‹ Lettres. Publiées (volume 2)Chapitre 35 sur 134 · À LA VALTELINE · texte numérisé non relu

À LA VALTELINE

Monsieur, je vous rens conte de vos faveurs el vous donne avis que j'ay receu trois de vos lettres depuis vostre départ , les deiLx dernières du 29 aoust et du 6 septembre, à huit jours lune de l'autre. Ma bonne forlune m'a fait tomber la dernière entre les mains huit jours avant la première qui m'eust désespéré, si elle fust venue dans son ordre, en m'apprenant que jusqu'alors vous n'aviés point receu des miennes. Mais , grâces à Dieu, vous avez sceu au moins par celle que vous m'accuses que pour estre éloigné de vous, je ne vous ay pas moins présent à la pensée, et qu'il n'y a rien qui me fasse oulJier mon devoir. Peut estre verres vous par les deux autres que je vous ay escrit depuis, que je ne me lasse pas de bien faire el que je vais lousjoui-s mon train.

\ oslre pesle et vos fatigues m'importunent et me font connoislre combien dans nostre cabinet nous acheptons l'honneur à meilleur marché que vous. Il est vray que les Espagnols par leur irruption en Picardie nous ont presque iXiduils à chercher de la gloire dans vostre mestier el, s'ils eussent esté aussy habiles qu'ils ont accouslumé*.

' Nous avons déjà rencontré ce personnage, ami de Balzac et de Chapelain.

- Sur Jacques Esprit et sur ses frères, voir la note 1 de ia page iao des Mélanges historiques; Lettres de Balzac, n" V: une notice biographique et littéraire, par M. Anlonin Soucaille, dans le Bulletin de la Société archéologique, scientifique l't littéraire de Béliers (2' série, t. IV, 18G7, p. /15-91), une autre notice de M. R. Keniler dans son livre ; Le chancelier Pierre Séguier, 1 87 '1, p. 5i 1-537.

^ Indiquons ((^ lùf)) une lettre du mois de septembre au duc de Longuoviile . où Chapelain

déclare que l'on attend de ce prince de grandes choses, et s'engage à lui présenter avant la fin d'octobre le troisième hvix; de la Pucelle achevé , et (f° i53) une lettre du a.j septembre au comte de Fiesque, «à l'armée de Picardie-i, où il est question d'une somme prêtée par le comte à un M. de Mauléon (qui est peut-être Granierdo Mauléou), somme réclamée parle créancier.

' Ce ne fut pas la faute de Jean de Wert si Paris ne fut pas assiégé. Voici ce que dit le P. Grifl'et {Histoire du règne de Louis XIH, t. H. p. 7^2) : rOn prétend que Jean de Werl conseilla au prince Thomas de marcher droit à Paris ;

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

nous coiuTions forttine d'estre poètes et coporeaux (sic), et, sans sortir de Paris, de quitter la robbe pour endosser les armes. Maintenant nous les poussons dans l'Artois ' et les faisons repentir ou d'estre venus en France, ou de n'y estre pas venus asse's avant.

Au reste, durant le temps de l'orage hispanique, la Pucelle est une fille et timide et bien dcscheue de ce grand cœur qui luy fist aufresfois souslenir et dissiper celuy qui avoit desja fonda sur la meilleure partie de la France; ou de trouble ou d'indignation elle n'a peu proférer une parolle ni faire une desmarche en avant, si bien qu'elle est presque au mesme estât où vous la laissastes. Si nous nous revoyons néantmoins cet hyver, comme je l'espère, nous vous réciterons la troisiesme partie de ses avantures que bien que mal selon le temps qui a couru.

J'ai desja fait ce (pie vous m'ordonnids pour MM. Arnaud et La Lane ". Jiray chés M"° de Clermont y presclier vos lettres ' et y faire naislre de la pitié pour vous. Pour rhostcl de Rambouillet, il est désert^ et ce qui le rendoit le lieu le plus fréquenté de Paris est au vray Rambouillet * où il y avoit dix ans que la famille ne s'estoit allé di-

vertir. J'espère y faire un voyage dans quinze jours, où je m'acquitteray solennellement de toutes les commissions que vous m'avés donné. Escrivés nous souvent, fust-ce au clair de la lune ou à la lueur des mousquetades, car nous ne nous en saurions passer. Je suis de tout mon cœur, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce 27 spplerabre i03G'.

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