CLXXXVII
À M. DE BALZAC
À BALZAC
Monsieiu", vostre lettre ma esté rendue dans un temps où je n'avois pas besoin d'une moindre consolation. Les tesraoignages de vostre auiitié adoucissent toutes mes amertumes , et bien que dans une aussy grande douleur qui est celle où je suis pour la mort de iM' de La Trousse , je ne puisse pas dire que vostre lettre me lait guérie , il faut que j'avoue néantmoins quelle Ta divertie et que le sentiment en a esté léger durant que je me suis occupé à la lire. Ce gentilhomme estoit comme mon enfant; je m'eslois de tout temps intéressé dans son honneur et dans sa fortune ; j en estois tendrement et respectueusement aymé et je puis asseurer que j'estois aymé d'un des plus grands courages que la France ait produit, et d'une ame aussy chrestienne et aussy généreuse qu'on ait veu dans ce siècle '. Il
lier des Ordres du Roi, seigneur de La Trousse, prévôt ordinaire de l'Hôtel du Roi, et grand prévôt de France, et de Louise Hennequin , assistée de Charles Le Clerc, seigneur de Trenibiay, gou-
verneur du château de ia Bastille, et de Jean Chappelain, secrétaire en la chambre du Roi.*' ' Balzac (lettre XXX du livre XIX, p. 780 et
78 1 de l'in-fol.) répond ainsi à son ami si affligé :
est mort à la teste d'un régiment de cavalerie qu'il commandoit au combat qui se donna le viii de ce mois près de Saint-Omer, entre l'armée de M' de La Force et de Picoiomini. Ce fut luv qui commença la mesiée et qui , s'avançant vingt pas devant son escadron, fut receu de Coloredo, qui s'estoit avancé de mesme, et qu'il tua dun coup semblable à ceiuy qu'il en receut, duquel |)eut estre il ne fut pas mort si cpiatre cavaliers allemands, voyant tomber leur cbef, ne se fussent avancés vers luy et ne luy eussent porté quatre coups dont l'un luy cassa le bras en deux endroits, cependant que ses gens propres fuyoient avant le choq et l'abandonnoient à la mercy des ennemis'. Il rendit l'arae entre les bras d'un capucin qui se trouva là, et qui luy donna l'absolution, tenant son espée de la main gauche où il lavoit changée de la droitte, lorsque le bras ilroit luy fut rompu. On ne doute point que l'avantage cpe nous eusmes ensnitte sur lenneray ne vinst par la perte de Coloredo qui estoit la seconde personne de cette armée et l'un des meilleurs chefs qu'eut l'Empereur'.
Mais ce qui semble me pouvoir consoler dans la gloire que mon amy s'est acquise
en mom'ant, est ce qui m afflige davantage, puisque cette gloire est la vraye marque de ce que jay perdu en iuy. J'essayeray toutesfois dessuver mes larmes et de ne le plaindre pas plus lascheaient que la liaison ne le permet à un homme qui en fait profession.
Je vous laisse dire, au reste, de ma prétendue éloquence tout ce qu'il vous plaist d'en dire . estant résolu de soufl'rir tout de vous, mesme les injures et. à plus forte raison, les grâces. Cependant je vous fais ma protestation que je n'y prétens point et que si vous y en remarqués quelques estincelies, elles sont despourveues de tout art et tirées de la seule mine de la nature, comme sans doute vous le connoissés bien. Parmy mes tristesses je ressens quelque plaisir que vous pensés à l'hostel de Rambouillet et que vous avés eucuriosité des choses qui le regardent. Après les douleurs publiques et particulières, je feray les eoquestes que vous m'ordonnes, et. puisque vous me permettes de raonstrer la lettre à M de Vill[emontée], je la feray voir à ces deux rares personnes sans y admettre une Iroisiesme et je leur monstreray encore voslre dernière qui ne peut que les fort obliger. Le sage M' de Chaudebonne a la fièvre depuis cinq jours
«Je n'entreprends pas de vous guérir. U me sufDl de vous dire que je soufTre avecqiie vous, et qiio vos douleurs me sont aussi cuisantes que les miennes propres. L'homme que vous reffreltez, est mort en héros, et avec la glorieuse consolation de cet ancien vers :
En mourant il osta l'âme à son ennemi.
Ce qui augmente la gloire qu'il s'était acquise, agrandit la perte que vous avez faite, n Balzac ajoute ces considérations philosophiques : «Coloredo eusl toujours fini, sans l'aide de Monsieur de la Trousse, et Monsieur de la Trousse aussi, sans la rencontre de Coloredo. On trouve Sainct- Omer et Versel eo quelque heu qu'on se trouve, n
' Balzac s'indigne ainsi (p. 781) contre le
lâche abandon dont parle Chapelain : -Je veux grand mal à cette canaille si bien année, qui abandonna son chef au besoin, et il me semble qu'il se devait bien trouver quatre cavaliers François, pour le couvrir des quatre cavaliers allemands, r, ^ «Je suis en peine, continue Balzac (p. 7^1), de nostre Monsieur de Cliaudebonno, que nous appeliez le sage malade ; mais la Sagesse n'est non plus privilégiée que la Vaillance. Il faut mesme que les saincls meurent avant que d'estre canoni.sez.1 La lettre, datée du 1" décembre tG38, dut l'être du i^aoùt de la mèms année. On s'étonne que l'éditeur de 1 665 n'ait pas pris la peine de recourir au n° de la Gazette (de juillet) dont Balzac signale en ces termes l'insignifiance : " Il me semble que la Nymphe
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
et elle ne luy peut continuer sans le mettre en danger, mais j'en veux mieux espérer. Et certes nous avons assés de maux sans y en adjousler un aussy grand que seroit la perte de cet excellent homme.
Je vous envoyé les lettres de M' Mainard qui m'a fait un ample remerciement de celle que vous luy avés envoyée par un exprès et je voy par tous les signes imaginables que cette personne est fort à vous, quoyque moins sans doute que nest, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce 17 juillel i638.
CLXXXVIIL A M" LE DUC DE LONGLEVILLE,
À LA FIUNCHE-CONTK.
Monseigneur, nous apprenons tousjours les lielles choses que vousfailtes longtemps devant par le bruit commun , que nous les apprenons par vous. Vous vous contentés que vos actions soient glorieuses et ne vous souciés pas qu elles soient publiées et vous employés à l'aire de nouvelles entreprises les heures que les autres prendroient pour escrire les passées.
Nous sçeusmes par Genève , dès le vu de ce mois, la prise d'Arbois que vous n'avés fait savoir que le xii ', et par la mesme nous scavons que vous avés pris Vadans" depuis, que peut estre nous ne sçaurons par vostre voye que de quinze jours d'icy. Il vous est très avantageux d'avoir i-éduit les ennemis
du bureau d'adresse ne luy rend pas bonne justice, ni ne chante assez hautement une si haute valeur que la sienne." Cette seuie phrase permettait de dater sûrement la lettre de Balzac.
' On lit dans la Gazette du 17 juillet i638 (p. 3 60) : «Le 1 5' de ce mois, le sieur Roux, envoyé par le Hoy vers le duc de Longueville, a rapporté nouvelles à Sa Majesté de la prise de la ville d'Arbois par l'armée Françoise à la vue du
à n'oser se commettre à la fortune et à laisser prendre toutes les places que vous voulés attaquer sans se présenter pour les secourir. S'ils continuent, ils ne se feront pas grand honneur, et vous avés droit de sommer le duc Charles de garder son vœu et de quitter la mauvaise espée qu'il porte à son costé. Entre les choses qui peuvent haster cette résolution, on nous fait entendre que la disette où se trouve l'armée ennemie est une des principales. Si le pain leur manque, la nécessité et le désespoir les rendront vaillans et vous aurés ce que vous souhaités, qui est de les voir en campagne. Cependant vous estes à la France l'une de ses principales consolations dans les deux malheurs qui luy sont arrivés presque à la fois à Verceil et à Saint-Omer. Pour Verceil, etc. (sic).
