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CCLXVIII

À M. DE BALZAC

À BALZAC

Monsieur, vous avés veu par ma dernière lettre que s'il y avoit quelque chose dans le paquet que je vous envoyay il y a quinze jours, qu'il importast que vous sceussiés,je pourrois sans cesse me souvenir de ce qu'il contient et vous le faire sçavoir, quand Rocolet seroit mort, ou que son valet par

yvrongnerie l'auroit porté à l'ordinaire de Lion, au lieu de cela y de Bourdeaux. En tout cas, jevousdiray que mon registre m'a fait voir que je vous y parlois de M' de Bellejoye, de M' le duc de La Valette (je veux dire du décret de prise de corps et des cris h trois briefs jours) et du petit M' Bonair; que je vous envoyois par mesme moyen un Virgile du Caro, qu'un de mes amis m'avoit preste, et la lettre que M. de la Brosse m'avoit escritte sur vostre paquet pour Rome avec quelques Epitaphes du feu R. P. J[oseph]. En voila toute la matière.

Depuis j'ay appris que Rocolet avoit mis le tout avec une boëte que l'on vous avoit addressée, en mesme paquet, et parce que cela sans doute estoit fort pesant, il y a apparence qu'il ne l'a envoyé que par le messager, et que vous l'aurés receu à cette heure. Cependant, je vous remercie de cette obligeante inquiétude que vous tesmoignés pour mes misérables griffonneries^, et bien que je les en estime très indignes, je vous avoue que je ne laisse pas de m'en sentir Il al té.

Au reste. Monsieur, vous me faittes pitié du mal que je vous ay causé en vous escrivant les sentimens de M' Lhuilliersur le sujet de M" Du Puy *, et peu s'en faut que je ne sois dans une peine égale à la vostre d'avoir esté l'instrument du trouble que vous

' Ce fut ie 9 février 1689 que se tint l'assemblée dont parle Chapelain. Voir ce qu'en dit Orner Talon dans ses Mémoires (Collection de MM. Michaud et Ponjoulat, t. VI de la 3^ série, p. 6li, 65).

' Le duc de la Valette avait épousé en secondes noces, le 28 novembre i63i, Marie du Cambout, fille aînée de Charles, marquis de Coislin, baron du Pont-Châleau, chevalier des ordres du roi, et de Philippe de Bruges. «On fut fort surpris, dit le Père Griffet (tome III, page i84) de voir le cardinal de Richelieu poursuivre avec tant de vivacité un homme

qui avait épousé une de ses parentes; mais le duc de la Valette en usait si mal avec sa femme, que cette alliance ne servait qu'à le rendre plus criminel aux yeux du premier ministre, v

^ Griffonnerie n'est nulle pari. On trouve grijfonnage dans les Lettres de M"'' de Sévigné, et gnffonner dans la satire x de Boileau, ainsi que dans le Misanthrope.

* Chapelain , de la part de Luillier, avait pressé Balzac d'écrire de temps en temps aux frères Du Puy pour les remercier de l'amabilité avec laquelle ils lui envoyaient leurs livres.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

m'en faittes paroistre clans la vostre. Si jestois si heureux que vous n'eussiés point encore escrit à ces Messieurs lorsque vous recevrés cette lettre, je vous conjurerois de n'en rien faire et de chercher plustost vostre satisfaction en cette matière que celle d'autru\ . Ces sortes d'offices de bienséance ne se doivent exiger de personne, et moins d'un homme comme vous qui avés protesté publiquement de n'en vouloir plus rendre aucun. Mais il seroit plaisant que M. Lhuillier se défendit par les propres termes de vostre protestation, et qu'il dist que vous n'y avés pas entendu comprendre l'année 1689, qu'il semble que vous ayés prise pour le temps auquel vous vouliés bien recommencer ce commerce. Toutesfois il ne le fait pas encore et vous estes asseuré que je ne luy fourniray point cette excuse de vostre importunité. Si la chose est donc encore à faire, ne la faittes point et me laissés desmesler cette fusée avec luy ' ; je la prens à ma charge, et ne veux me servir du pouvoir que vous me donnés auprès de vous que pour des choses plus nécessaires et d'oià vostre contentement dépendra absolument, comme, par exemple, si pour faire réussir auprès de M. le chancelier le dessein de M. de Ghives, il esloil nécessaire de luy escrire sur le mariage de sa tille avec le prince d'Enrichemont.

Jay receu le Victorius sain et entier, de mesme que s'il n'avoit bougé de la biblictlièque l'utéane. S'il eut valu la peine de le lire, je Inurois retenu encore quelque temps

pour apprendre ses inclinations et ses habitudes , qui est ce que je cherche le plus dans les lettres des grands hommes. Mais l'ayant pris à plusieurs fois, je l'ay trouvé encore plus languissant que vous n'avés fait, et il me pardonnera si je le réintègre, dès demain , dans sa niche , où. les tignes " et les vers s'en repaistront en paix désormais, s'ils n'en sont empeschés par d'autres que par moy.

J'eusse fait porter avec soin ce qui s'addressoit à M. Gestin et que vous aviés mis dans le paquet de Victorius, si ce paquet m'eust esté rendu tout entier. Mais je n'ay receu que le livre tout nu , ce qui me fait croire que Rocolet, l'ayant desfait, aura envoyé aussy bien à M' Gestin ce qui estoit pour luy, qu'à moy ce qui estoit pour moy. Je le verray et m'en esclairciray, et si la chose n'est pas encore faitle. je la feray faire sans faillir.

Le Carnaval , qui emporte toutes les soirées de la princesse Julie, nous a empeschés de pouvoir encore lire vostre belle Apologie à l'hostel de Rambouillet, où elle est fort attendue, et vous tousjours fort estimé. Le Caresme, avec la sagesse, nous rendra Ivi loysir qu'il faut pour cela. Encore une (ois n'escrivés à personne , non pas à moy-mesme , si cela vous contraint tant soit peu, et accoustumés le monde à vostre silence.

Je suis. Monsieur, voslre,etc.

De Paris, ce i* ni.irs 1Ô39.

Je vous envove les Supposés de l'Arioste

' Dfimèler une fusée , c'est pénétrer nn mystère . une intrigue, toute csi èce d'affaire embrouillée. M. Lillré a retrouvé cette métaphore dans la traduction par Malherbe du Traité des bimf^ails de Sénèque , dans le Virgile travesti de ScaiTon .dans une lettre de M"" de Maintenon et dans les Mémoires de Saint-Simon.

Chapelain écrit tigne. se souvenant de l'ita-

lien ligna, \enu du latin tinea. On trouve laigue dans les écrits du xui' siècle, et teigne dans Ambroise Paré, Olivier de Serres et les écrivains du KTii" siècle. On lit dans le Dictionnaire de Trévotur : - Beaucoup de gens disent tigne, et Riclielot prétend que c'est ainsi qu'il faut dire: du moins il assure que la plupart disent tigne, mais il se trompe, et l'Académie dit teigne.-

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

que M. Voiture ma rendus. Je vous prie de les bien lire et de m'en donner vostre jugement sérieux à bien ou à mal '.

