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À M. DE BALZAC
A BALZAC
Monsieur, j'attendois de vos nouvelles pour vous donner des miennes , m'estant accoustumé depuis quelque temps à ne vous
escrire qu'après que vous m'aviés escrit, afin que nostre commerce ne nous fust importun à l'un ni à l'autre , et que nous ne perdissions point nos meilleures heures en vains complimens. Pour cette fois néantmoins , je passera y pardessus cette règle, et vous aurés au moins une fois en un an une lettre de moy qui ne sera pas en response des vostres. Mais ne croyés pourtant que je vous vueille complimenter, car je ne vous manday jamais rien de plus solide, sinon de plus nécessaire.
Premièrement, vous sçaurés que j'ay mis entre les mains de Rocolet une seconde partie de l'Histoire de M' le cardinal Benlivoglio, laquelle M' l'abbé de Saint-Nicolas m'a donnée pour vous , puisque celle qui vous avoit esté envoyée dès l'année passée , de l'ordre de son autheur, n'estoitpas allée jusques à vous. C'est l'une des six que M' d'Alby * apporta de Rome incontinent après l'impression, et l'on fait cas de ces exemplaires plus que des autres à cause de la finesse du papier. Quand vous me respondrés à cette lettre, il sera bon que vous y couliés un mot de remerciment pour celuy qui a pris ce soin \ Il le mérite non seulement par ce qu'il est , mais encore par la manière obligeante avec laquelle il a fait cet office. Je pense vous avoir mandé qu'il est nommé du Roy pour l'évesché de Thoul, et que Sa Majesté conteste avec le Pape pour la luy conserver contre un abbé de Lononcourt ^ que Sa Sainteté y a nommé
'■ Nous avons déjà vu le nom , dans cette correspondance, du jeune Bernard Palras de Campagnol, lieutenant au régiment des gardes.
- Savait-on que le comte de Noailles, api es avoir été le protecteur et l'ami de Mainard, en fût venu à ce degré de colère contre lui?
^ Gaspard de Daillon , qui fut évêque d'Albi d'octobre i635 à juillet 1676.
* Balzac répond à Chapelain (lettre V du livre XIX, p. 768 de Tin-fol.) : rrVous avez esté obéi. Pour ne pas contrevenir à vos ordres, j'ay
escrit une lettre à Monsieur l'abbé de Sainct- Nicolas; mais j'ay grand'peur qu'elle sera de la nature des harangives de Gasroigne, c'est-à-dire courte et mauvaise,., n La lettre, datée du a 0 février i636, est probablement du 20 avril i638.
5 Sic pour Lenoncourl. Cet abbé de Lenoncourt renonça , cinq ans plus tard , à la carrière ecclésiastique et devint marquis de Lenoncourt, après la mort de son frère aîné Claude , tué à Thionville en 16/1.3.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
de son costé, et qiii se persuade devoir enfjn emporte!- la place. L'avantage que nostre .iniy a en cecy est qu'il est en possession, et que le succès luy est indifférent, au lieu que l'autre ne tient rien , et tesnioigne une grande passion pour la chose.
J'ay veu M' L'Huillier qui est transporté de la beauté de la lettre que vous luy avés envoyée. Tout l'eu ravit, et ce que vous luy donnés et ce que vous promettes de luy donner, et ce que vous dittes de M" Du Puy '. Il m'a bien dit en confidence que si, au lieu des éloges de Tite-Live, vous eussiés voulu mettre des éloges de M' de Thou , vous eussiés achevé de les parfaittement obliger, parce qu'il connoistce qui les touche sensiblement, et jusqu'à vostre response il ne leur a pas voulu monstrer la lettre, bien que, comme elle est, elle les peust extrêmement satisfaire. Si vous m'en croyés, vous ferës ce petit changement, ou du moins à Tite-Live vous adjousterés M' de Thou; cela ne ruinera guère le nombre de la période *.
J'ay leu cette mesrae lettre à M""" la marquise de Rambouillet et M' de Monlauzier
qui tous deux l'ont trouvée admirable, et tous m ont parlé de vous admirablement. La première a veu encore ce que vous me dittes dans vostre dernière lettre de toute sa maison , dont vous faittes si agréablement une partie du monde égale en grandeur aux plus illustres de l'antiquité et s'en est tenue extrêmement vostre obligée \ Si je vous disois tous les complunens exquis quelle ma faits pour vous, je vous ennuyerois de belles choses. Le second m'a conjuré de vous renouveller les asseurances de son service et de son affection, m'a dit en termes exprès qu'il vousprioit de croire ([u'il estimoit infiniment toute vostre famille, mais que sa tendresse se renfermoit dans vostre personne et dans celle de M""' vostre sœur'' et de M"' vostre niepce, dont il dit des biens extraordinaires, comparant sa beauté, sa grâce et sa vertu à tout ce qu'il y a de plus esclatant et dr plus respecté à la Cour'. Il part demain pour l'Alsace oià est son régiment, et entre peu de choses dont il se charge, il emporte, comme son uni(jue consolation, tout ce que vous avés jamais fait voir de vous.
' Voici la phrase où sont mentionnés les doctes frères (p. ^96 de Tin -fol.) : «Messieurs du Puy, qui, à mon advis, ne sont pas moins ennemis que moy des ridicules Hélas! et des lamentations importunes. Bien que les légitimes apothéoses m; se facent point ailleurs qu'en leur Cabinet, et que ce soit là où l'estime se distnhuo et où l'on déclare les lionmies illnstres. . . ^
- Balzac ne tint pas compte de la recounnandalion qui lui était faite, et le souvenir du grand historien J. Aug. de Thou ne fut point évoqué auprès du souvenir de Tite-Live. On lit dans l'édition de i665 : «Qui préfèrent, si je ne me trompe, le plus court des éloges de Tite-Live au gros volume des discours funèbres, qu'on imprima après la morl du feu roy.?'
^ Chapelain veut parier de la lettre déjà citée où Balzac, comparant M""' de Bambouillet à la mère des Gracques, dit (p. 777 de l'in-fol.) :
ff L'éloquence de celle qui n'est plus a esté assez louée par ceux de son temps; advouons, à la gloire du nostre, que non -seulement la saine raison et le bon sens, mais qu'aussi la pudeur (îl i'honnesteté forment toutes les paroles do celle-cy.n
** Anne Guez, épouse de François Patias de Campagnol. Voir sur M"'° de Campagnol la note a de la page 4 08 des Mélanges historiques. Lettres de Balzac, n° LXXVII, et le louchant éloge que fait Balzac de cette excellente sœur dans son lestanieiit. [Ibid., à Y Appendice , p. 8ùù.)
^ Sur Marie de Campagnol, qui épousa plu^ tard Bernard de Foigues, voir la note qui vient d'être citée et y joindre une note de la page 798 du même recueil, où est mentionné un éloge de la beauté de M"" de Campagnol fait par son oncle dans une lettre du 3 mai i635 (p. 3iG de l'in-fol.).
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
Je reviens à moy et vous dis qu'après avoir leu plusieurs fois la lettre dont il est question, je croy que vous deve's oster toute cette partie de période, et quand les princes , etc. , jusqu'à la fin , ou indifférent, qui sépare vostre raisonnement et qui , comme je la conçois, semble faire contre vostre intention. Vous y aviserés et me par- (lonnerés cette rusticité qui ne part que d'une affection bien ardente pour vous '.
Je vous envoyé, avec celie-cy, la lettre de M' V^oiture que je vous avois promise. Il y a eu façon à l'avoir, et l'on m'a fait promettre qu'il n'en seroit point tiré de copie de peur qu'elle ne luy fist tort. Ce n'est point iuy qui me la donnée , et je ne la luy ay point demandée, de peur d'en eslre refusé, pour ce que, depuis un mois, il s'est bizarrement imaginé que je l'aymois moins que de coustume, et a vescu froidement avec moy pour ce qu'il s'est rais en l'esprit que je luy h\sois froid. S'il eust connu mon fond aussy bien que vous, il n'eust jamais eu une si basse pensée de moy, et, ne m'ayant point donné de sujet de mécontentement , il n'eust |)as creu que je nie fusse cabré ainsy sans raison. Mais il faut souffrir les foiblesses de nos amis, quand mesmes ils nauroient pas tant d'excellentes parties qu'en a celuy cy, et ne les regarder jamais que du bon costé. Le premier des endroits effacés dans sa lettre est Louvatn, Valence et Dole; le second Dôle; le troisième , de sa maison *.
J'ay receu le paquet de M' vostre neveu ; je le garde soigneusement jusqu'à ce que vous ordonniés ce que vous voulés que j'en face.
M' le duc de La Valette est arrivé et a veu Son Em" et puis Sa Majesté \
Je suis. Monsieur, etc.
De Paris, ce 3 avril i638.
À M. DE BALZAC
À BALZAC
Monsieur, je respons à vos deux lettres du 19" mars et du 1" avril \ l'une et l'autre remplies de matières agréables et très agréablement traittées. Vous avés descouvert avec beaucoup de jugement oii le mal tenoit à nostre amy\ lorsque vous avés dit qu'il voudroit bien qu'on ne luy refusast pas la porte elles Bulion, car quelque dégousl quil tesnioigne de la Cour, j'ay veu certaines lettres sur ce sujet escriltes à Flotte qui ne sont pas du stile d'un homme bien détaché, et je suis bien asseuré que ny vous ny moy ne tomberons jamais dans telles bassesses pour nous relever, si la fortune nous avoit terrassés.
Mais, à propos de fortune, que le J[ésuite] est pédant et faquin * de vous proposer les sottises qui sont semées dans la lettre que vous m'avés envoyée ! H m'a fait rire à la vérité, mais il m'a donné du dépit
' Balzac, rebelle, encore celte fois, aux conseils de Chapelain , a maintenu (p. /ig6) toute la période condamnée : «Et quand les princes sont mesiez parmi les particuliers, et que Paris se joint aux provinces, dans une mesme société de tristesse, que sert-il de vouloir faire pilié? etc.»
■^ Tous les endroits effacés se retrouvent dans le texte de l'édition Ubicini (p. 988, 289 et 291).
' Voir sur le voyage à la cour du duc de la Valette, en mars i638, V Histoire de la vie du
duc d'Espernon, par Girard (édition de Paris, 1780, in-i", p. 36i et 862).
^ On ne trouve, dans l'in-folio de 166.'), ni lettre du 19 mars i638 ni lettre du 1" avril de la même année.
^ Cet ami était Mainard. Nous n'avons pas h lettre où Balzac avait parié à Chapelain du peu de désintéressement et du peu de dignité de Mainard.
^ Faquin {àç'ï'daiVien facchino , portefaix) était
en mesme temps, et je vous jure que si vous eussiés esté dans un auti-e sentiment que celuy que vous me tesmoignés pour son impertinence et sa marrucinité, pardonnes ce mot à ma colère \ j'aurois esté aussy scandalizé de vous que vous avés sujet de Testre de luy. M' L'Official - s'est porté vaillamment en cette occasion dans la response qu'il a faitte à l'innocent Camusat, auquel il faut sçavoir bon gré de son intention, sans luy demander plus de finesse que sa boutique et sontrafficne luy en permettent. Ce qui m'en a semblé le plus plaisant est qu'il m'a paru très persuadé que le J[ésuite] gaillard' vous pouvoil faire un des Pères de l'Église jusques à me le pouvoir persuader à moy-mesme. Il monstrera la response de M' de Chives au mauvais docteur, et couppera là cette pratique, de sorte qu'il ne s'en parlera plus. Vostre résolution donc m'a semblé généreuse pour ce regard, et j'approuve extrêmement que vous l'ayés prise. Mais je ne croy pas , pour cela , que les Conrarts, lesSainl-Cbartres, ni lesBoisroberts doivent pâlir de la sottise d'aulruy ny que vous les déviés punir de la faute du
J[ésuite]. L'un n"a rien de commun avec l'autre et vous pouvés avec grande justice refuser une response à mi ambilieiLx ridicule sans qu'il ait sujet de se plaindre, que vous gardiés correspondance avec vos cordiaux amis. Car pour le serment, il a esté desja violé publiquement et personno n'a creu que vous l'ayés fait sérieusement, ny que vostre confesseur y ait eu part aucune et, tout au plus, l'on [l'Ja pris pour une galante déclaration de ne vouloir plus vous donner la geine pour contenter la vanité de mille petites gens qui cheidienl d'estre connus par vostre connoissnnce.