De Paris, ce 23 juillet 1 638.
A M. L'ÉVKSQUE DE GRASSE (GODEAU
À GRASSE
Monsieur, j'ay beaucoup de consolation du bien que vous me mandés de M' de Beauregard. 11 est vray qu'il doit estre bien satisfait de luy mesme, ayant veu en cet âge une si grande quantité de choses remarquables et s'en expliquant si bien et si distinctement qu'il fait. Par l'air dont vous m'en escrivés et tout le reste de vostre lettre, il me semble que je puis colliger ' que vous jouisses d'une bien parfaitte tranquillité d'es-
duc Charles qui ne l'a pu empescher, et qu'il en estoit sorli trois cens hommes. Il en a aussi apporté trois drapeaux."
- Aujourd'hui commune du département du Jura, arrondissement de Pohyny, canton d'Arbois, à y kilomètres de chacune de ces deux villes.
^ Recueillir, de coUigere. M. Liltré n'a trouvé colliger dans aucun écrivain postérieur à Amyot et à Ambroise Paré.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
prit, je veux dire de ce bon estât auquel l'on n'a que des pensées agréables. C'est de quoy je me resjouis pour ce que, depuis quinze jours c'est le seul sujet de joye que j'ay eu, les affaires publiques et mes affections particulières ayant receu des playes qui ra'onl bien faict et feront de la douleur. Je m'asseure que le succès ' de Verceil vous aura esté bien sensible, et que l'intérest spécial que vous y avés vous aui'a fait tourner les yeux sur le général et pleurer les malheurs qui luy arrivent. Néantnioins, afin que vous ne vous descouragiés pas, vous sçaurés que ny Verceil ny Saint-Omer ne nous abbatteot pas le cœur, que M' le Prince, M' de Longueville et le duc de Veiniar travaillent les ennemis dans leurs pais mesmes, et que le Roy en personne va monstrer quelle différence il y a de luy à M' le niareschal de Ghastillon '. Vous n'oublierés pas ses bonnes intentions en vos prières et me liendrés tousjours, Monsieur, pour vostre , etc.
De Paris, ce aajuiilel i038'.
À M. DE BALZAC
À BALZAC
Monsieur, je respons encore à vostre lettre en la recevant, et je doute que la mienne puisse eslre portée assés à temps à la poste. Cela m'empeschern de vous pouvoir rien dire de certain touchant la traduction des
huit beaux vers que vous m'avés envoyés, quoyque je ne doute point que le bon Colletet ne reçoive l'honneur que vous luy faittes de l'eslire , dans les termes que cette grâce mérite.
Vous m'avés donné un portrait en petit de l'abbé ' qui a (ait peur à nos zélateurs. Je ne la y veu que deux fois en ma vie chés nostre amy de Pomponne '" qui estoit malade à la mort. Il me sembla homme de bonne intention , et s'il n'est pas dans le bon chemin, je suis trompé s'il ne croit y estre. Du reste, son discours entrecouppé et sautelant, et quelques raisonnemens informes et à demy exprimés, ne me laissèrent pas persuadé qu'il fust si grand personnage (pie l'on me l'avoit représenté, et je vous avoue (pi'en ces occasions je respectay plus sa réputation que sa personne. Toutesfois il ne conversoit pas pour me plaire, et sans doute ne se soucioil pas de me donner bonne opinion de luy. 11 peut estre aussy aisément que sa santé ou Testât de son malade ne luy eust pas laissé tout l'usage de son esprit, et, en ces matières de juger d'autruy, ma maxime est de croire que les vertus sont journalières, et qu'il n'y a qu'une longue pratique qui en puisse faire porter un jugement asseui'é. Je m'en rapporte au vostre entièrement, puisqu'il est fondé sur vostre expérience, et je panche d'autant plus volontiers à croire qu'il y a du creux dans son affaire'', que je ne doute plus qu'il n'ait le plus contribué à faire passer carrière
' Accident, événement, comme nous l'avons déjà expliqué.
- Gaspard de Coligny, maréchal deChàtiilon, né le 36 juillet i58i , mourut le li janvier iO/i(), après avoir été malheureux encore une fois à la bataille de la Marfée (6 juillet liilti).
^ Le même jour Chapelain écrivait à M. de Beauregard, en Provence (P S-jg) : «Je loue Dieu de vostre convalescence et de la bonne estime que vous vous estes acquise auprès de cet
excellent évesque, qui est bon juge de la vertu d'autruy, parce qu'il est luy-mcsme tout plein de vertu. Ses dernières lettres ne sont parées que de vos louanges., .n
* L'abbé de Saint-Cyran.
^ Arnauld d'Andilly. Tout ce paragraphe a été cité par M. Sainle-Beuve (Port-Royal, t. II, p. 67, en note.)
" M. Sainte-Beuve (tèiW.) dit avec sa finesse habituelle: «On ne voit pas nettement dans la b'ttre
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
à M' le Maistre , c'est-à-dire à me donner un des plus sensibles desplaisirs que jaye jamais receu,
Vos^ cendres, n'en doutes point, seront encensés, mais sans préjudice de l'honneur que vous recevrés de vostre vivant. Vous avés la réputation d'éloquence la plus confirmée qu'homme qui soit dans l'Europe, et si" je suis asseuré que Gicéron, de son temps, avoit plus d'émulés que vous', si bien que vous aurés la joye de jouir longtemps de vostre estime présente et, si dans le ciel on tourne quelques fois ses yeux sur les choses qu'on a aymées dans le monde, vous jouirés encore de la future et verres que vostre nom vous aura survescu et vous fera de la compagnie de tous les vivans.
Je n'ay peu voir le bon Gombaut depuis que vous m'avés demandé ses vers sur la mort de Malherbe \ G'est un des meilleurs honunes du monde et des moins heureux.
Pour un vieux courtisan ■" il est vray qu'il a trop peu de résignation à la mauvaise for-
lune, et qu'il raisonne là dessus bien plus en regardant ce qu'il mérite, que l'humeur de ceux qui le pourroient soulager. Il n'a jamais pu apprendre qu'il falloit estre accommodant quand on estoit cupide, ni conceu le secret philosophique d'Horace, qui estoit un pilier de la Cour, quand il se prescrivoit à luy mesme de non sihi res sed se rebits snbmillere''. Je le chatouilleray bien agréablement quand je luy donneray avis du cas que vous faittes de ce petit ouvrage.
Pour M' Silhon, il est lousjours in otio negotioso, escrivain dans l'expectative, et occupatissime ' pour le service de ses amis présens et absens. 11 est tousjours extrêmement à vous et nous en parlons souvent dans des termes qui vous doivent plaire.
M' de Bourzeis ne presche plus. Une conjuration des orateurs du bas estage l'ont accusé et convaincu de n'estre pas prestre ny mesme dans le diaconat, et sur ce fondement l'ont fait exclure de la Chaise*. Il prend patience et se vange d'eux dans une
de Balzac ce qui se rapporte au creux dont parle Chapelain, et elle semble plutôt toute laudative. Y aurait-on retranché à l'impression, et par égard pour ses amis, quelque trait moins favorable à M. de Saint-Cyran? Au reste, ce creux n'est pas très-clair dans la lettre de Chapelain. ?5
' Je substitue vos à vous, qui est un lapsus évident.
- Si a dans cette phrase un sens affirmatii. Thomas Corneille écrit à propos de ta âa5' remarque de Vaugelas : r:M' Chapelain dit, qu'on se sert encore de si, en parlant et demeurant un peu sm' le si, pour dire avec tout cela, mais qu'il est très bas.n C'est néanmoins à peu près le sens qu'il semble avoir donné ici à ce mot.
2 Balzac méritait bien d'être rapproché de Cicéron par Chapelain, lui qui si souvent n'a pas craint de comparer Chapelain à Virgile.