À M. DE BALZAC

À BALZAC

Monsieur, vous me remerciés de la Rhétorique d'Aristote traduitte par le Caro, comme si le présent estoit entier, ou plustosl comme si c'estoit un présent et non pas l'acquit imparfait de plus d'une dette. Pour vous en dédire , songes seulement ce que je tiens de vous et avoués que vous estes bien bon de n'avoir pas trouvé à redire si longtemps mon peu de reconnoissance. Mais laissons là ces contestations de civilités, qui ne sont de mise qu'entre de nouveaux amis, et croyés, comme vous le devés, que je ne puis désormais rien vous donner, puisque tout ce que j'ay vous appartient plus qu'à moy mesme, et que je ne prêtons avoir liberté de disposer de rien que de ce cpi sera indigne de vous.

J'ay connu par l'expérience, ce que je croyoisdesja extrêmement, que les livres curieux estoicnt traittés avec beaucoup de respect et de douceur chés vous. Le Vicforius en est revenu avec un éclat que je ne me souviens point de luy avoir veu quand il partit de mes mains, et si M" Du Puy ont les yeux comme moy, ils croiront que vous

' On trouvera la réponse de Balzac à ce poslsci-ipum dans la lettre VI du livre XX (p. 786 de Tin-folio). Cette lettre est datée du i5 mars 1689, et, par extraordinaire, elle est exactement datée, car il a bien dû s'écouler une dizaine de jours entre i'envoi de la leltre de Chapelain et' la riposte de Balzac. Ce dernier s'excuse de n'être pas plus compétent. «Pour juger en maistre de la comédie que vous m'avez fait la faveur de m'envoyer, dit-il, il faudroit n'estre pas eschoiier. . . Je ne iaisseray pas ponr-

luy avés donné une robbe neuve, ou du moins que vous avés fait repolir la vieille. ■ M' Lhuillior sort de céans pour le remettre en sa place dans la bibliothèque de ses possesseurs. Je i'ay chargé du compliment qu'il leur doit faire pour vous, afin de vous espargner la peine de leur escrire, si vous ne Pavés point prise encore , et luy ay bien fait entendre l'aversion présente que vous avés à coraphmenter vos amis. De ce costé là, vous n'en devés plus attendre d'importuuité, et pour ce qui le regarde je vous puis asseurer que vous estes libre.

Pour les deux Épitaphes, si je m'y connois, le meilleur ne vaut pas grand chose, c'est-à-dire qu'ils sont mauvais tous deux. L'un est aiïeclé et ptiérile et n'est point de style de tombeau ; l'autre est une satyre et un panégyrique tout ensemble, de sens et de style, mesiés de mal et de bien, qui sont de grands défaux pour un ouvrage court et qui donne loysir à l'esprit d'en examiner jusquà la moindre partie.

Je suis tout à fait de vostre avis touchant nos deux penultiesmes académiciens, et je vous avoue que le dernier me semble encore bien moins suj)portable que l'autre". H y a en tous les deux à réformer sans doute, mais celuy dont je vous parle a les principes viciés, et nous le pouvons mettre entre les incurables. Cependant il plaist à ceux à qui rien ne devoit ])laire qui ne fust bon , et il reçoit des bienfaits qui seroienl bien mieux

tant de vous déclarer mon opinion, en attendant vostre arrest, et de vous dire qu'il me semble que les Supposés ne font point de déshonneur à Boland leur frère aisné. A m.on gré, il ne se peut voir de fable plus ingénieuse, plus nette, ni mieux desmeslée que celle-cy, et la France n'a encore rien veu en ce genre qui mérite de luy estre comparé . . . 'i

- La Mothe le Vayer et Jacques Esprit. Ce passage a été cité par M. Livet {Histoire de l'Académie française , t. I, p. 376).

liOO

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

employés à M' Silhon ou au seigneur Tubero Qiesme.

M' l'Official me semble un fort homme (l'honneur de penser à vos avanlages de sou chef, et sans en estre sollicité que par son affection seule '.Je ne luy pardonne donc pas seulement, mais je le loue mesme et l'ayme de m'avoir fait h proposition qu'il m'a faille avec la chaleur dont sa lettre est remplie, et que je voudrois que vous eussiés veue pour vostre satisfaction. L'affaire maintenant est ouverte et n'est plus en estât d'estre estouffée. Il faut qu'elle s'achève par nous ou qu'elle s'arreste par d'autres que par nous. Il y a huit jours que j'en parlay encore à l'abbé de Serizy et que je luy tesmoignay quej'attendois cet effet de sa diligence. Je ne puis l'en déprier* maintenant sans note de peu de constance, et tout ce que je puis pour vous complaire est de ne l'en rechercher plus et de le laisser agir selon sa lascheté ou selon son courage. Peut estre sera-t-il assés mou pour faire réussir la chose comme vous le désirés, et alors vous aurés vostre conte sans que uy M' l'Official ny moy ayons manqué à ce que nous vous devons.

Cependant j'ay beaucoup de joye de vous voir l'àme en si bonne assiette et capable de mespriser ce que vostre vertu a mis si fort au-dessous de vous. Gela me fait espérer

que , dans nos vieux jours , nous philosopherons ^ bien exquisement, et que nous nous esleverons bien au-dessus des choses mortelles. J'anticipe volontiers ce teuqjs-là de l'imagination et en fais le plus doux divertissement de mes incommodités présentes.

Vous escrirés donc aussy peu à .\r le Chancellier qu'à M" Du Puy, pour peu que cela vous embarasse, et désormais jejouiray seul de la consolation de vos lettres , puisque vous m'en voulés seul honnorer, et je croiray eujouirdauianl plus légitimement queje vous ay sollicité davantage du contraire. A l'avenir je solliciteray vos amis de ne vous point escrire, ou du moins, en vous escrivant, de vous envoyer quittance de la response et de vous obliger de ne leur rescrire point. C'est ce que j'ay desja fait auprès de M' Hobier * qui me doit au premier jour apporter un mot pour vous à cette condition, et dont je ne me serois point chargé s'il ne l'eust stipulée bien expresse. Avec ce tempérament , les lettres de vos serviteurs pourront ne vous desplairc point.

Le compliment que vous failtes dans la mienne à iM' de la Brosse est e\(|uis et surpaye exirèmement le soin qu'il a pris de vous servir quoiqu'il l'ayt fait de fort bonne grâce. Je sçay que je le raviray en le luy monstranl. J'attens avec impatience la dernière partie de l'Apologie , et me resjouis fort

^ Balzac avait écrit à Chapelain (lettre déjà citée de la page 788 de i'in-iol.) : «Que direzvous de Monsieur [de Cliives] qui conçoit de temps en temps des pensées ambitieuses pour moy, et vous fait de belles propositions?. . . -?

- Le mot déprier n'a été trouvé par M. Litirô que dans une comédie de Louis de Boissy, de l'Académie française, mort en 1708.

^ Philosopher, qui est déjà dans Montaigne, est aussi dans Saint-Evremond, dans Pascal et dans Nicole, cités par M. Litlré, ainsi que dans le P. Bapin, cité par le Dictionnaire de Trévoux. On trouve encore philosopher dans Malherbe

(édition des Grands émvains de la France, Lexique, t. V, p. ^6a).

