A M. DE SAINT-NICOLAS
A POMPOKNE.
Je suis estonné que M' d'Andilly qui s'estoit engagé à me faire de si magnifiques remercimens de la prise de Brisac, soit demeuré muet après la nouvelle que je vous en ay envoyée. Est-ce qu'il ne trouve plus maintenant que ce soit une chose considérable? Auroit-il le regret que quelques uns tesnioignent d'avoir de ce succès, à cause que cette ville sera mesléc, à l'avenir, de protestans et de catholiques? Ne croit-il point, comme IVr le marquis de R[ambouillet], que cela apporte quelque chose à la pacification de ces troubles? Enfin la part qu'il tesmoignoit prendre en cette affaire estoit-ce une feinte? Et ce bien, parce qu'il est du monde, ne le touche-t-il non plus que nos hermites ^ et son amy prisonnier •'? Ce n'est point tout cela , et j'ay deviné ce qui l'a enipesché de me tenir parole. Il avme mieux sans doute respondre à M' le duc de Weimar qui luy a escrit sa victoire , cp'à moy qui n'ay fait que vous la mander, et j'avoue qu'il a raison et l'exhorte mesme à le faire avec toute l'éloquence dont il est capable, c'est-à-dire de luy en faire un éloge qui dispute de la primauté avec le panégy-
corps
jurer.-; Le même liislorien rapporte (t. III, p. i 21) que Contades, seul fidèle et seul généreux, fournit l'argent nécessaire pour embaumer du connétable de Luynes (décembre 1621).
- Antoine Lemaislre et ses frères.
■ L'abbé de Saint-Cyran.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
l'ique de Trajan, ce qu'il ne fera pas sans en garder une copie que nous verrons.
Au reste, je trouve que vous failles un peu de tort à ce grand homme de dire qu'il est un des plus glorieux hommes de l'Europe. Il me semble qu'on ne luy peut nier le premier lieu sans injustice et tous les équitables mettent sa campagne de cette annëe au-dessus de tout ce que le feu roy de Suède a fait et , à le considérer dans les termes de l'art de la guerre, et non pas dans l'esclat simplement, je suis absolument de leur avis.
Nous avons pleuré la pauvre M"" la M[arquise] de La Tour Landry ' devant vous^ et, avant-hier au soir, nous en Qsmes l'oraison funèbre dans le cabinet de M"'" la marquise de Rambouillet où vostro douleur et voslre perle furent fort considérées.
Je prie Dieu que vous n'ayés point de besoin de consulter Juif ^ et que, quand vous
' Ce devait être Éléonore do Jalosnes, fille ainée de Ciiaries, marquis de Jalesnes, et de Éléonore de Maillé-Brezc; elle fut (^7 avril i63/)) a première femme de Louis de Maillé, dit de la Tour-Landri, marquis de Giihourg, lequel se remaria (6 novembre i6'ig) avec Louise de Chéri té.
- C'est-à-dire : avant vous.
' Jacques Juif, un des plus célèbres chirurgiens du xvii° siècle, mourut en i658. Il est mentionné dans les //î«(onV(fes de Tallemant des Réaux(t. II, p. 70) comme ayant donné ses soins au cardinal de Richelieu, et (t. VII, p. 89.3 ) à la duchesse de Savoie (Chrcstienne de Franco). -M. P. Paris a cité sur l'habile opérateur de jolis vers de Voiture {Ibid., t. Il, p. ii3). A mon tour, j'indiquerai sur Juif divers passages dos Letlres de Guy Patin (édition Réveillé -Pat iso, t. I, p. i^, 89; t. II, p. io3). Ajoutons qu'il est souvent question de Juif dans les lettres du cardinal de Richelieu ( t. IV, p. /io3; t. VI, p. 908, 914,919; t. VII, p. 23; t. VIII, p. 38o).
* Le même jour. Chapelain écrivait à Montauzier (f 45.") ^Personne ne vous souhailte
viendrés icy, ce soit pour resjouir seulement ceux qui vous y désirent.
M' le duc de Longueville sera à Goulommiers après le jour de l'an. Peut estre seravje obligé de l'y aller voir et je n'y reculeray point à cause de la visite que je vous ferois on passant.
Le brave homme dont vous voudriés sçavoir des nouvelles est allé à Monceaux le jour de Noël et ne m'a point veu. Sur les bruits qui couroient je fus pour le voir le lendemain et le trouvay parti. A son retour, je le visiteray et sçauray toutes choses. Ce qu'on en dit ne se peut escrire.
Je suis à M'd'Andilly et à vous très, etc. De Paris, ce a8 décembre iC38\
À M L'ÉVESQUE DE GRASSE (GODEAi;), \ Grasse.
