‹ Lettres. Publiées (volume 2)Chapitre 71 sur 134 · À M'^^ DE RAMBOUILLET · texte numérisé non relu

À M'^^ DE RAMBOUILLET

Mademoiselle, ayant receu une lettre de M*'" le duc de Longueville pour M"" la duchesse d'Aiguillon sur le glorieux condiaf de M' son frère \ et mon rlieume qui re-

' Le sonnet Au Dauphin est clans le recueil de poésies déjà si souvent menlionno. Voici le premier quatrain :

Jeune et divin héros que le Ciel nous eavoje Pour joindre un antre empire à l'empire françois , Fruit de la piélc du plus juste des Rojs . El de ses jours heureux l'espérance et la joie.

- Le lendemain Chapelain (f° 890) écrivait à Montauzier; k M". Conrarl vous envoie un sonnet sur iM^' le Daufin, dont je vous demande vostre avis. La princesse Julie l'a fait valoir à la Cour et, pour luy donner de l'estime, lit croire aux duppes que c'estoit elle qui favoit fait. Elle se porte bien. On ne peut pas dire la mesmc chose de M"" sa mère qui ne peut guérir de son rheume de l'année passée et M"" de Liancourt, qui est à l'extrémité, est un nouveau sujet do ilouleiir

pour moy.n Le 3 octobre encore, Chapelain (T 3c) 1 ) revient, dans une lettre au marquis de Gesvres, sur le mallieur do Fontarabie, ajoutant ; tfj'ay pris beaucoup de plaisir de voir aujoiird'huy dans la relation en forme d'apologie qii'' M' le duc de la Valette a envoyé à la Cour le récit naïf et avantageux pour vous du logemonl que vous fistes- pour rallier vos fuyards espouvanlés, après que les ennemis furent dans vos retranchemens. . , ■'

' François de ^ignerot, marquis du Pont-Jo Courlay, chevalier des ordres du roi, gouverneur du Havre, commandant des galères de France, etc., fils de René de Vignerot, seigneur du Pont-de- Couilay, et de Françoise du Plossis- Richelieu, avait alors vingt-neuf ans : il mourut huit ans plus lard (aO janvier iC'i6).

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

commence mempeschant traller chercher le moyen de la hiy pre'senter, j'espère que vous me pardonneras si je vous supplie très- humblement d'en vouloir estre vousmême la pre'sentatrice à la première rencontre et de fortifier de vos bons oOices le compliment sincère qu'il luy fait en celle occasion. Je perds infiniment en perdant celle qu'il m'avoit donne'e de renoiiveller à cette excellente dame les asseurances de ma très-humble servitude et de luy raffraischir les traits d'un visage qui n'a jamais mérité de faire grande impression en son souvenir. Mais, pour ne laisser pas vieillir davantage cette lettre que celuy qui me la vient de rendre n'a desja que trop gardée, j'ay mieux aymé estre moins heureux et faire mon devoir, dont aussy bien je m'acquitteray beaucoup mieux par vosfre entremise que par mes diligences, n'y ayant point de doute que ce compliment ne soit de tout un autre poids entre vos mains qu'entre les miennes. Je vous envoyé aussy, Mademoiselle, la despesche que j'ay receue de luy en mesme temps où vous pourrés voir qu'mi de ses ordres estoit de vous asseurer tousjours de son très-humble service. Vous y verres encore la peine où il est de quelle sorte il .^era tesmoigner à M'"" la princesse le desplaisir qu'il a du malheur de Fontarabie, et, si vous le trouvés à propos, vous luy ferés la mesme grâce auprès d'elle pour luy tesmoigner sa douleur, qu'auprès de M"'" d'Aiguillon pour luy tesmoigner sa joye. J'ay besoin que vous soyés bien indulgente pour souffrir patiemment toutes me» témérités. Aussy lestes-vous extrêmement et par vos bontés vous accoustumés toute la terre à vous estre à charge. Avec cela je pense avoir quelque droit particulier de vous importuner, faisant une particulière profession d'estre. Mademoiselle, vostre, etc.

De Paris, ce samedy matin, 9 octobre iG3k.

À )I. DE SILHON.

Monsieur, je fus hier au soir visité de \r Conrartet sollicité de vous faire la prière qu'il fut, l'après disnée, pour vous faire luy- mesme chés vous. Vous sçavés que M' de Cerisy est fort de ses nniis. Son frère aine, qui est advocat au conseil, estimé fort habile et que je connois pour fort homme d'honneur, ayant appris qu'un M' de Clîoisy, qui est dans les affaires de M"' de Piohan, estoit à l'extrémité, a pensé à luy succéder dans cette sorte de service si Dieu dispose de luy, et a prié son frère de luy ayder à obtenir cet employ. M"^ de Cerizy en ayant veu M"^ Conrart, ils ont creu tous deux qu'il n'y avoit personne ny plus propre que vous pour le luy procurer, ny qu'ils creussent plus généreux pour le faire de bonne grâce et avec les circonstances nécessaires. Voila le fait. Maintenant je vous diray que si cet employ vaque, il seroit fort avantageux à M"° de Piohan d'avoir pour homme d'affaire et d'avocat (sic) au conseil une personne connue et estimée de M' le Chancelier, et ([ui a dans sa maison le pied que son frère luy donne, et de l'avoir en cette qualité, plustost recherchant que recherché, principalement estant habile et fort homme de bien comme il est.

Pour vostre considération, vous ne devés pas estre marry dans la conjoncttire de l'affaire de M' de la Bastide et pour la conséquence des autres qui se pourront présenter, d'avoir une occcasion d'obliger M' de Cerizy en rendant un fort bon service à cette excellente personne. Je m'estois préparé à vous aller entretenir amplement de ce que je ne vous dis icy que succinctement , mais une de mes sœurs vient d'accoucher qui m'oblige à quelques devoirs qui ne se peuvent re-

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

mettre \ ^ ous nie fere's la faveur de prendre ce billet poiu' une visite authentique et d'avoir soin de la prière que nous vous faisons tous trois d'essayer de faire cette affaire, et parce que peut-estre vostre loysir ne vous permettra pas d"y aller aujourd'huy. je croy qu'il seroit bon que vous en escrivissiés un mot, dès cette heure, ou à M"' de Rohan ou à quelqu'une de ses femmes en qui elle a créance, pour la supplier de ne se point engager dans l'eslection dun advocat au conseil que vous n'eussiés eu le bien de la voir.

11 y auroit quatre mille excuses à vous faire de cette liberté, mais je vous connois. Vous estes généreux et voulés qu'on use sans façon avec vous. Aussy ne vous diray-

je autre chose sinon que je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce 9 octobre i638%

À M. L'ÉVESQUE DE GRASSE (GODEAU

A GRASSE

Monsieur, j'avois espéré que l'occasion dont vous aviés escrit à M' Conrart vous amèneroit icy et [que] vous consoleriés tous vos amis de vostre présence. Mais nous sommes trop malheureux pour avoir une si grande joye. et je voy bien qu'il nous faut résoudre à ne vous entretenir encore de quelque temps que par les lettres et le commerce que nous avons eslably.

' Chapelain avait trois sœurs : 1° Marie, née en juillet i588; 9° Anne, née en juillet 1600; S" Catherine, née en avril i6o3. Marie épousa ( 1 3 novembre 1611) Jean de Mas , qui fut , comme notaire, le successeur de Sébastien Chapelain, son beau-frère; Anne devint ia femme (18 janvier i6a2) d'André Belot, procureur au grand conseil du Roi ; Catherine fut mariée ( 1 3 mai i63o) avec Louis Faroard, procureur. (Jal, Dictionnnaire critique de biogi-aphie et d'histoire, Paris, 1867, grand in-8°, p. 3fio.) C'est probablement de la troisième des sœurs de Chapelain qu'il est question ici.

