A M, L'ABBÉ DE SALM-MCOLAS
À POMPONNE
Monsieur, vos craintes alToiblissent mes
qui, selon le Moi'éi-i, « a passé pour un homme d'une grande iitléralure , et pour amateur des bons livres, n et qui «se satisfit là-dessus en formant une des plus curieuses bibliothèques du royaume, -1 dont ruous avons un très-ample catalogue, fait par Naudé et imprimé en un volume in-^Vn i6/)3.n Jean de Cordes, déjà si malade à la fin de i638, mourut à Paris en 1G62, âgé de soixante-douze ans.
' Henri de Mesmes, président à mortier au parlement de Paris depuis 1697 jusqu'à sa mort (i65o), possédait beaucoup de hvres et de manuscrits. Voir sur la bibliothèque, qui était restée
espérances, comme mes espérances alïoiblissent vos craintes. Vous ne les diminués pas néantmoins de telle sorte que je croye rien de désespéré encore pour le Duc de Weimar et je persiste à dire que, selon mon sens, il prendra plustost Brisac que de le manquer, et, qu'à moins que d'une peste ou d'une inondation ou d'une glace universelle, l'espérance qu'il a de la réduire en son pouvoir ne sçauroit faillir. Autrement il faudroit que toutes les règles de la guerre fussent fausses, et que les circonvallations bien munies de toutes choses ne servissent de l'ien. Il faudroit que les deux prises de Breda . celle de Bolduc, celle de Mastricht fussent plustost arrivées par la lascheté des armées qui les secouroicnt, que par les justes avantages que donnoient aux assiégeans les forts et les lignes du campement. En un mot il faudroit que le duc de Veimar fut un petit capitaine et ses soldats des païsans nouvellement levés et que Gœtz, Savelli, Horst et le duc Charles fassent plus vaillans et plus prudens que le Marquis de Spinola et le Prince d'Orange et que leurs armées valussent mieux que les vétérans de la milice d'Espagne et de Hollande.
Et, de fait, par les dernières nouvelles que M° le Duc de Longueville a eues de VP le Duc de Weimar qui doivent estre du vu" de ce mois, car les lettres de mondit
dans la famille de Mesmes pendant près de deux cents ans, les curieux détails donnés par M. Léopold Delisle {le Cabinet des nianuscrils, t. l,p. 397- Z107). Le savant historien de la BibliotLèque Nationale ne manque pas de signaler (p. 899) le vilain défaut, déjà dénoncé par Chapelain, du magistrat collectionneur : «Nous voyons dans les lettres de Nicolas Heinsius et d'Isaac Vossius, en i6i5, que Henri de Mesmes était jaloux de ses manuscrits, qu'il n'aimait pas à les laisser collationner, et que Valois seul pouvait les consulter, w 2 On Ut dans la Gazette du 27 novembre i638 (p'. 716) : r.De Nancy, le 18 novembre.
Seigneur sont du v de Nancy, S. A. ne fait comme point de difficulté' à la prise de la place, ce qui me fait croire ([u'il a receu ce dernier secours entier, mais seulement à la munir tellement après sa prise que les forces impériales, qui seront alors en grand nombre , ne le puissent point après mettre en péril. Je voudrois que nous en fussions là, quoiqu'ils disent que la place ne se peut garder à moins de deux mille cinq cent hommes de garnison et un fonds d'entrée de cinq cent raille francs. Nous verrons ce que nous apprendront les lettres de Basle le mercredy à midy, car la saison retarde les couriers d'un deiny jour, et si Lauflerahourg ou Huninghen auront esté attaqués ou pris. Pour les vivres , il suffit qu'il y en ait dans le camp pour un mois, mais encore comme on le mande; car, la ville se prenant, Basle et Strasbourg fourniront d'importance, moitié d'amitié, moitié de crainte. 11 y a une mortalité eslrange de chevaux dans les trouppes de \F' le Duc de Longueville, et je ne m'en console que par la créance que j'ay que ces deux mille chevaux d'Horst ne subsisteront pas mieux dans l'Alsace où il y a longtemps que le fouragc est bien court'.
Je plains fort M' le cardinal de La Valette et nos intérests de là les Monts.
Je quitte ^ M' vostre frère de la manica ' qu'il me veut donner à la nouvelle du succès de Brisac, car je me la donneray moy niesme et croiray estre assés payé par le plaisir que j'en auray. Mais c'est grand cas que personne ne m'a encore bien sceu dire
Le duc de Longueville a pris par force Lunéville où il a tué plus de quatre ccnis soldais. ■«
' Pour toutes les circonstances de guerre indiquées dans cette lettre, et qu'il serait trop long d'éclaircir les unes après les autres, je me contente de renvoyer aux mémoires du temps, surtout à ceux de Montglat, et aux histoires du
si M' de V'eimar avoit fait la circonvallation de deçà , comme il se l'estoit proposé dès le commencement du mois passé. 11 n"y a toutesfois point d'apparence qu'il y ait manqué et en ce cas-là je persiste et espère bien plus que je ne crains.
Je suis tout vostre.
De Paris, ce li déccQibre i638.
