CLXXVIII
À M. DE BALZAC
\ BALZAC
Monsieur, je me puis aisément estre trompé moy mesrae lorsque j'ay creu que vous aviés autresfois esté moins persuadé du mérite du Caro que vous ne Testes maintenant, et il n'est pas impossible que quelque autre me l'ait loué froidement et que je me sois imaginé que c'estoit vous. Ma mémoire me fait tous les joxirs de plus mauvais offices que celuy là, et j'ay sujet de m'en plaindre en matière de plus grande [importance] encore. Néantraoins je croy plustôt m' estre abusé parce que vous le croyés que par mon jugement propre et, soit erreur, soit vérité, je vous avoue quil me semble tousjours que, la première fois que je vous en parlay, vous me dites quil n'estoit pas fort estimé parmy les Italiens, et que ce que vous en aviés veu ne vous avoit' pas donné une opinion de luy aussy avantageuse que je tesmoignois de l'avoir. Mais la chose ne vaut pas désire ainsy juridiquement examinée.
Dans une lettre au duc de Longueville, du 9 4 juin i6.38 (P 3io), Chapelain s'exprime ainsi : trll a esté très sensible à tous vos serviteurs lorsqu'ils ont appris que le retardement de vostre artillerie vous avoit empesché de faire le progrès qui vous cstoit asseuré, sans ce manquement, et avoit donné cœur et temps aux ennemis pour se mettre sur la défensive et vous vendre plus chèrement la victoire... Nous ne craignons. Monseigneur, que ce feu bouillant et généreux qui vous pousse avec joye et délices mesmes où le péril est le plus grand jusques à vous faire souvent ne considérer point la différence qu'il y a entre vous et le moindre de vos soldats. . . i Le même jour. Chapelain annonce (P 3i i ) à M. de Marinville, qui lui donne des nouvelles des opérations militaires, que, de même, il en reçoit régulièrement de "M' le marquis do Monlaii-
zier qui commande en Alsacen, de «M' le marquis de Gesvres, qui est mareschal-de-camp dans l'armée de GuienncTî, et que le duc de Longueville, de son côté, lui «fait le mesme honneur. n Pouvait-on être mieux renseigné que Chapelain ? — Deux jours plus tard , Chapelain ( P 3 1 3 ) écrit à Monlauzier: «Vous verres dans les relations qui sont jointes à ce mot en quel estât nous sommes de toutes parts avec nos amis et nos ennemis et ce qui fait pour el contre nos desseins. Mais vous verres surlout un journal de la marche de l'armée de M. le mareschal de Chastillon et du siège de Saint-Omer, qui m'a esté envoyé par M. de Marinville, premier capitaine du régiment de la Ferté Inibaut, mon ancien amy, et qui s'obligea, en parlant d'icy, de me rendre un conte exact de celle campagne dont ce journal vous paroistra un assés bel eschanlillon.n
LETTRES DE JEAiN CHAPELAIN.
Vous estes pour le regard du Père Seguenot dans le sentiment de force gens d'honneur. J'ay leu son livre et en pense comme vous aussy. H a este censuré, comme je vous l'ay mandé, et Ton m'a dit, ces jours passés, qu'il devoit estre dans quatre jours à la Bastille. M' Gravier, dit à présent La Rivière, accusé d'avoir semé et maintenu cette doctrine dans Saumur, a esté pris et mené au chasteau d'Angers où il est observé'. M' de Saint-Cyran esttousjours dans le donjon du bois de Vincennes sans ancre (sic) et sans papier. Il montre beaucoup de fermeté et se porte bien.
Je donneray à M" L'huillier et Aligre une grande joye quand je leur tesmoigneray vostre souvenir. Il n'y a point de gens de France qui ayent plus d'amitié ni d'estime pour vous queux, et s'ils avoient besoin de garant, je le voudrois estre. les connoissant comme je fais.
Vous m'estonnés de dire que vous n'avés point escrit à M' Guyet, car il m'a esté dit trop affirmativement et depuis trop peu de temps pour m'estre trompé en cela , comme à l'article du Caro. Il faut que M' L'Huillier m'explique cette affaire; je le visiteray exprès pour cela et vous en rendray conte. Bouiar^ ne sera point entré dans cette fourbe, s'il y en a, et je ne sçay pas quel autre se voudroit donner cette peine. Bouta r m'a tant persécuté pour le recevoir à pardon, qu'enfin je luy ay remis le passé et nous nous voyons avec la mesrae familiarité que devant. Mais vous croyés bien que je vis avec luy comme un ennemy réconcilié, et de ces sortes d'ennemis encore qui sont les plus dangereux pour ce qu'ils ne haïssent pas généreusement.
' Je ne trouve rien sur ce personnage dans les recueils biographiques.
^ Dans ce nom ainsi défiguré il faut bien reconnaître celui de Costar, personnage que nous
Je vous envoyé la response de M' Mainard à la lettre latine que vous luy aviés escritte. Elle est cachettée et je ne scay s'il la fait en prose ou en vers, en latin ou en françois. Vous m'esclaircirés de tout, s'il vous plaist, par vos premières.
Pour fin , je croy estre obligé de vous dii'e que M^"^ le duc de Longueville a donné bataille au duc Charles qui a duré sept heures, et bien qu'il en ait eu l'avantage par le grand nombre de morts de l'ennemy, la perte de trois de ses canons et de quelques cornettes , la nuit néantmoins qui survint et qui sépara le combat, a donné moyen au duc Charles de se retirer vers Arbois et Poligny avec la meilleure partie de ses trouppes. Nous sommes dans l'expectative de ce qui se sera suyvi de cette grande et belle action qui n'a point eu de pareille il y a longtemps \ Les ennemis estoient couverts de trois retranchemens qui ont fait durer le combat si long temps et tous les désavantages du lieu estoient pour nous ou plustost contre nous. Les forces estoient égales et nous nous trouvasmes trompés au nombre des ennemis qui faisoient plus de onze mille hommes et des meilleures de l'Empereur.
Je suis. Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce 27 juin i638.
À M. DE GRASSE (GODEAU