- Le -12 du même mois, Chapelain écrit à Monlauzier (P 396) que la marquise de Rambouillet est toujours «languissante, T que -Mademoiselle se porte bien, que rThostel de Clermont est en pleine santé et part aujourd'buy pour Mézières où l'on sera jusqu'à la Saint-Martin. -^ Le i3. Chapelain parle en ces termes à Balzac (f 397) de Taflinredu duc de la Valette, acccusé d'avoir été cause du désastre de Fontarabie : r Si l'amv que vous plaignes n'est point coupable , il faut avouer qu'il est bien malheureux, car, outre qu'il est traitté en criminel par les commanderaens qui luy ont esté faits de venir rendre conte de SOS actions et par celuy qu'a receu son père de

sortir de ia province, on ne sçauroit oster de l'imagination de tout ce monde-cy qu'il n'ait le plus contribué au malheur qui nous est arrivé, et que par ses intérests et ses ressentimens il n'ait fait eschouor misérablement une entreprise qui estoit infaillible. Jamais homme n'eut tant icy de si puissans ennemis sur les bras et ce sera le dernier effort de la fortune qui a tousjours protégé sa maison , si , à cette fois, elle ne succombe. Je prens toute la part que je dois à vostre dosplaisir qui est ce que je regarde principalement en celte rencontre, encore que je sois d'ailleurs assés son serviteur pour eslre affligé de sa disgrâce. Tout ce que vous dilles de son ennemy est si beau et si véritable qu'an milieu de la douleur que son injustice peut causer, il y a du plaisir à le voir si éloquemment gouspillé, et si M" les ministres voyoient celte vive tirade, j'eslimo qu'elle les persuaderoil mieux à la descharge de vostre amy que n'a fait le manifeste par lequel il a prétendu justifier sa procédure. ^Le reste do la lettre ne présente aucun intérêt. Chapelain y parle de son sonnet pour la naissance du Dauphin : «Vous estimés trop le sonnet que vous m'avés fait faire, et je voy bien que c'est parce que vous vous en croyés l'original autheur. . . -^

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

Nous avons reveu, ces jours passés, exactement tant les corrections que vous avéa faittes de vos œuvres chrestiennes que les nouveaux ouvrages que vous avés envoyés à nostre amy '. Il vous rendi'a conte de nos avis que vous recevrés pour la part que j'y ay comme un conte de clerc à maistre \ je veux dire , si la rubrique estoit mal appliquée, comme de disciple à régent ou de fils à père. Je me resjouis de la nouvelle tasche que vous me promettes dans la révision du poème de l'Assomption de la Vierge que j'apprens qui est desja fort avancé. Dieu bénisse vostre veine qui enrichit la France par ses merveilles, ou, pour mieux dire. Dieu soit bény de ce qu'il l'a bénie et de ce que les belles choses quil vous inspire contentent et édifient tout ensemble tous ceux qui ont l'usage de la droitte raison.

La Pucelle ne va point bien son train , et s'arreste, malgré moy, peu loin du commencement de sa course. J'ay receu l'oraison funèbre de M' Bouchard '' et l'ay trouvée fort belle. Il m'escrivil , il y a quelque temps, que vous me l'envoyeriés.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce i4 octobre i638'.

À M. DE BALZAC

À BALZAC

Monsieur, l'avanture de l'abbé^ avec le courtisan malheureux'' est vieille de plus d'une année et, depuis, l'Académie n'a point produit de joviaUté qui approchast de bien loin celle-là, si bien que nous n'avons pas tant de sujet de nous louer de cette assemblée que vous le croyés. Il est vray qu'en récompense elle ne nous a guères donné de peine tout cet esté, et nous pouvons presque dire que ses vacations ont commencé dès le mois de may que Mars s'est eschauffé' à nostre grand dommage, et, à vous dire le vray, je l'aymerois bien autant suspendue pour une trentaine d'années que continuée avec tous les divertissemens qu'elle nous peut jamais fournir. Au reste, n'allés pas croire que la matière qui appointa contraire* nos deux amys devant ce tribunal fust Iraittée avec aucune aigreur entre eux. Ce qui en fut de meilleur est que les démentis estoient accompagnés de civilité et de raillerie, et qu'il sembloit en se plaignant Tun de l'autre qu'ils s'entre-galantisoient ".

Pom* le seigneur Jean -Jacques, je ne

' Conrart. Les Œuvres Chrestiennes, qui avaient paru, comme nous l'avons vu, en i633, reparurent, révisées, corrigées et augmentées, en i6ii.

' Compter de clerc à maître , c'est rendre seulement compte de ce qu'on a reçu et déboursé , sans autre responsabilité.

^ C'est-à-dire l'Oraison funèbre de Peiresc, par Bouchard.

* Le lendemain Chapelain (f/ioi) écrit tout paternellement à M""' de Flamarens, lui donnant des conseils sur la conduite à tenir avec M""^ du Fay et «vos autres sœurs," (c'est-à-dire M"' de la Trousse et M™°de Verthamon). Chapelain dit de cette dernière : rPour M""^ de Verthamond, elle est malade, et je ne vous conseille pas d'escrire

aux deux autres sans luy escrire aussy. C'est la seule sœur propre que vous ayés et qui monstre de vous aymer. . . n

'-" L'abbé de Boisroberl.

"^ Vaugelas. Voir le récit contenu dans la lettre

' C'est-à-dire que la guerre a éclaté.

" Façon de parler proverbiale tirée du palais. Nous lisons dans le Dictionnaire de Trévoux : « On dit que des gens sont toujours appointés contraires, quand ils se contredisent toujours." M. Liltrc a cité, sous le mot appointé, ces deux vers de La Fontaine (liv. XII, fable 8 ) : Vous serez étonn(5s de voir qu'à tous momenls Ils [les éléments] seront appointés contraire.

' Se flatter d'une manière galante. Le mot §■«-

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

Youdrois point que les esclaircissemens que je vous ay donne' de ses mœurs vous laissassent l'opinion que je fusse moins favorable à l'estime de son esprit, car j'ay toujours creu et tousjours tesmoigne' qu"il lavoit fort agréable et fort enjoué mcsnie. outre le fonds de savoir qui n'est point médiocre en luy, et je tombe d'accord, si fas niagiiis componere pana\ qu'il est un petit Muret en son genre et que vous l'avés très bien baptisé quand vous luy avés preste un si grand nom. Il est certain qu'il escrit fort latinement- les cboses et que cette harangue est une belle pièce, encore qu'elle pourroit estre un peu plus soustenue et semée de plus de lumière d'esprit. Aussy fais-je grand cas du sien et voudrois qu'il m'eust donné aussy bonne opinion de son courage que je ne puis souffrir de voir si ravalé, et si bassement intéressé que vous avés peu voir dans lex trait de lettre que je vous ay envoyé. 11 en escrivit une autre à la mesme personne, Tannée d'auparavant, sur le incsme sujet, mais à mon gré jilus supjiorlable, quoyqu'unc mesme inclinalion leust dictée, ayant pris une extrême manière de scurriUté ^ ingénieuse (jui pouvoit aussy tost passer pour belle humeur que pour une grande avidité de bien et de fortune. Si je

lantiseï- a été employé par Corneille, par Balzac, par ScaiTon, par Saint-Simon. Tout ce passage a été imprimé par M. Livet dans son édition de VHistoirede l'Académie (t. I, p. 370).

' Souvenir du vei's de Mrgile (Gporg. lib. IV, vers. 176) : ... vSiparva licel componere magnis.

- Laiinemenl n'est dans aucun des dictionnaires que j'ai sous la main (Richelel, Trévoux, Lillré).

^ Du latin sciirra, bouffon. M. Litlré dit de sru?Ti/iVe;pLnlinisme peu usité. Plaisanterie digne de la farce, "1 et il cite précisément, parmi les exemples, celte phrase de Chapelain sur Molière {Mémoire de quelques gens de lettres) : irSa morale est bonne et il n'a qu'à se garder de sa scnrrilitc. »

^ Parasiteric est un mot du xvi* siècle. Voir le

la puis trouver dans demain . vous laurés ce voyage, sinon ce sera pour l'autre. Je suis asseuré qu'elle sous divertira mieux que la précédente, et que le dégoust quelle vous donnera de sa parasiterie '' sera tempéré par l'air dont il la traitlera, ce couplà. Ce qui me fait blasmer davantage cette caymanderie, est quun beau bien se regarde de deçà \ et que ce n'est pas la nécessité qui l'empesclie d'agir en homme d'honneur. Il s'est mis dans la fantaisie d'entretenir commerce avec tous ceux qui ont réputation de bien escrire, et je l'en louerois comme d'une belle ambition , si je n"avois observé en plus d'une occasion quil rend des soins afin qu'on y responde et qu'il capitule avant que de s'engager dans ses civilités, qu'on ne le laissera pas sans répartie, alin de s'en pourvoir, comme ils disent de là les Monts. /rtre bello^ et en tirer avantage. Enfin il est nn de ceux qui vous ont persécutés pour s'immortalizer par vostre connoissance et dans vos livres. Mais je ne sçay comment il m'a emporté lantost tout mon papier et qu'il ne m'en reste prescjue plus pour vous dire que lautheur de l'action de grâces est un Drelincourl, l'un des moindres docteurs du mauvais parti '. Je suis bien aise que le père Pelau '' vous ait envoyé ses

Dictionnaire delà langue française , de M. Littré, où le seul exemple fourni est emprunté à VAlcctor, Histoire fahulcme , par C. Aneau (Lyon, i56o,in-8°).

•^ Tallomant des Réaiix 1 t. VII, p. i58) raconte qu'à Rome, Bouchard «se disoit seigneur de Fontenay, parce que son père avoil je ne sçay quelle chaumière dans Foutcnay-aux-Roses.n

* Faire beau.

