‹ Lettres. Publiées (volume 2)Chapitre 86 sur 134 · CCLXXVIII · texte numérisé non relu

CCLXXVIII

A M. DE BALZAC

À BALZAC

Monsieur, voicy le neufviesme jour que je nay manié de plume, et comme je la quittay après avoir escrit par le dernier ordinaire , je la repi'ens pour vous respondre par celtui cy. Mais je ne sçay presque que vous dire lanl je me trouve détraqué et estourdy de mon desménagenient, et tant il m'a apporté et apporte encore de désordre et de confusion dans l'esprit. H y a huit jours entiers que je suis en continuel voyage du logis où vous m'avés laissé à celuy que

j'ay esté obligé de prendre et quoyque je ne traisne point les charioU, ni ne porte les crochets qui servent a transporter mes meubles, vous devés croire que j'en ay toute la peine et que je porte tout de l'imagination qui souffre et succombe quasi sous le faix.

i\e vous allés pas pourtant persuader que j'aye assés d'opulence pour occuper tout ce temps là ces honnestes officiers si nécessaires à la République, ni que je m'inquiette pour aucun de mes meubles qui ne soit pas du nombre de mes livres et de mes papiers. Ce sont ceux là seuls dont le desrangement me donne du chagrin et de l'impatience ', et dont l'arrangement me donnera bien de

Chapelain adressait à M"" de la Boncliardière (f 76) des paroles de consolation au sujet de la mort de son père. Le 10 avril. Chapelain (f' 77 ) écrivait une longue lettre à Balzac , lettre que je ne donne pas en entier, à cause des répétitions qui s'y trouvent. Il y accuse réception à son ami des deux lettres du 96 mars et du ^1 avril arrivées f justement dans le temps que je désespérois le plus d'a- \oirde vos nouvelles par cet ordinaire. -i Chapelain craignait pour la santé de Balzac : rrDieu soit loué de ce qu'il vous la laisse bonne, et qu'il m'espargne une douleur de ce costé là qui seroil le comble de toutes les autres, n II l'enlretient de Téloge qu'a fait de l'auteur du Prince le marquis de Montauzior tf ces jours passés, dans le cabinet de M'"" la marquise de R[ambouillet] et en sa présence," éloge du genre '^de ceux qui veulent estre creus et ne donnent point asseurauce d'une estime et d"ime amitié vulgaire.' Chapelain ajoute : «Ce qui me serableroit à propos absolument, seroit que dans la publication [du discours sur les Supposés de l'Arioste], les noms de la P[rincesse] Julie et de M' de Voiture devinssent des estoilies, afin qu'ils ne souffrissent point la honte d'estre menés en triomphe publiquement, et que s'ils ont à estre fouettés, ce ne soit que sous la custode. . . M"'' de Scudéry verra aussy ce qui la regarde dans vostre lettre, et je voy d'icy la joye extrême qu'elle en recevra. Il faut avouer que c'est une des plus spirituelles et tout ensemble des plus judicieuses filles qui soient en France. Elle sçait trè.^ bien

l'italien et l'espagnol. Elle fait très passablement des vers. Elle est très civile et de très exquise conversation. Enfin ce seroit une personne accomplie si elle n'e.^toit un peu beaucoup laide. Mais vous sçavés que, nous autres philosophes, ne connoissons de vraye beauté que celle de l'âme, qui ne passe point, et qu'un jour M"° de Scudéry aura la consolation de voir M"'" de Montbazon aussy peu belle qu'elle, et certes celle-cy est une vraie Aspasie et auroit mérité d'estre née à Athènes du temps de Socrate ou de sas disciples. . . ?■) Chapelain parle ensuite de V Apologie de Balzac : « Cette belle pièce a esté leue à l'hostel de R[ambouillet] et par moy à deux fois et a eu grandissime audience et grandissime louange. Je ne vous en dis point davantage de peur de vous en dire trop peu, et puis vous connoissés bien ce que des personnes d'excellent esprit en ont deu dire, après y avoir apporté une parfaite attention. 75 Chapelain lui conseille, de la part de Voiture, de Vaugelas, des dames de Rambouillet, auxquels il se joint, de retrancher quelque peu de la seconde moitié de cette apologie. Enfin il lui signale les cf amples mémoires envoyés par M. d'Espernon , ^ déclarant que le mémoire composé par le précepteur Girard est «plus oratoire, n mais que l'autre est «plus juridique. ?5

' Tous les amis des livres comprendront les sentiments exprimés ici par Chapelain, même ceux qui n'ont pas eu l'occasion de passer par les mêmes anxiétés.

Mil

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l'exercice et de la poussière \ Car quelque ordie que j y ave tenu pour les desmesler et les trouver sous la main quand jaurois fait assembler et dresser mes tablettes, il m'a esté impossible de le faire exécuter selon mon projet et je prévoy qu'ils me vont bien donner de la peine.

Il m'a semblé, durant tout ce chariage '. que je sortois d'une ville rendue et que j'escbappois à la fureur de quelque insolent Victorieux, et afin que vous voyés que la comparaison nest pas tirée à force, vous sçaurés que je sors de ma vielle habitation par un arrest diffinilif, après l'avoir défendue dix huit mois contre un usurpateur qui a mis toute son ambition à me desloger, et enfin, malgré toute ma résistance et les avantages que j'ay eus sur luy durant ce long siège aux requestes du palais , assisté des mortiers de la grande chambre, y a fait telle brèche, qu'il a falu céder au plus fort. Mais c'est trop vous parler de cette badinerie.

