‹ Lettres. Publiées (volume 2)Chapitre 81 sur 134 · À MONCEAUX · texte numérisé non relu

À MONCEAUX

Monsieur, j'ay veu avec beaucoup de joye, dans la lettre que vous m'avés fait l'honneur de m'escrire, que mes avis sur la compilation de la Relation de Fonlarabie ne vous avoient pas despieu, et que vous vous résolviës de les suyvre. Gela m'oblige à vous en donner encore un que vous trouvères peut estre dëlicat, encore que je n'y voye aucun péril, puisque vous ne faitles pas ce travail pour estre veu dans ce temps et que vous n'en voulez rendre lesmoins que M' de Saint-Nicolas et moy; je le déduirois partout selon la connoissance que j'aurois de la vérité.

Qui auroit bien fait seroit loué, qui auroit mal fait seroit blasmé, et ceux qui n'auroient rien fait du tout n'auroient ni blasme ni louange. Je dis cela j)our la cavalcade qu'alla faire M' de Saint-Simon , dans laquelle vous dittes qu'il n'y eust aucune occasion considéral)le. Ce qui estant , je ne m'en rapporterois point à la Gatelie et dirois les choses comme elles sont, pour ce que, quelque jour, celte Relation sera un original pour l'histoire, et il seroit fascheux qu'on la peusl arguer de flatterie ou de peu de vérité. Dans les autres que l'on prendra

dans la Gazette, je voudrois lousjours que ce fust après les avoir repassées la plume à la main, afin de les rectifier, et par le changement des termes et du stile, monslrer que la Relation est toute d'une main.

Vous me resjouissés bien de me dire qu'elle est toute preste à assembler, mais vous me satisfaitles bien plus encore lorsque vous me faittes espérer que je la verray bientost, et que ce sera vous qui me la ferés voir. J'attens cette heureuse soii'ée avec grande impatience.

M' de Saint-Nicolas m'a fait une visite aujourd'huy que j'ay payée de la lecture de vostre lettre et particulièrement de l'endroit où vous parlés si obligeamment de luy et de Monsieur son frère. Vous pouvés faire estât de n'avoir pas encore deux honmies en France si aflectionnés à vostre bien que ceux-là. Il m'a dit qu'il avoit receu une lettre de M' Scrvient, pleine de joye de ce qu'il a reconnu dans ces dernières occasions que vous estiés aymé de luy. De sorte. Monsieur,. que les vrays gens d'honneur se tuent à qui vous honnorera le plus, et vostre bienveillance sert à les lier tousjours plus fort ensemble.

Les ofiices que vous désirés qui soient faits auprès de M' de la Poterie le furent dès que ces. M" se virent dernièrement, et ils les redoubleront avec chaleur, quoyque ce soit sans nécessité; car ce M' le Commissaire est celuy qui chanta plus haut vostre vertu. J'ay grande passion de vous voir pour apprendre ce que Dieu et le Roy feront de vous cette campagne prochaine.

Je vous baise très humblement les mains et demeure, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce 5 febvrier iGSgV

dans le sens de secousse violente, a été employé |iar le cardinal de Retz et par Scarron.

' Pierre Arnaiild, que M"'" de RamboiiHloI lettre à Godeandu aôjuin 16A9, ciléoparM.P.

Paris, dans son Commentaire des Historiettes, \. II, p. 5ii) appelait «mon pocie-carai)in on mon carabin-poëto.?!

- Le même jour (1^ 3.3), Chapelain écrivait

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

À M. DE BALZAC

Monsieur, après la déclaration que vous m'avez faitte en faveur de Viclorius', non seulement je l'en aymeray davantage, mais j'adjousteray encore de l'estime à celle que je faisois extraordinaire de vous, voyant combien vous jugés sainement de la vraye éloquence et combien vous estes esloigné de préférer le fard ou l'afféterie ' à la naturelle et majestueuse beauté. Nos petits sermonneurs et déclamateurs ne sont pas assés heureux pour avoir de si bons principes, et ce qui empescliera à^ tous nos escrivains du temps de sortir de leurs pointes et de leurs fredons\ cest que nos hommes sont ignorans et que nos femmes sont devenues ou

