À SON ARMÉE EN BASSIGNY
Monseigneur, je serois indigne à jamais de vostre bienveillance si je ne vous tesmoignois mon extrême ressentiment de ce qu'il vous a pieu me donner une place en vostre mémoire parmy tant de grandes et importantes affaires qui vraysemblablement dévoient tout occuper. Mais ce n'est pas d'à cette heure que je connois la grandeur de vostre ame, et que j'observe, malgré tous les embarras, que vous avés tousjours de l'esprit de reste , et vous accommodés aussy bien aux choses les plus basses que vous vous portés aux plus relevées. M' de Tracy
m'a rendu ce tesmoignage. Monseigneur, et m'a comblé d'une joye que je ne vous puis exprimer.
J'ay encore appris de luy avec beaucoup de satisfaction que la Pucelle faisoit une partie de vos soins et que vous aviés quelque impatience d'en voir le troisiesme livre. Je sçay bien à la vérité, Monseigneur, qu'à quelque point où je l'aye peu mettre, il sera tousjours au dessous de son sujet et de
ce que vous en pourries
désirer. Néantmoins
puisque les deux premiers ne vous ont pas dépieu, j'espère en la mesme bonté, qui vous les a rendus agréables , que ce dernier ne vous le sera pas moins, et, si je l'ose dire, mesme sans intention de vous prévenir, je veux me promettre qu'il vous divertira davantage et que vous y trouvères moins de deffauls. Mais pour cela. Monseigneur, il faut un peu de relasche de ces grands travaux avec lesquels vous travaillés au salut et à la conservation de cet Estât, et un voyage en cette Cour pour y recevoir les applaudissemens que vos glorieuses actions méritent, parmy lesquelles j'essayeray de vous faire entendre ma foible trompette qui prétend ne point sortir de vos louanges, lorsqu'elle chante celles du conte de Dunois , dont vous représentés parfaittement toutes les qualités admirables.
Je prie Dieu qu'il vous conserve à la France et vos serviteurs desquels je ne souffriray jamais qu'aucun me précède en zèle, estant plus qu'aucun , Monseigneur, vostre , etc.
De Paris, ce 8 janvier 1G.37.