À ANGOULESME
Monsieur, je n" ay pas la présoniplion de croire vous obliger, quelque gvimd service que je vous puisse rendre, tanl s'en faut que pour ce que j'ay fait et feray dans l'iinpression de voslre livre je pense mériter que vous vous teniés mon redevable et que vous parliés de moy si avantageusement, puisque j'agis en tout ce qui vous regarde par le principe de l'amitié', ni je ne puis mieux employer mon temps que de vous le donner, ni je ne puis trouver en aucune autre occupation plus de plaisir ni de gloire. Or, comme je suis fort éloigné de vous vouloir faire cas de ces petits soins, je ne m'avise pas aussi de vous faire des excuses de la liberté que je {)rens de vous dire mes pensées, croyant que mon intention vous est très connue et que vous lises dans mon c<Eur, comme je cioy lire dans le vostre, ai)rès vous avoir escrit ce qui d'abord, en lisant vostre ouvrage , me tombe dans l'esj)rit, sans m'amuser à le peser avec une balance si juste, je me règle pour ce qui est de l'impression sur ce que vous en resolviés, et je serois marri que vous eussiés rien donné à mes sentimens, si les vostres ne sont entièrement conformes, etsuiïil pour cet article.
M. Le M[aistre], lorsqu'il y pensoit le moins, fut mandé par M. le G [bancelier],
lequel , ayant auparavant considéré sa naissance, son mérite particulier, le service qu'il luy a rendu en (quelques occasions, notamment en sa présentation aux trois Cours souveraines, l'honnora des lettres de Conseiller d'Estat dans les formes les plus honnorabies qu'il avoit pris le soin de faire faire luy niesme, les scella en sa présence et luy lit faire serment avec promesse de le faire payer de mille escus de pension. Voila les termes où il en est, jouissant de cet honneur inespéré et de l'espérance de la pention qui, se trouvant effective, le mettroit au rang des semestres à l'aage de vingt neuf ans. Il n'a pas songé d'entrer au Conseil et continue de toute sa force à plaider, tesmoignant à tous ses confrères que s'il se resjouit de ce bénéfice, c'est pouice qu'il croit que la première qualité en est lionnorée et qu'il sert d'exemple que ces deux ne sont point incompatibles en une seule personne. Je le tiens fort éloigné du mariage' et, selon ce que j'en ay peu reconnoistre, il ne s'y engagera qu'après avoir pris ilne chai-ge de relief dans le Parlement. Entre nous, il a peu desja espouser la belle sœur de Vautesle , advocat général au grand Conseil, c'est à dire plus de cinq cent mille francs \
M. le président Mainard est demeuré eu Auvergne et nous ne l'avons point veu icy. M. Silhon m'a asseuré qu'il se portoitbien. J'ay passé, ce matin, cliés M. de Boisrobert pour m'informer de ce M. de Berville\
' Chapelain avait bien raison : Le Maistre ne tarda pas à quitter le monde et il passa le reste de sa vie dans la plus austère retraite. M. Sainte- Beuve {Port- Royal, l. I, p. 'i8a, note i) a reproché au P. Rapin d'avoir cherché «à rabaisser la retraite de M. Le Maitre, a en faire une espèce de dépit amoureux : ce mariage manqué avec la belle personne dont il a été question auprès de la mère Agnès, et qui s'appelait, à ce qu'il paraît, M"°deCornouaille, nièce
d'un avocat ciilèbre, explique tout aux yeux du P. Rapin. n
- Voilà une parlicularilé qui n'a été connue d'aucun des biographes de Le Maitre, pas même de M. Sainte-Beuve. Nulle part je ne trouve la moindre mention ni de Vautesle ni de sa belle-sœur.
^ Sur ce M. deBerville, voir Mélanges historiques. Lettres de Balzac, n° LU, p. 55o, et nM.V, p. 558.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
mais il estoit à Charonne'. Ce sera pour le premier jour et je ne perdray point de temps pour vous en esclaircir, selon ce que j'en apprendray.