au marquis de Flamarens une lettre d'affaires, ayant prêté au marquis une certaine somme d'argent, comme ii en avait prêté à beaucoup d'autres, notamment une bien considérable (3o,ooo livres) à la marquise de Rambouillet (voir Jal, Dictionnaire critique, p. 36o). Après avoir réglé la question financière. Chapelain ajoutait : rj'ay beaucoup de consolation de la grossesse de M"""' vostre femme et reconnois (jue Dieu prend un soin tout particulier de vous, puisqu'il vous redonne si promptement le bien qu'il vous avoit osté. J'espère que, comme l'autre couche avoit causé sa maladie, celte-cy la guérira, si elle ne l'est desja... Vous trouvères icy dedans la recelte pour la gravelle, que je souhaillerois foi t qui fust utile à M' vostre Père . . . J'apprendrois volontiers si l'amitié de M' le duc d'Espernon ne luy nuira point en ce temps. )i Jean de Grossolles, père du marquis de Flamarens, ne vécut pas longtemps, victime sans doute de la maladie dont parle ici Chapelain. Françoise d'Albret, avec laquelle il avait été marié dans le palais archiépiscopal de Bordeaux, le 19 décembre 1609, était déjà veuve le 1" janvier i648. (Voir la généalogie de la. maison de Grossolles, dans le tome V du Moréri de 1759.)

sça vantes ou juges de sçavoir, de sorte qu'on ne peut estre estimé habille que quand on flatte leur goust et que l'on s'accommode à leur portée. Mais il faut avoir assés de cœur pour mespriser les jugemens de ces sortes de longues robbes aux matières solides, et regarder la sage postérité, qui n'est point sujette aux foiblesses de chaque siècle, et qui, tost ou tard, rend à chacun ce qui luy appartient. J'excepte tousjours du nombre des foibles nos deux héroïnes \ comme je les ay tirées il y a long temps du nombre des femmes, et quand j'ay esté contraint de les comprendre sous ce genre, ça esté en les regardant comme d'une espèce distincte des autres et d'un ordre supérieur, de mesme qu'il y a des anges de plusieurs estages et des phénix dans le nombre des oyseaux. Et vous ne

' Cette déclaration se trouve dans la lettre XX du livre XIX (p. 778 de l'in-fol.) : «Victorius n'est pas, à la vérité, si agréable ni si ajusté que ceux que vous me nommez; mais il a une certaine simplicité romaine qui me plaist infiniment, et sa négligence mesme ne laisse pas d'avoir quelque grâce.» La lettre, datée du 19 juin iG3S, doit l'être du 19 janvier 1689. De même, la lettre suivante, qui roule encore sur Victorius. et qui porte la date du 6 juillet iG38, devrait piobablement porter celle du 6 février iG38.

'^ Afféterie, qui est dans Amyot, dans d'Aubigné, est aussi dans Mathurin Régnier, dans Balzac, dans La Fontaine, cités par M. Lillré, et dans Perrot d'Ablancourt, cité par le Dictionnaire de Trévoux.

3 Empêcher à ne se retrouve dans aucim des exemples cités, sous le mot empêcher, dans nos divers dictionnaires.

'» Fredon, mot employé par Calvin, a été employé, au siècle suivant, par Sainl-Evremond et par Boileau, cités à la fois dans le Dictionnaire de Trévoux et dans le Diclioni.aire de M. Littré.

'- M'"' et M"° de Rambouillet.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

(levés pasestre marri que je face cette exceplion à leur avantage, puisque cela relève tousjours vostre gloire qui est clans leur bouche, comme dans son plus digne lieu.

Ce que vous me mandés du père Bourbon est absolument mon opinion', et je suis bien glorieux que nous convenions ainsy de la pluspart des choses. Les vers sont des moins beaux qu'il ait faits , et ils sentent fort le sexage'naire. Je les estime pour- ,lant, parce qu'il vous les a envoyés et qu il en a fait une pièce de sa sousniission et de sa repenlance. Vous ferés bien , si vous m'en i;royés, de les aymer par là et mesme de luy en sçavoir gré dans la première des lettres que je recevray de vous.

Jempescheray bien que le sieur Tubero ne soit guerroyé par l'Académie sur le sujet du car\ et j'ay préparé tout plein de bonnes raisons pour faire avorter lesénatusconsulte de la déclaration de guerre qui se minutoit contre luy, et pour faire renguainer aux Féciaux^ leurs habits et leurs verges; mais je ne suis pas assés puissant pour le remettre bien avec le sieur de Gomberville et le parer * de sa férocité.

