‹ Lettres. Publiées (volume 2)Chapitre 27 sur 134 · L\X. À M. DE SALES · texte numérisé non relu

L\X. À M. DE SALES

À L^ARMKK DE M. DE I. A FORCE, EN LORRAINK.

Monsieur, je ne veux pas faire ce tort à vostre douleur de croire quelle soit consolable par de beaux discours, ni quelle soi! capable de prendre de douces paroles eu payement de ce que vous avés perdu à la mort de M. vostre frère '. Si ceux qui n"avoient autre attachement à luy que de service et daffection ne sauroient penser sans frémissement au malheur qui luy a fait quitter le monde, il y a apparence quune personne comme vous, que la nature luy avoit (li> plus unie par un lien si eslroit et eu uu degré si proche, n'en sentira pas la privation ainsi que d'une chose dont la perte luy soit aisée à supporter. Vous ne dires point a.seurémeut que vous saviés bien que Dieu

cardinal do la Valette de lever le siège de Deux- Ponts.

- Le comte Mathias de Gains, après avoir "'■l<' le pins habile des lieutenants de VVallenstoin , était devenu son successeur dans le commandement général de l'armée impériale.

^ L'armée franco -hollandaise venait d'ètio obligée de lever le siège de Louvain (5 juillet).

* Hector de Sainte-Maure avait été mortellement blessé au combat de Bormio (juillet ifiSô ) «d'un coup de pierre à la teste'' , selon Tailemant des Réauv {Ifixiorieites . t. Il, p. ^71).

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

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l'avoit lait mortel ', et n'aÛbclerés point la gloire (l'une conslance stoïque dans un accident qui vous doit tant loucher que celuycv. Vous reserverës le secours de vostre Philosophie pour les maux que la fortune vous peut préparer dans le reste de vostre âge, et qui vous troubleront moins pour ce qu'ils ne regarderont que vous, et quil y a autant de courage à soustcnir les malheurs (jui nous assaillent, que d'insensibilité à n'estre pas esmeus de ceux que nous voyons tomber sur nos amis.

Je say bien que nous ne l'avons pas perdu tout entier, qu'il nous a laissé de luy une réputation qui ne vaut pas moins que sa vie^ et qu'il vit encore dans la mémoire des hommes par la meilleure partie de soy. Mais c'est de cela mesme que nous pouvons tirer occasion de nous affliger davantage puisque nous ne le |ilaignions que parce qu'il avoit cette réputation, au lieu que nous le regretterions beaucoup moins, s'il eust eu moins de mérite et qu'il fust demeuré dans l'obscurité. Et si cela ne passe pas pour une raison de nostre perpétuelle douleur, du moins ne nous peut-on nier que nous ne perdions par celte mort précipitée tous les beaux effets que son courage cust produit à l'avenir.

Vous voyés comme je suis mauvais consolateur, et comme je manie rudement vostre playe. Mais je vous avoue que je ne vous escris pas pour l'adoucir et que je penserois trahir l'aflection que j'avois pour Monsieur vostre frère si, estant obligé de vous parler

de sa mort, je vous dissimulois ce que j'en pense et diminuois de la vérité pour vous diminuer vostre ressentiment, qui me semble si juste que je me le rends commun avec vous et croy que, s'il n'est pas en nostre pouvoir de redonner la vie à Monsieur vostre frère, nous devons au moins faire ce que nous pouvons qui est de le plaindre éternellement. Et je ne say pourquoy nous voudrions bien nous souvenir tousjours des choses dont la possession nous auroit donné du plaisir, et perdre la mémoire de celles dont la perte nous auroit donné de la peine. La douleur est aymable lorsqu'elle nous est causée par la privation des choses aymables, ou, si elle n'est pas aymable, du moins est-elle raisonnable, et ce n'est pas sçavoir aymer que de ne la pas toujours conserver. Mes maximes ne me permettent pas de croire autrement ni de vous conseiller d'autre sorte, principalement estant, comme je suis , Monsieur, vostre , etc.

De Paris, ce i5 aoust i635.

V M. LE MARQUIS DE GESVRES

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