‹ Lettres. Publiées (volume 2)Chapitre 51 sur 134 · AL MANS · texte numérisé non relu

AL MANS

Monsieur, je reçois à honneur l;i charge que vous me donnés de solliciter vos inlé-

rests, et si j'ay h me plaindre de vous en cette occasion, c'est que vous mettes mon affection à une trop foible espreuve. A ostre mérite parle tout seul . et feroit souvenir de vous la plus mauvaise mémoire du monde, si bien que je soUiciteray en vain pour ce que la chose se feroit tousjours pour vous sans solliciter. Lorsque la manne tombera, je me Irouveray soigneusement au désert et la recueilleray pour vous comme pour moy mesme. Ce temps ne peut plus guères tarder, mais je nay point ouy dire encore quand ce doit estre, et, selon mes maximes, je suis résolu de me le laisser dire sans le demander. Cependant je garderay le papier que je dois bailler en eschange et le tireray au jour quand il sera besoin. Il est en si bon estât que je croy qu'il n'y faudra rien refaire et que les premières nouvelles que vous aurés de moy seront qu'il aura eu son entier effol. Il ne sera pas mal à propos que je sçache par qui je vous le pourray faire sçavoir et à qui je remeltray la somme, si on me la donne.

J'escris un mot à M. de Relin que vous me ferés la faveur de luy présenter, s'il vous plaisl. C'est mie personne selon mon cœur, et de qui les biens et les maux me seront tousjours commtms".

Je suis , Monsieur, vostre , etc.

De Pnris, ce 19 décembre 1G37.

cxxvrii.

A M. i;abbé de sai> t-mcokas.

\ POMPONNE

Monsieur, je trouve moins estrange que l'on s'opiniaslre à Rome à ne vouloir point

où Tabbé de Saint-Nicolas crut devoir renoncer à l'évéché de Toul. (Gnllin chriitiaiia , t. XIII, col. lobh.)

' C'était le fils de Louis Ajacotli eldeM"''d'Alri, de la maison d'Aquaviva. Tallemanl des Réatix {Historietlps, t. IH, p. ,58, „ole i).lil:-J'ay

veu le comte de Cliaslt'au-\ iiain à llonie, en babil d'ecclésiaslitjne."

- M. de Belin avait eu le niallieiir de perdre un de ses fils (probablement Louis de Faudoa-; Averton, baron de Milly, mort sans postérité; un autre fils du comte de Belin, son fils aîné, Fran-

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

voslre afi'iiire', que je ne le ti-ouverois si l'on ne s'opiniastroit pas icy à In vouloir. Nos gens ne la dévoient point entreprendre s'ils estoient assés foibles pour en souffrir le démenly. Ce qui est de fasrheux , est qu'ils ont tant d'autres affaires importantes, que celle cy, dont le Pape fait capital, est peut estre une de celles dont ils font le moins (le conte, quoyqu'elle leur importe extrêmement. Nous verrons conniient ils s'y comporteront, et cependant si vous agissiés, il faudroit que ce fust sans éclat. Ce n'est pas que je ne sois tousjours d'avis que soil par vos lettres, soit par vos messages, vos coniplimeiis laissent le R. P. J[oseph] persuadé que vous vous tenës fort obligé à sa bienveillance et aux tesmoignages qu'il vous en donne, et qu'il croye que vous pouvés bien perdre sans regret l'iionneur qu'il vous a procure', mais que si Dieu permet que vous ne le perdiés pas, vous le chérirés principalement pour ce qu'il vous sera venu par son moien.

Je ne suis pas sage certes de vous prescrire des loix pour vostre conduitte et de

venir dans ce détail avec vous, mais l'idroftion est assés souvent indiscrette et ne dfsplaist pour cela.