M' Lhuillier a esté fort aise de sçavoir que le Victorius fiist arrivé sain et sauf cbés vous , et de ce pas mesme en est allé donner la nouvelle à M" du Puy. Il m'a fait entendre plus d'une fois qu'estant très chèrement aymé et honnoré par eux et quelquesfois mesme servi, vous pourries, deux fois l'année, leur faire un compliment direct, c'est à dire leur escrire et les obliger extrêmement. Non pas, dit-il. qu'ils demandent de l'encens, ny qu'ils se faschent quand on ne leur en donne point, mais il connoist que celuy qui leur est offert, sans qu'ils le demandent, leur plaist fort et les confirme dans la foy, de sorte qu'en leur renvoyant leur livre, l'occasion seroit bonne pour faire cet oflTice que je vous conseille , aussy bien que luy qui est vostre amy fidelle et qui ne pense jamais à vous qu'avec joye et satisfaction.

Enfin j'ay tant tourné et viré^ que j'ay trouvé moyen d'envoyer vostre paquet à lîome et M' de la Brosse s'en est chargé à ma prière et à vostre considération". Je vous envoyé le billet en response d'un autre qui accomjKignoit le livre, et par là vous aurés, à mon avis, de quoy mettre vostre

' Ce que Balzac mandait à son ami touchant lf!s vers du père Bourbon a été retranché de la lettre citée dans la noie i de la précédente page.

- La recommandation faite par Balzac à Chapelain en faveur de La Mothe le Vayer, qu'il s'agissait de préserver de la colère des académiriens ennemis du car, a disparu de la même Icltre, qui, comme on le voit, a été déplorablement mutilée.

• Je crois devoir rétablir ainsi un mot que l'on ne peut guère lire autrement que feneux , qu'a lu ainsi, du reste (avec point d'interrogation), \f. Livet, reproduisant ce passage {Histoire de l'Académie, 1. 1 , p. 87^ ).ll est évident que, dans le texte de Chapelain, il s'agit de ces hérauts sacrés (feciales , fetiaîes) qui étaient, chez les iuiciens Romains, comme les médiateurs de la paix el de la guerre.

* Le préserver, le garer.

' Fi'rer, si souvent employé au moyen âge et au XVI* siècle (voir surtout Clément Marot, Rabelais et Montaigne), n'a été retrouvé par M. Liltré dans aucun auteur du xvn".

''' Balzac parle ainsi de M. de la Rrosse dans la lettre III du livre XX, p. 78'! de l'in-fol. : p A ce que je voy, M' de la Brosse ne m'a pas seulement obhgé, il a voulu encore m'ohliger de bonne grâce. C'est d'une faveur m'en faire deux, el entendre l'art qu'enseigne Sénèque. Mais il enlend bien d'autres choses, el je ne sçay si je vous dis estant à Paris, qu'autant de fois que j'eus l'honneur de l'enlrelenir, je fus csbloui des lumières qui sorloient de son esprit.» Celte lettre, réponse à la lettre de Chapelain du 6 février, ne peut être datée du 8 du même mois; il est probable qu'il faut lire 1 8 février.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

esprit en repos de ce coslë là. Gela me'rite un article en reniercimeut dans vostre première despesche. Le Conte Martinozzi , dont je vous parlois , n'est pas encore arrive' , et , si nous eussions attendu celte commodité, il se fust bien passé du temps devant que de vous donner ce contentement.

Nostre petit Prince ne recevra, je croy, ses drappeaux bénits que quand il aura le haut de chausse, et c'est estre bien Espagnol au Pape que de larder tant à les luy envoyer.