Au reste, une autresfois, je ne me meltray plus au bazard qu'on m'arrache vos lettres, et je me contenteray d'en jouir tout seul puisque la rencontre qui a fait voir vos dernières à S[ilhon]. vous a donné de la peine. Soyés maintenant asseuré pour vostre repos que cela n'a fait nul mauvais effet, et qu'elles ont esté fort estimées . et non apostillées.
Celle que vous escrivés à iNP de Priesac ' est très belle et m'a parfaittement satisfait*. Je l'av leue h M' Voilure et à M"' de Ram-
H celte époque un mot nouveau, du moins employé dans le sens d'homme de néant. M. Liltré ne i'a trouvé que dans des écrivains du xvn' siècle, Balzac, Molière, Boileau. Comme synonyme de portefaix, faquin est déjà dans Rabelais.
' Marrucinité est de la création de Chapelain. C'est une allusion à la grossièreté des Marrucini , peuple à demi sauvage qui habitait les côtes du Latium. Marrucinité est dans les Lettres de Balzac {Mélanges historiques, n° CXXVIII, p. 7'ii ).
- M. de Chives, comme on le voit un peu plus loin.
' Gaillard est une épilhèle et non un nom piopre. Chapelain appelle gaillard, c'est-à-dire hardi, le jésuite dont le nom nous est inconnu. Il ne faut donc pas penser à un homonyme du R. P. Gaillard (Honoré), lequel naquit à Aix en
Provence en i6'j i, et a laissé des sermons et dos oraisons funèbres.
* Daniel de Priézac, d'abord avocat au parlement et docteur régent en l'université de Bordeaux, puis conseiller d'Etat (i63i), membre d<' r.Vcadémie française (i 689), était né vers 1090, au château de Priézac (Corrèze). Voir sur cet écrivain la note 9 de la page ^4 1 9 des Mélanges histwiques. litres de Balzac, n" V, et surtout une notice de M. R. Kerviler dans Le Chanceliei- Piei-re Séguier (1 87^ , p. GSo-oGy).
'" Les lettres de Balzac à M. de Priézac, «conseiller du Roy en ses conseilz d'Estat et privé, 1 sont, dans le r.>cueil de i665, au nombre de deux seulement. (Voir p. 486 et 5oo.) .\ucune de ces lettres, l'une du 13 septembre 1660, l'autre du 3 avril 1689, ne paraît être celle que Chapelain trouvait irès-hcUe.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
b[ouiHet] qui lont fort estimée et eiï ont jugé comme moy. Le premier vous conjure que la lettre que je vous ay envoyée ne se publie point et a désiré que je vous en envoyasse une autre qu'il fit, il y a quinze mois ', pour servir comme d'apologie à Son Eminence.
Elle est longue et belle, et je vous diroy qu'il la fit si secrettenient que je ne le sceus point que quelque temps après et, quand je vis la lettre, je n'appris point qu'elle fustde luy. Camusat, à qui on i'avoit portée, pour imprimer, m'apporta l'original et me pria de la repasser pour voir s'il n'y perdroit point sa despense. Je la leus, la plume à la main, et y marquay en courant les choses que vous verres dans le papier qui l'accompagne, afin que l'autheur, quel qu'il peust estre, y fit ses réflexions. Il se passa trois mois sans que l'on en parlast; enfin W Voiture me vint voir et me dist que c'estoit un ouvrage de luy, mais qu'il ne vouloit point qu'autre que Son Em" le sçeust par la voye de M" de Gombalet, et encore à présent il en fait secret et vous prie de ne le point .déceler. Vous la verres et en jugerés.
Je suis bien aise de la continuation de vostre amitié pour M' le marquis de Montauzier; je luy ay leu l'article qui le regardoit dont il vous remercie de tout son cœoi'.
Pour le s' Bouchard, il sera mal aisé de luy faire tenir vostre paquet, et à moins de trouver l'occasion de quelque amy qui face le voyage de Rome , il n'y auroit pas apparence d'espérer qu'il y fust porté seurement, M' l'abbé de S' Nicolas , à qui j'ay demandé quelque adresse pour cela , m'a dit que dernièrement il avoit à envoyer quelque chose à \P le cardinal Bentivoglio et qu'il eust toutes les peines du monde à rencontrer commodité. Je n'en ay point parlé à M^ la marquise, sachant bien qu'elle ne m'eust peu donner aucun secours ny aucune addresse pour ce que vous désirés. Mais il me tombe présentement en l'esprit un homme par qui j'espère fort de vous pouvoir servir en cela.
Le titre de Balzac l'orateur mériteroit trente coups de discipline bien appliqués sur les postères" du fallût^ J[ésuife] qui vous a si badinement pensé tenter. Je vous envoyé sa lettre et celle de Camusat, que je vous conseille de mettre dans vos archives , comme deux chefd'œuvres de plate finesse et de grossière vanité.
La vicontesse d'Ochy, qui assemble hommes et femmes en forme dacadémie chés elle, n'a pas fait le romant de Mellusine ''. Ça esté la marquise de Mosny, sa cousine, Ursine comme elle et de moins
' C'est la lettre à Monsieur. . . (après que la ville de Corbie eût été reprise sur les Espagnols par l'armée du roi), datée de Paris, le ig décembre i636 {Œuvres de Voiture, édition de B. A. Roux, p. 2 1 3-2 20), ou le 29 novembre i636 (Œuwesde Voiture,éA\{\on de M. A. Ulnnni, V. I, p. 267-279): c'est tout un panéfjyrique du cardinal de Richelieu.
- Dans l'ancien style burlesque, le derrière, dit M. Litlré, qui cite cette phrase de Rabelais : r.Vous aurez sur vos postères ,y> et ces deux vers du Virgile travesti, de Scarron :
Nous portâmes dans leurs poslères Des estocades mortifères.
'Plaisant, drôle, grotesque. Le mot, venu de l'italien /afotîco, est déjà dans Clément MaroL Le P. Garasse, le poète Saint-Amant et Molière sont les seuls écrivains du xvu" siècle chez (|ui M. Litlré ait retrouvé /a//ot on falot.
* Comme Balzac l'€n avait soupçonné dans sa lettre déjà citée (n° XXV du livre XIX) : «Si la présidente de l'assemblée a fait, comme on m'a mandé, un certain roman qui se nomme. . .. elle n'a guères moins fait que d'avoir couru les champs , et il ne luy reste rien à faire que d'espouser en secondes uopces l'empereur des Petites- Maisons.-'
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
mauvais esprit encore \ La première a paraphrase' l'Epislre aux Hébreux de S' Paul, et ceux qui l'ont loué disent que ce n est pas elle encore, el cet ouvrage n'est pas mal fait". Dans cette acade'mie femelle, les femmes n'y font que recevoir, et les hommes y donnent tousjours. Elles y sont juges des matières et tiennent la place en ce lieu qu'elles tiennent dans les carouzels. Il y a foule de principiants et tout est bon pour l'appétit de ces fées qui, la pluspart, ont beaucoup d'aage et peu de sens. C'est une des nouveautés ridicules de ce temps.
Pour le pauvre M' Mainard, si l'on en croit M' (le Noailles, il l'a descrié dans Rome envers tout le monde et l'a joué plus particulièrement encore auprès de M"^ le cardinal de Lion ^, de sorte que depuis Gennes où ce négoce prétendu se descouvrit . il se sépara
' Tallemanl ties Réaux no nous a rien dit do cette marquise de Mosny, el les bibliographes (pas même l'aufeur du Manuel du libraire) ne nous ont rien dit du roman de Mellusine. C'est (évidemment de la même personne qu'il est question dans une copie de VHistoire des amours du Grand Atcauflre que possède la Bibliothèque Nationale (fonds français, n° p.3, 802), à la fin du volume qui n'a pas de pagination : w Aucuns attribuent cet escrit à la princesse de Conty, les autres à la marquise de Mony des Ursins, dont il y a plus d'apparence, n'estant pas vrayscmblable que la princesse de Conty eut parlé d'ellemesme de la manière qui se trouve on iceluy.'l'ai eu l'occasion d'appeler sur cette note l'attention des chercheurs dans un article de la Revue critique d'histoire el de littérature du 18 novembre 187O (compte rendu de l'ouvrage de M. Paul Henrard, Marie de Médicia dans les Pays- Bas, p. 33 i).
- Homélies sur l'Epistre de Saint-Paul aux Hébreux, par Charlotte des Ursins, vicomtesse d'Ochy. Paris, i()3/i, in-/i°. Tallemant confirme ainsi le propos de ceux qui soutenaient que l'ouvrage n'était pas d'elle (t. I, p. 3 96) : «'Elle achepte d'un docteur en théologie, nommé Man-
de luy et, depuis, ils ne se sont point veus, l'ambassadeur fulminant et ne le menaçant pas de moins que de cinquante pugnalades \ Flotte me vit , il y a quinze jours , et me dit que ces fumées estoient appaisées et que son amy en seroit quitte à meilleur marché.
La lettre de M' de Boissat à l'Académie est aussy surprenante que celle de W de Scudéry ^ On y respond plus succinctement, parce que nos supérieurs ne prennent pas tant de part en cette affaire, et ainsy il ne nous en coustera qu'une demie page de galimatias en forme de compliment.
Ce M' de Murât a voulu faire la belle humeur en parlant de M' Le Maistre comme il a fait, fort mal à propos et contre toute sorte de vérité. Noslre amy est dans sa retraitte et le temps qui luy reste de ses exercices pieux est tout employé à une estudc
cors, des homéhes sur les épislres de saint Paul, qu'elle fit imprimer soigneusement avec son poitiait.fl M. P. Paris (t. I, p. 336) nous apprend que «dans la gravure du frontispice, qui est de Darct et fort belle, la vicomtesse à genoux présente son livre à la sainte Vierge.?'
' Alphonse-Louis du Plessis de Richelieu, dil le cardinal de Lyon, était le frère aine du cardinal di' Rirhelieu; il était alors âgé de cinquante ans.
'' Le mol pugnalades n'est d;ins aucun de nos dictionnaires. S'agit-il de coups de poing, aver origine espagnole {puiio, poing)?
'•" Pierre de Boissat, né à Vienne (Dauphiné), en 1 Co3 , un des premiers membres de l'Académie française, avait écrit à Messieurs de l'Académie de l'éloquence pour se plaindre d'une injure qui lui avait été faite par le comte de Saulf (futurduc de Lesdiguières). Voir sur cette affaire, qui fut arrangée à Taniiable le 25 février i638 (à Grenoble), le récit de Pellissou, avec les pièces à l'appui (Histoire de l'Académie, t. I, p. 137i/i5), et d'aulres pièces justificatives , réunies par l'éditeur à la fin du volume ( p. 5 1 3-5 16), parmi lesquelles se trouve le passage que l'on vient de lire do la lettre de Chapelain.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
sainte, pour laquelle l'aire, ayant donné tout son bien aux pauvres , il ne s'est réservé que ses livres seulement.
Je suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce 7 avril i638.
A M.L'ÉVESQLEDE GRASSE (GODEAU),
À GRASSE
Monsieur, je me lasse d'attendre de vos lettres pour y respondre et j'aime mieux vous escrire sans sujet que de tarder davantage à vous escrire et à vous monstrer combien jetais plus soigneux (|ue vous. Je pourrois bien prendj-e pour sujet vostre négligence et remplir cette page de reproches , mais je suis résolu, dès il y a long temps, à ne vous rien reprocher, et je me contente de faire ce que je dois, sans considérer si yous ne laittes pas ce que vous devés. Soyés donc paresseux à vostre aise, pourveu que vous m'aymiés un peu et n'attendes point de plainte de ma part, car vous nensçauriés jamais avoir que des louanges.
Au reste on m'a parlé de certaines nouvelles pax'aphrases et en quantité, que je verray peut estre un jour quand elles auront assés diverti et instruit toutes nos illustres eonnoissances. On m'a fait cas d'un Benedic, anima mea, entre autres, qui ne surpasse pas seulement ceux du cardinal Du
Perron et du père Vignier, mais encore les plus beaux ouvrages que l'on ait veu de vous. Ce sont les termes avec lesquels on m'en a parlé, dont je ne fay nulle doute, tant à cause de la connoissance que j'ay de vos richesses qu'à cause de l'estime que j'ay du jugement de ceux qui me l'ont appris. Je vous en félicite davantage et vous prédis que ces productions dernières feront tomber la plume des mains de vos nombreux imitateurs.
Le s"^ Camusat vint, ces jours passés, me donner avis que vos deux mille francs de Cahors estoient enfin entre ses mains et que , pour vous les envoyer, il attendoit vos ordres.
M"° la marquise de Piambouillel ne revient qu'à peine de ses maux.