[Sans (hite.y

À W. DR GRASSE ((iUDEAl ),

À GRASSE

Monsieur, j'approuve vos gayelés innocentes beaucoup plus que l'austérité dans laquelle j'ay appréhendé quelque temps que vous ne vinssiés à tomber. La piété ne fut jamais incompatible avec ces sortes de délices qui ne corrompent point l'esprit et qui ne font que marquer la paix intérieure qu'il possède. Plus un lionmie de bien avance dans la grâce, plus il a de sérénité sui' le Iront et dbonnestes libertés dans les paroles. Le ton rude et les termes seuls sont des effets de la ferveur des novices plustost (pie de la dévotion des j)rofès. \L de Lizieux ne fut jamais si gay qu'à cette heure, ni ses entretiens si divertissans qu'à l'aage où nous le voyons \ Ne craignes donc point de re-

çois de Fmidoas, était mort sans alliance en i6.''>o) et Chapelain lui avait adressé (lo h août 1G37, [" lolx) une lettre de con.solation. Il lui dit, dans celte nouvelle,leltre (du 19 décemfire, f' '227), qu'il ne veut point retoucher ses vieilles douleurs, qu'il le plaint toujours, ajoutant : «Par le discours de M. Rotrou je reconnois qu'il sera mal aisé que nous vous voyons à Paris, c'est-;!dire que nous y trouverons à dire l'une de nos plus pures joyes.n If fui parte des regrets rdes hostefs de Rambouilfet et de Clermont, desquels je sçay bien que vous ne vous passés pas volontiers, et auxquels je suis addomeslique {sic) par feur bonté singufière. J'y ay fait vos baise-mains suyvant l'ordre que nous m'en aviés donné par M. Mairet. L'abbé de Serisy sort de céans auquel j'ay dit de vos nouvelles. If vous a pfaint infmimenl et m'a prié de vous lesnioigner son zèfc à vous honorer et servir. . .'-

' li'affaire de i'évêcfié de Toul, dont il a été question dans la lettre CXXVf.

= Suit (P ;i28) une feltre, du 17 décembre 1687, adressée à M. de Saint-Chartres, à fruitiers, où Chapefain fe complimente de ses progrès dans f'ilafien : «J'ay beaucoup de plaisir de vous voir gouster fe Berninet fe Caro. C'est un signe que vous avancés fort dans fa connoi.'^sani e de la langue. . ."

" Phifippe de Cospeau, apjjelé plus souvent, mais à toit, de Cospéan, évêque d'Aire en iGu/i , évêque de Nantes en 1622, évêque de Lisieux en 1 636, était alors âgé de soixante-six ans. étant né, non en i568, comme on le dit généralement, mais le i5 février 1571. Voir sur ce prélat la note 1 de la page /i3o des Mélanges histoTitjiits. hi'tlreu de Balzac, n° Vfll, note où, par une lante d'impression, fa nomination de Cospeau, comme évè(pje de Nantes, a été mise en i6i3.

lâi

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

priiiieiide de la gentillesse que vous m'avës escritle. ou, si vous en craignes une, que ce soit seulement de ce que vous ne me i'ave's pas escritle de vostre chef, mais par la suggestion et avec les mesmes paroles de la piincesse Julie. Et croyés moy que cest quelque chose de pis de dire des galanteries pour plaire à une aussy parfaitte personne qu'elle est, que de les dire de soy raesme sans autre pense'e que de se divertir ?

\ous verrons par la suilte si vous n'estes de bonne hiuneur que quand il luy plaist . ou si vous ne serés pas raisonnable de vous mesme. La véritable réprimande que jay à vous faire est pour la façon avantageuse avec laquelle vous parlés de mon esprit. Comme vous ne m'avés jamais aymé pour cette considération, vous ne m'avés point deu aussy cajoler dune chose que vous connoissés que je n'avois point ou que si je n'avois que si médiocre que devant vous ce n'estoit comme rien. Vous m'avés fait grâce quand vous m'avés souhaitté une solitude comme la vostre. mais vous m'avés bien raillé quand vous vous estes souhaitté un esprit tel que le mien. Je vous le pardonne touiesfois, puisque c'est une continuation de vostre gayeté et que celle cy est de voslrr propre mouvement et par conséquent plus louable.

