À COLMAR
Monsieur, depuis Bussières nous navons eu de vos nouvelles que par M' de la Perche qui escrivil de Nancy avec voslre heureuse airivée le péril que vous aviés couru sur les chemins. Je pardonne à la fortune de ne vous avoir que présenté le danger sans vous l'avoir fait courir et souffrir tout ensemble, mais je ne vous pardonne pas d'estre parti de Nancy sans nous avoir fait un mot de despesche qui nous confirmas t au moins la vérité de vostre airivée en Lorraine, et nous fit espérer que le reste de vostre voyage ne seroit pas plus malheureux. C'est une plainte qui m'est commune avec tout Tliostel de Ramb[ouiilet] et je ne doute point que, quand celuy de
' Dans la XXXIT de ses lettres (Recueil de i655), Mainard parle à Chapelain «des beaux vers lalins, où il [Balzac] veut que mon nom paroisse dans un esclat que je n'eusse pas osé espérern. Il ajoute : «Je vous regarde tous deux comme mes maistres , et Tbonneur que vous me faites de m'aymer est Punique source de ma joye et de ma vanité. Je ne vous en diray pas davantage, Monsieur, de peur de vous fasciier, et de recevoir encore des reproclies de vous. . . ••
- La marquise lisait-elle lesfaicts et conquesles
Clermont sera de retour de Graville. ils ne se joignent en cause avec nous, et qu'il ne se face de générales clameurs contre vous. Néantmoins ne vous alarmés pas et ayés si bonne opinion de vous cpie de croire qu'aux premières de vos lettres bien dattées de Colmar, toutes les gronderies cesseront, el nous ne nous souviendrons pas seulement de vos négligences.
Hier, je vis M"" la marquise et la treuvay sur la vie d'Alexandre d'Arrian-. Elle me monstra trois endroits où ce grand héros avoil pleuré \ et me dit que je vous mandasse qu'après luy vous pouviés bien respandre quelques larmes sans honte et ne vous pas tenir pour deshonnoré d'avoir eu un peu les yeux humides lorsque vous vous séparastes des personnes pour qui vous verseriés volontiers de vostre sang. Il y a deux mois qu'elle est languissante et plus panchante du costé de la maladie que de la santé. Je croy loutesfois qu'il n'en faut rien craindre de pis que l'année précédente et que nous luy rendrons encore longtemps nos devoirs.
Au reste la difficulté des chemins et le peu d'occasions seures qui se présentent de vous escrire me fait fort appi-éliender et que nous ne vous pourrons pas escrire souvent et que les nouvelles que nous vous escrirons tarderont longtemps devant qu'elles vous soient rendues si elles ne se perdent avant que d'aller jusques à vous. M' de la Flotte
(le Alexandre le Grand descripU en tn-ec, en huict livres , par An-ian de Nicomédie, traduicU fidèlement de grec en français par Witart (Paris. Fed. Morel, 1099, in-4°)? On .sait que la traduction de Perrot d'Ablancourl ne parut qu'en 1 69O.
' Je n'en trouve que deux, le cbapitre m du livre IV, où, après le meurtre de Qitus , Alexandre arrose sa couche de larmes, et le chapitre iv du livre VU, où Tami d'Ephestion se livre à tous les excès du désespoir.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
sera porteur de celle cy que je prie Dieu de conserver pour l'amour de iuy et pour l'amour de vous, et certes il m'a semblé un fort lionnes te gentilhomme et bien passionné dans vos inlérests.
Nous n'avons rien sceu de M' le marquis de Pisani depuis Lion, mais sa paresse nous asseure' et nous vaut une demie preuve qu'il aura passé les monts avec la mesme santé que le reste. Un plus punctuel nous manquant, nous feroit craindre que quelque mauvaise rencontre ne l'eust fait manquer.
