‹ Lettres. Publiées (volume 2)Chapitre 64 sur 134 · EN FRANCHE-COMTÉ · texte numérisé non relu

EN FRANCHE-COMTÉ

Monseigneur, depuis ma lettre escritte, M"' de Rambouillet a désiré que je la visse pour me charger du compliment que M"" la Princesse et M"" d'Aiguillon vous ont voulu faire faire sur la nouvelle de la glorieuse attaque que vous avés failte des relranchemcns de l'ennemy. Elles en firent leur principal entretien en un voyage quelles ont fait, ces jours passés, à Liancour, el M"" d'Aiguillon tesmoigna à toute la compagnie combien M' le Cardinal luy avoit es-

' Voir la lettre VI du livre XIX, page 766 de Tin-folio. Cette lettre est datée du 6 mars i638 el doit être mise en juin i638.

- Nasinerie n'existe nulle autre part. Ce doit être un mot créé par Chapelain en belle humeur. Voici les premières lignes de la lettre de Balzac : «Je vous donne advis que monsieur tel s'est ennuyé de moy, on que je me suis ennuyé de monsieur tel. Je l'avois fait venir sur la parole de mon libraire [Camusat]... 11 sort des ruines de son nez certaines vapeurs qui gastent les plus belles et les plus sçavantes conversations. *5

* Encore un mot qui manque à tous nos dictionnaires. C'est la traduction du latin graveolentia. Dans les Mélanges historifjucs , Lettres de Balzac, on trouve souvent le surnom gravéolent donné à un copiste dont l'auteur du Socrate

chrestien était mécontent (p. Gga, Cia, 6.')8, 695 ).

* Balzac avait dit (p. 76'i) : «Je n'ay pas laissé de le traiter humainement à nostre séparation, et de retrancher quelque chose de ma pauvreté pour le soulagement de la sienne."

' Chapelain ne voulait pas être en reste, sur ce vilain chapitre, avec Balzac, qui s'était ainsi déchaîné (p. 76'!) contre le malheureux qu'il appelait un pédant de cette humeur et de celte odeur ; «Ces gens là, à proprement parler, sont les pestes de la République. Catilina , Celhegus et les autres, appelés ainsi par Cicéron, ne l'estoient qu'en flgure et par métaphore. Ils tirent cet avantage de leur défaut, qu'encore qu'ils ne soient pas vaillans, ils font fuir tout le monde. .. n

LETTRI^S DE JEAN CHAPELAIN

timé cette action incontinent après qu'il l'eust sceue. Chacun y prit une extrême part, s'en resjouit autant pour l'amour de la gloire qui vous en revient, que pour l'avantage qu'en retire la France , et tous souhaitèrent que vous sçeussiés la joye qu'ils en avoyent. M"" de Rambouillet, qui n'avoit pas moins d'esprit ni de disposition pour rendre à cette action cequelle mérite, se chargea de m'avertir de ces favorables seniimens pour vous les l'aire sçavoir en leur nom, et la nouvelle de la prise de Poligny estant depuis survenue, elle ma prié qu'outre le contentement qui luy est commun avec ces excellentes personnes pour la première entreprise, je vous tesinoigne encore celuy qu'elle a de la seconde, et vous asseure que vousn'avés point de partisan en France qui le soit plus qu elle de vostre vertu.

M. Desmarests a veu vostre bonté extrême pour luy et pour son commis, à quoy il ne respond que par le respect et le silence, n'y ayant point de paroles suffisantes pour exprimer ses ressenlimens. L'abbé de Boisrobert m'a rendu tesmoignage particulier de la vraye et pleine satisfaction cpie son Eminence avoit de vostre valeur et de vostre conduilte, et en son particulier m'a fait paroistie beaucoup de zèle et de passion pour vos inlérests. Il a un jeune frère dans vostre armée employé aux vivres qui luy a escrit de vous les merveilles (ju'il a veues et recon-

neues. Il espère que vous le considérerés comme d'une race de gens qui sont tous à vous, et que, faisant ce qu'il doit, vous l'honorerés de vostre protection et de vostre bienveillance.

Je prie Dieu qu'il conserve vostre personne dans les continuels dangers oii vous estes et suis. Monseigneur, vostre, etc. De Paris, ce 5 juillet i638.

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