Je ne receus point de vos lettres, il y a quinze jours, et je creus que vous vous contentiés d'avoir escrit deux fois assés près l'une de l'autre, quand vous m'envoyasles par la seconde une copie augmentée de la lettre que vous m'escriviés pour décider la

question des Supposés. C'est sans doute ce qui a trompé le sieur Rocolet et qui luy a fait vous escrire qu'il n'avoit rien receu de vous par l'antépénultiesme ordinaire. Par la pénultiesme je vous respondis amplement et vous rendis conte d'assés de choses , particuhèrement du succès qu'avait eu vostre .apologie à l'hostel de Rambouillet.

Sur le mesme sujet vous sçaurés quelle a esté leue encoi-e chés M' Conrart par M' d'Ablancourt à M" Daillé, de la Mothe, Hobier, et son fils le doc(em\ sans les autres que je ne sçay pas encore, pour ce que mon embarras m'empescha d'y assister, et d'apprendre l'effet qu'elle aura fait dans leur esprit. Je sçay mieiu comme elle a réussi chés M" Du Puy où le mesme M' d'.4blancourt la leut hier eux présens. M' d'Aligre et M' L'HuiUier. Le dernier me vint voir, sur le s»ir, et me lesnioigna quelle avoit esté entendue avec un plaisir extrême, quelque longueur qu'elle peust avoù-, et qu'ensuitte on avoit fait une grande conlalutation ^ sur vostre mérite et sur vostre vertu . chacun le renvianl * sur son compagnon.

Je suis bien aise du divertissement que vous a donné Y Enéide du Gaio, et encore plus de ce que vous avés pris ce sujet pour une des matières de vos entretiens \ Elle

^ Balzac (lettre XI du livre XX, p. 790 de i'in-fol. ) répond ainsi aux doléances de Cliapeiain : "Vous ne devez pas douter que mon imagination ne soufTre avec la vostre, et j'avale une partie de la poussière dont vous me parlez. Mais je ne laisse pas, outre cela, d'avoir des maux qui me sont propres, et je ne manque point de belles nouvelles à vous mander. Pour l'histoire de vostre demesnagement , vous recevrez celle de trois chevaux qui me sont morts, et du quatriesme qui est bien malade. . n Cette lettre est datée du a'i mai 1689 : elle fut écrite bien plus tôt, puisque Chapelain, dans la lettre suivante , qui est du 20 avril, justifie Voiture auquel Balzac reprochait d'avoircomiamné trop vite et trop haut la seconde partie de V Apologie.

* Charriaffe est un vieux mot : on le trouve plus souvent dans Commines, dans Amyot, dans Martin du Bellay, que dans les écrivains du xvu* siècle.

•* Entretien familier. M. Lillré a recueilli !•■ mot dans les Mémoires du cardinal de Retz et dans les Discours de Mirabeau.

* Renvier, renchérir, faire davantage, est dans ilivers auteurs du xvi' siècle, ainsi que dans Bossuet et M""" de Sévigné. Voltaire a eu le tort, comme l'a remarqué M. Littré, de voir dans renvier une expiession nouvelle.

^ Balzac avait écrit à Chapelain (lettre IX du livre XX déjà cité) : trJe vous renvoyerai bientosi vostre admirable Itahen ; et il faut que je vous

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

ûli

est riche et ne vous fera point de deshonneur. Outre l'éloge de l'autheur je voy que vous loués la langue, dont je vous avoue que j'ay une particulière satisfaction. C'est encore une querelle que j'ay avec M' Voilure qui ne peut souffrir que je la préfère à l'espagnolle. ni les poètes italiens aux poètes espagnols. Mais ne craignes pas que je vous face encore juge de ce différent, ni luy non plus. Il a esté trop mortifié de vostre jugement précédent pour se pourvoir jamais devant vous, et je suis trop généreux plaideur pour me soucier de l'attirer dans mes avantages.

Je sçauray de M' de La Mothe ce que vous désirés sur ces notes de Heinsius infolio. Cependant je suis, Monsieur, vostre, etc. De Paris, ce 17 avril iCSg '.

À M. DE BALZAC

X BALZAC

Monsieur, il y aurnit peu a\

plus de

advoue, cependant, que je suis ravi de sa traduclion de VÉnéide. 11 me semble qu'il faul juger par là principalement de l'esprit d'Annibal Caro, et de la beauté de sa langue. Quand je la considère dans ce livre, la nostre me fait pitié. . . J'ay beaucoup de choses à vous dire sur ce subjet, mais il sera mieux de les réserver pour un chapitre de nos Eutreliens. . . r>