M. le maistre de camp Arnaud, qui a fait un tour icy avec M. le cardinal de La Valette , ma espouvanté des choses qu'il m\\ diltes de vostre mauvais logement et de l'incommodité que vous avés à faire vos visites. Néanlmoins je ne i'ay pas creu tout

h. fait , et me suis contenté d'en croire une partie, tant parce que c'estoit un carabin qui le disoit . que pour ce que c'estoit un autheur à'Altamire qui est acconstumé d>: faire les contes bons aux despens de la vérité '. Et. avec tout cela, je \ous ay plaint e.virèmement estant taschenx au dernier point que vous soyés incommodé jusqu'en cette partie, et que vous ne puissiés estre <•• couvert qu'il ne vous en couste de l'argent . Dieu vous donnera de la force et du bien pour surmonter cette difficulté el de phr:. grandes encore, s'il luy plaist.

Au reste . vous sçaurés que M. Le Maistre . qui de tous temps a eu de violentes inclinations à la relraitte du monde '. entin a senti sa dernière et puissante vocation à la mort de feu M"" d'Andilly \ qui fit une si puissante impression stu- son esprit que. dès lors, il résolut de quitter le monde et de vivre une vie aussy solitaire que les anciens anachorettes pour servir Dieu le reste de ses jours avec le feime dessein de renoncer y toutes espérances de biens temporels et de dignités ecclésiastiques, mesme à celle de la Prestrise simple, comme s'en estimani indigne et voidant faire tousjours le pénitent. Il y a quatre mois qu il vit dans la .solitude, demandant à Dieu continuellomeni la confirmation do cette jjensée. qu'enlin avant-hier il a creu avoir. Car il escrivit u M. le C[hancelier] une lettre par laquelle il iuy déclaroit la résolution qu'il avoit prise* dans des termes si ex|)rès de renontiation à toutes prétentions humaines jusqu'à protester de ne prescher jamais ni de n'avoir

' Taileinanl des Réaux.qui .signale queii]UPs productions en vers et en prose du niestre de camp général des carabiniers, no nomme pas le roman ou conte A'AUamire.

^ M. Sainte-Beuve a tout dit sur la retraite d'Antoine Le Mailrt {Port-Royal , t. f. p. 38o et .suivantes. )

Août iGiJy. (Voyez Porl - B<n/aL tome I. page 38o.)

* M. Sainte-Beuve a reproduit r; celle hell<> lettre^ dans le tome I de Porl-Royal, pages 386 el 387. H ne sait s'il faut la dater «de novembre ou décembre 1637.T' On voit qu'elle était du ta de ce dernier mois.

f>ETTRES DE JEAN CHAPELAIN.

(commerce avec le monrle, que lous ses amis on ont este effrayés et affligés, craignant qn'il ne puisse demeurer dans cette voye si austère, et ne voyant pas, après une telle déclaration, comment il s'en pourra départir avec honneur. Priés Dieu pour luy el si vous condamnés une résolution si extraordinaire, qu'à dire vray je n'approuve point, (jue ce soit avec vostre charité ordinaire et dans vostre cœur seulement. Après vous que j'ay perdu par un chemin un peu pins doux, je ne pourrois faire une plus grande perte, car vous n'avés point sçen à cjuel poini nous vous aymions.

J'ay envoyé vos lettres à l'hostel de Ranib[ouiHel]; je m'asseure que vous serés consolé de la responce. Madame a un rheume le plus grand qu'elle ait eu jusqu'icy, mais sans péril.

Je suis. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce 17 décembre tCS;.

A M. DE SCCJDÉRY.

Monsieur, moins la compagnie que vous avés prise pour arbitre de vostre différent a affecté la qualité déjuge, plus se doit-elle sentir obligée de la déférence que vous tesmoignés pour ses senlimens '. Je sçay qu'en les donnant au public pour vous satisfaire,

sa principale intention a esté de tenir la balance droitte, et de ne faire pas d'une chose sérieuse un compliment ni une civilité. Mais je sçay aussy qu'après cette intention, elle n'a essayé de faire rien avec plus de soin que de s'exprimer avec modéi'ation et de dire ses raisons sans blesser personne. Je souhailte que vous soyés bien persuadé de cela , ou plustost je me resjouis de ce que vous Testes, et qu'ayant receu d'elle en cette rencontre le moins favorable Iraittement que vous en puissiés jamais attendre, vous ne laissés pas de lui faire justice en reconnoissant cju'elle est juste. A l'avenir j'espère qu'elle se revanchera de vostre équité et qu'aux occasions où il Iny sera permis d'eslre obligeante, vous n'aurés rien à désirer d'elle, et reconnoistrés qu'elle sçait estimer vostre mérite et vostre vertu.

