excessifs travaux vous ont causée, et que le Roy, touché et obligé de vos grands services, a eslé aussy pront à vous envoyer vostre congé que M' de Tracy à le demander, sans doute
dans le désir que Sa Majesté [a] de reconnoistre au moins par des louanges dignes de si belles actions celuy qui a eu le cœur assés grand pour les faire et pour conférer de vive voix des moyens de les continuer pour le parfait restablissemenl de la liberté germanique. Je veux espérer. Monseigneur, que ce sera icy la dernière des lettres que vous recevrés de moy de là le Rhin, et (pie celles que je vous escriray par les ordinaires suyvans vous trouveront parti pour ce retour après lequel il y a si long temps que nous souspirons.
Et, selon ce que nous apprenons de nouvelles de delà, l'armée impériale sera désormais retirée vers la Franconie et vous pourrés faire vostre chemin [avec une médiocre escorte en toute seureté. C'est de quoy nous prions Dieu de tout noslie cœur et que le froid de la saison ny l'agitation de la mer ne nuyse point à vostre santé qui ne doit pas eslre encore trop confirmée, veu le peu de temps qu'il y a que vous estes libre de vostre mal.
La saison est stérile de nouvelles à cause du repos que prennent les armées de tous coslés. Le IVince d'Orange médite de grands desseins pour relever sa réputation diminuée parmy les peuples depuis ses ujalheurs des deux ou trois années dernières^ et on altend
dit le célèbre buveur m'a tiré de peine; car comme raffeclion est ingénieuse à mal augurer, et conclure tousjours au pis, j'appréhendois desja quelque chose de plus funeste qu'un rhume.. . r>
' C'est le célèbre pamphlet de Charles Hersent contre le prétendu projet qu'aurait eu le cardinal de Richelieu de devenir patriarche en France : Optati Gain de Cavendo Scliismate liber parœnehciM (Paris, 16A0, brochure de 89 pages in-8°).
* Sur Jean de Saint-Blancat, voir la lettre CLXXXII.
' Joannis Samblancati , Tolosati.'i,confittalio parœnelici de Cavendo Schisinate (Toulouse, iGio, in-8°). Balzac (lettre XXVIII du hvre XXII, déjà
citée) répond: «Je seray bien aise de voir de la prose oratoire de M. de Saincl-Blancat. H a du feu et de l'esprit. . . n Cette lellre est datée du 29 novembre j64i ; elle est du 19 novembre 16 '10, et c'est Balzac lui-même qui nous indique en ces termes le jour où elle a été écrite (p. 86i): crNous \oicy au dix-neuhèuie de ce mois, et il ne lui faut [à Maynard] que quatre jours pour venir de chez luy à Balzac.?'
* Allusion à l'échec du prince d'Orange dans son entreprise contre Anvers (1608). Ce ne fut que quatre ou cinq ans plus fard que Frédéric- Henri de iNassau releva sa réputiilion, comme dil Chapelain, par deiu faits darnies des plus glo-
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
ses propositions de deçà. Le Roy d'Angleterre a este' contraint d'accorder un parlement libre à ses sujets de l'un et de l'autre royaume, les Escossois demeurants armés jusquà son accomplissement, ce qui lesmoigne la foiblesse de ce gouvernement là'. On croyoit, ces jours passés, que iVr le Conte d'Harcourt assiégeoit Verrue. A présent on dit qu'il a prisPontdesture, mais il y a moins dapparence encore à ce dernier^. M' de Savoye, parles derniers avis, estoit encore à Suse préparant et ramassant son train pour faire son entrée dans Turin ^, Les nouvelles de la continuation de la révolte des Catalans sont pleinement confirmées par le Plessis
Resançon " qui est depuis deux jours en cette Cour venu en diligence de Rnrcelonne pour achever avec le Roy le traitté qu'il y estoit allé esbaucher avec eux. On n'en sçait point au vray les conditions. Le plus vraysemblable est que le Roy les assistera de certaines forces pour lesquels ils donnei'ont des ostages et que la république qu'ils formeront sera sous sa protection. Il y a auprès de M' le Prince à Pésenas quatre de leurs députés.
Je prie Dieu qu'il vous conserve, et suis, Monseigneur, de V. A., etc.
De Paris, ce 16 novembre 16/10^.
rieux : d'abord en prenant le Pas-de-Gand ( 5 septembre i6i/i), puis en s'emparant de la ville de Hulst, dont la possession était si avantageuse à la Hollande comme place frontière ( 'i novembre i645).
' Le 3 novembre 16/10 s'était ouvert le Lmg Parlement avec lequel Charles I" allait bientôt engager une lutte qui devait être si funeste à ce prince.
- Chapelain avait raison de douter de ces deux nouvelles : le comte d'Harcourt, après avoir pris Turin, n'assiégea ni Verrue ni Pontdesture.
^ Montglat (Mémoires, Vl° campagne) raconte que d'Harcouit ayant annoncé la nouvelle de la prise de Turin à la duchesse de Savoye, qui était à Chambén, elle partit aussitôt pour r revenir dans sa ville capitale où elle fit une entrée magnifique le 20 de novembre, et y rétablit sa demeure comme devant. . . r> Conférez Histoire du règne de Louis XIII par le P. GritTet, où l'on voit (t. III, p. 297) que cette princesse wfit son entrée à Turin le 1 8 novembre, dans un carrosse de deuil, couvert de velours noir brodé d'or.r^
* Bernard de Besançon, seigneur du Plessis, devint maréchal de camp en 16/1 5, lieutenant général en i653 et il mourut en mars 1670. Il est souvent question de lui dans les Lettres du cardinal de Richelieu , qui l'employa souvent comme ingénieur (t. III, p. i35, t. IV, p. 72/1, etc.). Voir encore les Mémoires de Bassompierre (édi-
CHAPELAIS.
tion de M. de Chantérac, t. III, p. 807 et
suiv. ; t. IV, p. /i 0 , 1 09 et 1 o3 ), les Historiettes de Tallemant des Réaux (t. II, p. 2 A 7, 390, surtout 3/12 (avec note de M. P. Paris).
5 A la suite de cette lettre, nous trouvons (f° 539) une lettre à Balzac du 18 novembre 16/10. Les deux premières pages roulent sur la raison. Chapelain, acceptant les compliments de son ami qui lui disait (lettre XXVI du livre XXII, p. 861) : «Il ne se peut pas plaider plus fortement pour la royauté de la Raison contre la tyrannie de l'autorité, etc., 75 répond: '■Je ne me défens point de vous avoir parlé raisonnablement de la raison, n et il recommence de plus belle. Revenant ensuite sur l'incident Du Mouslier, il ajoute : a Je ne scay quelle resverie m'auroit fait croire que Du Moustier fust traitté dans vostre Apologie comme il le mérite. Mais n'y ayant que ce que vous me mandés, il n'en faut pas retrancher une sillabe.Ti Je reproduis tout un important passage sur Corneille : «Corneille m'est venu voir et m'a demandé en grâce que j'obtinsse de vous d' ester dans vostre lettre à Scudéry ces termes : «Les juges dont vous estes convenus-!, pour ce qu'il nie d'estre jamais convenu de nostre compétence sur l'affaire du Cid. Cependant vous ne luy pouvés complaire en cela sans choquer Scudéry qui en garde l'original comme une relique et qui croiroit que vous eussiés changé d'inchnation pour luy. Mon sens seroit que vous m'escrivissiés que
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN