À BIZET
Madame, je loue et bénis Dieu de vostre bonne délivrance et je le ioue et bénis au double de ce qu'il luy a pieu vous rendre le lils qu'il vous avoit osté, sitost après vostre perte, et sans doute, comme je Tapprens, avec tous les signes qui vous peuvent faire espérer de l'eslever. Ce vous doit estre une grande consolation d'avoir eu si promptement un si bon remède à vostre douleur, et je m'asseure qu'avec M' vostre mary, M"" vostre beau-père et M* vostre belle-mère, en ont receu un tout autre contentement que quand vostre premier vint au monde. Il sera l'entretien et l'espérance de toute leur maison et, au lieu où il a pieu à Dieu de le faire naistre, vous aurés en eux de bien fidelles secours pour sa bonne nourriture qui est, après vostre affection envers M' voslre mary le plus importans (sic) de tous vos devoirs. Vous estes si sage et si pleine de vertu que vous n'avés point besoin de préceptes pour vous en acquitter. Aussy ne vous en donneje aucuj] autre en cette occasion, sinon de ne
le perdre guère de veue, et de luy iaq)rimer par vostre exemple , quand il sera en âge de raison, ce qu'il doit à Dieu, à ceux qui l'on! mis au monde et à soy-mesme.
J'attens depuis long temps cet accouchement pour voir vostre guérisou parfaitte. qu'il send)le que l'on ait remise jusques là. C'est à quoy il importe que vous travailliés h bon escient, afin d'estre plus propre à agir dans toutes les rencontres où vous peuvent engager vos affaires ou le service de la Maison où vous estes entrée, car je ne mets point de différence entre les vostres et les siennes. Surtout durant l'absence de M"^ vostre mary, qui n'est pas moins accompagnée de [)éril que d honneur, redoublés vos prières pour sa conservation et demandés tous les jours à Dieu au pied de l'autel et devant le sacrifice qu'il rende son courage heureux et qu'il vous le rende couronne de gloire.
Si vous n'estiés la modestie et la sagesse mesme, je vous reconnnanderois d'en tesmoigner plus maintenant que jamais et dn laisser voir des marques extérieures de vostre inquiétude durant son danger. Mais c'est à d'autres qu'il faut donner de ces avis et non pas à vous qui n'avés à suyvre [que] vostre beau naturel pour bien faire toutes choses , et qui ne pourries sans un effort extraordinaire manquer à la moindre de vos obligations.
Jusqu'à présent je n'ay point de mauvaise nouvelle à vous dire de M' du Fay ny de M' le Chevalier. Au milieu des périls il a pieu à Dieu de les garder et j'espère qu"'il les gardera encore. Vos bonnes et saintes prières y peuvent beaucoup contribuer. J'escris à M' vostre mary en response de la lettre qu'il m'a escritte pour me donner avis de vostre accouchement. Vous me ferés la faveur de luy envoyer la mienne, s'il vous plaist, et
' Nous avons déjà vu que la ville de Cliivas, investie par l'armée du cardinal de la Valelle le 7 juin 1639, capitula le 28 du même mois.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
fie me mander i'estut de sa santé et de ia vosfre. Si vostre couche vous enempesche; il suflîra que iM"' de la Boucliai-dière en prenne la peine. Nous l'en croirons à sa parole el serons mesnie bien aises de sçavoir par elle comment Dieu aura fortifié son esprit dans son affliction. Sa lettre a été envoyée à Sablé et je n'en ai point eu encore de response.
Je prie Dieu qu'il vous conserve et suis sans réserve. Madame, vostre, etc.
De Paris, ce aô juin 1689.
GGXCVIL V M ' LE DUC DE LONGUEVILLE