" M. R. Kerviler, dans son étude déjà citée sur J. Ogier de Gombauld, rappelle (p. 3 9 et io) que Malherbe et Gombauld furent grands amis,
qu'ils se voyaient souvent à l'hôtel de Rambouillet et chez M"'^ des Loges. L'abbé Goujet {Bibliothè- (jue frauçoise , t. XVII, p. laG) mentionne l'epitaphe que Gombauld fit pour Malherbe, et qu'il finit par ce vers :
Il est mort pauvre , et moi je
^ Déjà, sous le règne de Henri IV, Gombauld était à la cour, où l'avait introduit le marquis d'Uxelles, auquel il était attaché. (Tallemant des Réaux,L III, p. 9.38.)
'' Nous avons déjà rencontré cette citation dans une autre lettre.
' Néologisme que Chapelain empruntait à rilalie,oià, comme on sait, les superlatifs ont toujours eu la vogue.
* Chaise est là pour chaire. On ne connaissait pas ce curieux incident de la vie de l'abbé de Bourzeis. Cet abbé ne tarda pas, du reste, à prendre les ordres sacrés, car Pellisson {Histoire de l'Académie, t. 1, p. 3 53) nous apprend que,
assemblée de la propagation de la foy, où il .les rend auditeurs par force et , malgré leur envie, tire des louanges de leur bouche. Il sçaura l'honneur que vous luy faittes en vous souvenant si bien de luy.
Je vous envoyé la copie du petit escrit qu'Heinsius a fait imprimer en Hollande pour vous faire tort '. Il y a quelques lieux . ou que l'on vous y a supposés, ou que je vous conseille de désavouer, quand ils vous seroient échappés durant le temps que vous viviés avec ces relligionnaires. Nos crabrons " vous mettroient avec quelque sujet au nombre des censurables. La dernière page fut d'abord imprimée comme elle est escritle plagiairement ' par Heinsius pour s'ap-
plaudir à luy-mesme. Mais Saumaise , passant chés le libraire, s'en moqua et en retint un exemplaire, ce qui fut cause que Heinsius le lit refaire comme il estoit dans l'original, mais avec l'apostile marginale; jay fait copier l'un et l'autre sur les deux imprimés que M' d'Ablancourl m'a fait voir afin de vous en donner avis. Il sera bon que , dans la première des vostres , vous insériés trois mots de remerciment pour luy faire.
Je ne croy pas que vous en puissiés estre quitte à si bon marché pour M' l'abbé de SainI -Nicolas, auquel ayant fait voir, il y a quelques jours, l'endroit d'une de vos lettres où vous estiraiés si fort le Narni
devenu prêtre, il s'appliqua fort à la controverse, et que «les fruits de ses travaux furent la conversion de quelques-uns des minisires, contre lesquels il avoit disputé, r)
' Discours politique sur l'élal dos Provinces- Unies (Leyde, in-A°, i638). Ce fut là le premier ouvrage de Balzac , qui passa pour l'avoir composé sous l'inspiration du docteur Baudius. Dans la première édition (sans date), l'auteur est désigné par ses initiales: J. L. D. B. et par son litre de frmtilhomme français. Ou trouvera ce discours dans les Œuvres complètes de 1 665 (t. II, parmi les Dissertations politiques, p. liSû-UHô). On lit dans une note marginale de la page '182 : « Ce discours fut fait par M. de iîalzac, en Hollande, à l'âge de vingt ans [c'est-à-dire en 1617], et en ayant laissé une copie à un de ses amis, il y l'ut imprimé fort longtemps après, sans son sceu. r Du reste, Balzac lui-même nous donne, à ce sujet, les explications que voici dans sa réponse à la communicalion de Cliapelain (lettre X du livre XIX, p. 766 de l'in-fol.) : p Le Discours du Gentilhomme François m'a surpris, et je vous advoue que je ne l'ay reconnu , qu'après avoir rappelle de bien loin la mémoire des choses passées. Il est vray que je suis l'aulhcMP du Discours, qui ne craint pas assés les foudres de Rome, et qui traite la saincte Inquisition avec trop peu do respect. Mais il est vray aussy que je le com-
posay en Hollande, sans dessein de le rendre pubUcpar l'impression, et dans la chaleur d'un âge qui excuse hien de plus grandes fautes. Puis donc que vingt-cinq ans entiers ont passé sur celle-cy [ce qui nous ramènerait à l'année i6i3. Balzac aurait dû se contenter de mettre vingt ans, ce qui aurait concordé avec les indications données par l'éditeur de 1665], il me semble qu'il y a prescription légitime. . . En vérité, le grand Heinsius devrait avoir honte de s'acharner si cruellement sur la personne du petit Balzac ; de vouloir triompher en cheveux gris d'un garçon de dix-sept ans, et qui n'avoil point encore de barbe. . . J'ay fait une folie, estant jeune, et le bonhomme Heinsius l'a publiée vingt-cinq ans après que je l'ay eue faite. Qui al le plus coupable de cette folie, de luy ou de moy?. . . n La protestation de Balzac est datée du i5 octobre tSSj : il faut la mettre en août i6'S8.
^ Frelons, du latin crahro. On trouve ilans Piaule l'expression proverbiale : iirilare crabrones qui a été appliquée par Isaac Casaubon à ses adversaires (lettre à Joseph Scaliger du ta avril 1600, Epist. CCVIH). Le mol crabron n'est dans aucun de nos vieux dictionnaires. Chapelain serait-il l'auteur de ce mot si peu connu?
^ Le mot est, et a toujours été, inusité. 11 n'est donné ni par Richelet, ni par Trévoux, ni par l'Académie, ni p;ir M. Litlré.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
qu'il vous a preste, jusques à vous résoudre d'en demander à- Sa Sainteté, si vous n'en pouviés recouvrer autrement, il me pria d'bonneste homme qu'il pust estre vostre Pape pour ce particulier, et en un mot m'encliargea avec beaucoup d'instance de vous l'offrir et donner de sa part , sans que toutes les civilités et résistances que je fis là dessus peussent esbranler la résolution qu'il en avoit prise. Le livre est donc à vous désormais, et certes c'est un présent d'im- [)ortance, et qui mérite bien un compliment séparé et une transgression de vœu pour un quart d'heure. Mais soyés pourtant en liberté, car je suis asseuré qu'il ne l'a point fait pour en avoir cette récompense.
Ma tristesse ne se laisse point bien surmonter à ma philosophie , et certes il y en a de si justes que c'est estre pire que stoïque de les vouloir bannir de nostre cœur. Jugés maintenant si vous devés avoir soin de vostre conservation , quand ce ne seroit que pour ne me pas désespérer, car il est vray que tant que vous vous porterés bien, il n'y a point de perte que je ne croye estre obligé de souffrir avec patience \ Je suis. Monsieur, vostre, etc.
. De Paris, ce -lo juillet i638.
À M. LE MARQUIS DE MONTAUZIEP
EN ALSACE
Monsieur, vous m'avés donné la vie |)ar les nouvelles que vous m'avés mandées les dernières du succès de DubateP contre l'armée de Goetz\ Jamais homme n"a eu plus d'inquiétude pour aucune chose que je n'en ay eu pour Testât où vous alliés estre si l'armée ennemie fust demeurée libre en Alsace et vous eust enlevé ou gaslé vostre récolte. Au moins vivres vous à présent et vous ne serés pas réduit à mourir de la mort de la Rochelle ' , et ce coup manqué pourra bien mettre les Impériaux en plus mauvais estât que vous et relever au duc de Veymar l'espérance de la prise de Brisac. Mais ayons des désirs modérés et nous contentons pour cette fois de vous sçavoir foui'ni de bleds par cette disgrâce inopinée. J'ay resjouy tous nos amis de cette bonne nouvelle et M"'° la marquise de Rambouillet en a repris sa santé et son embonpoint. M"° s'intéresse trop dans tout ce qui vous touche pour avoir besoin de vous dire la joye qu'elle en a receue et le plaisir que vos succès à venir luy apportent desjà.
