À M. S1LU
Monsieur, je trouvay, hier au soir, les nouvelles que vous me fistes la faveur de m'envoyer dès le midy et je vous avoue qu'elles mont fait passer agréablement la nuit. Vous verres qu'enfin nous prendrons Brisac et que nous ne mourrons point que nous ne voyons M"" la Gontesse de Guébriant Mareschalle de France ^ Je pense
' Dans l'édition que j'ai sous les yeux des Considn-alions sur l'éloquence franroise ( Œvvres de François de La Molhe Le Vayer, conseiller d'État, etc.; Dresde, 1766, in-8°, t. III, p. aSfi et 207), on lit : «L'un d'entre eux [de nos écrivains], que je croi avoir le plus mérité en cette partie, comme au reste des ornements de nôtre langue, a couru la fortune de tous ceux qui excellent en quelque profession, par l'envie qui s'est particulièrement attachée à lui. Ce seroil augmenter cette ombre importune de sa vertu de le désigner davantage; jo ne dois pas d'ailleurs rompre pour lui le vœu de mon silence; et c'est sans doute, quoique nous nous taisions, qu'il éprouvera, aussi bien que Ménandre, les jugemens de la postérité plus favorables que ceux de son siècle. Il me suflit de dire cependant que lui, et ceux qui ont beureusement travaillé conuTie lui à cette agréable barmonie des périodes, s'en sont acquilez de telle sorte, que je ne pense pas qu'on puisse porter plus haut une si importante partie de l'éloquence, n
- M. Sainte-Beuve dit {P<»'t - Royal , t. Il, p. 16) : «Il (Antoine Arnaukl) soutint magnifi-
quement les quatre thèses voulues: la première, appelée Sorhonnique , le la novembre i638..., tous ceux qui en furent témoins demeurèrent frappés d'étonnement. . . -n
' Le confesseur de Louis XIII avait, à celte époque, près de quatre-vingts ans.
* Qui a deux pointes. C'esl un souvenir du bicornis d'Horace et de Virgile. Le Dictionnavre de Trévoux rappelle que l'on trouve les mots «la lune bicornes dans Rabelais [Gargimlun, liv. I, ch. 9).
* Renée du Bec, fdie de René du Bec, marquis de Vardes, et sœur de René du Bec, qui épousa la comtesse de Moret, maîtresse du roi Henri IV. «■Elle fut chargée, dit le Moréri de 1 769 , de mener au roi de Pologne la princesse Marie de Gonzaguo, qu'il avoit épousée à Paris par procureur; et on la revêtit d'un caractère nouveau, ce fut celui d'ambassadrice extraordinaire. Elle soutint dignement son caractère. C'étoil une femme d'intrigues et douée de foil grandes qualités. On ne doit pas croire tout ce que Guy Patin en a dit. . . Elle mourut à Périgueux le î> septembre 1669 ,' étant désignée première femme d'honneur de la reine. Consultez , pour en
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
qu'elle croit bien qu'il n'y a personne, entre celles qui luy ont voué service, qui se resjouit davantage de sa grandeur et qui prist plus de part à sa gloire. Vous me rendre's ce bon oÛice, s'il vous plaist, de kiy tesnioigner mon sentiment là dessus, en attendant que je le puisse aller [appointer] moy mesrae.