Je suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce i<> avril i'J3S'
À M. DE BALZAC
À BALZAC
Monsieur, je loue vostre tendresse poui' W Voiture et les avis qu'il vous a pieu me donner pour nostre réconciliation. Mais ma dernière lettre vous a peu faire connoistre que nostre querelle estoit toute dans sa fantaisie et que , sans Mareschaux de France , nous nous sommes accommodés dès aussy tost que nous nous sommes parlés. C'est, à la vérité, une chose plaisante de la vision
'Le 18 du même mois (f 267), Chapelain .idressa à M. de la Brosse une lettre de reconiniandation en faveur de rM. Douvrier, ami de M. Silhon et le mien, et bien digne d'éStrereceu au nombre de vos serviteurs. » Chapelain ajoute : tfll a une afl'aire au Conseil que je veux croire juste. . . 7> Ce Douvrier, que nous retrouverons dans la présente correspondance , était Louis Douvrier, né en Languedoc, mort à Paris en janvier 1680. D'après le Moréri de 1769, il était d'une familk nohle. L'auteur de l'article ajoute : rl\ a
été célèbre dans le siècle dernier par la beauté de son génie et son érudition. 11 excellait dans les inscriptions et les devises. C'est lui qui a fait cette fameuse devise si flatteuse pour le feu 101 Louis XIV , Nec pluribus impar, au-dessus d'un soleil qui en fait ie corps, -n Voir dans les Mélanges de littérature (p. 197 et 198), l'éloge qu'en fait Chapelain à Colbert en 1662. Seulement (en note) Camusat a eu le tort de confondre notre Douvrier avec l'éditeur du Piaule {ad usum Delphini, 1679), Jacques de Lœuvre, Jacohus Operarius.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
quil avoit eue que je laymois moins que de coustimie et d'avoir mieux a\ me' demeurer six semaines dans cette créance que den venir chercher Tesclaircissement chés mo\ . Ces sortes de bizarreries qui ne choquent point le fondement de l'amitié me trouvent tousjours fort indulgent, et je croy les devoir supporter avec patience, si je ne veux point passer pour pointilleux et bizarre moy mesme. Les affections veulent eslre aisées et complaisantes pour estre agréables, et, si j'en juge bien , les ressentimens et les colères ne font un bon effet que dans l'amour qui se resveille par les plaintes et se redouble par les reproches. Je m'ajuste volontiers aux humeurs de ceux qui m"ayment. et je ne leur pardonne rien ou je leur pardonne tout . c'est à dire que je romps sans me plaindre lorsque mon amy a espuisé ma patience, et que ses actions me font croire qu'il ne m'aime point. Celles de M' Voiture ne sont pas. grâce à Dieu, de cette nature. Aussy l'ay je toujours aymé dans sou petit égarement, et n'ay je pas esté un moment mal satisfait de luy, voyant que je le pouvois guérir d'une seule parole. Nous avons ry cent fois de son imagination depuis et nous vivons, comme devant, avec cette seule différence que je fais désormais une affaire des visites que son amitié désire de moy, et de peur quil ne retond)e encore dans son accès et que la rencheule ' ne soit pire que la maladie. Il est homme d'aussy agréable et aussy galant esprit que j'en connoisse en nostre Cour, qui pense tousjours finement et délicatement.
mais dont léloculion est lasche et négligée, quoyque naturelle en telle sorte que l'on peut dire qu'il cause et converse dans ses lettres pluslost quil n'escrit, et qu'il n'y a rien d'exquis que ses pensées. Son amitié pour vous est constante et égale, quoyquil ait usé d'une furieuse nonchalance pour se conserver la vostre. Il me faisoit, il y a huit jours, admirer son effronterie de n'avoir pas respondu à vostre dernière lettre, el s'en blasmoit assés puissamment sans se mettre néantmoins en devoir de s'en corriger. Vous luy pardonnerés sans doute aussy bien que moy, et vous et moy traitterons charitablement avec luy comme avec un incurable.
Je trouve le rajustement de vostre lettre, ou plutost de ce petit endroit de lettre, très bon, et quoyque l'autre manière fust bonne . vous m'avouerés que celle-cy est meilleure, et m'aurés celle obligation de vous avoir fait surpasser vous mesme. Nous mettrons M' de Thou au lieu de M' Tite-Live, quand toute la patavinité' s'en devroit plaindre et révolter contre nous. Il est certain que cela chatouillera M" du Puy qui font leur capital de ce moderne Tite-Live. et vous ne serés pas marri de les obliger sans bourse délier, ou, pour parler moins bassement, sans faire tort à vostre expression ny à vostre pensée \ Je feray voir à M' L'Huillier l'endroit où vous parlés de cecy. et le conlenteray beaucoup en luy monstrant voslre complaisance à ses sentimens.
Je monstreray aussy à M' l'abbé de Saint- Nicolas ce que vous ditles du présent qu'il
' M. Litlré signale la présence du mot rencheute dans les poésies de Desportes. Bonavenlure Des Périers et Michel do Montaigne écrivaient recheule, selon le Dictionnaire de Trévoux; Scudéry et Scarron auraient employé le mot rechute.
- Souvenir du mot patavinitas que Quinlilicn a employé pour caractériser le langage des liabil;mls de Padoue, compatriotes de Tite-Live. Cha-
pelain, étendant la signification du mot, appelle patavinité l'ensemble des admirateurs de Tite- Live.
^ Je répète que le changement demandé pai Chapelain et par Luliier, el accordé par Balzac, semhle-l-il d'après les termes mêmes de cette lettre, n'a pas été introduit dans le texte de l'in-folio de i665.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
vous a fait au nom de M^' le cardinal Bentivoglio. Je ne doute point que ces trois paroles ne le satisfacent extrêmement et qu'il ne se tienne surpayé du soin qu'il a pris pour vous servir. Il me doit envoyer, demain , les prediche del P. Narni ' qu'enfin il a recouvrées, afin de vous donner encore ce contentement. Je ne sçay si elles sont h luy, ou s'il les a empruntées, mais il m'a paru tendre de ce livre ^ par son discours, et je croy que vous luy ferés plaisir de le bien traitter à vostre ordinaire et de ne le retenir que le temps que vous en aurés besoin. C'est assés dire pour cet article à un aussi sage homme que vous.
Le seigneur Scudery m'a tantost renvoyé son Amant libéral^ imprimé pour vous le fau'e tenir. De l'un et de l'autre de ces livres je feray un paquet que Rocolet vous envoyera par sa voye ordinaire. J'ay tait tirer copie de vostre lettre à M' de Boisrobert que je donneray à M' Serisay, selon vostre intention , con bel modo et sans que vous soyés meslé dans ce négoce. 11 est sans difEculté plus françois et plus élégant de dire je n'ay ny affaires ny loisir que je n'ay ni d'affaires ni de loysir, et c'est ainsi qu'il faut que la lettre le porte.
Je suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce 20 avril i638.
À M. LE MARQUIS DE MONTAUZIER
EN ALSACE
Monsieur, celle cy est pour response à la vostre du 20 de ce mois, car pour ma précédente je la fis bier dans l'opinion que vous ne m'aviés point escrit, et me resjouissant de vous avoir prévenu dans ce tesmoignage d'amitié, bien que je fusse exti'êmement assui'é de la vostre. Mais maintenant je me resjouis d'avoir esté trompé et trouve qu'il y a encore plus de douceur à jouir de vostre bienveillance, qu'à vous aymer sans estre aymé de vous. Voyés si je sçay faire profit de tout et si vous pouvés faire aucune chose que je ne trouve à mon avantage.
J'admire, au reste, cette fécondité de vostre veine. Il est inouy et comme impossible, parlant humainement, de faire les trois sonnets dont vous me donnés avis, dans l'espace de six heures de chemin, et si je juge de vostre mémoire par la mienne, je croy que ce seroit ime assés grande merveille que vous les eussiés appris par cœur dans ce temps. Toutesfois c'est vous qui les avés faits, et il me suflît de sçavoir cela pour n'en faire pas davantage l'incrédule.
J'ay veu la sage Artenice qui m'a fait le roman de vostre voyage d'Yerre'' à La-
* Jérôme Maritini de Narni , capucin italien , fut un des plus fameux prédicateurs de Rome dans les premières années du xvn" siècle. Balzac (lettre XXVII du Uvre XIX, p. 778 de l'in-fol., faussement datée du 20 octobre i638) en parle ainsi : «Le Père Narni est un orateur que j'ay admiré en chaire, mais que je n'admire pas sur le papier. Dans le peu que j'ay leu de son livre, j'y ay remarqué beaucoup de locutions poétiques, beaucoup de froides allusions, el certaines fables qui ne me plaisent en aucun lieu, mais que je condamne absolument dans l'éloquence chrestienne. A quelque prix que ce soit, il faut que j'en aye un exemplaire, et je l'auray, quand je
CHAPELAIiV. I.
le devrois demander au pape Urbain, qui m'a fait l'honneur autrefois de me caresser. n
- Tendre de ce livre, c'est-à-dire plein de tendresse et de crainte pour ce livre. La locution n'a pas été recueillie dans nos meilleurs dictionnaires.
' L'Amant libéral, tragi-comédie, parut à Paris (in-^", i638).
'* Aujourd'hui, Yères, commune du département de Seine-et-Oise, arrondissement de Gorbeii, canton de Boissy- Saint -Léger, à 36 kilomètres de Versailles. La seconde des filles de M"' de Rambouillet, Glaire-Diane d'Angennes, était alors abbcsse d' Yères (Tallemant des Réaux écrit Hyerre). Voir l'Abbaye Nutre-Dame-d'Yerres.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
gny' . Son esprit familier luy eu a rapporté des choses estranges, et entre autres qu'en cinq lieues de chemin vous prononçastes cinq mille fois ces paroles d'un ton haut, quoyque languissant : Gomment est-il possible que je me sois peu résoudre à les quitter? Il luy a rapporté encore qu'en arrivant vous vous abouchâtes" sur la table où vous déviés souper, et que pour signe de vostre extrême douleur, vous n'aviés peu manger que du potage. Mais , à cet article, elle luy a respondu que si vous n'en eussiés point mangé et que vous vous fussiés rué sur les viandes, elle eust eu meilleur (sic) opinion de vostre desplaisir, qu'elle s'imagine que vous cherchiés à vous consoler avec ce potage, comme avec la chose que vous aymés le mieux. Ainsy, quoyque ce diablotin fut gascon , elle luy fit connoislre qu'il avoit esté pris pour duppe.
Tout de bon, elle sent fort vostre esloignement , vous sçait bon gré de vostre tris-
tesse , et vous recommande chèrement vostre santé dont elle veut que vous luy rendiés conte. Je n'ay point veu la princesse Julie ny la lamentable ou élégie ou lettre que vous luy avés escrilte. J'ay sceu seulement quelle estoit lamentable véritablement. Cette excellente personne estoit allée aux Vertus^ avec M'" de Bourbon \ M'"" de La Ville aux Clercs ^ et M' de Chaudebonne prier Dieu pour la santé de M"'" la Princesse.
Je feray le compliment que vous ordonnés à M' Conrart et ne parleray qu'à luy des trois sonnets jusquà ce que vous nous les ayés envoyés , et que nous puissions monstrer par vos [)ropres paroles combien vous avés ressenti celte dure séparation, car je croy bien qu'elle en est le sujet.
Je suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce 25 avril i638'.
Il faut que l'enfant remue bien fort puisque le Roy l'a senti'.
Essai historique , -par M. Sainte-Marie Mévil, archiTiste du département de Seine-et-Oisp (Versailles, 1809, brochure in-8°).
' H y a trois Lagny, un dans Seine-et-Marne , deux dans TOise. Je suppose qu'il s'agit ici de la commune de Lagny, dans le département de l'Oise, arrondissement de Compiègne, canton dc- Lassigny, à 33 kilomètres de Compiègn«\
^ C'est-à-dire vous appuyâtes sur la table, la têle entre vos mains, de façon à la loucher de vos lèvres , comme le fait une personne accablée lie chagrin. Abourhei; dans ce sons, n'est indiqué ni dans le Dictionnaire de Trévoux ni dans le Dictionnaire do M. Liltré. Ce passage a été cité par M. Livet, dans Précieux et précieuses (p. 63).
^ Le bourg des Vertus ou d'Aubervilliers est aujourd'hui une commune du déparlement de la Seine, canton de Saint-Denis, à 4 kilomètres de Saint-Denis, à 8 kilomètres de Paris. Il y avait là le séminaire et la chapelle de Nolre- Dame-des-Verlus.
* La sœur du grand Condé, la future duchesse de Lon"rueviUe, Anne-Geneviève de Bourbon.