Nous avons nouvelles de la main de
' Dans une lellre écrite la veille (f° 332 ), à M. Arnauld, mestre de camp, Chapelain dit au sujet de la mort de M. de la Trousse : <»J'ay perdu un amy intime et seur et le plus antien de ceux sur qui je fondois le principal plaisir de ma vie. 5) Quelques jours plus tard, le 5 août, Chapelain (f 338) reparle à un autre Arnauld, le lieutenant de la meslre de camp des carabins de France, de la mort du jeune la Trousse, ajoutant : «Depuis ia mort de feu M"" vostre sœur, je suis dans un perpétuel exercice de souffrance ; les malheurs me sont venus tantost en foule, tantost l'un après l'autre. . . «
- Il esl impossible de lire autrement ce nom, qui semble inexplicable et dans lequel j'avais été
lente d'abord de reconnaître une singulière altération des mots la baHiille.
3 Le comte de Goetz fut un des généraux allemands que battit le plus souvent le duc de Weimar. Il ne tarda pas à être privé de son commandement et dépouillé de son épée au milieu de Farmée trois fois vaincue sous ses ordres, et à être ensuite «amené prisonnier en Bavière». Voir ['Histoire de France sons LouisXIII, par A. Bazin (t. II, p. ^71 et 672). Dans ia Gazette, le malheureux général esl appelé Goenlz (passim).
* La ville de la Rochelle ne se rendit (29 octobre 1G28) qu'après avoir longtemps bravé toutes les horreurs de la famine.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
-M' le marquis de Pisani quenûn la fièvre la quitte' et qu'il est absolument en asseurance. Il a perdu les cheveux, mais le teint kiy demeure sans aucune marque, dont il se vante et triomphe. Je le tiens plus glorieux d'avoir vaincu ce malheureux mal que s'il avoit sauve' Verceil qui doit estre une grande douleiu" à j\P le cardinal de La Valette, après avoir fait le bel efl'ort du secours qui devoit bien produire quelque chose de mieux. M' de Ghaudebonne a eu dix-huit jours de fièvre dont il est fort abbatu, mais le mal est chassé et il n'y a plus que la force qui luy manque. M' Gonrart, non plus que moy, n'a point de santé bien ferme. H a eu part à vos nouvelles et vous en rend grâces très humbles. M'"' vostre mère' est bonne jusqu'à me les envoyer chés moy présentement. Je vous en fais compliment. Vous aurés de nos nouvelles, avec celles-cy, à l'ordinaire, et. de plus, une relation de la levée du siège de S'- Omer que je croy de vostre aniy M' d'Arpajon". mais ne le nommés point du tout s'il vous plaisl.
Je suis. Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce 3o juillet i638
À M. DE B.U.ZAC
À BALZAC
Monsieur, la raison avoit commencé ma consolation et vostre éloquence l'a achevée.
Il n'y a rien qui console tant de la perte d'un amy que les preuves d'affection de ceux qui nous restent, principalement lorsqu'elles sont aussy sincères et aussy bien exprimées que celles qu'il vous a pieu me donner en celte occasion. J'aurois honte, après cela , de me plaindre davantage et de ne retenir pas mes sentimens dans les bornes que la religion et la philosophie nous prescrivent. Je croy mesme que vous m'avez fortifié pour les malheurs à venir, si Dieu me veut exercer par la privation de semblables biens, et je prétens flatter la douleur de M° de La Trousse ■* eu luy monstrant la place que feu M' son niary a dans vostre estime, et les bonnes paroles que vous donnés à sa mémoire. C'est ce qui me fait regretter bien peu le mauvais éloge dont le gazetier^ lui a esté chiche et qu'il luy est avantageux de n'avoir point eu d'une main si désirée. 11 me suffit de ce coslé là qu'il ait [dit] ce qu'il ne se pouvoit empescher de dire, et qu'il n'ait pas obscurcy une si belle mort par quelque impertinente louange et dans un stile de faquin. Pour M' de Ghaudebonne, il a couru fortune de nous quitter ou plustost nous de le perdre, car c'est un homme qui regarde le ciel dès il y a long temps et qui est plus qu'à demy séparé des choses de la terre. Il rira à l'instant de sa mort et nous plaindra de demeurer dans le monde. Dieu nous l'a voulu conserver pour nostre édification.
Mais, quoyqu'il soit hors de péril, il garde
' Marguerite de Chàteaubriant, mariée en 1 6o6 avec Léon de Sainte-Maure, baron de Montauzier.
* Louis, yicomle, puis (i6ûi) duc d'Arpajon, marquis de Severac, romle de Rhodez. vicomte de Montai, baron de Salvagnac, de Monlclar, etc., fut chevalier des ordres du roi, gouverneur de Lorraine, lieutenant général au gouvernement du Languedoc, etc.: il mourut en avril if>-/g. Voir, sur lui et sur sa famille, un
bon article dans le Moréri de lyôç) (l. 1, p. 30^- 371 ). Savait-on qu'à tous ses talents miliiaires, cet ami du marquis de Montauzior joignit le talent du narrateur, de l'historien?
^ Nous avons déjà eu occasion de dire que c'était Henriette de Coulanges, sœur du bwi abbé de Coulanges.
* Chapelain est jusqu'à ce jour le premier en date des écrivains qui ont employé le mot gazetier. Ici c'est Renaudot qui est désigné, et
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
encore le lit et nesl pas quitte de son mal de leste. Je le verray demain et Iny feray sçavoir vostre peine et la continuation de vostre amitié.
Par ma précédente, je vous niandois que M"^ de S' Nicolas vous donnoit le Narni qu'il vous avoit preste, et qu'il vous faisoit ce présent de la meilleure grâce du monde. Je croy que cela vous oblige à un compliment sans conséquence. J'appris de luy, ces jours passés, que MMe cardinal Bentivoglio estoit bien près de la fin de sa troisiesnie partie de l'Histoire de Flandres , et dès lors je me proposay de vous le mander comme une nouvelle qui vous devoit resjouir.
Vous aurés, avec cette lettre, toutes celles que vous m'avés envoyées de M' Mainard. Vous aurés aussy un mémoire de la race paternelle el maternelle de nostre divine marquise suyvant ce que vous aviés désiré. Elle s'est volontiers expliquée sur cela puisque c'estoit pour satisfaire vostre curiosité, et ma dit qu'elle tenoit à lionneur que Pisani fut proche de Balzac' et luy donnast la qualité de vostre voysine.
Je n'ay peu trouver Colletet, et j'ay creu que vous soulfririés que je vous servisse en sa place. Voicy les douze vers que j'ay desrobés à mille occupations qui m'accablent ' :
Mais ceia fut jadis ([uaiid ies globes- des deux Ea foule recevoient les vaillans demy dieux ,
M. Littré cite tout d'abord, à l'article gazetici; celte phrase du Diclionnaire de Richelet : trThéophraste Renaudot est le gazelier de France le plus fameux: il étnil médecin de Montpellier; il commença à donner la Gazette en i(j3i.»
' Pisany est aujourd'hui une commune du département de la Charente-Inférieure, arrondissement de Saintes, canton de Saujon. On a eu souvent le tort de donner à ce nom une désinence italienne, et M. Victor Cousin notamment ne manque jamais d'écrire Pisani.
- Ces douze vers se lisent, mais avec de
Que la nouvelle terre en merveilles féconde Enfantoit tous les jours pour la gloire du monde. Maintenant que cet âge, espnisé de valeur, Jusques dans l'infamie a porté son malheur. Que la grandeur romaine est enfin terracée Et sa haute vertu de l'Univers chassée. C'est beaucoup d'admirer les grandes actions De ces fameux héros, donteurs des nations, D'eslever à leur nom des autels et des temples, Et de suyvre de loin ces superbes exemples.