Le sieur Camusat vous rendra conte de ce travail et moy je vous asseureray tousjours que je suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce 26 avril 1687'.
À M. DE BALZAC
À AXGOLLESME.
Monsieur, comme je tombe daccord avec vous que les complimens sont la chose du monde que je de'sire le moins de mes amis lorsqu'ils se servent de moy dans les rencontres de leurs affaires, je vous avoue aussy que j'ay quekpie consolation de voir que ie soin que je donne aiu choses qui les regardent est connu d'eux et qu'ils me le font sçavoir avec la mesrae franchise que je m'y porte. En cela seulement mon amitië est intéressée, que j'attends de mes services qu'ils soient reconnus pour effets d'une
amitié désintéressée et qu'on ne plaigne pas un mot pour tesnioigner ingénument que l'on est au moins satisfait de ma bonne intention. Mais, en cette occasion, j'aurois tort d'exiger de vous ce salaire, puisque je vous ay si peu utilement serAÎ, comme je suis contraint de le confesser sur le mémoire que je vous ay envoyé des fautes qui sont demeurées dans l'impression de vostre livre, quelque diligence que j'y aye apportée, et. si le remède ne déjiendoit pas de nous , j'en serois encore bien plus mortifié que je ne suis.
Ce changement de mauvaise fable p-nir histoire authentique me semble incomparablement meilleur que ce qui estoit devant, et il y a plaisir de vous mouvoir des doutes puisque vous estes si heureux au raccommodement. Au reste ce que je vous avois mandé de prendre la peine d'escrire un mot de conjouissance à M. Descartes sur le succès de la publication de ses ouvrages", s'enlendoit tousjours conditionellement et sans faire de violence aux vœux si solennels que vous faittes dans voslre dernière lettre
' Bourg des environs de Paris englobé dans celte ville depuis 1860.
- Le i4 noai 1687, Chapelain (f" igS) écrivait au duc de Longucville, à Saint-Amour : «Pour ce qui est de la Pucelle, Monseigneur, je ne la quille de la main que par force, et lorsque ma foible santé ou mes violentes affaires me l'arrachent. Il esl vray que les désordres publics et les malheurs de la patrie, ausquels je suis plus sensible que je ne le sçaurois dire, me causent des distractions d'espril si fascheuses et m'occupent, de sorte que je reconnois de l'affoiblissement en mon action, et ne fais ce que j'ay entrepris qu'avec une peine imaginable. . . Je suis maintenant sur le quatriesme livre. r> Chapelain lui promet une copie du premier Uvre, mais il ie conjure de rie tenir tousjours sous la clefn, ajoutant : rLe péril esl trop visible qu'on n'en lirasl des coppies et qu'on ne l'imprimast impar-
fait. .. 1 Le 28 du même mois (f 196) Chapelain annonce à l'abbé de Bourzeys qu'il ira le lendemain à l'hôlel Liancourl faire une lecture de la Pucelle : r Aux commandemens de M' de Liancourl il n'y a point de response à faire sinon qu'on les exécutera puncluellement au péril de l'honneur, puisque de noslre mestier nous ne pouvons pas dire an péril de la vie. Je seray donc ches luy domain vers le midy pour luy rendre le petit service qu'il désire de moy et pour rougir abondamment devant l'illuslre personne qu'il veut prendre lesmoin de mes foiblesses. Je vous supplie de l'obliger par vostre crédit à bien préparer M' de Chavigny à n'attendre de moy que des choses médiocres, pour ce que je ne suis riche qu'en volonté ..."
