EN L\ FRANCHE-CONTE
Monseigneur, quand la mort de feue Madame^ ne m'auroit point esté sensible par mes propres inlérests, la douleur extraordinaire qu'elle vous a causée et la rude secousse que vostre constance a reçeu de cette
' Virgilii opei'a, nunc emmdatiora. Lcydc, 16.S6, petit in- 12. D'après le Manuel du libraire (t. V, col. 1289), c'est une des plus jolies éditions qui nous aient été données par les Elzeviers.
- La lettre a déjà paru dans les notes de la Vie de Corneille de M. Tascliereau, p. 3io et
^ Louise de Bourbon, duchesse de Longueville, élait morte le g septembre i63'], comme on le ht dans la Gazette du 12 septembre 1637 (p. 57G) et dans le Moréri (t. Vlil, p. 109). Comment Chapelain attendit-il lout un mois pour adresser au duc do Longueville ses compliments de condoléance? N'osait-il troubler sa filiale douleur? Quoi qu'il en soit, dès le 23 septembre (f° 209) il avait répondu en ces termes à M"" de
occasion, m'auroient esté de suffisantes raisons pour en avoir un ressentiment extrême. Mais les divers tesmoignages que j'ay eus de sa bonté en mon endroit et l'estime qu'elle faisoit de mon zèle pour lo grandeur de vostre Maison, m'empeschenl de vous dire que mon affliction soit seulement née de la vostre, et me font vous confesser qu'avec vostre mal je plains encore le mien.
Pardonnes moy cette liberté, Monseigneur, et souffres que je mesle mes pleurs avec les vostres, me dispensant pour quelques moments du respect que je vous dois et me permettant de mettre mon desplaisir en comparaison avec vostre douleur. J'espère que vous m'accorderés cette grâce, sachant bien qu'il n'y a rien de si agréable à ceux qui sont véritablement affligés que de voir respandre de véritables larmes à ceux qui. estant intéressés en leur peine, connoissenl par eux mesnies le sujet qu'il y a de s'en affliger. Il ne me sera pas besoin , Monseigneur, de vous dire que je suis bien de ceux là, puisque vous m'avés fait l'honneur de m'escrire que vous en estiés persuadé. Je vous diray seulement que je n'enlre-
la Trousse : «Si j'estois capable de consolation dans la nouvelle et incomparable perte que j'ay failte en la personne de M"'" la duchesse de Lon- (jueville, je vous avoue que je l'aurois prise dans la lettre qu'il vous a pieu m'escrire. . . Cet accident, Madame, est si rude pour moy et par les choses que vous connoissés et par plusieurs autres qui ne sont pas venues à vostre connoissance, que je serois un barbare si tous les jours de ma vie jo ne le ressenlois et le plus ingrat des hommes s'il se passoit heure en ma vie que je ne me souvinsse de la vertu de cette Princesse et du bonheur qu'elle m'a emporte, n M"'" de la Trousse l'avait invité à venir la rejoindre, rie reçois comme je dois, lui dit Chapelain, les oITrcs que vous me failles de vostre belle maison pour divertir ma tristesse."
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
prends pas d'apporter autre soulagement à vostre peine que celuy que la connoissance de mon affliction y peut apporter, laissant à l'assistance divine, à rostre propre vertu et aux glorieuses occupations que vous avés, de vous y fournir de plus puissans remèdes, et de vous rendre la tranquillité d'esprit que ce gj-and accident vous a ostée.
Cependant, pour continuer à vous donner les avis que nous avons des choses qui se passent loin de nous et dans les intérêts de la France, je vous dirai que le duc de Veimar maintient tousjours son poste sur le Rhin , et qu'il espère de passer dans le Marquisat de Bade si tost que les forces qu'on luy a destinées l'auront joint Et, en ce cas, on tient qu'il fera descendre son pont de balleaux à Drusenheim, ancien logement de Galas , et Lien plus commode que celuy où il est présentement. Il ne se peut dire combien la nouvelle de ce passage a rabbatu de l'orgueil des hnpériaux et a relevé le cœur des Protestans, et desja on en voit l'elfet dans la Poméranie qui a esté toute quittée par Galas après y avoir perdu bon nombre de gensetBannieravec2 0,ooo hommes le suit et regaigne du terrain qu'il avoit perdu à sa retrailte de Zergau \
Néantmoins le duc de Lunebourg, par intelligence avec ses bourgeois, s'est rendu maistre de sa ville capitale et la garnison suédoise, s'estant retirée au fort , les uns disent qu'ils le tiennent encore, les autres qu'ils ont capitulé. Erford aussy, à ce qu'on
mande, ne demeurera plus guères entre leurs mains, et Ramsay est desja sorti de Hannan avec sa garnison , après avoir receu cinquante mille richedalles des villes circonvoisines. Depuis la jonction de Rantzau avec le landgrave, presque toute la Conté d'Endiden est tombée sous leur pouvoir.
Ils ne pouvoient souhaitter un meilleur quartier d'hyver et ils prétendent en sortir au printemps avec douze à treize mille hommes. Les Anglais, à ce qu'on asseure, fournissent quelques secours aux Suédois qui doivent passer sur les Estats de Dannemark. Les Hollandois pressent tousjours Breda, où la garnison se défend très vaillamment et a rendu inutile à coups de canon pointés à fleur d'eau la grande galerie que le prince d'Orange y avoit fait faire. Mais on ne laisse pas de croire que, dans le quinziesme de ce mois, la ville tombera entre ses mains ".
Je ne vous parleray point du grand effet de Languedoc contre l'armée espagnole , M' de Tracy vous en devant informer particulièrement \
Hier, fort tai'd, arriva un courrier du camp du cardinal de la Vallette, lequel estoit allé au devant des forces que nous avions à Maubeuge pour favoriser leur retour à Landrecy, à cause que désormais on n'y pouvoit plus vivre, et la nouvelle porte qu'on a eu besoin de combattre les ennemis retranchés à Pont sur Sambre entre nos deux armées et qu'ils ont esté forcés. Leurs trouppes esloienl de cinq régimens et trois
1 Sur les opérations du duc de Weimar eu août et septembre 1 687, voir le P. Griffet (t. III, p. 76 et 77 ). C'est encore ce guide excellent qu'il faut suivre pour bien comprendre le récit que fait Chapelain des autres incidents de la guerre d'Allemagne.