* Louise de Béon , fille de Bernard de Béon , seigneur de Masses, gouverneur des provinces de Sainlonge, Angoumois, Aunis, et de Louise de Luxembourg-Brienne, qui avnil élé mariée, en iGaS, avec Henri-Auguste de Loménie, seigneur de la Ville-aux Clercs, secrétaire d'État, etc. Voir sur cette dame la note 3 do la page '189 des Mélanges historiques. Lettres (/eiJn/:rtc,n°XXVIll.
'' La veille, Chapelain avait écrit au manjuis de Monlauzier, à Colmar(r' 068), lui parlant, en plaisantant, des personnes aimées qu'il venait de quitter, notamment de M"° Paulet : "J'ay veu la lettre que vous avés escrilte de Bussière à la Lionne, et j'ay esté attendri pour la seconde fois des larmes que vous luy donnastes en nous quittant (l'austère Monlauzier pleurait donc?). . . -^ Chapelain ajoute : «M. de Saint-Chartres a ouy nujourd'huy le Scipion avec nous, et quoyque la pièce ait fort satisfait tout le monde, le déplaisir qu'il a que vous soyés parti sans qu'il vous ayt dit adieu chés vous, l'a empesché d'y prendre un véritable plaisir. 51
' Monlglat {Mémoires, t. 1, p. aiTi) assure
A M. BOUCHARD
Monsieur, nous avons appris la mort de M' de Peyresc aussy tost que vous, et si nous ne l'avons pas regretté aussy éloquemment , ça bien esté avec des larmes aussy véritables. Il seroit superflu de m'estendre sur ce sujet pour vous le prouver, et je ne vous en diray rien autre chose sinon que nous n'en pouvons estre consolés que par l'oraison funèbre que vous en avés faille ' et par la vie qu'en escrit M' Gassendi. Nous attendons l'une et l'autre pièce avec impatience, et jusques lii je ne me puis resjouii- que de l'honneur qiie vous vous estes fait à vous mesme en iuy rendant les derniers honneurs dans une assemblée si célèbre et si illustre que celle de tant de princes de l'Eglise \ Je m'en resjouis,
dis-je , et ne m'en estonne pas , connoissant bien ce que vous valés, et sachant que vous n'entreprendrés jamais rien qui ne tourne à vostre avantage.
Au reste, je me tiens obligé à vostre courtoisie de l'asseurance rpie vous avés donnée à M" Mascardi^ et Bracciolini * de l'extrême cas que je fay de leur mérite chacun en son genre. Le dernier nous fera voir sans doute bientost sa Bulgarêide ^ et nous donnera lieu d'admirer encore la vigueur de son esprit dans un âge si avancé ^ et pour l'autre je souhailterois qu'il nous voulust monslrer dans un corps d'histoire de longue haleine la pratique de la belle théorie qu'il a donnée dans le dernier ouvrage que nous avons veu de Iuy'. Vous leur rendrés à tous deux, s'il vous plaist, les baisemains dont ils m'honnorent et les asseurerés que je suis en cette Cour un gi'and partial de leur vertu et que
que la reine se douta de sa grossesse dès la lin de janvier, et que d'abord elle tint la chose fort secrète, mais qne quand vinrent les fêtes de Pâques , tout le monde le sut.
' Laudatio funebris Claudii Fabri Peirescii, senatoris Aquensis, a Joanne Jacobo Buscardo, Parisino; Veneliis, i638, in-A°. On réimprima cette oraison funèbre à Aix, dans le même format, l'année suivante. On la retrouve encore à la fin de la biographie de Peircsc par Gassendi. (Paris, iGii, in-/i°; la Haye, i65i,in-ia).
- Bouchard prononça l'oraison funèbre de Peiresc dans une séance de l'académie des Humoristes, à laquelle avaient été invités les cardinaux et les autres grands personnages de la ville de Rome, le 21 décembre 1087.
" Augustin Mascardi, né à Sarzana en lôgi, y mourut en 1690. Regardé comme un des meilleurs écrivains de son temps, il fut nommé par Urbain VIII un de ses camériers d'honneuiet reçut de cefelrvent ami des lettres une pension considérable. M. L. Etienne l'a oublié dans son Histoire de la littérature italienne (1875). Bouchard, qui était son confrère à l'académie des Umoiisti, traduisit en français, dit Tallemant
(t. VII, p. iSy), «la Conjuration de Fiesque de Mascardi, le plus célèbre aulheur de ce tomps-là.5; Celte traduction parut à Paris, chez Camusat (1689, in-8°). L'original avait été publié à Venise en 1627 (in-4°).
' François Bracciolini, né à Pisloie, le 26 novembre 1 566, y mourut le 3 1 août 1 64 5, après avoir passé la plus grande partie de sa vie à Rome, où il fut protégé par le pape Urbain VIII, auquel il avait toujours été attaché. M. L. Etienne a mentionné très-brièvement Bracciolini considéré comme auteur du Scherno degli Dei, la Satire des dieux (p. A85 de V Histoire de la littérature italienne).
^ D'après Ginguené [Biographie universelle), la Bulgheria convertita , poerna eroico in xx canti, parut à Rome en 1687 (in-12). Mais comment, à ce compte, Chapelain ne connaissail-il pas, à la fin d'avril i638, la nouvelle d'une publication à laquelle il s'intéressait tant?
^ Le chanoine Bracciolini n'avait pas alors moins de soixante-douze ans.
' Chapelain veut parler du DelV arle historica trattati V (Rome, i636, in-4°), traité qui passe pour le meilleur ouvrage de Mascardi.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
ma trompette, qui ne se peut désenrouer pour chanter la gloire de la Pucelle, est tousjours fort nette et fort esclatante pour ce'le'brer la lem-.
Je ne connois le Viliifranchi que par le tesraoignage de laulheur de la Secchia\ et je voy bien par ce que vous m'en dittes qu'il devoit estre encore quelque chose au dessous du cavalier Stigliani *, c'est à dire moins capable que luy d'entreprendre la Colomhcide \
Je n'ay peu voir le Syntagma de .M' Naudé ' ni le jioërae moral dont vous me parles . parce qu'incontinent après qu'ils ont esté relie's, M' l'abbé de Boisrobert en a fait pré sent à Son Eminence , auprès de laquelle et du R. P. Joseph , il vous sert tousjours avec beaucoup d'affection, en telle sorte que vous en estes estimé aulant que vous le sçauriés désirer. Il m'a dit qu'à vos longues et agréables lettres il a respondu succintement, comme un courtisan empressé de mille sortes daffaires et qui ayrae mieux servir ses amis par effets que par paroles. H est sincère et généreux et vous devés croire que ce qu'il ne fait pour vous est ce qu'il ne peut pas faire.
Il sera aisé, quand vous serés en France, de vous introduire dans l'Académie, non pas
pour ce que vous m'y aurés favorable, qui seroit peu de chose , mais pour ce que vous le mérités extrêmement, et que Son Eminence en est fort persuadée. Mais je ne vous conseille pas de venir solliciter et recevoir cet honneur quaprès que vous aurés receu de delà le bien que Vostre Eminence ^ vous a promis et qui ne vous peut manquer avec un peu de patience. Il est vray que je me pouvois passer de vous domier ce conseil , et que vous estes trop habile pour ne vous l'estre pas desja donné vous mesme.
Il y a un mois ou deux que M' de Balzac m'obhgea de luy mander ce que je connoissois de vostre personne. Ensuitte il ma addressé un paquet de livres et m'a prié de vous le faire tenir par quelque occasion . laquelle enfm j'ay rencontrée. M' labbé de Retz s'en allant à Rome , je l'ay prié de le faire mettre parmi ses bardes", et parce qu'il ira à Venize devant, il le doit faire donner au Procace qui vous le portera de là. Je me suis servi de son enveloppe pour y mettre les Senlimens de l' Académie sur le Cid, que le monde me donne et que je n'avoue point. J'en attens vostre jugement sévère et snccint: incontinent après l'avoir receu. vous nous le manderés et en escrirés à M' de Balzac |)our remerciment , et lorsque M' l'abbé de
' L'auteur di' la Secchia rapita , poema ei-oicomico m xii canli, un clos plus spirituels et des plus célèbres poèmes badins de rilalio , est Aiessandro Tassoni, né à Modène en ] .505, raort en celle ville le tîS avril i6.35. La première édition lie la Secchia parut à Paris, chez Toussaint du Bray (1622, pelil in-12).
- Sur Viliifranchi, je ne trouve rien. Thomas Slighani a une petite notice dans le Moréri de 1759; il en avait déjà une dans les /uge/nejis des savons de Baillel (édition de 1722, t. V, p. 160). Nous apprenons là que c'était un chevaUer de Malte, natif de Matera (royaume de Napies), qui mourut sous le pontifical d'Urbain Vlli, et qui notamment composa des poésies licencieuses
dont la première édition fut faite à Venise en iGoi , et fut condamnée à Rome le 16 décembre de la même année.
^ Stigliani fit paraître à Plaisance, en 1G17, vingt chanls d'un poëme sur le Nouveau-Monde. L'ouvrage fui réimprimé à Romi' en i(ri8, avec addition de quatorze chants.
* De studio militari syntagma (Rome, i6;i7. in--i°). Gabriel Naudé, quand il publia cet ouvrage, avait trente-sept ans et était bibliothécaire du cardinal Bagni, qui l'avait emmené à Rome en i63i.
'" Le cardinal Barberini.
- .Nous dirions aujourd'hui bagages.
Helz sera en voslre Cjourt, qui doit estre vers la fin de l'automne, vous luy tesmoignerés ressentiment de la faveur qu'il vous a fait t\ tous deux en cela '.
On avoit parle', il y a sept ou huit mois, du voyage du Conte que vous sçave's^mai3 je le croy avorté. Il y a trois mois que je ne l'ay veu quoiqu'il ait lousjours esté à Paris , sans pourtant que je m'en scandalize, car vous sçavés qu'il est de ces humoristes innocens qu'il faut laisser en liberté et qu'on ne doit jamais soupçonner d'inconstance. La dernière fois que je le vis, il me parla de vous comme vous le pouvés souhaitter.
Je suis aussy incertain que vous du vray Evesque de Thoul , et croy ou crains que
mon aniy^ ne perde la partie à faute de se remuer. Il ne s'en mesle point du tout et monstre une extraordinaire modestie en une affaire aussy importante que celle là.
Je suis , Monsieur, vostre , elc-
De Paris, ce 25 avril i638.
À M. MAINARD.
À SAINT-CÉRÉ (en auvemne).
Monsieur, j'ay honte et confusion de la manière dont vous traittés ma médiocrité dans la lettre qu'il vous a pieu de m'escrire. Je ne suis point digne de l'estime que vous
' Le cardinal de Relz nous apprend {Mémoires, collection des Grands écrivains de la France, t. I, p. 122) qu'il demeura à Venise jusqu'à ia mi-août 1 638 et qu'il se rendit à Rome sur la 6n de septembre. M. A. Feillet, éditeur de ce tome , a eu le tort ( note h Ac la page 121) d'écrire ce qui suit : f D'après une lettre de Balzac à Chapelain, du 16 mars i638, on pourrait fixer l'époque du départ de Retz à la première quinzaine de mars. . . 15 On voit, d'après la lettre de Chapelain, dont la date est certaine, que l'abbé de Retz (alors âgé de dix-huit ans) ne dut partir que beaucoup plus tard. Le cs'en allant à Romen prouve que le futur cardinal ne quitta Paris que dans les derniers jours du mois d'avril. Du reste , voici ce que Chapelain (f° 27.5) écrivait à Balzac le 38 avril, dans une lettre longue et vide ot d'où je ne puis tirer utilement que ces lignes : r.knjourd'huy j'ai mis entre les mains du gros Saint- Amand le paquet pour Rome. Il m'a promis et juré sur ia bouteille que M' l'abbé de Retz, qui s'en va à Venize par Florence, le fera partir dans ses coffres jusques-là . . . J'ay apris do M. Silhon que Jean de Vert estoit du pais de Juliers, et que véritablement il avait servi à la stalla d'un seigneur de ce pais-là , où ayant fait quelque désordre de courage , son maistre luy avoit donné un cheval pour se sauver, avec quoy il estoit entré cavalier dans une compagnie de la ligue cafhoHque; que,
s'estant signalé en plusieurs occasions, il avoit passé par tous les degrés de la milice jusques à celuy de Mareschal de camp général, qui est une charge pareille à celle que Horn avoit dans les armées du Roy de Suède, que pour ses hauts faits il avoit esté fait Conte de l'Empire et que, depuis la reprise des forts du Rhin, il avoit esté receu comme en triomphe à Vienne avec les éloges de libérateur et de héros de l'Allemagne. Il est à présent à Bennfeld bien gardé et en la puissance de son plus grand ennemy, qui est le duc de Weimar, lequel il se vantoit d'avoir desfait seul à la bataille de Nordlinghen. . . M. l'Evesque d'Angoulesme, qui s'en va vous donner sa bénédiction, portera le P. Narni et V Amant libéral. . . M. vostre neveu me vint visiter devant que partir pour l'Italie. C'est un soldat esprouvé, de bonne mine et robuste pour son aage. J'espère qu'il ne rapportera que de l'honneur de ce pais-là ... Le Roscius [Mondory] ne reprend point ses forces. Il s'en va passer six mois à Bourbon, afin d'essayer de se reslablir. Lorsqu'il me vint dire adieu, je luy fis sçavoir l'estime que vous faittcs de sa discrétion et l'amitié que vous avez lousjours pour luy, sur quoy il redoubla ses humilités et partit d'auprès de moy comme d'auprès d'un Empereur. ';
- Sans doute le comte de Fiesque, qui était tantôt à Rome et tantôt à Rome.
