À M- GODEAU
À DREUX
La liberté de laquelle nous usons ensemble est la plus chère production de nostre amitié. C'est le fruit du mariage de nos es-
destinalaire n'est pas nommé. Ce devait être un magistrat d'un rang élevé. Chapelain le remercie en ces termes: k C'est faire faveur de bonne grâce lorsque, pour une recommandation que l'on demande, on expédie un arrest définilif. Vous ne sçauriés agir médiocrement, estant dans le haut estage des hommes. Dieu vueille qu'en chose qui regarde vostre service, je trouve occasion de vous monstrer que je vous sçay bien imiter. Mon amy sçaura ce que ma prière a
obtenu de vous Je vous iray desrober au
premier jour une heure de cette ravissante conversation d'où je sors tousjours meilleur, et, si je n'estois point si pesant, je dirois mcsme plus habile. 1 L'ami pour lequel Chapelain intervint auprès de l'obligeant magistrat était le poëtc Claude de Malleville (né à Paris en 1097). C'est ce que nous apprend un billet sans date (f° 6) dans lequel il dit au futur académicien : « Vous verres par la response que je viens de recevoir de luy que j'ay réussy plus avantageusement en ma sollicitation que nous n'espérions tous, et que j'ay esté assés heureux pour vous faire avoir le principal , quand vous ne demandiés que l'accessoire.;' Dans une lettre (f* 6-9), du 2'» novembre 1609, adressée à «M. de Brelonvilliers, en Court;' [Claude Le Ragois, sieur de Brelonvilliers, secrétaire du Roi, mort en i6i5J, Chapelain remercie avec une intarissable effusion co personnage, qui paraît avoir été pour lui le plus obligeant prolecteur. De celte longue leltre, presque toute remplie de protestations de gratitude, je ne citerai que ces deux passages : "Le temps que j'ay perdu auprès de feu M. de la Trousse ne me louche point comme il feroil l'ordinaire des hommes pource que dedans ma philosophie il m'a assés payé lorsqu'il m'a aymé cl il m'en a donné d'assés grandes preuves lorsqu'il m'a confié ce qui luy a jamais le plus importé
prits et le gage de nostre fidélité mutuelle. Je l'entretiendray tousjours comme la chose qui m'est la plus précieuse et par laquelle le monde ne m'est pas tout à fait odieux. Tant s'en faut que je vous face des excuses de la résolution que j'ay prise de ne m'en défaire jamais, que j'alteris que vous m'en
[c'est-à-dire l'éducation de ses enfants], el puis, s quand il ne me seroit venu de sa maison autre bien que celuy de vostre connoissance el que 1p moyen de jouir d'une si singuhère bonté que l;i vostre, je penserois tousjours luy demeurer en reste el n'avoir jamais rien fait pour son soulagement qui pusl égaler ce bienfait.;; — «Au reste, la Mort de M. de Montmorency [loducel maréchal Henri H de Montmorency, décapité à Toulouse le 3o octobre précédent] a louché icy les esprits, comme au lieu d'où vous m'escrivés. Les amis, les dépendants et les intéressés, en pensant le pleurer, se pleurent eux mesraes ef donnent des larmes assés proches [sic pour à sen proches, c'est-à-dire à ses parenls] qu'ils se sont donnés à eux auparavant. Et certes il y a sujet de compassion de voir finir ainsi misérablement une teste si illustre par tant de circonstances et à qui la France avoit quelque non légère obligation. Néantmoins il faut dire le vray sans passion , celte dernière action où il s'est perdu esloit.si criminelle et les conséquences si dangereuses, que je ne sçay si le Roy se pouvoit faire un plus grand tort pour l'avenir que de se laisser fléchir par les prières qui luy ont esté failles pour son salut. Je ne doute point que le Roy n'ait long-temps comballu, en luy-mesmo, s'il accordcroit cette vie ou s'il la refuseroil; mais la Justice en matière d'Estat est plus seure que la Clémence , et l'exemple estoil
trop nécessaire pour manquer
à le faire en un
temps où l'on veut persuader aux Peuples qu'il y a du mérite dans la faveur de l'Estranger. La suite du pardon que les particuliers donnent à ceux qui les ont offensés n'est à rien près si dangereuse, parce que tout le mal qui en peut arriver ne regarde qu'un seul homme là où le Prince ne se peut relascher quand il est attaqué, que le Public n'en pâtisse el que chacun n'y soit
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
donuiés de bonnes iouauges et que vous croyés que je ne mérite rien de vous que par là. Après cette de'claration , je ne pense pas que vous doutie's à l'avenir si je trouveray bon que vous traitiés sans façon avec nioy et si j ayiuerois mieux que nous vescussions en contrainte. Au reste, il seroit bien peu convenable qu'une fille Berg-ère, simple, pauvre et d'un langage si grossier, voulust faire des comparaisons et aller du pair avec une femme de si bonne maison, si habile, si bien disante et qui a pour mari le plus grand Roy du monde'. Non, vostre modestie ne me fera jamais sortir de celle que je professe avec tant de raison et je ne souffriray jamais que ma Pucelle soit autre que la très humble de vostre épouse.
