EM HOLLANDE
Monsieui-, je ne puis que vous plaindie infiniment de voir un courage coionie le vostre réduit à la deffensive par le malheur ou la négligence des HoUandois, lesquels n'avoient garde de faire des progrès sur l'Espagnol puisqu'ils n'estoient pas capables de conserver leurs propres terres \ Les
' Allusion au mot de ce philosophe de i'anli- (juilé aufiuei on annonçait la mort de ses entants: rJe savais que je les avais engendrés mortels. 57 Diogène de Laerte ( Vies et doctrines des philosnphes, 1. II, ch. ni) met ce mot odieux dans la boucbe d'Anaxagore, n^ais il a soin d'ajouter que d'autres l'allribuenl soit à Solon, soit à Xéiiophon.
- pLa mort du marquis de Montauzier fut regardée comme une perte très- considérable,?; dit le P. Griflel {Histoiie du règne de Louis XIII , in-/r, t. II,p. 6/.8).
3 Le 8 février i635, avait été signé un traité entre la France et la Hollande au sujet du lutui' partage des Pays-1'as espagnols, mais par la faute des Français, selon les Hollandais, ou par lu faute
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
choses estant tournées de cette sorte, et le Pavs-Bcis estant désormais un champ si peu digne de vostre vertu, ce ne vous est pas un petit désavantage d'y estre engagé, ni à nous im médiocre desplaisir de vous savoir en un lieu où il y a beaucoup de peine et de péril pour vous et peu d'espérance de gloire. Vostre employ, pour estre raisonnable, devroit estre en Texercice de vostre charge auprès du Roy ', ou quelque commandement d'importance dans l'armée quil forme à dessein de l'opposer au Duc Charles, où il doit estre en personne. Et je vous avoue que, depuis vostre départ, et ce qui est ari'ivé à noslre parti en Flandres , je vous ay plusieurs fois souhaitlé de deçà, et ay regretté les glorieux hazards que vous y avés coui'us inutilement.
Toutesfois jay si avantageuse opinion de vous que je ne désespère pas de vous voir couvert de gloire au milieu de la mauvaise fortune. Vos actions seront d'autant plus esclatantes qu'elles se trouveront environnées d'incommodités. Et comme ceux qui sen sont revenus d'où vous estes vous ont laissé toute la peine qu'ils dévoient partager avec vous, ils vous ont aussi laissé tout l'honneur auquel ils eussent peu prendre part aussi bien que vous. Cette pensée me console en quelque sorte de vostre esloignement et des travaux continuels que vous soulTrés. Quand vos bons succès auront confirmé ma prédiction, ma consolation sera entière.
et nul autre desplaisir ne sera capable de me toucher.
Je suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce 16 septembre i635.