‹ Lettres. Publiées (volume 2)Chapitre 33 sur 134 · À M. MAYNARD · texte numérisé non relu

À M. MAYNARD

Monsieur, je vous ay apporté quelque satisfaction par le devoir oii je me suis mis en vous escrivant. Je crains de vous apporter désormais du desplaisir en continuant mes diligences et de vous faire repentir de m'avoir tesmoigné que vous le trouviés bon. Néantmoins, j'espère mieux de ma fortune

et M. Silhon, que je vois souvent \ m'asseure trop que vous m'aymés pour douter que des offices sincères, comme sont les miens, vous importunent, ayant principalement à les accompagner de nouvelles de personnes qui vous sont chères et qui vous honnorent inGniment. Après donc vous avoir reproteslé la passion que j'ay pour vostre vertu, je vous diray que dans les entretiens fréquens que j'ay avec î\l' de Balzac \ vous entrés poiu" tiers, ou plustost que vous eu faitles la meilleure partie. Nous ne nous lassons jamais de parler de vostre esprit, de vostre franchise , de vostre bonté et de vostre persévérance dans l'amitié de ceux que vous en avés une fois jugé dignes.

Nous avons mesmc esté en corps faire compliment et remerciement à M' de Sirmond * de la belle élégie qu'il vous a envoyé et du sujet qu'il a donné aux Italiens de connoistre en quelle considération esloit vostre mérite dans vostre pais. Nous avons loué le dessein que vous avés pris d'aller

remis par Rocolet à Chapelain devaient être les deux volumes de ia seconde série des Lettres de Balzac publiées en février 1 636, et le volume de la première série qui avait été si souvent réimprimé depuis 1626, et notamment pour la neuvième ou même ia dixième fois en i633.

* Suit (1° 1Z12 ) une lettre adressée, le 20 mars i636, ffà M^' le maréchal de Brezé, à Saumur.?i Chapelain répond par force complimenls à la ie//e lettre qui lui a été rendue de la part du beau-frère du cardinal de Richelieu par M. Arnauld,leUre où Urbain de Maillé remerciait le futur auteur de la Pucelle des vers qu'il avait bien voulu lui consacrer. C'était un sonnet que l'on peut lire dans le recueil des poésies de Chapelain (n° 1890; F. F. Mouv. Acq.).

^ Jean de Silhon avait, à cette époque, une quarantaine d'années. Voir sur cet académicien lanote 6 de la page li'jk des Mélanges historiques. Lettres de Balzac, n°XXII, et si au lieu d'une courte noie, on veut une complète et excellente

notice, la brochure de M. René Kerviler, intitulée: Jean de Silhon, l'un des quarante fondateurs de l'Académie ( lôg..- 1667) , grand in-8° de 76 pages. Paris, Dumoulin, 1876. (Extrait de la Revue de Gascogne. )

^ Le nouveau séjour de Balzac à Paris doit se placer entre les premiers jours de mars et les derniers jours de mai. Dans Tin-folio de i665, on Ht (p. 732, lettre XXI du livre XVII, datée du i5 mai [ t636] : r-La lettre que je viens de recevoir de Colommiers m'a extrêmement consolé, et m'annonçant la bonne nouvelle de vostre retour, elle m'asseure d'un bien dont je commençois à désespérer. Je seray donc assés heureux pour vous embrasser avant que de partir de Paris. -

' 11 a été déjà question de Jean de Sirmond dans la lettre XLVIl. Vélégie envoyée à Mainard n'a pas été reproduite parmi les pièces de vers en riionneur du poète quercinois réunies, dix ans plus tard, en tète de ses CEwrrcs (Paris, Courbé, 16/16, in-i").

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

encore visiter lionie la sainte et d'y repaistre encore vos yeux- des merveilles qui s'y sont failtes autresfois et qui ont cschappë à l'injure des temps et à la fureur des barbares. Nous avons eslinid vostre prudence d'avoir pour cela sceu prendre le temps que M. le comte de Noailles y fust dans une place si proportionnée à ce qu'il est, et dans une autliorité qui en toute rencontre vous peut eslrc si avantageuse. Et comme nous vous avons tenu heureux d'y estre de son règne, et durant que tout y fleschitsous iuy, nous n'avons pas creu aussi que ce Iuy fust une médiocre consolation dans le travail continuel où le tiennent les grandes affaires qui agitent l'Europe , d'avoir un si agréable reposoir que celuy de vostre conversation, de posséder en vous toute la délicatesse et la vigueur d'esprit de noslre Court. Mais vous Iuy devés cela puisqu'il est vostre inclination ancienne, et que vous estes la sienne, et quoyque nous vous trouvions fort à direicy, nous reprimerons l'impatience que nous avons de vous revoir, en considérant qu'il a le premier droit sur vous et que nous n'y devons rien prétendre tant que vous Iuy pourrés servir \

J'attens , du reste , de vostre bonté l'esclaircissement que vous m'avés promis touchant la Bidgaréide^ [de] Bracciolin, mais je ne voudrois point que cela vous fust à charge. Ce que je vous demande avec plus d"instance est d'avoir agréable de présenter

le mémoire cy joint à M. l'Ambassadeur de la part de M*'" le duc de Longueville et de Iuy faire souvenir qu'en partant d'icy il Iuy fit la faveur de Iuy promettre qu'il agiroit auprès de Sa Sainteté pour l'affaire de laquelle il fait mention et de laquelle mon dit seigneur souhaileroit fort de voir l'accomplissement par son moyen. J'ay receu ce commandement et mon dit seigneur m'ordonnant de m'addresser à vous pour en solliciter mon dit sieur l'Ambassadeur, a creu que vous ne sériés pas marri de Iuy rendre ce bon office comme à l'un des plus justes estimateurs de vostre vertu. Vous l'obligerés donc d'en prendre le soin et moy de n)e croire , Monsieur, vostre , etc.

De Paris, ce i(j may i636.

À M"' LA DUCHESSE DE LOISGUEVILLE

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