' Voir sur les excellentes relations qui existèrent enlre Balzac et Descartes, une note de la page 589 des Mplanges histo7-ique!> , lettre LXIV.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
françoise de ne plus escrire à qui que ce soit de deux ou trois ans. A vostre deffaut je luy fais escrire par M' Silhon' pour l'exhorter à faire au monde libe'ralitë du reste et à nous donner moyen d'estre plus sçavans que toute TAnliquilé aux choses naturelles, sans avoir besoin de grec ni latin*. Cependant j'ay leu avec un extrême plaisir lëloge latin qu'il a fait de vos premières lettres \ et quoyque son stile en celte langue ne soit pas le nostre, je croy, pour le peu que je m'y counois, qu'on ne le sçauroit blasmer de barbarie et qu'il y a beaucoup de gens qui se passeront d'une aussy bonne expression que la sienne; surtout il me paroist candide et judicieux, et, outre la raison du bien qui y est dit de vous, qui ne peut que me plaire extrêmement, je vous avoue que j'y trouve encore dnns la façon de le dire assés de grâce pour l'estimer fort. quand ce ne seroit pas de vous qu'il parleroit.
Je suis marri que vous considérés .M' L'IIuillier comme une personne pour qui vous déviés vous contraindre, et beaucoup plus de ce que vous estes inquiété pour ce
que vous avés escrit au bon Golletet '. Usés en en philosophe et homme libre, et failtes pour eux ce que M' ^ oiture me dit , avant hier, qu'il avoit fait pour vous, à sça\oir que sa paresse luy avoit fait manquer à vous respondre, quoyque vous soyés un des honuues du monde qu'il ayme et estime le j)lus. Ayraés, dis-je, ces m'' parce qu'ils le méritent, mais ne leur escrivés point si cela incommode vostre paresse tant soit peu, ou, si vous voulés escrire, commencés par M' L'Huiîlier vers la fin de cette année et remettes à faire cet office pour M"^ Golletet vers la fin de l'année qui vient.
Nos imprimeurs sont des yvrongnes que le caprice fait travailler plustost que le gain ^ ce qui cause le retardement de nostre tasche. 11 est vray que, s'ils eussent esté diligents , nous n'aurions pas eu assés à temps le reste de la copie que vous promettes. Je vous répète que je n'altèreray rieu à voslre latin , pour ce que je n'y trouve rien du tout à réduire et pour ce que je me desfie fort de moy en cette sorte de critique. Poui' les punctuations j'en auray un soin particulier, mais vous déviés repasser la
* Adrien Baillet (La vie de monsieur Descaries, Paris, 1691, in-6°, p. \hl\) met Jean de Silhon au nombre des amis que l'illustre pliiiosophe acquit à Paris.
* Sachons gré à Chapelain de cet hommage rendu avec tant d'empressement à celui qui venait, par son Discours de la Méthode (1607), de faire dans la philosophie une révolution à jamais mémorable. Pour apprécier si vite et si bien les grands services rendus à l'esprit humain par la nouvelle doctrine, il fallait être déjà un homme à larges et généreuses idées.
^ Chapelain répond ici à ce passage d'une lettre que Balzac lui adressait le 22 avril 1687 (n» XII du livre XVIII, p. 7/15 de Tin-P) : r Je suis bien aise que le livre de M. Descartes vous ait plu, et je ne doute plus de la solidité de sa doctrinf, puisqu'elle a eu voslre approbation. Je
vous envoyé un jugement qu'il fit de mes premières lettres, stUo , ni aiebat, Petroniano.n
* Je ne trouve, dans tout l'in-folio de 1660, que deux lettres écrites au bon Colletet , l'une du 20 juillet 1689 (lettre XXX du livre XV, p. 65 /i ) et l'autre du 5 janvier 1 6/1 1 (lettre XIV du livre XVI, p. 681 ). Peut-être la première de ces lettres, mal datée, est-elle celle dont parle Chapelain et doit-elle êlre reportée au mois de mai 1687. Les premières lignes semblent bien s'appliquer aux circonstances indiquées : "Monsieur, je ne veux ni violer mon serment en faisant des lettres, ni offenser nostre amitié en ne vous répondant pas ..."