A M. DE BALZAC
Monsieur, je regarde les louanges que vous donnés à mes simples et trivialles pensées comme de douces exhalaisons que le feu de vostre amitié tù-e de vostre bon naturel pour ceux que vous sçavés qui vous honoient parfailtement et vous chérissent avec tendresse, et sans m'amuser à faire le modeste en les rejettant, il me suffira de connoistre ce que j'en dois croire et de n'en entrer pas pour cela en vanité. J'ay le vray mérite que je souhaitte le plus, puisque jay celuy de vous plaire, et quand vous me voudrés rendre véritablement glorieux , vous [n'avés] à me dire autre chose pour éloge, sinon : vous me plaises. C'est à moy maintenant à faire en sorte que je ne vous desplaise point à l'avenir et que je demeure pour mon honneur aussy bien que pour ma satisfaction dans l'avantageuse posture où me met vostre bienveillance.
Vous failles grâces, au reste, à l'idée de mon historien de l'approuver avec les défaux que je vous ay laissé voir sans le penser faire, car par vostre response je voy que
règne de Louis XIII, surtout à celle du P. Griffet.
- C'est-à-dire : Je tiens quitte, je dispense. M. Littré n'a cité pour l'emploi de quitter-, dans ce sens, que des écrivains postérieurs à l'époque de Louis XIII, tels que Bossuet, M"' de Sévigné, Racine, La Bruyère, Molière, etc.
^ Mot italien qui signifie manche.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
je vous l'ay représenté comme enncmy de toutes sortes d'ornemens, ([uoyque moy mesme je naye pas eu cette intention, et qu'il m'ait sullV, pour conserver la gravité qui est en iuy une partie essentielle, qu'il n'ait aymé que les ornemens qui pouvoient compatir avec elle et que surtout il n'y parust rien de mol et daflecté. Car je ne croy rien de si contraire au dessein de persuader et de faire impression sur les esprits, que de monsti-er de l'art et de la culture. Ce qui estant mesme receu pour vray dans l'éloquence le doit estre incomparablement plus dans la narration des actions des hommes dont la vérité, qui ayme à marcher toute nue. fait l'unique matière et l'absolu fondement. Autrement la vérité mesme, estant parée , deviendra suspecte et l'on croira , à son préjudice, que celuy qui aura tant eu de soin des paroles, aura négligé les choses, et aura plustost cherché le sujet pour le stile, que le stile pour le sujet.
L'histoire donc, selon moy, aura des ornemens, mais ceux-là seulement que peut donner une belle nature sans le secours de l'art, si elle se veut conserver le crédit et paroislre moins roman qu'histoire. Entre celles qui méritent ce nom , je conte bien asseurement Tile-Live, Saluste et Tacite, quoyque pour le premier on Iuy conteste ses concions ' du premier siècle de la République, lesquelles véritablement ne passent point pour originales. Il est vray qu'elles sont si sévères, si fort du sujet, si peu enjouées, que, pour peu que l'on ayde à se
tromper, on les croira véritables, et, avec ces conditions , je ne croy pas qu'elles Iuy doivent faire perdre le nom de parfait historien. Les deux autres me semblent divins et je les proposerois d'autant plustost pour modelles que Tite-Live, qu'ils n'ont guères escrit de choses dont eux ou leurs pères n'eussent esté témoins, et qu'ils se sont donnés le soin de venir dans le détail des choses et de toucher leurs motifs cachés, qui sont les parties, à mon avis, essentielles qui constituent la forme du vray historien.
Pour César et Suétone, quoyqu'admirables en leur genre , je les appellerois plustost relateurs qu'historiens, et dirois qu'ils auroient plustost escrit des mémoires et des vies que des histoires. A un autre (jue vous, c'est à dire à un escolier et non pas à un maislre, je m'expliquerois davantage de ces distinctions, mais parce que j'en dis, vous voyés assés clairement si je suis en erreur on si je suis dans la bonne voye.
Les histoires qui tiennent du roman et qui cherchent le délectable plustost que l'utile, sont celles de Quinte-Curse et celle de M'' le c[ardinal] B[entivoglio], que leurs autheurs ont entreprises pour faire valoir leur esprit et leur langage, et qu'on lit avec plus de plaisir que de profit, plus en se jouant que sérieusement; et je ne mets guère de différence entre elles et les Théagènes ' et les Argenis\ Pardonnes à l'intempérance de ma plume. Je reconnois que je prosne " lousjours sans nécessité et ennuyeusement,
' De concio , discours, harangue. Nous lisons dans le Dictionnaire de Trévoux : <.'. Ce mot, qui se voit dans Nicot, Monet et Cotgrave, est hors d'usage à présent, n
^ Chapelain a voulu sans doute parler des Ethiopiques, ou amours de Théagène et de Chariclée, roman composé, au iv' siècle, par Héliodore, le futur évêque de Tricca.
- VArgenis est le fameux roman de Jean Barclay, dont la première édition fut donnée à Paris , chez Buon, en 1622, in-8°, par les soins de Peiresc.
4 Prôner est là pour prêcher, faire des prières. M. Lillré n'a cité d'autre emploi du mot prôner, pris dans ce sens, que celui qu'en a fait Voltaire dans son Dictionnaire philosophique.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
lorsque vous rae donnés matière. Une autresfois je m" en défendray.