De moy je ne vous dis rien pom- ce ({uc je croy vous dire tout en vous as'^eurant que je suis. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce 19 déceniLie 16:^7.

À M. DE BALZAC

À BALZAC

Monsieur, si vostre mal n est qu unriieume ou quelque autre légère indisposition, je \t pardonne à lafortime, car mon affection me

' Pellis.son ( Histoire de l'Académie, t. I , p. 9.3 ) dit: r: Ainsi furent mis au jour (registres, 28 novembre 1687), 3près environ cinq mois de travail, ies SentimenVt de l'Académie franeoise sur le Cid. Pour M. de Scudéry, quoique son adversaire n'eût pas été condamné en toutes choses, et eût reçu de très-grands éloges on plusieurs, il crut avoir gagné sa cause et écrivit une iellre de remercîment à ta Compgnie (registres, 21 décembre 1G37), avec ce titre : A Messieurs de Villusire Académie, où il leur rendoil grâces avec beaucoup de soumission el des choses r/u'ils nvoieiil

approuvées dans ses écrits, et de crllet (ju'ils Itii avoient enseignées en le corrigeant ,v el lérnoignoil enfin d'être entièrement satisfait de la justice qu'on lui avoil rendue. Le secrétaire fut char/{é de lui faire une réponse, ..-i Pellissou anaUsn celte réponse, qui n'est autre que la présente lettre. Chapelain tenant, ce jour-ià. la place du .secrétaire absent. La lettre de Chapelai?) a été reproduite in extenso par M. Taschereau ( Vie de Corneille, notes, p. .3()8 et 809) el par M. Marly-Laveaux [OEvrves de Corneille, t. IH, p. '.6, '.7).

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

l'ail craindre pis. Cest nue chos? estrange que vous ayés tousjours quelque persécution d'une façon ou d'autre. Mais les maux ([ui vous arrivent sont plus grands encore que vous ne les sente's, quelques petits qu'ils soient: ils s"estendent plus loin que les autres et font plus dune personne malade.

Vous n'avés point d'accès de lièvre à Balzac que je n'en ressente le frisson à Paris et que je nave besoin de remède aussy bien que vous. Quelque incommodité qui vous tienne au lit. guérisses en piomptement si vous voulés que je me puisse dire sain etquej"a\e les fonctions de l'esprit libres. \ oici la quatriesme lettre que j'escris sans en avoir de response, qui m'est mauvais signe pour la santé d'un homme qui mayme comme vous et qui bien souvent m'escrit deux lettres contre une. Je veux bien espérer pourtant et croire que le plus grand mal de tout cecy sera que je seiay demeuré un mois sans avoir de vos lettres.

J'ay veti par la lettre de M. rOilicittl ' ii \r Camusat que vous continués dans la satisfaction de ses petits services. J'en ay une particulière consolation et y prens part à cause du bien que je vous ay tousjouis dit de luy, et certes, ou il changera bien, ou il vous paroistra toujours honeste honnne on son genre.

\ou5 avés, avec c^lie cv, ces benoists

Senlimohs de l' Acadcmit; sur le Lui- (pu m'ont tant de fois mis en colère et tant de fois fait désirer d'estre aussi loin de Paris que vous. Peut estre les lires vous et il y a apparence que la curiosité et f opinion que vous avés du principal autheur vous fera aller jusqu'au bout, mais vous sçavés que j'y prens moins il iutérest que le moindre de l'Académie, et que la louange et le blasmo de cette pièce nie toucheront également.