Nous manquasmes heureusement la Damoiselle de Montagne " en la visitte que M. Conrart et moy luy fismes il y a huit jours. Je prie Dieu que nous les facions tousjom's demesme chés elle et que, sans nous porter aux insolences de Saiut-Amand\ nous en soyons aussi bien délivrés que luy '.
Nous nous voyons presque tous les jours lamv de mon ennemi et mov. Il est vrav
que c'est en lieu tiers * et que , depuis nos deux premières veues chés luy et chez moy, nous n'avons pas apporté grande chaleur à nous enlre-importuner. On vit civilement à la rencontre et comme si de rien nestoit.
J'ay veu le Mémoire de la terre qu'on vous veut vendre. Je suis estonné que ces meschans ne vous ont mis en ligne de conte la quantité d'air qui la couvre et environne et qu'ils ne vous l'ayent taxé à tant l'arpent. Il n'y eust jamais rien de si exact. Le bastiment, comme il est figuré, me semble raisonnable. Lenclos et la situation ne me desplaist pas. Ils n'y ont point fait mention de la veue; il faut croire qu'il n'y en a point : pour le revenu des terres et des prés, menudences* comprises, vous avés à prendre garde de près sur les lieux si l'on vous a dit vray : ce sera sur ce pied là principalement qu'il vous faudra résoudre si vous y trouvés vos contes et qu'on vueille descharger de tout ce qu'on vous doit on parcelles. Vous ferés. au moins, cela de mieux, eu l'acheptant, que la vente de la pièce mesme, s'il vous venoit envie de vous en défaire par après, vous seroit |)lus aisé. Mais, outre cela, vous avés à
' Allusion à riiéroïnc du Cantique des cantiques et des Egloijues sacrées , à l'épouse de Salomon.
* Marie de Jars de Gournay, la fille adoptive de Michel de Montaigne, alors âgée de soixanteseize ans environ. Voir sur celte femme de lettres les notes 'i et 5 de la page 552 des Mélanges historiques. Lettres de Balzac, n" LUI.
' Marc-Antoine de Gérard, sieur de Saint- Amant, alors âgé de trente-huit ans. C'est dans la satire intitulée : Le poète crotté {Œvres complètes publiées par M. Ch.-L. Livet, Paris, Jannet, i855, t. I,p. 209-286) que Saint-Amant s'est montré si insolent envers la vénérable ///e d'alliance de l'auteur des Essais. Le témoignage de Chapelain confirme celui de Tallemant des Réaux disant [Historiettes. — Mademoiselle de Ciournay, t. II, p. -3^7) : «Saint-Amant l'a fu-
rieusement maltrailtée; car c'est d'elle et de Maillet qu'il veut parler dans le Poète crotté. r
* Camusat {Mélanges, p. ii) a reproduit ce passage, depuis : niVoK» manquasmes, jusqu'à: aussi délivrés que /uy.i 11 a donné au nqni de l'auteur du Moïse sauvé la même orthographe que Chapelain , orthograpiie que nous retrouvons dans le Manuel du libraire (t. V, col. 89).
' Ce que nous appelons un terrain neutre.
•^ On lit bien distinctement mcni«/p/)f<'«. J'ai vainement cherché ce mot dans nos vieux dictionnaires, et ne l'ayant pas trouvé, j'en suis réduit à me demander si nous ne sommes pas en présence d'un lapsus de l'auteur, et s'il ne faut pas lire tneniies rentes. Il y avait de menues renies, comme de menues dimes (dîmes qui se prenaient sur les récoltes autres que celles du blé et de l'avoine).
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
vous asseurer des Jols et ventes ' si vostre priiicipai payement est en argent et h ne l'acquérir qu'à ]a charge du De'cret qui purgera toutes les hypothèques.