Nous ferons tout ce qui nous sera [)ossible l)our envoyer le paquet à M. Bouchard, quoyque, si c'est vostre dissertatiou , si polea far di meno, car elle a esté desja veue à Rome. Geluy de lettres est entre les mains de \r Hulion ' qui lenvoyera par le premier courrier. C'est une chose effroyable que le coust du port des moindres choses à qui Ion fait passer les .Monls, et le bon seigneui- m"a fait des remercimens de ce que je luy avois lait rendre francs les autres que je luy envoyay par M' de Relz , comme si je luy eusse sauvé le revenu dune année du meilleur bénéfice qu'il obtiendra par ses bassesses et par ses importunités.
J'oubliay par mes dernières à vous dire que j avois parlé à M' Rocolet pour ces crucifix de Milan et j'avois laissé [)lein de volonté de vous rendre ce petit service, à propos duquel plus d'une personne m'a demandé si vous faittes la rclraitte et si vous meltiés le j)etit colel, sur ce que M' Guiel vous a débité pour béat et pour spirilualizé'. Vous me manderés ce que j'auray à dire là dessus. Si vous cst(!s comme d'autres fois et que le monde ne soit point mort pour
vous , je vous plains de passer cet hyver en Angoumois seulement pour ce que nous aurons icy des comédiens italiens dont tous les honnestes gens, particulièrement M" Du Puy et leur compagnie ordinaire font des resjouissances, comme ils eu feront après la prise de Brisac.
M' L Huillier a esté cinq jours à chercher (le Victorius le volmne que vous désirés , pour vous l'envoyer et vous le laisser tant que vous voudrés, mais par expérience il a trouvé qu'il ne se trouvoit point, et s' estant lésolu de le demander à ces iM" du Cabinet, ils le luy ont accordé généreusement pour vous, et comme il me la dit avec joye avec ce mot rpi'ils le laissoient aller cent lieues loin pour vous en donner le plaisir et qu'ils ne iaisseroient pas seulement ouvrir ny voir à ces helluons de livres Monlmaur^ et \eron°. Je ne vous recommande point de le conserver, de ne le garder que le tem|)s qu'il liiudra, et de le renvoyer sans qu'il -oit en hazard de se gaster. Le volume, la loliure et les armes de la maison de Thou vous en prient assés tous seuls ^ Je suis. Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce lo di-cemhrc itiSH.
' Nous avons déjn vu que Hiillon, prieur do Cassau, était un frèro utérin do Bouchard.
* Le mot spiritualiser est dans Charron (/« Sagesse) et dans M"° de Gournay (le Prommmv de M. de Montaigne). Le Dictionnaire de Trnvo)ur cite encore cette phrase de Sainl-Évreniond : ". Il ne faut pas tant spiriluahser l'amour, -i
' De heluo, gourmand, glouton. Le mol hrlluon n'est dans aucun de nos dictionnaires. Balzac {Mélanges historiques de 1873, p. 796) écrivait, le 19 avril iG'17, à Chapelain, au sujet de Flotte : rCeluy que vous appelez Ilelluon, ..'t ([ue j'appellerai Père Goulu.. . ';
'' Pierre de Monlmaur, parasite et pédant, sur lequel on peut voir les notes 3 et ."> de la page h 1 0 des Mélanges historiques. Lettres de Balzac, n" V.
'' \ncuii des personnages du nom de Vei-on ((ui figurent dans les Historùttcs de Tallemanl «les Réauxet dans les autres écrils contemporains ne paraît être le comestor ici mentionné.
<* Balzac (lettre XVIII du livre XIX, p. 77a de l'iu-iol. ), lettre datée du 29 mai i638, et qui doit èlre du 39 décemhre de cette même année, accueille ainsi la bonne nouvelle que lui mandait Chapelain : irVous sçaurez, cepemlanf, que j'attends le volume iii-r, et que je ressens comme je dois l'obligation que j'ay à Messieurs Dupuy. Vostre ami jaloux [l'ami si peu communicalif dont il a été déjà parlé] consulteroit à celte heure les devins, sur le subjel du voyage de son livre, et seroit en plus grand'peine que la désolée Alcvone, s'il avoit fait là-dessus un
LETTRES DE JEAN CIJAPELAIN
À M. LE MARQUIS DE MOZSTAUZIER
EN ALSACE
Monsieur, vous ferés bien de iiiîuider bientost à Madame voslre ujère la prise de Brisac, car elle ne se peut plus résoudre à en douter, et il luy semble avec raison qu'après les choses que vous avës faittes, pour l'oblig^er à se rendre, ce seroit une moquerie que cela ne fust point encore arrivé. Elle me lit l'honneur de m'envoyer dire, il y a six ou sept jours, que M' de Veimar en estoit le maistre, et, depuis ce temps ià , je lay creu fernienient, quoyque vueiile dire la Gazette de Basic, ay niant mieux démentir toute la Suisse, que de mettre en question si une aussy considérée personne qu'elle peut une fois en sa vie ne dire pas la vérité. En tout événement j'ay marqué le jour de ce bon message, pour ce que je veux justifier par les dattes, lorsque nous aqrons
mauvais songer Diins celte lettre, comme dans les lettres XX et XXI du même livre, Balzac s'étend sur ie mérite de Victorius.