Vous trouvères encore icy deux Epitaphes du R. P. J[oseph] pour vous divertir, lun qui est de prose vers (sic) ' ; on ne sçait s'il loue ou s'il blasme, ou sil loue et blasme ensemble, et le jésuite qui Ta fait a bien esté équivo(jue en cela. Pour l'autre, en forme d'inscription tumulaire, c'est un tricotis "■ des plus pulides ^ que j'aye point encore veu. Cependant M de la Chambre, qui l'a composé, pense avoir llcviulo (orgala en cette matière \

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce 6 febvrier iGSg-

À :\1. L'ÉVESQLEDE GRASSE (GODEAU),

A GRASSE

Monsieur, vous m'avés bien fait plaisir

de venir jusques à Aix, car encore que le chemin qu'il y a entre cy et là soit assés grand pour empescher que nous ne nous puissions entretenir ny entendre, il me semble néantmoins que c'est quelque choside vous pouvoir parler de plus près p;uescrit, et le bien qui me reviendra indubitable de cela , c'est que les nouvelles que j'auray désormais de vous seront de huit jours plus Traisches qu'à l'oidinaire. La résolution que vous avés du tempérament que vous me marqués pour les actions que vous serés obligé de faire dans vostre assemblée, me semble très bonne, et si vous voulés que je vous en parle franchement selon vos inclinations, vous devés plus craindre l'excès dans la liberté que dans la sousmission, et c'est la première que vous devés combattre en vous sans vous mettre beaucoup en peine de la seconde.

J'attens le succès de vostre voyage avec impatience, quoyque je ne doute point qu'il ne vous soit glorieux et qu'il ne confirme la réputation que vous avés desja 1res grande dans la province. La prière que je vous fis , il y a quelque temps, pour ces chapelets n'estoit pas de mon chef, mais au nom de M' de Chavaroche, qui en a voit pris la commission de M'"" d'Hiers, si bien que si vous vous piqués d'en faire libéralité à ce

' Chapelain a-til voulu dire que c'étaient là des vers prosaïques, ou bien que c'étaient des vers mêlés à de la prose?

- Je ne trouve ce mot nulle part. Serait-ce un diminutif méprisant du mot tricot, tissu grossier?

^ De putidus, puant, infect, repoussant. Le mot putide n'est donné ni par RicheJet, ni par Trévoux, ni par M. Littré.

' Marin Cureau de la Chambre était alors âgé de quarante -cinq ans environ. Voir, sur ce médecin-académicien, la note 2 de la page 56o des Mélanges historiques. Lettres de Balzac, n" LVI. Pour compléter les indications réunies

dans celte note, je renverrai le lecteur, qui serait désireux de tout connaître sur l'auteur des Characlèrcs des passions, à deux ouvrages qui ont paru depuis 1878, le Chancelier Pieire Séguier, de M. R. Kerviler, où tout un ample chapitre est consacré aux deux Cureau de la Chambre, le père et le fils (p. /i 17-476), et les Débuis au Mans de Marin Cureau de la Chambre, médecin de Louis X]ll,jils du chancelier Séguier. membre de l'Académie française ; ses relations de famille et les héritiers de son nom dans le Maine jusqu'au commencement de ce siècle, par M. Henri Chardon, président de la Société d'agricultun.^. sciences et arts de la Sarlhe (187/1).

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

couveiil. il vous souviendra que je n'y prens aucune part que celle de servir noslre amy en ce quil a désire' de nioy. Pour les essences que vous proposés d'envoyer, à ce printemps , à quelques personnes desquelles vous voulés que je sois, c'est une autre affaire, et je ne m'esloigne pas de vous en vouloir bien avoir l'obligation, pourveu que la libéralité soit modeste, et qu'en cela comme en tout le reste vous vous souveniés de la frugalité.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce ii febvrier i63q'.

À M. DE BALZAC

À BALZAC

Monsieur, je ne sçay pas bien ce qui m'arrivera l'année qui vient dans la guerre que j'y prétens faire à mes rhumes, mais

je vous puis dire que mes maximes ne m'ont point trompé, celle cy, et que j'ay esté plus heureux à desfaire ces ennemis de mon repos à point nommé que le P[rince] dOrange à prendi*e les places qu'il avoit entreprises. Gela soit dit sans vanité et sans vouloir passer pour plus grand capitaine que luy, qui a fait assés s'il n'a rien oublié à faire pour vaincre, suyvant la définition que nos maistres nous donnent des arts qui n'exigent pas que l'on persuade ny que l'on guérisse, pourveu que l'on face ce qui est nécessaire pour la persuasion et pour la guérison.