Je n'ay point de lettre de Balzac depuis trois semaines, j'en atlens tous les jours. Les dernières me tesraoignent sa santé depuis celles qu'il vous a escril.
De Paris, ce 28 novembre 1682.
À M. DE BALZAC
Monsieur, vous devés avoir reçeu maintenant les ballots que M. Granier' vous gardoit , si vos rouliers ont fait la diligence requise. Le soin que j'ay pris est de mon devoir, et si je m'en eslois attendu à d'autre qu'à moy mesrae, mon amitié me l'auroit reproché toute ma vie. Ne me traitlés donc plus de civilité ni en cela ni en quelque autre chose que ce puisse estre où vous jugerés que je vous puisse soulager, et croyés (ju'il est aussi bien de vostre devoir d'user librement de moy, comme il est du mien de ne vous refuser jamais d'assistance.
Vous m'avés remis l'esprit en l'appréhension où j'estois que vous ne vous fussiés desgoutlé de noslre monde et que vous ne le voulussiez priver^ d'un si grand orne-
' Les auteurs du Dictionnaire de Trévoux disent : rll faut écrire lods , suivant l'étymologie.n Voir, en effet. Du Gange, Glossarium ad scriptores mediœ et infimœ latinitalis, v" Laudes. C'était la taxe due au seigneur par celui qui venait à acquérir un Lien dans sa censive, taxe qui correspondait à notre droit de mutation.
- Auger de Mauléon, sieur de Granier, fut l'éditeur des Mémoires de Marguerite de Navarre, des Mémoires de Villeroy, des Lettres du cardinal d'Ossat, des Lettres de Paul de Foix. Nommé membre de l'Académie française, en septembre i635, il en fut exclus, pour une mauvaise action, le li mai 1 636. (Pellisson, His-
ment pour tousjours. Mon opinion est que . dans ce jeu, il ne faut jamais quitter la partie, et que quand il ne serviroit pas à la fortune de continuer à espérer, il serviroit à la réputation , qui est le vray bien des gens d'honneur. Je ne seray jamais d'avis que vous vous défaciés de vos prétentions, du moins au respect du Public*. Car, pour le dedans, c'est Philosophie et vigueur d'esprit que de se résoudre à tout. Vous me pardonnerés assurément si je m'ingère jusques là. Je pense que nostre union exige ces rusticités de ma franchise et ne vous en fa y point d'excuse.
Je ne sçay encore ce que mes amis veulent faire de moy : on me propose en termes généraux certains employs auxquels on s'ima fine que je pourrois réussir. Par bienséance et pour ne me pas laisser blasmer de peu de courage , je consens à ces charges , mais je n'y fais que consentir. Un certain amour du repos et de la tranquillité, que le monde appelle fainéantise, s'est glissé et rendu maistre dans mon âme, de telle sorte que les avantages du Ministériat^ ne mesatisferoient pas tant que la douceur de mon genre de vie d'à présent. Cependant la persécution de ceux qui me veullent du bien, me fait violence, et, pour ne me pas faire abandonner à eux , maintenant ma parole y
toire de V Académie française , t. 1, p. 162, i53.) 5 Le texte porte : punir, mais c'est bien probablement là un lapsus, à moins que dans le style si prétentieusement concis de Chapelain «vous ne le voulussiez punir d'un si grand ornementr) ne signifie : «Vous ne le voulussiez punir (par la privation) d'un si grand ornement." Le lecteur en décidera.
4 Synonyme de : à l'égard, de respectus, regard.
'•> Ce mot a été employé , dans la seconde moitié du xvii" siècle, par le cardinal de Relz, que cite M. Littré. Ministériat est aussi dans le Mascural de Gabriel Naudé (16/19).
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
est engagée, et il n'y a plus que quelque bon malheur qui me puisse délivrer de cet embarras. Je ne vous en puis dire davantage par escrit et ce que je vous en pourrois dire de plus , aussy bien est-ce peu de chose.
Vous perdrés , à n'estre pas icy, une lecture d'importance , le premier volume ' de la Guerre de Flandre, du Cardinal Bentivoglio'. L'exemplaire est seul dans Paris, et M. de Granier, l'ayant recouvert'^ de l'un de ses amis*, m'a voulu donner ce contente-
ment et il est vray qu'il a esté grand , car je n'ay point veu encore de moderne aller si bien sur les pas des grands Anciens'.