L'affaire de M' de Groisilles a esclaté plus que jamais, et j'ay douleur de vous dire qu'il y a désormais plus de la moitié des apparences contre Iuy en ce qui regarde ce bizarre mariage dont il est accusé.
M"° de P[aulet], en voulant esclaircir la calomnie, trouve des charges grandes contre Iuy et nous n'avons plus que la déclaration contraire de sa prétendue femme qui nous fait tenir pour Iuy, car la mère et trois autres tesmoins de Linas, où se firent les espousailles , maintiennent constamment que ce fust Iuy qui épousa et non son valet ^ Ne tesmoignés point , s'il vous plaist , d'avoir connoissance de cecy par vos lettres , si vous ne le sçavés par d'autres que par moy. Mais je ne puis m'empescher de vous dire que voila l'une des plus estrangcs choses qui soient arrivées de ce temps et du passé mesme.
Je vous envoyé une copie des nouvelles que j'escris à M' de Longuevile qui vous
' Asseure pour rasseure.
- Saint Vincent de Paul, selon Tallemant (t. III, p. .3 2) se rendit à Linas, à la prière de la duchesse d'Aiguillon, et en ramena le prêtre qui avait marié Groisilles, et deux margiiilliers qui avaient assisté à la cérémonie. « Ces gens reconnurent Groisilles. Il estoit rousseau et facile à reconnoistre.-'
^ G'est la pièce intitulée : Ad Franciscain Mainardum, Romn reducem Querela (p. 1 et 2 des Carniina et epislolce). Il en sera reparlé dans
informeront de beaucoup de choses au plus pi'ès de la vérité. Vous aurés encore une lettre latine de M' de Balzac à Mainard qui passe pour bonne. Vous en jugerés\ M' Conrard a voulu que je misse sa despesche avec la mienne, et que par là vous ne pussiés pas dire avec raison que vous ne receviés jamais rien de moy que de mal escrit. Je veux croire que vous aurés receu la lettre que je vous escrivois de ce que j'avais fait avec M' Polème pour vostre service et que vous aurés suyvi mon conseil en ce qu'elle contenoit. Je vous baise très humblement les mains et suis tousjours, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce 28 inay lOSS*.
A M. MAINARD.
Î.UXT-CEr.E.
Monsieur, je reçois à très grand honneur l'ordre que vous avés donné à M' Flotte de me faire voir les beaux ouvrages que vous Iuy devés envoyer à l'avenir, non pas pour m' estimer digne de la déférence que vous voulés avoir et rendre à mes senlimens sur les productions d'un si grand maislre, que pour m'iraaginer queje jouiray de ce bien longtemps devant' ceux qui le mériteroient bien mieux que moy, s'ils n'esloient pas plus malheureux que moy. Je me connois extrêmement et n'ay rien de bon en moy que cette lumière qui m'empesche
deux des lettres qui vont suivre (CLXVII et GLXVllI).
^ Mentionnons un billet sans date à M"° de G. . . [de Gournay?] où (f° 291) Chapelain donne ce bulletin de sa santé : «Ne soyez point en peine de mon mal, ce n'est rien qu'une santé infirme. Tous les estes me sont incominodes de la sorte et je suis désormais accoustumé à passer quatre mois de l'année avec un tumulte et un gonflement de bile qui ne me laisse vivre qu'à demy. ..75
'■" Devant est là pour avant.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
de prendre mes défaux pour des vertus , et qui me rend aussy bien juste envers moy qu'envers les autres. Le plus haut point de mon habileté ne consiste qu'à sravoir bien ce que vous valés, et à regarder ce que vous faittes comme des chefd'œuvres en leur genre. Si vous ra'eslevés au dessus de cela, et qu'au lieu de vostre admirateur vous me vouliés faire vostre censeur, je ne croiray point que vous me parliés sérieusement et me persuaderés plustost que vos paroles sont de raillerie que de louange.