Les quatre derniers ne respondent pas absolument au sens des deux derniers latins. Mais comme j'ay conceu la chose sans sçavoir ce qui précédoit et ce qui devoit suyvre, il m'a semblé dans cette ignorance que celuy que jay pris exhortoit à la vertu dans une manière plus faisable et plus modeste que l'autre. Si néantmoins vous en jugés autrement, je me condanne, sans vous en faire d'autres excuses, puisque cette liberté esl un des fruits de nostre affection.
De Paris, ce i " aoust i638.
CXCIU.
À M. L'ÉVESQUE DE GRASSE (GODEAU)
À GRASSE
Monsieur, j'ay beaucoup dejoye de vous sçavoir de retour à Grasse en santé. Vous n'avés pas peu fait de ne mourir point en ce climat demy-africain ' avec vostre petit poulmon et vos fréquentes prédications
grandes modifications, en tète de la seconde des Dissertations politiques ( Œuvres de M. de Balzac , t. II, édition in-fol., p. A 2 8).
3 Cette plirase fait penser au mot rapporté par M. ^hgnel {Notices historiques, t. I, p. 81 ) : «Lorsqu'un de ses amis [de l'abbé Sieyès] lui demanda, plus tard, ce qu'il avait fait pendant la Terreur : <»Ce que j'ai fait, lui répondit M. de Sieyès, /ai vécu. Il avait, en effet, résolu le problème le plus difficile de ce temps, celui de ne pas périr.»
LETTRES DE JEAN CHAPELALX
dans la saison la plus chaude de l'année. Dieu vous réserve sans doute pour convertir les Mores quand ils seront descendus encore inie fois dans vostre diocèse , comme nous avons avis qu'ils en sont tout prêts. Que si ion nous a mandé le vray, je ne sçay si à présent vous n'estes point entre leurs mains et s'ils ne vous ont point pris dans l'action de la réforme de vos moines qui sont desjà accoustumés au marranisme et ont la mine d'avoir souhailté de tels libérateurs. Ma lolta il cielo gU auguri^.
Il est impossible, au reste, que la prise de Verceil ne vous ait fort touché et qu'au moins par un intérest parlicuher vous ne ressenties le dommage public. Encore si nous pouvions en estre quitte pour cela, cette année, et que nostre brave général arrestast là les prospérités espagnolles ! Il en faut prier Dieu et vous plus qu'aucun, vos prières estant plus agréables. Trois hommes de bien comme vous peuvent sauver un estât encore plus corrompu que le iiostre. Si Loth eust eu un compagnon de vertu et de piété, Gomorre et Sodome seloient encore. Mais je prens le ton de prédicateiu* devant un petit S'-Paul. Je me lais et ne vous dis plus autre chose, sinon que je suis. Monsieur, vostre. etc.
De Paris, ce 5 aoust i638.
À M. DE BALZAC
À BALZAC
Monsieur, j'approuve en tout la résolulion que vous avés prise touchant limpiimé de Hollande, estant de la nature de ces cas pour le vulgaire appelle reniables, et plus pour quelques sentimens qui s'y trou-
vent et qui sont de contrebande, que pomla manière dont ils sont escrits, laquelle est telle qu'il y a peu de gens qui peussent aller jusque là et qu'il y en a beaucoup qui courroient volontiers le hazard d'en rougir à Taage de quarante ans , non seulement à seize '. V ous ferés néanlmoins prudemment de le désavouer et nous vous ayderons dans cette conduitte selon vostre ordre et voslre intention. Il est vray que nous n'en persuaderons que ceux qui ont le goust fade pour le discernement des stiles, mais c'est assés. puisque le grand nombre est de ceux là, et quand les autres le connoistront , je ne vov pas qu'en persistant dans la négative, leurs voix nous puissent faire beaucoup de mal. Ce qu'il y a de bon pour la descharge de nostre conscience et pour nous lever tout scrupule, c'est [que] vous listes cela fort jeune, par exercice d'esprit, et comme une déclamation éloquente que vous ne croyés point et que vous ne publiastes point, que vos ennemis ont déterrée pour vous nuire, et que vous croyés aussi bien efl'acée du souvenir de ceux qui la virent alors, qu'elle estoit maintenant du voslre. Après cela, nous pourrons dire avec vous qu'elle n'est pas de vous, et que les maximes qui y sont coulées ne sont point les vostres.
Je feray l'oflîce auprès de M' d'Ablancourt. qui me mit la pièce entre les mains, et M' de La Molhe. qui m'en avoit parlé le premier, et qui s'en estoit mis de bonne grâce en peine. Ils vous sont l'un et l'autre très acquis serviteurs et agiront avec all'ection dans cet intérest avec tout le monde. M' de S' Chartres sçaura aussy comme vous continués à lui vouloir du bien, et de quelle sorte vous avés ressenti son souvenir. Je ne doute pas que M' l'abbé de
' Mais que le ciel détourne ce présage ! - Chapelain admettait donc que le Discours iur l'estat des Provinces-inies avait été composé
dès 161 9. c'est-à-dire un an plus tôt que Balzac lui-même ne le marquait, et cinq ans plus tôt qu'il ne faut le marquer en réalité.
S' Nicolas ne me face bien des reproches de n'avoir pas empesché que vous lu y lîssiés un remerciment si solennel du présent qu'il vous a fait, mais je me re'sous à soustenir cet assaut et cependant je vous diray que vous avés, à mon avis, fait ce qu'il falloit faire, et qu'il eust été peu digne de M' de Balzac d'avoir receu mie courtoisie de galant homme et de ne l'avoir pas payée d'une civilité. Je feray valoir les lignes que vous y avés employées et l'on connoislra que c'est une extraordinaire, et que l'alléction et le ressentiment les ont arrachées de vos mains qui n'escrivent plus de lettres qu'à vos facteurs et à vos agens.
Le Conte de Fiesque a veu celle que vous m'avés addressée sur la mort de M' de La Trousse, et l'a fort estimée. Vos ouvrages ont esté sa consolation durant sa blessure et vont estre son entretien à la campagne oii son combat l'oblige de se retirer '. Il seroit bien malaisé que j'eusse tiré au naturel un homme qu'il y a un an que je n'ay veu et que je n'ay jamais veu
que deux fois. Je croy néantmoins cjue le crayon que je vous en ay envoyé a de son air et que, dans les trois traits que je luy ay donnés , il peut estre reconnoissable. Je suis marry de l'aveugle dévotion que quelques uns de nos intimes ont à ce saint et je crains qu'elle ne leur soit enfin nuisible. Je suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce 8' aoust i638^
À M. DE GRASSE (GODEAU
À GRASSE
Monsieur, vous me faittes beaucoup de questions à la fois et pour ce qu'elles sont de fulark coiitingentibus, j'ay encore cette nouvelle raison pour ne me pas précipiter à y respondre. A celle qui demande si les Espagnols attaqueront Antibe', je vous respons que je suis bien aise qu'ils ne l'ayent pas desja fait et que ce m'est aussy un argument qu'ils n'ont pas pris le port de Villefranche*, comme on nous l'avoit voulu faire croire jusqu'icy. Pour l'attaquer et la prendre
' Voici ce que Tallemant des Rcaux nous apprend sur le duel doni parle Chapelain {Histot-iette du cardinal de Richelieu, t. II, p. 67, noie i) : «[Fonlrailles] esloit des esprits forts du Marais. Ces Messieurs se mirent, il y a près de vingt ans [Tallemant écrivant ceci en 1657, on voit que nous sommes ainsi ramenés à l'année i638], à porter des bottes qui avoient de fort longs pieds, mais non pas si longs qu'on les a portez depuis. Quelques capitaines aux Gardes dansèrent un ballet des longs pieds; Fonlerailles alla prendre cela pour eux, et engagea le comte de Fiesque et Ruvigny à se battre. Le comte et son homme se blessèrent; Fonterailles fut cuibutlé par ie sien, et Ruvigny désarma le troisiesme. :i
^ Le même jour, Chapelain écrivait (f 8/12) au marquis de Gesvres, an camp devant Fontarabie : «Il me suffit pour ce qui vous regarde d'apprendre de la voix publique les merveilles que vous failles et la part que vous avés à ce qu'il y a de plus honorable au siège où vous
estes attaché Ce vous doit estre un grand
contentement de vous estre rencontré dans une armée qui devoit presque seule de toutes les noslres estre victorieuse et maintenir l'honneur de la France qui sans vous eust souffert diminution quasi partout celte année.') Voir, sur la conduite du marquis de Gesvres devant Fontarabie, r extraordinaire de la Gazelle du (3 août (p. 899 ). Dans une lettre du ii août (P 8^2) Chapelain disait à M. du Fay de la Trousse, «à l'armée de M. le mareschal de la Force,» un des frères du défunt, que le comte de Fiesque avait copié de sa main la lettre de Balzac sur la mort du marquis de la Trousse, et il ajoutait : «Il n'y a point d'homme à la Cour qui vous estime davantage.-
3 Aujourd'hui chef- lieu de canton du département des Alpes-Maritimes, arrondissement de Grasse, à 28 kilomètres de celte ville et à la même distance de Nice.
