‹ Lettres. Publiées (volume 2)Chapitre 26 sur 134 · E\ HOLLANDE · texte numérisé non relu

E\ HOLLANDE

Monsieur, M. de Belin sort de céans'' et me vient de rendre la vie que la fausse nouvelle de voslre mort m'avoit fait haïr, depuis deux jours qu'on vous tenoit pour perdu. J'ay apris de luy que vous aviés eschappé le plus grand péril que vous ayés jamais couru, et non pas sans y avoir laissé un assés bon nombre des voslres. outre vostre équipage, lequel, ayant esté vendu publiquement dans Anvers, a voit fait croire icy que vous esliés demeuré dans le combat où la partie estoil si inégale entre vous et les ennemis. C'est une chose estrange de l'exercice que la fortune vous donne et que ce qui aux autres n'est que voyage à vous soit batailles et que vous ayés

déclaration du Roy composée par M. de Servient m'a ravi. Elle a passé partout avec justice pour un chcl-d'œuvre, et à moy elle m'a semblé une pièce que l'on pouvoit opposer à tout ce qu'en ce (jenre l'Antiquité a jamais produit de plus heau.n La pièce tant vantée par Chapelain est la déclaration de guerre contre l'Espagne, datée de (Château -Thierry, 6 juin i635, et où étaient exposés les dififérents motifs qui avaient engagé le roi à prendre les armes. Voir le Mercure français (t. XX, p. 93.^).

' L'abbé de Bourzeys mit successivement son habile plume de polémiste soit religieux, soit polili(jue, au service du cardinal de Richelieu, du cardinal Mazarin et de Colbert. Le traité dont Chapelain s'occupe ici roulait sur la question de la nullité du mariage clandestin du iluc d'Or-

léans avec la sœur du duc de Lorraine , la princesse de Phaltzbourg, question qui pour tous n'avait pas été résolue par l'arrêt du parlement de- Paris (5 septembre iGli'i) déclarant ce mariage non valablement contracté.

- Le traité de l'abbé de Bourzeys ne parait pas avoir été imprimé et je n'en ai rencontré aucune copie parmi les nombreux recueils manuscrits de l'époque de Louis XIII qu'il m'a été donné de feuilleter à la Bibliothèque X'alionale.

^ S'agit-il du comte de Belin mentionné dans la lettre LXII, ou bien de son fils, Emmanuel de Faudoas, qui fut comte de Belin après la mort de son père et qui avait épousé, le 37 juillet i633, Louise-Henriette Potier, fille de René Polier, comte, puis duc de Tresmes?

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

à g-agner la terre pied à pied seulement pour arriver au lieu oii l'on se bal. Il faudroit eslre bien injuste pour vous envier l'honneur que vous achepte's si chèrement et pour ne vous préparer que de médiocres louanges. La fortune qui veut faire de vous quelque chose d'extraordinaire vous esprouve par toutes voyeset ne mampie point d'occasion à vous tasier pour reconnoistre jusqu'où vostre cœur peut aller, et , après , vous prodiguer toutes ses grâces. Depuis le siège de Mastricht elle vous a tenu continuellement en haleine, et lorsque les ennemis ou vous manquoient, ou n'estoient pas dignes de vostre colère, elle a adjousté les maladies aux fatigues et aux blessures, sans doute pour faire voir au monde que le bien qu'elle vous destine ne sera pas possédé de vous sans l'avoir mérité. Mais vous avés désormais assés fait pour vostre gloire, et ce que vous allés faire maintenant est une superfluité de laquelle vous vous pourries bien passer. Je say bien que vostre générosité est choquée de ce discours, et néanlmoins il faut que je vous die qu'il seroit insupportable qu'une vie, aussy pleine dhonneur qu'est desja la vostre , se hazardast à l'avenir aussi librement que celles qui n'ont encore rien d'acquis. Mais je veux croire pour le repos de mon esprit que tous les accidens sont passés pour vous et que le temps que vous allés donner au Prince d'Orange sera aussi bien sans danger que sans nécessité, en un mot, que je travailleray plustost vostre panégyrique que vostre épitaphe, lequel ce fascheux bruit

' François Le Hardy, sieur du Fay, était le second fils de Sébastien Le Hardy, sieur do la Trousse, grand prévôt de France. Le 28 juillet i635, Chapelain (PiaS) écrit à M. do Lyonnc, protecteur de M. du Fay, une lettre dans laquelle il parle afTectueuseinent de son ancion élève.