J'ay sur ma conscience de n'avoir pas assés caressé vostre M' de Bellejoye; mais je vous avoue que, le voyant venir sans lettres de vous , je creus que c'estoit un importun dont vous estiés desfait et dont vous ne sériés pas marry que j'essayasse à me desfaire. Sa sorte de sçavoir et sa manière

' Le même jour, Chapelain (P 62) écrit à Boisroberl une lellre que M. K. Kerviler, qui la reproduit à peu près en entier (Jean Chapelain, p. 287-389), appelle r une consuilation littéraire fort curieuse, n destinée au cardinal de Richelien, «qui avait projeté de publier une sorte d'opéra représenté avec succès à Rome à la gloire de la France." En voici quelques passages : tr Modestie à part, puisque Monseigneur le commande, et sans mettre en question si mon avis est considérable sur le sujet dont vous m'av('s communiqué de son ordre, je vous diray franchement ce qu'il m'en semble. J'ay leu la pièce de théâtre italienne, et je vous avoue que, pour tragéi- comédie régulière, elle m'a paru Tort défectueuse, soit dans l'invention, soit dans ta disposition, et mesme dans la pluspart des mouvemens qui sont attribués à ces personnages. H est vray que c'est la trailter avec trop de rigueur que de la vouloir juger dans la sévérité des bonnes règles. Si son aulhour n'a eu autre dessein que de faire une pièce de magnificence et non d'art, et, s'il se peul dire, plustost un ballet qu'une comédie, comme sont toutes celles qu'ils

font maintenant pour les chanter : en ces sortes de pièces , l'art de la comédie n'en est pas la fin , mais cehiy de la musique, et l'on peul dire d'elles qu'elles sont failtes seulement pour soustenir et donner corps à de beaux airs, ainsy que nous avons ouy chanter autrefois plusieurs ouvrages de poésie qui passoienl à la faveur des airs que Guédron avoit faits dessus, et nous avons veu que l'oreille amusée par le chant ne s'apercevoil pas du défaut des paroles. Ce n'est pas que le Rinuccini, qui est l'inventeur de ces espèces de représentations, n'ait fait trouver les grâces de la poésie parmy les cbarmes de la musique; mais il est le seul qui y ail réussy,. . . celle-ci estant de beaucoup au dessous de celles du Rinuccini. Je vous diray que je ne croy pas qu'elle réussisse imprimée, c'est-à-dire destituée de la magnificence dans laquelle Rome l'a veu représentée, sans la multitude d'acteurs et d'babils, les divers changements de scène et l'harmonie des voix et des instrumens. . . Voila mon petit f-entimenl de ce long ouvrage, dont vous lirerés ce que vous jugerés qui pourra eslre agréable â S. E. , afin de le luy rapporter. n

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

de le débiter, joinles à sa provincialilé, me donnèienl une impression de luy fort semblable à celle que j\iy de certaines gens que je ne bay point, mais que j'ayme bien à ne point voir. En effet, je conversay avec luy sur la simple défensive et en desgageant le discours plustost qu'en l'engageant, de sorte que j'ay peur qu'il ne vous en face une longue nénie ^ et qu'il ne vous accuse de vous connoistre mal en gens affables et tels que vous m'aviés représenté à luy. Je veux croire que, dans la lettre que vous luy avés escritle, vous Taures remis en goust de me venir voir, et que j auray quelque jour moyen de luy en faire amende bonnorable. Il aura plus de civilités de moy, mais, avec vosLre permission, il n'aura pas plus de complaisance pour ses opinions apocrifes et béréliqucs en matière de beau sçavoir.

Je feray voir, après demain, en pleine assemblée, à M' Borbonius l'endroit de vostre lettre oîi vous le collaudés \ Gela fera

pour luy d'eslre célébré par vous à la veiie de tant de gens qu'il estime, et à vous il ne vous nuira point que tout ce monde voye que vostre réconciliation continue et que vous avés eu assés de vertu pour faire une amnistie ^ du passé.

