A M" LA .MARQUISE DE FLAMARE>;S
À BLZET.
Madame, j'ay receu vosti-e lettre du if de ce mois en un temps oii j'estois en une extrême peine de vous et presque désespéré d'en avoir plus de bonnes nouvelles, (lar depuis celle que vous nous escrivistes du 1 novembre de Tannée passée, nous navions ou aucun avis de vous, et, en mon particulier, considérant l'intérest que vous aviés d'escrire souvent de deçà pour le bien de vos affaires, voyant que vous ne le faisiés pas, j'ay plusieurs fois pensé que les sujets fort grands que vous aviés eu de vous affliger par vos pertes redoublées, se joignant à vostre mauvaise santé, ne vous eusse réduittc à un estât qui me donne de l'horreur seulement à le penser. Je loue Dieu d'apprendre que le retardement de vos lettres ne provient que du retardement des nosires, (]uoy<iue j'aye escrit trois fois ou à vous ou ;i M' vostre mary, et que vostre vertu a esté encore plus forte que vos afflictions. Et je
vous avoue qu'encore que j'attendisse cette fermeté d'âme de vous et cette parfaitte résignation aux ordres de la Providence, je ne laisse pas de ressentir une consolation extraordinaire de ce que vous estes dans une si bonne assiette, et si j'ay du desplaisir de n'estre pas auprès de vous pour vous ayder à supporter vostre douleur, je ne suis pas au moins dans celte inquiétude de ne savoir comment vous la supporliés.
C'est une grâce qnil plaisl à Dieu de vous faire dont il le faut bien remercier afin qu'il vous la continue et que s'il vous esprouve à l'avenir, en d'autres occasions, il vous donne aussy la force de soustenir ses espreuves et vous rendre digne de luy.
Je ne doute point que M' vostre mary n'ait contribué de tout son pouvoir à vous adoucir les amertumes qui luy estoient communes avec vous. Et il est vray qu'en ces rencontres malheureuses aucune chose ne m'a plus remis que l'espérance que j'ay eue en luy, je veux dire en la force de son courage et en l'amitié qu'il a pour vous, l'une pour luy faire soulfrir avec constance les pertes que vous avés faittes, l'autre pour vous les faire oublier par la satisfaction que vous devés avoir d'eslre si bien ayméc de luy. Sur qnoy je vous diray que pourveu que Dieu vous le conserve *, il ne vous sçam'oit rien arriver d'insupportable, estant vostre principal bien , qui vous peut tenir lieu de tous les autres quand Dieu vous en voudroil priver.
J'ay appris par la lettre que M"' Bouchardière^ a escritte à M' Du Fay vostre grossesse, dont j'ay eu beaucoup de joye. et
' Jacques ie Fèvrc de Caumartin, seigneur de Saint-Pol , marquis de Cailli , fils cadet de Louis le Fèvre, seigneur de Caumartin, fut successivemont maître des requêtes, conseiller d'État, ambassadeur en Saxe; il mourut le i décembre i G()~. (i'élait le frère de François de Caumartin, Tévèque d'Amiens, et l'oncle de Louis 1' Fèvre, sei-
gneur de Caumartin, l'intendant de Champagne.
- Dieu ne le lui conserva pas longteiups : le marquis de Flamarens fut tué, treize ans plus tard, et jeune encore, à la bataille du fanboiiqj Saint-Antoine, dans les rangs des Frondeurs (s juillet ifija).
' M''" de Bouchardière était pour la marquise
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
l'ay considérée comme un bien que Dieu vous envoyé pour remplacer la perte que vous avés fait de vostre mignon , et tesmoigner le soin particulier qu'il a de vous dont vous luy devés rendre grâces, selon vostre bonté accoustumée.
Je suis .tousjours en peine de celte fièvre qui ne vous quitte point tout à fait, quoyque M"' Bouchardière mande à M' Du Fay ipi'elle ne vous reprenne que parfois. Celle qu'elle escrit aussy qu'a M' vostre mary m'afflige aussy extrêmement, mais je veux espérer que son âge et son bon régime l'en délivreront bientost et que nous n'aurons plus de vous et de luy que d'agréables nouvelles. Au reste autant que j'ay trouvé vos afflictions raisonnables pour ce qui regarde M' vostre fds, autant' ay-je trouvé que vous aviés peu de sujet de vous attrister pour le retardement qui est arrivé au payement de la somme que vous sçavés, car puisque vous en chargeastes M"^ de la Garrigues, il est trop babile homme pour craindre qu'il ait manqué à faire, de son costé, tout ce qu'il falloit, afin que vostre argent ne courut point de fortune, et c'est le principal de cette affaire et ce qui m'avoit donné de l'appréhension , car pour l'acquit de la partie il sera aussy bon à cette heure qu'il eust esté il y a trois mois, et vous ne devés avoir aucun desplaisir de ce qu'd a tardé, pourveu qu'il vous ait esté conservé, comme je l'espère. Vous sçavés bien avec combien de joye je vous rendis ce petit service, et ne doutés point que de
de Flamarens une dame de compagnie. Chapelain, qui avait connu cette personne chez le marquis de la- Trousse, l'appréciait beaucoup, et il lui adressa plusieurs lettres où il lui témoignait grande estime et grande sympathie.
» Anne Doni d'Attichy, fdie d'Octavien , baron
d'Atticliy, et de Valence de Marillac, avait épousé
' Louis de Rochechouart, comte de Maure, qui fut
grand sénéchal de Guyenne. Voir sur la comtesse
de M.-uire la note 'i de la page 5i 8 des Mélanges
tous les hommes du monde je suis celuy de qui vous devés user avec moins de scrupule dans tout ce qui regardera vostre bien.
M° Du Fay vous respond et vous parle d'une demie année qu'on iuy est venu demander pour le louage d'une maison pour vous, dont elle et moy nous avons desja escrit par la voye d'un homme de M' de la Lane, et il importe que vous donniés prontement ordre à cela pour éviter les frais que l'on vous fera en justice. 11 vous souviendra d'escrire le plus souvent que vous pourrés à cause de vos affaires et pour satisfaire vos proches, à qui vous devés ce contentement.
M°" la marquise de Rambouillet, M"' sa fdIe, M'"" de Glermont, M"" ses fdles, M"' Paulet , et M"' la comtesse de Maure ^ et M"° de Bellcbat ^ m'ont toutes fort demandé de vos nouvelles. La dernière m'a dit qu'elle vous avoit escrit il y a long temps , sans avoir eu response de vous. Je leur diray que vous m'avés chargé de leur baiser les mains , et cependant il est à propos que la première fois que vous m'escrirés, vous lesmoignés dans vostre lettre de vous souvenir d'elles. Je prie Dieu qu'il vous conserve et demeure. Madame, vostre, etc.
De Paris, ce lU janvier 1689.