Pour nouvelles, vous sçaurés que M. l.o Maistre, nostre amy, se laissant enfin emporter à la violente inclination qu'il a eu de tout temps pour la retraitte, l'a faitte dans des termes qui me donnent de l'admiration et qui donnent de l'indignation aux autres : car s'eslant résolu à vivre en solitude comme religieux, sans néantmoins l'estre, il a pro- (oslépar une lettre qui passe pour publique, estant escrilte à M. le Chancelier, de renoncer dès à présent à tout bénéfice ou dignité dans l'Eglise, rpiand on lu\ en voudroit donner, et mesme à la prédication et à l'escriture. Et, depuis cela, s'est allé loger en lieu ignoré de tout le monde, dans un ferme propos de ne se plus laisser voir et de passer le reste de ses jours dans l'oraison et la pénitence. Dieu vueille luy donner la Ibrce do [lersevérer dans un si grand et louable dessein . et faire trouver faux tous les bruits quo cette action si extraordinaire a fait naistre*.

' Claude Girard, qui, du vivant do Dalzac comme après sa mort, s'occupa tant des ouvrages de son arai. ou peut-être ie prieur de Cliivos, qui lui aussi fut officiai d"Angoulèrae et ami d»»voiié de Balzac.

"■' Ce passage se retrouve dans la Vie de Corneille de^ M. Taschereau (notes, p. 3i i).

* Voir une curieuse note de M. Marlv-Laveaux {Œuvres de Corneille, t. lll, p. 3'i) sur la copie autographe de Chapelain, avec apostilles du cardinal de " Richelieu , déjà, signalée par Pellisson (t. I , p. 90) et qui est conservée au départemetil

des manuscrits do la Biliiiollièqnc ^alionale(fond^ français . n° ido'i'j ).

* M. Sainle-Beuve a reproduit le passage relatif à la rciraito de Le Maître dans une note de la page .S8S du tome I" de Porl-Rnyal. Voir dans le tomo l' des Œuvres de Balzac (iGG.'i) la lettre XXHl dn li>ro XIX (p. 776), dont voici le dchut : rJe ne m'eslonne de rien; mais vérilahlemeut je ne m'allendois pas à la .subite retraite île Monsieur Le Maistr.. . .•' Cette lettre, datée du if> septembre i638. est de la tin de décembre 1637 (3(j ou 3i).

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

^L de Mallevilie vous envoyé un Pseamne qu'il a fait réimprimer et vous baise humblement les mains.

En la dernière séance de lAcnde'niie , M. Bourbon me parla de luy mesnie avec grand éloge de vos dernières lettres, et s'estendit fort sur la louange des latines qu'il me mit à Tégal de celles de Cicéron et de ceux de ce siècle. Il me tesmoigna encore que Guiet luy en a voit parlé fort avantageusement. Je n'entray point avec luy sur vostre division et me contentay de luy parler de vous fortement, c'est-à-dire à mon ordinaire. Car je veux bien que vous sachiez que je suis par contagion éloquent ou du moins discret . lorsque je vous ay pour sujet.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce 90 décembre 1687 '.

CXXML À M. DE GRASSE (GODLAL),

À GRASSE

Monsieur, si M. Arnaud m'a rappoi té le vray du misérable estât où vous avés trouvé vostre logement épiscopal, je m'imagine que quand vous désespéreriés de me voir jamais à Grasse, vous ne laisseriés pas de

faire bastir. qiuuid ce ne seroit que j)Our ne pas dormir siib dio et vous defîendre des fluxions qui vous sont si préjudiciables. En vérité vous me failles compassion d'cstre réduit à n'avoir que le ciel pour couvei-ture. et je vous envoyrois volontiers la moitié de mon toit, s'il estoit aisé à transporter. Pour le reste je ne vous trouve pas malheureux dans vos rochers, quoyqu'ils soient esloignés de deux cent lieues de nostre monde, puisque les accompagnements y sont si agréables que vous me les despeignés, et que c'est proprement à cause de vostre climat qu'on dit que nous habitons la zone tempérée. Quelque jour, nous irons M. Conrart et moy vérifier sur les lieux si la description que vous m'en faittes est historique ou poétique.

11 est vray que, pour mon regard, ce ne pourra pas estre si tost à cause des chaisnes d'acier qui me retiennent icy, et, à vous dire le vray, je ne sçay si ce sera jamais, dont je ne serois pas marry, puisque ce seroit la profétie d'un de nos béats qui m'a prédit que je ne vous verrois qu'à plus de moitié de chemin d'icy à Grasse.