- Le 38 juillet 1 635, Chapelain (f^i 08) parle

m'avoit fait méditer et que j'eusse composé sans doute aussy tost que la douleur m'eust laissé respirer, si nous n'eussions point receu de meilleures nouvelles de vous. Au reste je ne croy pas que vous m'aymiés si peu que de ne m'en point mander durant vostre séjour dans ces armées. Vostre parole y est engagée, et la coustume que vous y avés prise vous en rendra la peine plus douce, considérant mesmement de quelle sorte je m'en say obliger.

Vous avés esté fort plaint dans celte Court et [l'on] prit grand soin d'empescher que l'on ne dist ce malheur à M. le comte de Tresme jusques à un plus grand esclaircissement. On faisoit M. Du Fay mort avec vous ' et je vous ose asseurer que s'il eust passé en vostre compagnie, il fust de bon cœur mort pour vous. Mais je vous ennuyé : vous nii' le pardonnerés et me croirés tousjours, si vous me faittes justice, Monsieur, vostre, elc.

De Paris, ce 19 juillet i()35^.

LXLK.

AU GOWni DE GUICHE,

À I/AUMKE D'ALSACE.

Monsieur, les ter-mes dont M. d'Andilly m'a tesmoigné que vous parliés de moy m'a levé (sic) le scrupule que je faisois de vous escrire de peur de vous desrober quelqu'un de ces précieux momens que vous avés tons consacrés au service du Roy et à vostri' propre gloire. Il m'a semblé que si vous daignés bien divertir vostre esprit de vos oc-

ainsi au marquis de Gesvres de ses alarmes: «Au reste je ne suis pas encore bien remis du péril extrême que vous courustes à vostre arrivée en Hollande. Il me semble que je vous vois encore enveloppé d'ennemis au milieu de leurs morts ol des vostres, et j'ay peine à croire qu'avec tout vostre courage et loutte vostre conduite vous vous en soyés j)eu escliapper. . .v

LETTRES DE JEA.N CHAPELAIiN.

cupations illustres pour vous enlretenir de la passion que voslre raérite m'a donné, vous pourrie's bien aussi vous dispenser quelques instans de ce continuel attacbemenl que vous avés à vos emplois pour me voir de temps en temps renouveler sur le papier les asseurances de mon zèle que vous avés eu plusieurs fois de ma bouche, et je l'ay d'autant ])lus espéré lorsque, par les derniers avis qui nous sont venus, doù vous estes, j'ay appris que, bien que vous soyés tousjours victorieux , vous n'avés pas tousjours besoin de combattre pour l'estre, et qu'il vous suffît quelquefois, pour mettre les ennemis en fuitte , qu'ils sachent que vous estes en estât et en volonté de les aller attaquer. La levée du siège de Caseloutre ', effet signalé de vostre simple desmarche vers le formidable Galas ^, monstre bien que vostre réputation fait puissamment la guerre toute seule, et quau milieu de vos bons succès elle vous laisse encore du loysir pour penser encore à d'autres choses, si vous le voulés. Que si la suite respond à ce commencement , comme je n'en doute point, la France reconnoislra pourquoy nos armes n'ont pas tant prospéré du costé de la Flandre' et excusera les gens de cœur qui y sont entrés assés inutilement sur la disposition de la fatalité qui vous avoit réservé du costé du Rhin tout l'honneur que nous devons acquérir contre la .Maison d'Autriche. C'est ce que je sou-

' C'est la ville d' .Allemagne (Kaiserslautern, chef-iicu (le district de la Bavière Pdiénane, à .")0 kilomètres N.O. de Spire) que le marquis de Monglat (Mémoires) appelle Keiserlouire et que le cardinal de Richelieu {Recueil de M. Avenel, t. V. p. 927) appelle Queserloutre. Au moment où Chapelain A'-licitail le comte de Guiche d'avoir fait lever le siège de celle place, elle avait déjà été prise et saccagée. Ce qui est vrai et ce qui a pu causer quelque confusion dans l'esprit de Chapelain , c'est que , peu de jours après cet événement , le 33 juillet, l'ennemi fui oldigé par l'armée du

haitte ardemment pour i'a(uour de vous cl que je croy par avance , jouissant desja du contentement que tout le monde eu ressentira lorsque vostre valeur et vostre conduit»^ l'auront mis en exécution, et cependant, pour ne pas abuser de vostre patience, je vous protesteray seulement que de tous vos serviteurs je suis le plus humble et le plus passionné.

De Paris, ce a 5 juillet 16;^ 5.

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