' Henri Arnauld , abbé de Saint-Nicolas.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
faittes (le moy, et les sousmissions que vous me faittes ne sont pas clignes de vous, mais je voy ce que c'est. Je profite de la société' de M' de Balzac et vous n ave's pas creu devoir louer communément un homme qui estoit aymé de luy et qui Taymoit , ou vous mavés voulu payer par une telle profusion d'éloges le dernier petit service que je vous ay rendu auprès de luy. Toutesfois, Monsieur, ne croyés point que j'y aye un autre mérite que celuy de luy avoir envoyé une copie de vos beaux vers qu'il eust aussy bien receus de quelque autre. Il ne les a pas admirés par ce qu'ils avoient passé par mes mains , mais parce qu'ils venoient de vostre plume. Leur propre beauté l'a persuadé et non pas mes paroles, et vous le croirés aisément toutes les fois qu'il vous plaira de considérer que les éloquens de sa volée sont ceux qui raeinent les autres et non pas qui se laissent mener. Je luy ay envoyé vostre lettre comme faitte principalement pour luy afin qu'il se l'applique toute entière el qu'il voye que vous n'estes pas ingrat envers luy.
Je ne nie pas que je n'en aye parlé avec quelque succès à plusieurs de nos gens et en diverses compagnies où mon suffrage estoit un peu pesé, et je souffriray que vous me sacliiés gré de cela , et que vous le preniés iuissy bien pour une marque de mon amitié que de ma justice, pourveu que cette reconnoissance soit modérée, et que vous ne donniés un prix extraordinaire à une action qu'il
seroit honteux à un homme de bien de ne faire pas.
Au reste, pour ma Pucelle, elle est encore si grossière et si païsane qu'elle ne se bazarde pas de sortir de mon cabinet quavec moy, et vers la brune, afm que ses défaux paroissent moins à la faveur de fombre et soulagés par mon art. J'attens avec impatience grande que noslre bonne fortune vous ameine en cette Court afin de vous supplier qu'elle reçoive deux coups de peigne de vostre main et que [vous] m'aydiés à la farder. 11 y a apparence que ce sera vers cet autonne, et que vous ne laisserés pas accoucher la Reyne sans vous en venir resjouir avec tous les bons François.
Quant aux Sentimcns de l'Académie, c'est un ouvrage de toute la Compagnie '. Je vous avoueray bien que j'y ay une assez notable part que je n'ay que faire de vous marquer, car vous la reconnoistrés assés vous mesme, lorsque vous considérerés ce qu'il y a do pire. Sed de his coram. Cependant je vous remercie, en vous grondant, du bien que vous en ditles ainsi généralement, puisque vous avés creu me devoir faire autheur de toute la pièce et que vous avés eu dessein de m'obliger.
Le peuple se resjouit aux despens de l'Académie et s'entretient d'une mauvaise comédie manuscritte où nous sommes la pluspart introduits personnages , à ce qu'on dit peu agréablement". Vostre esloignement vous aura sans doute fait oublier par ce mauvais
' Ces deux paragraphes ont été reproduits par M. Taschcreau ( Vie de Corneille , noies , p. 3 1 3 ) , .'I le dernier l'a été par M. Livet ( Histoire de t' Académie française , t. I, p. 867).
- Pellisson dit (t. I, p. 48) : «La première (des choses qui ont été faites contre cette compagnie ) est cette Comédie de l'Académie , qui , après avoir coiyu longtemps manuscrite, a été enfin imprimée en l'année i65o, mais avec beaucoup de fautes, et sans nom ni de l'auteur, ni de l'im-
primeur... « L'historien de l'Académie ajoute
(p. 69) : rCelle pièce, quoique sans art et sans règles, est plutôt digne du nom de farce que de celui de comédie, n'est pas sans esprit et a des endroits fort plaisans. . . n L'auteur du Manuel du libraire (t. V, colonne 3i))met à tort en i643 la composition de la Comédie des académistes, qui circulait déjà cinq ans auparavant. La même erreur se retrouve dans la dernière édition des Siiperclieries littéraires dévoilées, par M. Quérard
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
comique, et nous défrayerons la compagnie sans vous.
De Paris, ce 28 avril i038.
eux.
À M. L'ÉVESQUE DE GRASSE (GODEAU
À GRASSE
Monsieur, Dieu soit loué que vous estes enûn resveillé pour moy, après six semaines d'endormissement et de silence! Mais trêve de gTonderie. Je suis bien aise du goust que vous prenés à la langue italienne, elle vous est nécessaii-e et vous sera agréable. Je feray, dans cette semaine, le scrutin' de mes livres et, si j'en trouve de doubles, je vous en envoyeray, après avoir communiqué avec M' Conrart afin que nous ne vous en envoyons pas les mesmes.
Le s' Bouchard est homme d'esprit, mais allés bride en main avec luy, car j'apprens de plusieurs endroits que sa conduitte n'est pas boime ', et qu'il a presque tout le monde pour ennemy.
Au premier jour, on me doit monstrer vos derniers vers dont, après, nous vous dirons nos sentimens. M' Arnaud et M' Conrart ont agi pour vostre aiïaire avec le prieur de l'Enf [ourcheure]. Vous sçaurés par eux ce qu'ils
ont fait , ou ce qu'ils n'ont pas fait. Je vous trouve l'esprit en fort bonne assiette pour cela.
Vous allés jouir du voysinagede vostre illustre amy \ si sa santé ne luy défend pas d'aller commander nos trouppes de là les Monts, comme le bruit en court icy, 011 on l^arle fort d'une suspension d'armes pour cinq ou six ans qui se traitte in curia, pourquoy ils disent que Nazin ' est parti.
L'abbé Comique ^ est plus riche que vous en prélature: s'il continue, vous n'aurés que l'ancienneté sur luy. M' de Balzac sçaura vostre souvenir et l'estime que vous faiftes de ses lettres dernières.
M' Le Maistre est tousjours dans le cachot sous la clef de M' de Saint-Gyran. M' d'Andilly est icy à la sollicitation de sa pention que j'espère qu'il aura. M' de Saint-Nicolas apparemment ne sera point Evesque de Thou[l] par quelques rencontres qui ne se peuvent escrire, sans qu'il l'ait démérité par la moindre de ses sollicitations. Il en a usé fort sagement et n'a rien à se reprocher ny aucun de ses amis.
Je vous envie vostre solitude et suis plus attaché icy que jamais. M. de Montauzier est gouverneur d'Alsace ^ et moy. Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce 3o avril i638.
(1869, 1. 1, col. 909), oij, par une faute d'impression, on donne à la première édition de la satire de Saint-Evremond la date de iGàG.
' Le mot est pris dans le sens propre , sm'ulinium, action de fouiller, de scruter, d'examiner. M. Liltré ne cite aucun emploi de ce mot au xvn' siècle.
- Malgré cela , Chapelain lui adressait , quelques jours auparavant, et lui adressa encore trop de protestations d'amitié. Chapelain, foncièrement honnête, n'avait malheureusement pas
ces haines vigoureuses Que doit donner le vice aux âmes vertueuses.
' Le cardinal de ia Valette. Le belliqueux prélat fut désigné (3o mars iG38) pour remplacer, comme chef de l'armée d'Italie, le maréchal de Créquy, tué d'un coup de boulet le 1 2 du même mois. Le cardinal ne tarda pas à se rendre en Italie.
* Ce Nazin était un courrier do M. de Bullion. (V. Tallemantdes Réaux, Historiettes, 1. 1 V, p. /i o5.)
* L'abbé de Boisrobert. Il est ainsi nommé bien souvent dans les lettres de Balzac à Chapelain.
•^ Retenons bien ce renseignement, caril nous aidera à rectifier les fausses dates qui ont été quelquefois données à la nomination de Montauzier, par exemple la date de 16^2.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
À M. DE SILHO>.
Monsieur, je n'accepte que la garde du riche et excellent livre que vous m'avés fait la faveur de m'envoyer, et si je le mets parmy ceux de ma chétive bibliotèque, je l'y metlray comme un estranger de grande considération que l'on reçoit avec tout l'honneur dont on se peut aviser, c'est à dire que je luy donnera y la première place auprès de ceux qui valent le mieux et qui ont quelque conformité de mérite avec luy. Ge- |jendant je vous en remercie comme si je l'acceptois entièrement, et me tiens fort obligé à vostre bonté qui vous suggère de si avantageuses pensées pour le plus inutile de ceux que vous aymés.
\oslre homme vous reporte la Préface qui n'avoit garde d'estre ailleurs que dans mon cabinet , puisque vous m'en avés honnoré et qu'elle me servoit d'un gage précieux de vosti-e bienveillance. Elle vous demeurera, s'il vous plaist, sans retour, et je ne croy pas que vous puissiés moins faire que de la laisser absolument à M' de Lizieux ' à qui de droit appartenoit le volume que vous m'avés envoyé. Demain, je donneray un mauvais change, niais vous ne vous estes pas attendu sans doute à rien voir de moy qui vaille l'estimer *, sinon la sincère affection qu'a pour vostre vertu, Monsieur, vostre, etc.
Ce 1'' inay i638.
' L'évêque de Lisieux (Philippe Cospeau) et Jean de Silhon se connaissaient et s'aimaient depuis longtemps : M. R. Kerviler a rappelé, dans son élude déjà plusieui-s fois citée sur l'auteur du Minisire d'Etal (page g), que, dès i6a6, cet habile écrivain adressa à l'habile orateur (alors évèque de Nantes) une longue
À M. L'ÉVESQUE DE GRASSE (GODEAU)
À GRASSE
Monsieur, les derniei-s pseaiuues de M' Esprit m'ont semblé tels que vous me le mandés lorsqu'il me les est venu monstrer, mais, depuis l'impression, j'y ay trouvé plus à dire\ et je trouve (jue vous les traittés bien favorablement. A tout prendre, néantmoins, je les ayme mieux que son premier, quoyque M' de Serisy ne soit pas de celte opinion.
Pous les galanteries que vous me diltes siu" le sujet de la Pucelle,]^ les reçois comme telles et je sçay bien ce que vous en pensés. Quand je n'aurois pas un ordre exprès de M' le Duc de Longueville de n'en mettre pas un vers au hazard des chemins , je me garderois bien de vous donner un divertissement si jjcu digne de vos yeux et de vostre esprit en f estât oii ils sont. Ln jour ou vous nous viendrés voir, ou nous [vous] irons voir, et alors nous vous les ferons entendre par force et profilerons de vos charitables avis, que je réserve pour les derniers comme ceux qui me doivent servir de loix absolues. Cependant, nous travaillerons autant que nous pourrons pour avancer chemin , et vous appresler de la besoigne.
M' Conrart vous fera sçavoir nos sentimens sur les beaux vers que vous luy avés envoyés et qui devroient faire tomber la plume des mains de tous tant que nous sommes (pii nous mcslons de rimer. Vous aurés dans quelque temps M' de Beau regard
cl remarquable lotlrc [elle n'a pas moins de quarante pages], qui fui imprimée, l'année suivante, dans le Recueil de lettres publié par Faret.
^ Le verbe est pris ici pour le subslanlif et l'estimer signifie l'estime.
^ A dire, en ce cas, signifiait à blâmer.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
en Provence qui vous dira de ses nouvelles et des nosli^es.
Vous aviserés bien au voyage que vous desseignés ' vers M"^ le cardinal de La Valette , et, si vous m'en croyés, vous ne l'entreprendrés qu'après avoir envoyé vers luy pressentir son opinion. Vous le connoisse's. 11 pourroit estre choqué de vostre soin, si vous Tallios visiter dans la chaleur de la guerre.
