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Monsieur, vous n'avés chaud en Avignon qu'à cause du climat qui est plus méridional que le nostre et qui fait que vous vous sentes plus de l'esté que nous. Car, pour le
avons déjà rencontré dans la lettre n° XXXIX.
Voir, au sujet des griefs de Chapelain contre ce
critique, la note 2 mise sous ladite lettre (p. 65).
3 Voir dans la Gazette du 3o juin i638
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
reste, je necrov pas que vous soyés là pins regardé du soleil que nous iey où il y a quinze jours qu'il ne luit qu'à peine, tant l'air est nuageux, pluvieux et venteux. Les hommes y ont repris la panne', et, si cela continue , les femmes endosseront le velours et chacun y allumera des feux pour s'eschauffer qui ne seront pas comme celuy de saint Jean de coustume et de resjouissance.
J'apprends avec déplaisir qu'on vous fait prédicateur ordinaire partout où vous ailés. Il me semble que ces curieux d'éloquence devroient un peu respecter votre poulmon, ou que vous devriés leur refuser un contentement qui vous peut eslre si préjudiciable. Escrivés leur tant de sermons qu'ils voudront, mais ne leur en preschés pas un, ou nous vous en ferons une querelle. Dès il y a longtemps j'ay fait réflexion sur l'ordre cérémonial itahen, et j'ai loué l'institution entre autres de n'aller point visiter de personne considérable sans sçavoir auparavant s'il pouvoit recevoir la visite commodément. Du reste, la liberté frauçoise ma paru plus naturelle et meilleure que les pas contés des Italiens qui sont des
(p. 3o5) la relation intitulée : Le sanglant cnmbat donné contre le duc de Longueville et le duc Charles , près de Poligny , où il est demeuré plus de huits cent ennemis morts nu blessez. — Le 6 juillet, M. de Tracy apporta à Sa Majesté trois drapeaux gagnez par ie duc de Longueville dans Poligny. {Gazette du lo juillet, p. 3io.)
' Ce mot de panne, selon le Dictionnaire de Trévoux, «est ancien dans la langue, pour signifier une éloDTe : tous les vieux romans en font foi, dit Borel, et il en cite des exemples.'- Le même dictionnaire donne celle définition et cette étymologie du mot panne : «Étoffe toute de soie dont les filets traversans sont composés et forment une espèce de poil qui est plus long (]iie colni du velours, et plus court que celui de
farses sérieuses et une perte de temps que Ton fait à son escient et sans plaisir.
M"" Paulet est tousjours persuadée de l'innocence de son cousin qui est le plus malheureux de tous les hommes, s'il n'est point coupable, comme je le veux croire.
Pour le P. Seguenot. sans entrer dans la discussion d'une matière que la Sorbone a résolue, quand la doctrine am'oit esté la meilleure, il est constant qu'il ne l'a ny traittée comme -elle la devoit estre, ny publiée dans un temps et dans un lieu oii elle eust peu estre receue favorablement. Un grand personnage a dit de luy qu'il u'estoit ni assés sçavant ni assés prudent. La congrégation l'a désavoué par escrit. et j'ay ouy dire que ce désaveu n'a voit pas entièrement satisfait les personnes qui y avoient pris intérest.
M"° de Ramb[ouillet] est à Liancourt^ avec M"'° la princesse, elc. [sic). C'est pourquoy de ce voyage on ne vous rendra point de response sur vos lettres à elle et à M"" d'Aiguillon.
Je suis. Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce a juillet i638*.
la pluclie. Il y a aussi des pannes de fil, de laine, etc. Ce mot vient de pannus, qui se dit de toutes sortes d'étoffes chaudes et raolielles ...v
■ Aujourd'hui Liancourt-sous-Clermont , cheflieu de canton du département de l'Oise, arrondissement de Clemiont. Le château de Liancourt appartenait alors à Roger du Plessis-Liancourl , duc de la Rocheguyon , marquis de Liancourt et de Guercheville. Ce fut la femme de Roger, Jeanne de Schomberg, fille du premier maréchal de Schomberg, qui en fit, selon l'expression de M. P. Paris {Historiettes , t. III, p. 5), ffun des plus beaux heux de France," traçant elle-même le dessin des «admirables jardinsT) qui entouraient le château.
^ Le même jour Chapelain écrivait à Monlaiizier(P3iri) : «Pour ce coup vous n'aurés point
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
A M. DE BALZAC
À BALZAC
Monsieur, puisqu'on s'accoustume en galère et dans les cachots et que les plus de'sagréables objets se rendent supportables à la veue à force de les avoir prësens. je ne m'estonne pas que mes mauvaises lettres cessent de vous paroistre mauvaises depuis le long temps qu'il y a que je vous en fais voir. Mais que vous y trouvie's du mérite et des grâces , c'est ce que je vous avoue qui me surprend, et que vous me permettrés de ne croire point, ou de vous demander du temps pour m'accoustumer à le croire. En cela je pense, à ne vous en point mentir, devoir beaucoup plus à vostre courtoisie qu'à leur me'rite et à vostre grâce qu'aux leurs. Quoy qu'il en soit, je proliteray tousjours de Tasseurance que vous me donne's et que j"apprens qu'elles ne vous desplaisent point avec tout leur de'sordre, et il me suffit de cela pour continuer à vous escrire, mesme sans vous faire plus d'excuse si je ne vous escris pas bien.
