À TOLOZE
Monsieur, je ne scay ce que je vous escrivis, il y a cinq ou six mois, en response de la lettre que je receus de vous avec vos beaux vers et la Leucate de M"^ de Saint-Blancat. Mais je sçay bien que je vous escrivis en grande haste à mon ordinaire entre mille occupations, et il me souvient bien qu'en achevant ma lettre, je fus fort mal satisfait de raoy-niesme, et que je creus n'avoir point assés dignement Iraitte' vostre vertu. Je ne m'excuse point loutesfois envers vous ni du mauvais stile ni de la froideur de mes éloges. Il y a longtemps quej'ay accoustnme' tous mes amis à n'attendre point de moy de lettres estudiées, et pour l'espargne de mon temps dont j'ay Irès-grand besoin, ils ont trouve' bon qu'en leur escrivant je travaillasse seulement à me faire entendre et ceux qui sont plus de loysir que moy m'ont bien souvent rendu de l'éloquence pour de la naïveté que je leiu' donnois. C'est ainsy que M"^ de Balzac et moy traittons ensemble. C'est ainsy que M' de Grasse vit avec moy, et c'est ainsy. Monsieur, que vous en avés voulu user, m' envoyant pour response à mes paroles nues un discours si orné et si brillant qu'il pourroit disputer la palme à ceux de nos plus fameux escrivains.
Vous me pardonnes donc bien sans doule si je ne suis point sorti de mes anciennes maximes pour vous , et quoyque je ne vous
ave pas loué comme vous le mérités , je veux croire aussy que vous avés tiré mes bons sentimens de mon mauvais langage et reconnu que le seul loysir me manquoit pour vous rendre ce que je vous dois. Cependant, puisque je vous puis parler avec sincérité, croyés-moy sincèrement qu'autant que je suis capable d'en juger, soit en prose, soit en vers, que vous escriviés dans nostre langue, vous y acquererés beaucoup d'honneur et en ferés à vostre patrie. Je vous voy manquer fort peu de chose pour vous mettre au rang des meilleurs et croy vous devoir ce tesmoignage candide afin de vous exciter à cultiver ce beau talent que Dieu a mis en vous. Et je ne vous dis pas cecy seulement pour ce que vous faittes en françois, mais encore pour les vers latins que j'ay ieu de vous dans vostre recueil dont je ne vous parlay point dans ma précédente et qui méritoicnt extrêmement que j'en fisse un article à part.
J'en ay, depuis, entretenu M' le Président deCaminade et, à son retom% vous apprendrés de sa bouche mesme à quel point je les luy ay aussy estimés. Je suis bien aise que vous ayés travaillé, après tant d'autres, à cette divine Phillipique qui cousta la vie à Cicéron \ Ce sera sans doute avec l'émulation et l'ambition qu'elle mérite, et je veux croire que vous avez laissé bien loin derrière ceux qui ont fait devant vous cette traduction.
J'approuve aussy fort vostre dessein de faire parler bon françois Hérodote ^ et je
Mairet, qui était alors au Mans, la dédia à M. de Lavardin, évêque de cette ville.-5 M. Livet cite ensuite ia dernière phrase de ia présente lettre, en remplaçant les mots : meprépare à une grande joye, par les mots : me prépare une grande fêle. ' Les Philippiques sont de l'an lik avant l'ère chrétienne, et Cicéron expia, l'an iS, ie crime d'avoir dirigé contre le vil Antoine les foudres de
son mcomr
CUAPELAIN.-
)parable éloquence. La traduction du Doujat n'est signalée par aucun des biographes de cet érudit, qui se contentent de citer .sa traduction de Velleius Paterculus ( 1672 , in- 12).
- Ce projet de Doujat fut-il jamais réalisé? Ni ses biographes ni les divers traducteurs français d'Hérodote n'en ont fait la moindre mention.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
m'asseure qu'il vous réussira extrêmement. Surtout vous me resjouissés bien de me dire que vous voulés faire une Ode pour vos Jeux floraux. Car, à vous dire le vray, quel- (jue effort d'esprit et de versification quil Y ait dans vos chants royaux ^ et dans vos ballades , et quelque louange qu'on doive à ceux qui s'en acquittent bien comme vous, toutes ces sortes de poésie ancienne ont perdu leur crédit dans ce siècle, et l'on ne les lit point à la Cour avec l'équité qu'il faudroit pour obliger les esprits à se donner la gesne pour y réussir, et mon avis est qu'il ne faut jamais se donner la peine que pour plaire et que, le moins que l'on se peut proposer en se travaillant, c'est d'avoir l'approbation du public.
