CCCCLIII
À M. L'ÉVESQUE DE GRASSE
À GRASSE
Monsieur, puisqu'il a pieu à Dieu de vous conduire ensanté jusqu'à Lion par un temps si fascheux, je veux espërer que le reste de vostre voyage sera heureux quelque façon que face le Rhosne pour servir de voituriu ' jusqu'en Provence. Vous porle's avec vous trop de sainteté pour courre aucune foitune sur ce fleuve d'où plusieurs personnes sont eschappées sans miracle, bien qu'elles fussent beaucoup moins bonnes que vous. Et ne conterions nous pour rien la vertu chrestienne de M' de Toulon ' qui pourroit seule
sans la vostre mesme réprimer les vens et commander aux tempestes? Ma lettre sans doute vous trouvera au moins à Aix en aussy bon estât que vous estiés à Lion, lorsque vous m'escrivistes, et si elle tarde tant soit peu par les chemins on vous la pourra rendre dans vostre demeure épiscopale. Je vous plains, avec tout cela, de ce que vous y arrivere's sans vostre aumosnier, et que vous serés quelque tejnps [)rivé dune pièce si nécessaire. Vous trouvères enlin que celuy dont vous vous estes desfait , quelque soldat qu'il fust, vous estoit du moins utile par sa santé qui le rendoit inséparable de vous et qu'il pouvoit au moins ])ayer de mine. 11 faut avoir patience et rendre grâces à Dieu
vous ii'imprinieriés plustost pas la lettre que de leur déplaire à l'un et à l'autre. Voyés loutesfoissi por bien de paz vous vouiez vous abbaisser jiisques là et priver voslre volume d'un si «jrand ornenionl. Les Poêles sont bizarres et ne prennent point les choses comme il faut jamais. Cettuicy, après celle harangue, m'en fll une autre bourrue. Dès l'année passée je luy dis qu'il failoil changer son cinquiesme acte des Horaces et luy dis par |e menu comment, à quoy il avoil resislé lousjoins depuis, quoyqiie tout le monde hiy criast que sa lin estoit brutale et froide et qu'il en devoil passer par mon advis. Enfin de luy mesme il me vint dire qu'il se rendoit et qu'il le changeroil, et que ce qu'il ne l'avoit j«as fait estoit parce qu'en matière d'avis, il craignoil tousjours qu'on ne les luy donnasl par envie, et pour destruire ce qu'il auroit bien l'ait. Vous rires sans doute de ce mauvais compliment, pour le moins si vous estes comme moy qui me conlenle de connoislre les sottises sans m'en esmouvoir ny fascher.» M. Taschercau a reproduit ce récit dans son livre sur Corneille déjà si souvent cité (p. loli et io&). iM. Marty-Laveaux, qui a aussi reproduit ce récit dans sa Notice sur le Cid ( Œuvres de P. Corneille, l. m, p. li'] et 68), ajoute (note i de la page i 7 ) que Pelhsson l'avait déj à donné , r mais en abrégé et sous forme indirecte, dans la Relation contenant l'kisloiie de l' Académie Jrançoise, p. 2o5
et 206.'' Signalons encore une lettre à M. d'Ouvrier du 19 novembre i6io, auquel Chapelain dit (P 54o) : «Je gronderay M' Silhon de ce qu'il avoit souffert que vous l'employassiés auprès de moy pour ces livres italiens, comme s'il n'eust pas bien sceu que vous y pouviés loul de vostre chef et que son entremise n'esloit nécessaire que pour d'autres ou qui n'ont pas tant de mérite que vous, ou de qui le mérite ne m'est pas si connu que le vostie.n Chapelain le prie de venir prendre dans son cabinet, quand il en aura besoin, tout ce que ce cabinet a de curieux i ajoutant qu'il sait qu'un tel emprunteur respecte dans les livres da verlu des grands maistrcs qui en ont enrichi le monde. i II le charge de transmettre ses compliments au P. Pelau, et, lui parlant aussi du président de Grammond, il s'exprime de celte façon : trMon principal avis fut qu'il vous consultast soigneusement et que je ne connoissois point d'homme qui fut meilleur juge de la bonne latinité que vous.n
' De l'italien vctturino, qui signifie à la fois voiture et voiturier. M. Lillré n'a cité, au sujet de l'emploi du mol voiturin, qu'une phrase de Chateaubriand.
- Jacques Danès de Marly fut évèque de Toulon de mai iGio à i658. Ce prélat allait probablement, à ce momenl, prendre possession de son siège.
de ce que vous en estes quitte pour si peu. Nous avons deçà chacun de quoy nous plaindre si nous voulions, et, quand je n'aurois que mon procès, vous jugés bien que j'en aurois assés de raison. Je ne me plains point pourtant et m'arme de résolution.