- Au moment où Chapelain écrivait ces lignes la ville de Breda avait déjà capitulé depuis trois
jours (7 octobre 1687). Les auteurs de VArt de vérifim- les dates (édition de 1818, t. VI, p. 3 Sa ) ont eu le tort d'avancer d'un jour la capitulation. ' Sur la victoire de Leucate ( 28 septembre 1687), voir, outre le P. Grififet (t. III, p. 82-87), ^' Histoire générale du Languedoc , par Dom Cl. Devic et Dom J. Vaissette (t. V. p. G09).
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
mille chevaux comraande's par Picolhomini, Que s'ils ont este' desfaits, cet avantage vaut bien la perte de .Maubeuge ' et les Espagnols en deviendront plus raisonnables qu'ils n'ont este' jusqu'ici pour la paix.
Pour conclusion, Monseigneur, j'a y un extrême desplaisir de voir qu'on fait diÛîculté de vous permettre de venir donner ordi^e à vos affaires particidières , après un si long et heureux travail pour les générales. Mais cette riguem* est la marque de la haute estime oii vous estes et de l'opinion que l'on a de deçà qu'il n'y a personne qui puisse bien remplir vostre place, tant que nos frontières et vos conquestes seront en péril.
Je prie Dieu qu'il vous console et qu'il vous conserve pour l'avantage de la France et pour la satisfaction de tous ceux qui vous honorent comme fait, Monseigneur, vostre, etc.
De Paris, ce lo octobre 1687'.
AU MARQUIS DE MOMAUZIER
À ANGOILESME.
Monsieur, je ne vous diray point avec quelle douleur j'ay appris de M' de Tracy que ses diligences ni celles du cappitaine de vostre régiment n'ont peu obtenir de deçà que vous n allassiés point sur le Rhin. Jugés le vous raesnie par l'amitié que vous nous portés, laquelle sans doute souffrira
extrêmement lorsqu'elle recevra un ordre si plein de rigueiu', car, pour le reste, vostre cœur trouvera sa satisfaction où le péril sera le plus grand, et ni le Rhin, ni le duc de Weimart . ni les Impériaux ne vous verront pas la première fois et ne vous seront pas estranges.
Je me plains avec nos autres amis de ce que nous serons privés plus longtemps de vous. Je plains M^' le duc de Longueville de ce qu'une force si considérable luy sera ostée , et je vous plains seulement de ce que vous partes encore malade , et peu en estât de vous signaler si les ennemis viennent à vous.
Je prie Dieu de tout mon cœur qu'il vous conserve et que nous n'ayons à pleui-er que vostre absence durant le séjour que vous ferés sur cette françoise rivière et esloigné de nous d'un si long espace.
C'est, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce 10° octobre itJ33.
M. le marquis de Pisani est de retour en santé ; M. de Clermont et toute sa maison à Maizières; M"° de Rauib[ouillet] en Poitou jusqu'à la fin du mois.
À BALZAC
Monsieur, je n'ay nullement douté de la part que vous prenés à mon affliction'.
' Le cardinal de la Valette n'ayant pu conserver Maubeuge, le vicomte de Turenne eut ordre d'en faire raser toutes les fortifications.
- Dans deux lettres (XXII et XXIII du hvre XVIII, p. 751 et 709 de t'in-f) Balzac adresse des consolations à Chapelain. Si , comme je le crois, ces deux lettres ont été écrites à l'occasion de la mort de la proleclrice de Chapelain , la duchesse de Longuenlle, il faut les dater non du 6
et du 1 3 sejiteinbre iGS-j, mais l'une du aô Keptembre et l'autre de la fin d'octobre.
^ L'aflliclion causée par la mort de la duchesse de Longueville. La présente lettre de Chapelain doit se placer entre la lettre de Balzac qui commence ainsi : «Je ne vous diray point que je prens part à vostre douleur; je parlerois improprement. C'est ma douleur toute entière. . . r, et cette autre, dont voici le début : « Jusques icy
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
Vous avés l'âme dune trop bonne trempe pour abandonner vos amis dans des rencontres de cette importance, et vous me connoisse's trop juste dans mes passions pour craindre de les espouser cp^iandje vous les descouvre. Je vous rends très humbles grâces du sentiment que vous en avés et prie Dieu en récompense que vous ne soyés jamais en estât de me demander la pareille. Je loue extrêmement la résolution que vous avés prise de fermer toutes les avenues du costé du mauvais vent et de raespriser généreusement tout ce qui se peut eslever contre vous dans le bas monde. Vous vaincrés mieiLX l'envie et la malignité par cette belle négligence que par toute vostre belle éloquence quelles irritent seulement afin d'estre glorifiées par sa colère.
Celuy que l'on m'a dit qui faisoit le délicat de vostre latinité est le G[uyet] du C[ardinal] de L[a] Vfalette] ', mais je doute que celuy qui le disoit fust assés bien informé, et je ne me sçaurois imaginer qu'un homme aussy connoissant que luy en ces matières ait fait un jugement si faux et si digue d'un ignorant. J'en feray une plus particulière enqueste, et il me sera
aisé par M. de La M[othe] d'en apprendre la vérité, car il est homme véritable, et le pou de correspondance qu'il y a entre eux l'empeschera d'avoir aucune retenue pour luy. Mais je le feray avec discrétion et il ne paroistra point que vous en ayés aucune connoissance.
Je vous demande encore huit jours pour essuyer mes larmes pour vous envoyer ces misérables vers que vous désirés ^ Si je vous demandois un mois de terme je vous obligerois davantage, et je suis fort asseuré que ce seront les derniers que vous voudrés voir, quoyque ce soient les plus supportables que j'aye faits sur celte matière. J'eusse mieux fait mesme de ne vous en point envoyer du tout pour mon honneur, mais comme je ne dois point avoir d'ambition dans les lettres en vostre esgard, je ne dois point aussy avoir de honte de mes foiblesses , et je ne prêtons en cecy aucune louange que de vous avoir compleu.
Le jugement que vous faittes de l'autheur du car est très équitable, et il y a longtemps que je luy ay donné mon suffrage pour les choses dont vous le loués \
L'acrostiche est d'un fou courant le Cours
vos larmes ont esté très justes et très honnestes; raais si elles duroient davantage, elles vous pourroient nuire. . . n Les larmes dont parle Balzac, vers le 27 octobre, sont des larmes de rhétorique. A celte date-là, sans vouloir calomnier la sensibilité de Chapelain, il y avait longtemps qu'il ne pleurait plus.
