I>XXVII
À BALZAC
Monsieur, enfin cette belle suite de lettres merveilleuses est venue au jour, et la France a receu ce nouvel ornement qu'elle attendoit avec tant d'impatience. Je me resjouis par avance avec vous de la gloire qu'elles vous
produiront et de la nouvelle splendeur quelles adjousteront à vostre nom. Vous y estes éloquent partout, mais plus dans celles que vous m'avés addressées, s'il est vray que l'éloquence parfaitle est celle qui sçait donner corps à ce qui n'en a point et à (sic) relever les choses basses etravallées. Mais en vérité. Monsieur, vous déviés mieux pourvoir à ma modestie et vous contenter de m'avoir fait rougir de mes louanges propres lorsque vous me les donnés entre nous, sans me vouloir rendre publiquement honteux par les éloges dont ingénument je me reconnois indigne, et que vous avés trouvé bon à divulguer.
Je ne repasse point ces endroits moulés ' sans me taster et examiner si je puis soustenir le personnage que vous me donnés et empescher que, quelque jour, on ne vous reproche d'avoir eu plus d'amitié pour moy que de justice. En tout cas néantmoins je vous en demeure infiniment obligé, puisque vous me l'avés donné pour me rendre considérable dans le monde et ne me laisser pas eslre vostre amy et sans honneur. Je vous en rends donques grâces comme aussi des trois volumes que le sieur Rocolet ^ m'en a apporté de vostre part qui seront longtemps toute ma bibliothèque et dans lesquels je
vrier, Chapelain (T 1 89 ) écrivait à M. de Lionne (alors à Angers) : cJe vous rens la visite par escrit, ne vous ayant pas rencontré chés vous lorsque j'y fus pour recevoir vos commandemens et avoir encore une embrassade de vous avant vostre départ... Dans ma bassesse, je fais profession de courage comme si j'eslois né le premier des hommes, et dans le cours de ma vie il s'est présenté plus d'une occasion dans laquelle j'ay esprouvé que Dieu m'avoit fait généreux. Celle cy en est une des plus importantes que j'ay eu, car parmi le desplaisir de vostre affliction et de celle de JL Servient, je sens manifestement accroistre la passion que j'ay tousjours eu pour vostre vertu. Vous m'estes au double respectable depuis l'accident qui vous est arrivé et vostre
malheur a adjouslé pour moy de nouveaux appas à vostre mérite. Je vous prépare d'avance eu M. l'abbé de Saint-Nicolas une importante amitié au lieu où vous séjournerés et de laquelle je vous promets une consolation particulière. Par celle que je luy escris je luy donne avis do vostre voyage et du moyen qu'il aura de vous faire paroistre sa bonté , son esprit et sa générosité.»'
' C'est-à-dire imprimés. P.-L. Courier s'est plaisamment servi de cette expression, disant d'un académicien chargé de la garde des manuscrits de la Bibliothèque royale, qu'il ne lisait pas même la lettre moulée. [Lettre à MM. de l'Académie.)
- Sur l'imprimeur-libraire Pierre Rocolet. voir la note 1 de la page io/i des Mélanges historiques. Lettres de Balzac, n° I. Ces trois volumes
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
prétends apprendre tout ce qui m'est nécessaire pour réussir dans mes desseins.
Je vous eusse envoyé quelque nouvelle poésie de vostre serviteur si j'eusse eu encore trois jours pour les retoucher, mais par ce que me vient de dire vostre libraire, je voy bien que je ne vous les présentera y qu'icy où tous vos amis vous souhaittent et vous attendent impatiemment.
Je suis, Monsieur, vostre, etc. '
De Paris, ce i" mars i636 '.