~ Charles Drolincourt, né à Sedan le 1 o juillet lôg-j, mourut à Paris le 3 no\embre \6Cnj. Il était pasteur de Charcnlon. ha France protestante donne une assez longue liste de ses publications.

' Le P. Pelau (Denis) était alors âgé de cinquante-cinq ans. Voir, sur ce savant religieux, la

LETTRES DE JEÂ.\ CHAPELAIN

vers, desquelt; néanlmoins vous ne me diltes rien, qui n'est pas un trop bon signe pour eux'. Autant que je puis juger de M' de Grasse, il ne chantera point en cette occasion. M' Sirinond ne s'en est peu tenir et a publie' un long poème sur ce beau sujet pour faire passer sous son ombre le petit cayer de son fils duquel il promet des merveilles, comme vousaures veu, y ayant apparence qu'il vous l'aura envoyé'. Je voudrois bien que le vieux Bourbon' se resveillast et .se monstrast un vray cigne finissant sa poésie sur cette matière et faisant effort de se surpasser luy mesme en mourant.

Le général dont vous parlés ^ trouve icy d'autres approbateurs que le gazetier et le bruit d'aujourd'huy est que sa partie ad majorem caulelam s'est embarquée pour l'Angleterre*, où vous luy pouvés donner des avis. On ne le croit pas néantmoins tout à (ait. bien que tous les almanacbs de la Cour

l'ayent prédit il y a plus de trois semaines. Les beaux esprits de vos quartiers méritent ce nom parleurs bons mots, mais je crov que tout ce qu'il y en a de bons sont dans l'enclos de vos murailles.

Je suis guéry d'un rheume de (i-ois semaines qui m'a fort travaillé. Il me fait vous demander des nouvelles de voslre santé.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, re 16 oclobre i638 '.

Ce que je vous escris du seigneur Jean- Jacques demeurera, s'il vous plaisf, entre nous et n'empeschera pas "que jusqu'à un certain point vous ne puissiés l'admettre en vostre amitié. J'en ay une telle pour vous que je passe par dessus mes maximes pour ne vous laisser pas ignorer les choses qui me sont claires et qu'il vous importe de connoislre. Vous avez esprouvé tant de faux amis et Iniif d'infidelles habitudes que c'est vous

noie 1 de la page 483 des MéUinrres luslariqws. Lellres de Balzac, n" XXVI.

' Delphini Ludovici XIII Chi-isliunissiitu Régis filii Genelhlittcnm, etc. Cette pièce a été réimprimée dans le Paniassus Socielatis Jcsii ( i6.')'i , in-6°, Francfort, p. 656).

- Puisque nous retrouvons le nom dn poêle, je mentionnerai un excellent travail dont cd académicien vient d'être i'ol)jot de la pari de M. René Kerviler : Nicolas Bourbon {i5-jùtCùù). Etude sur sa vie et sur ses Iravaur. (Paris, H. Menu, 1878, brochure grand iii-S° de 68 pages).

^ Ce général était le prince de Condé.

* Pour plus grande sûreté, le duc de la Valelle s'était réfugié en Angleterre peu de jours après qu'il eut appris la nouvelle du mécontentement du Roi. Voir les détails donnés sur ie départ du vaincu de Fonlarabie, par Guillaume Gi.ard. (Histoire de la vie du duc d'Espenwn, édition de 1780, p. :)C)H et 569).

" La lettre à laquelle Chapelain répond est !a lettre XII du livre XIX (p. 7G8 de rinfol.) : elle

CHAPELA1^. 1.

esl datée du 19 octobre i638 et doit l'être du 9 du même m'ois tout au plus, puisque sept jours seulement sépareraient ainsi l'arrivée de la lettre de Balzac du dépait de la lettre de Chapelain. Voici ce que Balzac disait à son ami de l'abbé de BoisroliorI, du P. Petau, de Drelincourt, de Godeau et de Bourbon : «Les prouesses de i'abbé dont vous me parlez, me sont connues, il y a longtemps. Je sçay jusques où l'emporte la chaleur de la dispute, et depuis qu'il menaça de coups de baston un président au mortier qui m'estoit venu voir avec luy, je fay tousjours extrêmement redouté.. . Le père Petau m'a envoyé son Genethliaque, et j'ay receu aussi une Action de grâces sur mesme siibject, prononcée à Charcnton. Elle n'a lien de bon que les seuls termes de l'Escriture, dont elle est rapiécée depuis le commencement jusques à la fin. Je no doute point que Monsieur de Grasse n'entonne quelque admirable cantique à l'ombre de ses orangers, et que s'il reste encore une goutte de bon sanc dans la veine du Père Bourbon, il ne l'employé pour « Monseigneur le Dauphin.. . n

306 LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

de vous esclairer de celles qiii

servir que

vous pourroient donner les mesnies desplaisirs.

M"" Silhon nie demande souvent de vos noii,velles.

À M. LE MARQUIS DE MOINTAUZIER

EN ALSACE

Monsieur, je m'imagine bien que Testât oti vous estes maintenant, que l'on peut dire entre la mort et la vie, puisque c'est eutre l'espëi'ance et la crainte de la prise ou de la levée de Brisac ' qui doivent faire vostre salut ou vostre ruine, je m'imagine bien, dis-je, que cet estât est la principale cause de ce que nous sommes si longtemps sans avoir de vos nouvelles et je me re'sous presque à nen recevoir plus que quand l'aflaire sera faille ou faillie. Je trouve, au resle, que le poste que vous avés pris à garder est le plus dangereux de tous, et celuy que les ennemis choisiront apparemment pour secourir la ])la'ce, n'estant fortifié que d'arbres couppés, comme on nous a dit, et encore seulement aux lieux qui estoient d'un plus facile accès, de sorte que si les trouppes du duc Charles ou les Cravates qui l'ont desjà secouru une fois, chargent de ce côté -là avec vigueur, je crains qu'ils ne vous emportent aisément et qu'ils ne rendent tous vos travaux inutiles. Mais je dis tout cecy inutilement, estant asseuré que vous serés maislre de la place ou qu'elle sera sauvée, devant que cette lettre vous soit rendue, et je veux croire que vous ne la lires que dans Brisac, en vous moquant de mes frayeurs et de mes sinistres augures, avec lesquels je confesse que je fais tort à vostre vertu et à la conduitte du grand héros qui a fait cette entreprise et

qui ne l'auroit pas faille, s'il n'y avoil lieu d'espérer beaucoup plus que de craindre.

Et certes il est plus aisé de prendre Brisac avec tous les travaux qu'il y a faits à l'enlour et avec une armée victorieuse que de prendre en hyver quatre ou cinq villes avec une armée ruinée et de gagner deux batailles en raze campagne dans moins de quatre mois et avec la moitié moins de gens que ses ennemis. Dieu vous réserve cette gloire , comme à luy, et j'espère que vostre nom ne sera pas oublié dans cette conquesle, et que nous en sçaurons le détail par vostre soin.

Que si cela arrive, l'Alsace vous demeurant libre, sans contredit, il y a apparence que vous ne serés plus obligé à presser les villes dont vous estes gouverneur au point que vous l'avés esté jusqu'icy et que tous sujets de plainte cesseront tant de vostre part que de la leur par l'abondance que le pais vous fournira de toutes choses. Je vous mandois, il y a huit jours, que M' Poleme avoit dit que ceux de Schelestat entre autres s'estoient plaints de deçà du traitlement qu'ils recevoient de vous et que, conmie vostre serviteur, il vous en donnoit avis afin que par voslrc prudence vous y apportassiés le remède. Depuis, il a dit à la mesme personne quil seroit bien aise de me voir j>our conférer ensemble des moyens qu'il y pourroit avoir de porter les choses à la douceur et empescher que cela ne fisl esclal en celte Cour. Je le croy porté d'un zèle entier à vostre service , quoyque par là je voye bien qu'il a quelque correspondance avec eux. C'est pourquoy je suis résolu de le voir, de l'enlendre et de tirer de luy tout ce que je pourray touchant cette affaire, afin de vous en informer par le premier ordinaire. Cependant je juge nécessaire que, dès à présent, s'il se peut, vous relaschiés de vostre sévérité envers eux, au cas que vous leur

On sait quf> la ville do Brisadi se rendit an dnc de Woymarle jg décembre i638.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

ayés eslé sévère, afin de tenii' la chose en termes de s'accommoder sans plus d'aigreur, et surtout, de quelque sorte que vous vous résolviés de vivre avec eux, il faut, s'il vous plaist, que ny par les effets ny par les paroles, vous ne leur tesmoigniés point d'avoir eu connoissance quils se soient plaints de vous, pour vostre inte'rest et pour celuy de la personne qui vous fait avertir.