' Le ai avril, Chapelain écrivait à Godeau (P 8a) : ff J'excuse facilement vos omissions, pour ce que je veux que l'on excuse les miennes. 1 Tout en reprochant à l'évéque de Grasse sa négligence, qui est chez lui un défaut naturel, il dit : «11 vaut mieux que . . . nostre amitié n'attente point sur nostre liberté. 1 II y reparle d'Arnauld d'Andiiiy et il ajoute : rM. L'Escot, le Docteur, est commis pour interroger le prisonnier [l'abbé de Saint-Cyran] sur les chefs que le mémoire de M. de Langres porte, et quelques autres papiers volans semés dans le monde contre

prudence en M' Voilure lorsqu'il se fist entendre publiquement de ce qu'il pensoit de vostre lielle Apologie, mais il n'y pouvoit avoir moins de malice ni de dessein de vous désobliger ^ Je suis asseuré qu'il vous honnore fort et, en ce particulier, je suis tesmoin qu'il prépara les esprits aussy favorablement que j'eusse peu souhaitter, et qu'il aida ma pronontiation avec grâce et avec soin, appuyant et célébrant les beaux endroits que nous rencontrions à toutes les pages, de sorte que ce qu'il dit à la fin fui plustost pour monstrer qu'il n'estoit point vostre partisan aveugle que pour faire trouver à dire à un ouvrage dont il avoit donné une belle expeclation '. Et, en effet, ce qu'il dit ne fit aucun tort à la pièce qui demeura en sa vigueur et dans sa pleine estime auprès des dames qui l'entendirent et qui me prièrent fort de vous en tesmoigner leur extrême satisfaction. Je dis ma coulpe ' de ne m'en estre pas expliqué assés particulièrement et d'autant plus que ma brièveté et ma liberté presque cynique vous

luy. Quant à la question des Suppositi, vous vous en estes eschappé d'une agréable manière.. . Les galanteries de l'hostel de Rambouillet ne se font que pour divertir Artenice qui en a tousjonrs grand besoin.»

- Chapelain répond à ce passage de la lettre XI du livre XX déjà cité : r 11 me semble que la liberté de l'amitié n'en doit pas exclure la discrétion , et que les advis fidèles ne se donnent guères en public. Monsieur*** se fust donc bien passé de s'ériger luy-meeme en Monsieur le juge, et eust mieux fait de croire qu'il avoit esté moins attentif à la seconde partie, que de dire que la seconde partie estoit la moins forte, a

» Du latin expectatio. C'est un mot employé par Amyot et que M. Littré a retrouvé encore dans Bossuet et dans Saint-Simon.

4 Traduction des mots : mea eulpa. Tout le monde connaît le vers de la Fontaine : J'en dis ma coulpe et j'en suis tout honteax.

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ont donné sujet de ci-oire que le succès de ma Jectui-e n'avoil pas esté bon, et que vostre mérite avoit souffert quelque diminution entre mes mains, ce que je vous asseure qui n a point esté.

Depuis, la raesme pièce a esté leue chez M" Du Puy et chés M' Gonrart, les personnes que vous aviés nommées présentes.

Je vous ay desja mandé comment elle avoit l'éussi chés les frères. Pour chés M' Gonrart, ce ne pouvoit mieux estre, et le mesme M d'Ablancourt m'en a rendu un tesmoignage tout pareil au premier. Je ne Pay encore peu apprendre de M' Gonrart mesme , que je n'ay veu il y a quinze jours, tant cette taxe des estrangers et des aisés, où trempe fort toute sa famille, l'agite et le tient à présent occupé.

Tous ces jours de dévotion m'ont aussy empesché de voir M de La Mothe sur le sujet du nouveau livre de Heinsius '. Mais j'ay apppris de M' L'Huiilier ce qui s'en pouvoit sçavoir, qui est que le livre estoit sous la presse et qu'on ne l'auroit encore de quelque temps. Ainsy il faudra avoir encore un peu de patience pour estre esclaircy de la théologie de ce nouveau docteur. Il est hlasmé généralement par avance do s'estre jette dans ces matières et d'avoir quitté celles qui estoienl plus de son génie et où il réussissoit si bien. Mais c'est le défaut de l'esprit de rhomrae.de se

' Exmxitaliones saa'ce ad Noviim Tes(amentu)i> (Leyde, 1689, in-fol.).

^ Scaliger, dont Daniel Hoinsius, en disciple reconnaissant, fit une si belle oraison funèbre ( Ch-atio in funere J. Scaligei-i. . . dans les Oraliones, Leyde, i6i5, 1620, i 627, etc.), développa ses idées sur la quadrature du cercle dans ses Cyclometrica elementa ( Leyde , 1 59 >'i , in-fol. ). Balzac répond ainsi (lettre XII du livre XX, p. 791 de l'in-fol.) à cette tirade de Chapelain : «H se peut faire que Scaliger se soit mespris pour la quadrature du cercle ; mais Casaubon a

piquer tousjours le plus des choses que Ion sçait le moins, seulement parce qu'elles sont nouvelles. La faute de Joseph Scaliger . son maistre, lorsqu'il s'imagina d'avoir trouvé la quadrature du cercle ", prouva bien l'amour que Ion a pour les premières lumières qui viennent des choses qu'on ne possède pas à fons, mais elle n'est pas de si fascheuse conséquence que celles où le bon homme Heinsius vraysemblablement sera tombé. Cette nature de doctrine ne souffre point qu'on erre impunément et ne souffre point qu'un novice manque d'errer quand il s'abandonne à sa propre conduite.

M' L'Huiilier me fit voir hier une lettre de M' Gassendi où il rend un tesmoignage honnorable à la générosité de M' le Conte d'Alais sur vostre sujet que j'ay creu que je vous devois dire pour nostre consolation. Quelque Provençal de considération, imbu sans doute dos calomnies du P [rince] des fouilles, ayant pris son party contre vous, ce Prince à qui le discours s'addressoit, lo redressa, coumie une des principales affaires de son gouvernement et, autant par son éloquence que par son authorité, osla la voix à l'opposant qui eut honte de s'estre engagé dans un parly qui se j)Ouvoil si mal défonchv.