' François Guyet, ancien précepteur de l'abbé de Grandselve, depuis cardinal de la Valette, était alors âgé de soixante-deux ans. Voir sur ce savant humaniste diverses notes des Mélanges historiques. Lettres de Balzac (pages ii38, lihb, 799, 802, 808), une excellente notice de M. Célestin Port (t. II du Dictionnaire historique, géographique et biographique de Maine-et-Loire , p. 338 et 339), et un article que j'ai pubUé dans le Bulletin du Bouquiniste du i" eoûl 1876, sous
ce litre : Ti-ois lettres inédites de Guyet (p. 887- 392).
- Balzac (lettre du 3o août 1687, "° ^^^ du livre XVIII, p. 761 de l'in-f ) avait demandé à Chapelain communication des vingt ou trente meilleurs vers de sonpoëme, et (lettre du 20 septembre 1687, n° XXIV du même livre, p. 752) il lui avait accusé réception de ce fragment, mais ajoutant que cette goutte n'avait fait qu'augmenter sa soif et qu'il brûlait d'impatience d'en connaître une centaine d'autres.
" On sait que Gomberville se vantait de ne s'être pas servi une seule fois du mot car dans tout son roman de Polexandre (1629-1637, 5 vol. in-8°), et qu'il prétendait que l'on pouvait donc très-bien s'en passer. A cet ennemi du car Voiture répondit par de spirituelles plaisan-
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
nommé Du Lot ', mais ii faut avouer qu il a bien rencontre' dans l'expression de la folie qu'il représente, et, à moins que d'estre, comme ils disent, de la vacation, je ne connois guères de sages qui y peust aussi bien réussir. Je vousj'envoyay pour vous divertir sur un sujet que je creus ne vous estre pas désagréable.
Pour M' Bourbon, vous faites chose digne de vostre générosité d'oublier le passé et de vouloir bien un raccommodement dans lequel, à considérer les choses à la rigueur', vous pouvés prétendre de grands dommages etintérests^ Mais, comme vous dittes, c'est estre plus philosophe et plus chrestien de souffrir l'injure que de la faire, et quoyqu'un homme semble demeurer au dessous quand il est outragé, j'estime qu'il en est au contraire, et que l'offense supposant l'injustice, celuy qui l'a receue a un
grand avantage, s'il ne l'a point méritée, sur l'injuste qui la luy a faitte. Je solhciteray donc M. de Vaugelas de s'acquitter envers cet excellent ennemy de la commission que vous iuy aviés donnée, et, de mon costé, j'agiray avec le mesme, car je ne l'a vois [vu], depuis qu'il estoit mon maistre de classe, que quand il fist son entrée dans l'Académie \ et le tout se passera comme vous le sçaurés souhaitter. Je croy que le motif de la nomination de cette personne a esté pour avoir dans la Compagnie des gens formidables au pais latin, s'il se souslevoit contre elle , comme l'on en a parlé.
On nous a proposé encore un Stella qui est Allemand et à Hambourg maintenant avec nostre ambassadeur de courte et longue robbe. Celuy [ci] n'enrichiroit guères nostre dictionnaire, s'il se trouvoit entre les couïpilaleurs *.
leries contenues dans une lellre adressée à M"° de Rambouillet, etSaint-Évremond pard'au- Ires plaisanteries non moins piquantes qu'il fit entrer dans sa Comédie des Académistes. La lettue de Voilure, non datée, mais écrite en 1O37, comme l'a remarqué M. A. Ubicini {(Euvres de Voilure, Paris, i855, édition Charpentier, t. 1, p. agS), est évidemment la pièce qui semble à Chapelain si bien appréciée par son ami dans une lettre ( n" XXIX du livre XVIII, p. 756 de l'in-P) qui, au Hea d'être du 28 oclobre 1687, doit être du riS septembre. Voici la phrase à laquelle répond Chapelain : «Le car de nostre ami est une fort jolie chose , et il faut advouer qu'il a le génie de la belle et noble raillerie. Je voudrois seu'ement qu'il travaillast un peu à purifier son stile . . . :' ' Dnlot est si peu connu que M. Weiss, dans la Biographie universelle, n'a pu indiquer ni son prénom, ni l'époque de sa naissance, ni celle de sa mort , et s'est contenté de nous le présenter comme un « poète ridicule du xvn' siècle n. M. Weiss, qui regrette que les contemporains de Dulot n'aient daigné conserver aucun détail sur sa vie et sur ses ouvrages, a oublié do consulter Talleuiant des Réaux , qui en a parlé en plusieurs
passages des Ilislorielles (II, i63; IV, 8j ; V, 3), et qui notamment donne, comme Chapelain, le litre de fou à ce faiseur d'anagrammes. Le sonnet acrostiche envoyé par Chapelain à Balzac serait-il celui que cite Tallemant, et où. dit-il (IV, 81), l'humeur de l'archevêque de Rouen, François de Harlay, est si bien représentée? Balzac (lettre, déjà citée de la page 75G) croyait que l'auteur du sonnet était «un fou de l'Université?), qu'il avait autrefois rencontré chez Voiture.
* Sur Nicolas Bourbon, alors âgé de soixantetrois ans, voir les notes 1 et a de la page 'ii3 , la note 3 de la page U l 'r des Mélanges historiques. Lettres de Balzac, n" IV. Chapelain répond à ce passage de la prétendue lettre du m octobre 1637 de son ami : «Je suis résolu de me despouiller de toutes les fascheuses passions. C'est pourquoy je. veux rendre à l'advenir le bien pour le mal, et commencer par monsieur Bourbon. n M. Livet {Hist. de l'Acad., t. I, p. 3G6) a cité tout le passage relatif à Bourbon.
' En septembre 1687 (PelUsson, t. I,p. i5i).
" Ce Stella a laissé bien peu de souvenirs parmi les écrivains français du xvii* siècle. Pel-
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
J'ay cent fois pensé aux lettres que le premier vous a escritles et que vous m'ave's monstrëes , mais il faut avouer qu il est un bon latineur '.
Je suis , Monsieur, vostre , etc.
De Paris, ce lo' octobre 1687.
Je ne sçay à l'heure que je vous parle si nous avons gaigné ou perdu la bataille contre le Cardinal Infant. Hier, au soir, nous sceusmes qu'elle se donnoit".
A M. GASSENDI
Pr.KVOST DE L'ÉGLISE DE DIGNE, i 4IX ES PnOVEKCE.
Monsieur, je m'abstiens de vous escrire, mais non pas de vous honnorer , et j'ay telle opinion de vostre vertu que, pour ne vous pas entretenir ordinairement par mes lettres , je n'en croy pas estre plus mal avec vous. Il me semble qu'il suffit que vous m'aye's connu sincère, et que vous vous souvenirs de vostre mërile pour vous persuader que je suis absolument à vous. Outre que l'entrennse de \P L'Huillier qui vous a
renouvelle de temps en temps les asseurances de mon service peut passer poui- un demi commerce, et vous ne pouvés pas dire que vous n'avés point eu de mes nouvelles, puisqu'il vous en a bien voulu donner.