* Chapelain avait d'abord écrit la gloire. Il a raturé le mot gloire, mais il a oublié de raturer le mot la, qui est resté au lieu de le, devant
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
copie sur cela , avant que de l'envoyer, pour ce que dans le François il s'est coule' beaucoup de petites fautes pour ne pas s'ëloigner du manuscrit.
M' le Marquis de Montauzier, sur son partemenl pour larme'e, m'a fort prié de vous asseui'er de son service et de son amitié. W Gonrart vous doit escrire et envoyer deux livres latins de l'archiministre ^ dans le premier desquels il ne vous oblige
pas fort. Mais c'est un
que je '
conseille de laisser pour ce qu'il est, et sans autre response que celle que vous luy avés l'aitte et qui fait partie de ce volume. Dans une lettre qu'il a escrilte à M' Conrart et dont vous avés copie, il lascbe à radoucir son aigreur et c'est beaucoup de sousmission (]ue cela.
Je suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce 3i may 1637.
Je garderay soigneusement le jugement latin de M' Descaries et ne vous le renvoyeray que quand vous l'ordonnerés et qu'après en avoir fait tirer une copie.
Pour l'Académie, elle languit à l'ordinaire. Peu de gens s'y rendent aux jours
réglés, et l'on n'y fait plus exercice de lettres. Elle en a néantmoins lousjours le nom, et le premier promoteur de cette Assemblée ne parle, tous les jours , que de l'bomologation de ses privilèges. Après quoy , si nous ne travaillons comme des manoeuvres , on nous dégradera et exilera. Les Muses françoises ne riment plus, depuis un an que l'on leur a donné le bréviaire à traduire en prose'.
A M. DE SCUDERY
Response.
Monsieur, j'ay bien sur ma conscience d'avoir tant différé à vous aller rendi'e les grâces que je vous dois pour vostre belle Didon^, et toutes les occupations que me donne ma Bergère pom* l'ajuster à la soldate * ne m'excusent point assés bien de ce manquement. Mais, en attendant que je le répare, je vous diray qu'elle m'a ravi sur le papier qui est la pierre de touche de ces sortes de beautés, et que je luy ay assigné dans mon cabinet le rang qu'elle tenoit autrefois dans le monde. Je veux dire que par
' Pierre Du Moulin. Voir la lettre de Balzac à Chapelain du i5 avril 1637 (mieux 1 fj juin 1687), n°XI du livre XVIll, p. 7 '16 de Tin-P. Balzac y dit : cQuoyque j'eusse veu dès Tannée passée l'endroit de son libelle ialin, où il ne m'oblige pas extrêmement, je ne me vantois point de ma disgrâce. . . "
^ Ce passage a été imprimé par M. Livet [Histoire de V Académie, t. I, p. 36G). I/homologation dont parle Chapelain est du 9 juillet 1(187 {i^'d; p. 896). La Gazelle, comme Pellisson, avait mis au 10 juillet (n' du 18 juillet 1687, p. 620) la vérificjition «en parlement de l'édit du Roy portant l'establissement de l'Académie Françoise, composi'e de quarante personnes choisies pour travailler à l'embellissement de la langue. . . »
^ Le public ne trouva pas cette Didon aussi belle que la trouvait le trop indulgent Cha[>elain, cet excuscur de foules les fautes, comme Voilure l'avait surnommé. Scutléry lui-même avoue, dans la préface dWrminiu* , ou les Frères ennemis (Paris, in-/i", i6Mi), que «les acclamations furent un peu plus Iroides'' qu'à ses autres pièces de tbéàtre. L'orgueilleux écrivain ajoute, il est vrai : «L'impression fit après ce que j'avois espéré du théâtre. -î Malgré le ptéleiidu succès de lecture que Scudéry attribue à sa tragédie, je ne crois pas qu'elle ait été jamais réimprimée.