Vous nurës, avec cecy, ce que nous avons de nouvelles.

Je suis, Monsieur, voslre, etc.

De Paris, ce 18 octobre i638.

À M. DE GRASSE (GODEAU

À GRASSE

Monsieur, j'ay leu attentivement la liai-angue funèbre de noslre Romain ' tant pour l'amour de luy que pour vous pouvoir dire ce qui m'en semble, comme vous me tesmoigne's le désirer. On ne peut nier que ce ne soit un éloge d'une très-pure latinité et d'un ordre fort raisonnable, et je n'estime pas si peu ces deux parties que je ne le croye fort louable de les luy avoir peu donner au point qu'il a fait. Du reste, il est privé de toutes sortes de mouvemens et semble avoir esté plustost dicté par un historien ou relateur* que prononcée par un orateur dans un auditoire célèbre où l'on fait principalement profession de l'éloquence. J'y trouve* cela à dire et je connois quelques gens qui, sans s'esloigner trop du sujet qu'il avoit entrepris à traitter, eussent bien trouvé moyen de l'animer davantage. L'exorde est beau , et assés fleuri , tiré de la

' La harangue funèbre composée par Bouchard.

^ Ce mot, qui est du xvi* siècle (voir les Dictionnaires de Cotgrave, de Nicot et de Monet), a été employé par Fénelon et par Buffon, cités par

nature et du ressentiment qu'avoit son au- Iheur des favertrs qu'il avait reçeues de cette illustre Académie , avec quoy il se concilie bien, à mon avis, cette bienveillance si nécessaire à celuy qui parle en public dans l'esprit de ceux qui l'entendent.

La lettre à M' l'IIuillier me semble trèsbelle pour lettre et meilleure h proportion que l'oraison pour oraison. Pour l'épistre liminaire, elle seroit belle aussy pour une cajollerie passagère, mais pour un panégyrique elle ne me paroist que médiocre et au-dessous de son sujet. C'est tout ce que je vous en puis dire.

Je me resjouis fort de ce que vostre nouveau poërae est si avancé. Je suis trompé si les deux excellentes stances que M""" la marquise de Ramb[ouillel] m'a fait lire dans la lettre que je luy ay rendue aujourd'huy de vostre part, n'en font une des plus belles parties.

Ce que je vous ay mandé du prélat don! vous me parlés m'a esté confirmé véritable et je l'ay aisément creu, sachant comme il vivoil depuis quelque temps avec le prisonnier. Je vous dis encore un coup qu'il y a différence dje sa teste à celle d'un homme sage.

M' Le M[aistre] vit tousjours comme le Salamams dont vous m'avés parlé autresfois^ et, depuis seize mois, je n'ay eu nouvelles de luy ny ne l'ay veu. L'affaire que M"° Paulet vous a mal expliquée est que M' de Heucourt, beau-frère de M' Arnaud, le mestre de camp , pour une mauvaise tentation qui luy estoit venue de prendre party avec les ennemys du Roy, quoyque ce ne fust qu'une simple tentation et qu'il luy eust

M. Litlré; par l'abbé de Choisy, cité par le Di<tionnaire de Trévoux.

s Quel est ce Sdamanus ? Quelque solitaire sans doute?

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

esté fort facile de la nier, l'ayant confessé de bonne foy, a eu le cou couppé , et on a eu bien de la peine à sauver une partie de son bien pour ses enfans '.

Je suis, Monsieur, voslie, etc.

De Paiis, ce ai octobre i638.

Tout le monde demande pourquoy vous n'avés point fait de cantique sur la naissance de nostre jeune prince et l'on dit que c'est aussy bien une matière épiscopale pour vous qu'elle le fust, il y a un peu plus de trente ans, en cas pareil pour M' Bertaud, qui estoit plus \ieux evesque que vous\ Si vous fussiés venu député, vostre harangue eust passé pour cantique.

À M. DE GRASSE (GODEAU

Monsieur, quoyqueje n'aye point de vos lettres de cet ordinaire , jay assés de sujet de vous escrire, puisque j'en ay une de .Vl"'° la marquise de Hunib[ouilletJ à vous envoyer. C'est la responso à celle que je lu y présentay, la semaine passée, de vostre ))art, qu'elle m'a extrêmement i-ecommandée. Je ne doute point qu'en tout temps les siennes no soient toiisjours dignes de

' Ce M. do Ileucourl, fjontilhommc picnnl, avait épousé la troisième fille d'Isaac Atnaukl cl de Marie Perrin. Voir sur sa trahison cl sur sa décapitation deux lettres du cardinal do Riclielicu dans le Recueil de M. Avenel (t. VI, p. gG el 16/1), la première du 21 août iG38, la seconde du i3 septembre. On lit dans celle dernière : « Heucourt a esté oxéquulé à Amiens. Il a avoué avoir traicté avec le cardinal infant pour le mettre en possession de cette place. Ce misérable estoit enragé contre la France el contre luy-mesme. Il est mort repentant de celle faute, mais non pas de son hœresie. Il a faicl mine de se vouloir convertir, mais enfin il a ilny comme

grande reconnnandation et qu'il ne faille faire toutes les diligences possibles pour empescher qu'elles ne se perdent. Mais en cettuy-ci où sa santé est si mauvaise, comme il n'y a pas une ligne cpii ne luy couste un effort, il faut redoubler ses soins pour faire que ses efforts ne soient pas vains, et, quand ces précieux caractères seront tombés enire vos mains, pour la récompenser de sa peine, il luy faut envoyer un reraerciment qui soit digne d'elle. Je vous ay promis que vous les recevriés, en dusse -je estre le poiteur moy-mesme.

M"' sa fille est dans la douleur de M "" la duchesse de Ln Valette ' pour l'amour d'elle et pour l'amour de M' vostre C[ardinal] \ et certes ces deux persormes sont fori à plaindre, ne s'agissant pas moins que delà ruine entière de celte Maison.

En récompense de la douleur de Fonlarabie, je vous diray que lo duc Charles a esté desfait par le duc de Veimar près de Brisac qu'il alloit ravitailler el qu'on espère fort maintenant de cette place.

M' de Loyac, évesque prétendu de Toulon, a remis le brevet qu il en avoit du Hoy, qui le luy a osté sur ce quil a fort mauvaise veue\

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce aS oclobre i638.

il a vescu. Cet exemple fora penser les traislres en leur conscience. ^

- Jean Berlaut, évéque de Seiz el premier aumônier de Marie de Médicis, mori en iGi j , chanta la naissance de Gaston, duc d'Orléans, second fils de Henri IV ( iG avril 1607). Berlaut était alors âgé de cinquante-cin(| ans et était évéque depuis 1606.

^ M"' du Cambout de Pont - Château , fille d'un cousin-germain du cardinal de Richelieu.

* Le cardinal de la Valette.

'" M' de Loyac n'esl pas inscrit parmi les évoques de Toulon dans le Gallia Chrisliana, qui (t. I, col. 755) laisse le siège vacant entre Au-

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

\ M. DE BALZAC

À KALZiC.

-Monsieur, j'ay appris avec beaucoup de consolnlioii que le malheur de voslre ainy ' ne vous avoit touché que dans la superficie, ou pluslosl j'ay eu beaucoup déplaisir d'aj)preiulre que ce n'esloil qu'un ainy superficiel et qui faisoil plusfost galanterie avec vous que profession de solide amitié, car il y a tant de tesnioignages contre ses dernières actions, et luy niesme s'est si mal delVeiidu des choses qu'on luy a impulé qu'il est mal aisé qu'il ne soit point coupable, et il eust esté fort fascheux que vous eussiés esté engagé du cœur avec une personne dont les intentions ne sont pas bonnes et qui par de si mauvais effets attire la malédiction publique sur luy. A vous dire le vray toute celte race ne com])Oseroit pas un vray généreux ", et ce n'est pas d'à cette heure que j'ay reconnu que le meilleur avoit en luy beaucoup de choses à redire. Dieu soit loué de l'assiette où je voy vostre esprit pour ce regard et de ce que, pour cette fois, il ne vous a pas donné de plus rude occasion d'esprouver votre patience !

Quant au seigneur Golletet', si je vous en puis parler ingénument, il est plustost né'versificaleur que poète et il travaille plus pour le prolîit que pour l'honneur. Les

guste de Forbiii et Jacques Danès de Maily, sacré ie 6 mai 1660. D'après le Diclionnaire Uislorique de la France, de M. Lud. Lalanne (1872 et 1 877), il faudrait ainsi établir l'ordre de succession des trois évèques : Auguste de Forbin , 1698-16.38. — Loyac, avril-décembre i638. — Jacques Danès de Marly, mai i6'io-i658.

' Le duc de la Valette.

- Le jugement est dur, mais, en somme, je le crois mérité.