4 Chef-lieu de canton du département des Alpes-Maritimes, à 5 kilomètres de Nice.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
je ne doute point que ce neust esté une mesme chose , s'ils y fiissent descendus d'abord, estant si mai conditionnée que vous le diltes, mais s'ils ont donné le temps à M' le conte d'Alais d'y pourveoir. la prise, lattaque mesme en est problématique. Quant à Grasse . si elle est seulement aussy bonne que S' Denis, estant aussy peuplée qu'elle est et dans la montagne' , elle doit tenir absolument , principalement en une saison où toute vostre recolle doit estre faitte et tous vos grains portés dans les lieux défensables' pour affamer les assiegeans. Avec tout cela néantmoins, j'aymerois mieux que vous fussiés dans Aix et que vous \ preschassiés la croisade contre ces Mores , que de vous trouver dans vostre ville lorsqu'on l'assiégera et de présider aux défenses '.
Pour la queste qu'il faudroit faire en ce cas pour vous faire vivre, il s'en trouvera encore une douzaine avec moy qui la ferons et de ce que nous receuillerons je suis assem'é qu'il y en aura de reste plus que ne valent quatre Grasses. Tout de bon , vous mescrivés d'un aussy grand danger que celuy où est la
Provence en des termes si peu sérieux, qu'ils me font croire que le danger n'est pas si grand qu'on nous le fait, et à vous oun- plaindre de Verceil, il semble que vous craigniés plus l'irruption des Espagnols du Milanois que de ceux qui sont ancrés à la veue de vos costes. Néantmoins vous me ditles sur la tin qu'il faut un miracle pour repousser cette puissance ennemie et commencés là à estre de nostre opinion à bon escient. Mais, pour cela, je n'en désespère pas, puisqu'il n'est question que de faire un miracle, car ce ne seroit pas le premier que vous auriés fait quand vous sériés seul à le demander à Dieu. Je vous laisse à penser ce que ce sera si la bonté et la sainteté de \P vostre gouverneur se joint à la vostre pour l'obtenir de l'autheur des miracles et qui n'a jamais conservé lu France que par des voyes extraordinaires, tesmoin le miracle qui m'a fait nommer poète par vous, quoyque j'en sois indigue et que je me contente bien du nom , Monsieur, de vostre, etc. De Paris, ce ao aoust i638 \
' Grasse est située sur le revers méridional criine colline très-élevée. On y compte acluclleraenl treize mille habitants environ. Au milieu du siècle dernier, les auteurs du Morè-i disaient : T Grasse est une bonne ville, peuplée, riciie; sa situation est Irès-belie , et le terroir très-fertile. ••
- Chapelain est peut-être le seul des écrivains du XTu' siècle qui ait encore empin\é ce vieux mot qu'au siècle précédent on trouve dans La Noue et dans Bonaventuie Despériers, au .a" siècle dans Froissart et dans Commynes, au xiu* siècle dans \e poème du Betuirt , etc. Déjà, en ce même xin" siècle, dpfendable était usité. Voir les exemples cités par M. Littié [Dictionnaire de la langue française), exemples dont il laul retrancher celui qui est emprunté à la Chronicfue de Raius, M. N. de Wailly ayant rétabU, d'après l'autorité des manuscrits, le mol dejfensables dans le texte de son excellente édition des Ri'cits d'un Ménestrd de Reims (Paris, 1876, p. 137).
' L'invasion dont la Provence était menacée fut écartée par la victoire complète que la flotte française, commandée par le neveu du cardinal de Richeheu, François de Vignerot, marquis du Pont-de-Courlai, remporta le 1" septembre sur la flollo espagnole.
* Indiquons ici plusieurs lettres écrites, en ce même mois d'aoûl , à divers personnages : une du 1 1 (T S'-ih), à M. de Marinvilie, où Chapelnin fait à cet oflicicr de grands compliments sur son mérite miUtaire, exprime l'espoir que l'on prendra bientôt Fonlarabie, et ajoute : nJ'ay aussi participé à vostre joye dans les belles et glorieuses actions que fit M. de Biscaras le jour du combat d'entre M. de la Force et Picolhuomini {sic). Je les avois sceues des prenùers et m'en eslois fort resjouy. . . l'ayant tousjours regardé comme un des plus sages vaillans de ce siècle, et des plus fermes et généreux amis...-^: une autre du 12 {(" 3'i5), à M. du Unisson, à
Monsieur, tant que vous ni'aure's pour
pe'nitenlier vous vivres sans scrupules et ne vous confessere's que des vrays pëchës. Les exemples du cardinal du Perron et de Lipse ', vous sont, au reste, injurieux, puisque le vice prétendu de vostre stiie de dix -sept
Rouen, où, à propos d'un ouvrage dont ce correspondant l'avait entretenu, il lui donne ce renseignement : «Je vous diray que la seule province de géographie de laquelle vous me disiés n'avoir pas examinée à vostre manière, a esté traillée nouvellement à la leste de V Histoire de Beaiii par le président Marca, qui la va mettre sous la presse. Je ne sçay pas s'il aura pris vostre mesme méthode, mais quelques uns de mes amis qui ont veu le manuscrit m'ont asseuré qu'il a de belles conjectures sur cette matière et que ce travail est exquis. Nous le verrons et peulestre servira-t-il à vous exciter à mettre la dernière main au vostre, dont j'augure au public beaucoup de profit et à vous beaucoup de gloire. . . Pour récompense de vos nouvelles, :i poursuit Chapelain, rje vous diray qu'au mesme temps que vous me prédisiés la prise de Renti, il .se rendoit et nous surprcnoit par une reddition si pronte, car toutes les lettres du ix lui donnoient encore six jours à tenir. Après cela , nous verrons si M. de Brezé investira Hesdin, comme l'on vous a dit et à nous aussy. Nous sommes dans une expectative très-grande de Fonlarabie.7) Le même jour Chapelain (P 3'j6) écrit à Montauzier : «Je vous envoyé une lettre que M' de Balzac m'a escrille sur la mort de M' de la Trousse. Elle a pieu et à moy particulièrement parce qu'elle parle d'une personne qui m'estoil extrêmement chère. Elle vous plaira peut-estre à cause de la mesme personne, quand l'esprit du consolateur ne vous plairoit pas. . .-5 Le même jour encore Chapelain (P .3i'i7) annonce au duc de Longueville qu'il continuera à lui transmettre des nouvelles : ffCela emporte à la vérité un emps assés considérable à la Pucelle, mais cela ne lé iuy desrobe pas tout entier, et je ne désespère pas avec toute cette distraction de vous tenir ma parole pour le qualriesme livre dans le temps que je vous l'ay promis . . . J'ay l'esprit fort sus- *pendu sur vostre entreprise de Gray.;: Le 16, Chapelain adresse à Balzac une longue lettre