J'ay appris avec beaucoup de joye que les trois premiers livres de l'Histoire de M' de Saint-Blancat soient prosls à mettre sous la presse ', et j'ay grande in)paticnce de voir cet ouvrage qui ne peut eslre qu'excellent, puisqu'il est de luy, à qui je me tiens fort obligé du tesmoignage de sa bienveillance et de ce qu'il me veut bien recevoir au nombre de ses approbateurs. Vous me ferés faveur de lasseurer de la continuation de mon service et de l'estime que je fay de sa vertu.
J'ay receu , avec vostrc lettre, un livre d'une i)ersnnnp dont le nom esloit venu
jusques à nous, avec beaucoup de réputation. Je l'ay ouvert en quatre ou cinq endroits et y ay trouvé partout du sçavoir, de l'esprit et de rélocution. Mais je vous en parleray quelque jour plus avantageusement , quand je l'auray leu, comme il se doit lire, à loysir et attentivement, et non pas à la baste, comme j'ay fait quelques lieux, en le recevant aujourdliuy que je vous escris ainsv sur le champ , de peur de vous laisser croire, en retardant ma response, que le livre et la lettre ne se fussent perdus en chemin , car il y a trois mois (pie vous en avés chargé les messagers.
Je suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce 27 novembre i638.
À M. L'ÉVESQIJE DE GRASSE (tiODEAL).
À Gr.ASSE.
Monsieur, j'eus tort de vous oscrire sur le sujet (le M*" le Daulin comme je fis, puis- »jue vous en dévies |irendre l'alarme si chaude et que [ce que] je ne vous disois qu'en raillerie a esté pris de vous si sérieusement. Celuy qui désira de voir un cantique de vous sur celle naissance fut un homme bien éloigné d'estat el de volonté de vous nuire el qui, au contraire, vous serviroit bien volontiers \ si la fortune ne l'avoil
' On trouvera 1111 échantillon de ces Chanis 1-oyau.v dans les Œuvres de Jean Dus, poète bordelais de la premièi-e moitié du xvi' siècle {Collection tnéndionak, t. VI, 1870, p. 58 -60): Chant royal allégorie, par lequel fust gaignée la fleur de l'esglantine , à Tbolose. Voir sur divers autres chants royaux conservés dans le livre rouge des niainleneurs de la gaye science ( lôSg-iTiSS), une lettre de M. le docteur Desharrcaux-Bernard, à la suite des Œuvres de Jean Rus ( Appendice , p. G3-fir,).
^ Balzac (lettre déjà citée, p. 7O9 de Tin-foi.)
dit au sujet de ce travail do riiislorion-poëte : «... Pour un commencenienl d'histoire do noslro temps, il faut bien qu'il se change, ot qu'il se refornio avant que de ressembler à Tilc- Live.*^ Les auteurs de la Bibliothèque historique de la France mentionnent (n° 31862) : Rerum Gallicarum liber sextus et septinms, ab anno i63a ad annuin i635; auctore Joanne Saniblancato , Tolosate {Tolosœ , 16^19, in-S").
^ C'était Balzac, comme on l'a déjà vu par la citation d'un passage d'une de ses lettres (n" XII du HvreXlX).
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
recoigné '•en Argouinois et rendu incapable de se procurer de l'avantage à luy-mesme. Ce qu'il m'en escrivit estoit obligeant pour vous et me faisoit paroistre qu'en cette matière il ne falloit rien attendre de bon que de vous. Sur ce fondement je bastis l'alle'galion de M' Bertaud et de ces vingt années qu'il avoit sur vous dans la condition Episcopale, et la chose n'a esté veue ny proposée par aucune personne qui vous doive donner de peine, et vous estes en pleine liberté de n'en rien faire sans craindre d'offencer les supérieurs. Si vous le faisiés, vous pourries le faire en forme de Cantique de louange sans estre obligé à louer autre que Dieu. Mais, comme je vous dis, il n'y a nul péril à courre en ne le faisant point. Je n'ay pas eu le courage de vous laisser en peine un moment encore.