A propos de l'Académie, vous sçaurés que le s' Tubero, nonobstant son livre que l'on a voulu qui ait esté fait contre elle ', a esté fait membre de son corps, qu'il a esté proposé à Son Éminence, laquelle l'ayant approuvé, il ne reste plus qu'à le recevoir au serment, et à luy donner des lettres. Mesme cooptation ^ a esté faite du s' Esprit, et en mesme temps, de sorte qu'au lieu que vous n'aviés en eux que des amis , vous y aurés désormais des confrères. Car, Monsieur, afin que vous le sachiés, quoyque vous soyés autant absent de l'esprit que du corps de cette noble compagnie, nous vous y tenons tousjours pour présent, et vous y conservons vos droits, comme si vous y rendiés un actuel service \

' Denœnia, r plainte, lamentation.' M. Litlré rappelle que les nénies claienl «des chants funèbres qui se faisaient dans l'ancienne Rome aux obsèques des morts par des femmes qu'on louait pour cet office, r» M. Littré n'a mentionné aucun emploi du mot nénie.

- De collatidare, <« louer, n Ce mot, qui est dans ie Dictionnaire de Trévoux avec la note vieux, n'avait pas été recueilli par Richelet et ne l'a pas été non plus par M. Littré.

■ M. Littré n'a cité, sous le mot amnistie, que deux phrases d'Anquetil et de Chateaubriand, ayant eu soin toutefois de rappeler que l'on trouvait la forme amnestie dans Rabelais. Il serait étrange que, seul au xvn' siècle. Chapelain se fût servi du mot amnistie.

'' Les Considérations sur V éloquence française de ce temps, déjà plusieurs fois mentionnées.

^ De cooptalio, action «d'associer, d'agréger.?: Ce mot a, de tout temps, été peu employé. Le Dictionnaire de Trévoux rappelle

CHAPELAIN. - — î.

que le docte Huet s'est servi du mot coopter. •^ Ce passage a été inséré par M. Livet dans son édition de VHistoire de l' Académie française , t. I, p. 87/1 et 875. Balzac (lettre I du livre XX, p, 782 et 788) accueille ainsi la nouvelle de la nomination de La Mollio le Vayer et de Jacques Esprit : «Je me resjouis, Monsieur, de la nouvelle acquisition qu'elle [l'Académie] a faite du philosophe **", qui, en effet, est un galant homme, et ne laisse pas d'avoir de l'esprit, quoyqu'il se serve la pluspartdu temps de celuyd'autruy. Je ne vous parle point de l'autre réception, qui s'est faite en mesnfie jour, de peur de choquer le jugement des supérieurs, et de donner trop de Hberlé au mien.r) La lettre, datée du A janvier 1689, est de la fin de février de la même année. Esprit et La Mothe le Vayer, dont la réception est inscrite dans les registres de l'Académie sous la date du lit février 1689, succédaient au commissaire des guerres Habert et à Bachet de Méziriac.

LETTRES DE JEAiN CHAPELAIN.

Ce que M"° la marquise de Ramb[ouillet] voudi-oit voir de vous sur toutes choses, seroit le Discours de la vertu ancienne, pour ce que je luy ay dit il y a long temps que vous faisiés estât de le luy donner. S'il est possible que ce soit celuy là que vous luy envoyés, vous la ravirés et luy donnerës la vie, ou du moins vous la luy ferës passer avec moins de langueur \

Je vous ay mandé la suitte qu'avoit eu la Phiiipique. On croyoit qu'après cette assemblée qui s'estoit fait des officiers de la Couronne à Saint-Germain, pour commencer la procédure contre M' le duc de la Valette, la semaine ne se passeroil point que Ton ne fist la première proclamation à trois briefs jours , ce qui pourtant ne s est point encore fait.

Je tesmoigneray au petit M' Bonaii-, quand je le verray, raffeclion que vous avés pour luy et la recommandation que vous m'en faittes. Il m'a semblé tel que vous me le dépeignés.

Il y a desja quelque temps que vous devés avoir receu le premier livre de la Rhé-

torique du Caro. Vous le garderés, s'il vous plaist, pour tousjours'. Jay pris d'un de mes amis son Virgile d'un volume plus portatif que le mien , que je vous envoyé. Il est superflu de vous prier de le conserver et de faire qu'on le luy puisse rendre sans qu'il soit gasté '.

Vous trouvères, avec ce mot un peu long à la vérité, la lettre que M' de la Brosse m'escrivit sur le port de voslre paquet à Rome, la semaine passée. Mon valet oublia d'en faire un paquet avec la mienne de l'autre semaine et oublia aussy les Epitaphes dont je vous parlois qui seront aussy en celui-cy *.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce 12 février iGSy.

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