(P 3/18), d'où je ne tirerai que ceci: «La copie que je vous ay envoyée de l'imprimé de Hollande est toute conforme à son original et il n'y manque que le premier feuillet qui sert de frontispice à l'ouviage, dans lequel le titre est le mesme que vous avés sans autre addition que le nom des Elzevirs au bas et la datte de l'année. De sorte que vous ne devés point vous alarmer davantage ni attendre, à mon avis, de pire efîet de la malice de Heinsius que celuy que vous avés ressenti . . . J'ai desjà agy envers M. d'.\blancourt selon vostre intention, et s'il n'a esté persuadé que ce fusl ce Joseph de Burdignl qui a composé la Piceria [sic. Pièce?] dont est question , du moins a-t-il tesmoigné de l'estre. Je ne l'ay osé presser In dessus de peur de monstrer de l'afTeclalion . . . Pour la traduction des vers latins, je suis bien aise qu'elle ne vous a pas passé pour toute mauvaise. Toutes les corrections que vous y avés faittes, me semblent très -exquises. .. Si vous relises V Aigle impériale, vous trouvères quelque chose des ancestres de ces deux personnes [M'"' et M"" de Rambouillet] qui a rapport à ce que vous en avés pensé. îi Indiquons enfin deux autres lettres du ao août, la première (P 802) au marquis de Gesvres, et la seconde (P 356) au marquis de Montauzier. Dans la première Chapelain s'exprime ainsi : «J'ay une telle confiance en vous que, quand vous .sériés seul devant cette place [Fontarabie] , il me semble qu'elle ne vous peut eschapper. Si ce siège réussit, il sera sans doute un des plus glorieux de ce siècle,'! ajoutant qu'il [lui marquis de Gesvres] est considéré r» comme un des pilliers de la France dans la plus grande guerre qu'elle ait eu depuis François P' et Charles le quint.- Dans la seconde Chapelain annonce que ffM'' de Chaudebonne est revenu en convalescence, M"^ le marquis de Pisani est tout guéri. M' de Saint- Cliartres esl malade 5i.
' On sait que le cardinal du Perron, fils d'un minisire calviniste, appartint pendant toute sa .3ti .
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
ans ne peut estre en rien égale' au galimatias du premier' et que le second s'esloit tout autrement emporté contre noslre mère que vous n'avés fait en faveur de ces desvoyés. Mais je me trompe; les exemples sont bien allégués puisqu'ils concluent n mnjori ad minus.
Pour fépitapbe que je vous ay envoyée qui embrasse également le mort et le vivant, il est sans doute bizarre et passe les loix de Tépitaphe^; néantmoins il est pardonnable à l'autbeur de l'avoir fait ainsy, l'ayant fait par nécessité, laquelle, comme vous sçavés, ne reconnoist point les loix. C'est une cbose estrange, avec cela, qu'il se soit peu résoudre à confesser sa nécessité, car il est homme de grand cœur et qui va mesmes jusques à l'orgueil, quoyque d'ailleurs ce soit une ànie fort belle. Il faut dire que le mal le pressoit bien fort et que le siècle se fust rendu plus de fer encore pour luy que pour tout autre.
J'ay veu dans Sadolet' les vers qu'on avoit soupçonnés estre de Silius'^; ils sont beaux, certes, mais, sans vous flatter, je trouve que voslre et Borna occulml leur donne un lustre merveilleux et qu'il vaut seul tout le reste. Ne vous semble- l-il pas que ce Sadolet a eu grand tort de ne laisser
voir que si peu de ces poésies latines et que, s'il eust voulu, Sannazar ny Fracastor^ qui sont les deux plus virgilians des modernes, n'eussent eu nul avantage sur luy?
Je vous J'eus grâces de la réflexion que vous avés faitte sur le peu de loysir que Paris me doit laisser. C'est signe que nies soins et la continuation de mes devoirs vous tiennent lieu de quelque cbose. Je suis accablé, Monsieur, et m'estonne comment une foiblesse comme la mieime peut fournir à un si grand nombre de choses diverses, principalement mes occu[)alions estant presque toutes fascheuses et despouillées de ce charme qui fait que les chasseurs passent les nuits à l'alfust sans se plaindre, et les joueurs de paume les jours entiers sans se lasser. A la fin il faudra que j"y succombe et que je fasse ban- (pieroute à tout un monde (pii m'assassine à force de me faire trop d'honneur. 0 que vous estes heureux de n'cstre sujet qu'à faire quelquefois des responses contre voslre volonté, et de ne sentir que les maux de voslre délicatesse!
Je pense vous avoir mandé que noslre aniy M' de Saint-Chartres esloit malade. Maintenant je vous donne avis que la fièvre
jeunesse à la religion protestanle. On sait aussi que Jusie-Lipse, né catholique, se fit prolcsiani, puis retourna au catholicisme.
' M. Litlré a cité, sous le mot galimatias, divers exemples empruntés à Balzac, à Molière, à La Bruyère, etc. Tous ces exemples, ainsi que ceux que les auteurs du Dictionnaire de Trévoux tirent des écrits de Sainl-Evremond, de Perrot d'Ablancourt, etc., prouvent que le mot appartient au xvu" siècle, et que Chapelain est (jusqu'à de nouvelles trouvailles) parmi les premiers qui roiit employé. Chapelain n'est-il pas bien sévère en trouvant si embrouillés, si confus, les ouvrages de controverse du cardinal du Perron ?
- L'épitaphe de Malherbe par Gombauld, dont il a été parlé dans la lettre CXC, et où la pauvreté des deux poètes est rappelée dans un vers énergique et saisissant.
^ Le cardinal Jacques Sadolet, évèque de Carpentras, naquit à Modène, en 1^78, et mourni à Rome, en i^'x'j.
* Siiius Italicus, l'auteur du poëme de la guerre punique, Punica, naquit l'an 95 après J.-C. et mourut sous le règne de Trajan, vers l'an 100.
* Sur Jérôme Fraraslor, le poète-médecin, l'auteur de Syphilis, voir la note a de la page '179 des Mélanges historiques. Lettres de Balzac.n-XXIV.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
l'a coiuhiit à rextréinité et que nous craignons qu'il n'aille pas jusqu'au quatorziesme qui sera après demain. Si Dieu nous Poste, vous pourrés faire estât de perdre un des plus sincères amis que vous aye's au monde, et l'homme qui promettoit autant de re'ussir dans les grandes choses à l'avenir.
Je vous avoue que je suis esbranlé de tant de rudes secousses, et que j'ay besoin pour demeurer debout que mon malheur me donne un peu de trêve.
M' de Chandebonne est remis à cette heure de sa maladie et n'a plus qu'un rheume qui ne l'erapesche pas de sortir. Il a veu ce que vous me mandiés durant son mal et s'est fort senti obligé à vostre tendresse. Il a mesme voulu avoir copie de la lettre oii vous parliés de luy et de M' de la Trousse, l'ayant trouvée aussy excellente qu'obligeante et m'a bien charge de vous asseurer tousjours de son service passionné.
Je nionstray, il y a six jours, à M"^ Conrart l'apostille qui le regardoit dont il s'est tenu le plus glorieux du monde; je n'ay que peur qu'il vous en veuille remercier.
Je suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce 22 aoust t638 '.
