LUI
À M. DE BALZAC
À BVLZAC.
Monsieur, je respons à deux de vos lettres par celle-cy. Vostre soin extraordinaire et mes embai'ras accouslumés m'ont fait estre en reste envers vous à ma honte. Je suis bien aise de sçavoir que je ne passe pas dans vostre esprit pour un des objets de vostre indignation et que vous me mettes hors du nombre des monstres de ce siècle. Je suis ravi de voir que je suis un des sujets de vostre consolation ' et que la créance que vous avés avantageuse de moy vous donne plaisir au milieu des choses qui vous blessent. Je reconnois le tout de vostre bonté et de vostre grâce, hormis la franchise ([uc vous mattribués, laquelle m'eslant naturelle et inviolable pour des personnes qui mo sont bien moins considérables que vous , je n'en dois la louange qu'à vostre justice cl ne vous remercie en ce particulier que de no me point faire de tort.
une pièce qui se compose de quinze strophes de six vers chacune. Voici la première :
Triomphante Amazone, invincible Julie Que de tant de vertus les cieux ont embellie.
Race des belliqueux Romains, Gareuty du trespas l'aigle victorieuse
Dont la fortune glorieuse A veu sous son pouvoir l'empire des humains.
Sur celle pièce, contenue dans les Poésies de Chapelain, au déparlemenl des Manuscrits de la Bibliothèque Nationale, voir Taiiemant des Roaux (I. 111, p. 269).
' Pierre de Boissat, membre de l'Académie française, né à Vienne en i6o3, mourut le 38 mars lOOa. C'est lui qui, «dès son enfance.
avait été surnommé Boissal l'esprit. n {Hisloive de l' Académir française par l'abbé d'Olivet, t. Il, p. 78.) Tallomant dos Réaux a cité de Boissat (t. II, p. aa'i) un quatrain qui ne dément pas le surnom dont il avait été gratifie.
* Madame la marquise de Rambouillet , mère du marquis de Pisani. Chapelain avait délicatement associé l'éloge de la mère à l'éloge de la fille.
■^ Chapelain répond ici à celte phrase de la lettre \11I du livre .WII, improprement datée de i()3(), comme nous l'avons déjà remarqué : rVos lettres sonl mes plus douces consolations, et je n'en reçois point qui ne me face du bien pour huit jours (p. --ii) do l'in-fol.).'?
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
Quand (sic) à la leltre que vous avcs soupçonné d'avoir esté ouverte', je ne puis qu'en dire pour ce que je ne la considéray point de si près en vous l'envoyant, et néantnioins si j'avois à en respondre devant les juges, je croii'ois jurer sans parjure qu'elle ne Ta point eslé, si ce n'est par celuy inesme qui l'avoit escritte, car il me souvient qu'elle esloit enfermée dans le mesme paquet qu'il m'addressa. En tout cas je n'ay si mauvaise opinion ni de vous ni de moy. quand elle auroit esté violée, pour m'imaginer que ce soupçon me regarde, et que vous en ayés fait une plainte indiscretle contre moy.
Je vous rens grâces de l'éclaircissement que vous m'avés donné touchant vos dispositions domestiques, et me resjouis que vostre bon naturel ne vous sera point ruineux.
Je mets entre les miracles de voslre éloquence l'opinion que vous m'asseurés que M. Girard' a de moy, car je n'ay point esté assez heureux pour luy rendre jamais de service, et ne croy pas mesme luy avoir tesmoigné le désir que j'en ay. Je reconnoy à ce bien qui m'est venu contre njon attente
qu'il n'importe pas dans le monde d'avoir du mérite et qu'il suffit d'avoir de bons amis pour se mettre en réputation. Vous estes l'autheur de cette bonne fortune, vous la conserverés, s'il vous plaist, à celuy à qui vous l'avés procurée et asseurerés sans charge de conscience M. Girard, que je ne le tromperoy jamais dans la promesse que je luy ffiis icy de l'honnorer toute ma vie très fidellement.
Pour la dernière Académie , sans vous la prétendre faire aymer, je vous asseureray qu'elle n'est pas si estrange qu'on vous la fait, et qu'il a suffi que ce fust une nouveauté pour souslever force monde contre elle. Si néantnioins il eust esté en ma liberté d'en eslre ou de n'en pas estre, je vous avoue que je m'en fusse dispensé, et que, sans la mépriser, toutes les fois que je me pourray donner le temps qu'il faut par considération que je luy donne, je le feray asseurément, car je suis le plus accablé des hommes'. Cela demeurera entre nous, s'il vous plaist.
De Paris, ce [m blanc] novembre i(J3i.
' Balzac s'était plaint en ces ternies (ibid.): « J'a y trouvé celle de noslre ami exilé [ M. de Chaudebonne, qui était auprès de Gaston d'Orléans, dans les Pays-Bas, en 1 63^] dans voslre pacquet. Elle avoit eslé ouverte et recaclietée, quand elle vous fut rendue. Et il y a de l'apparence que s'il eust eu quelque chose de dangereux et qui eust senti le mauvais air de Bruxelles, d'où elle venoit, on ne se fust pas contenté de l'ouvrir et de la recacheter. Ces curiosités ne sont pas louables. Mais je ne veux point d'éclaircissement là dessus, et vous me désobligeriez si ma plainte ne périssoit entre vous et moy.»
- Sur les dtux frères Girard (Guillaume, le secrétaire du duc d'Epernon, et Claude, l'otTicial d'Angoulême) , voir la note i de la page ii8 des Mélanges historiques. Lettres de Iialzac,n°\. Le
Girard dont il est ici question est sans doute Claude, l'intime ami de Balzac.
^ Ce paragraphe est dans VHistoire de l'Académie français», édition de M. Livet (t. I, p. 364). Balzac (lettre XVI du livre XVII, datée du 3o septembre i636, et qui doit être du 3o novembre i634) répare ainsi ce qu'il avait écrit de peu gracieux pour l'Académie (p. 728) : «J'avois esté mal informé de Testât de vostre Académie. Sans doute la peinture qu'on m'en avoit envoyée, n'avoit pas esté lirée après le naturel. Vous m'avez fait plaisir de me destromper, et je voy bien que cette nouvelle société fera honneur à la France, donnera de la jalousie à l'Italie, el, si je suis bon tireur d'horoscope, elle sera bientôt l'oracle de toute l'Europe civi-
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN