CCLXXXVI
À M" LE DLC DE LO.NGLEVILLE,
À LÏOS.
Monseigneur, je vous escrivis, avanthier, les nouvelles que j'avois apprises des affaires publiques et les conjectures que l'on avoit de ce que devoit faire l'armée de \P le Grand Maistre^ comme de concert avec M' de Rordeaux '. Mais aujourd'huy
• L'Honnête femme, du cordelier normand Jacques du Bosc, parut en 1682 (Paris, in-i").
- C'est à propos de cette traduclioa d'Agricola que Balzac dit, dans la lettre XVII du livre XX, déjà citée, tant de bien de M. Holiier, pour lequel, dit il, semble faite la définition de vir bonus dicendi peritus. Cette lettre, datée du 3o août ifiSg, est tout au plus du mois de juin de la même année.
^ Luc Holstenius (Lukas Holste), le savant bibliothécaire du Vatican, était alors âgé de qualante-deux ans. Voir sur cet humaniste une note delà page 7^ a des Mélanges historiques. Lettres de Balzac, n" CXXVIIl.
* Detnophili, Democratis, et Secundi sententiœ morales, grœce et latine, Holstenio interprète, cum notis (Rome, i638, in-8°; Leyde, 1689, in-12).
CHAPELAl.N. [.
^ Balzac avait dit à Chapelain (lettre XIV du livre XX, déjà citée) : «Monsieur *** [Silhon] achè\e-t-il le Traité du Conseil de guerre, dont vous m'avez parlé ? Y ayant aujourd'huy un prince d'Orange et un duc de Weymar dans le monde, n'appiéhende-t-il point le malheur de ce docteur qui traita de la mesme matière devant Hannihal, et employa toute sa rhétorique à se faire mocquer de luy. Ces princes sont plus petits que n'estoit le Barbare, et nostre ami plus habile que le sopliiste. Et partant, je conclus à la continuation de son ouvi âge. ■^
^ Charles de la Porte, marquis, puis duc de la Meilleraye, était grand maître de l'aitiUerie depuis l'année 1674 : il allait être nommé maréchal de France le 3o juin, après la prise de Hesdin (29 juin).
' Henri d'Escoubleau de Sourdis.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
nous avons sceii que les conjectures esloient fausses et qu'au lieu d'assiéger Gravelines, nous nous estions rabbalus à Hesdin autoiu" duquel l'arme'e est logée de jeudy.et la circonvallation tracée. On s'estoit avancé par feinte jusques à Airo , et mesme on avoil pris Lillers, comme pour en faciliter le siège, lorsque tout à coup on est revenu sur ses pas et on a investi Hesdin d'oii la cavallerie estant sortie , il luy a esté impossible d'y rentrer. Si la place estoit aussy grande qu'elle est bien située et bien fortifiée, il y auroit de quoy appréhender, mais sa petitesse l'a fait tenir pour perdue veu les foi'ces qui l'attaquent '.
On n'a encore autre nouvelle d'Hollande sinon que le Prince fortifie Breda pour le rendre inaccessible. H y a peu de sujet d'espérer que M' de Feuquières puisse faire de siège, veu les grands préparatifs que font les Espagnols de ce costé là, de sorte qu'il semble que leur dessein avoit esté d'enti'er dans la Champagne et d'entreprendre quelque chose, s'ils n'eussent point trouvé une si forte opposition.
Je vis hier le fils aisné de M. d'Andilly qui arrivoit de cette année là , courier de M' de Feuquières'. Il me dit que, lundy, on devoit passeu la Meuse à Givry sans retardement. Je luy baillay la lettre que vous luy avés fait l'honneur de luy escrire. Il m'a
' Voirdans la fi«ze(fe(p. 276, Extraordinaire du '26 mai) ia relation do la prise de la ville de Lillers et du siège do Hesdin. Voir aussi sur le siège de celle dernière ville, t? regardée comme la meilleure place et la plus régulièrement fortifiée qu'il y oui alors en Europe, -i les détails réunis par le P. GrilTet {Hùloiredu règne de Louis XII [, t. m, p. 197-200).
■^ C'était Antoine Arnauld, alors capitaine d'infanterie sous Manassès de Pas, marquis de Feuquières, son cousin issu de germain.
^ Chapelain avait raison : ie cardinal de ia Valette fui maintenu à la tête de l'armée d'Italie.
|>romis de la luy rendre en main propre dans trois jours. Il altendoit aujourdhuy sa despesche pour partir à finstant.
Pour vous, Monseigneur, comme il y a huit jours que tout le monde croyoit que vous ne passeriés point les monts, à cause de la liberté d'agir qui estoit survenue à M" le Cardinal de la Valette, tout le monde me vient dire, à cette heure, que vous les passerés pour y commander seul, comme si l'on vouloit dire que le peu d'affection que les Piémontois ont pour M' le Cardinal de la Valette a esté une raison pour porter le Roy à le descharger de cet erajiloy pour le remettre entre les mains d'une personne qui leur sera plus agi'éable. xMais ce ne sont que des bruits encore, et <]ue je croy d'autant moins vrays que les services de M' le cardinal de la Valette semblent mériter une meilleure récompense '. Si néantmoins cela se trouvoit vray, son malheur seroit vostre gloire, la guerre de Piedmonl s'en allant estre à l'avenir la plus esclatante de celles que nous faisons en toutes nos frontières.
On a seigné (sic) M' le Daulia pour ses dents, desquels (sic) il se porte bien.