Le duc de Veimar a gagné une nouvelle bataille, et a desfait Goetz et Savelly vers
' Le même jour Chapelain écrivait à ^M. de Montesfruc de Flamarens, à Buzeti, le frère du marquis de Flamarens, au sujet d'une sœur de ces messieurs qu'il s'agissait de faire nommer supérieure de quelque couvent. Dans celte lettre Chapelain donne de grands éloges à M'"" de Liancourt, «que ia duchesse d'Aiguillon estime infiniment et qui, par son esprit, sa piété et son crédit, est une des plus capables personnes que je connoisse de conduire l'affaire à ia bonne fin que voussouhaittés.îi
- Voir dans la Gazette (n° 1 17, p- fi^-j-'iSfi)
Ih-isac'. C'est le plus glorieux Germain donl il soit mémoire.
A M. DE GRASSE (GODEAU
À GIîASSE.
Monsieur, j'ai eu quelque consolation en voyant par vostre lettre du xi que vous n'esliés pas dans la crainte de la descente des Espagnols. Depuis le temps qu'ils rodent vos costes, ils pouvoient prendre trois de vos ports , et je ne me puis assés estonner qu'ils ayent tant tardé h faire entreprise. L'importance est en ces matières que qui n'agit pronteinent ne fait rien, et que la plupart des bons succès dépendent de la surprise. Quand on donne loysir à ses ennemis de se préparer à la défense, l'on rend la partie égale, tousjours douteuse pour l'événement, et presque tousjours ruineuse pour l'aggresseur, quand on attaque un pais uni dans un mesme intérest et qui a eu le temps de se reconnoistre. Vostre province est si généreuse et le gouverneur' y a tant de créance que, s'il a peu donner ses ordres, ou fennemy ne vous attaquera point, ou il vous attaquera à sa honte et à son dommage. Ne croyés vous point que l'aspect de vos isles \ si d'un costé il l'excite à la vengeance, de l'autre, ne le retienne par la
la Relation de la bataille de Rhinaut-, près de Wittenveiei', naguères donnée entre le duc Bernard de Weimar et les généraux Gœulz et Savelli impè-iaux (où les ennemis ont perdu i,5oo hommes, tous leurs canons, 83 cornettes et drapeaux, et i,5oo chariots de vivres et bagages).
3 Le comte d'Aiais, dont il a été déjà question (lettre CLXXXV).
'' Les îles de Lérins (Sainte-Marguerite et Sainl-Honorat).
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
peur? Mais quand tout vous manqueroit, je veux croire que vos prières suffiroient et que Dieu ne laisseroit point prendre d"avantage sur un lieu pour qui elles auroient interce'dé et qu'elles auroient comme pris en leiu- garde.
Au reste, alin que vous sachiez que je ne suis pas exerce comme vous par de simples terreurs et que je souffre des peines très effectives, la mort a adjousté à M' de la Trousse M' de S' Chartres , conseiller au grand Conseil et l'un des plus estimables amis que nous eussions, M"^ Conrart et moy. et nostre douleur est d'autant plus sensible, que sa profession pacifique nous avoit fait autant espérer de vivre long temps avec luy. que sa Acrtu et son sçavoir nous dévoient rendre sa communication agre'able, si Dieu ne l'eust point tire' à luy à moins de vingthuit ans. Toutefois Dieu est le maistre et les choses doivent passer sans nuu'mure par sa volonté.
L'affaire des prisonniers ecclésiastiques dort si profondément qu'il semble quelle soit morte. Les grandes publiques ont ou suspendu ou estouffé celle-là. Un prélat du bout du fauxbourg Saint-Germain est venu icy de son diocèse depuis quinze jours, que le bruit accuse d'estre parti de là exprès pour venir servir de tesmoin contre le plus vieux . ce qui sonne mal parmy l'honeste monde '. L'interrogatoire de M' Le M[aistre| n"a point eu de suitte non plus et, pour cette partie, je croy bien que la chose en demeiu*era absolument là. Voilà tout ce qu'en peut dire.
Monsieur, vosire, etc.
De Paris, ce aO aoust i638.
CXGVIII.
A W LE DUC DE LONGLEVILLE
À LA Fr,A\CHE-CO>TÉ.
Monseigneur, les judicieux avis qu'il vous a pieu me départir sur quelques vers de la Pucelle me tiennent lieu d'une grâce singulière, et je vous en rens de très-humbles de la charité que vous avés de me redresser. Quelque raison que j'eusse lorsque je les conceus comme ils sont, elle devoit estre sans doute mauvaise, et je reconnois la vostre aussy bien souveraine sur mon esprit que sur ma volonté. Je suyvray exactement dans la correction de cet endroit le sentiment que vous jugés le meilleur et que vous m'inspires, asseuré de ne pouvoir faillir sous un si excellent guide. J'altens dans les autres lieux de ce livre et dans les suyvans les mesmes bontés de vous. Monseigneur, c'està-dire df^ pareilles censures, auxquelles je donneray les mains avec joye et soumission. M' de Tracy emportera le troisiesme que vous me demandés, s'il me donne le loysir seulement de le luy porter, lorsqu'il repassera de Picardie pour vostre armée. Je craindrois d'en chai-ger aucun autre, vous important aussy bien qu'à moy qu'il ne passe que par de seures mains.
Je prie Dieu qu'il vous conserve et demeure. Monseigneur, vostre. etc.
De Paris, ce -i- nousl it)38.
À M. D'A^DiLLY,
À POMPO?iM!.
Dieu ne me donne pas assés de vertu
'■ Ce prélat, que Chapelain nommera dans une autre lettre , était Sébastien Zamet , qui fut évéque de Langres, du 3o octobre i()i5 au 2 février 1(155. Sur r<' lîls du ci'lèbrr fiiiancior S(''-
baslien Zamet. et sur sa conduite à i" égard dr i'abbé de Saint-Cyran, voir les sévères pages de M. Sainte Beuve ( Port - Royal, t. I , p. .r33-:Ui6 , 4c)8-5o2).
pour recevoir sans esmotion violente les visites que Sa Majesté sacrée ui'envoye tous les jours sur des sujets aussy sensibles que vous le connoissés, mais il me laisse assés de comioissance pour vous dire que, tant qu'il vous conservera , je ne croiray point avoir fait de perte insupportable et dont sa grâce et le temps ne me puissent consoler. Je vous ay beaucoup d'obligation de la part
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN. ^87
Dieu que je vous le puisse eslre longtemps !
De Paris, ce 97 aoust i638\
que
vous prenes a la
Pi
dernière qui mest arrivée', et il me semble que cela aide un peu à m'en soulager. C'est dommage que l'homme que je pleure n'a vescu plus longtemps, il eust esté de grand service à son pais et de grande consolation à ses amis. 11 est mort sans vous avoir tesmoigné et à toute vostre maison la passion qu'il avoit de vous rendre service et la haute estime qu'il faisoit de vostre vertu.
Je vous ay encore particulière obligation du soin que vous avés pris pour l'affaire dont j'avois supplié W vostre frère de vous parler". Je ne cesseray jamais de vous estre à charge. Puisque c'est mon destin , je prie
' La mort du marquis de la Trousse.
■^ L'abbé de Saint-Nicolas. Comme nous l'apprend un passage de la lettre citée dans la noie suivante, M. de Saint-Nicolas était alors à Pomponne depuis deux ou trois jours.
' Le 29 août. Chapelain écrivit à Balzac (f* 36i) une lettre qui ne m'a pas paru assez intéressante pour être reproduite ici in extenso. En voici quelques lignes : «Je désirerois fort que ce discours de Vancienne vertu fust bienlost presl et l'héroïne à qui vous le voulés donner et qui a veu avec ravissement et rongeur de quelle sorte vous y débutés, en est dans une attente grande et monstre bien combien elle s'en sent vostre obligée. . . Elle et M"' sa fille [les dames de Rambouillet] ont veu celle que vous cscriviés à M. do V[iliemontée] sur son malheur domestique et l'ont admirée en toutes ses parties. . . Je prie M. de Chives de m'envoyer ce discours. . .-^ Chapelain y parie ainsi du bon M. Gns-