‹ Lettres. Publiées (volume 2)Chapitre 55 sur 134 · À M. MAL^AUD · texte numérisé non relu

À M. MAL^AUD

E> AUVEl'.UNE, À AURRLAC.

Monsieur, bien que je ne demeure pas d'accord du sentiment avantageux que vous tesmoignés avoir de moy dans ia dernière lettre que vous avés escritte , je ne laisse pas de me tenir fort obligé au mouvement qui vous a donné une si favorable pensée de ma médiocrité'. Car ce qu'un autre qui vaudroit mieux que moy prendroit pour une preuve de son mérite, je le prens pour une preuve de vostre ailèction , et comme je connois que vostre bonté s'est tronipée lorsqu'elle vous a porté à faire cas de moy, je connois aussy que je ne me trompe point en croyant

et chez Madame ia Princesse , par le moyen de M"' Paulet qui, du costé de son père, esloit sa parente. »

' Voir ia réponse à celte iellre dans ie recueil des Letires de Mainard (Paris, in-^°, i653, lettre LXXVII). En voici ie début : «La lettre que mon confident vous a fait voir, n'est pas la première que j'ay escrite pour publier l'estime que je fay de vous. . .i

que vous m'aymés beaucoup, et que 1 amitié dont vous m'honnorés me relève auprès de vous et me donne place en vostre estime. Mais , Monsieur, cette faveur n'est qu'une rétribution des petits services que j'essaye de vous rendre dans vostre monde, oii je suis le champion de vostre honneur, et où je vous conserve , autant que je puis, le premier heu entre ceux que nostre Apollon a le mieux inspirés. Je recueille tout ce que vous laissés voir de vous, j'en fay part à tous mes correspondans , et j'en gratide tous ceux qui ont du goust pour les bonnes choses. Je fus l'un des premiers à qui vostre dernière Ode tomba entre les mains, et quoyqae ce ne soit pas par mon soin qu'elle a esté imprimée, je croy néantmoins qu'elle l'a esté sur l'une de mes copies. J'en ay envoyé jusques en Angommois et en ay régalé nostre amy que je sçav qui vous lient lieu d'une grande assemblée. En un mot, après l'avoir jugée une des meilleures pièces que nous ayons encore veue en ce genre parmy nous, j'ay creu me faire honneur en la distribuant et en luy maintenant le rang qu'elle mérite'. Ainsy, Monsieur, vous voyés que si vous dilles du bien de moy, du inoins, à vostre esgard, je n'en suis pas entièrement indigne et que vous ne me rendes que justice, si, en disant que vous m'estimes, vous voulés dire que vous m'ayinés. Au reste, quand nous vous verrons en cette Cour, nous vous apprendrons quels sont les véritables autheurs des Sentimens de l'Académie, et si, après cela, vous

2 Mainard riposte ainsi : ^ Je vous prie. Monsieur, de ne vous lasser pas de deflendre les misérables productions de mon esprit; elles ont besoin de vous, et un si faible party que le leur ne peut estre soustenu que par des mains fortes comme les vostres. Je suis ravy d'apprendre que vostre recommandation les ayt accompagnées jusques au bord de la Charente. . .'1

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

continués à les honnorer de vos louanges, je crains que ce ne soit un seul pour le tout et que celuy que vous en avés soupçonné n'y ait la part la plus petite'. Cependant je vous demande la continuation de vostre bienveillance et la permission de me dire tousjours. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce lo mars i638.

À M. DE BALZAC

À ANGOILESME.

Monsieur, vous me faittes trop de grâces à la fois de m'envoyer, avec la belle lettre que vous m'escrivés, les trois autres excellentes que j'ay trouvé dans mon paquet.

C'estoit assés d'estre libéral sans estre prodigue de choses si précieuses qui méritent d'estre mesnagées et de ne paroistre pas en foule. Je vous remercie néantmoins de vostre profusion et, puisque vous le voulés bien, je m'en enrichis en bonne conscience. A vous en dire mon sentiment, les deux à M' de La Valette et à M"* Des Loges sont deux chefd'œuvres aussy judicieux et aussy brillans que j'en ay encore veu. La troisiesme, à M' Dailié, dans son genre est rare et

exquise et je sray qu'il s'en tint extrêmement obligé, lorsque vous la luy escrivistes, tant à cause de sa beauté singulière, qu'à cause de la civile manière dont vous traittés avec luy, bien que de créance différente. Vous n'y avés rien touché du livre qu'il vous envoya, et je ne sçay si vous ne l'eussiés point achevé d'obliger entièrement, si vous iuy en eussiés dit un mot favorable. II est vray qu'il est fort homme d'honneur et qu'il vous fist ce présent plustost comme un hommage que pour une chose dont il s'attendit devoir estre loué, et ce que je vous en dis est de nioy, non pas de luy *.

i\r Conrart a sceu les sentimens que vous avés tousjours pour luy et en a receu une consolation bien grande qu'il aura bien de la peine h s"euipesclier de vous tesmoigner par escrit. Pour M' Scudéry, je luy ay fait voir aussy tout l'endroit de vostre lettre où vous respondés indirectement à la sienne, dont il s'est tesmoigné fort satisfait. Je ne luy en donneray point de coppie, de peur qu'il neVen prévale, et que la canaille, (jui n'entend point ces délicates civilités, ne la premie pour une rétractation de la belle lettre que vous aviés escrilte sur le Cid , et sur les Observations \

' Mainard dit à ce sujet : «Je lis et relis les senlimens de T Académie, et me semble que ce traité ne peut partir d'autre que de vous..."

