AU SIEGE DE LA MOTHE
Monsieur \ j'eus une
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de
> Michel Le Masle, prieur des Roches, était déjà secrétaire de Richeheu avant l'année 161 5; en 1683 il est désigné comme surintendant de sa maison; ii devint (vers la fin de 1689 ou vers ie commencement de i633) chanoine et chantre de Notre-Dame de Paris. Il posséda toujours toute la confiance du cardinal. Voir sur lui, dans le tome ï" du recueil de M. Avenel, les pages XIX et xx de la préface, et la note i de la page 7/18.
- On le voit clairement, Chapelain n'avait encore reçu, en juin i63i, aucune pension du cardinal, mais seulement une gratification que l'on promettait de renouveler. Peliisson a donc eu
tort (Histoire de l'Académie, t. I, p. i5) de dire que, avant i634, le cardinal avait témoigné à Chapelain «l'estime qu'il faisait de lui en lui donnant une pension, n
^ Antoine de Gramont était alors âgé de trente ans. Il devint maréchal de France en i6ii, et duc et pair en 1 663. On l'appela comte de Guiche jusqu'à la mort de son père, Antoine II (août i6hli). Soit comte de Gniche, soit maréchal de Gramont, Antoine lll, qui était un homme d'infiniment d'esprit, aima beaucoup les lettres et les lettrés. Voir particulièrement, sur ses relations avec Ralzac, la note 9 de la page 728 des Mélanges historiques. Lettre CXXIII.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
vous point trouver chés vous le joiir que j'y fus. pensant vous y trouver malade, mais* j'eus une grande douleur lorsque jy retournay, et que je seeus que vous estiés parti de Paris pour l'armée. Vous me permettre's bien de vous dire que mon affeclion m'a appris à craindre depuis que vous lavés approuvée, et que je ne vous puis sçavoir en péril sans trembler. Quand cette passion nasquit en mon ame. elle tît naistre mille désirs pour l'accroissement de vosire honneur, et me fit croire que vous ne sériés jamais assés couvert de palmes; comme elle s'est augmentée, il m'a semblé qu'il suflSsoit de la gloire que vous avés acquise et que cestoit vous faire tort de vous en "souhailter davantage. Maintenant qu'elle est en son plus haut point, non seulement je ne vous souhaitte plus de triomphes, mais je les appréhende mesme et frémis de penser que vous estes allé chercher les ennemis, encore que ce soit pour les vaincre. Le parti que vous combattes n"a point d'homme plus animé à sa ruine que nioy. et cependant vous estes cause que je le favorise un peu, et que je consens de bon cœur que le seigueur de La Molhe demeure encore
souverain de cette petite pièce de terre '. pourveu que nous vous ayons icy en seureté. Mon impatience est grande de sçavoir ce que deviendra ce siège, lequel sera fort importun , s'il tire en longueur et qu'il vous retienne, ou fort dangereux, si l'on le veut haster et que vous y soyés.
La mort du chevalier de Seneterre nous fait avoir peur des choses mesmes qui y estoient le moins à craindre \ Je respons pour le logis de M. le cardinal de La Valette \ de l'hostel de Rambouillet, de la salle de M"' Paulet * et de mon antre', où l'on se plaint également de ce que vous avés trop de cœur. Je me persuade la mesme chose des autres lieux où je nay pas d'habitude et où vostre vertu est connue, c'est à dire de toute la belle Cour.
En vous attendant, je travaille au premier livre de la Pufelle, et suis dans les préparatifs de la guerre. Lorsqu'il luy faudra faire mener les mains, je ne seray pas si téméraire de l'entreprendre sans vous en avoir amplement consulté. Je recevra y vos ordres comme de mon général et n'exécuteray rien que ce que j auray recueilli de vostre bouche. Le-s pensées et les termes
' La ville de la Mothe, assise au sommet d'un monticule isolé, occupait un étroit emplacement.
^ Gabriel de Saint-Nectaire, fils de Henri de Saint-Nectaire, marquis de la Ferté-Naberl , fut tué le 3o mai : il était alors capitaine des chevau-légers. Voir sur sa mort les Mémoires du duc di' la Force (t. III , p. 8'i) et le livre déjà cité de M. d'HaussonvilIe (t. I, p. Saa). Se'on ce dernier historien, «le galant marquis de Senneterre fappeléen cet endroit marquis par erreur], le favori des belles dames de la cour de France , imagina de donner à dîner dans la tranchée à quelques-uns de ses amis. Au moment où il portail la santé du nouveau duc de Lorraine, entendant par là le roi de France, un boulet lire de la place vint le tuer au milieu de ses
^ Chapelain veul dire qu'il {jaranlil que les dames de Rambouillet, M"' Paiilet et lui-même tremblent du danger que courent le fils du duc d'Epcrnon et son camarade le comte de Guiche.