Vous m'avés bien fait plaisir de me mander l'achapt que vous avés fait de riiistoire de l'Ammirato ' et des trois volumes de Ramusio". Ce sont deux livres à orner une bibliothèque, et je me tiendrois malheureux si je ne les avois pas.
Je suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce ao novembre 16/10.
À M. DE BALZAC
À BALZAC
Monsieur, ne vous resjouissés point avec moY du bonheur que vous m'avés donné en me donnant la connoissance de M' Girard , puisque ma mauvaise fortune m'a empesché d'en jouir et que la fois (pie je l'ay veu chés rnoy a esté la première et dernière sans qu'il m'ait esté possible encore de descouvrir où cette belle vertu se retire, ny qui sont les jaloux qui la cachent à mes yeux. Vous croyés bien sans doute que je n'ay rien oublié pour essayer de revoir une chose si souhaittable
et que je ne suis coupable du malheur qui m'en a privé jusqu'icy. Mais peut-estre ne croirés vous pas que mon inquiétude a passé jusqu'à me faire douter que cet excellent homme n'ait pas trouvé en moy le bien que vous luy aviés prorais et que ce que j'interprétois a civilité, lorsqu'il refusoit de me dire son logis , n'ait esté une véritable résolution de ne me le point dire afin de n'estre pas chargé des visiles d'un importun? Je seray bientost esclaircy si ma crainte est judicieuse, et si cette pensée n'est point une imagination , deussé-je aller au devin et faire tourner le sas^ pour sçavoir qui m'a desrobé ce trésor, mon malheur ou mon peu de mérite. Si vous luy escrivés, obligés moy de luy tesraoigner la peine où j'en suis et les choses que je vous ay mandées de nostre entreveue '. Je raviray M"^ L'Huillier quand je luy monstreray l'obligeante manière dont vous parlés de luy en cette rencontre ^ Et certes vous avés bien raison d'en aymer le souvenir et d'estre bien aise d'apprendre la continuation de l'amitié qu'il vous a vouée, car vous n'avés personne sans exception qui vous soit plus véritablement acquise que luy ni sur qui vous puissiés faire de fondement qui soit plus solide. Cette délicatesse de goust qui luy fait trouver si peu de gens dignes de son aflection et de son estime doit relever
' Sur Scipion Ammiralo, voir la lettre Vil du présent volume, p. i-'i.
- Jean-Baptiste Ramusio, né en ii85 à Trévise,morteni,^57 àPadoue, publiaen 3 volumes in-folio à Venise un recueil de relations de voyages, délie navigationi e viaggi raccolli, etc. (i5.5oi5o6-i559). Voir sur les diverses éditions de ce recueil le ManweirfM /Ara!'rc(t. lV,p. 1 loo-i 102).
^ M. Litlré {Dictionnaire de la langiie française) dit : r Faire tourner le sas, prétendu mode de divination à l'aide d'un sas qu'on fait tourner sur la pointe de ciseaux, n et il cite, à ce sujet, un passage de La Bruyère et deux passages du Gil-Blas de Lesage.
" Balzac (lettre XXX du livre XXII, p. 866) explique ainsi ce qui paraissait tant inquiéter Chapelain : «Les divers emplois que Monsieur Girard a pour son maislre [le duc d'Epernon] sont sans doute les jaloux et les larrons doni vous vous plaignez, et qui l'ont empesché de vous revoir. Son frère, à qui de vostre consentement je monstre toutes vos lettres, n'a pas manqué de luy mander vos belles inquiétudes, et cette desfiance si injustement conceue et si agréablement exprimée que vous avez de vousmesmc.Ti
5 Voir la note 3 de la lettre du 1 1 novembre 16/10.
LETTRES DE JEAN CHAPELALN
auprès de vous les tendres sentiraens qu'il a pour vous et la haute considération dans laquelle vous luy estes. Il est vray que je vous fais un discours superflu , et que , pour croire tout ce que je vous dis, vous n'avés que faire de mon tesmoignage, l'ayant si bien connu par vous mesme.