Voslre letlre sur les Supposés a esté aussy leue chés M* Du Puy par M' L'Huiilier el admirée de toute la trouppe. Guyet y estoit

fait de belles observations dans ses Exercices contre le cardinal Baronius. Heinsius aussi nous descouvriia peul-eslre d'excellentes choses sur le Nouveau Testament, quoyqu'il ne soit pas docleur de Sorbonnc. Le bon jugement, linlelligence des langues, et la connoissance de TAnliquilé, sont les seules pièces nécessaires pour son dessein ; el pourveu qu'il les employé de bonne foy noslre parti en tirera plus d'advanlagc que le sien.. .^ Cette letlre, datée du 8 juin 1689, doit être datée très-probablement du 8 mai de la même année.

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présent qui demeura dans le siience. Noslrc aniy dit que c'est sa façon de louer, et que, tout au moins, c'est un signe infaillible qu'il n'y a rien trouvé à dire, car sa langue n'espargne rien de ce que son esprit n'approuve pas. Je suis. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce a3 avril 1689'.

Les affaires de Piémont ne sont pas bonnes, mais je les trouve encore plus mauvaises de ce que le Roy y envoyé M^' de Longueville.

A M. DE BALZAC

À BALZAC

Monsieur, vos perles sont bien [tlus considérables que mes petits embarras de mesnage . et c'est bien cela que je plains plustost que la peine dont vous me plaignes. En cette rencontre je suis moins philosophe que vous et je vous avoue que je sens la perte que vous avés faitte par une raison moins relevée et moins raisonnable que vous. II me fasche, en effet, de l'argent que cela

' Sept jours plus fard, le 3o avril, Chapelain (f 8i ) reproche doucement à la marquise île Flamarens d'avoir écrit avec peu de civilité à sa hellesœur. M""" de la Trousse-du-Fay, avec laquelle elle avait eu à déhatlre certaines questions d'atîaires. (rSi vous estiez icy, lui dit Chapelain, il seroit à propos que vous en partissiez pour longtemps, veu le peu de moyeu qu'il y a de suhsister pour des personnes qui ont la meilleure partie de leur bien sur le Roy qui ne paye plus, dans la disette d'argent où il se trouve , laquelle le porte même contre son inchnation à venir à des extrémités pour en trouver qui ont fait fuir de Paris la pluspart des aisés et des eslrangers à qui l'on demande d'excessives sommes. 75 Dans une autre lettre sous la même date, adressée à M. de Flamarens, Chapelain revient sur les mêmes faits et termine ainsi : rie suis dans une profonde tristesse des malheuis du Piéniout, pour l'inlérest général et pour le particulier de M^' de Longueville que je crains fort qui ne s'y perde, veu la puissance des ennemis?)

vous este, et je voudrois que vous eussiés encore vos quatre chevaux bien sains et que vous fussiés condamné à ne vous promener qu'à pied de plus de deux mois d'icy. Peut estre que je suis dans ces sentimens à cause que ce mal vous regarde, et que s'il estoitpour moyje le considérerois généreusement comme vous faittes. Tant y a que vostre intérest qui n'est jamais petit pour moy en quelque occasion et matière que ce puisse estre, me fait avoir une basse pensée pour ce coup et me fait pleurer, ce que vos chevaux vous ont couslé, lacrymis veris, de sorte qu'en l'estat où je suis, c'est à vous qui avés perdu de me consoler ^

Quant à la promenade qu'il seuible que vous ne puissiés faire qu'en carosse^, je ne sçay si elle est aussy saine de celte sorte là que de l'autre, et à vous dire ce que j'en pense, j'estime que la première manière n'est bonne que pour ceux qui ne peuvent pratiquer la seconde, comme les femmes et les vieillards qui se doivent contenier de cette image d'exercice, ne pouvant user du

Le 7 mai (P 89), Chapelain, craignant que sa lettre à la marquise de Flamarens eût été perdue, lui en envoyait une sorte de duplicata d'une rédaction diflereute.

- Balzac répond de cette façon (lettre Xlll du hvre XX , p. 792 de l'in-fol. ) : tf Je suis bien fasche de vous avoir parlé de mes pertes, puisqu'elles vous sont si sensibles ; mais je ne suis pas fasche d'avoir receu de si belles marques de vostre affection , et de pouvoir attendrir, dans mes intérests, une ame qui est de diamant dans les siens propres. Cette tendresse n'est point indigne de la force des héros, et s'ils ont pleuré autrefois un chien qu'ils avoient aimé, vous pouvez bien plaindre un ami pour avoir perdu quatre chevaux qui luy cstoient nécessaires.. . n La lettre, datée du 20 juin i63,-), est du mois de mai de la même année.

^ Balzac(i/j(rf.)discutelesobjertionsdesonami : r Je ne demeure point d'accord avec vous que l'exercice du carrosse ne soit qu'une image d'exercice. A la vérité on n'y est pas agité violemment, etc.»

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véritable qui se fait par iine action modérée de tout le corps. Je vous tiens niallieureux si vous estes réduit à ne pouvoir marcher avec vos piopres jambes et (rouve que ce nest pas sans sujet que vous parlés quelquesfois de vostre caducité'. Mais j'ayme mieux croire que vous dittes Tun et l'autre oratoirement et par figure pour faire eu tendre que la (leur de vostre jeunesse rsl passée et que vos raouvemens et vos plaisirs sont moins vigoureux et moins sensibles qu'ils n"ont esté autresfois.