Envoyés nous, Monsieur, vos merveilles et n'en attendes point de répréhensions, (broyés que vous les aurés purgées de toute rimpureté que les plus belles pensées apportent avec elles dès leur naissance , et ne soupçonnés pas qu'un homme confirmé en grâce dans la poésie, depuis tant d'années', puisse désormais tomber en faute et donner justement à reprendre à un principiant^ comme moy. Je verray ce que vous nous ferés voir avec des yeux d'admiration . et le feray voir de mesme à ceux qui ne
voyent que par les yeux d'autruy, et qui ont bonne opinion des miens. S'il esl besoin mesme, j'en défendray le mérite au péril de tout ce peu de réputation que vostre amitié m'a acquise dans nostre monde , et ne souffrirav pas, où s'estendra ma jurisdiction, qu'on leur face la moindre injustice.
Je vous envoyay, il y a dix jours, une belle lettre latine en vers de M' de Balzac à vous. Il y a apparence que vous raiu:-és maintenant receue. Nos gens de latin de deçà qui l'ont veue en font un cas particulier dont je me suis resjouy pour l'intéresl de l'un et de l'autre. Si vous lui respondés. je me chargeray de vosfre lettre et la feray tenir fort seurement.
Je suis. Monsieur, vostre, etc.
De Paris , ce 3 juin 1 638 '.
À M. DK BALZAC
Monsieur, je ne suis pas sans inquiétude
' MainarJ, alors âgé de soixante ans, était entré depuis trente ans dans la carrière poétique. On sait qu'«en sa jeunesse il vint à la Cour, et fut secrétaire de ia reine Marguerite, aimé de Desportes, et camarade de Régnier'», comme l'a rappelé Pellisson {Histoire de V Académie, t. I, p. igfi). Dès 160G, Mainard avait composé, sous l'inspiration de Marguerite, deux élégies qui ont été insérées dans le Parnasse des plus excellents poètes de ce temps. (Paris, 1(107, a vol. in- 19.)
- Terme purement italien : vprincipianie , apprenty,i dit Antoine Oudin, dans ses Recheirhes Italiennes et françaises. Principiant ne ligure dans aucun de nos Dirlionuaires (Richelet, Trévoux et Lillré).
■J'omets un billet, du 27 mai, au duc do Longueville pour lui annoncer l'envoi du I" livre de la Pucelle et pour lui promettre le prochain envoi des deux livres suivants (faga); un
l)illel à Godeaii, du .'i juin, où Chapelain lui reparle de la Pucelle et du sieur Bouchard (f° 29a); enfin une lettre au marquis de Monlauzier, du 5 juin, où (f* ag'i) il lui reproche ainsi sa négligence : «Je vous en gronde à bon escient et suis chargé du murmure universel de tout ce que vous avés d'amis à Paris qui sont scandalizés dé vosire silence.n Chapelain l'enlrelienl «le ses démarches auprès de sou ami renommé Polème " (nous ignorons quel militaire désigne ce pseudonyme significatif), «concernant vosire subsislance à Colmar et Scheleslaill, comme vous aun-s \eu plus amplement si le paquet est parvenu entre vos mains." 11 ajoute : f^M"' Paiilet esl tousjours embarrassée de l'aflaire de M. do Croisilles et fait tout ce qu'elle peut pour oster au monde l'ojHnion qu'il ne s'est point marié sous le nom de son valet, sans que jusques icy elle ail obtenu ce qu'elle désire. Je la plains extrêmement, et hiy encore davantage do ce que ce mauvais hniil
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
du long silence que vous ave's gardé depuis vos dernières lettres, et je n'ay peu voir passer trois semaines sans avoir de vos nouvelles, qu'il ne me soit tombé en l'esprit que la cause en poiuToit venir de quelque indisposition. L'amitié est craintive et tout luy fait ombragi^ Elle est ingénieuse à se travailler et n'augure jamais bien des cboses. Je soubaitte que mes soupçons soient faux et qu'en ce qui vous touche il n'y ait eu que mon imagination de malade. Vous m'en esclaircirés quand il vous plaira, et il sufiira qne ce soit par M' rOflicial' lorsqu'il escrira à Camusat, car vous sçavés bien que s'il y a quelque chose d'agréable dans vostre [commerce avec moy], c'est qu'il est libre, et que toute contrainte en est bannie.