* Hobier a un polit article dans le Moréri de 1 75(j. On y dit que ce personnage, dont le prénom n'est pas indiqué, se fit connaître par des traductions françaises qui sont estimées, telles que celle de la Vie d'Agricola de Tacite (Paris, in-ia, 1639), et celle de deux traités de Tertulien sur la Patience et sur l'Oraison (Paris, in-12, t6io). On y cile l'éloge fait par Balzac (lettre à Chapelain du 3o avril i63(j) de sa sagesse, de son bon sens, de sa diction chaste et réglée, etc.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

de ce [que] vous me mandés du travail que vous entreprenés ensuitte pour la plus parfaitte femme du monde sans exception. J'iray demain soulager sa langueur de cette bonne nouvelle et vous en rendray conte au premier voyage. J'approuve en tout vostre dessein pour la forme et le stile de vos discours et tant s'en faut que je blasrae le titre d'Entretiens que vous leur destinés, que je suis bien marry que d'autres l'ayent pris devant vous, mais c'est assés que vous les employerés plus légitimement qu'eux '. Vos amis vous auront beaucoup d'obligation de ce que vous proposés de faire. Je ne manqueray pas de leur faire sçavoir d'avance.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce ii'mars 1O39'

Je vous priay, la semaine passée, de lire fes Supposés avec attention et de me raandeice qu'il vous semble de l'art et de l'agréement de cette Comédie et si vous la trouvés bonne ou mauvaise en son genre ou pour Comédie. Je vous fais icy la mesme prière encore et en attens vostre jugement.

À M. DE BALZAC

À BALZAC

Monsieur, vous verres la transformation d'une lettre prétendue en un placet d'occupation^ et de préoccupation que M' de Voiture vous envoyé , afin de surprendre aussy bien vostre jugement par sa déférence, qu'il a fait celuy de la princesse Julie par ses galanteries. H vous faut expliquer cet énigme. Je luy avois baillé les Supposés de l'Ariosle pour se divertir par les cbemins et se remettre dans la langue italienne. Au retour de Rome, il me dit qu'ils ne valoient rien et parce que je n'estois pas de son avis, il m'obligea d'en reconnoistre M"' de Ramb[ouillet]pourjuge, laquelle soit qu'elle n'entendist pas assés bien la langue, soit parce qu'en les lisant j'en passay toutes les obscénités', qui font traits dans la pièce, soit parce qu'elle ne sçait pas les loix de la Comédie pure et qu'elle n'en gouste que celles qui ont l'esclat des aventures des Romans, lesmoigna sur les deux premiers actes que celle cy ne luy plaisoit. Nous avions fait une gageure d'une paire de gans d'Espagne. Dès le lendemain matin je la luy envoyay,

' Balzac (lettre déjà citée de la page 789 de fin-fol.) avait dit à son ami : «J'ai en leste un ouvrage que je veux appeler Entretiens, qui seroit d'un stile plus concis et moins oratoire [que les discours sur les Romains], mais qui ue sera ni moins pressant, ni moins agréable. Pour légitimer le titre que je luy veux donner, j'ay i'aulliorité de deux aulheurs qui ont passé devant moy, à sçavoir de feu Monsieur i'Evesque de Genève, et de nostre cher Monsieur Bardin. Il siéra fort bien à mon livre, puisqu'en effet ce sera l'extrait et le résultat des conversations que j'auray eues avec vous et avec d'autres personnes choisies. Là dedans je parleray à mes amis, ou je parleray d'eux. . . -^

- Mentionnons une lettre éciite le même jour pu marquis de Flamarens (f° 61) et où Chapelain parle du hou M. de la Laue. Mentionnons encore (f°Ga) une lettre à l'abbé de Saint-Nicolas, auquel Chapelain demande une recommandation auprès du président Le Feron en faveur de son beau-frère, qui avait un procès.

■^ Le manuscrit porte, évidemment par erreur : de Voccuption.

" Les auteurs de Mademoiselle de Scudéry, sa vie et sa correspondance (p. liô, note 2) disent à ce sujet : «Le prologue renferme un certain nombre d'équivoques dont on s'explique que la pudeur de M" de Rambouillet et de quelquesuns de ses amis des deux sexes ait pu prendre ombrage. •!

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

non pas comme vaincu ny condanné , mais comme le voulant payer de quelques livres f{uil m'avoit apporté à ma prière, et dont jusqu'alors il n'avoit point voulu prendre ce qu'ils lui avoient couste'.

Je luy escrivis un billet à mesme temps, que vous trouvères icy, et que j'y mets afin que vous voyés toutes les pièces du sac . puisqu'il n'a pas voulu que vous jugeassiés à l'aréopagilique * sans connoistre les intéressés. Je vous prens à tesmoin que mon procédé a esté plus sincère et que, vous demandant vostre jugement dès l'autre semaine , sur cette pièce , je ne vous avois pas voulu expliquer le sujet de cette demande, de peur que l'opinion que vous avez que je me connois assés en ces matières, ne fist quelque impression dans vostre esprit qui nuisit au droit qu'il pourroit avoir dans la question. Je continue dans ma prière et dans les mesnies termes, jo veux dire que, sans exception [sic pour acception] de personne, vous jugiés de la chose par les conditions requises à sa nature et selon droit et équité. Il y a eu de grandes batailles données sur cette matière, et parce qu'il ne pouvoit pas dire que la pièce ne fust régvdière pour défendre son jugement, il s'est trouvé réduit à dire que le bon sens estoil meilleur juge de la Comédie que les règles, comme si le bon sens nestoit pas le père des règles. Mais ne jugés point de cotte hérésie et ne jugés que de la Comédie.

De Paris, ce lî mars iHSq

À BALZAC

Monsieur, l'excuse que j'avois allégué dans mes précédentes pour vous rendre plus supportable la langueur de Victorius, n'est pas recevable pour les Oraisons desquelles on ne peut dire qu'il ne les a pas faittes pour les publier ny qu'elles sont escrittes à des personnes laniilières. Aussy n'ay-je prétendu le mettre à couvert que par ses letfi-es dont j'ay creu qu'il nestoit point garand, puisque ce nestoit pas luy qui les avoil imprimées , et néanlmoins il est vray encore que, veu la condition de ceux à qui pour la pluspart elles sont addressées, il eust mieux fait de les escrire un peu moins lourdement . quand mesme il n'eust regardé qu'eux et qu'il eust esté asseuré que jamais elles n'eussent esté veues d'aucun autre. Cette naïveté est trop naïve et celte familiarité trop familière, et je suis trompé si je les eusse trouvées bonnes ny passables quand je les eusse veues dans leurs propres originaux el dans l'asseurance qu'elles ne verroient jamais le jonr.

Il y a une certaine bienséance nécessaire qui oblige sous peine de niaiserie et de stupidité à considérer à qui l'on parle et à choisir ses pensées et ses i>aroles pour des personnes de lettres ou de qualité relevée, et c'est lorsque les lettres peuvent et doivent mesme emprunter les ligures et les mouvemens de l'Oraison. Mais peu de gens se

' On a souvent prélondu que l'Aréopage siégeait au milieu des ténèbres, mais c'est là une opinion enonée, comme j'ai cherché à le démontrer jadis dans une petite dissertation {Actes de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux, 1863. pages 363-366), et comme l'a déclaré plus récemment, avec quelques réserves toutefois, M. E. Dugit. ancien

membre de l'École française d'Athènes, dans sa thèse pour le doctorat es lettres intitulée : Étude sur l'Aréopage athénien (Paris, 1867, in-8°, p. 116 et 117). Conf. rarlicle Aréopage donné par M. E. Caillemer dans le Dictionnaire des antiquité.^ grecques et romaines, de MM. Daremherg et Saglio, V fascicule, 187^, p. 398.