J'ay beaucoup de joye que vous soyés hors de vostre poème de la Vierge, et si facilement, après une discontinuation de travailler assés grande. M"" la Marquise de R[ambouillet] , à qui je fis vos baise- mains de sa response sur vostre ordre, m'a chargé de vous dire que sa faiblesse et l'infirmité de son corps luy commencent à plaire depuis que vous en avés si bien parlé dans vostre dernière lettre. Son avis est que vous faciès un nouveau Cantique de la Vierge.
Je suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce 3 décembre i638.
A M. DE BALZAC
Monsieur, quand M' de La Mothe verra l'éloge avantageux que vous faittes de son livre dans ma lettre et les tesmoignages d'estime et d'amitié que vous luy donnés, je ne croy pas qu'il n'en meure de joye, car il m'a semblé, depuis trois ans, qu'une de ses plus fortes passions estoit d'eslre bien dans vostre esprit et d'avoir une véritable part en vos bonnes grâces ^. Je n'ay peu encore luy faire voir ce que vous m'avés escrit à sa louange pour ce qu'il est tousjours limitrophe des Chartreux^, et que je ne voyage jamais en cette Province que durant les plus fortes gelées, afin que si je manque à le trouver, comme il arrive ordinairement, j'aye la consolation de m'estre eschauffé sans me charger de crottes. 11 est certain que s'il n'étist point eu de pem\ de passer pour partial dans un discours où il traittoit la question en homme' désintéressé , vous eussiés eu beaucoup plus de marques du sentiment qu'il a de vos merveilles, et lorsqu'il me monstra l'endroit où il parla de vous, ce fut avec un tremblement qui faisoit bien voir la crainte qu'il avoit que vous vous y trouvassiés froidement loué. C'est véritablement un homme d'honneur, et à qui il manque peu de chose pour estre l'un des plus excellens hommes de France.
' Sic pour 1-encogner, pousser, serrer dans un coin. ^I. Littré n"a trouvé rencoffner dans aucun écrivain antérieur à Saint-Simon. Rmcofpier ne figure ni dans le Dictionnaire de Richelet ni dans celui de Trévoux.
- Xous n'avons pas la lettre où Balzac faisait Véloge avantageux des Considéi'ations sur l'éloquence française de ce temps, car ce n'est pas de cet ouvrage que parle le correspondant de Chapelain dans la lettre XIX du livre XXII (p. 855 de l'in-fol.). Cette dernière lettre est datée du
1 5 juillet iG4i et est peut-être de i6Ao, année où La Motlie-le-Vayer publia son traité De l'instruction de M. le Dauphin (in-Zi"), ou de 16^2, année où il fit paraître son traité De la vei-tu des païens (in-Zi°). En 16/11, aucun livre de La Molhe-le-Vayer ne vil le jour.
3 On a déjà vu que La Mothe-le-Vayer était un habitant du faubourg Saint-Michel. Les Chartreux demeuraient dans l'ancien château de Vauvert, situé entre les terrains occupés aujourd'hui par le Luxembourg et l'Observatoire.
LETTRES DE JEA.N CHAPELAIN
Quant au Pliitarque que vous luy appliqués, je croy qu'il le repre'senteroil mieux dans les Opuscules que dans les Vies et je doute que ses Narrations valussent ses trailtés physiques ou moraux. Néantmoins je serois marry que mon opinion vous fist diminuer Testime que vous avés de luy pour toutes choses et vous prie de mettre ce jugement au nombre des téméraires aussy bien que moy. Je ne vous puis que dire du progrès qu'il a fait dans la fortune, quoyque je sache qu'il en ait besoin et que toutes ses dédicaces ne tendissent que là. Il a désiré avec passion d'cstre de l'Académie pour parvenir à la penlion, et, entre nous, sans l'excuse de la pauvreté qui passe par dessus toutes choses, on eust trouvé chés M' Du Puy qui! en auroit trop fait pour un Philosophe. Depuis, les choses s' estant assés bien disposées pour luy faire avoir ce contentement, comme je luy en donna y l'asseurance, il me sm-prit par la froideur avec laquelle il la receut et la prière qu'il me lit d'empescher (jue cela ne passasl pas outre. Je jugeay, dès lors, qu'il avoit obtenu, sans l'Académie, la chose pourquoy il vouloit espouser l'Académie'. Mais, comme je ne suis point curieux des alfaires d'autruy, je n'en ay rien sceu au vray et j'atlens qu'il me le die, connoissant qu'il le faut laisser venir et agir ainsy avec luy.