Monsieur, ayant reconnu que l'Espinay ', ronfident de son amour avec l^ouyson, estoit devenu son rival , l'a chassé à titre de traislre, et M' de Brion, ayant voulu donner
' Sur l'affaire à larpiclle sont ici mêlés Jacques de l'Espinay, sieur de Vaux et de Mézières, «gentilhomme de Normandie qui estoit alors comme le favory de Monsieur,-' la spirituelle jeune fille de Tours qui s'appelait Louise Roger de la Marbelièrc, le comte de Brion (François-Chrislopho deLevis-Venladour), enfin Gaston d'Orléans, voii les Historietlm de Tallemant des Réaux (t. Il, p. 985-288). M. P. Paris {Commentaire, p. 298 et 999) complète, à l'aide des Mémoires de M"° de Montpensier et de Bassompierre , les renseignements fournis par Tallemant sur les divers personnages de l'historiette.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
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une lettre de l'Espinay à cette fille, Monsieur, qui l'a sceu et qui l'a convaincu , l'a chassé aussy et luy a défendu de se jamais présenter devant luy. Cette aventure a fait éclat et entretient la Cour aux despens de M' de Brion qui n'est pas loué d'avoir voulu servir son amy contre son maistre.
Je vous supplie très humblement, Monseigneur, de continuer la lecture de Viliars jusqu'au douziesme livre ', et de vous faire
' Chapelain veut parler des Mémoires sur les guerres déineslées tant en Piedmont qu'un Montferrat et duché de Milan depuis 1 55o jusqu'en 1 SSg , composés par François de Bo} vin , baron de Viliars, bailli de Gex, qni était attaché au maréchal de Brissac et qui Pavait suivi au delà des monts. La première édition de ces excellentes relations de nos guerres d'Italie parut en 1606 (Paris, Hovze, in-.'i°).
* Dell' Historia di Pietro Giov. Capriata , lilrri (XXIV) contenenti i movimenti d'arme successi in Italia dal i6i?> al i633 (Genova, i638, in-'i"). Deux autres volumes parurent encore, l'un à Venise en 16^9, l'autre à Gênes en i6G3. La première édition de la première partie avait paru à Gênes en 1626 ou 1627 (1 vol. in-8°). Capriata mourut quelque temps avant la publication du IIP volume, à laquelle présida Jean-Baptiste Capriata, son fils. Le bon Chapelain surfait énormément le mérite de Pierre-Jean Capriata, en l'égalant au mérite de Guicliardin. M. Etienne n"a pas pensé que ce prétendu rival du grand historien florentin méritât même la plus simple mention dans son livre sur la littérature italienne déjà plusieurs fois cité dans ces notes.
^ Analysons ici diverses lettres qui suivent celle-ci. Le 23 mai, Chapelain écrit (f° 100) à M. du Fay, au camp devant Hesdin : tr Enfin voslre armée s'est attachée à un dessein et nous pourrons désormais sçavoir règlement de vos nouvelles par les courriers. ... On s'estoil imaginé Gravelines et le chemin d'Aire que vous aviés pris confirmoit chacun dans cette imagination, lorsque nous avons appris Hesdin avec l'espérance de sa prise. La force de la place leroit peur si la circonvxillation en devoit estre
venir de Gênes par Marseille les douze livres d'un Pietro Capriata qui traitte excellemment et à l'égal de Guicciardin les guerres de Piémont et du reste de l'Italie depuis la mort du feu Roy jusques à la paix de Cherasque en 1 636. Les deux livres vous seront d'une singulière utilité, outre le plaisir que vous en recevrés '.
Je suis, Monseigneur, vostre, etc.
De Paris, ce aa may iGSg'.
fort grande, mais comme vous abondes en ca vallerie et que le circuit est petit, je veux croire que vous en viendrés à bout . . . Vous vous conserverés autant que l'honneur le pourra permettre, sinon pour l'amour de vous, au moins pourl'amour de nous. . .1 Le 28 mai. Chapelain demandait à M"" de Flamarens (f 101) des nouvelles de sa santé : <tI1 y a long temps que je suis en peine de vos nouvelles et de celles de Monsieur vostre mary. Je ne sçay s'il est où vous estes et s'il se porte bien, et je ne sçay où vous estes et si vous estes accouchée. . . •; Le h juin, autre lettre à la même (f 107), mais celle-là lettre d'aflTaires, où Chapelain lui donne ainsi sa nouvelle adrese : -Je suis. . . lousjours logé chés M' Faroard, procuieur en parlement, mais ce n'est plus dans la rue des Cinq-Diamants, c'est près des Filles Pénitentes derrière Saint-Leu.- Revenons en arrière pour indiquer (f" loA) une lettre au rdieutonant Arnaut,'^ du 3i mai, où il lui dit qu'il se prépare avec joie à l'accompagner à la visite qu'il veut rendre à M'"' Saintot pour la consoler dans son affliction, mais que ce jour même il doit aller chez W" de la Tréiiiouille avec M"° de Rambouillet, qui lui a fait dire par M. de Vaugelas d'y venir avec elle ; pour indiquer encore (f' io5) une lettre du 3 juin à Conrart (alors à Jonquières), lettre dont voici les premières lignes : «Vous verres les nouvelles d'Allemagne et des autres lieux dans l'extrait que j'en ay fait faire par mon homme et me pardonnerés ou pluslost à mes tracas, s'il n'est pas de main propre. Il escrit mieux que moy et presque aussy correctement que moy, si bien qu'il y a apparence que vous lires ces sortes de choses aussy volontiers de son escriture que de la mienne. Ce
!i'2S LETTRES DE JEAN CHAPELAIN