M""' la marquise est lousjours languissante. Le reste se porte bien.
Je suis , Monsieur, vostre , etc.
De Paris, ce 7 raay i638'.
GLXII.
À M. DE BALZAC
À BALZAC
Monsieur, il ne me desplait point du tout que vous me trouviés homme de bon sens et de bonnes maximes dans l'amitié. Je souffre mesjne que vous m'en louiés comme d'une chose dont je fais capital ^ et de laquelle je me pique non seulement pour la théorie, mais encore pour la pratique.
Quand {sic) à ce qui i-egarde M' Voiture, après avoir bien considéré toutes
' C'est-à-dire que vous projetez, que vous avez dessein de l'aire. Le \erhedesseigner n'est pas dans le Dictionnaire de Riclielet. Je le trouve dans le Dictionnaire de Trévoux avec le sens de dessiner, mais alors on écrivait et prononçait {jénéraiement dessigncr. Le dessein est ce qu'on rfc.ssine ou désigne d'avance, et dessiner et désigner sont des mots identiques, tout comme les vieux mots desseignei- et dessigner.
- Suit (f° 379) une lettre sans date adressée au duc de Longue\ilie, pour lui recommander un protégé de M. Desmarels, cousin de M'"° du Vigean, «dont le mérite et l'esprit vous est sans doute connu. î5 Puis on trouve {ibid.) une lettre du 9 mai au marquis de Montauzier. Chapelain s'y plaint du silence du marquis. «Au reste, lui dit-il, pour vous convier à nous envoyer les trois sonnets et demy que vous flstes de Lagny à Bussière [aujourd'hui Bussières, Seine-et-Marne, canton de la Ferlé-sous-Jouarre, arrondissement de Meaux, à 3o kilomètres de celle ville], je vous en envoyé un que les vefves de M. de Rohan [c'est-à-dire sa femme et sa sœur] m'ont obligé de faire sur sa mort. Vous le jugerés et réformerés à la pareille. ..Le Menuisier [Adam Biliaut] a esté malheureux, et dans son affaire que M. le chancelier a refusé de faire, et dans la poursuitte des lettres de M"' Saintot, qu'il n'a jamais peu atlrapper, ce qui l'a fait partir doublement mortifié d'icy, soit pour n'avoir peu obtenir le bien qu'il avoit espéré, soit pour ne vous avoir peu rendre le service qu'il vous avoit promis et à quoy vos libéralités l'avoient obligé. 11 se fait
souvent commémoration de vous à l'hostel de Rambouillet, où tout se porte bien, si vous en exceptés M'°' la Marquise qui n'a santé que de l'esprit, vivant au reste une vie languissante. M"'° de Clermont, vos femmes et la lionne partent aujourd'hui pour Graville [en INormandie, petite ville maintenant réunie au Havre], dont elles vont prendre possession pour quinze jours. Il y a dix jours qu'on me fit lire le second livre de la Pucclle chés M"" la princesse, où elle réussit mieux qu'elle ne mérite, et M"' de Bourbon a tesmoigné qu'elle désiroit voir la suilte et que le Poète ne l'avoit point choquée. [C'est pourtant à cette princesse que l'on a attribué le mot cruel : C'est peut-être beau, mais c'est bien ennuyeux.] Il y avoit des M'"" de Sablé et M"'° du Vigean qui me payèrent de complimens fort obligeans. Mes parrains estoient la princesse Julie et frère Claude l'héroïque [Claude d'Urre du Puy Saint- Martin, sieur de Chaudebonne].7i Si l'on était choqué de l'expression vos femmes appliquée par Chapelain à M"" de Clermont, je demanderais grâce pour une plaisanterie acceptée par le marquis de Montauzier comme monnaie courante, car dans une précédente lettre au même personnage, lettre dont je n'ai donné qu'un court extrait (ai avril i638) , l'auteur de la Pucelle désigne une des demoiselles de Clermont par ces mots : Madame vostre femme , ajoutant : «Mademoiselle sa sœur ne vent pas que vous croyés son amitié moins violente.''
' C'est-à-dire qui est pour moi l'essentiel. M. Littré a signalé la présence de celte expression 3o
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
choses, je veux interpréter à mon avantage le mouvement qu'il a eu, et dont peut esfre un autre se seroit tenu de'sobligé. En effet il iue sert de fesmoignage de l'estime qu"il fait de mon amitié, laquelle apparemment il ne voudroit point perdre puisqu'il se met en peine lorsqu'il simagine que je suis refroidi pour luy, et je vous asseure qu'encores que j a\ e eu jusques icy assés de marques de sa civilité , je n'avois pourtant eu encore aucune si solide preuve de sa bienveillance que celle qu'il m'a donnée en se plaignant de moy. Voilà comment j'essaye de faire profit de toutes choses, et de ne laisser troubler ma vie que par le moins damertumes que je puis. Après tout néantraoins, il faut avouer quil est dangereux pour cetle douceur de vie que nous cherchons, d'aymer si ardemment des personnes qui ne sont capables de nous aimer que médiocrement et de les aceoustumer à certains devoirs et sujeltions dont ils font estât ensuitte comme d'un patrimoine qu'ils veulent posséder despotiquemeut et qu'ils exigent de vous, ainsy que choses deues et non pas données, sans se tenir obligés à cette rétribution de la pareille, sans laquelle on ne peut pas dire proprement qu'il y ait d'amitié. Jay fait plusieui's expériences du desplaisir qui en arrive et je vous asseure qu'un sage (pii me voudroit croire iroit tousjonrs bride en main en cette matière, et ne feroit d'avances qu'à proportion de ce qui {sic pour de ce qu'il) se verroit suvvi, car le fardeau de l'amitié est
insupportable quand il ne porte que siu' l'iui des deux.
Au reste, je suis estonné que vous appré hendiés les lettres de nostre académicien négligent, etj'aurois creu que vousl'enssiés excepté de la règle générale, tant pour ce qu'il estoit si fort à vostre gré. que pour ce ipie vous ne deussiés pas craindre qu'il vou'^ fist de trop fréquentes despesches. Mais n'appréhendés rien de ce costé là; il luy sera bien plus aysé de ne vous point escrire que de vous escrire, et pour peu que je luy tesnioigne que sa paresse s'accoumiode avec vostre humeur, vous devés tenir pour certain (pi'il s'y ajustera pour toute sa vie. Je ne vous responds pas des autres si absolument . quoy- (]ue j'espère de pouvoir conjurer une parli(> de ces tempestes que vous craignes tant.
Quand vous aurés leu les Oraisons françoises. nous en aurons trois lignes de vostre sentiment. Pour moy, je tiens qu'en matière de traductions de pièces d'éloquence, il faut sur toutes choses prendre l'air des preuves et des couleurs, sans s'arrester scrupuleusement aux paroles et aux membres des périodes, (jui ne s'accommodent pas également bien en des langues différentes. Mais de cela vous en jugerés en maistre et je n'en croiray que ce ([ue vous en resoudrés. Les Oraisons pour Quintius et pour la loy Manilia. pour Marcellus et pour Ligarius. sont de M' d'Ablancourt'. Celle qui fut faitte ]^our le poète Arcliias a esté Iraduitte par M' Palru , advocat, amy de NL le Maistre '. La Calilinaire
dans les écrits de Bourdaloiic, de La Bruyère, de Fénelon , de Pascal , de M "" de Sévigné. L'exemple fourni par Chapelain devient le premier en date.
' Chapelain veut parler du Recueil (déjà menlionné) intitulé Huit oraisons de Cicrron (Paris. m-à", i638).
- Olivier Palru était alors âgé de trente-quatre ans. Il fui reçu à l'Académie française on tOio cl mourut le lO janvier »68i. L'abbé d'Olivet
parle ainsi du travail de l'illuslre avocat {Uistoirr de rAcadiniiie, t. I, p. i5G) : «J'ai dil que M. Patru avait traduit une oraison de Cicéron; je me serais mieux exprimé si j'avais dit qu'il en a fait deux traductions fort difTérenles Tune de l'autre. Car qu'on lise celle qu'il publia en i638 . et qu'on la compare avec celle qui est dans le recueil de ses plaidoyers [Plaidoyers el antres œuvres, Paris, in-i", 1670), on n'y trouvera
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
est de M' Giry ', et les deux autres de Durier '.
On croit icy pour le certain que Mailieibe est auteur de la traduction des Epistres de Sénèque '\ Je n'en ay leu que deux pag-es du commencement qui m'ont semblé de luy autant que la traduction de Tite Live * ; mais je vous avoue que j'y trouvay assés de choses à dire, et qu'en quelques endroits rex]iression m'en parut basse et en quelques endroits obscure. J'ay peur qu'il n'ait pas mieiLx entendu les lettres de l'un que l'histoire de l'autre '". Mais tout cela luv doit
estre pardonné, si je dis vray, sur ce que cela s'est publié après sa mort et peut estre contre son intention, au moins sans qu'il y ait mis la dernière main.
Je vous envie vostre siècle d'or et je me contenlerois bien d'en passer icy un d'argent, mais la guerre qui ne finit pas encore nous en fait vivre un d'aussy mauvais fer qu'il en ait encoi-e esté employé dans le monde. Toutesfois il y a espérance d'une trêve, et nous jouissons de cette espérance en attendant mieux. J'estime fort vos méditations qui vous font finir si chrestiennement
presque point de tours qui se ressemblent , presque point de plirases qui soient entièrement les mêmes dans les deux éditions. Rien ne fait mieux voir jusqu'où il poussoil sa délicatesse. •
' Louis Giry, Parisien, avocat au (Conseil et au parlement était alors âgé de quaranlc-huit iuis; il fut un des premiers membres de l'Académie et mourut en i665. Cet intime ami de Godeau possédait une fort belle bibliothèque, comme nous l'apprend le P. Claude Raffron, minime, dans la Vie du fils de l'académicien, le P. François Giry, provincial des iMinimes de la province de France (i69i,in-i3).
- Pierre du Ryer était alors âgé de quarantedeux ans; il fut nommé membre de l'Académie française en i646 et mourut, non le 6 novembre i658, comme l'a écrit l'abbé d'Olivet, et comme beaucoup de biographes l'ont répété après lui, mais avant le 12 octobre do cette année, comme le prouve à celle date la Muse historique de Loret. P. du Ryer, qui fut un des plus infatigables traducteurs du XTu" siècle, a non-seulement mis en français les deux discours de Cicéron que signale Chapelain, mais encore (à diverses époques) presque toutes les œuvres du grand orateur.
" M. Lud. Lalanne, dans son édition des Œuvres de Malherbe (t. II, 186a, p. 269), dit: c Je n'ai pu découvrir l'époque à laquelle Malherbe composa cette traduction des Epilres de Sénèque, traduction qu'il n'eut pas le temps d'achever, car il n'a fait passer en notre langue que les quatreràngt-onze premières lettres. Elle fut éditée après
sa mort par les soins de J. B. de Boyer, neveu de sa femme , et conseiller au parlement de Provence. Jusqu'ici les bibhographes ont indiqué comme étant la première édition celle quia été pubhéeà Paiis en 1689, in-12 , chez Ant. de Sommaville, sous le titre suivant : Les Epistres de Seneque, traduites par M" François de Malherbe, gentil-homme ordinaire de la chambre du Boy. C'est une erreur. En effet, à la suite du privilège, daté du ft décembre i636, on lit : r Achevé d'imprimer poxir la seconde Jois le premier jour de février 1 689. •■' La date de cette première édition, que je n'ai pu rencontrer nulle part, est donnée par une ligne placée à la suite du privilège de l'édition de i6i8 : Achevé d'imprimer pour la première fois le septième septembre i63j. Il semble, d'après le texte de Chapelain, que la publication de la traduction des Epitres de Sénèque était loute récente en mai i638. Peut-être le livre, quoique imprimé dès 1687, ne fut-il mis en circulation que dans le printemps de l'année suivante.
' Sur la traduction du XXIIP livre de Tite- Live et sur les diverses éditions de cette traduction (1616, 1621, i63o, etc.), voir une notice de M. L. Lalanne (p. 889 et 890 du tome II des Œuvres de Malherbe.
'-" Chapelain me semble ici bien sévère, et il aurait dû, dans tous les cas, tenir compte au traducteur de la correction et de l'élégance du style de celui qui ne fut pas moins un de nos meilleurs prosateurs qu'un de nos meilleurs poètes.
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et si salomoiiiquement ' vostre letlre , et j'ay beaucoup de consolation de voir que vous approuve's la résolution de M' le Maistre plustost que de la condanner".