Au reste, j'ay leu deux fois les cahiers de M' le Pre'sident Marca avec un extrême plaisir et je diray mesme un ravissement pour la gloire que ce travail va donner à la France'. 11 ne se peut rien escrire de plus exquis sur une matière comme la sienne, de plus recherché , de plus net et de mieux discouru. A la seconde lecture, l'amour que j'ay pris pour l'ouvrage m'a forcé de le voir la plume à la main afin de contribuer selon ma petite puissance à sa perfection. Si vous crevés qu'il ait agréables mes remarques et qu'il ne m'en estime pas présomptueux et téméraire , vous les luy ferés voir afin qu'il y ait l'esgard qu'il trouvera à pro[)os et qu'en tout cas il connoisse par ce petit travail qui m'a cousté trois jours, combien sa l'éputation m'est chère et combien je la voudrois avancer. Je suis d'avis qu'il intitule son livre: Histoire de Béani géographique, politique, naturelle, etc., selon les diverses matières qu'il y fera entrer '. Car autrement
savoir plus de particularités, M. Bayle, dans son Diclionnaire, les auteurs qu'il cite, et ia critique qu'il en fait.n Consultez encore, ajouterai -je, {'Historiette de ïallemant des Réaux sur le mareschal de Guebrian (t. IV, p. 132-187 ) et le Commentaire de M. P. Paris ( p. 1 89 et 1 /i o ). Jean- Baptiste Bades, comte de Guebriant, ne fut nommé maréchal de France qu'au printemps de l'année 16/12.
^ Pierre de Marca , président d'une des chambres du parlement de Navarre depuis 1621, allait devenir conseiller d'État (1689). H était alors âgé de quarante- quatre ans et n'avait encore rien publié. Voici le titre adopté par Marca :
je craiîidrois que toute cette belle disculioii de points géographiques ne parust longue à ceux qui prendroient le livre pour les seuls événemens, mais vous en resoudrés mieux, vous, luy et M' d'Ouvrier" à qui je suis in soUdum, Monsieur, -vostre , etc.
De Paris, ce i5 novembre iG38.
GCXXII.
A M. LE MARQUIS DE MONTA UZIER
EN ALSACE
Monsieur, il n'y a point d'homme chiche de ses nouvelles quand elles sont bonnes, et je ne sçay pourquoy estant si soigneux de donner part à vos amis de vos peines et de vos misères, vous négligiés de leur communiquer vos biens et vos avantages. Il me semble qu'il est bien raisonnable de les consoler après les avoir affligés et que la modestie est mauvaise qui ne fait pas seulement tort à vostre vertu, mais qui osfe à ceux qui sont intéressés dans vos affaires le soulagement que l'accroissement de vostre estime leur doit donner. 11 faut que nous apprenions de la voix publique les merveilles que vous faitles sur le Rhin et que nous recevions cette joye avec quelque doute ne la voyant point confirmer par un seul mot de vostre
^Histoire de Béarn, contenant l'origine des rois de Navarre, des ducs de Gascogne, marquis de Gothie, princes de Béarn, comtes de Carcassonne, de Faix et de Bigorre , avec divm-ses observations géographiques et historiques, concernant principalement lesdits païs.n Le volume, qui lut achevé d'imprimer le 20 décembre lOSg, parut dans les premiers jours de 16/îo, à Paris, chez Denyse de Courbe, veuve de Jean Camusat (in-fol.).
'^ Sur Louis d'Ouvrier ou Douvrier, également ami de Chapelain et de Silhon, voir un court, mais bien élogieux article dans le Moréri de
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
main. Est-ce qu'après de si grands efforts qu'elle a faits avec son espe'e elle juge désormais la plume indigne qu'elle la louche, et qu'elle aime mieux qu'on en ignore une partie, que de s'abbaisser à mi mestier qu'elle croit au dessous -d'elle?
Quoyque ce soit, vous ne pouvés faire que vous n aye's tort et que nous n'ayons grand sujet de nous en plaindre, '^oyés maintenant ce que vous ave's gaigné par vostre paresse qu'en un temps où vous devés attendi-e justement des louanges pour ce que vous avés fait, vous receve's encore plus justement du blasme pour ce que vous n'avés fait. Mais vous vous en estes sans doute rapporté à ce que M' de Guebriant en escriroit et avës creu qu'il rendroit tesmoignage de vous en rendant conte au Roy de ses propres actions, qu'il ne luy estoit pas permis de dissimuler, comme vous, dans la charge qu'il possède. Et vous avés bien eu raison d'avoir cette créance, car jamais homme ne parla si bien d'un autre qu'il a fait de vous et je vous donne avis que vous luy en devés une action de grâce particulière.