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règlent par ces loix de jugement qui veulent que les choses se facent selon les circonstances. L'un escrit tousjours familièrement, comme Pasquier', parce qu'il ne se sçauroit eslever, et l'autre escrit tousjours pompeusement, comme nostre amy de GomberviJle, parce qu'il ne se sçauroit abbaisser. En la pluspart des hommes la nature gouverne et non pas l'art. Chacun suit sou génie et ne reçoit son précepteur que luy, pour ce que c'est le plus facile et le plus indulgent, et comme l'art seul est ce qui peut porter les productions humaines à leur perfection, de là vient qu'il y a tant d'esprits médiocres et si peu de sublimes et d'excellens. C'est là à peu près le sujet de la dispute que j'ay avec l\r de Voiture sur les Supposés de l'Arioste, ou plustost sur la question duquel des deux on se peut servir plus seurement et plus utilement pour juger des ouviages de l'art, connue Comédies , tableaux, baslimens, etc.. ou des règles, ou du bon sens particuliei". Quand , par le placet qu'il vous a escrit et que je vous ay envoyé, vous n'auriés pas connu quel paity il tient, vous le verriés aisément par ce que je vous viens de dire. Et certes les choses en sont à un estrange terme lorsque l'on esbranle tous les fondemens des sciences, que l'on appelle de toutes les loix et que l'on se défère plus à soy mesme qu'au sentiment de tous les sages et de tous les siècles. Mais j'ay tort de vous en parler de la sorte. Peut estre que je vous jjréviens et que j'empesche vostre jugement d'estre libre dans l'arrest que nous attendons

de vous sur ces Supposés, si vou.s ne l'avés pas encore prononcé. C'est pourquoy je m'arrcsle et ne vous dis plus rien là dessus.

Quant au silence que vous voulés garder pour M' Du Puy, je l'approuve, comme je vous l'ay desjà mandé, je veux dire pour ce qui regarde de leur escrire, car au reste la civilité vous oblige à leur faire sçavoir par moy que vous vous sentes leur redevable (le ce dernier livre qu'ils vous ont preste.

Aujourd'huy M' de Bellejoye m'est venu voir et m'a entretenu à son ordinaire tousjours Plaute, tousjours Apulée, Tertullien, Cassiodore et Sidonius Apollinaris, et pour Térence c'est un chastré, et Cicéron luy passe pour elumbe^. Je luy ay prédit qu'un jour, parlant à sa personne, il seroit Cicéronien et qu'il condanneroit ce goust de jeunesse. Il ne se peut dire avec quelles submissions il m'a parlé, et vous m'avés causé cette confusion par le bien que vous luy avés mandé de moy dans la lettre demy latine et demy françoise qu'il dit que vous luy avés escrilte. Je feray mes efforts pour la voir, mais je n'espère pas d'y réussir, puisqu'il ne me l'a pas fait voir, lorsqu'il me l'a accusée. Il faut que la manière dont vous le traittés ne luy ait pas semblé assés sérieuse ny assés avantageuse. Si vous m'en envoyés une copie , je la recevray avec beaucoup de plaisir, car sans doute elle est digne de luy et de vous.

J'ay receu, incontinent après, une visite un peu plus considérable, dans laquelle vous avés fait la principalle partie de la con-

* De quel Pasquier s'agil-il ici? Est-ce d'Élienne Pasquier (if) 2 9-1 61 5), le célèbre avocat, dont ies Letlres parurent pour la première fois en i586 (Paris, in-6°)? Est-ce de son fils, Nicolas Pasquier (i56i-i63i), le maître des requêtes de rhôlel du Roi , le lieutenant générai à Cognac, dont les Lettres virent le jour en 1628 (Paris, in-8°)? Les lettres du père et du fils

ont été réunies dans ies deux volumes in-folio de 172.3 : Œuvres d'Estienne Pasquier... et les Lettres de Nicolas Pasquier (Amsterdam, pour Trévoux).

- On peut citer, à cette occasion, ce passage du Dialogue des orateurs attribué à Tacite : Ciceronem maie audisse a Brnto, ut ipsius verhis utar, tanquam fractum atqtie eliimbem.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

versation. M' le marquis de Montauzier, qui est icy depuis douze jours à son retour de Rue! où il a presque tousjours este' à la sollicitation de ses affaires, m'est venu gouverner aujourdhuy et s'est délassé l'esprit avec moy en s'en [retenant de vous et de vos ouvrages faits et à faire '. Surtout il s'est i-esjouy de la parole que je luy ay donnée que vous travailleriés bientost à celuy qui regarde M"" la marquise de Ramb[ouillel] , car il est son dévot aussy bien qiie moy et voit volontiers ce qui fait à sa gloii'e. Il vous baise les mains de tout son cœur et vous demande la continuation de ses bonnes grâces, dont je l'ay fort asseuré, comme aussy je vous asseure fort de la sienne. Entre les raisons qui l'ont empesché de vous donner ces asseurances par luy mesme, celle cy est la principalle quil ne vous voudioit point laisser penser qu'il vous escrivist pour tirer une response de vous, vous honnoranl pour vostre vertu seule et sans l'inlérest de la gloire que vous donnés à tous ceux qui ont des lettres de vous.

Je baise bumblement les mains à M' rOllicial sans luy rescrire, et suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce ao mars iCSq.

À M.L'ÉVESQUEDEGRASSE(rTODEAU),

À GRASSE

Monsieur, j'attendois tousjours à rece-

voir de vos lettres pour vous escrire, et vostre paresse causoit la mienne. Enfm il n'y a pas moyen de s'en tenir plus long temps, ne fust-ce que pour vous dire que M' d'Andilly à son retour de Pomp[onneJ m'a tesmoigné de l'eslonnement et quelque chose de plus, que M"" de S' Gyran ait esté mis dans le bois de Vincennes. et qu'il se soit passé près dun an depuis, sans que vous luy en ayés escrit un mot comme s'il navoit pas besoin de consolation dans une si fascheuse rencontre, et si Ihomme dont est question n'estoit pas dans vostre approbation et dans vostre amitié ^. Je croy que cela mérite que vous lui faciès un compliment et que, sans entrer fort en matière, vous lui guérissiés l'esprit de l'opinion qu'il a peut estre de vostre inconstance. Et cela pour le sérieux.