Vostre application du Tollere kumo est ingénieuse et agréable à vostre ordinaire', car vous avés plus ce don qu'homme que i'aye jamais connu. Je vous escrivis, la semaine passée , ce que je croyois de Tintenlion de M' de Voiture. 11 est vray que vous ne doutés pas de son intention et que vous ne l'accusés que d'indiscrétion et d'imprudence. Mais vous ne l'accusés pas de grand'chose . selon luy, qui s'est desjà fait mille torts par celte mauvaise conduitte, sans que rien l'en ait peu chastier, et ses amis se sont accoustuniés à l'aymer avec ce défaut qui est sans malice. Vous prcndrés,s'il vous plaisl, cette habitude avec ses autres amis, et ne luy en voudrés point de mal, en considération des

' lîaizac avait dit (lettre XIII du livre XX de l'in-fol.) : trMa caducité est encore plus véritable que vos larmes. ?i Si, comme l'assure BuQbn (De la vieillesse et de la mort) , la caducité ne conmience qu'à l'àgc de soixante-dix ans, la caducité chez Balzac aurait été singulièrement précoce. Mais, quoi qu'il en dise à Chapelain , on sait qu'il ne faut jamais le prendre au mol.

- C'est dans la lettre XI du hvre XX (p. 790 de l'in-fol.) que Balzac avait parodié Virgile : ffOserois-je vous dire, après cela, que j'ay un plaisir plus sensible d'estre élevé de cette sorte, quo par les louanges des beaux esprits; et de Ci s deux désirs de Virgile :

Qua me quoqiip possim

Tollere humo , victorque virura volilare per ora ,

autres excellentes qualités qui sont en luy et de l'amitié qu'il a pour vous véritable.

Joubliay à vous dire, dans ma dernière lettre, qu'il estoit allé en tiers avec M'' de Chavigny et le Conte de Guiche au secours de M' le Cardinal de la Valette, de qui les affaires sont mauvaises, et je doute que ce triumvirat le puisse dégager de l'embarras où nostre mauvaise fortune l'a jelté. Mais, quoi qu'il en arrive, il est tousjours gloi-ieux et honorable au plus petit d'avoir esté associé dans ce voyage avec des personnes de si grande considération \

Le chevalier Aslolfe et sa sœur ont veu ni)n seulement les lettres que vous aviés trouvé bon qui leur fussent communiquées, mais encore l'Apologie, et de tout en ont remporté un ravissement qui leur dure encore. Je crains que la boutade poétique ne les prenne et qu'ils ne sempoi'tcnl à les célébrer avant le temps. Ce n'est qu'adoration , offrandes des encens, etc. idgcnus que vosire modestie, plus que la vérité, vous obligeroit à nommer hyperboliques , si vous les eutendiés.

j'ay oublié a vous dire que le mesme homme qui juge si bien de Lope de Vega * juge aussy admirablement bien de Térence et luy rend l'honneur qui luy est deu, ce

j'explique le premier du carrosse, lequel il met, comme vous voyez, devant la grande réputation. -1

^ Voir, sur la triste situation du cardinal do la Valelle, les lettres que lui adresse le cardinal de Richelieu les 8 avril et ao avril lOSç) (Recueil de M. Avenel, t. VI, p. 3)8). Dans la dernière do ces lettres, Richelieu annonce au malheureux général de l'armée d'Italie l'envoi de M. de Chavigny en qualité d'ambassadeur extraordinaire.

* Voir la lettre déjà citée, n" Xll du livre XX. Balzac y dit : tcEsl-d possible qu'avec une goutte de sens commun on puisse préférer les poètes espagnols aux italiens, et prendre les visions d'un certain Lope de Vega pour de raisonnables compositions? etc.:i)

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qui vous doit passer pour uu prodige encore plus grand que l'autre, puisqu'il faut avoir deux sortes d'esprits en un niesme cni-ps pour faire estime en mesme temps de choses si opposées. Peu de gens se prennent bien à juger et sçavent comment il le faut faire, et il n'y a presque personne qui sache en quoy consiste la vraye perfection des choses. Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce 3o avril ifiSg.

M' le marquis de Montauzier verra la part que vous prenés en ce qui le touche. Je vous asseure qu'il s'en resjouira. Je ne vous en puis parler qu'en fulur pour ce que je vous respons tousjoiu's en recevant vos lettre de peur de manquer le courrier qui part dès le lendemain malin, et le dimanche estant le joiu' de sa dévotion, laquelle, comme vous sçavés, luy fait aller chercher Dieu hors des murailles ', il n'y a pas eu moyen de le voir.