' Rappelons que. si Brisach tenait encore quand M'"' de Montauzier en annonça la prise à l'ami de son fils, les défenseurs de celte ville venaient enfin de capituler, la veille même du jour où Chapelain exprimait si vivement toute sa confiance. Citons ici WArt de vprijim- les dates : p Les Impériaux s'y délondent [dans Brisach] avec une opiniâtreté qui n'a point d'exemple. Ils ne se rendent que le 19 décembre, après avoir tenté les plus horribles ressources qu'une cruelle faim peut suggérer. Les choses furent poussées jusque-là qu'on vit des mères manger leurs propres enfants, et que le gouverneur fut obligé de mettre des gardes aux cimetières afin d'empêcher les habitants de déterrer les corps pour s'en nourri!-. 75
- Tout ce qui suit, jusqu'à la fin, a été cité par M. Livet {Précieux et Précieusfs , p. /17).
^ Le lieutenant Arnauld.
^ Pierre Arnauld.
ie courrier de cette reddition, qu'au moins estoit-elle vraye , quand elle me l'a mandée, car de m'imaginer que cette ville tinst encore après le 3 5 novembre, c'est ce que tous les hommes du monde ne me feroienl pas faire'. Cependant je me resjouis avec vous de ce bon succès ^ et vous donne avis qu'au lieu de feu de joye qu'en fera toute la France, nous avons résolu den jouer une comédie de laquelle nous vous gardons le principal personnage vaillant et léroce, comme vous plein d'amour et de colère , et dont le roolle vous p'aira bien assurément. M"^ le lieutenant fera l'amant pitoyable, je representeray son lidelle amy et, des deux valets. M' le iVIestre de camp* jouera le pire, c'est à dire le plus meschanl. M"" de Chavaroche fera l'autre. L'une des femmes sera l'adolescent Montreuil ' que vous sçavés qui est au cardinal Antonio", aussy qu'à M'' le P [rince], et duquel on nous dit qu'à Rome era à far la donna ammaeslrata \
^ C'était Jean de Montreuil, qui fut plus tard secrétaire des commandements du prince de Conti et membre de l'Académie française. 11 n'avait alors que vingt-cinq ans.
'' Pellisson [Histoire de l'Académie, t. I, p. aie) dit qu'«à l'âge de dix-huit ou dix-neuf ans, ?) Montreuil fut en Italie avec M. de Bellièvre, qui le donna au cardinal Antoine, neveu du pape Urbain Vlll.;)
' C'est-à-dire : il était passé maître à faiic la femme. Ce n'était pas seulement la jeunesse de Montreuil qui le désignait pour l'emploi, c'était aussi son charmant visage. PeUisson (p. a'i^) assure «qu'il était naturellement fort beau,» et le cardinal de Retz en a parlé ainsi {Mémoires, édition Hachette, t. III, p. i3i): r Montreuil, secrétaire de M. le prince de Conli, ce me semble, ou peut-être de Monsieur le Prince, je ne m'en ressouviens pas précisément, et qui étoit un des plus pf tils garçons que j'aie jamais connu., .r) Sur le séjour à Rome de Jean de Montreuil, voir Tallemant des Réaux (t. Vil, p. ,.59).
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
Et, parce que la comédie est italienne et que nous n'avons point de femmes, ny qui prononcent bien cette langue, nous avons pensé de despescher en Piedmout en la cour de Madame Reale ', sous le crédit de W le marquis de Pisani, pour faire faire l'autre à la contesse Massin ou à quelque autre vefve mariée de ce païs là. Nous avons destiné le personnage de l'un des stracciuoni , plaideurs, à M' de Vaugelas, lorsqu'il sera revenu de Normandie, où il est allé faire une rivière; et pour l'autre , M. Gombaud le fera sans beaucoup de peine. Neuf-Germain " fera le Barbagrtgia hampalore à cause de sa barbe, et, pour \apancia omnipotente qui luy manque, nous luy en ferons une d'un coussin ou de six serviettes en double. Vous voyés le dessein et m'avoues sans doute qu'il vaudra bien la mascarade de l'année passée. Ce qui
' Clirisline ou Clirétipiine de France, sœur de Louis XIII, ducliesso de Savoie, veuve de Victor-Amédée I".
* Louis de Neuf- Germain, mort à Paris le a'i avTÎl 1663, se surnommait lui-même «poêle hétéroclite de Monseigneur, frère unique de Sa Majesté, n Ses poésies furent publiées en deux volumes in-/i° (i63o-i637). D'après Tallemant des Réaux (l.III,p. aiG), «Neufgermain était le fou externe de i'hostel de Rambouillet. " Voir ce que dit de ce singulier personnage M. Livel {Précieux et Précieuses, p. a G et 27).
^ Le i3 du même mois (f"* iSg), Chapelain avait déjà parlé à Monlauzier de son retour tant désiré. Voici deux phrases de celte lettre : « Si vous n'estics point tout héroïque et tout tragique, je vous dirois que l'on vous y regalleroil lie la comédie italienne que l'on m'a asseuré que le Roy avoit mandée et qui estoit en chemin. Mais il faut bien que vous vous résolviés à v prendre plaisir, puisqu'il faut vous-mesme que vous vous résolviés à la représenter. Car la grande Artenice a fait dresser un théalre dans sa salle pour en jouer une dont elle m'a dit qu'elle vous gardoit l'un des principaux personnages, qui sera une chose belle à voir. Depuis le retour do M. de
reste à faire est d'apprendre de vostre costé le roole cpie nous vous envoyerons comme nous apprenons les nostres , afin que , quand vous viendrés icy au Carnaval, il n'y ait plus qu'à nous babiller tous et monter sur le théâtre.