* Angélique Paulet était alors âgée de quarante-<li?ux ans environ. Tallemant des Réaux el son commentateur ont tout dit sur elle (Ifi*ioriettes, t. III, p. i 1-96).
* Ce que Chapelain appelle son anire élail alors situé dans la petite rue des Cinq-Diamants . parallèle à la rue Saint-Martin et qui . avant d'être absorbée par le boulevard de Sébastopol, s'étendait de la rue des Lombards à la rue Aubry-le- Roucher. L'humble logis de Chapelain eut rbonneur d'abriter, dans l'automne de ib3i. dans l'été de i6.35, les membres de l'Académie française. (Pellisson, t. I, p. /i.3, 66. 67.)
LETTRES DE JEAN GHAPELAIiN.
seront de vous, je ne ieur presteray que la rime '.
Si M. Arnaud * me tient parole , il vous assurei'a de mon zèle et vous persuadera de ma passion. Je pense toutoifois que vous ia croyés desja extrême, et qu'il n'y a rien que vous ne vous promettiés . Monsieur, de vostre, etc.
De Paris , ce t) juin i634 '.
À M. DE BOISROBERT
Monsieur, je vous dispense de bon cœur
de la peine que vous donnent mes lettres à leur respondre. Je vous dispenserois à un besoin de les lire pourveu que vous en vissiés la suscription et que je vous parusse soigneux au point que je le dois estre. Vos heures sont trop occupées et trop légitimement pour exiger de vous aucunes courvées * et je serois trop injuste envers nostre Seigneur de vouloii' partager avec luy un si bon chrestien que vous ^
Pom' vos dames , je ne m'estonne pas de la chasse qu elles vous donnent , et du plaisir qu'elles prennent eu vostre compagnie. U seroit bien estrange qu'un courtisan rafr
' Le futur maréchal de Gramont fut donc , lui aussi, comme le P. Joseph, un peu le collaborateur (j'allais dire le complice) de Chapelain. On ne se doutait guère de la part prise par le brillant oflicier à la composition du plus ennuyeux des poèmes.
* Le lieutenant des carabins à l'armée d'Allemagne, avec lequel Chapelain entretenait une correspondance assez active.
^ Mentionnons (f 8 '-i ) une lettre, du 2^ juin , t'aii comte de Guiche, au camp devant La Mothe.n Chapelain y dit avec enjouement au futur maréchal : «Bien qu'en Testât où vous estes ce soit en quelque laçon desservir le Roy de vous escrire d'autre chose que de ce qui regarde l'avantoge de ses armes et que ce soit retarder la victoire qu'il attend principalement de vos mains, de vous deslourner par une inutile lecture, néantmoins «juand je devrois estre mis au nombre des criminels, je me dormeray cette liberté que vous m'avés permise, et jouiray de vostre indulgence au préjudice mesme des affaires de S. M . . . Le plus desraisonable et le plus insupportable ennemi que nous ayons est le chaud qui nous estouffe et nous prive de nos promenades. Quelquefois la Pucelle parle sérieusement de combattre et s'efforce de représenter ce que vous faittes maintenant. Dieu vous garde de son malheur et adjousle sa gloire à la vostre! C'est le souhait. Monsieur,
de vostre, etc.» Dans une lettre au même
(f° 8.5), du 96 juillet, Chapelain parle de la sage
Artmice [M'^" de Rambouillet] et du duc de Longueville. Enfin, dans une lettre à M. de Sales, qui, comme quatre autres correspondants de Chapelain, Arnauld, le marquis de Monlauzier, le comte de Guiche et le marquis de Gesvres, était au siège de la Mothe, Chapelain, le 2/1 juillet (f 87), après avoir dit: «Quand vous auréspris et taillé en pièces le Cardinal Infant, vous nous manderés toutes nouvelles. Avant cela je vous en dispense. . . » , le plaisante sur ses succès auprès des Lorraines, ajoutant : «Mais que diront celles que vous avés laissées en France dans l'opinion que vous ne les haïsses pas? Il se trouvera des lionnes. [allusion au surnom donné à M"' Paulet] qui seront bien aises d'avoir à vous reprocher l'inconstance qu'elles ont déjà reproché à M. vostre frère, r
'' Chapelain écrivait courvée, quand son ami Balzac écrivait corvée. Voir la note 1 de ia p. 5oi des Mélanges historiques. Lettres de Balzac, n" XXXII.
