‹ Lettres. Publiées (volume 2)Chapitre 92 sur 134 · À M. CONRART · texte numérisé non relu

À M. CONRART

\ JONQtlÈKES.

Monsieur, je ne vous diray point la douleur que m'a apportée la desfaitte de nostre armée devant Thionville, car elle ne se peut dire et c'est bien à présent que je vous puis asseurer que je suis malade et que mon indisposition de l'autre jour nestoil qu'un jeu au prix de celle cy. L'intérest du public, joint au particulier de mes amis qui perdent tout en cette malheureuse rencontre, me lerrace et me fait désii-er de n'avoir plus ny connoissance ny sentiment. Mais ce n'est pas là une constance philosophique et j'en ay quelque honte , sçachant principalement que M' de Feuquière, dans son malheur, n'a lien à se reprocher pour sa conduitte, qui ne pouvoit estre meilleure '', et qui eust produit la grande bataille et la prise de tout le Luxembourg, si sa cavalierie n'eust pas combattu avec une lascheté effroyable , ou, pour dire plus vray, eust voulu combattre tant soit peu. Car il n'y a point d'exemple dans aucune histoire que jamais gens de cheval ait (s2c) plus infameraent * abandonné

pages 2 1 4 et 2 1 5 ). Le rédacteur de la Gazette avait de ce gouverneur la même bonne opinion que Chapelain et pour les mêmes motifs. On lit dans le n° du 22 juillet (page ia/i) : ^^Ce gouverneur est chevalier de Malte, et frère du bienheureux François de Sales, évesque de Genève, ce qui fait présumer de luy toute franchise et probité , etc. -^

' Toutes les relations s'accordent sur ce point, que deux fois de suite, le 6 et le 7 juin, ce fut la cavalerie qui prit la fuite tout d'abord et qui causa le désastre de ces deux journées.

- C'est-à-dire : je me désiste, je m'abstiens. La Rochefoucauld, dans ses Mémoires, a employé cette expression , que M. Liltré retrouve encore dans les Pensera de Bourdaloue, de mémo qu'il

la retrouve aussi dans les principaux auteurs du xv' et du xvi' siècle.

2 Le cardinal, dit le P. Griffet (tome III, page 195), «quoique très mécontent de voir une campagne commencer par la peite d'une bataille, ne laissa pas de rendre justice à la valeur du marquis de Feuquières : il écrivit au maréchal de Châtillon, que cet olTicier méritoit (le grandes louanges, puisqu'il avoit fait merveilles de sa personne, et il fut toujours peisuadé, ainsi qu'il l'assure dans son Testament politique, que sans une lâcheté du tout inouio de sa cavalerie, il eut apparemment évité son malheur, -i

'' Infdinement n'a été trouvé par M. Liltré que dans un texte du xv^ siècle cité dans le Glossaire de Du Gange.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

son devoir et refusé criminellement d'executë (sic) les ordi-es de son Géne'ral. Enfin tout le mal est pour cettuy cy et pour la ruine de sa fortune. Le public a bien receu une playe dans sa perte, mais cette perte {sic sans doute pour playe) ' n'est pas mortelle, et, quoyque nous soyons battus, je ne doute point que nos ennemis ne soient encore sur la défensive, et peut estre que Hesdin ne sera pas le seul mal que nous leur ferons.

Le siège dont vous voulés estre informé va tousjours extrêmement bien ". Nous avons repris la demy lune dont le canon de la place nous avait cbassé, oii le Marquis de Gesvres s'est signalé entre tous les autres, dont je vous avoue que j'ay receu une particulière consolation \ Le fossé maintenant est comblé, les mineurs sont attacbés au bastion et la mine est si fort avancée que les premières nouvelles que Ton en attend seront qu'elle aura joué. Voilà ce qui s'en sçait icy.

De Paris, ce 17' juin iGSg*.

CGXCII.

À M. LE MARQUIS DE GESVRES

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