‹ Lettres. Publiées (volume 2)Chapitre 2 sur 134 · A M. GODEAU · texte numérisé non relu

A M. GODEAU

À DREUX

L'impatience que je me donne dans vostre esloignement est une des moins raisonnables passions que j'aye. Quand je ne vous voy point, il est impossible que je ne me plaigne, mais lorsque je vous accuse de me retenir ce bien, je pense beaucoup moins à vous condamner qu'à esventer ma peine. C'est une grâce que je vous demande et que je vous donne aussi, que nous puissions tousjours de la sorte nous mettre en colère sans nous fascher, et presser qu'on nous face raison sans nous soucier (jue l'on nous la face. Allons nostre cbemin, acquittons nous de ce que nous devons aux nécessités el aux bienséances de la vie, et laissons crier la partie inférieure qui ne désire que ses aises et que souvent il n'est pas inutille de mortifier. De sens rassis je sçay que vous voudriés estre icy avec nous et que les amitiés que vous avés à Paris l'emportent infiniment sur celles que l'on a pour vous à Dreux. Je ne doute point que vous ne vous défaciés de ces dernières aussitost que vos affaires vous auront remis en liberté. Je me pourrois passer de l'éclaircissement que vous m'en donnés, et néantmoins je prens plaisir à me lamenter de vous, conmie si vous estiés coupable , et ne voy pas sans cbatouillement [ni] beaucoup de contentement vos-

■ Chapelain fait ici allusion à l'emploi, qui lui avait élé offert, de secrétaire de l'ambassade à Rome. Voir la lettre IX.

- Chapelain élait bien informé : le duc d'Orléans , après avoir essayé d'obtenir un plus facile accommodement, dut se résigner à subir les dures conditions du traité (tu 29 septembre iGSa.

^ Maëstricbt, chef-lieu du Limbourg, se rendit à Frédéric de Nassau, prince d'Orange, ie •22 août 163-2.

' C'est la lettre si remarquable adressée au ministre Pierre du Moulin, le 28 août i63a (lettre III du livre V, p. i/i8-i5i).

^ On a deux lettres de Balzac à M. de Gaillard, l'une du 10 janvier, l'autre du 20 mars i636 (lettres XXXIV et XXXV du livre IX, p. /i3/i et /i35).

'' Cet ami m'a bien l'air de n'être autre que Chapelain lui-même.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

lie innocence dans les raisons que vous m'en allegue's.

Je suis bien aise encore que vous vous disposiés à recevoir rhomnia^e que ce grand monde vous veut rendre , et que vostre vertu no soit pas si austère qu elle refuse ia seule récompense qu'on luy peut offrir. Si vous m"eussiës mandé le sujet de vostre nouvelle Ode, vous ne m'aurie's pas laissé à deviner. Si ce n'est saint Paul , il vous appellera en jugement devant les Muses qui sçavent bien qu'il est le premier en datte entre vos créanliers'.

Le conte ^ de Fiesque ' m'a amené Ro- Irou^ et son Mécène \ Je suis marri qu'un garçon de si beau naturel ait pris une servitude si bonteuse, el il ne tiendra pas à iiioy que nous ne l'en affrancbissions bien-

tost'. Il a employé vostre nom, outre l'authorité de son Introducteur, pour se rendre considérable. dit-il, auprès de ma personne. Mandés moy si vous prenés part dans l'assistance el les offices qu'il attend de moy el à quoy je me suis résolu.

Ne nous demandons plus de continuation d'amitié de peur de faire tort à la créance que nous devons avoir l'un de l'autre.

Le secrétaire à la grande femme, que je ne voyois plus, m'est venu visiter avec façon et, comme il y a apparence, avec repentir (lu passé '. Il monstre de vouloir renouer pratique*. Je luy rendray civilité jusques à ce que vous m'ayés conseillé si je luy dois rendre amilié.

Il n'y a aucunes nouvelles.

De Paris, ce 3o octobre i63i2 '.

' Saint Paul inspira perpôluellenicnl Godcaii , avant comme pendant son épiscopat : Odes, slances, poëme, i'acni de Cliapeiain employa tous les genres de poésie pour célébrer la gloire du grand apôlre. La Paraphrase sur les épîlres aux Corinlliiens, aux Galaics el aux Ephésiens ( Paris, 1 683 . in-i°), tant vantée par Balzac (lettre à l'auteur, du 10 mai i632, n" XXII du livre V, p. 179), fut suivie de plusieurs paraphrases (in-/i° et in-12) sur les autres épîtres (dei6H5 ài6ii), et enfin Godeau fil paraître (in-12, i65i) Saint Paul, poème chrétien.

- De même que Chapelain écrit conte pour compte, il écrit conte pour comte, comme de son temps écrivait presque tout le monde. C'est, du reste, l'orthographe du moyen âge. Voir les exemples empruntés par M. Litlré à divers romans de chevalerie.

^ Charles Léon, comte de Fiesque, sur lequel on peut voir la note 2 de la page 5 1 8 et la note 1 do la page .5 2 9 des Mélanges historiques [Lettres (le Balzac, n"' XXXVIII et XLIII).

^ Jean de Rotrou, né à Dreux, comme Godeau, était à celte époque un jeune homme de vingl-lrois ans. Son Hercule mourant ,iim{é de Sénèque, fui joué Tannée même où Chapelain

reconnaissiiil en lui, à première vue, un csi beau naturel?'.

' Je ne trouve nulle part le nom de l'indigne Mécène du jeune Rotrou. Malheureusement, Tallemant des Réaux a oublié, dans ses Uistoi-ieltrs, l'auteur de Venccslas. Plusieurs critiques, notamment M. Guizol (Corneille cl son temps, édition de 18G6, in-ia, p. 366), ont cru que Rotrou avait pris quelque engagement dans une troupe de comédiens en qualité d'auteur, selon l'exemple d'Alexandie Hardy. Cette explication ne me parait pas Irès-salisfaisanle. Faute d'autre, on doit pourtant l'accepter, puisque surtout le judicieux auteur d'un travail spécial. .AI. J. Jarry ( Essai sur les wuvrcs dramatiques de Jean Hotrou, 1868, in-b", p. ti), la juge vraisemblable.

* Celte phrase a élé reproduite par Camusal {Mélanges, p. A); seulement les mots: Je suis marri ont élé remplacés par les mots : c'est dommage.

' J'ai vainement cherché quel pouvait être ce sea'élaire à la grande femme.

* Pratique veut ici dire relation, habitude, commerce.

' Suit (fo v") une lettre non datée, dont le

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