- Les lettres de Balzac sont presque toutes si mai datées, comme nous avons eu déjà tant d'occasions de le reconnailre, que je n'ose renvoyer. dans l'in-folio de 1 6G5 , aux lettres à M. de la Valette, à M"'° des Loges, etc., mentionnées par Chapelain. Pour le premier de ces personnages, la lettre qui pourrait être indiquée avec le plus de vraisemblance serait celle du lo janvier 1687 (Lettre VI du livre IX, p. tiob) : A Monsn(rnenr le duc de la Valette, gouverneur et lieutenant général pour le roi en Guyenne. Les lettres à M""' des Loges sont comprises entre les pages 287-003 et les dates: a 5 avril 1619-1 a "^^i 16 '10. La lettre

qui par sa date se rapproche le plus de celle de Chapelain est celle du 16 janvieri 687 (n" XXXVI du livre IX, p. 436). H y est question de M. d'Aillé (sic) et de sa valeur inânie et de l'éloquence des sermons do ce rare personnage. Le recueil de i665 ne renferme qu'imc seule lettre au minisire Daillé, datée du a'i décembre 1689 (n° Xm du livre XIV, p. 608). mais il ne me semble pas (sans m'arrèter à la date, qui pourrait être si facilement considérée comme réformable) que ce soit là celle dont parle Chapelain.

^ Ce passage a été cilé par M. Tascbereau {Notes de la lie de Corneillp , p. 3i3), de même que le passage de la lettre précédente relatif au même sujet. (Ibi/I.)

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

M' le marquis de Montauzier m'a prié instamment de vous asseurer toujours de sa passion pour vostre vertu, avec cette précaution que ce ne fust point un compliment à l'ordinaire. Il sort de céans où il m'estoit venu donner avis de la pension de mille escus que le Roy luy a accordé de très bonne grâce. C'est une marque réelle de la haute estime où il est et que certainement il mérite. Il sçait vostre brouillerie avec vostre Gouverneur, mais il n'est pas persuadé par le sang de faire tort à personne ', et je vous asseure qu'en cette rencontre il fait justice et rend à cliacun ce qui luy appartient. Cecy sera, s'il vous j)Iaist, sous le sceau du secret.

.\r de Saint-Cliarlres a receu une i-ude réprimende de moy de ne vous avoir point esté voir ou, du moins, de ne vous avoir point envoyé visiter, et je vous ay vangé plainement de cette négligence : c'est pourquoy vous ne luy en voudrés plus de mal et le recevrés humainement en ses justifications ou en ses excuses, lorsqu'il vous escrii-a.

La lettre de M' Voiture, que vous me demandés, est une lettre qui a esté veue fort contre son intention par la faute de la marquise de Sablé qui en avoit tiré une copie. 11 la supprime autant qu'il le peut pour

' M. de Brassac, gouverneur de Sainlongc et Angoumois, gouvernement dans lequel, à sa mort (i^ mars i6â5), il eut pour successeur son neveu le marquis de Montauzier.

' C'est la lettre adressée, le 2.3 juillet 1O37, «à Monseigneur le cardinal de La Valette, n et qui, tirée par M. Monmerqué des manuscrits de Conrart, a été insérée par M. A. Ubicini dans son édition des Œuvres de Voiture (tome T', pages 287-292 ). Il y a dans cette lettre des plaisanteries déplacées qui auraient pu trouver grâce devant le cardinal de La Valette si elles n'avaient été vues que de lui, mais qui, devenant publiques, devaient lui paraître intolérables. On y trouve aussi une phrase offensante pour TEs-

éviter le mal qui luy eu pourroit arriver, soit par le cardinal de La Valette, à qui la publication sans doute n'en plairoit point"', soit par ceux qui n'y sont pas obligés, qui ont les mains longues , si bien que , de son costé, je désespère de la pouvoir obtenir, (juoyqu'il vous honnore tousjours fort et que j'aye sujet de croire qu'il m'aytiie. Mais il importe peu, puisque j'ay le moyen de la recouvrer d'ailleurs et de vous donner ce contentement, sans dépendre de ses scrupules ny de sa paresse, ce que je feray sans faute par le premier ordinaire avec prière que vous n'en laissiés prendre coppie à qui (]ue ce soit.