Vous aurés eu, à celte heure, les sermons du Père Narny.
Je suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce lo may l638^
M"'° de Ghevreuse est en Angleterre '. La terre a tremblé sous \P de Grasse et sous son petit evesché.
À M. DE BALZAC
À BALZAC
Monsieur, j'ay leu avec une joye extrême la belle epistre latine que vous escrivés à M' Mainard, et je le trouve plus glorieux par ces deux douzaines de vers que vous luy donnés % que par tous ceux qu'il a fiùts en sa vie, bien qu'il en ait fait quantité de très beaux *. Par le premier ordinaire je luy envoyeray de vostre part l'une des copies que j'ay trouvées dans vostre paquet, supposant
' Salomoiuquetnent (à la façon du sage Saloinon) est de l'invention de Chapelain. Ces compliments s'appliquent à la fin de la lettre XXX du livre XIX, improprement datée du lo novembre i638 (p. 283).
- Balzac avait dit dans celle même letlre : :t L'action de M. Le ^laislre est un mouvement héroïque, qui ne doit pas être tiré en exemple, et qui est au delà de ma portée. . . r>
^ Je laisse de côté une lettre à Balzac {(° aSa), du 16 mai iG38, et une lettre à Bouchard (T a86), du 18 du même mois. Dans la première de ces lettres il n'y a guère que des compUments et ces pelilcs nouvelks : «Pour les vers de Heinsius que vous m'avés tant demandés, je les ay enfin recouvrés, et M. L'Huillier me les envoya hier... C'est un long poème imprimé in-f" et, qui pis est, de Heinsius le fils, c'est-à-dire d'un enfant ou d'un fort jeune homme, comnn' sa lettre dédicatoire et ses élogistes le tesmoignenl. . . Vous aurés ouy parler de l'atTrcux tremblement de terre du royaume de Naples. . . Hier, nostre armée devoit entrer en Flandres, de concert avec les Hollandois. Il faut bien espérer de la justice de nos armes...-» Dans la letlre à Bouchard, je ne relève que ce passage, déjà inséré par M. Livet dans son édition de YHistoire de l'Académie (t. I, p. 867) : «Il semble par la vostre (vostre lettre) que vous croyés pouvoir estre admis en vostre absence. Je vous répéterai ici, si je ne vous l'ay desjà écrit, qu'on ne vous peut proposer pour cela que vous ne soyés pré-
sent, et qu'après l'avoir fait agréer à Son Éminencequi,par un ordre particulier, a voulu eslre consulté sur tous les prélendans afin de fermer la porte à toute brigue et ne sonfTrir dans son assemblée que des gens qu'il connoisse ses serviteurs... Une place d'académicien en France n'est pas un bénéfice, et Son Éminence est assiégée de tant d'affamés, et qui attendent depuis si longtemps, que jusqu'ici nous n'avons vu aucun de noslre Iroupe gratifié de pareil bienfait, si vous en exceptés M. de Bois-Robert. . . Il n y a de nouvelle comédie raisonnable que le Scipion de Desmaresls."
* M. \' . Cousin {^fadaule de ClieiTeuse , 1868, p. iVi) dit : «,\u commencement de l'année 1G68, elle arriva en Angleterre." Le post-scrip- (um de Chapelain prouve que ce ne fut pas au commencement de l'année, mais tout au plus en avril que la belle fugitive fut, pour employer les expressions de son zélé biographe, «reçue et traitée à Londres comme elle l'avait été à Madrid.?^
" Il s'agit de la pièc^ insérée dans les Juan. Ludovici Guezii Balzacii Carmina el epislolœ sons le litre de Ad. Fronciscum Mainnrdum Romn rrducemquei-ela (p. 1 et a de la dernière partie du tome II des Œuvres complètes de iG65. Cette charmante petite pièce se compose de trentecinq vers, et Chapelain, s'il s'était piqué d'une parfaite exactitude, aurait dû dire (rois douzaines de vers.
' N'oublions pas que Malherbe, qui ne pro- . liguait pas les éloges, «-restimoit,- selon le lé-
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que c'est vostre intention, encore que vous ne m'en disiës rien dans vostre lettre. Mais je ne me contente pas de cela, car j'ay desja fait voir à M' l'abbé de Saint Nicolas la pièce, et, croyant que M' le cardinal de Benlivoglio s'en tiendroit obligé, je luy en ay laissé une copie pour la luy envoyer, ce qu'il fera demain, et par sa mesme voye j'en ay addressé une autre à M' Bouchard , afin que les Strades ' et les Mascardi ayent ce tesmoignage de vostre estime, et vous deviennent amis, .s'ils ne le sont desja.
Le jeune frère de M' d'Andilly, qui a autresfois fait un joly poème pour vous", en a fait un cas particulier, et avant que de le laisser partir, en a tiré une copie qui ne perdra point de son mérite entre ses mains. J'en donneray une à M' L'Huillier à la première veue, et c'est comme si j'en donnois
à toute l'Académie de M' de Tbou. Mon sentiment est qu'elle tient de la vraye antiquité louable dans un certain mezzair^ entre Horace et Ovide, moins familier que le premier et moins affecté que le second , et égal en pureté à l'un et à l'autre.
Je suis entièrement de vostre avis pour les vitieux modelles de nos modernes Hollandoiset François qui suyvent volontiers les mauvais faiseurs de pointes et pensent cacher leurs défaux dans leur obscurité'. Ceux que vous m'avés nommés verront ce bon latin en quahté de mauvais francois , puisque vous fordonnés.
Le poème épique dont on vous a parié est un idille ^ que le Gros* appelle héroïque, à cause qu'il y veut descrire les actions de Moy se , sous le titre de Moijse sauvé '. Il le partage en trois livres de douze ou
moignage de Taliemant des Réaux ( t. I,p. 299), «i'homme de France qui faisoitle mieux les vers, -^ après lui, pensait-il, je suppose.
' C'est-à-dire le P. Strada, dont nous avons eu l'occasion de nous occuper (lettre CXLIV).
- Ce jeune J'rèi-e était le vingtième et dernier enfant d'Arnauld Tavocal, Antoine Arnauld, dit le grand Arnauld, qui, né en février itJia, n'avait alors que vingt-six ans. Notons, à ce sujet, que M. Sainte-Beuve a eu le tort(P6j-l- Boyal, t. II, p. 1 1) de no donner que trois frères à Antoine Arnauld : 1" M. d'.\ndilly, 9° l'abbé de Saint-Nicolas, 3° Simon Arnauld (né vers i6o3). Il a oublié le chanoine de Verdun, dont il avait pourtnnt trouvé mention expresse dans les Lettres de Chapelain. Quant au poëme, qui est un éloge latin, composé en t63i, du Prince, de Balzac, on le trouvera dans le tome XLII des Œuvres complètes de Messire Antoine Ai-nanld (Lausanne, 1C75-1783, in-'i°).
" On lit dans le Dictionnaire de Trévoux : rMézair ou Mésair, terme de manège, qui se dit d'un certain air qu'on donne au cheval en le maniant entre le terre-à-terre et les courbettes. De l'italien meiz,o, milieu ; air qui tient le milieu entre deux.-:
* Balzac avait dit (lettre I du livre XIX, p. 7O0 de Tin-fol.) : «La pluspart de nos gens de Leyden sont de ce peuple de Lucanislos. S'ils n'imitent tous les mauvais exemples, ou, pour le moins, les exemples dangereux, ils donnent d'ordinaire à deviner ce qu'ils veulent dire, et je ne les ay jamais encore bien entendus, ([uelque eslude que j'aye apportée à les estudier.-i La lettre, datée du 22 janvier i63H, doit être transportée au mois de mai de celte même année.
^ Le mot idylle était autrefois masculin, conformément à i'étymologie idyllium, eiSvXXiov). L'Académie le faisait encore masculin dans son Dictionnaire de 1696, vingt-deux ans après l'Art poétique de Boileaii.
° Marc- Antoine de Girard, sieur de Saint- Amant, avait un embonpoint proverbial. Taliemant des Réaux (t. III. p. 3i 0) dit à ce sujet : «En une épistre à M. d'Orléans, sur la prise de Gravelines, il s'appelle le gros Virgile; il eust mieux fait dédire le gros ivrogne.''
' Le Moyse sauvé ne parut qu'en i653 (Paris, Courbé, in-A"). Taliemant donne une singulière explication du retard que mit Saint-Amant à faire imprimer son poëme (t. III, p. 3 10) : «Il avoil prétendu pour son Moyse une abbaye ou mesme
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quinze cens v rs chacun : le premier s'appellera le malin, Je second le midy et le (roisiesme, le soir, et tout l'ouvrage ne doit avoir qu'un seul jour destendue. îl m'en a recite' trois ou quatre cens vers où il y a force descriptions où il m'a semble grand peintre des choses qui tombent sous les sens '. et quand il n'auroit que cette partie, son travail plaira aux esprits du temps et ne sera pas mésestimable. Pour vous satisfaire et quelque petit nombre d'autres qui ont vostre goust, je souhaitterois qu'il fust peintre des sentimens, et qu'il reprësentast bien les mœurs et les passions, ({ui me semble , avec nos anciens , la principalle vertu de la poésie et celle qui touche , qui esmeut , t}ui persuade et qui ravit, et peut estre faura-t-il aussy bien que l'autre, afin que vous ne prenie's pas n)on souhait pour un désespoir et pour une tacite condaunation. Je ne vous puis que dire de l'œconomie, car il ne me l'a point discourue, mais je crains qu'Arislote n'y soit chocpië et, à vous dire vray, il me surprendroit foit si le hazard n'y avoit plus de part que l'art, et je le ticiidrois à plus grande merveille qu'aucune de celles que nous avons veues de luy.
un évesché, luy qui n'en(endoit pas son bréviaire, et ce fut pour punir Tingralitude du siècle qu'il ne le fit point imprimer. Depuis, il l'a lionne; mais rien au monde n'a si mal réussy.i
' Chapelain a bien jugé. Ce qu'il y a de mieux dans le poème de Sainf-Amant, ce sont certaines descriptions.
- Sur les diverses éditions des lettres d'AnnibiiJ Caro, voir le Manuel du libraire (t. I, col. i .')S8 el i.'îSg). La première édition des Lettere familtari t'Sl de Venise. (Aide Manuce. 1573-157."), •-) vol. m-li".)
"' Chapelain a oublié d'achever sa phrase : ({ue parce que, etc.
* Le duc Henri de Rohan était mort à l'abbaye de Kœnigsfeiden , en Suisse, le i3 avril i638, à Page de cinquante-neuf ans, des bles-
Pour vous confirmer dans le dégoust que vous avés d'escrire, lises une lettre du Caro du premier volume à Marc Antonio Picolhuomini qui commence : Voi m' havele tocco , etc. , et une autre à Luca Contile qui commence: E poasibtle , etc., et une troisiesme à Fabio Benvoglienti qui commence : Voi mi date certe fiancate, etc.' A mon avis, elles vous plairont, tant parce quelles s'accommodent fort à vostre pre'sente humeur^ ot , après cela , venés me dire que je vous persécute pour vous faire escrire.
J'ay esté obligé par les civiles instances de M" et de M"° de Rohan de faire le tombeau de M' de Rohan qui. au jugement mesme de ses ennemis, estoit un des plus grands capitaines de ce siècle \ Si vous jugés par la lecture de la copie que je vous en envove, que je ne luy aye point fait de tort, je n'auray point de icgret nu temps que j'y av mis, mais je n'ay pas assés bonne opinion de moy pour espérer que vous lavés bonne do cette petite pièce \
Le R. P. J[oseph] pensa mourir, il y a huit jours, à Compiègne, dune violente squinancie ' qui le laissa un jour entier sans connoissance. A force de le saigner on l'a
sures reçues au conibal do Hliinfeld (sH février).
' \oïr\e Tovtbeau (le M. le duc de Rohan, sonnet dans le recueil des poésies de Chapelain , déjà tant de fois mentionné. Voici les deux tercets .
EiiGu victorieux el sorti des (lnii(jtrs. Je manque ù ma patrie et manque aux estrnngers Qui foodoieiit leur repos sur ma sage vaillance; Mais non I pour cslre mort je ne leur manque pas. Mon ombre couvre encor l'Italie et la France, Et l'Espagne me craint mcsme après mon trépas.
* M. Littré a retrouvé squinancie dans Ambroise Paré, et squinance dans Rabelais. Le Dictionnaire de Richelel (édition de 1759) donne encore les deux formes squinancie et esquinancie, mais en indiquant cette dernière comme préférable.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
sauvé et Ton le croit, à présent, en estât de continuer ses services au Roy et à la France ' et de recevoir le chapeau à la première promotion, laquelle le bruit constant d'une nouvelle maladie de Sa Sainteté rend douteuse ".