Je n'ay point veu le visage du jeune Pape ' il y a quelque temps. Croyons de luy et de ce qu'il m'a dit tout ce qui luy sera avantageux et qui nous devra le plus satisfaire. Au pis aller, quand nous nous tromperions , ce seroit à nostre profit, et en vérité je ne pense pas que nous nous trompions. De mon costé, je prétens bien le combler de satisfaction lorsque je luy diray tout ce que vous estes résolu de faire pour sa gloire , et vous pouvés penser si j'en perdray une seule parole et si je ne l'appuieray pas de toute ma rhétorique pour rassasier ou du moins chimer son ambition '. La dernière fois qu'il m'a fait l'honneur de me venir voir, il me fit connoistre qu'il se tenoit désobligé de M' de Plassac
pour avoir monstre à l'hostel de Rambouillet une lettre qu'il luy avoit autresfois escritte , et que, soit pour la matière, soit pour la forme, il croyoit ne pouvoir estre veue sans luy faire tort. M' de Plassac nous dit depuis qu'il en tiroit à peine le salut, et qu'il estoit au désespoir d'avoir perdu ses bonnes grâces. A'P Ménage, avec sa liberté ordinaire, m'a dit j)lus de nouvelles de luy et de M' son frère ^ que je n*en désirois , et il m'eust bien suffi de sçavoir par vous qu'ils estoient fort honnestes gens sans apprendre de luy qu'ils s' estoient fait riches par destranges voyes *. Il est vray que, selon le temps qui court, ces deux choses peuvent estre compatibles , et, en effet, nous voyons des princes et des principaux officiers de la maison du Roy qui ne s'en trouvent pas moins gens d'honneur pour estre convaincus de cela.
Le mesme M' Ménage est la sarbatane * par laquelle j'ay fait tenir vos beaux vers au Chevalier. A la première veue je sçauray comment il aura receu celte ffràcc et, selon
' Surnoin donné, je ne sais pourquoi, à La Thibaudière, que, de son côlé, Balzac surnommait le Gros.
- Chapelain fait allusion ici à ces promesses de Balzac (lettre XXVII du livre XXII, déjà citée) : «Pour k Gros, je veux croire qu'il vous a parlé tout de bon; et parlant il n'y aura point de mal de luy dire qu'il se verra en plus d'un endroit du volume que je fais exprès pour Monsieur Ménage. 11 se verra encore dans mon latin et dans mes discours ; et s'il ne m'aime que pour estre imprimé, voilà , à mon advis, de quoy satisfaire sa vanité, et par conséquent de quoy redoubler son affection. 55
■ Antoine Gombaud, chevalier de Meré.
" On ne retrouve rien de pareil dans le Menagiana, où il est question deux fois du chevalier de Meré (édition de 1715, t. I", p. 3o6; t. Il, p. 363) et une fois de M. de Plassac-^Ieré (t. Il , p. 3Gi). Ménage rappelle qu'il a dédié au chevalier ses Obset-vations xuv la langue française et
que ce fut lui qui introduisit ce personnage chez M"'" de Lcsdiguières, d'où il passa choz la maréchale de Glérambaul.
' M. Lillré dit, sous le mol sarbacane: wLa forme correcte est sarbatane, qui se trouve dans Balzac,») et le savant philologue rappelle qu'en espagnol, en italien, en arabe, on donne toujours à ce mot la désinence tana. Sarbataim est dans Rabelais et sarbatane dans les Essais de Montaigne, dans la relation des Voyages de François Pyrard (iG) 1), citée par le Dictionnaire de Trévoux, dans le Mascural de Gabriel Naiidé, dans le Roman bourgeois de Furetière et dans les Propos rustiques d' Eotrapel , par Noël du Fait, sieur de la Héi-issaye, cités par M. Gh. Defrémery, de l'Institut {Revue critique du 8 avril 187/1, p. 91 et 99). Je retrouve à l'instant même la forme sarbatane dans une des lettres du cardinal de Retz que vient de publier M. R. Gliantelauze ( Le cardinal de Retz et l'affaire du chapeau , in-8 ", 1878).
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
cela , je verray sil nierite le titre d'honneste homme que vous luy donnés à la teste de vostre Barbon '.
Vostre lettre de M' de Grasse ou à M"^ de Grasse (il faut sçavoir comment cela se doit dire de M' de Vaugelas) a esté trouvée rare", comme en eflet elle Test. Quelqu'un désiroit quelque changement à la fin depuis l'endroit où commence le compliment, mais ça esté sans l'opiniastrer, et en ne laissant pas de l'admirer.
Je suis. Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce a3 noveaibre i64o.