" Guillaume Colletet, dont nous avons déjà plusieurs fois trouvé le nom dans celle correspondance.

grands niouvemens luy sont inconnus el il arrive rarement, lorsqu'il s'eslève, que ses pensées soient justes et qu'il ne prenne l'eiifleure pour l'embonpoint'. Sa diction partout est pure, mais seulement elle est mal proportionnée au sujet el , parmy des façons de parler soustenues, il luy en eschappe de si populaires, qu'il estonne ceux qui ont le Sale inqueca (sic)^ comme il n'en a pas senti l'incompatibilité. En cet ouvrage-cy particulièrement qui vouloil estre grave et qu'il a en dessein de faire grave , on ne srauroit dire avec combien peu de jugement il y est allé fourrer sa goinfrerie du cabaret et donner à connoistre sa propension naturelle à ce joly exercice °. S'il falloit parler de festins, il falloit que ce fust sobrement et dans de certains termes généraux avec lesquels la poésie qui est sage peut parler de tout et faire sa matière de toute matière. Mais c'est un défaut dont il ne doit point estre accusé seul. Je ne sçay de nos gens qui s'oseroit vanter d'en estre plus exempt, et trois ou quatre seulement, au nombre desquels on vous range, me semblent maistres de leurs esprits et capables d'achever leurs ouvrages. Ce que je trouve d'excellent en cettui-cy est qu'd n'a nulle présomption de luy-mesme, et que ce qu'il fait est toujours bien meilleur qu'il ne veut qu'on le croye ; bon , au reste, déférent et serviable\

* Mol spirituel qui a élé bien souvent redit. Comme dans son appréciation d'ensemble des divers membres de la famille de Nogarel, Chapelain se montre pour Colletet sévère, mais non injuste.

^ Sur famour de Collolet pour \a goinfrerie , voir son poëme du Trébuchement de l'ivrogne (Paris, 1627, in-8°) el [passim) ses poésies diverses (Paris, i656, in-12).

^ Chapelain, quand il signale ces excellentes qualités de Colletet, est d'accord avec tous les biographes de l'auteur des Vies des poètes Jran-

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

Vos réflexions sur sa pièce ' sont dignes de vous et solides et agréables au possible. Elles me la font estimer quand ce ne seroit que pour ce qu'elle vous les a fait produire; pour Témysliche et que rien ne profane, il est si ténébreux que les lunettes de Galilée ^ ne le feroient pas descouvrir aux meilleurs yeux du monde. En effet, c'est un franc galimatias qu'il n'a pas entendu luy-niesme et qui n'est là que pour sousteiiir la rime du vers suyvant, comme il luy arrive d'ordinaire ou par faute d'esprit, ou par faute de travail et de patience.

Je ne vous envoyay l'imprimé du père l'Abbé que pour faire nombre et faute d'autre meilleur ■\ Il y a apparence qu'il s'est voulu acquérir de la réputation parmy la nation scholastique, et qu'il ne s'est fait stamper* que pour estre leu dans les limites du royaume de Clermont par les grimelins^ et les quistres". Un autre Père de Lingendes,

plus eslevé que cettui-cy, a travaillé sur le mesme sujet' et de la mesme sorte, je veux dire en prose qui semble des vers renfermant chaque pensée dans chaque ligne d'égale longueur, qui me semble une aussy ridicule imagination qu'il en soit guères tombé dans l'esprit pédantesque. La seule différence qu'il y a, mais différence en pis, c'est que tout l'ouvrage est divisé en quatre ou cinq sections également partagées, qui d'abord me semblèrent des stances latines de dix vers à Timitatiou des françoises (le M'Haberl et de M' d'Audilly. Je n'ay pas le courage de charger vostre paquet de cette marchandise. Le S' Rocolel vous doit avoir envoyé les vers de M' Sirmond desquels j'atlens vostre jugement. Le bon Camusat n'aura pas aussy manqué de vous régaler de ceux qu'il a imprimés d'un 1\P de Saint- Blancat, homme de maison et bénélicié Tolosain*, qui vous plairont pour la plus

' Poème sur la naissance de Monseigneur le Dauphin (Paris, in-6°, i638).

- On sait que Galilée construisit le premier télescope en Tannée 1609.

■^ Le P. Pierre Labbé, né à Clermont, en Auvergne, en i5()'i, mort à Lyon, le 1 5 janvier 1678, publia ses vers sous le tilrede : Delphini elogia (Varis , Camusat, i638, in-.'i°). Ses vers furent réimprimés dans le recueil intitulé : Eloges et poésies sur la naissance du Dauphin, par le P. L. [Labbé] et le P. Le M[oine], Lyon, i638.

' Les auteurs du Dictionnaire de Trévoux, qui ne donnent pas le verbe stamper, donnent le subslantif stampc, «image en papier, gravée en' bois on en taille-douce,» et ajoutent : «S/amj^e ne se dit plus. Estampe lui a succédé.''

^ Le Dictionnaire de Trévoux nous fournit cette définition : «Jeune écolier, petit garçon. Il ne se dit guère, et ne se dit que par mépris. n M. Liltré n'a cité que cet exemple, qui est pris d'un auteur du xvi" siècle, le Seigneur des Accords (Etienne Tabourol) : pII n'y aura pas jus-

qu'aux petits grimdins qui ne se mesleiit d'en faire un affiche de collège. •)

' C'est la première fois que je trouve le mol cuistre écrit autrement qu'avec un c. Ce mot, qui est dans les Mémoires de Saint-Simon, était déjà dans les auteurs du moyen âge sous la forme castre et coustre, avec le sens de serviteur d'église, de sacristain, et ensuite de serviteur de collège, de valet des écoliers.

' Claude de Lingendes, né à Moulins en irxji, mourut à Paris en iG('»o. H était recteur du collège de Moulins quand il publia la pièce intitulée: Nascenli Galliarum Delphino urbis Molinaruin prœfectus consules et cives votivum hoc tnonu-i mentum posuere (iG38, in-i°, Paris, cliez Jean Camusat). Le P. de Lingendes s'est servi du style lapidaire.

^ Delphino Aœnia; auctore Jeanne Samhlancato. L'opuscule se trouve, à côté de celui du P. de Lingendes, de celui de Colletet, etc., dans un recueil de pièces sur la naissance de Louis XIV que fit paraître Camusat (i638.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

pari, si je ne me trompe. C'est un autlieur nouveau qui a entrepris l'histoire de nostre Louis le Juste en latin et à qui il ne manque (Tuères de chose pour en faire un excellent homme '. J'ay leu de luy sa Leucate de l'année passée qui m'a persuadé qu'avec un peu de conseil pour le slile et de bons mémoires il nous pourroit donner une histoire qui feroit honneur à son pais.

Je demande pardon à vostre docteur si j'ay disputé contre luy avec peu de fondement et vous rens arbitre et président de la question que nous avons agitée et , dès à présent, je vous accorde que mon Enfant de mille vœtix se substitue en la place de Jeune et divin héros, pour vous donner un essay de ma docilité et de ma déférence'. Reste à vous satisfaire sur les vers que j'ay faits pour vous, lesquels je souhaitte fort que vous ayés agréables cette fois - cy ; car je vous avoue que si je n'ay rencontré à ce coup, selon vostre goust, il est malaisé que je le puisse jamais faire, ayant esprouvé plusieurs fois qu'une chose rebutte à force de la manier, et qu'après plusieurs corrections toute autre personne que l'autheur est capable de la bien mettre, sil a esté malheureux en la retouchant \

Des deux endroits donc qui vous incommodent, vous jugerés si au liou du premier :

Que la jeune Nature, en merveiiie féconde.

Enfantoit, sans travail, pour k {;loire du monde,

ces deux seroier;t plus supportables :

Dont )a mère Nature, en miracles féconde,

1 iVembellir ) , , ,

Se plaisait | . Ma jeunesse du monde.

et pour ce que ces exemples ne me sçauroient déplaire, à cause que le mot est beau , poétique, et quod caput est, propre et plus essentiel au sujet tpi'aucun autre , je me suis résolu de les garder; et puisque ma dernière correction ne vous satisfait pas entièrement, vous verres aussy au lieu de :

C'est assez qu'en nos vers nous leur dressions des [temples, etc.

on pourroit mettre :

Assés de célébrer ces illustres e.xcmples,

Et dans tous nos escrits leur élever des temples.

Vous n'aurés rien davantage de moy sur ce sujet.

J'ay, tous les jours, occasion de conhrmer vostre très-juste réputation dans l'esprit de plusieurs illustres provinciaux, comme vous diriés du président Caminades* de Tolose et d'autres personnes de cette volée et de ce mérite qui se viennent entretenir de vous à mon logis. Vous croyés bien que je ne trahis point la vérité ny mon jugement pour vous y nuire.