* Cette expression, très-peu commune, n'est pas mentionnée dans le Dictionnaire de Trévoux; ^L Littré ne la cite que d'après le Roman comique de Scarron.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
mon jugement elle y est encore reyne et qu'elle n'y voit rien qu'au dessous d'elle. Je vous escris encore tout endormi et c'est tout cequej'ay peu faire de desmesler ces vérite's de la multitude et confiision de mes songes. Vous me ferës bien la faveur, s'il vous plaist, d'en excuser le de'sordre et me croire tousjours, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce U juin 1637.
À M. DE BALZAC
À BALZAC
Monsieur, vous sçaurés que si mes précédentes sont dattées du jour de la Pentecoste ', ce n'a esté que pour m'acconmioder au stile de rendre les lettres tousjours les plus fraisches qui se puisse et que véritablement elles furent escriltes la veille*, à buon hora, afin que vous ne pensiés pas estre plus religieux observateur des festes que moy, et que vous ne cherchiés plus désormais à couvrir vostre négligence du voile de piété, Mais, pour parler sérieusement, je suis fort aise de la satisfaction que vous avés du sieur Camusat et de la bonne réussite qu'a faitte son entretien. Et, en vérité, il m'eus f bien trompé s'il neust tenu la plus grande partie des choses qu'il avoit promises, et dont je m'estois en quelque sorte rendu garend. Pour ce qui regarde les minuties des fautes qui se sont coulées dans ce qui en est imprimé, elles se réformeront avec le canif ou la pliune, quelque grand travail que ce soit, et quelque temps qui!
' Chapelain répond à cette plaisanterie de Balzac (lettre X du livre XVIII, du 6 avril 1687, plutôt de la fin de mai ou du commencement de juin, p. 7^/4 de l'in-P) : c La Paresse est bien meilleure catholique que la Diligence. Je chomme bien mieux les festes que vous, et vous ne recevrez point de mes lettres dattées du jour de
emporte. Quand (sic) aux notables manquemens qui sont en petit nombre , je vous donne ma parole, il s'en fera des carions que je reverray avec soin comme le reste, me souvenant tousjours qu'il y va de vostre contentement et de mon honneur; sçavoir maintenant si les unes et les autres sont du copiste ou de l'imprimeur il importe peu, et j'aymei'ois mieux croire qu'elles vinssent de l'opiniastreté du dernier que de l'ignorance du premier, qui m'a tousjours paru diligent, quoyque par mesgarde il eschappe assés souvent des béveues aux plus habiles comme à luy mesme dans ce dernier en-ata que vous m'avés envoyé, où il a mis assés agj-éablement apothéose pour apostrophe, et, ce qui m'en semble plus remarquable, est que vous luy avés passé, sans vous en appercevoir. Tout ce que nous avons de copie est imprimé il y a trois jours , et quand le reste viendra, il sera le bien venu. Cependant on corrige à la main dans les feuilles ce que vous y avés remarqué, et le sieur Camusat fait travailler à la planche du frontispice. Vous devés avoir receu maintenant la copie du privilège, et la lettre fie desdicace dont vous me parlés et nous en attendons vos sentimens par le premier ordinaire.
Il est vray que le zèle de M' Gonrart est digne de louange ou au moins de gratitude. Quant au bon Collelet, je l'ay veu tout plein de joye quand il se vit prié de parler à M' le Chancelier, au nom du libraire, sur le sujet de vos ouvrages \ Il ne se fera aucun présent de vostre part puisque vous ne le
la Pentecoste, comme j'en ay reçeu une «les vostres. v
^ Balzac n'aurait jamais employé une tournure comme ceile-là , et, il faut en convenir, il n'arrive pas souvent à Chapelain lui-même de construire aussi mai ses phrases.
' J'ai rappelé ( Vies des poêles gascons, par
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
voulés pas, et les ordres que vous donnés en cela seront observés avec scrupule. Vous luanderés toutesfois au sieur Camusat quel nombre il a à en faire relier ou envoyer en blanc pour vous a(in que tout soit dans les termes de raison.
