ES FRANCHE-COSTÉ
-Monseigneur, ce n'a peu eslre qu'avec beaucoup de douleur que j'ay appris les ordres redoublés que l'on vous a envoyés de passer en celte saison jusqu'au Rhin avec le reste de vosli'e armée. Ce n'est pas que je ne sache que tout pais vous est la France où il y a de l'honneur à acquérir et du service à rendre au Roy. Mais je crains que le chemin que l'on vous fait faire dans un temps si avancé n'affoiblisse extrêmement vos forces desja fatig-uées et amoindries par tant de travaux et de combats et que vous n'arriviés à Brisac en si bon estât pour combattre les Impériaux, que vous eussiés esté sur la frontière de Bourgogne pour la cou-
vrir et tirer de nouveaux avantages sur le duc Chai'les.
La seule chose qui me pourroit consoler de ce voyage, seroit s'il opéroit la prise de cette fameuse place dans laquelle vous trouveriés les clefs de toute la Franche -Conté et fériés trouver à la France le desdommagement de toutes les disgrâces de celte année. Je vous avoue, Monseigneur, que jaurois bien de la joye de vous voir par ce bon succès regardé de tout le monde comme celuy c|ui achèveroit de réparer nos malheurs et qui le seul de nos généraux dt» cette campagne auroit hautement soustenu l'honneur tombant de nostre nation. C'est dequoy je fais tous les jours de très-ardentes prières à Dieu et qu'il vous conserve et demeure , Monseigneur, vostre , etc.
De Paris, ce 6 octobre i638.