Les dernières lettres que j'ay receues de nostre marquis ^ ne parloient que de vous et me demandoient fort de vos nouvelles et la continuation de vostre amitié pour luy. Il gçaura avec beaucoup de joye que vous ayés eu la mesme pensée pour luy et en mesme temps. Sa condition présente est une gloire misérable estant tous les jours à la veille de

' Voir ce que répond Balzac au sujet de Saint- Blancat dans la lettre XIV du livre XIX, p. 769 de l'in-foL, lettre datée du 20 décembre (sans indication d'année) et qui doit être des dix premiers jours de novembre iG38. Rarement Balzac a écrit des lignes plus spirituelles, comme je l'ai déjà remarqué, à propos de l'emphatique poème de Saint-Blancat. {Lettres Toulousaines, 1 873, p. 1 1 .)

^ Balzac avait dit (p. 777 de Tin-fol.): r Je .suis pour Enfant de mille vœur. Toute la France a

pris la chose par ce biais : c'est un mot formé par la voix universelle, et, à moins que de faire un édit exprès là-dessus, il y aura de la peine à nous faire changer de langage, n

■' 11 s'agit des vers cités dans une le! Ire précédente et reproduits par Balzac en tète de sa dissertation sur la conversation des Romains.

*> La famille de Caminade a fourni plusieurs magistrats distingués au parlement de Toulouse.

^ Le marquis de Montanzier.

n-2 LETTRES DE JEAN CHAPELAIN.

mouiii- avec lous ies siens de faim ou de feu ou de l'espe'e , loin de tout secours , et comme aljandonné à la mercy des ennemis cruels et des amis insensibles et infidelles. Si Biisac se prend, il pourra respirer. A moins (|ue de ce miracle, il est perdu sans ressource.

Dans dix ou douze jours, M' Arniuid le bachelier ' me doit bailler une thèse de son acte de Sorbonique pour vous l'envoyer.

C'est un liommag'e dont vous luy tesmoignerc's quelque gré dans les lettres que vous m'escrirës. Mais j'ay la mine de ne vous en envoyer que la taille-douce qui est de Melan' et fort belle et d'attendre à vous faii-e voir son texte disputabie quand vous me le demanderés, car c'est une horrible charge pour voslre courrier. Et luy et toute sa Maison vous sont fort acquis et me prient souvent de vous asseurer de leur service. Je vous dis le mesme de M. Conrart et den)eure. Monsieur, vostre,elc.

De Paris, ce 3o octobre iG38.

Quelque bel esprit dAngeri^ ayant lait une énigme de 1 hyperbole dont il vous fait le nouveau père, et une dame de réputation lavant envoyée par régale ' à M"" la marquise .de Rambfouillet], il luy a sufly pour la trouver mauvaise que son autheur ait mis

vostre nom en jeu et ait voulu faire Ihabilo à vos despens. Elle l'a donques bannie à perpétuité de son liostel et a défendu à son secrétaire de la mettre dans le recueil qu'elle en a fuit faire, ne pouvant souffrir que vous soyéschés elle qu'en Testât que vous mérités. Je ne vous aurois point allégué ce petit tesnioignage de sa bienveillance, si je n'estois asseuré qu'elle vous en donneroit d'importans, s'il esloit eu son pouvoir, et que h principe qui a produit cettui-cy est une générosité digne d'une Reyne et d'une Impératrice. Les moindres faveurs de ce qu'où ayme sont des trésors pour les amans.

A LA PRINCESSE JLLIE.

Glorieuse Julie , il y a trop longtemps que vous me souffres en vostre Cour et que j'ay l'honneur d'approcher de voslre personne pours'estonner que j'aye pris quelque teinture de vos perfections, et que je sois devenu un peu sorcier dans la communication de la plus illustre enchanteresse du ujonde. Je demeure donc d'accord que dernièrement je devinay que vostre avanlurier d'Alsace' s'esloit trouvé au combat de Mulhausen^ et je vous avoue encore, quoyque je ne vous

' Le grand Arnauld.

- Siirriiabilcî][raveurCiaudeMclanoii Mellan. voir la note o do la page 56o des Mrlaitnes historiques. Lettres do liahac , n" L\ I.

' C'esl-à-dirc pour régal. On lit dans le IHcliotmaire de Trévoux : r Richelet dit régale, contre l'usage général. n Chapelain n'était pas le seul, avec I{iclielet, à dire régale au lieu de régal. M. Liilré cite une autre illustre exception : Molière, dit-il, frécril d'habilude régale, ce qui est contraire à l'usage.^

' Le marquis de Monlauzier. Aventurier a ici un sens des plus favorables : il signifie celui qui recliei'cho les aventures de guerre,

celui qui brave les dangeis des combats. ' On lit dans la Gazette du 6 novembre i6.38 (p. 669) : «Le 3o du passé, le baron de Ciré, gentilhomme du duc de Wcymar, apporta au Roi à Saint-Germain de la pari de S. A. dix-neul cornettes par elle gangnées sur le duc Cliarles en la bataille de Sennes entre Colmar, Thanes et Midliausen : les cinq restantes de vingl-qualro gangnées en celle bataille cslans demeurées près du marquis de Bassompieire, prisonnier à Coluiar." Ce dernier personnage, donl (>bapelain parle un peu plus loin, était Anne-François, marquis de Bassompicrre etdeRemonville, grand écuver de Lonaine, bailli de Vosges, et général

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

en descouvrisse autre chose, quand je fis cette pre'diction , que j'avois veu les prouesses qu'il y a faitles, et que je fus sur le point de vous en entretenir. Mais il ne faut point faire le fin devant les maistres, ny penser pouvoir rien desguiser à une si grande devineresse que vous. Je ne les avois pas veues assés nettement pour en parler avec certitude. Tantost il me sembloit qu'il n'avoist tué quun ou deux cornettes, et j'avois honte de dire pour si peu. Tantost il me paroissoit victorieux du duc Charles et du marquis de Saint- Martin, et je le croyois voir sur le champ de bataille donnant la vie au marquis de Bassompierre, à condition qu'il viendroit en apporter tous les estendards à vos pieds avec une harangue en stile romanesque pour obtenir sa franchise de vostre générosité. Et, à vous dire le vray, je fus tenté plus d'une fois de vous débiter cette vision, pour ce que des deux je la trouvois la plus raisonnable. Cependant, selon ce que vous m'avés mandé, je me trompois en l'une et en l'autre et je reconnois par là que je ne suis encore qu'un devin à la douzaine, qu'en matière d'im-

portance on auroit tort de se fonder sur mes oracles et qu'il faut aussy bien que je vous cède la palme de cette science que ce qu'il y a d'accompli dans l'Europe fait gloire de vous céder celle de toutes les vertus ' .

GGXVIII.

À 31. LE MARQUIS DE MONTAUZIER

EN ALSACE

Monsieur, il faut qne les coups que vous avés rués au combat de Mulhausen ayent esté bien rudes , puisqu'ils ont retenty jusqu'icy, et que le bruit qu'ils ont fait a longtemps empesché que l'on n'entendist parler d'autre chose. Je fus des premiers qui en ouïssent le son et le portay partout ensuitte. M"" vostre Mère, cpii en avoit eu quelque vent, en eut la confirmation certaine par moy et la seule Princesse Julie fut celle de toutes vos amies qui ne l'apprit point de moy. Au contraire elle m'en voulut bien donner l'avis par un billet dont je vous envoyé la copie avec la response que je luy fis par laquelle vous verres que je devinay que vous estiés à la bataille, sans autre raison

de l'artillerie de l'Empereur. Voir la généalogie de la maison de Bassompierre dans ie lome II du Moréri de 1709, p. 167-169.

1 Cette lellre , des premiers jours de novembre i638, a été reproduite par M. Kerviler dans son Jean Chapelain (p. 298). M. Kerviler fait précéder cette reproduction de ia question que voici : «Veul-on le surprendre maintenant en flagrant délit de langage précieux?-^ — Le 1" novembre. Chapelain (fin) écrivait à Montauzier: trCe fut au reste un grand malheur pour nous que la perte des lettres que vous nous envoyés par Nancy. J'en ay veu la Princesse Julie toute troublée dans la crainte que ie duc Charles ne s'allast imaginer en voyant ce que vous luy escriviés sur ce sang qui estoit tombé sur sa lettre, qu'il y avoit grande galanterie entre vous. . . M. de la Lane revint de sa campagne faire un tour icy et me vit. Je payay

CHAPELAIK. 1.

sa visite du compliment que vous lui faisiés et à M"" sa femme qui est preste d'accoucher et qu'il est allé requérir de peur qu'elle ne face un païsan. M^ de Balzac du xxii du passé me demandoit fort de vos nouvelles et cela d'un motuproprio et avec des termes fort obligeans. Dans ma response je luy mentis officieusement en vostre faveur et luy manday que vous l'aviés prévenu dans ce soin. . . Comme j'aliois fermer ma lettre, M. Silhon s'est venu resjouir avec moy de ce qu'il a appris dans la relation de M. de Guebriant que vous aviés tué deux cornettes de coups d'espées et que vous aviés donné les deux cornettes à deux reistres pour les porter à M. le duc de Veimar. Vous pouvés penser si ce discours m'a despieu et si j'ay de quoy me faire escouter à l'hostel d'Artenice. Vous avés esté cruel de ne nous avoir pas escrit un mot de cela par le baron de Ciré.'i

lio

nii

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

que par ce que je sçavois que vous aymies à batailler.