Nous lisons ensemble avec grande consolation d'esprit toutes celles que vous luy mandés de vos occupations, de vos estudes, et de vos desseins, et nous jouissons au moins de l'espérance des belles choses qui nous en doivent venir un jour. Si vous n'estiés pas confirmé dans cette louable passion pour l'avancement des Lettres , je voudrois vous exhorter de tout mon crédit à l'acquérir, et vous prédirois en poète la gloire qui vous en reviendroit. Mais elle vous a passé en nature , et ce seroit vous faire violence que de vous en destourner.
C'est aussy ce qui me fit prier plus librement nostre amy, il y a quelque temps, de vous consulter sur une difficulté astronomique à laquelle l'excellent Galilée' avoit donné sujet , et je vous envoyé par luy ce qu'en avoit escrit, pour en estre esclairci, M' Arnaud, chanoine de Verdun, mon amy intime et d'un merveilleux esprit ", car il est vray qu'il n'a aucun fondement de ma-
lisson n'en dit rien ; le Menagiana ne Je connaît pas ; Moréri , Bayle et tous nos autres biographes ' l'ont passé sous silence. Je ne trouve une pelile mention du personnage que dans les Historielles de Taliemant des Réaux (t. VI, p. 2/19) : cil [Tailemant le maistre des reqiiestes] eut en suilte Ranipaile, un poète assez médiocre, puis un Allemand nommé Stella ; mais tous ces gens-là ne luy ont jamais rien appris.»
' Balzac (lettre XXX du livre XVIII, p. 766 de Tin-P) parle à Chapelain (6 novembre 1 687 ) de ces mêmes lettres : «ie vous ay autrefois monstre de ses lettres françoises, qui sont escrites du sliie des Bardes et des Druides.» Chapelain, s'il avait ie droit de sacrifier l'écrivain français, avait raison de vanter le bon latineur. Peliisson
a dit (t. I, p. 189) : kII fut estimé du public le meilleur poète latin de son siècle; et sa prose, quoiqu'elle ait fait moins de bruit, ne mérite peut-être pas moins de louanges que ses vers.»
- Chapelain avait été mal informé; il n'y eut aucune bataille vers le milieu d'octobre 1687. Le cardinal infant était, à cette date, campé près de Mons, ne pensant pas plus à attaquer le cardinal de la Valette que ce dernier ne pensait à l'attaquer.
^ L'illustre GaHlée était alors âgé de soixantetrois ans : il allait mourir cinq ans plus lard, le 8 janvier 16^2 , l'année même de la naissance de Newton.
^ C'était un jeune frère d'Henri Arnaukl , alors abbé de Saint-Nicolas et plus tard évêque d'Angers. M. Sainte-Beuve, en son Port-Royal, n'a
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
thématiques, et qu'il a trouvé ce défaut dans ce grand personnage par la seule force de son raisonnement. Je suis bien aise que son essay dans ces belles connoissances ait esté approuvé de vous , et vous remercie de la peine que vous avés prise de vous en expliquer si amplement. Il a veu l'article de vostre lettre qui parloit de cela, et s'en est tenu fort obligé à vostre courtoisie. Il a mesme voulu vous la tesmoigner par escrit. Mais, en vous rendant grâces, il vous en demande une nouvelle qui est de le résoudre de ses deux autres difïicidtés contenues dans son escrit latin sur le flux et le reflux de la mer'. Vous le ferés sans doute, car vous estes bon , mais vous le ferés à vostre aise et sans incommoder la moindre de vos affaires, s'il vous plaist.
Je me j)répare à voir des rares choses dans la vie de M. de Peiresc, qui se peut dire heureux d'avoir un si excellent historien. Si nous vous voyons un jour icy, comme noslre amy me le fait espérer, je veux eslre vostre disciple assidu, non-seulement dans les vérités théologiques , mais encore dans les
descouvertes de la nature que ce siècle doit à vostre esprit et à vos travaux.
Je suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce 20 octobre 1637^.
À M. DE SAINT-MCOLAS.
A POUPON.NE
Monsieur, vous avés désespéré que je peusse bien faire. C'est pourquoy vous me consolés d'avoir mal fait, mais avec tant d'addresse que, si je ne connoissois ma foiblesse, je demeurerois persuadé d'avoir fait un effort agréable. Je vous remercie. Monsieur, de vostre charité et de la manière dont vous Pavés voulu exercer envers moy. Si le sonnet est passable , comme je vous i'ay envoyé, je le liendray pour fort bon, car je vous asseure qu'il me Ta fallu faire l'espée dans les rheins et avec toutes les conditions requises pour composer des meschans vers. Dieu le pardonne aux brutaux qui m'en ont pressé connue d'un habit de deuil ^!
fait que nommer cet Arnauld, sans rien dire de son merveilleux esprit (l. I, p. 388). M. Pierre Varin {La vérité sur les Arnauld complétée à l'aide de leur correspondance inédite , Paris, 9 vol. in-8°, 18/17) "'^ P^^ même nommé le savant chanoine de Verdun.
' Cet écrit ne paraît avoir été jamais imprimé. On ne le mentionne du moins dans aucun dos recueils de bibliographie qu'il m'a été permis de consulter.
- Suivent (f" 2i5 et 216) deux lettres (du 27 et du 28 octobre) adressées à Arnauld d'Andilly , à Pomponne. Dans les deux lettres il est question d'un sonnet sur la mort de la duchesse de Longueviile que d'Andilly avait transmis à Chapelain et que ce dernier ne manque pas de vanter beaucoup, l'appelant beau sonnet, excellent éloge, et y admirant «tant de feu et de belle expression». On lit dans la première des deux
lettres : «J'ay leu aujourd'huy à M' le mareschal de Brezé le second (sic) livre de la P{ucelle), Porchères présent. Il m'a lesmoigné lousjours beaucoup d'estime, mais c'est peul-estre civilité. Je n'en seray point bien csclairci que quand vous ie verres et qu'il vous en aura dit sa dernière pensée.7) Et dans la lettre du lendemain : r Je sors présentement d'avec MMe mareschal de Brezé, qui s'est voulu faire lire le premier [second était donc tout à l'iieure un lapsus calami] livre de la Pucclle et qui s'en est monstre plus satisfait mille
fois que je ne le mérite Mardy, je iuy dois
aller lire le second.» Chapelain se répand, comme c'était naturel, en éloges sur le compte du maréchal, qui, comme il a soin de le rappeler, aime fort Arnauld d'Andilly.