Pour le jovial, vous sçaurés. puisque la P[rincesse] Julie vous la voulu faire sravoir, que M' Voilure et moy sommes en contestalion sur la bonté des Supposés de l'Ariosle. moy tenant pour, et luy contre formellement. Cette excellente personne sesl trouvée de son avis et M' de Balzac du mien. M" les Arnaulds se sont rangés de mon coste avec M' de Chavaroche; M' le marquis de i{[ambouillet] est de mes plus zélés; M' le marquis de P[i3ani] se tient à son corps par accoustumance; M' la Marquise balance entre doux et croit qu'elle n'est pas si bonne que je dis. mais aussy qu'elle est bien meilleure qu'ils ne disent. Nostre Princesse sol-

' Le 3o mars, Balzac répondait ainsi à cel article (ielfre\ Il du livre XX, p. 787 de Tin-foi.) : «La conféience que vous avez eue avec Monsieur le maïquis de Montauzier me donne bien de la gloire. Il a tiop de bonté pour moy, et les nouvelles preuves qu'il luy a plù de m'en rendre me sont trop advantageuses. Un jourpeut-eslro, je luy enpourray lesmoigner mon ressentiment, elj'espèie qu'il n'aura point de regret d'avoir honoré

de son amitié une peisonne qui révère sa vertu au poinct que je fais.»

* Ce ne fut pas la seule occasion où Godeau fut accusé de tiédeur par ses bons amis les jansénistes. Voir, à ce sujet, une note bien sévère de M. Sainte-Beuve {Port- Royal, I. IV, p. 353 et 35Zi ), avec citations de reproches adressés par d'Andilly (en juillet i66t) au prélat qui lui paraissait manquer de rla vigueur- et de «la

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licite tous ses alliés d'entrer en ligne nouvelle avec elle sur ce sujet et se porte pour chef de la querelle, encore quelle ne soit que seconde de V[oiture]. 11 y a apparence que vous suyvrés son party et je m'y attens et je vous le pardonne, car je ne' me pardomie pas à moy raesme de ne le pouvoir suyvre et de tenir plustosl pour la raison que pour son goust. Juges donc à son avantage sans examiner de si près ma justice et son bort, et si vous m'en croyés, sans lire la pièce mesiue, car cela sera plus galand et, pour une si peu importante prévarication, léquité ne s'en estimera guères blessée ny la partie adverse guères mal traittée. Que si vostre conscience estoit si délicate que de ne me vouloir pas condamner contre vostre sentiment, au moins gardés vous bien de la condamner quand vous trouveriés qu'elle en fust digne. Il faut espargner le sexe, et moy mesme, en cette dispute, depuis qu'elle y est entrée pour une si bonne part, je me suis réduit par respect à me contenter que nos juges prononcent que, pour n'eslre pas de son opinion, je n'ay pas perdu le sens.

Je suis , Monsieur, vostre , etc.

De Paris, ce 20 mars 1689 '.

CCLXXIIL A M. DE BALZAC ,

A BALZAC

Monsieur, vous avés donné dans mon

sens, de tout point, en tout ce que vous m'avés escrit sur les Supposés de l'.Arioste, et je vous avoue que j'eusse esté bien surpris si vous en eussiés jugé autrement, c'est-à-dire de la sorte que M"^ de Voiture s'imaginoit que vous déviés faire. Vostre lettre m'a fait un honneur extrême et a relevé mon party qui n'estoit guères moins que terracé. Ma partie triomphoit de moy et avoit les Déités pour elle, sans que nia justice me servist que de sujet de confusion , lorsque voslre secours inopiné a fait la conversion de ma mauvaise fortune en bonne, et de vaincu m'a rendu victorieux. Tout de bon jamais homme ne fut si attrappé que M' de Voiture l'a esté, quand je luy ay fait voir vostre sentiment sur cette pièce qu'il avoit si foi t condannée et qu'il n'a peu dire vostre sincère sentiment. Sa seule espérance maintenant est (jue vous adoucirés vostre arrest par vos premières lettres et qu'en sa faveur vous vous dénien tirés ou du moins que vous biaiserés.

Pour moy, je vous laisse encore cette liberté, tant je suis esloigné de me vouloir servir d'aucun mesme raisonnable avantage. Mais j'ay peine à croire que vous pensiés, à la seconde veue , autre chose qu'à la première, et qu'un esprit aussy solide que le vostre puisse concevoir deux choses directement contraires d'un mesme sujet. Je me suis trouvé force partisans parmy tous les gens de nostre connoissance , qui ont sceu nostre différent, et, lorsque vostre lettre a

générosité de ces grands évéques des premiers sièclesT). D'un autre côté, les jésuites ne manquèrent pas de reprocher, en tout temps, à Godeau de trop incliner vers Port-Royal. Voir notamment les Mémoires du P. René Rapin (i865, 3 vol. in-8°, passim).

' Le même jour. Chapelain (f 65) écrit à la marquise de Fiamarens, lui pariant de sa grossesse avec une affection vraiment paternelle, lui adressant toute soi te de bons conseils, et lui

donnant, entre autres nouvelles, celle que voici : «M. de Richefons s'est battu pour la seconde fois contre M. de Cominges, et à cette seconde, a esté blessé de deux coups mortds, qui pourtant iuy ont laissé quatre jours de temps pour se reconnoistre et demander pardon à Dieu de ses fautes. C'esloit une querelle irréconciliable et qui ne se pouvoit terminer que par la mort de l'un des deux. Je pense que vous devés tesmoigner à AI"" de la Trousse vostre despiaisir en ceste occa-

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

esté veue, le party s'est renforce' de moitié. On ma crié je triumpke, et l'Apollon' et la Gallioppe* du Marais m'en ont célébré sur leur lyre. Vous verres par les copies des lettres que je vous envoyé qui j'entends par ces noms divins, et, parmy mes applaudissemens , vous ne serés pas peut estre marry de voir vos propres louang-es \ Car si je vous en puis dire mon avis franchement, je croy que ces deux lettres m'ont esté escriltes plus pour vous que pour moy et que ces deux personnes de mérite ont pris cette occasion de vous tesmoigner la passion que vostre vertu leur donne. Je laisse à vostre jugement si vous leur en devés faire paroislre quelque ressentiment dans la première des lettres que je recevray de vous.

J'ay esté ravy de voir vostre Androgync en l'une et en l'autre partie. Mais j'ay rougi en voyant la françoise, non pas <le me voir loué si avantageusement par vous, mais de voir que ces éloges me conviennent si peu . et m'accusent en quelque sorte des défaux contraires aux perfections que vostre libé-

ralité m'attribue. Vous y traittés bien , à mon gré, selon son mérite, l'homme à qui vous l'escrivés, et je suis trompé si ce que vous luy mandés et que je luy ay dit, ne luy donnent de grands scrupules sur sa sorte de sçavoir et ne le rejettent dans la bomie voye d'où sa propre conduitte l'a fort égaré. Je le trouve avec cela un bon enfant et qui est bien digne de vostre charité et de mon service. Tout celuy que je luy pourray dire en vostre considération, je le feray avec zèle, et ne m'en feray pas requérir deux fois. Le dessein de louer et panégiriquer l'Académie ne me revient pas, surtout s'il le veut faire en françois où je doute qu'il soit un fort grand personnage. Pour me le faire avaler plus doucement, il me dit qu'il vous avoit principalement regardé dans ce projet et qu'après vous, il n'avoit considéré personne que moy. Si bien que si Dieu ne nous ayde , nous allons estre collaudés comme il faut. Mais si cela est inévitable, il faut prendre patience et tendre le cou *.

On a impatience à l'hostel de l\amb[ouille]t

sion et prier M. vo.sire mary d'accompagner vostre lettre fie l'une des siennes.-)

' Georges de Sciidéry.

- Madeleine de Scudi-ry.

