‹ Lettres. Publiées (volume 2)Chapitre 85 sur 134 · CCLXXVII · texte numérisé non relu

CCLXXVII

À M. L'ÉVESQUE DE GRASSE (GODEAL

À GRASSE

Monsieur, je vous félicite de vostre retour dans vostre royaume, quoyque vous ne régniés que sur des roches et que ce peu de terre que vous avés ne soit fertile qu'en oranges. C'est un grand avantage d'estre sur le sien , et de ne devoir la satisfaction de nostre esprit et de nos sens qu'aux choses que nous ])ouvons dire propres. C'en est encore un plus grand de n'avoir plus l'embarras de la cohue, qu'on appelle Estats. oii il n'y a point de vertu à l'espreuve de la mesdisance, ni de bonne intention qui no soit sujette à mille contradictions. Je sens pour vous le plaisir que vous goustés d'estre rendu à vos Muses et à vous-mesme, et je vous envie souvent non pas vostre Évesché, mais la tranquillité et la sérénité d'esprit que vous possédés.

La Stance que vous m'avés envoyée du commencement de l'Ode que vous médités

et inourul le 9 août j65o, des blessures reçues dans un combat livré près des portes de la ville de Bordeaux, Ce ne fut pas seulement en 1689 que le chevalier de la Valette fut mis à la Bastille : il y revint en février 1669, accusé d'avoir semé dans les rues de Paris des billets séditieux. Voir sur le chevalier de la Valette, outre tous les uKimoires relatifs à la Fronde , la Bibliographie des Mazarinades de M. C. Moieau, où le nom du bâlaid du duc d'Épernon est cité tant de fois dans les trois voUunes.

m'en est un tesmoin illustre, car je vous puis dire que je n'ay point veu de plus beau début ny chés vous ny chés aucun autre, et vous auriés grand tort si vous ne luy donniés la suitte qu'il désire. J'ay encore admiré les premiers vers de lÉlégie qui sont dans la lettre de M" Conrart, et il paroist bien par de si belles productions que vostre esprit prenoit plaisir, en les faisant, à se vanger du ten)ps que vostre assemblée chicanière luy avoit fait perdre.

Je voudrois vous pouvoir entretenir de nouvelles particulières, mais il n'y en a point |)résentement qui soient dignes de vous. La semaine passée, vous receustes par la P[rincesse] J[ulie] et par moy celle du différent qu'elle veut avoir avec moy sur le sujet des Supposés de l'.Ariosle, en quoy je suis bien marry d'avoir raison pour l'amour d'elle, mais j'en suis bien aise pour l'amour de M' Voiture, qu'elle appelle son second el qui toutesfois est son premier.

Je connois un peu !\r de Hérule, et devant que M' le conte d'Alais parlist pour Provence, ce gentilhomme me promit amitié en une visite que je fis à son Maistre, duquel je receus un bien favorable accueil. S'il vient icy et (pie nous le puissions voir, je luy tesmoigneray le soin (|ue vous avés eu de nous informer de son mérite.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

Dft Paris, ce 1" avril i(>3o '.

' Le 7 avril, Chapelain écrit (P 76) à la marquise de Flamarens, lui reparlant des soins à prendre pendant sa grossesse. Je ne citerai de celte lettre, déjà reproduite tout entière par M.R. Kerviler [Jean Chapelain, \i. iilili--?.!i6), que \e post-sa-iplum, empreint de toute Tinquiétude d'un rentier menacé de se voir retrancher nn quai lier : «Pavis n'est pas maintenant un trop bon séjour, ne s'y parlant que de l'emprunt ou taxation que le Roy fait sur le bien des personnes aisées, jusquesà des sommes fort {jr.indes. ^^ Lo mèmejonr.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

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