Je vous envoyé, ce voyage-cy, la comédie
du Garo que vous me renvoyerés , s'il vous plaist, avec vostre opinion et vostre punctualité ordinaire ", Je n'ay peu obtenir de l'un de mes amis qu'il me prestast celles de l'Ariostequi sont cinq, telles qu'après celleslà il n'y a point moyen d'en lire d'autres, et qui sont composées avec un esprit entre celuy de Plante et celuy de Térence, égal en mérite et en beauté à tous les deux. Il en fait son trésor et avec raison \ M' Voiture m'en a emporté la première qu'ils appellent iSupposili faittes en concurrence des Captives de Plante. Si elle me revient, je vous lenvoyeray aussy tost. Je n'ay pas voulu encore tenter de ftiire emprunter les oraisons et épistres de Victorius à M " Du Puy, sachant |)ar leurs familiers qu'ils ne prestent point leurs livres pour porter à la campagne et ne voulant point bazarder d'en avoir un refus. Si néantmoins tout autre moyen me manque, je les leur feray demander et vous les envoyeray. J'asseureray M' Arnauld de vosti-e ressentiment et de vostre bienveillance, et pour les copies que vous voulés du crucifix de Melan. je suyvray en tout l'ordre t(ue vous me j)rcscrivés lii dessus.
Je suis bien consolé de ce que vous me mandés de M' d'Espernon et me tiens par vous bien mieux informé que ceux qui ont receu nouvelles de Guienne qu'on luy avoit fait commandement de se retirer de Plassac
* La Molhe-le-Vayer devint membre de l'Académie française en février 1689, comme nous le verrons dans une des lettres suivantes.
^ Balzac (lettre XVII du livre XIX, p. 771 de riu-fol.) répond ainsi à ce passaf[e : «Je vous renvoyé la comédie d'Ânnibal Garo, que je viens d'achever de lire. Elle me semble bonne et judicieuse, mais je pense qu'il y en a de meilleures.» Celle lettre, dalée du 19 mai i638, doit être du 19 décembre de la même année.
' Balzac (ibid.) se moque en ces termes de cet ami de Cbapelain qui aimait si peu à prêter
ses iivrts rares : «Pour les comédies d'Ariosle dont vous me parlez, je les ay leues à mon voyage de Rome, et volontiers je souscris au favorable jugement que vous en faites. Celuy qui me les fit voir, ne les lenoil pas si chères que vostre ami de Paris : et certes, si cet ami est marié, il y a de l'apparence qu'il ne perd point sa femme de veue. et qu'il la mène iuy-mesme rendre ses visites. . . - Les cinq comédies de l'Arioste avaient paru à Venise, les deux premières en 1 535, les trois autres en ibli-2, i5û6, 1567. Les cinq pièces reparurent réunies en i55i (Venise, 1 vol. in-19).
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
à Cauniont'. M' le Cardinal, son fils, a couru fortune d'estre massacré avec tous les François qui sont en Piedniont par une conspiration tramée par le Cardinal de Savoye contre eux et contre Madame la Duchesse et son fils. La conjuration descouverle, elle a mis dans la citadelle de Turin un régiment françois.
Je suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce \' décembre i638 ^.