À M. DE BALZAC
À BALZAC
Monsieur, il n'y a rien de si doux dans la vie que l'amitié et, poui- venir d'abord de la thèse à l'hypothèse, l'affection que vous avés pour moy est ce que je sens de j)lus délicieux dans la vie *. Je ne considère point icy qu'elle m'est glorieuse et qu'elle fait la meilleure partie de ma bonne réputation. Cet intérest,
' Le J?ar6on , composé déjà, comme on le voit, en i6io, ne fut publié qu'en 16^-18 (l'aris, Aug. Courbé, in-8°). En lêto du Barbon tel qu'il a été inséré dans les Œuvres complètes de i665 (t. If, p. 689-71 7), on ne trouve pas ie nom du chevalier de Meré, mais seulement celui de Ménage, auquel l'opuscule est dédié.
- Cette letlre ne parait pas avoir trouvé place dans le recueil de i665, on du reste les lettres à Godeau sont excessivement peu nombreuses. Je n'en compte dans tout l'énorme volume que quatre au plus : une du 3G novembre i63i (p. 269), la deuxième du 10 mai i633 (p. 1 79), la troisième du 12 avril 1689 (p. 53-3), la dernière, du même jour et de la même année (p. 585).
^ Sous ces lignes de Chapelain, il convient de placer les premières phrases de la letlre déjà citée de Balzac (lettre XXX du livre XXII) : «C'est
quoyqu'il soit honneste, n'est pas digne d'un philosophe qui peut aymer la gloire, mais qui n'agit pas assés noblement quand il n'agit que par ce principe. L'inlérest que je cherche et que je trouve en vostre amitié est la satisfaction intérieure que me donne la possession de ce trésor, qui ne dépend point de l'opinion du vulgaire et qui est aussy sohde et aussy peu périssable que la vertu qui le produit. Mais comme j'en tire un avantage si notable , je ne souhaitte aussy rien tant que de n'en demeurer pas ingrat, et de faire que mon affection ne vous soit pas tousjours inutile. Si je ne vous puis donner la mesme satisfaction de moy que je reçois de vous,ny remplir vostre esprit d'une aussy belle idée que vous failles le mien , je voudrois au moins vous payer mon bonheur de quelque divertissement agréable , et ne perdre aucune occasion de vous plaire ou de vous amuser.
Jugés par là, Monsieur, quelle mortification j'ay eue lorsque j'ay esté réduit à ne vous pas accorder la seule chose que vous avés désirée de moy, depuis que vous
fort peu de chose que mon amitié , et quand elle ne seroit pas fascheuse , elle est si stérile et si inutile, qu'il faut estre entièrement désintéressé pour s'en trouver bien. Mais la voslre que n'estelle point? Je n'oserois m'engager dans une matière si vaste, et il me suffit de vous dire, comme de coustume, que c'est l'unique joye de ma vie et tout le plaisir de mon esprit, n A cela Chapelain répondit, le 28 décembre i6io, dans une lettre toute remplie de compliments et dont je ne citerai que ce passage (f 356 v°) : !c Monsieur, ne dittes jamais que vostre amitié soit stérile et inutille, puisqu'elle tait riches ceux que vous en honnorés, mais d'un thrésor de gloire et de satisfaction qui n'a pas son semblable en la terre, et que si on l'osoit la prétendre autrement que de grâce, ces avantages qu'on en tire y feroient aspirer tout le monde comme à un bien qui ne se peut estimer. . . ^
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
maymés, et quun commandement supérieur ma erapesclié d'user pour vostre contentement d'un bien (si toutesfois ma Pucelie est un bien) qui ra'estoit dautant plus propre que je ne le devois point à la fortune et qu'il est une pure production de mon petit esprit. 11 a fallu pourtant me résoudre à cette dureté, et je vous avoueray que, me faisant une extrême peine à moy-mesme. jen'ay pas conté entre les moindres obligations que je vous ay, de vous avoir veu souffrir ce refus sans peine, et j'ay conneu que je n'avois pas seulement en vous un amy bienfaisant, mais encore indulgent, qui se pouvoit passer de ma complaisance et qui ne se piquoit que de mobliger '.
Rien de semblable ne se rencontroit pour raoy en la personne de M' l'ambassadeur de Suède. Je n'ay point fait aussy deffort sur mon esprit, lorsque j'ay esté sollicité de luy mettre la Pucelle entre les niiiins' et que je m'en suis excusé parce qu'il n'estoit que M' Grotius, et qu'il n'estoit point M' de Balzac , à qui je ne puis rien dénier sans me faire violence, estant contre nature de re-
tenir une partie de soy après en avoir donné le tout.