Au reste, jamais homme ue fust si bien lécompensé de ses hauts faits que vous, puisque la grande Artenice et son illustre fille vous en tesmoignent toutes deux leur joye et avec autant d'esprit et de bontë qu'on en sçauroit jamais souhaitter. Si j'estois en voslre place, pour avoir souvent de si obligeantes lettres que celles-là, je continuerois cette perse'cution de cornettes jusques h l'infini, et je n'en laissserois pas une en seureté dans toute l'estendue de l'Empire. On nous a dit que M' le duc de Veimar vous avoit laissé ou plustost n'avoit pas voulu prendre les cornettes que vous aviés gagne'es, et qu'il a désiré que vous les fissiés porter à Colmar, pour tesmoignage de voslre mérite et de l'afiection que luy a donnée vostre vertu'. Cette action et l'estime en laquelle je sçay d'ailleurs qu'il vous a m'augmentent extrêmement la passion que j'ay pour ses avantages que la fortune ne luy sçauroit jamais donner assés grands pour cequ'ilvautetquejevoudrois luy pou-

' M. Livel a cité {Précieux et Préciiuses , p. hU et 45) les deux premiers paragraphes de celte lettre, qu'il trouve «charmante -. M. Kerviler {Jean Chapelain, p. 398) confirme l'éloge donné à cette lettre par M. Livet et ajoute : «Qui reconnaîtrait, à ce style, l'auteur dur, si impitoyablement I)afoué par Boileau 'Iv

- Marie-Catherine de la Rochcfoucauld-Han- (lan, fille unique de Jean-Louis de la Rochetoncauld, comte de Raudan, et d'Élisabotl. do la Rochefoucauld, avait épousé Henry de BauÛVeuiont, baron, puis marquis de Senecey, mort en 1622. EUenedevnil mourirque le 10 avril 1O77, à rage de qualre-vingt-neuf ans. Sur la disgrâce de la marquise de Senecey, première dame d'honneur d'Anne d'Autriche, voir ïlîialoire de France sous Louis AT//, par M. Bazin (t. 11, p. 499 et 5oo ). Mentionnons ici l'éloge de M°" de Senecey par M"" deMolteville ( iVemoiVfv , édition Riaux. t. l, p. 21 et aa).

voir procurer par mes vœux et par mes prières.

Je respondis, la semaine passée, à vostre lettre du un' octobre que je receus de vous, et vous dis que de ces bons succès dépeudoit vostre repos et l'espérance que nous avions de vostre retour. C'est ce qui me fait croire que, le connoissant encore mieux que nous, vous n'oubliés rien de ce qui les peut avancer tant pour avoir part à sa gloire, que pour revoir de deçà une Irouppe délitte qui vaut bien toutes celles que vous commandés.

Nous n'avons point d'autres nouvelles à vous mander pour ce coup , sinon que M""^ de Senecey a eu commandement aujourd'huy de se retirer de la Cour^ et l'on parle de mettre en sa place M"'" de La Flotte \ M°" la Contesse de Lude \ ou M"" la Mareschale de Schomberg^

Il court aussy un bruit (jue l' arrière-garde de Galas, qui se retire vers fElbe, a esté desfaitteouau moins fort mal traittée par Bannier.

Je suis , Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce 6 novembre i638.

^ Sur M"" de la Flotte, gouvernante dos enfants de Fiance, puis dame d'alours de la reine, voir nne petite notice biographique dans une note de VHisloi-ielle de Tallemant des Réaux sur Louis MU {l. II, p. aio). On peut voir encore, sur la grand'mère de Marie de Hauleforl, les premières pages du livre de M' Cousin : Madame de llaule/orl (3™° édition , 1868, p. G et suivantes).

* Renée Eléonore de Bouille avait épousé Henry de Daiilon, comte, puis duc du Lude.

^ Anne de la Guiche avait été mariée avec Heiay de Scliomborg, comte de Nanteuil, maréchal de France en juin 1 Gaâ , mort en novembre 1682. Ce ne fut aucune des trois dames désignées par Chapelain qui fut choisie. On lit dans la Gazelle du 20 novembre (p. 700) : «La comtesse de Brassac, pour ses grands mérites, a esté nommée par Leurs Majestés dame d'honneur de la Reine, en la place de la marquise de Senecey.»

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

À M. DE BALZAC

Monsieur, je ne suis pas marry que vous me leniés pour un homme bien averti en matière d'importance, mais pour celle de M' le duc de La Valette, je veux dire son embarquement, je vous Tescrivis plustost parce que je jugeois qu'elle devoit estre que parce que je sceusse qu'elle fiist. En cette occasion je me servis de ma critique d'estat et creus qu'agissant selon les dispositions des choses, il estoit nécessaire qu'il prist cette re'solution et qu'il quittast l'armée sous couleur de venir trouver le Roy pour ne demeurer pas en la disposition de son ennemy lorsque les nouvelles de la Court viendroient (ju'il ne pouvoit espérer favorables. Je jugeay que le plus sage party qu'il eust peu prendre estoit de s'embarcper pour Angleterre, comme mi lieu non suspect, seur et honnorable pour un homme de sa sorte , outre les parentés que la Maison de Candalle pourra l'y faire rencontrer. En effet, le croyant prudent, je conclus, devant qu'il fiist party de Rayonne, qu'il ne s'approchoit de la Garonne cjue pour y prendre un vaisseau et me moquay fort de ceux qui asseuroient cpi'il estoit passé incogmto au travers de la France pour s'aller jetter dedans Metz. Je m'explique ainsy amplement de ce qui m'obligea à vous mander la chose de la sorte, afin que vous ne croyés pas estre si mal informé des grands événemens publics et que vous connoissés que tout l'avantage que j'ay eu sur vous en cette rencontre a esté celuy de ma conjectui-e, laquelle vous ne pouviés pas faire comme

' Le cardinal de la Valette el le duc de Candalle, tous les deux à la têle de l'armée d'Italie. - Voir, sous la date du 16 octobre i638, les

moy, estant esloigné de cent lieues du lieu où l'on peut faire de ces conjectures.

Pour la suitte de ce malheur, on ne croil pas qu'elle aille sur les deux frères uitramontains ', auxquels on continue l'employ avec des régales et des caresses pour leur adoucir ce desplaisir, et s'ils s'en sentent en quelque sorte, ce sera seulement de n'avoir pas la liberté de revoir la Court de cet hy ver. Un des leurs me dit, avant- hier, qu'ils avoient ordre de tenir garnison dans Thuriu jusqu'à la campagne prochaine, et que le Roy ne se veut point mettre en nécessité de les rehiser, s'ils venoient icy à la sollicitation de leur inlérest domestique.

On doute davantage pour M"^ d'Espernon que l'on comprend dans les choses que l'on impute à M' son fils jusqu'à dire qu'il y a des lettres de sa main entre celles du Roy qui luy persuadoient de ne se point trop eschauffer dans cette affaire de Fontarabie. Il est vray que ceux-mesmcs qui le trouvent capable d'avoir eu ces sentimens, ne se peuvent imaginer que sa prudence luy eust permis de les escrire. Mais c'est tousjours de très-mauvais préjugés contre luy que ces bruits courent el soyent asseurés pour vrays. Cependant, depuis la nouvelle de la sortie de France de M' de La Valette et la lettre que M' d'Espernon a escritte làdessus au Roy, on n'a rien encore veu esclatter à leur désavantage et l'on s'est contenté jusques icy de publier la commission de M' le Prince pour le gouvernement de Guienne"-. C'est tout ce qu'on peut vous dire pom- satisfaire vostre curiosité.

Au reste, je me doutois bien que la seconde lettre du seigneur Jean Giacomo vous salisferoit plus que la première, et que l'assaisonnement qu'il avoit donné à sa cay-

renseignemenls fournis par la Ch-onique Bourdeloise (p. 5 1 et 52 de la Continuation , Bordeaux,

lio.