Vendredy dei-iiier, ensuitte de la prise du P. Seguenol ' dans rassemblée de Saumtnpour eslre renfermé dans le chasleau de la mesnie ville, M' de Saint-Gyran, l'un de vos héros, a esté arresté et mis dans le i)ois de Vincennes, vraysemlilablement pour le soupçon des mesmes opinions que Ton a désapprouvées dans le livre de l'autre \ Tous ses manuscripts et travaux de quarante ans
sur tous les Pères ont esté enlevés et portés . comme je croy, chés M' le Chancelier. J apprens qu'il a receu l'ordre du Roy avec grande modestie et qu'il se comporte dans la prison de la mesme sorte que s'il estoit en liberté. Les partisans du P. Sirmond disent que c'est le chastiment que méritait Petrus Aurelius^
Je vous ay trouvé si lleuri et si agréable dans la description de vostre musique champestie et dans les observations que vous avés faitles sur l'inégale bonté de vos rossignols ". que je vous ay envié de nouveau un séjour» qui vous inspire de si exquises pensées. Pour l'application ingénieuse que vous faittes de
' Ce n'était pas ce que pensait le P. Joseph, si l'on en croit le P. GrifTet, qui [Histoire de Louis XHI, t. III, p. i-'i5), racontant la mort de VÉminence grise, dit : ^Sa santé étant devenue languissante depuis une première attaque (d'apoplexie) qu'il avoit eue à Compiègne, il se tcnoil renfermé dans son couvent, où il ne paraissoil occupé qu'à se préparer à la mort."
- Il n'y eut aucune promotion de i()3'i à i6?iJ. Sur l'afTaire du cardinalat du P. Joseph, voir les documents publiés par le P. Griflfet ( Ibid. , p. ii6-j5i ).
^ Le P. Claude Seguenot, de lOratoire, élail alors âgé de quarante-deux ans. Enlevé de Saumur le lU mai, cet ami de l'abbé de Saint-Cyran ne tarda pas à être conduit à la Bastille, où il demeura jusqu'après la mort du cardinal do Richelieu. L'abbé Richard, biographe du P. Joseph, a prétendu que ce fut ce dernier qui fit arrêter ce traducteur imprudent du livre de Saint- Augustin, sur la Virginité. (Paris, CamiLsal, i638, in-8°.)
* M. Sainte-Beuve (Po)«-i?o2/rt/, t. I,p. /iS.)- '199) assure que Sainl-Cyran ne fut emprisonné que parce qu'on le soupçonna d'avoir inspiré le traducteur. Le même critique a reproduit (t. II, p. 65, note 1) le passage relatif à l'arrestation du P. Seguenot et de Tabbé de Saint-Cyran. A la même page M. Sainte-Beuve a cité la lettre de Balzac (n° II du livre XIX, p. 761 de i'in-fol.),
qui débute ainsi : «Ma curiosité est satisfaite, cl vous m'avez fait grand plaisir de me mander ce que vous sçaviez de l'affaire des Prisonniers. On a eu peur, à mon advis, (]un l'abbé voulusl faire secte, et qu'il pust devenir hérésiarque." M. Sainte-Beuve dit (en note) de cette lettre : ffEUe est datée inexactement et doit être, non de janvier iG38, mais sans doute Ae jiiillelri C'est une nouvelle erreur, Balzac n'ayant pas autant lardé à répondre à son ami. Il est certain pour moi que la réponse à la lettre du 18 mai fut écrite avant la fin du même mois, vers le 28 ou le 3o.
'■• On sait que Peints Aurelius était le pseudonyme do Jean du Vergier de Hauranne. Le recueil des opuscules publiés à dive.ses époques par l'abbé de Saint-Cyran sous ce nom de guerre parut en 16^1 G en trois volumes in-folin, sous le titre de Pétri Aurelii opéra.
" On lit dans la leltre de Balzac à Chapelain, du 13 mai (i638), n" XXVI du livre XIX (pages 777 et 778 de l'in-folio) : «Pour les nouvelles du grand monde que vous m'avez fait sçavoir, en voicy de nostre village. Jamais les bleds ne furent plus verds ni les arbres mieux fleuris ... Je ne laisse pas de donner audience à un nombre infini de rossignols, dont tous nos buissons sont anmiez. Je juge de leur mérite, comme vous faites de celuy des poètes au lieu où vous estes. ^^
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
mon nom à cause de vos chantres que vous estime's le plus', agmtis humanitnlem tuam vel ironiam, et ne croyés pas que je la prenne pour argent content {sic) ny que j'aye jamais la téme'rite' de me qualifiera Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce 18 may i638.
Entre ceux qui ont, à mon avis, le mieux ou de plus près imité Horace, un certain Aonius Palearius^ se peut dire le premier, bien que je n'aye veu de luy qu'une seule pièce en ce genre , qui commence : Laudalor vatis Venusini. Vous la trouvères dais le recueil des poëtes italiens latins.
À M. L'ÉVESQUE DE GRASSE (GODEAU
A GRASSE
Monsieur, j'ay laissé passer quatre ordinaires sans me scandalizer de n'avoir point de vos lettres, car j'accoi'de volontiers à mes amis la liberté que je leur demande et je suppose tousjours qu'ils ont raison en ce qu'ils font lorsque je ne connois pas qu'ils ont tort. Mais, au cinquiesme, je vous avoue que je Tay un peu ressenti, et, à vous dire le vray, il eust fallu vous moins aynier pour demeurer insensible à l'obstination de vostro silence. Vous prendrésdonc ma plainte pour un tesmoignage de mon amitié, et me vou-
drës un peu de bien de ce que je remarque les négligences qui me laissent des soupçons de n'estre pas assés aynié de vous. Il sufliru pour me contenter qu'à l'avenir vous ne passiés point de mois sans m'escrire et je ne croy pas vous obliger à l'impossible, puisque je m'engage de ne point passer quinze jours sans vous rendre ce devoir.
Nous avons veu et observé les deux premiers de vos pseaumes et vous devés maintenant en avoir eu nos senlimens. Nous avons examiné la moitié du Benedic aussy quej'ay trouvé presque partout admirable, et je ne me puis empescher de vous en féliciter. Le reste sans doute sera de mesme. J'a\ honte de manier la plume après vous et je
ni'estonne du
monde qui v
eut bien entendr
mes croassemens ^ après vostre harmonie. Je m'en vay néantmoins employer le loysii de l'esté à monter mon rocher'" quand ce ne seroit que pour montrer au Prince qui m'employe qu'il ne tient pas à moy qu'il ne soit servy.
M' le duc de La Valette est retourné de celte Cour en Guienne et, comme nous croyons, fort bien raccommodé'. Il commande l'armée qui entre en Espagne sous .M' le Prince et cette campagne résoudra les curieux de son entier restablissement '. Je lay veu icy chés M' le Cardinal son frère et en ay receu caresses et civilité.
A l'hostel de Ramb[ouilletJ il n'y a que
' A oici la gracieuse plira,se à l'adresse de Chapelain (ibid.) : rrEl, en effet, si vous ne le sçavez pas , je vous apptens qu'il y a autant de différence do rossignol à rossignol que de poète à poète. Il y en a de la première et de la dernière classe. Nous avons quantité de Maillets et de. . ., mais nous avons aussi quelques Chapelains et quelques Mallierbes.''
- Se qualifier est pris ici absolument: se donner pour un homme qualifié; s'en faire accroire.
^ Aonius Palearius (Antonio deila l'aglia) fut, comme héréli(jue, pendu à Rome, te 3 juillet
1670. Voir sur l'homme et l'écrivain un livre spécial de M. Jides Bonnet, Aonio Paleario , étude sur la Réforme en Italie. (Paris, 1 vol. in- 12.)
* Il est impossible d'être plus modeste. Mais n'est-ce point là de la fausse modestie?
^ Allusion an rocher dont parle Ovide : ruiturutn, Sisyphe, saxum.
'' Pas autant que le croyait Chapelain, ainsi que les événements ne tardèrent pas à le prouver.
' On sait combien la campagne du prince de Coudé sur la frontière d'Espagne fut malheureuse, et combien uotanunent fut honteux l'échec
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
M"" la Marquise de malade , encore sa maladie n'est-elie que l'ordinaire, c'est à dire la persécution de sa bile, qui la tient tousjours en langueur.
M"' Paulet a tant fait pour purger M' de Groisilles des accusations que luy faisoienl les gens de M' le Conte qu'enfin elle a presque trouvé qu'il estoit marié sous le nom de son valet'. Il est arresté à Sedan et son valet à Dreux. Nous en sommes en une peine extrême quoyque nous croyons que tout ce bruit et ces arrêts scandaleux n'ayent pour fondement qu'une noire et abominable calomnie pour ruiner cette personne et posséder la place qu'il tient \
Je suis. Monsieur, vos^re, etc.
De Paris, ce 20 may i638.
À M. MAIiNARD,
À SAIfiT-CÉRÉ
(en ii'vergne).
Monsieur, j'avois la plume à la main pour accompagner la lettre de M' de Balzac, que je vous envoyé, d'un mot d'addresse, lorsque
M' Flotte m'a rendu la vostre, où vous me mettes en confusion , tant du bien que vous dittes de moy que du mal que vous dittes de vous. Sui'tout je suis estonné des excuses que vous faittes de vostre façon d'escrire, comme si vous n'escriviés pas excellemment, ou comme si vous escriviés à un homme qui list profession de faire des lettres polies, et qui voulust que ses amis se rongeassent les ongles pour lui faire des complimens ajustés. Ce seroit à moy, Monsieur, à vous prier de me pardonner mes négligences, si je n'eslois en possession d'escrire négligemment, et si je ne croyois que si un homme doit faire effort, ce ne doit pas estre dans le stile épistolaire, qui demande la clarté, la chasseté^, et la naïveté, et qui ne reçoit que rarement des sujets de la haute éloquence.
Pour moy qui n'ay pas le loysir de m'estendre sur les choses nécessaires, je me dispense volontiers et tousjours de m'exercer aux superflues, et je croy que mes amis trouvent mes lettres bonnes quand elles leur parlent de mes affaires ou des leurs, qui sont les seules affaires qui m'obligent à leur escrire. Hors celles là, je leur croirois
de Fontarabie (7 septembre), échec dont le prince de Condé rejeta toute la responsabilité sur le duc de la Valelle. Ce ne fut donc pas à r l'entier rétablissement - du frère du cardinal de la Valette que les curieux assistèrent, mais à sa condamnation à mort (aS mai 1689).
' Ce valet s'appelait Élie Piiot (Tallemant, t. m, p. 3i ). Les bans avaient été publiés sous ce nom, et l'acte de mariage avait été signé de même à Linas, entre Paris et Etampes (aujourd'hui commune du département de Seine-el- Oise, canton d'Arpajon, arrondissement de Corbeil).
- Tallemant {ibid., p. 33), accuse wun joueur de luth flamant, nommé Van -Broc, qui a voit esté autrefois au grand prieur de Vendosme, et qui estoit alors à M. le Comte, 'i d'avoir voulu
profiter de la ruine de l'accusé. «C'esloit, ajoute le chroniqueur, un petit fourbe qui espéroit qu'on le trouveroit assez honneste homme pour le mettre en la place de Croisilles.''
' Chasseté, prononciation adoucie pour chasteté, n Charles Fontaine reprend Joachim Du Bellay pour avoir dit venusté au lieu de vemisteté. . . On dit aujoiirdhuy venusté, par contraction, pour une plus grande douceur et cette contraction n'est pas sans exemple. . . Par cette raison de plus grande douceur, M. Costar a dit hipputame , au lieu d'hippopolaine.^i (Ménage, Observations sur la langue Françoise, chap. Venusté.) Chasteté s'applique ici à la correction , à la pureté du style. C'est dans ce sens que Balzac a dit dans une de ses lettres : trLe style si chaste et si réglé de M. Chapelain, n
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
estre à charge et moy mesme je me le serois si la fantaisie ni'estoit venue de les entretenir sur rien. Je vous escris, celte fois cy, pour vous dire que M de Balzac, ayant veu la lettre que vous m'escrivisles il y a un mois, a esté excité à vous respondre en latin qui vous plaira', si je ne rae trompe. 11 verra encore vostre dernière, puisqu'elle le regarde et, en cela, comme en toutes choses , je vous tesraoigneray que je suis . Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce 22 may i638.
A M. LE MARQUIS DE MU^TALZIER