Pardonnes, Monsieur, les folies que tire de la plume d'un bomme assés sérieux l'apparence de la conqueste d'une ville qui doit estre nostre commun salut et l'espoir qu'elle nous donne de vous revoir bientost en cette Cour. Je les ay escrittes par l'ordre des personnes à qui , tout volontaire que vous estes . n'oseriés désobéir, et pour qui on ne seroil que plus estimable quand on tomberoit en véritable folie \
Je suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce 20 décembre i038'.
Pisani, on ne s'entretient d'autre chose à I'hostel de Ramb[ouiillel] et à I'hostel de Clermonl.. . « M. Livel {Précietur et Précieuses, p. liS) dit, à ce sujet : «La comédie se joua-l-elle? Les rôles étaient appris : il est probable qu'on voulut avoir le bénéfice de ce travail, et que rien ne manqua à la fêle galante préparée depuis plusieurs mois. . . - * Le ao décembre. Chapelain avait encore écrit à Monlauzier (p. 646), le pressant de revenir : «Toute la bande s'est rassemblée, jusques aux Mestres de camp, el il n'y a plus que vous qui y manque.. . Il seroil honteux pour vous, après une si belle victoire, d'aymer mieux les glaces du Rhin el les horreurs de l'Alsace que le Palais d'Angélique ou le Temple d'Arlonice, où tous les jours on chante tant d'hymnes à vostre louange, que les chantres en sont tantosl enroués. Il vous seroil honteux que M' Voiture quitlast Rome sans regret à la saison du Carnaval, où elle est la plus belle, pour venir coqueler à Paris, el que vous eussiés peine à quitter Schelestad pour venir rendre vos hommages à l'héroïque Julie. Quand vous n'auriés autre chose à faire à la Cour qui' d'y venir mettre aux pieds do celte adorable Princesse les drappeaux que vous avés si bien gaignés sur les ennemis, je ne pense pas qu'il
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
A M. L'ÉVESQUE DE GRASSE (GODEAU
À GRASSE
Monsieur, j'ay beaucoup de joye d'apprendre que mes lettres vous en donnent. Je ne suis pourtant pas résolu à vous en donner gratis , et à ne point conter les vostres comme vous le voudriës bien. Je prens encore plus de plaisir à voir de voslre écriture, que vous ne faittes à lire de la mienne. Il est raisonnable que je trouve mon conte en ce commerce aussy bien que vous , et si quelqu'un de nous deux devoit demander cette consolation à son compagnon, sans eslre obligé h la pareille, ce seroit moy qui en ay plus de besoin que vous et qui ay moins de loysir que vous. En un mot , vous nen aurés que tant pour tant et encore croiray-je que vous m'en devrés de reste. Cela n'est point beau d'estre souvent plus d'un mois sans m'escrire. Mais passe pour cela , si vous ne vouliés point que je fusse plus diligent que vous. Pour ce coup, je respondray à toutes vos questions ou à la plus grande partie. Vous me garderés le secret en celles qui le désirent.
Je ne voy point de nos amis qui aye sur le mestier aucun ouvrage, si ce n'est M' Desmarests qui doit donner à nostre théâtre une pièce allégorique de la grande querelle qiu' agite lEurope et dont l'ambi-
tion espagnole fait le principal sujet'. Je souhaitte qu'elle réussisse et peut estre qu'elle réussira, encore que je voye assés de lieu d'en douter. Il ouvre bien et son imagination luy présente tousjours de beaux coramencemens, je ne trouve pas qu'il les pousse de mesme et ses fins, qui devroient estre les plus parfaittes, clochent et tombent le plus souvent.
M' l'abbé de Serisy fait bien sa cour et travaille à cette heure à une métamorphose la plus fleurie et la plus éloquente que nous ayons encore veue'.
M' l'abbé de Bourzeis s'enrhume jusqu'au mourir à parler dans la congrégation de propaganda depuis que la jalousie de certains l'Escalopiers ' et autres pareils prescheurs luy ont fait défendre la chaise jusques à ce qu'il se soit fait prestre. Le président Marca est son antagoniste et un fort rude joueur. On verra de ce dernier, dans quelques temps l'Histoire de Béarn trèsexquise et des diatribes* sur les principales matières controversées de la primitive église.
Le pauvre Gonibaud reste à sa pauvreté et dans ce temps où les pensions royales sont si mal payées, ne sçait où donner de la teste , qui est une chose déplorable.