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Qianderie vous la rendroit plus supportable. C'est poiu-tant une infamie de chercher du bien par de si lasches voyes que celle-là de quelque manière que l'on s'y prenne, el l'exemple de Paul Jove ' ne sert de rien qu'à me faire avouer quïl y a des sçavans faquins en Italie aussy bien qu'en France, et qui par un ordre monstrueux ne font point de difficulté' de faire servir la vertu à la fortune el qui ne vaudi'oient rien s'il n'y avoit de Tacquest à estre bon. Je pourrois adjouster à celuy-la ce fameux cynique du siècle précédent qui se faisoit accroire d'estre le fléau et la terreur des Princes % mais il m'est encore plus supportable que l'un ni l'autre de ces gueux pour ce qu'au moins il demande le baston à la main et que, dans sa bassesse, il garde quelque image de courage et exige les présens plustost connne un tribut que comme une grâce. Pour conclusion , le seigneur Jean-Jacques , ayant l'esprit qu'il a et ne tenant pas un petit rang entre les gens de lettres, mérite sans doute vostre estime, mais avec ses mœurs et ses bassesses de cœur je doute qu'il mérite vostre amitié.

Pour les derniers vers du père Petau, vous me permettrés de vous dire que la quinte qu'il a faitte à son genetliaque est une Pédanterie qui déshonore ce que sa première fureur luy avoit inspiré de bon.

Vous me mettes vostre santé une chose

douteuse. Cela me met en peine ; vous m'en tirerés, s'il vous plaist. Je suis. Monsieur, vosti-e, etc.

De Paris, ce 6 novembre i638.

J'ay receu le paquet pour Rome, mais son poids me fait appréhender que de long temps nous ne le puissions envoyer. Ça esté un grand malheur que je ne laye pas eu cinq semaines plustost, quand M' Voiture partit d'icy pour Florence et pour Rome. Il l'eust bien asseurément porté avec beaucoup de plaisir, car il est autant à vous qu'il peut estre à personne du monde.

A M. DE BALZAC

À BALZAC

.Monsieur, je vous esclaircis, la seniaine passée, si je ne me trompe, de tout ce que vous désirés sçavoir touchant la disgrâce de M' le duc de La Valette, et je n'en ay rien appris davantage, sinon qu'on tient que de- ]»uis la nouvelle de son embarquement, le régiment des Gardes a eu ordre de ne plus [le] connoislre pour Colonel de Tinfanlerie lorsqu'on feroit les revues et quelques uns ont dit que Plassac ^ estoil investi de loin et que M' de La Poterie* n avoit pas seulement

1 Balzac s'était étendu sur la gueuseric de Paul Jove dans presque toute la lettre déjà citée (n° IX du livre XIX, p. 766 de Tin-fol., datée du 1 o avril i638, et qui appartient au mois de septembre de la même année).

' Pierre l'Arétin, né en i'j92, mort en 1507.

' On connaît trois localités qui portent le nom de Plassac, une dans la (Charente (canton de Blanzac, arrondissement d'Angouléme), une autre dans la Cliarente-Inférieure (canton de Saint- Genis de Saintonge, arrondissement de Jonzac), la troisième dans la Gironde (canton et arrondissement de Blaye). La terre et le château do Plas-

sac , propriété de la famille d'Épernon , étaient en Sainlonge (à 3 lieues de Jonzac).

* Le cardinal de Bichelieu écrivait, le 3 octobre i638, au prince de Condé {Recueil de M. .\venel, t. VIII, p. 365) : «Le roi... envoie M. de La Poterie [c'était un conseiller d'Etat] pour agir conjointement avec M. de Macbaull en TafTaire de Fontarabie. On vous envoie la commission pour commander dans la Guyenne... Jamais l'Estat n'a receu une plus grande playe que celle de Fontarabie, dont la prise nous donnoit la paix.») Ces paroles de désespoir du Cardinal expliquent la sévérité avec laquelle furent traités le

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commission d'informer sur les autheurs du malheur de Fontarabie, mais encore des malversations prétendues de M' le duc d'Espernon , lors de l'irruption des Espagnols à Saint Jean de Luz et à Socoa. En un mot, on murmure également de deçà contre le père et contre le fils , avec cette seule différence que le père est d'autant plus chargé que l'on croit quil est la source et le moteur du mal dont on les accuse tous deux , jusques à dire qu'il y a des lettres escrittes de sa main entre celles du Roy par lesquelles il paroist clairement qu'il desconseille à son fils la prise de la place. Je veux croire que ce ne soit que suppositions et discours populaires, mais il est tousjours fascheux qu'on parle ainsy d'eux, et c'est une marque du malheur qui les menace, de voir que ces bruits soient plustost approuvés du Roy que condannés, et que leurs propres serviteurs ne soient pas receus à les justifïier par les raisons qu'ils pensent en avoir assés fortes.

Nous avons veu icy le Manifeste ou l'apologie du fils ' qui ne le purge pas assés bien et que je ne trouve pas que ceux qu'on a employés à compiler cette relation justificative sur ces Mémoires, ayent pris les bihais^ qu'il eust esté nécessaire de prendre pour le mettre à couvert, et, en quelque endroit la naïveté de la narration m'a semblé luy faire plus de mal que de bien. Ça esté un grand malheur qu'en cette occasion M' le cardinal de La Valette ne se soit pas rencontré en cette Cour pour raccommoder cette affaire aussy bien que les précédentes. Il semble que l'on ait appréhendé la force de ses per-

suasions par le commandement que le Roy luy a fait de passer l'hyver auprès de la duchesse de Savoye , comme à M' de Gandale aussy, encore qu'il y ait eu raison de le faire pour empescher les Espagnols de faire prendre à cette Princesse la résolution de demeurer neutre et d'achepter la paix à nos despens. Comme je plains cette Maison qui est sur le point de fournir un exemple déplorable à l'Europe de la révolution des choses humaines! Je vous plains fort aussy du sentiment que vous en avés et de la douleur qu'elle vous cause. Peut estre que la juste colère du Roy, se calmant par quelque bon succès qui couvre et efface la mémoire de ce mauvais , ou par le temps qui adoucit toutes choses , l'affaire prendra un train plus doux et que les marques de l'indignation du Prince en seront plus légères.

AnnibalCaro, dont vous me demandés des nouvelles, a fait toutes les pièces que vous [avés] cottées dans vostre lettre, et, depuis sa mort, elles ont esté imprimées, mais elles sont toutes fort rares. J'avois la comédie que je fis venir d'Italie, il y a quinze ans. Le Conte de F[iesque] me l'emprunta et me la perdit. Un de mes amis en a une que je vous envoyeray si par la response à cette lettre j'apprens que vous le désiriés. Pour les autres ouvrages , je les chercheray et vous en sçauray à dire mon sentiment.

M' de La Mothe s'est encore une fois exposé en public et a fait imprimer le livre que je vous envoyé de sa part contre la mauvaise éloquence du temps '. Il vous eust escrit pour accompagner son présent, si je ne

duc de la Valette et son père, que l'on regardait comme son complice.

1 Les rédacteurs de la Bibliothèque histoi-ique de ta France ont mentionné (sous le n° ,33788) la Relation du siège de Fontarabie et de la levée d'iceluy, par ie duc de La Valette, et (sous le même numéro) ia Réponse de M. le Prince (de

Condé) à la relation du duc de La Valette touchant ce siège.

- Je ne retrouve nulle part l'orthographe èi- /lais, qui n'est probablement que le résultat d'une inadvertance.

3 Considé'citions sur V éloquence françoise de ce temps au Cardinal duc de Richelieu {i6dS,in-8°).

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luy eusse fait entendre qu'il vous seroit encore plus agréable s'il ne vous escrivoit point. Vous verres dans la quatre-vingiiesme page ce qu'il dit de vous sans vous nommer et qui vous doit d'autant plus obliger que tout le livre a l'esprit de censure et dinveclive \ El certes il est vostre amy et il s'en pique. J'attends vos senlimens sur l'ouvrage que j'ay conseillé à M"^ Rocolet de ne vous envoyer que par le messager à cause du poids. Vous aurés aussy avec la présente la liguro de la thèse que M' Arnaut a souslenue aujourdhuy avec un applaudissement extraordinaire ^ et qu'il m'avoit prié de vous faire tenir toute entière. A l'un et à l'autre vous tesmoignerés, s'il vous plaist, gratitude dans les premières lettres que je recevray de vous.

Je suis de vostre avis pour i'Arion de M' Sirmond, et je crains que ses espérances ne durent que le temps de la faveur du Père

Sirmond qui est une faveur bien caduque ■. Nous nous sommes trouvés aujourdhuy ensemble en Sorbonne et je luy ay dit que vous aviés approuvé ses vers dont il a esté fort satisfait, li m'a dit qu'il ne croyoit pas que le Père Bourbon montast de ce coup sur la montagne bicorne *.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce la novembre i638.

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