^ Il s'agit très-probablement de Yépitapbc di: M"" la duchesse de Longueviile. Voici les premiers vers de ce sonnet (fonds françjiis, nouv. acq..
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
j'ay maintenant la persécution du Cid qui ne m'a pas abandonne'e depuis cinq mois et qiie je puis dire une des plus violentes du monde. C'est sans doute une vengeance que ia fortune d'Espagne prend de moy, me mettant sur les bras le plus grand de ses braves , à cause de la juste aversion que j'ay de cette nation de tout temps, et il ne me sert de rien d'avoii* une guerrière de mon costé qui a autresfois esté la terreur de l'Angleterre , car, par ime certaine mauvaise constellation, il se trouve que cette valeur divine est contrainte de céder à la furie de ce fanfaron et de me laisser en proye à sa violence. Si cet orage passe , nous pourrons reprendre nostre route, mais cela s'entend s'il passe sans nous engloutir, de quoy je ne suis pas trop en asseurance depuis les nouvelles, etc. (sic)'.
A M. DE BALZAC
À BALZAC
Monsieur, je vous respondray par monosyllabes , ayant à vous respondre sur tant de chefs, mais avant que de commancer, vous sçaurés que vostre lettre ne m'a esté rendue que le dernier jour d'octobre, c'est à dire qu'elle en a esté douze sur les chemins^. Il pourroit estre que l'indisposition du pauvre
Rocolet auroit esté cause de ce retardement. Faitles moy sçavoir si vous voulés que ce soit par luy que je vous escrive à l'avenir et si la voye du sieur Camusat vous est moins désagréable.
Pour ma douleur qui inquiette et que vous trouvés lascbe, je vous diray qu'estant juste, je ne la puis abandonner, mais je puis ])ien empescber qu'elle ne me face faire aucune chose indigne d'un homme de cœur. Je seray lousjours triste de ce que j'ay perdu pour ce que j'eusse tousjours esté gay en le possédant et je ne dois point cesser de le regretter si je ne veux condanner l'estime que j'en ay faitte. Mais je ne pleureray point et ne m'abbatteray point de telle sorte que la Pncclle puisse en estre l'etardée dans sa course'. Au contraire mon desplaisir est assés tranquille pour luy laisser toute la place dans mon esprit qu'elle y doit avoir, et il peut mesme chercher ou sa consolation ou son amusement en elle.
Ce ne sera donc pas de ce costé là que la Pucelle souffinra, mais du costé des emplois extraordinaires qui me viennent et qui m'emportent des six mois entiers, et du costé des complimens et civilités de Paris qui me feront enfin résoudre de quitter la ville et d'aller chercher le désert pour la gouverner en paix. Après tout néantmoins, que
Xï" 1890), vers qui sont d'une rare platitude, même pour des vers de commande :
Sous ce marbre, 0 chrestien , la pieté vivante Louyse a déposé ses mortels vestemens , Et son illustre vie après juiHe tourmens A payé le tribut à la mort triomphante.
' M. Taschereau n'a pas cité ce passage dans sa Vie de Comédie. La lettre n'est pas datée, mais elle est des derniers jours d'octobre ou des premiers jours de novembre iGSy.
- Ordinairement une demi-semaine suffisait.
^ Réponse à la lettre déjà citée (p. 702 de i'in-fol.) où Balzac, après une violente tirade
contre ia tristesse «la plus lascbe et la plus stupide, ou pour parler moins injurieusement, la plus molle et la plus paresseuse de toutes les passions,« ajoutait : cSi jamais homme a eu besoin de travail et de diligence , vous m'advouerez que c'est vous , puisque le dessein que vous avez entrepris est la plus grande promesse qui se soit faite au monde il y a cent ans. Si vous faites banqueroute, ce sera faute de commodité et de loisir, et j'av peur que les complimens de Paris donneront plus de peine à la Puce]ie,que les armes d'Angleterre. w
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
sera-ce quaacl le vingt quatriesrae ]i\Te seroit achevé'? Je me seray sans doute bien rompu la teste pour me faire siffler par le peuple ' et pour macque'rir la réputation de te'raéraire et de foible.
Croyés moy, Monsieur, je suis peu de chose et ce que je fais est encore moindre que moy. Le monde par force et contre mon intention me veut regarder comme un grand poète, et quand je ne serois pas tout le contraire , je ne voudrois pas encore que ce fust par là qu'on me regardast. J'ay, ce me semble, de quoy payer en chose meilleure et que je possède plus justement, et néantmoins encore je ne sray si ce ne seroit point présomption de m' imaginer qu'en cela je mériterois quelque louange. J'esprouve, quant h moy. qu'il n'y a rien de si solide dans la vie que l'estime sincère que nous faisons de nous mesmes par la connoissance que nous en avons, et qu'un homme de bon sens ne peut se contenter des acclamations qu'il sçaura n'avoir méritées. C'est ce qui m'empesche de m'eslever dans la réputation que mes amis, et entre eux vous plus que tous, pour ce que vous avés plus d'authorité qu'eux tous, m'avés donnée, de laquelle la postérité vous demandera conte, et s'estonnera qu'un si grand homme se soit tant laissé aveugler à l'amitié.
Ce que vous me marqués de Viclorius ne se peut bien employer que pour vous ",
mais avec tout cela ce n'est pas une raison pour vous faire supprimer vos ouvrages , ou vous empescher d'eu faire de nouveaux, pour ce qu'ils sont pour tous les siècles, et non pas pour celuy cy seulement , et quand tous les siècles vous devroient estre injustes, vous les devés encore publier pour l'amour de vous mesme qui en connoissés le prix et qui leur estes un assés grand théâtre tout seul.
Travaillés donc heureusement, comme vous avés fait jusqu'icy, et je continueray à travailler misérablement à ma manière. Vous avés receu les vers que vous m'avés demandé et sans doute en avés receu plus de la moitié qu'il ne faudroit, pour vostre contentements Au reste je vous déclare que j'ay un rival dans la Poésie héroïque. M'Dc.'^marests a entrepris la conversion de Clovis et l'establissement du Christianisme en France qui sera un fort bel ouvrage, son autheur ayant toutes les conditions requises pour le conduire à la perfection *.