Je ne scay, au reste, ce que je vous
mandois touchant l'éloquence de nos prédicateurs, et ce ne seroit pas la première fois que j'aurois fait un jugement sujet à censure. Il me semble néantmoins , à parler de l'éloquence en général, que les bornes des trois genres ne sont pas si estroittes qu'on ne peust bien faire entrer sous eux toutes les matières qu'on leur peut domieipour sujet, puisque le sens démonstratif est une certame mer magn(.«c)', qui n'a ni fonds , ni rives , et qui embrasse tout ce qu'on luy veut faire embrasser. Je m'en remets pourtant aux maistres, c'est à dire à vous, et ne dis simplement que il me semble, sans prononcer décisivement.
Vous avés fait très judicieusement pour vostre amy de rendre ia matière que vous Iraittiés en sa faveur sérieuse par la préteiition du crime, aussy bien que par l'accusation de la desbauche de la personne dont il est question l J'aurois voulu pouvoir monstrer cette lettre à celles que je vous nommois', mais puisque vous ne l'avés point permis en termes exprès, je le prens comme si vous me l'aviés défendu, et vous feray ce tort que de ne ia faire point voir.
de lettres de la princesse Julie, car les princesses du fauxbourg Saint-Germain l'ont enlevée depuis trois jours et de quaire elles ne reviendront de LJancourt où elles tiennent leurs grands jours. Je ne doute point que [dans] vos responses à nos dernières despesches, vous n'ayés essayé de calmer l'orage que ces quatre vers scandaleux avoient esmeu dans Tesprit des belles trois grâces du Marais, et que vos premières lettres n'achèvent un raccommodement que mes .sollicitations et bons offices ont fort avancé . .. n Chapelain dit de M' de Lalane : « li m'a veu ce matin et m'a promis de desrober à son Amarantlie [M"" de Lalane] le temps qu'il faudra pour vous faire souvenir de luy. 75 Voici les autres nouvelles annoncées par Chapelain : kM" Arnaut sont partis pour l'armée de M' le mareschal de Brezé ... A ous en aurés encore une particulière [relation] du
combat de W le duc de LongueviUe avec le duc Charles que je vous asseure véritable , car c'est moy qui l'ay receue et qui l'ay fait imprimer. M' de Neuillan me resjouit bien hier en me disant qu'on vous avoit envoyé 160,000 tant délivres
pour payer vos garnisons,
M' de Saint-Chartres
m'avoit dit, le jour précédent, que M"^ de la Galissonière l'avoit [averti] qu'on vous faisoit mareschal de camp et que le brevet en estoit signé. Mais ce M"^ de Neuillan me rendit la chose douteuse... J'ay appris avec beaucoup de
joye que vous aves veu
le duc de Veimar avec
une satisfaction réciproque. 75
1 Magn, abréviation de mrtg-n»m (?nare). Chapelain dit 7nei- magne comme nous disons Charlemagne.
- Il s'agit de M"' de Villemontée.
' Les dames de Rambouillet.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
L'article du docteur Breton m'a semble très plaisant ' et je prétens bien en faire rire nostre M"^ L'Huillier et peut estre M' d'Haligre, A vous dire vray je m'estoniiay de vostre cbarité quand vous résolustes fie le mettre dans voslre maison , et créas bien qu'il falloit que sa nasinerie^ et sa gravéolence^ ne vous eussent pas este' trop fidellement rapportées. Je vous loue du secours que vous luy avés donne' pour s'en revenir', mais il seroit à souhaitter pour nostre odorat qu'il eust esté aussy vaillant qu'il est redoutable, et qu'il eust pris le chemin de quelqu'une de nos armées pluslosl que celuy de Paris. 11 y avoit bien plus de plaisir de voir fuir devant luy nos ennemis que nos amis, et de luy voir desfaire des régimens de son haleine que d'empester des gens de lettres en les approchant ^
Vous me ferés lire tout le Narni par le bien que vous m'en dittes, quand vous nous l'aurés renvoyé, ce que je ne vous dis pas pour vous en presser, car je n'en ay nulle charge, et je ne doute point que M' de Saint Nicolas ne prenne plaisir d'apprendre que son hvre vous plaist el que
vous le garderés encore quelque temps. Je vous envoyé un extrait de la lettre qu'il a receue la dernière de M" le cardinal Bentivoglio où vous verres par l'éloge des vers que vous avés addressés à M' Maioard.
que je ne les ay pas seulement fait valoir en France, mais que mon soin leur a fait avoir dans Rome et en bon lieu l'estime qu'ils méritoient.
Je suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce 4 juillet i638.
CLXXXf.
À iM" LE DUC DE LO^GLEVILLE