Vous devés, au reste, avoir maintenant le Père Narni, et mesme devés en avoir leu une partie dont j'attens vostre sommaire jugement pour voir comment nous nous accordons en cette matière.
Ces jours passés, M' d'Aligre et M' l'Huillier me firent une visite exprès pour parler de vous et lire quelques unes des lettres que vous m'avés escrites. Vous devez estre fort satisfait d'eux, car ils le sont extrêmement de vous. J'av fait voir à M' de
S' Chartres vostre épislre latine à M' Mainard et h quelques autres qui l'ont admirée. J'ai récité au père Bourbon ces deux beaux vers :
Dii. meiiora niihi,vates nec cfedere fas sit Imniemores, Musasque siiani neseire parentem,
qui en demeura transporté, et s'estendit snr vos louanges. Je l'avois prestée à M' Voiliu-e qui I9 voulut avoir pour en tirer copie. M' fie S' Nicolas et le jeune Arnaud qui fit les vers pour le Prince en ont pris une aussi. J'en ay envoyé une à M' le marquis de Montauzier en Alsace. Celle de M' de S' Nicolas est partie pour Rome adressée au cardinal Bentivoglio par luy, quoyque j'en eusse envoyé par le même courrier une autre à W Bouchard, duquel je vous diray, en passant, qu'il veut estre à toute force de l'Académie, et préfère une place dans ce Sénat à celle qu'il pourroit. quelque jour, prétendre à la Ruobe.
Toutes nos affaires vont bien partout horsmis en Italie où les Espagnols assiègent imprudemment Verceil à la barbe de deux de nos genéiaux"^ dont mesine l'un est cardinal au poil et à la plume\ Mais j'espère qne la témérité succombera sous la vraye valeur et que si les Borromées dans le Mi-
s'est espandu partout, mais bien plus s'il en a donné sujet par sa mauvaise conduitte, ce que j'aymc beaucoup mieux ne croire pas. 75
' Le même jour (P 296), Cliapelain écrivait à Claude Girard, "ofTicial d'Angoulesme,»! pour le remercier de l'avoir rassuré au sujet de la santé de Balzac : rie vous avoue que j'avois besoin de vostre avis pour attendre désormais de ses nouvelles sans inquiétude. Je veux croire que son voyage aura esté heureux, et que deux journées de cheval ne l'auront pas incommodé pour aller voir son amy, principalement si le ciel de vos quartiers a esté aussy bénin pour les voyageurs que le noslre . . r La lettre de Claude Girard portait la date du 28 mai. Chapelain se plaint de l'avoir
«reçue quatorze jours après qu'elle a esté escritle.-î
- La ville de Verceil avait été investie le 27 mai i6.38, par le marquis de Leganez. Le 2 juin, le cardinal de la Valette et le duc de Gandalle, son frère (les deux généraux dont parle Chapelain ) , réussirent à faire entrer dans la place un renfort de deux mille hommes, mais ce succès n'empêcha pas le comte Ogliani , gouverneur de Verceil, de capituler le 5 juillet.
■^ C'est un terme de chasse: on disaild'unoiseau dressé également pour le lièvre et pour la perdrix qu'il était au poil et à la plume. M. Littré a cité (à l'article Plume de son Dictionnaire) cette phrase de Molière {La comtesse d' Escarbagnas) : fcEt je vous ferai voir que je suis au poil et à la plume. »5
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
lanois ont fait des miracles de paix, les V'alettes feront dans le Piémont et au Montferrat des miracles de guerre'. Et certes nous en avons besoin si nous ne voulons faire oublier le franrois aux Italiens.