•^ M"" de Scudéry écrivait à Cliapelain (p. l 'l'i du Recueil de MM. Rathery et Boutron) : «Après ni'ètre laissé persuader que dans les réjouissances publiques chacun a droit de dire ses sentimens, j'ose vous assurer que, quand M. de Balzac m'auroit donné Timmorlalité en me louant injustement dans une lettre, je ne serois pas si satisfaite, que de voir que par son jugement il \ous établit le juge des autres, n Voici ce que Balzac avait écrit à Chapelain (lettre VIII du livre X\, p. 787 de l'in-fol. ) : •: J'aimerois mieux [à la place de \ oiture] me réconcilier avec l'Arioste, que de me battre contre son chevaHcr [Scudéry]. C'est un dangereux homme que cet Astolphe [ toujours Scudéry], et malheur à ceux qui ne sont pas en ses boimes grâces. Pour moy je mets son amitié

au nombre de mes meilleures fortunes, et suis tout glorieux du nouveau tesmoignage qu'il m'en a rendu. Mais que cette sœur qui escrit si élégamment et de si bon sens est digne de luy, et qu'elle est à mon gré une personne excellente! Prestez-moy, Monsieur, une douzaine de vos paroles, pour luy faire le compliment que je luy dois, et dites-luy, de plus, s'il vous plaist, que si j'estois le légitime distributeur de celle immortalité dont vous parlez, elle seroil asseurée d'en avoir sa part.?) Cette lettre, datée du 10 avril 1689, doit être reportée au mois précédent. Le début indique qu'elle suivit de près la première lettre où Chapelain avait fait connaître son sentiment : «L'affaire de l'Arioste a donc fait rumeur, et on prend parti en cette occasion?. . . •■ * Toute cette partie de la lettre reste inexplicable. Avant moi, on a vainement cherché à savoir de qui et de quoi il s'agissait en cet endroit. M. Livet, qui a reproduit les dernières phrases

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

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de sçavoir ce que vous avés respondu au placet de M' de Voiture, et je vous confesse que je n"en ay pas moins de désir que tous tant (ju ils sont.

Vous n'avés de response aux lettres que vous nie faittes l'honneur de m'escrire que trois semaines après qu'elles sont escrittes, ce qui arrive pour ce que vostre courrier ne nous rend les vostres que le dimanche au soir, lorsque le paquet se ferme pour partir le lendemain devant jour, de sorte qu'il est impossible d'y respondre si prontement, et que je suis contraint d'attendre le courrier suyvant pour vous donner de mes nouvelles. S'il est plus diligent à l'avenir et que je puisse recevoir vos despesches le samedy au soir, vous ne serés plus si longtemps à recevoir les miennes. J'escriray sur le champ et vous rendray mon devoir avec autant de prontitude que jadis quand vos postillons estoient mieux ingambes'.

Je suis , Monsieur, vostre , etc.

De Paris, ce aC' mars iCSg.

A M. DE BALZAC

À BALZAC

Monsieur, depuis ma lettre escritte et

du paragraphe (l. I de V Histoire de V Académie française, p. 877), déclare en note qu'il n'a pu découvrir de quel personnage il est question.

* M. Liilré a trouvé le mot ingambe dans une lettre de M"" de Mainlenon, dans les Mémoires de Saint-Simon et de Duclos, dans les Confessions de J.-J. Rousseau. Chapelain reste le premier en date , pour l'emploi du mot ingambe. Au xvi' siècle, Martin du Bellay écrivait en gambe.

■ Omne tulil puiiclutn , qui miscuit utile dulci , Lectorem delecUndo , pariterque monendo.

(Horace, Art poétique, vers 3^3, 34i.)

^ Chapelain veut parler de la première des Dissertations de critique intitulée : Response à devjc questions ou du charactère et de l'instruction

envoyée à M' Rocolet, j'ai receu les vostres du 2 1 de ce mois exquises et merveilleuses en vérité, et de celles qui ont heureusement meslëes l'utilité et la douceur', la solidité de la doctrine et les grâces de l'éloquence \ Par le bruit qu'a fait vostre premier jugement et l'avantage que j'en ay tiré, vous pouvés penser si ce second, particulier et discouru comme il est, m'apporte une satisfaction extrême et s'il me donnera gaigné de tout point. C'est pour cela que je ne m'estens pas sur la louange qu'il mérite, car je craindroifî que vous ne creussiés que ce fust pour l'intérest que j'y ay. Je le feray admirer par ceux mesme qu'il condanne, et ce sera par eux que vous en recevrés une louange non suspecte , et que vous sçaurés que je ne vous flatte point en le mettant au rang des choses parfaittes.

Si tous vos Discours ou vos Entretiens sont de cet air et de ce caractère, comme je n'en doute point, la France n'aura rien à envier à Rome ny à Athènes en délicatesse de stile, ny en beauté de sçavoir. J'approuve extrêmement que cettuy cy soit du nombre des esleus et suis asseuré qu'il sera en effet admirable. Quant à l'Arioste, je croy qu'il le faut tousjours dire ainsy et tout de mesme le Tasse, le Guarin, et tout le reste des Ita-

de la comédie {Œuvres complètes, L II, p. Gog- 5 19). Cette dissertation commence ainsi : trLa comédie de nostre Arioste n'avoit garde d'eslre receue en vostre coar.-.r. En voici la péroraison : «Ce sera le sage et le sçavant Monsieur Chapelain, qui le vous dira; et je ne sçay pas pourquoy estant à Paris , et à deux pas de l'Oracle, vous avez voulu consulter une Vieille de village... Nostre incomparable amy vous mettra dans le donjon, vous conduira par tous les coins et recoins, vous esclaircira du menu et du particulier de toutes choses. Il srait ce que j'ignore, et ce que la plupart des Docteurs ne sçavent pas bien : il pénètre dans la plus noire obscurité des connoissances anciennes... S'il vouloit, Mon-

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LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

liens qui ont escrit depuis Beiiibe et le Trissin, et, lorsque j'en ny cherché la raison, il m'a semblé l'avoir trouvée dans l'introduction des Sigiiore que les Espagnols ont faitte parniy les Italiens depuis qu'ils nous ont chassé du royaume de Naples. Considérés bien, s'il vous plaist, la force de cet article le devant le nom propre, vous sentirés que c'est un contracte qui emporte le seigneur, ou le conte, ou le cardinal, etc., et ainsy que, quand on dit l'Arioste, c'est comme si l'on disoit à l'italienne le seigneur Ariosle , qui seroit parler correctement. Ainsy l'usage du pais ayant sa raison, je ne pense pas qu'il y faille rien innover, et que nous devons appeller les Italiens de la sorte qu'eux niesmes se nomment , puisque noslre oreille s'y accoustume sans peine et que cela se fait sans conséquence pour les autheurs grecs, latins ny françois, oîi ce seroit barbarisme que d'employer l'article , comme je voy force gens peu considérés qui le font. Le Virgile, l'Aristote, le Cicéron, sont pour moy des monstres plus insupportables qu'à vous, et si un homme avoit dit en ma présence le Du Perron , ou le Cocffeleau ou le Balzac, je ne croy qu'avec toute ma retenue, je ne luy sautasse au colet et ne luy fisse rentrer les paroles dans la bouche. A tout il y a distinction et les circonstances déterminent les choses.