M' de La Perche a escrit une succincte relation de l'attaque des retranchemens à Madame vostre mère oti il l'asseure que vous n'avés point esté blessé et que la fortune vous a laissé acquérir de la gloire pure. J'en loue Dieu de tout mon cœur et le prie que cela continue tousjours de mesme jusqu'à vostre retour que nous nous figurons qui sera dans cet hyver.
On me vient d'asseurer que M""' de Brassac avoit esté choisie dame d'honneur en la place de M""" de Senescey. Je le souhailte pour l'amour de vous. Vous trouvères dans ce paquet une lettre de M' Conrarl avec l'extrait de nos nouvelles.
Aymés moy tousjours et me tenés , Monsieur, pour vostre, etc.
De Paris, ce i5 novembre i638.
]\P le marqius de Gesvre m'a veu depuis son retour. Il ne se peut dire combien il a acquis de gloire dans le malheur public. Nous parlasmes fort de la vostre dont il s'est fort resjouy et m'a prié de vous le tesmoigner.
A M. DE BALZAC
A BALZAC
Monsieur, je n'ay veu du sieur de Saint Blancat que sa Leucate et cette Nœnia pour M*' le DauGn et je vous avoue que dans l'un et dans l'autre de ces ouvrages, parmy beaucoup d'impuretés de langue et quelques sentimens faux ou superllus, j'ay rencontré des beautés ou, du moins, qui me paroissent telles, et qu'il m'a semblé que cette plume, repurgée par la connnunication des gens du mestier, avoit de quoy former un jour un slile qui ne seroit pas mesprisable, et qui pourroit mesme faire honneur à son pais. Ce n'est pas que j'ay creu qu'il peut jamais approcher de Virgile ny de Tite-Live quand il seroit parvenu au point de la perfection dont il est capable. Car s'estant proposé les caractères de Tacite et de Stace pour exemplaires ', il n'y a pas apparence qu'il ait aspiré à la louange de ces premiers. Mais comme ces derniers ont aussy leurs admirateurs et qu'on ne laisse pas de les estimer en leur genre, je croy qu'il y a peu de modernes qui ayent mieux réussy à les imiter que cettui cy fera , s'il a des amis qui le conseillent. Avec tout cela , je me remets à vostre dernière censure et
^ Exemplaire s'employait autrefois dans le sens de modèle à suivre , comme M. Littré l'a prouvé par des cilalions empruntées à Malherbe, à Corneille, à Bourdaloue, à La Bruyère.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
ne veux avoir d'opinion pour luy que celle que vous me donnerés. Il est véritablement admirable d'avoir fait un Stentor de M^' le Daufin trois jours après sa naissance, et vous. Monsieur, vous estes rare d'en faire un Gargantua ou Pantagruel naissant, pour mieux faire voir le vicieux excès de ce Gascon. Il n'y a personne que ce tonnerre n'ait troublé et qui ne l'ait condanne' à un perpétuel silence jusques à ses Gascons mesmes qu'un si grand disparate a ollensés. Mais il faut avouer que l'expression eu est belle et qu'il ne manque à ces deux vers que de n'estre pas à propos \
J'ai fait, au reste, beaucoup de diligences inutilement pour descouvrir qui estoit l'autheur de Ihyperbole. On m'a asseuré que ce n'estoit point Mesnage et je suis certain que ce n'est point Cberelles ^ qui est sur la mer depuis quatre mois et qui n'est descendu en terre que pour se faire prendre à la desroufe de Fontarabie. La dame qui l'a envoyé est la marquise de Sablé ^ à qui je veux faire une visite exprès pour luy tirer ce secret et vous faire sçavoir (:p.ii est ce galant homme. Il m'a passé par l'esprit que ce pourroit estre Coslart, mais sans m'y arrester, ne trouvant pas la chose assés ingé-
nieuse pour la luy attribuer. J'en garde une copie pour vous si vous en voulés contenter vostre curiosité. Vous trouvères tousjours noslre héroïne semblable à elle mesme en toutes les choses qui regarderont vos intérests , et vous n'avés besoin auprès d'elle d'autre soUiciteur que sa propre et royale générosité.