Je vous renvoyé la lettre du car plus correcte que la précédente, quoyqu'il n'y eust que deux petites fautes et qu'il y ait eu des croix marquées dans celle que vous m'avés envovée en des lieux que l'aulheur asseurément a escrit de la mesme sorte qu'ils y sont •'.
M' d'Avaux a porté en Suède, en Allemagne et en Pologne, l'espée, la couleur et
' Allusion au mot d'Horace : Populus me sibilat.{Sat{r. /, //6. /, v. 67.)
* Balzac avait écrit à Chapelain (lettre déjà citée de la page 753 de Tin-fol.) : trJe viens de lire dans Monsieur de Thou les plaintes que luy en lit [de la brutalité du siècle précédent] le bonhomme Viclorius, lorsqu'il le fut visiter estant à Florence... Je suis de son opinion. Je voy assez que la peine que nous prenons est mal employée , cl que nous ne devrions point tant travailler à faire passer le temps à des impertinens et à des ingrats, n
^ Les vers réclamés par Balzac dans la susdite lettre.
* Pellisson disait, en i6d9 {Histoire de l'Académie, t. I, p. 272), dans sa notice sur Jean Desmarests: «Il travaille à un poëme héroïque du baptême de Clovis, dont il y a déjà neuf chants d'achevés. n Clovi»,ou la France chrétienne , poème liéroiqiie (Paris, in-/i°, iGû'i).
^ On a là l'exacte indication de la date où fui mise en circulation , sous sa foi-me définitive, la fameuse lettre de Voilure , lettre que jusqu'à ce jour on savait seulement appartenir à l'année 1687.
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broderies. EnDanneraark on ditquiln y fut traitté que de docteur à cause du long manteau qu'il porta d'abord, à quoy il remédia en raccourcissant et en se faisant gendarme \
Stella n'a fait, à mon avis, que ce manifeste latin contre la paix de Prague qui n'est pas excellent, mais qui est supportable ^ et qui pouvoit faire effet dans nos intérests, s'il eust esté porté de bonne heure à la dernière diefte de Ratisbonne où le Roy des Romains fust déclaré". Il est maintenant à Hambourg avec nostre ambassadeur.
J'ignore absolument l'aventure de Giov.
et de Garcia, de la maison de Médicis, mais je feray diligence pour m'en instruire et vous en rendre conte. J'employeray aussy M' L'Huillier ou M' de La Mothc auprès de M' Du Puy pour l'emprunt des livres que vous désirés.
La préface de M' Silhon s'en va achevée au milieu de mille embarras '. C'est un honune d'honneur et de bien , s'il y en eust jamais, et qui vous honnore parfaittemeiit.
Il est fort à propos que vostre lettre sur
le Cid s'imprime : elle paroislra en mesme temps que l'ouvrage de l'Académie.
Je suis. Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce h novembre 1687.
Le Prédicateur qui vous importuna un jour d'une si mauvaise lettre et qui , depuis , se réconcilia avec vos oreilles par un bon sermon qu'il vous envoya, m'a conjuré de vous faire tenir cette despesche dans laquelle il m'a fait entendre que vous aviés iutérest. J'ay creu qu'en tout événement il vous la falloit envoyer \ M. de Saint-Chartres est excessif, mais l'amitié est tousjours flatteuse. C'est un homme d'honneur et d'esprit ^
À M. DE SILHON
À PARIS
Monsieur, j'appris , hier, à mon retour de chés M' le marquis de Brezé, que vous aviés pris la peine de passer chés moy, et quoyque j'eusse remporté beaucoup de sa-
' Claude de Mesmes, comte d'Avaux, était alors âgé de quarante-deux ans. L'anecdole de Chapelain est à joindre à toutes celles qui ont été réunies par Tallemant des Réaux dans son historiette sur rhabile diplomate (t. IV, p. i i3-4i8). Tallemant déclare que, «dans le Septentrion, il passoit pour un foit «jrand personnage et pour un homme de bien.-i
- Les auteurs de la Bibliothèque historique de la France ne mentionnent pas ce manifeste, mais ils citent (n° 28785) un autre ouvrage latin de Jean Stella, résident du Roi à Strasbourg : Monarchia Gallix:a, ah Anomjmo, contra calumnias in lihello cui titulus Biblioiheca Sueco-Gallica intentatas adserta (16^6, in-i").
^ La très-remarquable Préface du Parfait Capitaine du duc de Rolian (Paris, in-Zi°, i638).
* Ce prédicateur est celui dont parle Ralzac dans la lettre XXVI du livre XVIII, p. 76^1 de
Tin-fol., lettre datée du 6 octobre lôSj et qui doit être du î6 novembre t63j ; «Vous m'escrivés de si jolies choses du petit Père, que je seroTs bien fasché qu'il eust esté plus habile charlatan, et qu'il n'eust voulu piper de meilleure grâce, etc."
5 Chapelain (P 22 1) écrivit à ce M. de Saint- Charlres, à Poitiers, fe 27 novembre, pour le remercier d'avoir si bien parlé de lui dans sa lettre latine à Balzac. Il l'entretient de «l'estime particulières que M"° Paulet a de sa vertu, ajoutant : «M' Conrart, qui n'est plus champestre, me demande fort quand vous reviendrés. .. Pour le reste de ces Messieurs, dont vous m'escrivés une letanie {sic), je m'acquitteray à la première séance. . . Dans la fin de la semaine qui vient les sentimens de l'Académie contre le Cid, ou, pour mieux dire, sur le Cid, seront achevés d'imprimer. . . '■>
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tisfaction de cette visite, je ereus en avoir plus perdu en perdant celle que vous me voulie's faire. Si j'eusse creu vous trouver che's vous, je m'en fusse ailé récompenser ', et apprendre ce que c'est que j'ay ouy crier ce matin de la reprise des forts du Rhin et de quelque desfaitte d'Espagnols. Si vous en sçavés quelque chose et de Testât de Bavière que l'on me veut faire mauvais, vous m'obligerés de me le mander, car j'ay des amis aussy importuns que je vous le suis qui me persécutent et croient que je suis obligé de leur escrire des nouvelles.
J'eus, hier, entretien avec M' de Lavergne * et M"" sa femme * qui me ramena chés moy. Je connois mieux encore leur mérite que je n'avois fait jusqu'à cette heure, et souhaitle qu'ils ayent bonne opinion de moy afin qu'ils me puissent un peu aymer. Si vous les voyés Tim ou l'autre ou tous deux, vous me fcrés faveur de descouvrir leurs derniers sentimens de mes foiblesses, car je ne prcns pas les civilités qu'on lesmoigne aux personnes présentes pour im jugement sur quoy on se puisse fonder.