À M. DE BALZAC

A BALZAC

Monsieur, si les Sorbonisles sont des argoteurs" et des subtilizeurs\ je croy qu'on ne peut nier que les Rabins ne soient des

songecreux * et des superstitieux qui semblent avoir esté plustost disciples de Pythagore avec leurs nombres, que de Moyse et de Saloraon. J'en parle, comme ils disent, par cœur et sur le rapport d'autruy, et néantmoins , sur la foy de mes aulheurs, et sur la manière de raisonner de quelques uns des disciples de la Synagogue, qui ont parlé une langue que j'entens, je me hazarderay de vous dire que si M' Heinsius n'esclaircit le Nouveau Testament que par eux, il court fortune de demeurer dans son obscurité première. M' d'Allier ^ qui est grec en hébreu et qui a bouquiné " tous ces faux Pères, m'a plusieurs fois asseuré qu'il n'en avoit trouvé aucun de raisonnable que ce Rabi Mose de Montpellier' qui fut attiré au Grand Caire * par un Sultan amateur des gens de lettres , et il m'a fait entendre que son habileté extraordinaire ne venoit que de la .communication qu'il avait eue avec nos docteurs, je veux dire Platon et Aristote, dont la solide science luy avoient (sic) réglé l'esprit et l'avoient purgé de l'humeur resveuse et fantastique à quoy ils sont tous sujets '. Je souhaitte avec tout cela que je me sois trompé dans ma conjecture, et que M' Heinsius ait fait une emplette heureuse

' Le temple de Charentoii.

- On trouve hargotenr dansiin texte du xv'siède cité par Du Canfife (v" arp^ulio). M. Liltré ne cite aucun auteur du xvii' siècle sou.s le mot ergolnir, qui est dijà dans les Contfs do Cliolières. Montaigne, contemporain de Cholières, disait crgotiste. Ergoteur ne paraît être pleinement entré dans la langue courante qu'avec Voltaire et avec Diderot.

' M. Littré rappelle que le mot subtiliseur est dans le Dictionnaire de César Oudin , mais il ne connaît aucun célèbre écrivain (jui l'ait employé. Subtiliseur manque aux dictionnaires de Richelet et de Trévoux.

* Trévoux cite, pour songe-creux , Port-Royal et Saint-Évremond. M. Liltré, remontant plus haut, a recueilli celte expression dans Montaigne

et dans P. Gringore, la rencontrant encore dans La Mothe le Vayer et dans Thomas Corneille.

^ Il s'agit là du docte théologien protestant Jean Daillé dont il a été déjà question dans la lettre CXLIX, p. 3 1-2 , et dont le nom (voir la note 2 de cette dite page) a été écrit d'Aillé par Balzac.

" Bouquiner, que nous avons détourné de son acception primitive, ne signifiait pas autrefois chercher des vieux livres, mais bien chercher dans des vieux livres, les consulter, les fouiller.

' Moïse Ben Maimoun , appelé vulgairement Maimonide, naquit à Cordoue, en 11 3.5, et mourut en 1309.

* Son séjour au Caire lui a valu le surnom de Moses Egyptius.

' Balzac se plaint (lettre XIV du livre XX,

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en levant, pour l'avantage de tout le Christianisme et la gloire du Livre qui contient tous les mystères de nostre salut, l'opinion que j'ay qu'il est un docteur nouveau et par conséquent dangereux à su yvre . [ce qui] servira à nie le faire davantage estimer, s'il se trouve par expérience qu'il ait mieux réussi que les vieux docteurs , et je lui feray amande [sic) honnorable d'avoir tenu pour constant, après avoir leu la Response à vostre lettre sur la Tragédie, qu'il raisonne bien plus mal en vieillesse ' qu'il ne faisoit en jeunesse.

Je ne sçay que vous dire de Guyet, si non que j'en croy tout ce que vous dittes. Mais il seroit malaisé d'obtenir de M' L'Huillier ny d'aucun de l'Académie Putéane qu'ils mesprisassent son jugement en matière de lettres ni qu'ils entreprissent de le berner"'. Parmi toute sa brutalité qu'ils condamnent, mais à quoy il les a accoustumés , ils trouvent en luy un sens ferme et net. qui ne pèche , disent-ils , que dans sa rudesse et la brusque manière de le débiter, et je n'a y point ouy dire qu'ils l'ayent convaincu plus d'une fois de s'estre engagé mal à propos dans la dispute en ce lieu là. Au surplus, en cette occasion, il ne vous fist autre tort qne de ne vous louer pas, et de demeurer pour

vous dans son humeur ordinaire, et encore ce ne fut pas vous faire tort, selon luy, puiscpi'il ne loue jamais personne, ou qu'il ne loue que par son silence, du moins vous pouvés vous asseurer qu'il n'a rien trouvé à redire à l'ouvrage puisqu'il n'en a rien tesmoigné. Pour mon particulier, je luy aurois grande obligation s'il m'avoit traitté aussy favorablement, et qu'il se fust abstenu de me mordre auprès de son ^L•^istre . qui n'a jamais eu depuis bonne opinion de mes bagatelles. Il est vray que ce sont bagatelles et qu'elles raéritoient cette différence de traittement.

Je manderay en Provence que vous estes tenu fort obligé au Prince * qui vous défendit si généreusement contre la Guespe qui vous vouloit piquer. Cela est nécessaire et ne vous engage à rien.

