‹ Lettres. Publiées (volume 2)Chapitre 74 sur 134 · AI) MANS · texte numérisé non relu

AI) MANS

Monsieur, j'ay retardé huit jours entiers

' 5(c,pour ne sont. Chapelain, qui vient d'avouer qu'il ne relit même pas les lettres tant appréciées par Balzac, a, dans la rapidité de sa rédaction, rapporté au mot narration le verbe qui devait s'appliquer au mot histoires.

* Voir les Pièces concernant la personne et les ouvrages de Jacques Auguste de Tlwu, réunies dans le tome XV (p. i ig-ôgô) de la traduction de {'Histoire universelle (Londres, 178/1, in-i°).

' Cet infinitif du verbe courir, qui n'est pins

usité que comme terme de chasse, nous venait du moyen âge : M. Littré l'a trouvé dans Beaumanoir au xiif siècle, dans Commynes au xv', dans Montaigne au xvi°, et au xvu" dans Mallierbe, Descartes, Balzac, Bossnel, etc.

* Nicolas Bourbon.

^ Du bas-latin delpliinalis. Le mot delpliinal n'est point un néologisme, comme on pourrait être tenté de le croire : M. Littré a retrouvé cf mot dans une ordonnance de l'igg.

LETTRES DE JEA^ CHAPELAIN

àrespondre à la vostre conlre ma coustuuie, dans l'imagination que ma lettre ne vous seroit pas rendue faute d'avoir une addresse précise pour vous l'envoyer seurement. Mais enfin j'ay voulu courre ce hazard et perdre plustost une page de mauvaise escriture, que manquer à satisfaire à ce que je vous dois. Je vous escris donc au hazard pour vous dire que vostre acquit est tombé entre mes mains et vous asseurer que j'auray le mesme soin de vostre intérest que du mien , lorsqu'il plaira à Son Éminence Ducale ' de nous ouvrir le trésor de ses grâces. Je croyois, lundy dernier, rendre vostre despesche à M' i'abbé de Boisrobert, mais il venoit de partir pour Ruel , et je fus contraint de remettre la partie à la première séance de l'Académie. La perte est petite puisqu'aussy bien l'on ne parle point encore de cette distribution, et quil n'y a pas de ])laisir destre des premiers à la demander. Je luy feray passer vostre compliment plustost comme un hommage que comme une sollicitation et mesnageray en cela vostre honneur, de sorte que je ne gasteray rien et ne laisseray rien à faire.

Je suis confus de vos civilités et ne sçay que vous dire là-dessus, sinon que vous y estes excessif et que vous faitles trop de cas de peu de chose.

Au reste, je ne me consoleray jamais de la perte que nous avons faitte de M' le Conte de Belin qui m'a esté d'autant plus sensible que la crainte de sa mort m"estoit passée".

et que je l'avois creu absolument guéry par ce que vous m'en dittes la dernière fois que j'eus l'honneur de vous voir. Ce n'est pas icy le lieu de m'estendre sur sa vertu et sur sa générosité incomparable. Aussy ne vous en diray-je autre chose sinon que je n'ay jamais veu dame plus noble, ny d'amitié plus souhaittable que la sienne et, par conséquent, d'homme plus regretable que luy à une disposition d'esprit comme la mienne. Je vous loue de la résolution que vous avés prise de luy rendre les derniers devoirs et de l'accompagner à la sépulture. Sa bonté et les derniers tesmoignages qu'il vous a donnés de son affection exigent cela de vostre gratitude. Au milieu de vostre douleur vous sentirés du plaisir de faire ce (jue vous devés, et je m'asseure que vous n'en demeurerés pas là, et que vous donnerés à sa mémoire autre chose que des larmes.

Mais il faut laisser agir en liberté \ostre ressentiment et ne vous oster pas la satisfaction de n'avoir eu besoin pour vous y exciter que de vous-mesme.

J'ay sçeu la peine que vous aviés prise de venir chés moy devant que de partir j)our le Maisne, et jay eu grand desplaisir de ne m'y estre pas rencontré pour recevoir cet honneur. Je vous félicite de favancenient de VAthénaïs et me prépare à une grande joye quand vous la marirés à l'hoslel de Ramb[ouillet] \

Je suis. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce 27 novembre i638.

' Le cardinal duc de Riclielieu.

- L'abbé Goujel, dans sa notice sur Jean de Mairet [Biblioihèque française , t.XVIlI,p. i85), dit : «Il lui fui allaché durant six années, c'est-à-dire jusqu'à la mort de ce comte, que je mets au mois de novembre 1 638 , puisque Chapelain, dans une de ses iellres du 27 novembre de celte année, tâche de le consoler sur la perte qu'il venait d'en faire, n On voit quelle est l'erreur de ceux qui onl fait mourir le proîec-

tenr de Mairet le 7 décembre 16/12, assassiné par le marquis de Bonnivet.

' L'abbé Goujel {Ibid., p. 189) donne, par erreur, la date de i635 à la tragi-comédie dMthénaïs, non encore achevée à la fin de i638. Lo même critique s'est encore trompé (p. 187) en déclarant que la dernière des pièces de Mairet est sa Sidonie, rqui est de 1687. ?> Mieux informé, M. Livct dit (Précieux el Précietucs, p. 65) : rVAlhénaïs fui imprimée en 16 '12.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

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