Je suis tout à vous, etc.
De Paris, ce 37 novembre 1637.
À M. DE BALZAC
A BAtZAC.
Monsieur, je croy la consolation que vous me dittes recevoir de mes lettres par celle que m'apportent les vostrcs toutes les fois que vous m'escrivés, et je ne pense pas
faire tort à l'éloquence dont elles sont remplies de comparer leur effet à celuy des miennes qui ne sont rien moins qu'éloquentes. Car quand l'amitié est montée au degré où est la nostre, la dernière chose que l'on considère dans la communication mutuelle est le bien dire, et comme, d'un coslé, iln'y apoint d'expression éloquente, si elle n'est cordialle. de l'autre il n'y a point de sentimens cordiaux que l'on ne trouve éloquens et agréables. Mais je vous avoue que j'ay pris grand plaisir à voir dans vostre dernière le tesmoignage de celuy que vous m'asseurésqueje vous cause par mes escrits.
J'ay esté bien aise aussy d'apprendre par vous que je peignois assés naturellement mes pensées et que vous y voyés mon âme à descouvert. Si cela est, j'ay obtenu ce que je désirois et, avec vostre permission, je m'estimeray à l'avenir un des bons escrivains du monde, tant pour ce que j'estime que le but le plus parfait de l'escriture est de représenter les mouvemens intérieurs, que pour ce que je voy que mon escrilm'e me sert justement h ce que je veux, qui est de vous pouvoir bien faire connoislre qui je suis, afin que je ne jouisse pas de vostre amitié à faux titre, et qu'après que vous m'aurés bien connu, si vous continués à me vouloir du bien, je connoisse que vous n'aymés en moy que ce qui est et que vous ne me prenés pas pour un autre.
Je vous rends nouvelles grâces des offres que vous me faittes de vostre belle retraitte, mais je ne suis pas assés heureux pour les pouvoir accepter, car ceux là mesme à qui il
' Dédorumagor. M. Litiré a cilé divers exemples de cet emploi du mol récompenser, mais aucun de ces exemples, pour ce qui rejjardc le xvii" siècle, n'est antérieur à l'époque où Chapelain écrivait la présenle lettre. Le plus ancien des auteurs cités est le cardinal de Retz, que suit La Fontaine.
- Ainiar de la Vergne, alors gouverneur du
fils du marquis de Brczé , mort maréchal de camp et gouverneur du Ilavre-de-Grâce. Ce fut le père de la célèbre comtesse de la FayeUe (Marie-Madeleine de la Vergne).
* Jlarie de Pena , qui se remaria , en janvier i6;)i, avec le chevalier Renaud de Sévigné , oncle du marquis de Sévigné.
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iiujjorlc que j<-^ juiiisse de lii solitude luo rejettent dans le tracas plus violemment que si j"estois né pour soiliciteui'. Combien de fois, pensant h la belle peinture que vous nous avés donue'e de vostre heureuse contre'e , avje dit en moy-mesme : 0 ubi campi, etc. ' ! Il n)e semble qu'en un lieu pareil je pourrois faire quelque chose de raisonnable et dégager ma parole envers le public.
La dernière fois que je vis M°" la juarqiiise de Rambouillet, elle me chargea de vous faire de grands reuierciemens de ce que vous avés publié d'elle, quoyque son extrême modestie la fist rougir de ce que vous l'aviés publié. Si jamais vous venés à la Cour, je veux nouer cette connoissance % et faire que vous me sachiés gré de m'en estre entremis sans rien enchérir. C'est la plus estimable personne du monde, et croyés m'en, si vous avés quelque opinion de mon jugement.
AL \oiturt' me p.irlo souvent de vous comme d'une de ses plus tendres affections et me pria dernièrement de vous parler de son service dans la première lettre que je vous escrirois. Mais, à propos, je ne verrav donc point celle qu'il vous escrivit, il y a dix ou douze ans , qui est toute pleine d'éloges de vos merveilles^?
Pour le Prédicateur qui vous assassine de ses mauvaises lettres, je ne vous puis que dire, sinon que vous en estes quitte à bon marché et qu'il me persécute moy de ses fascheujes visites avec lesquelles encore il me croit fort obliger. Il nous faut prendre patience, et comme dit Renier, chauvir de l'oreille ' et tascher d'en csti-e le moins impoiiunés que nous pourrons. S'il me reparle de vous, je traitleray avec luy selon vos oi-dres.
L'aalheur du Prédicaleuv de Caniusat est le jeune père Sirmond\ frère de nostre
0 ubi cnmfi ,
Sperchiusque et virgiuibus bacchala Laeœnis Taygela
(Virgile, Cévrgiqu
' On \oit par là combien a été grande l'eireur des écrivains trop nombreux qui otit prétendu <[ne Balzac avait été un des premiers habitués de riiôtel de Rambouillet. La vérité est que, conurie l'a fait remarquer M. Livet {Précieux et Précieuses , p. 32 ), fauteur du Socrate chrestien m- connut l'hôtel de Rambouillet que par les lettres de Giiapelain. Déjà Tallemant des Réaux avait dit {llistorieltes, t. IV. p. 9/1) que Balzac ne vit jamais la marquise de Rambouillet.
^ Est-ce la lettre écrite à Balzac en iGaû et que Ton trouvera dans l'édition des Œuvres de Voiture par M. A. L'binici (t. I, p. 20-2/1), dans l'édition des mémos Œuvres par M. Amédée Roux (Didot, i8.58, in-8% p. 8i-83)? Ce qui me le ferait croire, c'est que d'abord de i ôaS à 1 607 il v a bien les dix ou douze ans dont parle Chapelain , et qu'ensuite la lettre est tonte pleine d'éloges de l'éloquence et de la gloire de ce Balzac auquel
Voilure dit notamment: «Aujourd'huy toute la France vous escoute. Il n'y a plus personne qui sçache lire, à qui vous soyez indifférent. ..-î
' D'un fardeau si pesant ayant l'âme grevée . Je chauty de l'oreille, et deniourant pensif, L'echine i'aiongois comme un asne rétif.
(Satire Vlil. A M. l'abbé de Beaulieu.)
Chauvir de l'oreille, c'est dre.sser i'oreiile.