Le Scipion de M' Desmarests a eu le succès à Paris qu'en vos quartiers, c'està-dire médiocre et bien au dessons du Cid. Cependant comme il faut avouer que le point qui fait la tendresse luy mancjue et que partout où ce point jnne dans le Cid, l'avantage est tout entier de son costé, il faut aussy tomber d'accord que, dans les autres parties, le Scipion a tous les avan-

p. 79.3 do l'in-fol.) d'avoir été mal compris par son ami : fie n'ay garde, dit-il, de prendre querelle pour les Rabins, et beaucoup moins contre vous que contre tout autre. Ce sont gens que je ne connois point, et que, quand il vous plaira, je croiray encore plus fous que vous ne me les figurez par vos lettres. Mais il me semble, Monsieur, que ce n'estoit pns sur cette creuse lecture que je fondois principalement la doctrine de Monsieur Heinsius. Outre les langues d'Orient (ju'on dit qu'il possède, il a grand esprit naturel, grande connoissance de la bonne Antiquité, et de l'ancienne philosophie, et d'ailleurs, une telle sagacité en matière de critique, que quel([uefois ses coiijertures approchant de la divination. Il

se peut néantmoins qu'il décline sur ses vieux jours, et c'est un mot commim parn)i les Orientaux, le vinaigre c»t le fils du vin, et que le Temps gasle les choses après les avoir pciTeclionnées. . . V

' Heinsius était plus que sexagénaire quand il répondit à la ciiliquo de Balzac.

- Balzac (lettre XII du Hvre XX déjà citée) avait dit : «Pour le ridicule *** [Guyet], on souffre un peu trop de luy. Il ne faudroit pas le laisser régner si absolument, que de temps en temps on le fist souvenir de sa berne, et il en seroit peul-estre plus sage."

' Le cardinal de la Valette.

* Le comte d'Alais.

LETTRES DE JEAN GHAPELALN

tages, soit pour la bienséance, soit pour la beauté des vers et des senliniens. Dans la ronstitution, Hyanisbé m'y a tousjours fort dépieu, et je ne puis souffrir qu'une Princesse quitte son pais et devienne vagabonde pour exercer une vengeance qu'elle pouvoit faire par cent de ses chevaliers ou par une armée allant ruiner le païs de celuy qui l'avoit (iffensée.

Je vous envoyé les vers du Père Le Moine dont vous me parlés et en veux vostre jugement devant que vous expliquer le mien suivant vos ordres '. Je feray ce que vous ordonnés pour M' Bonair et ne manqueray pas de rempaqueter " l'ouvrage après avec le mesme soin que vous aviés apporté pour me l'envoyer. M' l'Abbé de Chaslillon me fit dernièrement comprendre que le zèle de ce jeune homme cstoit sans science et que, dans vos intërests, il vous promet ce qu'il désire et non [)as ce quil peut, dont néantmoins il vous prie de luy sçavoir gré. Pour luy, il estoit en peine de n'avoir point encore la procuration qu'il vous avoit demandée et craignoit que, venant trop tard, l'argent qui est prest pour vous payer de l'année passée, ne se divertisse dans l'extrême disetlc d'argent où l'on esl. Je le vis tousjours porté pour ce qui vous touche et

certes c'est un bon, généreux et utile ani\ et qui vaut qu'on le conserve avec soin. Je suis. Monsieur, voslre, etc.

De Paris, ce 7 may 1689.

' Voir la lettre si flatteuse pour le P. Le Moine que Balzac écrivit à Chapelain , en réponse à cette phrase (n°XVI du livre XX, p. 79/» de l'in-fol. ). Le futur auteur du poëme sur Saint Louis avait alors trente-sept ans. r Je ne vis jamais, déclare .Balzac, une plus heureuse naissance [c'est-à-dire de plus heureux commencements], et vous dis de plus (mais je veux que cela passe pour oracle) que si Monsieur Chapelain est le conseil du Père Le Moine, le Père Le Moine réussira un des grands personnages des derniers temps. ^ Voir sur le Père Le Moyne une note de la page 5'j5 des Mélanges historiques. Lettres de Balzac, n° XLIX.

- Rempaqueté)- n'est point dans nos diclio?!-

CCLXXXIL À W LE DUC DE LU.NGUEVILLE,

A LÏON.

Monseigneur, tout Paris croit que les ordres sont changés pour ce qui regarde vostre passage en llalie, mais j'apprens le contraire par ceux qui agissent de deçà pour vous\ sur quoy je n'ay rien à dire si non que je veux espérer, pour ma consolation, qu'à cette année la multiplicité* des Généraux fera do meilleurs effets que les passées et que la moisson de la gloire sera assés grande pour vous satisfaire pleinement tous deux. Dieu vueille que vous puissiés arriver à temps pour sauver les principalles pièces de cet Estât qui fait si misérablement naufrage I Mon opinion, avec celle de tout le monde, est que personne ne peut recueillir ce débris que vous, et que si vostre effort ne produit pas ce que l'on désire, cest que la nature de cette affaire la rendroit irrémédiable ^ Vous estes proche du mal plus de la moitié que nous , et je ne vous en pourrois dire que de vieilles nouvelles. Celles

' Le cardinal de Richelieu annonçaitau cardinal delà Valette, le 30 avril (letlro déjà citée), que M' de Longuoville allait à son secours avec une nouvelle armée. On lit dans la Gazette du 3o avril (p. 9 36) : f Le 28% le duc de Longueville partit d'ici pour aller commander une armée en Italie."

* Multiplicité est un mot du xiv' siècle. M. Littré, pour le xvu', cite, sous ce mot, La Motte le Vayer, Patru, Nicole et M""' de Sévigné.