Au reste l'appréhension que j'ay eue qu'il ne mésarrivast de la pièce que vous mavés envoyée, il y a plus d'un mois, m'a

empesché de songer seulement à la laisser entre les mains de personne , et j'eusse creu fort manquer à ma punctualité si je m'en fusse souffert tenter seulement. C'est ce qui a retardé jusqu icy la lecture que j'en voulois faire moy mesme , car pour ces M" que vous me nommiés', le Carnaval et le Caresme ont eu chacun leur embarras qui m'ont osté le moyen de les pouvoir assembler tous en un mesmejour età une mesme heure et, pour l'hostel de Rambouillet, moitié ces causes mesmes, moitié la combustion qu'a apportée la question des Supposés, n'ont pas permis que nous ayons peu prendre une soirée bien tranquille pour leur donner un régale de cette importance là. Cependant gardés vous bien de croire que je l'aye leue avec peu d'attention et de plaisir, ny que, quand je la feray voir à nos amis, elle puisse jamais leur estre eonuieuse. Je respons sur mon honneur de son succès, et pour en estre seulement le porteur ou le lecteur, j'en atlens des éloges ou du moins des caresses extraordinaires.

Dans cette semaine j'essaycray d'adjuster l'une et l'autre assemblée, car je veux, s'il est possible, estre l'histrion " et recevoir personnellement ' toutes les acclamations qu'aura le gros et le détiul de l'ouvrage. Si je ne puis par l'obstacle du démon des affaires, qui règne absolument dans Paris et qui traverse les desseins les plus raisonnables, juseray de la permission que vous me donnés et leur laisseray voir en parti-

sieur, il nous ponrroil rendre les livres de la Poétique, que le Temps nous a ravis : au moins il ne luy seroit pas difficile de réparer les ruines de reluy qui reste. . . n

' Balzac avait écrit à Chapelain (lettre déjà citée de la page 788 de l'in-fol.) : r Je seray bien aise, cependant, qu'elle (M"* de Scudéry) voye avec Monsieur son frère la première partie de ma relation à Mi'nandre. li n'y aura point do mal

aussi de la communiquer an sçavant Monsieur de la Motte. . .^

- Il faut croire que Chapelain prenait ce mol dans un sens plus relevé que celui qui lui est aujourd'hui donné. Peut-être, par histrion, Chapelain entetidait-il seulement acteur, interprète, sans la moindre nuance défavorable.

' On lit ici l'abréviation générale pnt , qui, à la rigueur, pourrait signifier présentement,

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

culier ce que j'aynierois mieux qu'ils entendissent en trouppe. Après quoy, je vous rendrav conte de vostre gloire.

N'appelles point vieillesse vostre maturité, ny caducité cet âge viril qui est le seul vray aage de riiomme et qu'il seroit à souhaitter que nous eussions dès en naissant. Un honime qui ne passe de guère quarante ans, voit encore autant de la vie devant soy qu'il en a consumé, et peut faire encore de glorieux desseins de longue haleine. Vous estes en estât d'en conduire de trop beaux à tin pour vous qualifier vétéran, et demander par ce titre indirectement d'estre licencié du camp des muses qui attendent encore de grands services de vous.

Si j'eusse peu donner le dégoust que vous avés de Ihomme à qui je m'adressay pour l'affaire que vous sçavés ', je n'eusse eu garde de le faire. Mais sestant présenté seul à mon imagination capable de la faire réussir, et quand j'eusse eu à choisir, m'imaginant qu'il l'eust traversée s'il n'eusl esté chargé , je ne balançay point , quoyque j'en eusse peu d'espérance. Je suis au désespoir de l'avoir ainsy enfournée. H est vray que l'homme est si mou et, comme je croy, si oublieux des choses dont on ne le sollicite pas tous les jours, que si je ne iuy en parle plus, il ne pensera pas que je lui en aye jamais pai-lé et nous serons toujours en estât de prendre une autre voye. Si c'est celle de M' de Boisrobert, comme M' l'Oiïicial m'en a touché quelque chose , je m'offre de Iuy proposer le négoce, et de l'animer à l'entreprendre avec tout ce que vous m'avés appris d'éloquence, si toutes fois j'en ay jamais rien appris. Vous ordonnerés là dessus.

J'envoyeray chés M' de Gordes chercher

M' Bonair j)our vous faire esclaircir du succès de vos Blancs ' que je prie Dieu qui soit bon. Mais le féroce engloutit toutes choses et il n'y a d'argent que pour ceux qui ostent la vie, cependant que ceux qui la donnent consument le peu qui leur en demeure à poursuyvre inutilement ce qui leur est deu. Et le temps est si mauvais qu'on ne se contente pas de ne point payer ses debtes, mais qu'on fouille dans la bourse (le fous ceux qui ont réputation d'avoir du bien , si bien que l'on peut dire que les plus heureux sont les pauvres, à qui l'on ne sçauroit rien demander et qui sont par leur misère à couvert de la recherche et de l'impost. Cela soit dit sans murmure, puisque c'est pour obtenir la paix au général, que cette guerre se fait au particulier, et qu'il est bien raisonnable qu'un si grand bien que le repos couste quelque trouble à tout le monde.

J'espère vous envoyer avec cette lettre uu cartel que M' de Scudéry d'office a envoyé à M' de Voiture sur le sujet de nostre querelle et des vers qu'im autre inconnu y a joints qui ont esté envoyés aussy. Vous aurés bien certainement la copie d'une seconde lettre que M"° de Scudéry m'a escritte ce matin après avoir leu les Supposés, où vous verres qu elle est une ferme amazone , et vous pourrés vous mirer dans les beaux effets que vostre arrest a produits.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce 26 mars i63c).

M' l'abbé de S' Nicolas sort de céans transporté de la beauté de vostre dernière. Je la Iuy ay leue, et, après, il l'a releue avec admiration et joye. Nous avons conclu que vous n'aviés jamais rien fait de mieux,

mais qui, dans ce passage, semble être pour : personnellement.

' L'homme était l'abbé de Cerisy et l'affaire, la nomination de Balzac comme conseiilei' d'Étal.

^ Monnaie de biilon qui se divisait en grands blancs ou gros deniers blancs de la valeur de dix deniers tournois, et en petits blancs ou demiblancs de la valeur de cinq deniers tournois.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

c'est à dire qu'il ne s'estoit jamais rien fait de meilleur. Je ne me puis lasser de vous le dire. Vous avés grand tort de vouloir passer pour escolier en ces matières dont jamais les maistres n'ont si bien parlé.

A M"^ DE SCLLERY.

Mademoiselle , je n'estois pas bien de mon party, raesme devant que d'avoir reconnu que vous le tenie's, et le respect que je dois à la Princesse quej'ay pour ennemie m'ostoit la hardiesse de condanner des sentiraens dont les contraires jusquicy m'avoient semblé les seuls équitables. Mais à présent que je vois les miens appuyés de vostre authorité et protégés par la valeiu* du généreux Astolfe ', qui a daigné descendre du ciel pour servir de champion à ma justice , je me détermine et veux bien désormais estre du nombre de mes partisans pour soustenir ma propre cause, à laquelle je me suis affectionné depuis seulement quelle est devenue la vostre '.