Je vous envoyé par cettuy cy une ode de M' Mainard à Flotte en stile burlesque meslé de sérieux que j'estime une des meilleures qu'il ait faittes \ Vous en jugeras. On m'avoit promis de me la faire avoir augmentée et cori'igée de Tholoze, mais j'ay creu que je vous faisois autant de tort de retenir celle que j'avois et qu'il ne falloit pas tarder davantage à vous l'envoyer sur une attente qui peut estre se Irouveroit trompeuse.

M' Silhon m'a asseuré que les vers prétendus de Heinsius sur la prise de Breda estoient de Huygens^ et de quelques autres lettrés hollandois de la basse classe. Je feray

pagne, qui aurait fort choqué Anne d'Autriche. 3 C'est l'ode :

A Flote , le vieux esclave De ce Dieu qui s'ayme mieux Souz la voûte d'une cave Que sur le plus heau des cieux.

Cette ode est la première du recueil intitulé : Pièces nouvelles de Maynard (Paris, André Soubron, 1689, in-12). On la retrouvera dans les Œuvres poétiques de Maynard (Paris, Augustin Courbé, in-li", 16/16) et dans l'élégante réimpression de M. Prosper Blanchemain (Paris. J. Gay, i86'i, in-12, p. 188).

'' Constantin Huygens, seigneur de Zuylichem , était alors âgé de quarante-deux ans. Voir.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

néanlnioins nouvelle enqueste, et, si je les trouve, je vous en donneray le divertissement.

\r LTluillier verra ce que vous me mandés touchant vos bonnes intentions pour M' de Peyresc et sa mémoire,

.le suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce i5 mars i638.

A M. DE GRASSE (GODEAU

À GRASSE

Monsieur, si la Pucclle navoit [)oint d'autre distraction que celle que vous luy donnés, elle se liendroit heureuse etcroiroit mieux employer son temps à vous entretenir qu'à se parer de ses mauvaises nippes. Tenés donc pour asseuré qu'elle {gardera bonne correspondance avec vous tant qu'elle sera parisienne et que, du moins tout l'hy ver et tout le printemps, vous recevrés de ses poulets par tous les couriers. Mais, pour vous tenir cette parole, il est nécessaire que vous luy continuiés la permission de parler rusliquement , à son ordinaire, car elle ne peut parler courtisan qu'à grande peine et qu'avec beaucoup de préparation.

.l'altens avec quelque impatience le jugement que vous me promettes des deux Pseaumes de M' Habei-t. Dans quinze jours, vous en aurés de M' Esprit, dont je vous

sur ce secrétaire des commandements do Guilliiiime le Taciturne, la note 2 de ia page 'i38 (les Mélaitfris Itisloriques. Lellres de Balzac, n" \.

' Tailemant a eu soin de nous dire (t. Il, \). 3(J7 ) que la duchesse d'Aiguillon n'aimait jjjis Boisrobcrl. Voir (p. /loa , note i) la pi(|iiante anecdote du prieuré imaginaire qu'elle prétendait avoir (li'ji'i donné à un autre solliciteur pour n'avoir

le demande aussy par avance et sans vous préoccuper.

M' de Saint-Nicolas, dont vous désirés des nouvelles par vos précédentes , est tousjours au mesme estât pour son evesché, c'est à dire suspendu entre la crainte et l'espérance, quoyqu'en effet il n'ait aucune de ces passions, en cette occasion. Il semble néantmoins par les lettres de Rome quil y ait plus de sujet d'espérer que de craindre. Cependant vous sçaurés qu'il a prié tous ses amis, dès le commencement, de ne le point traitter de Monseigneur ni d'evesque.

Pour l'abbé aux deux abbaies, sa fortune enlin surmonte tout ce qui s'opposoit à son avancement, et au lieu des deux fausses abbaies que le crédit de M'"' d'Aig[uillon] luy avoit arrachées des mains ', il en a enlin une de quatre mille francs quon appelle de Chastillon sur Seine, sans obstacle du costé de la Cour et sans litige du costé des juges. Il a maintenant dix mille livres de rente en bénéfices, sans sa pension de chés le Uoy et est toujouis en grande faveur. Son occupation présente est l'expédition de ses bulles et une comédie qu'il a commencée dont les vers sont fort passionnés '.

Par mes dernières, vous aurés veu comme je me suis érigé eu homme d'affaires en une occasion où il me scmbloit que vous aviés besoin de l'avis de vos fidelles '.

Je suis. Monsieur, vostre, etc.

I>o l^aris, ce i(j mars tG38.

pas à le donner à l'ancien boulfon de son oncle.

'' Celle comédie serait-elle Les deux Méandres, ou les deux semblables, qui lui imprimée à Paris (16/12, in-/t°)?

^ Chapelain veut parler d'ime lettre (du a6 fé vrier iG38, P 260) où, d'accord avec Arnauld d'Aiidilly, il conseillait à Godeau un accommodement, au sujet d'une contestation avec un M. de l'Knfourcliure pour un bénétlce.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

A M. DE BALZAC

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