^ Antoine Sirmond, neveu du P. Jacques Siruiond, naquit en iSgt, à Riom, en Auvergne, et mourut à Paris, le 12 janvier i6.'i3, après s'être consacré, dans la dernière partie de sa vie, à la prédication. Les auteurs de la Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus (dernière édition, tome III, in-folio, 1876, colonne 801) disent que le Prédicateur parut chez Jeon Camusat en i638 (in-8°). On voit par la lettre de Chapelain que le hvre était déjà publié en novembre 1637, mais peut-être alors, comme on le fait quelquefois aujourd'hui, inscrivait- on la date de l'année future sur les exemplaires qui parai.ssaient dans l'automne. Celui que Chapelain appelle ^tie jeune père Sir-
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nm\ \ qui escrit mal mais qui dit bien. La matière el l'ordre de son livre sont deux fort bonnes choses. Il se cache avec grand soin et je le sçay en confession; c'est ponrquoy vous ne le publieras point, s'il vous plaist.
Je tesmoigneray à M. Conrart le ressentiment que vous avés de ses soins. M. Silhon est pre'sent à l'achèvement de ma lettre, qui vous baise très humblement les mains, et moy je finis en vous disant que je suis. Monsieur, vostre, etc.
Dp Paris, ce 98 novembre i()37.
importun, encore qu"il soit extrêmement vostre serviteur.
De Paris, ce 3o novembi-p i63-.
A M. L'ABBÉ DE BOURZEYS.
Monsieur, ma mauvaise mémoire m'enj;agea, hier, à vous faire une promesse qui peut eslre vous estoil une menace, je veux dire daller mercredy malin chés vous vous desrober une heure de temps. Dans la passion que j'avois d'entendre l'action que vous me distes, il ne me souvenoit pas qu'un moment devant M. l'abbé de Serisy avoit tiré parolle de moy que ce mesme jour et à l'heure mesme j'irois chés luy pour travailler conjointement avec luy et M' Desmarests à ce (pie la Compagnie avoit résolu que l'on diroil à la louange des beaux endroits du Cid. Ainsy, Monsieur, une fort mauvaise affaire me prive d'une fort bonne et je suis réduit à vous manquer pour ne pas manquer à un autre qui n'a nul avantage sur vous, sinon de m'avoir occupé le premier. Et je veux croire que vous ne luy en sçaurés pas mauvais gré puisqu'il ne fait tort qu'à moy et que pour celle heure là il vous délivre d'un honnne qui ne laisse pas de vous estrc
À M. DE GRASSE (GODEAU
À GRASSE
Monsieur, quoyque les lettres ne vous coustent que la peine de les escrire, le grand nombre que vous avés besoin d'en faire à tous les ordinaires vous excuse exlrèmemenl envers moy, lorsque j'apprens que vous avés escrit et que vous m"avés oublié. Je sçay par ma propre expérience quel chagrin c'est que de demeurer tout un jour sur son portefeuille à donner matière de divertissement aux absens et consommer le temps à des complimens inutiles que l'on emploieroit avec profit en des esludes solides et des devoirs de véritable obligation. J'ay cette douce persécution autant quhonmie qui vive, el vous diriès qu'à mesure que l'âge savanct; el que les afl'aires nécessaires me croissent, les occasions de me divertii- s'augmentent aussy, de sorte qu'il ne me reste pas un moment libre el «pie je ne sçay plus ce que c'est que de res[)irer.
Je vous considère de mesme et vous eu plains, et parce que je suis équitable je vous fais la justice que je voudrois que l'on me fisl, je veux dire que je vous dispense de ces sujettions |nmcluelles de mescrire dont je souhaitterois bien que mes amis me voulussent tenir pour dispensé. Quand un homme songe qu'il doit toutes les semaines une rente à vingt personnes différentes, el qu'il luy faut eslre en quesle de nouvelles el de nouveautés pour ceux qui luy en deman-
mondr) , pour le distinguer du savanl Jacques Sirniond,qiii ne mourut qu'en i65i, plus que nonagénaire, a été, pour un autre de ses ouvrages,
attaqué par l'auteur des Provincialps (lettre X). ' Anloine Sirmond était le frère de l'académicien Jean Sirmond.
LETTUES DE JEA.^ CHAPELAIN,
(leiit. sou esprit esl dans une perpeliielle inquiétude et il se regarde coniiue un esclave de condition pire queceuv de Barbarie, qui au moins ont leurs pensées en liberté. S'il y a trois semaines que je n'ay rien sceu de vous par vous niesme, et je n"ay pas laissé d'estre aussy satisfait de vous que si vous m'eussiés despesché trois couriers.
M'"' la Marquise de Ramb[ouillet] m'a informé de Testât de vostre santé et m'a resjouy de ce que vous luy aviés escrit dans une humeur fort agréable qui m'est un signe de sérénité d'esprit. J'ay frémi à ce que M"' Pauiet m'a dit du péril que vous aviés couru par l'indiscrétion de voslre mule , et je veux croire [que] de l'avoir eschappé, c'est le second des miracles que Dieu a résolu de faire par vous ou pour vous.
Si M"' de Ran)b[ouillet] me tient parole, vous trouvères dans mon paquet une response de M""' la Princesse et d'elle, dont j'estime que vous recevrés beaucoup de consolation.
Priés Dieu pour le pauvre matquis de Montauzier qu'on envoyé passer l'hyver à Schlestad en Alsace, au sortir d'une grande maladie et après avoir perdu en chemin la moitié de son régiment.
' Quelques jours après, le i i décembre, Cliapeiain écrivait de nouveau à Godeau (i'" 226), lui reprochant doucement de ne pas lui donner signe de vie et ajoutant : «J'apprens avec plaisir que vous terminés vos procès à leur naissance et que les fondions épiscopales ne vous empeschenl pas les divertissemens poétiques. J'ay veu une stance excellente qui fait partie d'un Pseaume que sans doute maintenant vousavés achevé, si voslre Muse n'a diminué son feu au lieu où les autres l'augmentent. J'ay veu encore la promesse d'une nouvelle Magdeleine où je m'attens bien de voir toutes choses nouvelles. Une fertilité comme la vostre ne s'espuise pas pour un effort, n Chapelain lui parle ensuite de M. Maghes, qui était gravement malade à Toulouse : «Je vous avoue que
M' le cardinal de La Valette est à pi ésent devant Chimay, qui est un dessein qui a esté résolu il y a six semaines, et qui n'a peu estre exécuté plustost à cause que h; Cardinal Infant estoit en campagne procbr et plus fort que nous.
On vous envoyera de temps en temj)s les nouvelles paraphrases des Psaumes qui oui esté faitles par des Poètes coniuis et inconnus.
Je suis, Monsieur, vosti-e, etc.
De Paris, ce /) décembre 1687 '.
À M. L'ABBÉ DE SAl^T-NICOLAS,