J'ay fait desja rendre en uiain propre à Rocolet la lettre de vostre homme qu il a receue avec beaucoup de contentement, comme m'a rapporté mou valet. Je suis bien aise quil soil satisfait de vous et que vos libéralités ne luy donnent point trop d" envie quand elles ne se tournent pas entièrement vers luy.
J'apprens aussy avec plaisir que le Cid ait tait en vous leffet qu'en tout nostre monde'. La matière, les beaux sentimens que l'Espagnol luy avoit donnés, et les ornemensqua adjousté nostre poète françois , ont mérité l'applaudissement du peuple et de la Cour qui n'estoient point encore accoustumés à telles délicatesses. Il est bien vray, entre nous, que le Cid se peut dire heureux d'avoir esté traitté par un François et en France, où la finesse de la poésie du théâtre nest point encore conneue. En Italie, il eust passé pour barbare et il n'y a point d" Académie qui ne leusl banni des confins de sa jurisdiction; ce qui a donné beau jeu à
M' de Scudéry, corival de Corneille, de luy objecter les fautes que vous verres remarquées dans le volume que je vous envoyé", auxquelles le bon Corneille a mal respondu dans la lettre en forme d'apologie qui y est jointe, quoy qu'elle soil verte et que par endroits il y ait monstre beaucoup d'esprit \ Maintenant ces chaleurs de poètes nous embarassent , car Scudéry, se tenant fort de la vérité, a retenu pour juge du différent la noble académie dont vous estes un des principaux membres, et ensuitte de la requeste qu'il luy a présentée, et que vous trouvères encore icy \ vous ne pourrés manquer au premier jour à souscrire larresl que le Corps doit prononcer là dessus, si tost que Corneille nous aura fait la mesme sousraission, et ne croyés pas que je me moque : l'affaire est passée en procès ordinaire et moy qui vous parle en ay esté le rapporteur et en dois encore parler à la première séance sur nouveaux [renseigneniens] et pièces nouvellement produises. Dieu vueille que nous en sortions plus à nostre honneur que ceux qui nous ont rendus juges souverains et réguliers par leur déférence, et toute nostre prudence ne peut reméijieiau hazard que nous courrons, estant obligés par de troj) puissantes considérations à
Guillaume Collelet, inlioduclioii, p. 17) <l»e le chancelier Séguier fut pour l'auteur de Cymiitdc un très-bienveillant protecteur, et qu'il lui donna notamment une charge d'avocat au Conseil. Colletet a célébré en vers et en prose la gépérosilé du chancelier, dans l'hôtel duquel il avait ses libres entrées.
' Passage reproduit par M. Taschereau ( Vie de Corneille, p. 307).
- Obgeifatiom sur le Cid [ Paris , aux de-speiis di- Tautheur, 1607, in-8° de 9G pages). Il y eul plusieurs autres éditions de ces Observations en la même année 1687. Voir l'édition des Œuvres de P. Coi-neiUe, par M. Ch. Marty-Laveaux (t. III. p. 5. S, note 1), et la Bihliogi-aphie cornélienne , par
M. K. Picot (p. 'i()7,n'"i3'i9, i35o, i^ûiet i3ô:>).
' Lettre apologétique du sieur Corneille, contenant sa response aud observations faites pur te sieur Scudéri/ sur le Cid (1637, in -8°), M. Maity-Laveaux (t. III. p. a'i) et M. Picol (p. 177, n"' lUk et ii5) indiquent chacun ime autre édition de la même année, mais ces deiu crudits ne sont pas d'accord sur l'ordre de publication de ces deux plaquettes, l'une de S o[ Tautrc de 1 '1 pages.
* Lettre de M. de Scudéry à nilustr-e Académie [\*ans, chez Antoine de Sommaville, au Palais, 1637, in-8° de 1 1 pages). Voir les livres déjà cités de M. Marty-Laveaux (t. III, p. Sa) et de M. Picot (p. '17a. n" i364).
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
ne nous pas récuser nous mesmes en cette cause.
Je suis, Monsieur, voslre, etc.