^ Ce n'était pas précisément comme boti chrétien que brillait Boisrobert, et le mot qu'un plaisant lui adressa résume bien, à cet égard, le sentiment de ses contemporains : comme on parlait, un jour, de généalogies fabuleuses, Boisrobert, qui s'appelait Metei, déclara qu'il avait envie de se faire descendre de Metellus; et quelqu'un s'écria : «En tout cas, ce ne sera point de Metellus Pius. (Historiettes , t. II, p. il 2.) On sait que Boisrobert, entre autres habitudes qui
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
tiné comme vous ne fusl pas extrêmement couru par des provinciales, et que celuy qui a donne' de l'amour aux plus belles du siècle ' ne piquast que légèrement celles qui ne s'estiment qu'autant qu'elles les peuvent imiter. Mais prenës garde à vous, car je ne vous tiens encore si guari ni si confirme' en grâce, qu'avec ces objets devant les yeux vous ne fussiés capable d'oublier vostre condition présente et de chanter autre chose que des pseaumes et des leçons. Je vous connois si tendre et si fragile quà moins de vous bien préparer et de prendre une résolution bien ferme, il se pourroit rencontrer telle personne qui vous feroit pleurer autre chose que vos péchés.
Raillerie à part, j'approuve que vous establissiés une excellente réputation au lieu où vous êtes né, et oii dans la suitte des temps vous pourrés faire vostre retrailte '. Il n'y a point de vray plaisir ni de vrav repos sans l'estime, laquelle je mets, après la vertu, au rang des premiers biens. Je vous conseille d'achever vostre résidence et de ne rien gaster dans vosti'e affaire par vostre précipitation. Vous sçavés ce que nous avons dit de la manière dont vous aviés à vous conduire en cecy avec Monseigneur afin de ne luy laisser pas oublier ce que vous luy estes. Ce que vous avés à iaire
ne sont pas d'un bon chrétien , avait celle de jurer avec excès, et que son laquais assurait naïvement que c'était la seule consolation de son maître, quand il était tourmenté par la {joutte. {IbùL, p. 387.)
' Cette assertion fait penser à ce qui fut dit si spirituellement de i'abbé de Boisrobert par M"" Cornue!, que' sa chasuble était faite d'une jupe de Ninon. {Ibid. , p. /i 1 1 . )
- Boisrobert était né à Caen, mais il ne devait pas y faire sa retraite. Ce fut à Paris qu'il mourut, et, je regrette d'avoir à le rappeler, sa fin, trop digne de sa vie, n'eut rien d'édifiant.
^ Chapelain pensait à Henri de Lorraine , duc
maintenant, à mon avis, est descrire soit à luy, soit à vos amis, d'auprès de sa personne, avec un tel tempérament, qu'il reconnoisse vostre impatience , et ne vous commettes point dejaisser perdre un bien qu'il vous a procm'é.
Depuis mes dernières, nous avons eu la nouvelle de la réduction de La Mothe, c'està-dire de l'entière extinction du nom Lorrain, après quoy j'estime que le duc Charles ressuscité pom-ra faire des placards et des protestations contre les volontés du Roy et de la justice de ses armes sans beaucoup de profit. Nous voyons le juste jugement de Dieu sur la teste de cet ambitieux dont les ancesti-es ont prétendu osier la couronne de dessus celles de nos roys \ Nous voyons des révolutions qui peuvent servir de consolation aux misérables que les entreprises de la maison de Lorraine a aulresfois ruinés. C'est assés des affaires publiques.
M. de Racan sçaura vostre souvenir et j'espère de vous mander au premier joiu- son ressentiment l«à dessus*. M. Godeau sesl trouvé à l'ouverture île vostre lettre et vous baise humblement les mains : il est parti aujourdhuy pour Dreux. Je feray sçavoir à ces autres Messieurs que vous les aimés tousjours et que vous vous honorés du titre d'académiste '. Quand j'escriray à M. de
de Guise, l'adversaire de Henri Hl, et à Charles de Lorraine, duc de .Mayenne, l'adversaire de Henri IV.
* Honorât de Bueil, marquis de Racan, était alors âgé de quarante-cinq ans.
' Ce fut tout d'aitord le mot employé, et académicien ne le remplaça que plus lard. On n'ignore pas que Saint-Kvreniond intitula sa satire contre la nouvelle compagnie : La Comédie des académisles pour la réjormalion de la lanffue française. Cette satire, imprimée pour la première fois en 1600, avait, selon l'expression de Pellisson (t. I, p. 48), «couru longtemps manus-
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Balzac, je luy manderay ce que vous m'ordonne's et vous donneray de ses nouvelles lorsque j'en apprendray. Je suis tantost libre de mes ouvriers et m'en vay incontinent vaquer à la contemplation. J'ay bien à me plaindre de M. de Bullion, mais j'ay davantage à me louer de vous, à qui je suis. Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce 3 aoust i63i'.