Vous avés sçeu la troisiesme sortie de Monsieur hors de France , ensuitte de la mort de M. de Montmorency ^ C'est un effet de ses mauvais Conseillers qui ne croyent pas estre en seurelé dans le Royaume.
Je vous baise très-humblement les mains, et suis. Monsieur, vostre, etc.
Ce [ ] novembre 1682 ".
' Chapelain , qui prodigue les majuscules , écrit Volume comme il écrit Aulbeur, Lettres, Poète, Vers, etc. Je signale celle habitude, sans croire devoir la respecter toujours.
- La première partie du livre de Gui Benlivoglio : Délia guen-a di Fiandra, parut en 1682 (Cologne, in-4°).
* riRecouvei-t pour recouvré est un mot que l'usage a introduit depuis quelques années contre la reigle et contre la raison... il n'y a point de (lifTicuIté qu'il est bon : car l'usage est ie Roy (les langues. . . Je voudrois tantost dire recouvré, et tantost recotivei't. . . dans une lettre. . . je metlrois plulost recouvert comme plus usité." (Vaugelas, Démarques, 1647.)
* M. de Granier était, d'après Pellissou (I. I, p. t53) un «curieux de bons manuscrits^, uu amateur de beaux livres, de belles reliures.
'■" On trouvera, dans quelques-unes des lettres suivantes, notamment dans la lettre VII, des appréciations étendues et où certaines critiques so mêlent à de grands éloges. Chapelain s'est plu à revenir sur le même sujet dans des dissertations spéciales qu'indique le catalogue de ses livres (Bibliothèque Nationale, fonds français, nouvelles acquisitions, n" 3i8), et qui sont conservées, parmi ses autres productions en prose ( Œuvres diverses), sous le n° 12847 *^" ^""^^ français, f 1 à 5 et G à 10.
" Le duc d'Orléans, ayant appris à Tours la nouvelle de la mort do Montmorency, quitta cette ville, le 10 novembre, et gagna la Flandre en toute hâte. Les auteurs de VArl de véiifer les dates (édition in-8°, t. VI, 1818, p. a '18) sont
d'accord avec Chapelain et assurent que le complice du duc de Montmorency sortit «une troisième fois du royaume. 1 Mais, dans un document officiel, dans la lettre adressée par Louis XIII à son frère, le aS novembre 1682, et qui fut rédigée par le cardinal de Richelieu , on lit: «Je ne vous puis dire combien j'ay de desplaisir du prétexte que l'on vous a fait prendre pour sortir cette 'i"°" fois de mon royaume. n (T. IV du Recueil de M. Avenel, p. /io6.)
' Le jour n'est pas indiqué , mais comme on ne dut pas connaître à Paris, avant une semaine au moins, l'arrivée de Monsieur en Flandre, on peut dire que la lettre a été écrite dans la seconde quinzaine de novembre. — Au P 1 1 (v") se trouve une lettre à Godeau , des premiers jours de décembre et, au plus tard, du 8 de ce mois, qui serait sans importance , si l'on n'y remarquait celte mention de la naissante Académie, mention qui est la première que nous rencontrions dans l;i présente correspondance: «Il ne peut plus y avoir qu'une maladie inopinée qui vous oste à ce coup à vos amis, mais Dieu n'est pas assés irrité contre nous pour vous donner une mauvaise excuse de retardement. Il y va trop de son service pour permettre qu'une si digne trompette de sa grandeur perde son éclat dans le plus beau de son chant. Vous viendrés donc assurément ot vous rendrés par vostre présence le contentement que Dieu nous a retenu si longtemps: vous nous rendrés mesnic l'Académie, de laquelle nous sommes apperçeus que vous estes le prince et le chef, chacun ayant remis à vostre retour l'assemblée de nos conseils cl la tenue de nos Estais. Cela vous doit tenir pré-
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
A M. DE BALZAC
Monsieur, si vous n'estes malade, vous me permettrés de vous croire paresseux contre vostre coustume, car de penser que ce petit voyage, qu'il y a cinq semaines que vous m'accusie's, vous retienne encore hors de elles vous, ce seroit chose assës peu vraysemblaMe, principalement la saison estant si mauvaise et si avancée que nous la voyons. Soies toutesfois plustosl paiTesseux que malade et manques plustost d'excuse que de santé'. Je me suis peu passer jusques à présent de la consolation de vos lettres, mais à l'avenir il n'y en auroit point d'assés grande pour moy, s'il falloit que j'eusse quelque mauvaise nouvelle de vous.