Je voudrois que l'on peust faire sçavoii' aux deux Pères poêles impertinens la pensée que vous avés eue pour leur correction ". Elle est si juste et si concluante que je croy qu'elle les guériroit à jamais de la veine poétique et qu'ils s'espargneroient les risées qu'ils attireront sur eux en continuant.
J"ny respondu par mes précédentes à tous les points de vos dernières sur l'affaire de M"^ de La Valette. Ce que j'y adjousteray en celle cy, est que l'on a avis de son arrivée en Angleterre sur un vaisseau escossois , qui par une bizarrerie de ia fortune, et sans nulle vallable raison, a esté poursuyvi par les Dunkerquois à cannonades comme les pyrates d'AIgier et de Marroque jusques dans le port de Pleymmouth. Il court un bruit fort affirmé, mais très faux, comme je croy, que M' le Cardinal, son frère, avoit ordre de s'en aller à Rome et que M' le Ma-
1 Voici ces deux vers, cités par Balzac dans la lettre XïII du livre XIX (p. 767 de l'in-fol.):
Ille ore horrendum lituis respondet aperto , Obscuratque tubas vagilu et lympana terret.
Balzac accompagne cette citation de ces plaisantes observations : «Bon Dieu! Quelle représentation de Monsieur le Dauphin au berceau : il me semble plustost d'y voir Pantagruel ou Gargantua qui épouvante sa pauvre nourrice. Quelle voix , bon Dieu ! qui fait plus de bruit que les tambours, et qui est plus esclalante que les Irompeltes! etc.. 75 — Dans une autre lettre (n° XVI du livre XIX, p. 771 de l'in-fol.), Balzac répond ainsi aux objections de Chapelain: ^11 faut que je me suis mai expliqué sur le subjet du poème Gascon. Je n'eus jamais dessein de le mespriser^
et moins encore Stace ni Tacite. . . îj Cette dernière lettre, datée du 6 janvier (sans indication d'année), doit être du 6 novembre i638.
^ Adam Bautru, sieur de Cberelles, était un des trois frères cousins germains de Bautru l'académicien. Tallemant des Réaux ( Historielles , t. II , p. Saa) dit que les trois frères «ont esté tous trois fort plaisans en leur espèce,» et que wle premier estoit d'espée, avoit de l'esprit, faisoit des vers, estoit un vaillant homme.» Le sieur de Cberelles était capitaine au régiment de la marine.
^ Madeleine de Souvré, marquise de Sablé, était alors âgée de quarante ans.
'' Les Pères Labbé et de Lingendcs, dont il a été question dans la lettre CCXVI.
i-eschal de Chastillon ira en sa place commander en Piedmont. U ne faudroit point, s'il vous plaist, parler de ce derniei- article.
J'ay eu la consolation aujourdhuy d'apprendre par une lettre de M^' le Duc de Longueville que son lieutenant général, M' de Feuquières ', commande' par iuy avec hoo chevaux, avoit desfait entièrement Savelly qui conduisoit une petite arme'e par l'Alsace à Brisac", duquel de'sormais on a grande espe'rance.
Je suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce 20 novembre i638.
M' de Montauzier a fait choses héroïques dans l'armée de M' de Veymar.
À M. LE MARQUIS DE MOMAUZIER
EN ALSACE
Monsieur, pour récompenser ' le peu de nouvelles que nous avons à vous mander des affaires publiques, je vous en manderay de particulières qui ne vous desplairont pas. Je ne dis pas la promotion de M""" vostre tante à la charge de dame d'honneur de la Reyne\ car outre qu'elle ne vous est plus nouvelle, vostre cœur qui est au dessus de toutes les charges ne vous permettra pas d'en fah-e dos feux de joie à Colmar et à Schelestad. Je dis le retour de M' le manjuis de Pisani non seulement de Picchnont , mais encore de l'autre monde où la maladie l'avoit fait presque aller, pour laquelle je ne doute point que vous n'en allumiés jusques dans vostre cœur. Au reste, quoyque la petite vé-
rolle ne l'ait pas embelli et que mesme elle l'ait rendu moins agréable, il n'est pas revenu de là moins galant qu'il y estoil allé, il y a mesme appris des ralïinemens de galanterie à la disputer avec les plus experts du mestier, et au lieu de s'en venir droit voir père et mère et contenter rimpatienc(> de tous ses amis de Paris et de la Cour, sa première descente a esté à Meziere, où il a fait la plus agréable surprise aux nimphes qui riiabitent^ quelles ayent eue de leur vie.