Vous voyés, Mademoiselle, jusqu'où s'estend vostre pouvoir de me faire déclarer contre une personne pour qui je me déclarerois contre tout le reste du monde, et combien vostre raison est supérieure h toutes

les autres d'avoir sceu fixer les irrésolutions de mon esprit et de ne me laisser [ilus douter que celle qui toute sa vie a esté aussy juste que Thémis, et qui méritoit de tenir sa place, n'a pas tenu en cette occasion la balance aussy droitte qu'il le falloit. Avec tout cela, je sens une résistance secrette à la contrarier, et j'ayme mieux croire , comme vous , qu'elle parle autrement qu'elle ne pense, et que seulement pour signaler son esprit et son courage, elle défend les foiblos sans se soucier quils ayent le droit de leur costé. Ce seroit icy le lieu de vous rendre très humbles grâces de la part que vous avés voulu prendre en mes intérests, si tous les devoirs et les ressentimens ^ n'estoient pas compris dans la qualité véritable que je prens, Mademoiselle, de vostre, etc.

De Paris, ce a 6 mars lOSf).

Avec vostre permission j'asseureray icy de mon service et de ma reconnoissance les chevaliers que vous avés engagés dans ma défense, aussy bien l'inconnu que le connu '.

À M. DE BALZAC

À BALZAC

Monsieur, j'ai receu présentement à neuf

' Astolphe était le nom (emprunté au Roland furieux) adopté par Georges de Scudéry dans la lutte contre Voilure. On a déjà vu dans une note d'une lettre précédente une plaisanterie de Balzac au sujet de cet Astolphe.

- MM. Ralliery et Boutron ont reproduit {Mademoiselle d(! Sciidéry, page i6a) ces douze premières lignes, et ils disent en note : «Nous l'empruntons [celte letlre] à V Isogi-aphie , avec une lacune que nous iravons pu remplir, n Rien n'était plus facile que de remplir celte lacune à l'aide du manuscrit où se trouvait la lettre tout entière; mais les choses les plus simples échappent souvent aux meilleurs travailleurs, et

ce sont là de ces négligences inévitables qui tiennent, comme l'a dit Horace, à la faiblesse de notre nature même, aul humana parum cavit natura.

^ Les ressentimens ont été lemplacés par les reconnaissances dans la copie de cette dernière phrase tirée par MM. Rathery et Boutron de l'/soffraphie. C'est un rajeunissement d'une expression qui est encore dans Racine (Bérénice) et même dans Delille {les Trois Règnes).

* Le chevalier connu était Scudéry; le chevalier inconnu était celui qui avait joint ses vers à la prose de Scudéry et dont Chapelain parlait à Balzac dans la letlre qui précède celle-ci.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

heures du soir par la diligence de M' Rocolet la nouvelle copie de vostre dernière despesche ' que j'ay trouvée par ses augaientatious plus belle et plus éclatante, que tjnand je la receus premièrement, qui est une chose que je n'eusse pas creu possible, veu l'extrême beauté et le grand lustre qu'elle me fit voir alors, et je n'ay pas esté le seul dans cette admiration. Tout Thostel de Rambouillet en a esté ravy; tous nos amis, à qui on a peu faire part de la dispute, ne se sont peu lasser de la louer, et M' de Voiture mesme, avec toute sa condannation qu'elle porte , et avec toute l'opiniastreté qu'il monsti-e à défendre son erreur, n"a pas peu la trouver mauvaise. On y a estimé un jugement exquis à conserver et défendre la cause que vous aviés embrassée, en termes forts et délicats qui prouvent ce que vous voulés et qui cajolent la partie adverse, sans qu'elle s'ose otfenser de ce qui la choqué, ny puiijse prendre vostre sentiment présent que pour un sentiment passé. Mais je vous ferois un trop long discours , si je m'engageois à vous dire toutes les remarques avantageuses qu'on a fait sur cette belle lettre. Il suffît que vous sçachiés qu'on

' Balzac (lettre IX du livre XX) complimente ainsi son ami de l'empressement qu'il mit à lui répondre : (rll y a t)ien de l'excès en vos diligences, et vostre bonté m'accable de faveurs et d'obligations. Qu'est-ce que cela, Monsieur? Recevoir une lettre à neuf heures du soir, et y respondre à mesme temps, et si sagement, et si ponctuellement ! J'advoue que vous avez sur moy toute sorte d'advantage, et que je ne suis pas capable de si grandes choses.» La lettre, datée du 29 avril 1689, doit être antérieure de quelques jours à cette date. Balzac n'aurait pas attendu presque tout un mois pour répondre à une lettre écrite avec tant de hâte. C'eût été l'extrême lenteur opposée à l'extrême rapidité.

^ Voici ce que Balzac écrivait à son ami (lettre VII du hvre XX déjà citée) : «Il faut que

la met au rang des plus rares productions de vostre esprit. Je feray voir aux niesmes personnes ce que vous y avés adjousté, et par ainsy d'une seule victoire vous me ferés avoir deux triomphes, dont le dernier sera encore plus pompeux que le premier.

Au reste je suis marry de l'inquiétude qu'on vous a donnée sur l'escrit qui a couru icy contre M' le Prince sous le nom de M' de la Vallette, conmie si l'on croioit que vous en fussiés l'aulheur\ Je vous puis asseurer que vous estes le premier à qui j'ay ouy dire une imputation si desraisonnable, et qu'il n'y a point d'honneste homme à la Cour ny à Paris à qui il soit tombé dans l'esprit de vous en accuser. C'est une lettre fort injurieuse, et peu ingénieuse, et oii il y a mesme des sottises qui ne seroient pas excusables à un escolier. Mais il vaut mieux que je vous en envoyé la copie que j'en ay eiie afin de vous calmer l'ame et de vous faire juge vous mesme du peu d'apparence qu'il y a de vous l'attribuer. Un nommé Renier, qui a esté aulresfois à M' d'Elbeuf \ a esté mis dans la Bastille sur de violens soupçons qu'il l'avoit faitte, etd'aujourd'huy seulement M' le chevalier de la Valette ''

j'adjouste à ce billet l'advis qu'on vient de me donner, qu'il court un libelle à Paris, dont quelques-uns pensent que je suis aulheur. Vous pouvez jurer, si on vous en parle , sans crainte de faire un faux serment, que je ne me mesie point de ce mauvais mestier. Vous sçavez combien j'aime n;on repos et combien je liai toute sorte d'escriture. . . Je ne preste ni mes paroles, ni ma cholère à personne; et celuy qui mesprise ses propres injures , n'a garde de venger celles d'autruy. . . n

3 Tallemant des Réaux et les autres contemporains ne disent rien de ce domestique de Charles de Lorraine, second duc d'Elbeuf.

* Le chevalier de la Valette était un fils naturel de Jean-Louis de Nogarel, duc d'Epernon, dont il porta les prénoms. 11 devint lieutenant général de l'armée navale des Vénitiens en i6i5 -,

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

y a esté mené et quelques uns disent que c'est en qualité d'instigateur. Je ne sçay ce qui en est, mais je .scay bien que vous en devés estre en repos, et faire réprimande à ces mal officieux amis, qui vous vont troubler par des avis si extravagans.

Je suis. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce 3o mars 1689.

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