Pour moy, je vous ay desja escrit quatre fois sans response. Dans les derniers de mes paquets j'avois enfermé une lettre de M. Gonrarl. laquelle je serois marri qui se fust perdue , car je m'imagine que la façon noble avec laquelle il se donne à vous n'est pas une chose que vous n'aymassiés, si elle venoit jusques à vous, et qui ne se peusl plaindre, si elle estoit perdue sur les chemins : c'est un homme de bon cœur et de bon esprit, un ami chaud et adroit et qui va tousjours au devant des occasions de faire
office à ceux à qui il a voué de l'affection, sur tout jaloux de sa parole et qui se tient mieux obligé par sa promesse que par tout ce que les Loix ont inventé de liens et de chaisnes pour tenir les hommes dans le devoir'. Je le connois de longue main pour tel, et s'il n'estoit plus soivable, je voudrois le cautionner de tout ce que j'ay de générosité et de franchise. Je sçay bien qu'à moins que cela, vous aymés et qu'avec cela, vous luy voudriés un bien qui ne sera pas de l'ordinaire.
Dans cette despesche cy, vous trouvères un souvenir de son cousin ^ duquel je ne vous diray rien sinon qu'il est tousjours luy niesme et qu'il ne me cède point en persévérance à vous honnorer. Le reste de ses vertus vous est d'autant plus connu que vous avés plus de lumière que les autres hommes. Il y a quatre ou cinq mois que Paris l'a perdu et qu'il y est désiré de l'un et de l'autre sexe. Nous l'y attendons vers Noël. Si vous y arrivés en mesme temps, nous n'aurons plus rien à demander à la fortune.
Il me tombe présentement en l'esprit que vous aurés voulu profiter du séjour que M. le Cardinal fait en Xaintonge^ et qu'il vous aura eu , en loccasion de son mal* pour un de ses plus assidus courtisans. -C'est chose au moins que je voudrois que vous
paré à nous faire une belle ouverture et à nous haranguer lorsque nous remonterons sur les fleurs de lys du Parnasse . . . ^ M. Livet ( Histoire de l'Académie française, t. I, p. 862) a ci lé la phrase : Voiis viendrés donc assurément jusqu'à Cela vous doit tenir préparé.
^ Ce portrait de Conrarl, depuis les mots: C^est un homme de bon cœur, a été reprodui! par Caniusat, qui le déclare ressemblant {Mélanges de littérature, p. 28).
^ On a reconnu là Godeau. Balzac, Chapelain , Conrarl et Godeau formaient un quatuor d'amis, dont les relations enlre-croisées ne furent brisées que par la mort. J'interromprai le moins possible
la cordiale causerie de Chapelain avec les trois académiciens, surtout sa causerie avec Balzac, plus intéressante qu'aucune autre.
^ D'après deux lettres du Recueil de M. Avenei (t. IV, p. /il 0 et /il 1), le cardinal de Richelieu était en Saintonge (à Cozes, aujourd'hui cheflieu de canton de l'arrondissement de Saintes) dès le 26 novembre 1682, et il se trouvait encore dans celle province (à Brouage, canton de Marennes) le g décembre suivant.
* Richeheu avait éié gravement malade à Bordeaux, où, comme nous l'apprend la Chronique hourdeloise (continuation deiôao 31672, in-i°, p. 38), il était arrivé le 9 novembre , déjà «in-
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eussiés faille qui ne scauroit nuire et qui vous peut estre de notable utilité'. Je ne laisserois jamais perdre le fruit de ce que vous avés mérité de lu y, faute de me présenter et de le demander mesme. Ces sortes de Grands font vanité d estre pressés et tiennent les importunités pour une des marques de leur puissance; ils ayment l'éclat, travaillant pour l'apparence, et se font payer par avance du bien quils veulent faire à ceux mesmes qu'ils ayment le mieux : on attend d'eux en vain les généreuses reconnoissances , les offices volontaii^es elles soins oblig-eans. Leur grandeur les occupe et les remplit : ils ne voyent rien bors d'eux mesmes et dorment continuellement pour aulruy: il les faut resveiller sans cesse, si Ion en veut tirer quelque faveur ou si l'on les veut faire acquitter de leurs debtes. Sur ces considérations, vous aurés sans doute
disposé de sa personne.» La mort foudroyante de son ami, le maréchal de Sehomberg [18 novembre ; 1 7, selon d'autres témoignages] , r donna de i'effroy,n continue le chroniqueur, t^à M. te cardinal de Richelieu, et le fit résoudre de se faire emporter le mesme jour à Blaye sur des matelas portés par des hommes, n
' Balzac n'alla pas faire une visite de bon voisin au cardinal convalescent, mais il était allé le voir, quehpies jours auparavant, chez le duc d'Épornon, au château de Cadillac, comme il l'écrivit à Chapelain le 1" décembre iGSa (/îecmil de i665, lettre L du livre IX, p. 'i5i): «J'ay esté au devant de la cour jusques à Cadillac. J'eus l'honneur d'y faire la révérence à Monseigneur***. Mais son mal qui lo prit le jour mesme qu'il y arriva, et le mien qui n'attendit pas davantage à m'attaquer, m'obligèrent de reprendre le chemin de mon village, où j'ay trouvé vos despesches.»