Je suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce 6 juin i638.
A M. DE BALZAC
À BALZAC
Monsieiu', j'ay appris en mesme jour vostre parlement et vostre retour par une vieille lettre de \P TOfficial et par une fort fraische de vous. La sienne avoit commencé à me consoler de la peine où m 'avoit mis vostre silence. La vostre m'a remis tout à fait de celle que me donnoit et vostre silence et vostre voyage, dont je suis d'avis que vous vous loués, puisque vous en estes quitte pour un peu de lassitude qui vous servira à gouster plus sensiblement et plus agréablement la douceur du repos.
Mais, à ce que je voy, ce M' de Villemontée' doit valoir un meizo mondo davoir pu obliger M' de Balzac à faire cinquante lieues pour le voir '. Certes je l'ayme déjà et Ihonnore comme une chose rare, vous voyant attiré à luy de si loin; ce qui par la règle des attractions naturelles ne sest peu
faire sans qu'il ait de la conformité avec vous. Il est vray queje voudrois qu'à l'avenir il vous laissast lousjours faire le personnage de l'attirant et de l'aymant, et qu'il se cententast d'avoir eu une fois en sa vie cette preuve de vostre complaisance.
La paix ou au moins la trêve que vous souhaittés se pourra faire cet hiver, si Dieu le veut et que cette année nous soit aussy avantageuse que l'autre. L'un de nos principaux fondemens pour le juger est le Duc de Veiniar qui inquiète l'Empereur de telle sorte par son passage du Rhin, et presse si fort [l'électeur de] Bavière par celuy du Danube*, que nous avons avis des instances que lun et l'autre font à la porte du Grand Seigneur de la gent baptisiée * pour la conclusion de la paix qu'ils protestent vouloir absolument dans l'Empire. Mais il ne faut pas poui- l'obtenir que ses armes soient heureuses en Piedmont. comme nous le craignons. Cependant vous nestes pas peu heureux de n'avoir point encore senti les effets de la guerre et de n'en estre que sur l'appréhension de l'avenir. Il n'y a point de Prince en France qui se puisse vanter dun aussy favorable trailtement. Ce monstre n'excepte personne , et si vous vous en eschappés sans quelque atteinte, comme je le souhailte, nous le conterons comme un miracle et l'adjousterons aux autres que nous avons desjà veu de vous.
' Chapelain eut tort dans son antithèse : les miracles de guerre des deux fils du duc d'Epernou ne puieat être opposés aux miracles de paix du cardinal saint Charles Borromée.
- Sur Franvois de Villemonlée, successivement maître des requêtes, intendant du Poitou, de la Saintonge et de l'Aunis, conseiller d'Klat, évéque de Saint-Malo, voir une note de la page iga des Mélat^^es historiques. Lettres de Balzac, n" XXIX, note que l'on pourra compléter à i'aide d'une notice assez détaillée que l'on trouvera
dans un recueil manuscrit de la Bibliothèque Nationale (fonds français, n° liiiS), recueil consacré à la biographie des maîtres de requêtes depuis l'année ir)75 jusqu'à Tannée 1723.
^ Les villes d'Angoulême et de Poitiers ne sont distantes que de 100 kilomètres environ, mais Chapelain compte naturellement l'aller et le retour.
' Voir les Mémoires de Monlglat (t. I, p. qqo et suivantes).
' C'est-à-dire le Pape.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
2Zi7
Pour les traductions de Cicéron je ne doute point qu'elles ne soient infiniment au dessous de leur original, mais c'est assës, à mon avis, quelles ne soient pas barbares et qu'elles repre'senlent aucunement l'air de son éloquence à ceux qui ne 1.1 peuvent pas voir chés luy. Des quatre (pii ont travaillé à celles que vous avés receues, je donne pour certain nn notable avantage à M' d'Ablancour sur les autres et, des trois qui restent, il me semble que Patru, qui a fait pour A[r]chias, en approche le plus après luy.