Je ne vous puis rien dire de Cadillac ^ . sinon que le bon homme, comme l'appelle M' de Gandalle, y est toujours attendant
vous faliiist un plus grand nootif pour ne vous y laisser pas souluiiltor plus longtemps. . . -i
' Est-ce l'Europe? comédie héroïque, qui fut imprimée en i6^5 (in-4°). o Celte pièce allégorique, dit M. Victor Fournel (Nouvelle Biographie générale, tome XHI, col. 866), fut attribuée au cardinal: elle est assez mauvaise pour cela.i
* Il s'agit de la Métamm'phose des yeux de PhÀlis en astres, rpoëme, dit l'abbé Goujet {Bibliothèque française , t. XVI, p. 217), d'environ sept cents vers, imprimé en 1689 , ouvrage d'une imagination également féconde et délicate, n
^ Talloraant des Réaux, qui mentionne plusieurs personnages du nom de l'Escalopier, les uns gentilshommes, les autres magistrats, ne nous fait pas connaître le prédicateur. Les autres contemporains ont imité son silence.
^ De ^.loLTpiëx) , leçon, étude; il s'agit là de dissertations critiques. rSens ancien et à peu près tombé en désuétude, » dit M. Litlré, qui ne cite aucun exemple. Ralzac a aussi employé le mot diatribe avec la même signification {Mélanges historiques, lettre IV, p. Ai3).
^ Château des ducs d'Épernon, qui a été déjà l'objet d'une note un peu plus haut.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
avec sécurile que le loODerre tombe aussy bien sur lui eu Xaintouge qu'il a fait en GuieHue. L'on nous a assiu-é que Milière ' estoit passé chez iuy par lordre du Roy pour luy faire entendre que le Roy se vouloit assurer du Ohasleau Trompette, désormais que M' de La Valette esloil passé en pais estranger contre scin commandement, et que (le là il estoit aile changer la garnison.
LeR. P. Joseph mourut il y aura demain huit jours- et, selon les appai-ences, cardinal, s'il en a esté fait à ces derniers quatre temps, comme chacun l'espéroit. C'est un grand malheur pour sa famille. Je croy aussy qu'il n'est pas petit poui" la France en lestât où sont les affaires qu'il counoissoit à ia perfection. M^' le cardinal a senti cette perte autant qu'il se pouvoit et sa douleur n'en est pas encore bien calmée ".
L'Académie languit et perd le temps à l'ordinahe
La Pucelle a levé le pied pour faire un quatriesrae pas " et ne l'a pas encore aÛermi sur teire. Celle mauvaise fdle deshonnorera son père, si Dieu ne layde. après luy avoir bien donné du tourment.
Si je suis libre, c'est au milieu des fers, car jamais captif n'en porta tant et de tant de sortes. Je croy que la prise de Brisac portera un grand coup pour la paix ou pour la trêve contre l'opinion de .M' le marquis de R[ambouillet] , entre lequel et mov 7ninus cito convenit quam intcr jjliilosophos e horologia.
Quand il n'y auroit eu autre raison pou? faire sortir M*"' de Senescey de la Cour, celle- cy suQh'oit, qu'il y avoit trop ]on(; temps qu'elle y subsisloit. M"" de Brassât est l'héritière de celte grande place.
L abbé prisomiier est toujoiu^s sotlo co- (inta, et on ne dit point ce qu'on en veuf faire. -M" d'Andilly et de Sainl-Mcolas sont à Pomponne et assés mai pour leur hyvei-. Je ne scay qui est préposé à la conduitl( du Port Reale, si ce n'est M' de Paris luv mesme qui semble vouloir estre homme di bien sur ses vieux jours '\
Voila, ce me semble, respondu à tout qui bien que mal. Maintenant je vous diray quo vous n'estes pas mal curieux pour un homm qui a renoncé au monde et que j'eusse hier fait pour ne vous pas donner matière d(
• Sur ia mission de M. do Milliùrcs, gentilhomme ordinaire du roi, auprès do l'ancien ;jouverneur de la Guyenne, à ia fin de i()38, voir ï Histoire de la vie du duc d'Espcnio» , par Girai-d (p. 567). M. de Millières est plusieurs ibis uicnlioniié dans le recueil de M. Avenel (I. V, p. 012; t. VU. p. 970).
- Le P. Joseph mourut à Tiuel ie 1 b- décembre, a îo heures et demie du matin, d'une attaque d'apoplexie, dans sa soixante-deuxième année. Voir le récit de la Gazette A\\ 21) décembre i638 (p. 706).
^ La Gazelle [ibidem) parle aiasi de la douleui' de Richelieu: «Aussi lu cardinal duc a-t-il tesmoigné lestime quïl faisoit de se.« qualités par ie regret qu'il a eu de sa mort, Son Éminence estant le 2 a' du courant venue exprès de Rue! en cette \iHe pour assister à la messe que le
R. V. général de son ordre célébra poiu- luy au; capucins du faux-hourg Saint Honoré, oii il esi enterré.- Selon le P. Griffel (t. Ill, p. i5i ), Io cardinal disait, en ^ersanl des larmes : rJe perds ma consolation et mon unique secours, mon confident et mon appui.- Ce qui dut sécher les larmes du cardinal, ce fut la nouvelle de la prise de Brisach que le sieur dv Graves, dépêché pai le duc de \\ eimar dès le 1 9 . jour de la prise de possession de la place, lui apporta le q."). ( Gazette du 39 décembre, p. 761 : Les articles et aulre» en-constances et particularités de la prise do Brisac. )
* C'e^t-à-dirt■ que Chapelain venait de commencer le quatrième chant de son poëme.
