À L'ABMÉE DA.NS LE MESSIN
Monsieur, pour m'obliger à vous tesmoigner une extrême joye, il me suffiroit d'avoir apris vostre retour d'un lieu où vraysemblablement on jugeoit que vous demeureriés , et vous ne m'importes pas si peu que je ne me deusse resjouir (}ue médiocrement à lavis que, contre nos're espérance, nous avons eu de vostre conservation. Mais lorsqu'à l'asseurance de vostre santé j'ay veu jointe celle do vostre gloire, et que j'ay creu que, non seulement vous aviés empcsché l'armée de Galas de ruiner la vostre. mais encore que vous luy îiviés donné trois rudes atteintes pour la faire penser elle mesnie à sa seureté, je vous avoue que mon ravissement a esté extraordinaire et que j'ay creu ne devoir pas larder un moment à vous fescrire*.
11 est vray que, bien que ce succès ait surpris la plus part des hommes, on ne devoit pas néantmoins attendre autre chose de vous, dont la conduilte et le cœur ont paru en tant de lieux et tant de rencontres, i'our moy, ayant depuis méditté sur vostre retraite si glorieuse', je me suis persuadé aisément que vous l'aviés fait par eslection
(les Hollandais, selon les Français, il fallut renoncer à une conquête qui semblait d'abord assurée.
' Le maïquis do Gesvrcs était capitaine des gardes du corps de Louis Xlll.
- Voir sur la lutte entre les deux {»énéranx les Mémoires du niaréciial de Gramonl (édition de 171O, t. 1, p. /i3 et suivantes). On y lit que rie comte de Guiche fit échouer Galas dans ses deux
entreprises, à sa grande douleur, car c'étoil un coup de partie, mais aussi à la grande satisfaction du comte de Guiche, qui reçut bien des louanges de toute Tarmée.'^
■' Voir sur celte retraite les mêmes Mcmoirrs (p. 5o et 5 1). Il y est encore question de \a douleur de Galas : «Galas, on^i-é de douleur de se voir pris pour dupe, le suivit avec quatre mille chevaux, mais inutilement.'?
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
plustost que par nécessité. J'ay pensé que n'ayant peu engager les Impériaux à donner la bataille , lorsque vous les poussiés devant vous vers le Rhin, ni depuis raesme que vous i'eustes passé après eux pour la leur présenter au milieu de tous leurs avantages , vous aviés pris pour dernier parti de faire paroistre de la foiblesse et vous retirer afin de l'attirer à la campagne et luy donner assés de hardiesse pour se laisser aborder. Je ne sçay pas si ma conjecture est vraye, mais je sçay bien qu'elle est raisonnable, et que l'événement Ta semblé confirmer. Il me resleroit pour ma pleine satisfaction d'estre capable d'en parler assés hautement et de pouvoir aussi bien exprimer aux autres la grandeur de cette action, que je vous puis bien dire à vous la grandeur du contentement qu'elle m'a apporté, outre que je ferois voir soigneusement la part et le mérite que vous y avés eu. Je contenterois encore l'envie que j'ay depuis si long temps de donner au monde quelque marque de la haute 'estime en laquelle j'ay les rares et singulières vertus de M^'le cardinal de la Valette, et à Son Em" un essay du zèle passionné
que j'ay pour sa réputation et pour son service. Mais c'est une entreprise qui surpasse mes forces et qui est réservée pour de plus heureux que moy qui n'ay point de plus grande ambition que d'estre creu de vous, Monsieur, vostre , etc.
De Paris, ce 8 octobre iG35 '.