^ Pierre du MouUn, alors retiré à Sedan, était, quoique bientôt septuagénaire, un des plus intrépides et des plus infatigables athlètes du calvinisme, comme le remarquent MM.Haag {France protestante). On a publié à part sa Lettre a Mon-
mesnagé le temps de la demeure de ce grand homme en vos quartiers pour voslre avantage et ce sera la cause de voslre long silence de deçà.
J'apprens que le sieur du Moulin vous a rescril amplement et ennuyeuseinent sur voslre belle lettre ". Ceux qui m'en ont parlé m'ont fait entendre qu'il s'estoit escbaulTé sur ce que vous le traitlés de fin et qu'il avoit creu que c'estoil une injurieuse louange pour luy '. S'il est vray et que ce qui a esté commencé entre vous civilement se soit converti en aigreur et dispute, je ne voudrois point entrer en nouvelle dance, je veux dire en nouveau procès d'escriture, mesraement avec un homme dont le talent principal est la satyre ' et qui n'a pas mauvaise grâce à mal parler. El si d'abord il produisoit la lettre que vous luy avés escritle, vous ne pourries éviter qu'il ne se prévalus! contre vous de toute la qua-
siflur de Balzac (i633) et sa Réponse à h lettre (le Monsipur de Balzac (t 633 ). Voir ce que Balzac, au sujet de la nouvelle épiire de P. du Moulin, répond à Chapelain (lettre LU du livre IX, p. ';53), non comme on l'a imprimé (p. /I54), le 10 janvier iliSa, mais bien le 10 janvier 1 633.
' Dans la lettre de Balzac, dt^'à citée plus haut (n" II), lettre qui, après avoir paru isolément à Paris (i633), reparut à Genève, à la suite de la lettre de son antagoniste, on lit (p. lig): «Nous avons le droit et l'aulhorité, mais vous avez l'adresse et les stratagèmes , et ne vous asseurez pas moins en vostre esprit que nous nous fions en nostre cause. n
* MM. Haag (article déjà cité) justifient ainsi celle appréciition : T Quelquefois mémo son esprit, naturellement satirique et malin, descendit à des attaques peu dignes d'un ministre de l'Evangile.:? Pour me servir de la pittoresque expression de Chapelain, Balzac, suivant les conseils de son ami, n'entra pas en nouvelle dame. Voir dans le Recueil do 1 665 (p. 899) une lettre (n° Il du livre IX) qu'il écrivit à son ancien adversaire, le 3o octobre i636, et qui est pleine de raison et de sagesse.
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Iriesme page, laquelle rue semble hardie pour le temps et que j'ay toute retranchée pour vostre inte'rest dans les copies que j'en ay fait faire pour la donner à nos amis '. Vous voyés mon sens , que je me tiendrois coupable envers nostre amitië, si je vous avois celé', principalement une chose que je pense qui vous importe.
Nos nouvelles sont tristes, non seulement par l'éloignement de Monsieur, qui est repassé en Flandre, mais encore par la mort de ce grand Roy de Suède , qui nous a fait voir dans ces derniers temps tout ce que les Anciens ont eu de plus grand et de plus généreux'. Il est mort dans la plus grande bataille qui se soit donnée depuis plus de cent ans, victorieux de l" Allemagne et on peut dire à son égard Empereur. Je dis de le Lipsik ' 011 le combat est arrivé ce que Lucain dit de Pharsale : iteruinqiie Pliilippos \ mais bien plus glorieusement pour luy, puisque les deux batailles qu'il y a données ont esté pour la liberté de l'Europe, où celles des Césars estoient pour son oppression.
Je suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce 8 décembre i63a.