À BALZAC
Monsieur, vous avez le don de vous parfaittement expliquer et jamais homme ne se donna si bien à entendre que vous, mais c'est moy qui suis ténébreux et qui ay besoin continuellement d'interprète pour descouvrir noes intentions. J'ay fort bien entendu ce que vous m'avés mandé avec un exquis jugement des ouvrages du Poète historien de Gascogne^, mais j'ay sans doute fort mal ex-
primé mon sentiment qui estoit conforme en tout au vostre, puisque par vostre response je m'apperçois que vous croyés que nous ne soumies pas d'accord. Avec tout cela je vous l'ay loué en son genre et vous ay dit qu'il seroit estimable s'il estoit réformé par conseil. Et je vous avoue que j'ay ce sentiment de luy quoyque je voye beaucoup de choses à dire, outre cette première du mauvais choix des autheurs qu'il s'est proposé à imiter. Je pense voir en cet homme un certain génie poétique, mais qui, à la manière de LucWius , Jliiit îutukntus' et auroit grand besoin d'estre chastié et repurgé pour se pouvoir dire excellent dans son caractère. Il m'a fait des baise-mains depuis peu par un de nos amis communs^ à qui j'ay donné commission de l'exhorter à travailler et à se nettoyer, s'il veut que son ouvrage vive. Je l'en aymeray davantage puisqu'il a rendu tesmoignage dans ses Sylves '' à vostre vertu.
Naugerius m'a fait dépit, toutes les fois que j'ay pensé à son sacrifice', et je serois
' Il s'agit du château de Caumont, en Lan guedoc, dont Jean -Louis de Nogaret porta le nom dans sa jeunesse.
- Le 7 décembre. Chapelain écrivait à Montauzier(r 636): «Vostre retour au camp de S. A. de Veimar nous tient en peine , car il nous semble que c'est sans nécessité, et nous croyons que la seule joye que vous avés de battre les ennemis et de les forcer dans leurs places n'est pas une assés bonne raison pour vous engager à ces nouvelles galanteries et nous faire trembler pour vous. Vous avés tant d'honneur acquis que désormais vous ne sçauriés en chercher davantage sans passer pour insatiable et imiter en quelque sorte ces joueurs avares qui ne se peuvent retirer qu'ils n'ayent raillé le reste de tous les autres , ce qui souvent leur fait perdre le leur.. . Au reste il ne faut pas que vous eussiés si faim que vous me le dittes dans vos dernières lorsque vous escrivistes à M. Conrart et à M"^ Paulet les spi-
rituelles cajoleries dont vos lettres sont remplies. Pour le Sonnet de IVP' le Daufin, c'estoit assés que vous ne le missiés pas au nombre des poésies qui dévoient faire repentir la Reyne de son accouchement, sans luy donner les éloges que vous avés semés dans ma lettre ot dans les autres."
^ Saint-Blancat.
*" Souvenir du vers d'Horace sur Lucihus {Satir. lib. I, sat. IV, vers. 1 1 ) :
Quum flueret lutulenlns. erat quod toIlere voiles.
^ Doujat.
^ De sylva, forêt. M. Littré n'a cité, sous le mol .S'ï/foes , qu'un écrivain du xix'siècle, M. Raoul Rocliette, mort membre de l'Académie des inscriptions, et secrétaire perpétuel de l'Académie des beaux-arts, en juillet i856.
' Balzac avait dit (lettre déjà citée, de la page 771 de l'in-fol.) : wll est vray que Naugerius fit un sacrifice au dieu Vulcain , des sylves qu'il avait plantées à l'imitation de celles de Stace : mais
su
LETTRES DE JEAN CHAPELAIIV
bien marri que son contemporain Politian ' en eust fait autant. Ce sont lousjours des lectures agréables si elles ne sont utiles, et de ces sortes de jeux d'esprit il me semble qu'il n'y en sçauroit jamais trop avoir.
Vous n'aurés point la mauvaise énigme que vous appréhende's". Vous sçaure's seulement qu'elle nest pas meilleure en sa forme qu'en sa matière , bien que son cbétif autbeur se soit mis en toute posture pour lembellir et qu'il y ait employé' la^ prose aussv bien que les vers. Si la dame qui les a produits n'estoit pas mieux fournie de galants, elle seroil réduitte à une condition bien de'plorable. Mais elle y donne bon ordre et seroit bien marrie de faire ce tort à sa réputation '.
J'approuve fort que vous respondiés civillement aux civilités de nostre abbé vaille que vaille ". Il est bon garçon et serviroit volontiers , mais ses inlérests et les importuns Taccablent, et bien souvent, à force d'afï'aires, il ne se souvient pas mesme de ceux qu'il voit et qui luy parlent.