Monsieur, voyéssi je suis bon et si je me
autant que moy de deçà : je n'en excepte pas les illustres de la rue Saint-Thomas [les dames de Rambouillet], ni celles du Marais du Temple [les dames de Clermont]. La nouvelle que nous a apportée M. de Graves, tant de la prise de cette importante ville, que de vostre santé et des festins que vous alliés préparer à voslre héros [le duc de Wcimar], ne pouvoient cslre meilleures, pour les affaires publiques et pour les vostres parlicuHèros. J'en loue Dieu avec tout mon cœur, et j'espère que celte belle campagne du Rhin , qui a produit tant de merveilles de guerre, produira encore celle pourquoy l'on fait la guerre, qui est la paix, ou du moins une trêve qui vaudra la paix. Vous avés sceu peut-estrc desja la mort du R. P. Joseph par le retour de son apoplexie. C'est une perle qui peut-estre ne vous louchera guères et toutefois , si vous estes bon Vimaricn , vous la sentirés, ne fust-ce que pour complaire à S. A. et compatir à sa douleur, qui ne peut estre petite, estant privée d'un si bonamy et si zélé serviteur. Tous les estrangers y ont perdu extrêmement, mais S. A. plus que loul autre, que ce rare ministre avoit prisa lâche de servir pour le bien do
relasciie volonliers de mon droil pour vous plaire. Je vous avois mandé par ma dernière que je ne vous escrirois jamais qu en response des vostres et que, dans la multitude de mes occupations, c'estoit tout ce que vous pouviés attendre de moy sans m'obliger à des surérogaloires '.
Pour nouvelles nous sommes dans Brisac en de'pit de tout l'Empire et, hier, l'on en chanta le Te Deuni avec grande solennité ^. Je croy que ce succès réduira la maison d'Auslriche à la paix ou du moins à la trêve, car d'espérer de reprendre cette place par force en Testât oii sont les affaires de l'Europe, ce seroit une chimère, et si l'on l'a voit entrepris, je croirois que la résislaiico qu'on y Irouveroit acheveroit de ruiner les assailLins et restabliroit partout nos aflaires. De Paris, ce 3o dixenibre iG38\
À M. DE SAIINT-?Sl COLAS,
A POMPONNE
Nous aurons tousjours de la douleur de reste. C'est ce qui me fait vous exhorter aussy bien que W vostre frère * à vous desfaire des passées pour demeurer en estai de
soustenir celles qui sont à venir. L'oubly et le divertissement sont les deux seuls utiles remèdes que Dieu nous permet d'employer à la guérison des maux irrémédiables. Si la perte de M"" La Tour Lancry vous afflige, resjouissés vous de la convalescence de M' de R[ambouillet] qui reprend sa santé dans la saison où tous les autres la perdent. Enfin n'oublions j-ien et servons-nous de toutes les choses qui nous peuvent soulager dans nos desplaisirs.
Si je vas à Goulommiers , je vous conteray ^ ce que l'on croit qui cause celuy de M' (le G[esvres]. Sinon je me hazarderay de vous l'escrire. Je suis marry de n'estre pas de vostre opinion pour Y Alexandre de Camusat '. Si ses controverses ne valent pas mieux, il aura fait une mauvaise emplette.
J'attens avec impatience ce qu'on vous mandera de Home après la nouvelle de la prise de Brisac. Je m'assure que le sieur Antonio remettra les armes de France du buffet sur la porte, et que la bravoure des Espagnols se calmera au moins pour un temps.
Le jeune prince de Virtemberg, etc. [sic). De Paris, ce i" janvier 1689.
ce royaume et pour rexcellence île la verlu d'un si grand homme qu'elle est. M. le marquis de R[ambouillet] a esté un peu pelaudé [battu, étrillé. On se souvient du : Je fus pelaudé à toutes mains, de Michel de Montaigne] sur son succès [celui du duc de Weimar] qu'il a de la peine à croire, mais enfin il est contraint d'avouer que nos maximes et conjectures valent bien les siennes, n
' Le mot surérogaloive est déjà dans d'Aubigné. C'est le seul exemple qu'ait trouvé M. Littré. De même , sous le mot suréro[fation , M. Littré ne cite, au xvii° siècle, qu'un célèbre écrivain , Bourdaloue. Balzac disait supérérogation, comme au xyi*" siècle, comme notamment disaient Calvin et Michel de Montaigne.
^ Sur cette solennité, voir de grands détails dans la Gazette du 1" janvier iBSg (p. 8). On mentionne, dans le compte rendu de la cérémonie du 29 décembre, les «91 cornettes et les hS drapeaux gagnés sur les ennemis.»
^. Cette lettre est la dernière de celles que nous fournit le I" volume de la correspondance de Chapelain {u° i885).
'' Arnauld d'Andilly.
"^ De vive voix. Chapelain, dans une précédente lettre, ayant dit à l'abbé de Saint-Nicolas qu'il s'arrêterait [à Pomponne], en allant voir le duc de Longueville.
^ De quel Alexandre s'agit-il là? Celui de Perrot d'Ablancourt, c'est-à-dire la traduction d'Arrien , ne vit le jour qu'en 16/16, et celui de
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