Je n'ai osé porter G[oalu] P[hyllarque]' au jeune Arnaut de peur qu'il ne trouvas! estrange que vous prissiés le soin de luy envoyer une chose que tout le monde a veu il y a dix-huit mois, et qu'il ne connust par là que vous en estes l'autheur. J'attendray donc de nouveaux ordres là dessus , et une plus ample explication de vous si vous voulés qu'il sache ce secret que jusqu'icy vous n'avés point voulu qui fusl rendu public. Je luy feray sçavoir la bonne opinion que vous avés de luy, et à M' de S' Nicolas comme vous ressentes le petit service qu'il vous a fait en vous envoyant ce moderne Paulum predtcantem' .
Au reste, je ne m'estonne plus de ce que nostre monde ne vous tente point, et que
vous préférés vostre solitude à tout ce (pie nostre Cour a de charmes. Vous vous en pouvés passer aisément, ayant le voysinage et la conmiunication de M' de la Thibaudière^ qui en est un des meilleurs originaux, et sans lequel on ne la peut dire véritablement belle. J'ay eu plus d'une occasion de le voir à Thostel de Liancour, et je ne Tay jamais veu qu'avec une extraordinaire satisfaction de sa courtoisie, de son esprit, de son sçavoir et de son mérite. En un mot, c'est un de ces excellens hommes que j'honnore pour ce qu'ils en sont dignes, et que je crains par ce que je me connois.
Je serois bien aise que vous l'eussiés accoustumé à mes défaux et qu'il me voulut aimer par mes parties essentielles et solides qui ne sont pas indignes de son affection. Si vous me mesnagés cette grâce, je m'en sentiray foit vostre obligé.
Vous aurés, avec la présente, les vers du jeune Heinsius \ puisque vous le désirés. H n'y a rien de nouveau que le livre de M' de Priezac^ qu'on ne vous sçauroit envojîer sans faire tort à l'autheur ou à l'imprimeur. Le livre du P. Seguenot a esté censuré comme erroné, qui est un estage au dessous de l'hérétique. L'abbé est tousjours sollo coporta " et l'on m'a dit qu'un
' Si j'ai bien deviné les deux noms dont Chapelain n'a donné que les initiales, quel est donc i'opuscule anonyme que Balzac laissa circuler en i636 et où il attaquait son adversaire de 1637 et 1628? S'agirait-il de la Relation à Ménandre, communiquée en manuscrit?
- C'est-à-dire le P. Narni.
' Sur cet ami de Balzac, voir la note h de ia page 116 des Mélanges historiques, de 1878, n" XXXVL
' Nicolas Heinsius, fils de Daniel Heinsius, était alors âgé de dix huit ans. Voir, sur cet humaniste, la note 2 de la page 726 et de la page 727 des Mélanges historiques. Lettres de Balzac, n° XXHl.
^ Vindiciœ GalUcœ adversus Alejandrum patriciam idrwac/ianwni ( Paris, in-8°, i638). Ce livre, dit Tabbé d'Oiivel {Catalogue de Messieurs de l'Académie t. l de VHistoire de l'Académie française, p. 298), est une réponse faite par l'ordre de ia Cour au Mars Gallicus, de Jansénius. Voir sur ce livre la Bibliothèque historique de la France {n° ^872/1), la notice sur Daniel de Priézac dans le Chancelier Séguier de M. R. Kerviler, notice où la publication du Vindicice Gallicœ (p. 5.^5) est mise à tort en 16.37.
'' C'est-à-dire en prison- sotlo , sous, coperta, ia couverture.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
certain pèreiMagna. ciu-é à Rouen, y a esti' mis aussy pour les mesnies soupçons '.
De Paris, ce 6 juin i638'.
À M. L'ÉVESQUE DE GRASSE (GODEAU