'" Jean François de Gondi, d'abord évèque, puis archevêque de Paris (1 62 a-i 65i ), était alort âgé de cinquante-quatre ou cinquante-cinq ans.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
distraclioii de ne vous dire pas un seul mot de tout cecy.
J'ai pre'senté et leu à M""" la marquise de Rambouillet la lettre que vous luy escriviés qui a esté célébrée et haut louée, M' de Vivans présent, que vous sçavés estre un (les galans escriveurs de missives '. Pour celle de M' de Chaudebonne , je l'ay laissée chés luy, ne l'ayant pas rencontré. M""" de Rambouillet vous demandera par le premier ordinaire ce que vous entendes par sa confession que vous a révélé vostre ange.
Je .suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce 24 décembre i038 ^.
r.cxxxvn.
À M. DE BALZAC
À BALZAC
Monsieur, vous jugés très sainement de I
la comédie du Caro, et, hors le langage qui est un pur Toscanisme, et assés de traits d'esprit semés dans tout l'ouvrage, je ne la conte qu'entre les médiocres productions et croy bien que c'est la moindre des siennes. li vous souviendra que je ne vous l'ay pas envoyée pour excellente, mais seulement pour passable et pour ce que vous me la demandiés. Le Marin ^ , qui ne se connoissoit à guères de choses, me l'indiqua le premier avec des louanges extraordinaires, de sorte que je la fis venir exprès de delà les Monts. 11 faut que chacun se considère et voye quid vnleanl Immei'i, quid ferre récusent *, sans ?e charger d'entreprises comme le Caro a fait de celle-cy , dont certainement il n'estoit capable que fort peu. Cependant le stile et la beauté du langage l'empeschera de mourir et elle se conservera tant que la nn<rne italienne sera estimée belle. Son fou
' Sans doute co M. de Vivans, mentionné en ces termes par Tallemanl des Réaux (t. VII, p. 377): «Gentilhomme gascon qui estoit à Monsieur d'Orléans. •»
^ Chapelain, la veille de c. jour, écrivait (f 'ijo) au duc de Longue\iile : t: Après tant de faux avis de la prise de Brisac, le dernier que le loy eu a receu de M. d'Arpajon et que l'on ne doute point qui ne soit véritable m'a donné un nouveau sujet de vous tesmoigner la joye que nous avons icy tous de vos victoires. Car nous ne contons pas moins cet avantage entre les vostres <{ue ceux de Blamont et de Lunéville,et tant d'autres glorieux de cette année et de la précédente et toute la modestie avec laquelle il vous plaist de parier de ce qui vous regarde ne nous empesche pas de voir la part que vous y avés et l'honneur qui vous en est deu. . . Par l'exemple de Lanéville qui fut emportée de force sur vos ordres et en vostre présence, sans que vous demeuriés d'accord que ce soit vous qui l'ayés forcée, nous voyons bien que vous ne croirés point avoir pris de villes, à moins que d'y estre entré le premier, comme vousfist.es, il y a près de
deux ans, à Saint- Amour. Chacun doiuie le généralat de celte entreprise [de l'an pi-ochnin, contre Perpignan] par mer et par terre à M. de Bourdeaux , pour lequel on tient que l'on a dcspesché à Bonie afin d'obtenir pour luy le chapeau que le roy avoit demandé pour le R. P. Joseph. . . >? — Relevons, dans une lettre à M. de Beauregard (f 'thS), les deux adresses que voici : t;A M. Chapelain , demeurant à la rue des Cinq Diamans, près de Saint-Josse, chés M. Faroard ., procureur en parlement. -— A M. Conrart, conseiller et secrétaiie du roy, demeurant rue Saint- Martin, vis à vis de la rue des Vieilles Estuves. :!
^ Chapelain vit beaucoup Marino pendant le séjour que fit ce poëte à Paris , où il acheva 1'^done, qui parut pour la première fois dans celte ville en 162 -3, comme nous l'avons déji rappelé. Il est amplement parlé de Marino dan,^ une lettre que l'on trouvera plus loin.
* Horace avait dit (Art poétique, vers i>.6 et .7):
Quid ferre recuspiil .
Quid valeanl iiumeri.
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LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
est niais ' et plus du théâtre de Tabarin ' que de celuy de i'ancieniie Rome. Je suis honteux pour un aussy galant homme que le Caro, quand je me le représente composant les scènes où ce mauvais personnage est introduit et je me l'imagine fou iuy mesme. Puisque vous avés veu celles de l'Arioste, je ne feray point plus grande instance au jaloux qui les possède, et le blasmeray un peu de son peu de civilité, mais non pas tant que vous faittes jusques à le juger digne de voir le feu dans ses papiers \ Car je comprends bien comment un homme peut aymer un livre rare, et ne se vouloir point mettre au hazard de le perdre, ou de ne le revoir que gasté par mille inconvéniens presques inévitaldes durant un long chemin et une saison humide comme celle cy '. Mais M" Du Puy n'en ont pas usé de la sorte en vostre endroit. Et certes vous leur avés obligation du procédé qui leur est extraordinaire en matière d'envoyer des livres de M' de Thou au loin. Je vous nianday, de l'autre voyage, de quelle manière ils a voient accordé la prière à AL l'Huillier au premier mot qu'il leur en avoil dit avec des termes les plus obligeans du monde. Il y a huit jours que ces épistres de Victorius sont chés inoy, attendant que M' Rocolet le peust mettre entre les mains du messager pour
' Ce fou s'appelle Mirandola. 1! paraît dans trois scènes (acte II, scène v; acte 111, scène v; acte IV, scène v) de la comédie ou farce populaire d'Annibal Caro intitulée Gli Straccioui.