De Paris, ce i3 juin 1637.
ex.
À M" LE DUC DE LONGUEVILLE
Monseigneur, tout ce que nous souimes icy de vos zélés serviteurs ne pouvons que nous resjouir extrêmement du glorieux succès de vos armes et des grandes choses que vous avés exécutées jusqu'icy avec si peu de forces. Nous ne pouvons aussy manquer à vous dire que vos actions ont tiré des louanges de tout le monde, et que la dernière a semblé si extraordinaire, qu'à la louange on y a adjousté l'admiration. Il y a peu désormais de nos généraux d'armée de qui la France attende d'aussy grands effets que de vous pour son restablissenient , et quant à moy je suis persuadé que le Ciel vous réserve cette palme comme héréditaire à vostre maison. Le premier conte de Dunois, Monseigneur, ne sera pas le seul restaurateur de cet Estât, et si l'ardeur que ses vertus héroïques ont allumé dans mon sein est véritablement poétique', et me donne quelque lumière dans les choses à venir, vous réparerés nos pertes et nous rendrés la tranquillité qui manque à nos jours.
Dans cette espérance je continue mon tra-
vail, où je prévois que vous aurés autant de part que celuy pour lequel vous me l'avés fait entreprendre , si la Fortune seconde vostre valeur et mes souhaits. M' de Tracy en a le premier livre il y a plus d'un mois, et pour ce que je le priay, en luy donnant, qu'il ne le hazardast point, vous manques jusqu'à cette heure à l'avoir, l.es suyvans seroient plus supportables qu'ils ne sont, s'il ne m'estoit arrivé, malgré moy, des distractions fascheuses par des personnes à qui sans doute vous m'auriés commandé d'estre complaisant, si j'en eusse peu recevoir vos ordres. Cela n'empeschera pas néantmoins qu'à la fin de l'année je n'en aye mis deux nouveaux en estât de vous les monstrer.
Quant aux nouvelles, Monseigneur, elles sont en petit nombre. L'armée du cardinal de la Valette, depuis la prise d'Irson, de Cateau-Gambresis et de quelques petits forts, s'est logée autour de Landrecy deçà et delà la Sambre^ Le plus apparent de ses desseins est le siège de cette place dans laquelle commande un soldat de fortune, nommé Henin, qui a neuf cens hommes dedans. Toulesfois elle n'est encore que blo" quée, sans que l'on ait jusqu'icy ouvert de tranchée ni commencé de circonvallation *. Le Mestre de camp des carabins est en celte ville pour y recevoir la dernière résolution du Roy sur cette entreprise. La place est de cinq bastions bien fortifiée et bien munie et
' Allusion au double sens qu'avait le mol vates, poêle et devin.
- Le P. GrifTet, qui résume si bien les Mémoires de Monglat et les autres mémoires contemporains, ainsi que les documents officiels, dit {Histoire du règne de Louis XIU , t. III, p. .J6) : «La Valette [le cardinal] entra le 1 4 de juin dans le pays ennemi , et il commença par se rendie maître des châteaux de Glayeul et d'Irson , qu'il fit attaquer par le vicomte de Turenne. La ville de Landcecies fut investie le 19, et le même
jour le duc de Candale partit avec trois régiments d'infanterie, un petit corps de cavalerie et dix pièces de canon, pour aller à trois lieues de là faire le siège de Caleau-Cambresis, qui se rendit le lendemain.- Mowiibid. , p. -jh et 7^) ce que raconte l'exact historien des «conquêtes du duc de Longueville dans la Franche-Comté, encore plus nombreuses et plus rapides que celles du maréchal de Chàtillon dans le Luxembourg. ^^ ^ La tranchée devant Catcau-Canibrésis fut ouverte le i 1 juillet.