A vous en dire le vray, je trouve quil enjambe fort sur vos marches et je vous conseillerois volontiers d'en estre un peu jaloux. C'est un grand avantage pour Iuy que, les ayant quittées en mesme temps que vous, il les soit venu revoir si longtemps devant vous. Escrilures, vers, prouesses, tout ce qu'il vous plaira, les présents le gaignent tousjoui*s auprès des dames , et je ne vous respons pas, si vous tardés encore un peu, qu'il ne vous efface entièrement de leur souvenir. C'est assés dit pour vous faire au moins désirer de revoir la France et vous obliger à ne point perdre d'occasion d'y revenir.
Et , afin que vous connoissiés comme l'on récompense les gens de bonne volonté et que vous ne vous excusiés point sur nostre ingratitude, l'on fut deux lieues au devant de Iuy, 00 l'attendit deux heures de nuit au Pont des Fées à Saint Cloud; dames l'amenèrent à Paris dans leur char de triomphe, et dames furent le recevoir en triomphe. Et quelles daines! Les premières toute la maison de Mezières, les dernières une Princesse Julie, et une héritière d'Au-
' Manassès de Pas, marquis de Feuquières, lié à Saumur le 1" juin lôgo, mort à Tiiioiiville le i3 mars i6io, avait épousé Anne Arnauld. sœur du mestre de camp général des carabiiiiei s.
- Voir dans la Gazelle du a:? novembre iGSH (p. 701) une relalion intitulée : rrLn défait''
entière du duc Savelli, par le duc de Lonffueville avec la prise dn ses cornettes et de tout son hagage. '■
^ Compenser, comme nous l'avons déjà vu.
* M'"" la comtesse de Brassac (Catherine d'^ Sainte-Maure).
^ Les dames de Clermonl-d'Entraigues.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
biidiane'. Voyés maintenant s'il faut délibérer. Mesme gloire, mesme destin vous attendent, si vous avës le courage aussy grand pour le service de nos Repes que vous l'avés pour celuy du Roy. Mais vous me dire's que, pour le présent, ces deux services sont incompatibles et que le dernier vous tient attaché sur le Rhin avec une chaisne d'honneur plus malaisée à rompre que si elle estoit de diamant.
Ne vous descouragés point pourtant, et croyés que si vous nous manques , ce ne sera pas cette chaisne qui vous retiendra. Il y a desja quelque temps que je vous ay prédit vostre retour si Rrisac devenoit françois. Mes prédictions ne sont point mesprisables. Je devine, à cette heure, les choses comme un perdu, Brisac est prest de passer dans nostre parti. Par l'ayde du Seigneur et par vos grands exploits l'Alsace se donnera à ce grand Prince à qui vos belles actions auront donné cette place et vous ne serés plus attaché, comme un nouveau Prométhée, à ces infertiles rochers ny n'aurés plus de vautour qui vous dévore le cœur et vous assassine l'anie. Nous verrons, après cela, à quoy il tiendra et jugerons de M' le Marquis de Pisani ou de M' le Marquis de -Montauzier qui aura mérité le mieux la couronne de la galanterie ".
.le ne vous parle point de la joie que m'a apportée la desfaitte du duc Savelli tant pour vostre considération que pour celle de M°' le duc de Longueville que je suis ravy qui ait acquis un si beau laurier à l'avantage de nos desseins et pour l'infaillible prise de cette fameuse place. Vous la jugerés mieux vous mesme.
Je suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce aS novembre i638.