Je veux espérer que les craintes que vostre bonté vous cause sur le sujet de j\P Mainard se trouveront vaines, et peut estre que ce qui n'est qu'espérance en moy est certitude maintenant en vous, c'est à dire que vous jouisses possible à cette heure de cette compagnie que vous attendes depuissi long temps avec tant dimpatience. Mais soit que vous la possédiés maintenant, ou que vous ne la devies posséder quau printemps, je me resjouis dès cette heure du plaisir que vous en tirerés et d'autant plus (jue je me persuade que si je ne suis pas assés heureux pour estre un des personnages de vostre conversation , j'en seray au moins quelquesfois la matière, et vaudray au moins quelque chose dans vos discours \
Le jugement que vous avés fait du livre de M' de Priesac est conforme à celuy de tout le monde * et non seulement de deçà , mais encore de delà les Monts. M' le cardinal de Bentivoglio en a escrit dans vostre mesrae sens à M' de Saint-Nicolas, et, si je puis,
' Ceci explique un passage jusqu'ici bien obscur (p. 863 de l'in-folio) delà lettre de Balzac du 19 novembre i6ùo (datée du 29 novembre i6i i) : ttVous n'avez pas osé me la mettre entre les mains, et il y eut donc en cela un grand combat entre vostre inclination et vostre devoir? Ces paroles, Monsieur, sont très obligeantes, quand mesme elles ne seroient pas véritables : mais estant véritables, comme elles sont, elles me touchent très sensiblement. . . n Le lecteur de Balzac ne pouvait évidemment deviner que l'article la désignait la Pucelle, dont il n'est nullement question dans ce qui précède, la lettre ayant été tronquée en cet endroit.
« On a vu que Balzac (lettre XXV du livreXXII) avait conseillé à son ami «de contenter la passion de Monsieur l'Ambassadeur, qui désire trop violemment vostre Pucelle, pour en estre refusé.n Déjà précédemment Balzac avait insisté pour que
son ami comuumiquAl à Grotius les premiers chants du poëmc.
^ Balzac, ne voyant pas arriver Mainard, avait écrit à Cbapelain (p. 86i de l'in-folio) : «C'est un objet de nouvelle inquiétude, s'il ne vient bientosl , ou s'il ne me fait sçavoir la cause do ce second retardement. La seule rigueur de la saison est une excuse trop légitime, pour ue pas venir. Et quoyque j ave grande passion de le voir, je ne sçay si je dois désirer qu'une teste qui m'est si chère s'expose à toutes les injures du Ciel irrité, et qu'à l'âge de soixante ans ou environ [Mainard avait alors cinquante-huit ans], il mesprise les menaces du Dieu peiruqué de glaçons, Vhyver à la barbe sonnante, qu'un autre poêle appelle le Dieu de la vieillesse.''
* Voir sur Daniel de Priézac une noie de la lettre CLIIl. Voici comment Balzac (p. 8G6 de l'in-folio) avait parlé du livi-e en question {Ob-
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
je vous envoyeray, ce voyage, rendroit de sa lettre où il en parle. Je donneray aussy celuy de la vostre à M' de Saint-Nicolas afin qu'il l'envoyé à Rome, et que l'éloquent de ce pais là ait la joye de s'estre rencontre dans le sentiment de l'éloquent de celuy-cy. M' de Priesac verra lun et l'autre , et Dieu vueilleque son ressentiment ne le porte point à vous en remercier par escrit !
Outre les vers latins que vous m'avés envoyés pour iVrde Voiture, il ma encore prié de lu y donner ceux où vous descrivés si noblement la critique de M' Guiet, et m'a asseuré que, depuis six jours, M' de Chavigny luy avoit parlé de vous et de vostre mérite, comme nous le pouvons souliaitter. Je luy ay laissé penser que cela ne vous déplairoit pas, sachant pour mon regard ce que j'en de vois croire'.
J'ai donné à M' Rocolet deux exemplaires de M' Ménage, et vousne m'en accusés qu'un. Je vous ay envoyé par ce messager le livre de M' de Rohan " que M"" Siihon m'a prié de vous faire tenir avec mille baise mains de sa
part. Je vous envoyé une Oraison latine de M' Bouchard prononcée devant le Pape nudius terlius, comme qui diroit à l'Ascension dernière ^, et partie de Rome dès le mois de juillet, mais celuy qui l'a apportée estoil monté sur une tortue et n'arriva qu'avant hier. J'en attens vostre jugement, comme du sonnet que je fis , il y a dix mois , sur le passage du Rhin de M^' le duc de Longueville, qui s'esloit égaré parmy mes papiers et que je n'ay retrouvé que depuis six jours. 11 sera dans ce paquet. Je vous rens grâces de vos avis sur le pi-écédent qui pourtant estoit le subséquent.
Je suis, Monsieur, vostre, etc.
De l'aris, ce 2' décembre iG'io.
CGCCLVL