J'ay veu M' de La M[esnardièreJ par bazard et luy ay fait voir son immortalité dans voslre lettre. Il ne se peut dire combien son ambition en a esté flattée et la joye qu'il
a eue de se voir si beau cbés vous. Il y aura plaisir quelque jour de voir si nous nous sommes rencontrés dans nos observations sur son ouvrage ^ et si vous n'avés point esté plus orateur qu'historien dans l'éloge que vous luy avés donné. Je ne suis pas marry du petit sentiment que vous avés des matières et de la doctrine qu'il vous a occupées. Ce vous sera un aiguillon pour vous exciter à ne nous plus retenir ces belles méditations de voslre solitude, afin que luy ou dautres ne vous achève pas de prendre vos matières et ne leur oste pas pour vos escrits la grâce de la nouveauté.
Je ne suis en nulle peine des livres que je vous ay envoyés et que je vous envoyeray encore, si je puis. Vous devés avoir receu maintenant la comédie du Caro. Je cherche cette Enéide du volume qui seroit le plus commode pour vous la faire teuir. Elle est en vers libres et non rimes, très-pure florentine, et. ce qui vous y plaira sans doute, pleine de beaux eflbrts de stile aux lieux où Virgile y a employé tout ce qu'il sçavoit.
Pour ces epistres et oraisons de Victorius . cest une autre all'aire. M' Des Cordes, qui- Ta, est moribond \ et n'attend que d'estre suffoqué par sa pierre, si bien qu'on ne peut
je n'approuve pas sa mauvaise humeur, ni ne conseillerois à AI. de Sainct-Blancal de faiie la mesme chose des siennes, que j'ay veues de l'impression de Thoulouse. Outre leur mérite que je considère, j'y ay quelque sorte d'inléresl, parce que j'y suis nommé magni Balzacius oris , si toutefois il entend par là que jaye l'éloquence de Cicéron, et non pas la gueule de Gargantua. - Sur Naugerius (nom latinisé d'.\ndré Navagero), voir la note 3 de la page 4 79 des Mélanges historiques. Lettres de Balzac, n° XXIV.
' Ange Ambrogini, surnommé Polilien, naquit en i65i et mourut en i/igi.
- L'énigme- épigramme dont il a été déjà question et dont le cliatouilleux Balzac se préoccupait l)eaucoup.
2 Quelle terrible tirade contre M""* de Sablé ! cl quelle confirmation pour cette phrase de Tal- Icmanl des Réaux (t. Ill, p. 128) : -J'ay desja dit qu'elle avoil esté fort galante, r
'' L'abbé de Boisrobcrt.
^ Hippolyte Jules Filet de la Mesnardiére publia, en i638. deux ouvrages: ïes Baisontiements sur la nature des esprits qui servent aux sentiments (1 vol. in-12), et sa Traduction du panégyrique de Trajan (1 vol. in-i°). Sa Poétique ne parut que deux ans plus tard. Voir, sur cet académicien (il ne le devint qu'en i655), la noie a de la page 668 des Mélanges historiques. Lettres de Balzac, n" XCV.
'' Celait le célèbre bii)liopliile Jean de Cordes ou des Cordes, chanoine de Limoges,
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
faire de fondement sur luy. W le président de Mesmes est trop jaloux de ce qui! possède pour le souffrir seulement sortir la porte de son logis'. Je vous ay mandé de M" Du Puy ce que j'en ay sçeu. M' L'Huillier seul ne désespère pas de le trouver et en est à présent en queste.
J'ay grande impatience de voir ce je ne sçay quoy, que M' rOlTicial me veut envoyer, et c'est un grand point qu'il n'y a qu'à le copier. Je vous prie de l'en solliciter fort et demeure. Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce ii décembre i638.
Depuis la desfaitte de Savelli, M^' le Duc de Longueville a pris Lunéville de force par une attaque généralle et son cbasteau à discrétion -. Ensuitt£ il a conduit jusqu'à dix lieues de Brisac les trois mille hommes de secours qu'il envoyé au Duc pour en favoriser la prise , et ce convoy ne s'est pas fait sans remporter de nouveaux avantages sur tout ce qui s'est rencontré sur son chemin. Si cette ville se prend, il en sera la véritable cause, sine qua non. M' le cardinal de La Valletle est mal en Italie.
CCXXXllI.