* Sur Tabarin (Jean Salomon), voir un excellent article de M. Jal {Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, p. 1 160-1 1 65 ).
' Balzac s'était exprimé ainsi (lettre déjà citée) : «Mais aussi un homme jaloux à ce point là, mérite que sa femme le face c . . . , et que son valet mette le feu à sa bibliothèque, afin de Iuy apprendre à ne pas tant estimer ce qui est à luy.i
* Chapelain pensait à ses propres livres, en
vous le faire tenir. Je les iuy avois fait porter, croyant qu'il vous les pourroit envoyer dès lors, mais il me remit après la feste et je les fis rapporter pour Iuy donner un sorso cosi à la fretta^, et voir de quel bois il se chaufibit. Je le verray mieux par le jugement que vous m'en renvoierés succinl à l'ordinaire après que vous laurés bien leu.
Pour ce qui regarde M' de la M[othe], il est net et sensé , mais sans guères de pensées qui soient de Iuy et toutes dittes dans un stile qui, à mon avis, ne mérite pas celuy d'éloquent. C'est une estrange façon d'escrire de ne se soustenir jamais sur soy mesme et de ne faire qu'arranger à sa mode les méditations dautruy. Ces iM" les rapsodes auroient bien plustost fait et avec plus de candeur, s'ils traduisoient les Grecs ou les Latins qui ont trailté des choses dont il prend envie à ceux cy de traitter après eux. Mais ils ne seroient pas autheurs , ils seroient seulement tourneurs et translateurs, titres qui leur semblent indignes d'eux quoyqu'à les bien considérer, ils ne soient autre chose que traducteurs desguisés et qui rendent à basions rompus ce que les autres donnent tout de suitte. Cetlui cy n'a garde de pousseï un raisonnement de la force de Plularque dans ses ouvrages, où j'en trouve de dignes
plaidant ainsi la cause de son ami. Voir, dans les llisloriettes (t. 111, p. 371 ), deux plaisantes anecdotes où Chapelain figure comme un homme d'une « délicatesse îi exagérée «sur le chapitre ■' du prêt des livres.
^ Je rétablis ainsi, d'après les conseils d'un ami très-versé dans la connaissance de la langue italienne, M. Léonce Coulure, un texte qui n'avait aucun sens {un surso cosi a lun Jritta). Chapelain a voulu dire : une gorgée, ainsi, à la hâte. Cosi, dans cette phrase, est explétif et familier, me fait remarquer M. Léonce Couture, qui ajoute : nous disons en français : y jetter un coup d'oeil, comme ça, en passant.
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d'eslre comparés à tout ce que l'éloquence des anciens a de meilleur. Il remplit seulement l'esprit sans l'esmouvoir et sa morale est plustost dogmatique que touchante. Je l'ay trouvé très-hardi d'entreprendre le jugement de l'éloquence moderne , et encore cpie la [)luspart des maximes qu'il a establies soient vrayes, et qu'en certaines choses il vous ait rendu justice, en d'autres on peut dire qu'il vous a fait tort, renfermant le mérite de tous nos françois éloquens dans l'arrengement de la période et ne vous exceptant pas lorsqu'il dit, ce me semble, cpi'ils ne sont point capables de grands mouvemens, en quoy consiste la vraye éloquence. Ou il ne sçait ce que c'est de grands mouveniens , ou il n'a pas leu tous vos ouvrages , et ça esté grande imprudence à luy de choquer son amy , sans en avoir le dessein , en une chose aussy aisée à reconnoistre que celle-là, et oîi il n'y pouvoit avoir guères de personnes qui se trompassent.
Vous estes généreux de pardonner les foiblesses de ceux que vous aymés et que vous sçavés qui vous honnorent. C'est ce qui me fait espérer que vous excuserés les miennes, et que vous n'en aymerés pas moins, Monsieur, vostre, etc.
Nous leusmes, avant-hier, la moitié de vos dernières lettres dans le cabinet de M""' la mar(juise de R[ambouillet] avec de nouveaux applaudissemens. Si vous nous pouvés dire à qui fut escritle cette longue [lettre] , pleine de plaintes de ce qu'on s' estoit persuadé que vous aviés blasmé un de vos amis d'humeur violente et mal propre à gouverner des hommes libres, vous nous
' Anne deConlades, gentilhomme provençal, ami du duc de Luynes, fut nommé, en 1618, sous-gouverneur du duc d'Anjou. Michel Le Vassor, auteur l)ien suspect,il est \ rai, assure (Hist. du règne de Louis Xlll, 1752, m-W, 1. 1 , p. 680 ) que Contades se contentait -d'instruire Gaston à bien
ferés plaisir. On a creu que c'estoit à Contade '. Je leur monstray celle que vous avés escritle fraischement à M' de Boisrobert qui leur a semblé admirable comme à
moy.
De Paris, ce 2/1 décembre i638.
CCXXXVtlI.