^ Irrémédiable a été employé par plusieurs contemporains de Chapelain, mais dans la seconde moitié du xvn° siècle (Bossuet, Bourdaloue, Fénelon, La Bruyère). Déjà le mot se montre dans les Contes de Bonavenlure des Periers et dans les Essais de Montaigne.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

que je vous escrivis. il y a huit jours, de la vicloire de Bannier sur Maracini et les trouppes de Saxe et iinpérialles jointes, se confirment de tous costés. Un de mes amis en a rcceu, hier, des avis de Hambourg du 9 5 du passé qui portent que Bannier, etc. (sic). Je prie Dieu qu'il donne heureux succès à vos desseins et à mes désirs et suis, Monseigneur, vostre. etc.

De Paris, ce i3 niay iGSg".

CCLXXXIU.

À M. L'ÉVESQLE DE GRASSE (GODEÂU),

À GRASSE

Monsieur, voicy trois ordinaires que je

n"ay point de vos lettres. Ce n est pas ce qui me met en peine, car je juge que vous ne ni'escrivés que quand je vous escris, de la mesme sorte que je ne me souviens point bien de vous rendre ce devoir, que quand vous me donnés de vos nouvelles. Ce qui me trouble véritablement, c'est que M' Conrarl est demeuré sans en avoir cette semaine, et que je crains tout de bon que les Espagnols ne vous en ayent empesché et qu'ils n'ayent aussy bien pris, cette année, le siège Episcopal, qu'ils firent, il y a trois ans, luie illustre partie de vostre Diocèse. Je veux pourtant croire que je suis un poltron , et (pi'ils auront évité de se jouer à un homme qui a une si sainlc et si vaillante crosse.

' Le lù mai. Chapelain avait écrit à Balzac (f* g'j) une lettre dont je mécontenterai de citer quelques passages : «^lonsieui-, tout de bon vos perles, vos infirmités corporelles et les justes chagrins qui vous viennent de temps en temps de l'injustice du Siècle pour vous, esbranient mon âme et la tirent de celte assielle qu'aucun de ces accidents qui me sont arrivés à moy-mesme, n'ont jamais changée, je ne diray pas de la largeur d'un ongle, mais d'une ligne seulement. Je reconnais ingénument ma foiblesse en cela, et confesse que mes maximes m'ahaudonnenl dans la cause de mes amis . . . Tout ce que vous m'avés pscrit sur la ruine de voslre attelage est trop exquis pour le sujet, et mérite que les dames l'admirent. . . Je tombe d'accord avec vous de l'exercice modéré que le carosse peut faire faire. . . Je feray mes diligences pour apprendre de Flotte ce que vous désirés sçavoir de M. Mainard, auquel il y a un an que je n'ay escrit, et je crains de m'ongager à un commerce avec luy qui me donneroit beaucoup de desplaisir, s'il ne me donnoil point beaucoup de peine, et s'il ne m'emporloit point beaucoup de temps. J'escriray pourtant si vous le désirés. . . Il me semble que la haine déclarée qu'a pour luy AI. de Noailles l'a banny de Paris aussy bien ([ue de sa maison et de celle de M. de Saint-Flour qui esloil jadis son constant Mécène. I! faut advouer qu'il est fort à plaindre dans sa

mauvaise fortune, et qu'il esl cruel de luy auss\ bien que du Tasse, qu'il aille gueux à la sépulture. . . - Chapelain fait ensuite l'éloge de Pèrrot d'Ablancourl : «C'est un des plus nobles et plus généreux garçons qui soit en France. . . surtout je luy dois ce tesmoignage, que je n'ay jamais rencontré de plus naturelle franchise et ingénuité d'âme que la sienne, et il inéritoit d'estre né dans le siècle de celte Rome naissante ou de la Sparte, lorsque ses mœurs esloicnt les plus pures. Il travaille maintenant au Tacite, dont il doit donner, cet hyver, les cinq premiers livres des Annales pour continuer selon le succès. Je ne vov point qu'il parle encore de coucher du sien, quoyque je l'en croye très capable, et que ji' sois résolu à l'y embarquer le plustosl que faire se pourra... n Chapelain finil sa lettre en annonçant à Balzac la prochaine publication d'un ouvrage de Scudéry, ouvrage, dit- il, frqu'il m'a recommandé avec le mesme soin, que s'il vous l'avoit dédié et qu'il en atlcndisl sa foilune. Cette deffense du théâtre sera plus supportable que son cartel, quoiqu'il ne face rien où il ne laisse imprimé son caractère. Le papier me faut.- Balzac avait gracieusement parié de Perrol d'Ablancourl dans la lettre XIV du livre XX déjà cilée. On a retranché de cette lettre ce que Balzac y disait de Mainard.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

J'apprens que dans le dessein qu'ont les amis de AL Gassendi de le faire un des agens du clergé, vous luy donnés vostre suffrage. J'en ay une joye extrême, et si vous aviés besoin d'y estre exhorté, j'y emploierois tout le crédit que vous me donnés auprès (le vous.

Je vous renvoyé la lettre de M' d'Andilly avec une response du mesaie à vostre dernière, par où vous verres à mon avis la confusion où je le mis en luy monstrant vostre justiflication. Jamais homme ne voulut plus de mal à sa mauvaise mémoire et toute sa famille luy en a fait une huée qui a achevé de le mortifier. M' Arnaud, le meslre de Camp , m'avoit promis de vous escrire , ce voyage , devant que d'aller à l'armée , mais ses embarras l'en ont empesché.

Je prie Dieu qu'il vous conserve et demeure, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce 20 may iG;j8.

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