les ennemis n y manquent que d'hommes", s'estent figure's que ce seroit Avenues où nous nous attacherions. L'armée qui est devant est de plus de huit mille hommes de pied et de sept mille chevaux, forte de cavalerie, mais foible d'infanterie. On croit asseurément que celle du grand maistre de l'artillerie, qui est de six à sept mille hommes, la joindra. Ce qui estant, malaisément la place leur eschappera \ Les Hollandois sont à Nimègue et ne font encore rien, dont on est icy fort en cervelle \ L'opinion commune est qu'ils en veulent à Breda , f^ar pour Dunkerke les Anglois ne le souffriroient pas à cause du commerce. Cependant Oïl tient icy le traitté résolu entre lAngleterre et la France pour la reconqueste du Palotinat et pour la paix généralle dont on se promet de grandes choses, et il ne reste que d'y comprendre les Suédois, lesquels sont tousjours en bon estât dans la Saxe. Le Landgrave a son pays presque tout occupé des Impériaux , cependant qu'il fait la guerre en Vestfalie , où il a pris depuis peu Vecht. ))iace de grande importance. Herinensthein languit et n'attend plus que de se |>erdro. quoyque la garnison de Philpdel ait bruslée la machine avec laquelle Jean do \ ert espéroit de la prendre *.
L'armée navale d'Espagne est maistresse
de la mer et tient la cosle de Provence en de continuelles alarmes. Il n'y a point de nouvelles encore qu'elle y ait fait de descente. Nice de la Paille a esté prise sur M' de Savoye par les Espagnols , et il semble qu'ils veuillent pour la quatriesme fois assiéger Cazal.
L'affaire de M^' le Conte passe pour rom pue dans l'esprit du monde. Ceux néantmoins qui le doivent mieux sçavoir n'en désespèrent pas'. Au reste. Monseigneur, je croy estre obligé de vous dire que dans l'armée qui s'est jointe à la vostre il y a un payeur général, frère de l'abbé de Bourzeis, qui n'est pas indigne de l'honneur de vostre bienveillance, et qui a une violente passion de vous servir. C'est un homme d'une probité exquise, et cpii a mérité que M' de Rohan rendist ce tesmoignage de luy, qu'il esloit le seul financier de sa connoissance qui eust les mains nettes. Si vous honnorés sa vertu de vostre protection, vous ferés chose digne de ce que vous estes ; vous rendrés à son mérite ce qui luy est deu et confirmerés son frère dans le service qu'il vous a voué'.
Je prie Dieu qu'il vous préserve des continuels ilangers où vous estes.
Je suis. Monseigneur, vostre, etc.
De Paris, ce 3 juillet 1637".
' La garnison n'était que do quatre ou cinq cents hommes.
- La capitulation de Landrecies fut signée le 38 juillet, et le -jô, dit le P. Grifret(j6i</., r,.38), le comte de Hainin, gouverneur de la place, sortit avec sa garnison, qui se trouvait réduite à deux cent cinquante hommes d'infanterie, et à cinquante cavaliers.
' Fa\ inquiétude. M. Littré n'a mentionné celte expression que d'après Scarron {Jodekt) ot d'après Regnard (le Distrait), maison la trouve déjà chez Régnier, qui a dit : «i'esclànche on cervelle-, Snt. X.
'' Sur la forteresse d'Hermenslein que M. de
Bussi-Lamet. après un blocus de quinze mois, avait été obligé de rendre à Jean de Wert le 97 juin, voir le P. GriCfet {ihid. , p. Ca ).
* Ceux-là avaient bien raison de n'en désespérer pas, car vingt jours plus tard, le â3 juillet, le comte de Soissons signa, à Sedan, le traité que le cardinal de Richelieu lui avait pioposi'.
•5 Voir une lettre de Balzac rà M. de Bourzeis. thresoricr de Francer;, dans l'in-folio, p. (^Qi (du 2.") juin 1689).
' Le aa juillet (f° ao:î). Chapelain écrit au lieutenant Arnauld , trau camp de Landrecyn, lui reprochant amicalement d'être parti sans èlrc
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
À M. L'ABBÉ DE BOISROBERT