Il a couru icy un bruit que M. le C[ardinal] de La Valette iroil à Rome pour s'y trouver au Conclave futur' et faire un Pape

' Le 2-3 décembre. Chapelain (P 282) écrivit au duc de Longueviile pour s'' xcuser de n'être pas encore allé le ejoindre à Coulommiers: '•Monseigneur, après une si longue attente de vostre retour, Dieu avant permi- que nous vous puissions voir couronné de gloire et triomphant de nos ennemis, il me sera aisé de vous persuader que si je ne suis pas allé du moins jusques à Coaiomm'ers vous tesmoigner la joie de vos bons succès et de la santé que vous en avés rapportée, je me suis fait une grande violence à moy mesme, et n'ay pas obéi à ce que mon impatience me conseilloit. . .•; Le lendemain , ai décembre. Chapelain s'adressait ainsi à AI. de Saint-Chartres, à Poitiers (P 288 ) : w Vous aurés

sans doute rerou le travail de l'Académie sur le Cid , et par là reconnu qu'il n'y a rien d'impossible à la vertu de (ces points désignent le

cardinal ) , car cette publication estoit une des plus diflTiciles choses à nous faire exécuter qu'aucune qu'il ait encore entreprise, mais est faction quodcumqiie cupit, elW suffit qu'il commande pour estie obév.-i Chapelain lui dit, en finissant, que pour l'hôtel de Rambouillet, où M. de Saint-Chartres désirait être fdniis, il faut qu'il se résigne à attendre, qu'il est besoin de préparer les voies.

- Le pape Urbain Vlll, qui avait é!é élu le 6 août i6a3, ne mourut que le 29 juillet itii^i. 11 avait près de soixante-dix ans au moment où Cbapekin songeait ù lui donner un successeur. •>i

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

François ' avec M' le mareschal d'Estrée^. Si cela estoil, vous vemés cet invincible héros, en passant, et l'iriés peut estre accompagner jusqu'au fauxbourg de la teste du monde.

Pour nouvelles, M. de Vaugelas qui,jusquà présent, vouloit faire sa fortune par le moyen des femmes, a changé de batterie et veut maintenant faire la fortune des femmes par son moyen, je veux dire est résolu d'en espouser une qui n'a rien, et pour ce que luy mesme n"a pas grande chose pour mettre cette personne à son aise, l'amour qu il luy porte est si violente ' qu elle l'a porté à jjoursuyvre à mort un homme le meilleur qui soit en Nohuandie pour avoir son bien. Nous verrons s'il sera plus heureux en celte aflaire qu'en toutes les autres*. L'hostelde Rambfouillel] se resjnuit avec luy sur ce sujel.

Je ne vous envoyé ni le Super JJumimi do M. de Malleville, ni l'Ode héroïque latine de Madelenel% ni les deux parafrases françoises et latines du Benedtc anima mea du Père Vignier. de l'Oratoire \ pour ce que je croy que le sieur Camusat vous en aura desja l'ait son oflVande. Je dis le mesmc du Discours de i'Acadéniie sur le Cii, quoyque

' Le pape qui remplaça Lil)aiii Mil {\'.^ soji- Icmbre ifi^i) no fui point un j>ape françoi s : ce lui Innocent X (Jean-Baplisle Panfili). Du reste, le cardinal de la Valette était déjà inorl depuis près de cinq ans (28 soptenihre iGlîg), lorsque lut élu le successenr d'Urbain Vlll.

- François-Annibal, marquis de Cœuves, maréchal d'Eslrées, fui amltassadcur à Rome île 1036 à 16/12. Nommé, à. son retour, duc et pair il {gouverneur de l'Ile-de-Frnncc , ce frèic de (jabrielle d'Eslrées prolongea, dil-on, sa vie jusqu'à l'âge de cent deux ans (5 mai 1670). Tallemant des Réaux prétend {Hixtoriettcs, t. I, p. .38^) que, pendant sa première ambassade à Rome(i6ai), pce fui par sa caballe et par ses violences que Grégoire XV fui eslu.n

^ Chapelain, toujours un peu en retard pour

pour la grand paît que j'y ay, à mon très grand regret , je vous en deusse faire une présentation de cérémonie.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce 25 décembre 1687.

À M. MAIP.ET,

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