‹ Lettres. Publiées (volume 2)Chapitre 96 sur 134 · EN ITALIE · texte numérisé non relu

EN ITALIE

Monseigneur, Depuis ma lettre escritte j'ay recouvert la Relation du malheur de Thionville et le plan du campement et commencement de circonvallation de M de Feuquière autour de cette place. Je vous envoyé l'un et l'autre et j'espère que, par le narré véritable de celte bataille et la disposition de son camp ', vous le plaindrés de ce mauvais succès et qu'en attribuant la faute à ceux qui l'ont causé, vous ne l'estimerés pas moins vaincu que vous avés fait victorieux. Il n"a rien tant défendu aux siens que de parler de justillication pour luy. croyant son action si bonne, quoyque malheureuse, (ju'elle parle d'elle mesme el qu'elle le justifie toute seule. Mais ny ses amis de deçà ny nioy n'avons pas creu que ce fust assés qu'il eust fait toutes choses possibles pour vaincre et qu'il en fust bien asseuré, si le monde ne sçavoit le détail de sa conduille et ne voyoit par quelle raison ses bons desseins n'ont pas réussy. il sera au moins

heureux dans sa perle qu'il sera équitablement jugé par vous qui luy failles l'honneur de l'aymer et qui avés une parfailte connoissance du mestier où jusques là il s'esloit tant acquis de gloire. Et il vous importe mesme en quelque sorte. Monseigneur, quiceluy que vous aviés porté à ce haut employ par vostre tesmoignage, soit connu de vous pour n'en avoir pas esté indigne et tel que si la laschelé d'une partie de ses trouppes la fait succomber, sous un puissant ennemy. sa conduille et la feiinelé de son courage méritoienl des soldats qui aimassent mieux vaincre que fuir avec infamie.

Je prie Dieu qu'il vous conserve cl suis. Monseigneur, vostre, etc.

De Paris, ce 26 juin i63ç).

ccxcvin.

À M. DE BALZAC

À CALZAC.

.Monsieur, Je vous escrivis ce que urdicta la douleur dans la première nouvelltde nostre perle el dans l'apparence des mauvaises suiltes qu'elle pouvoit avoir, qui n'eussent pas seidemenl ruiné le Général, mais encore les particuliers qui pensent eslre le plus à couvert des injures de la forlune. \Liintenant que l'orage s'est arreslé. et que nostre armée de réserve a produit l'effet auquel la prudence du Roy l'avoil destiné, que le torrent a esté remis dans ^es bornes, et (|ue Mouzon, secouru par M' de Ghastillon, a fait recevoir un allronl au victorieux par la perte de plus de mille hommes sous ses murailles aux assauts qu'il luy a livrés inutilement \ je croy que je puis

' Ni dans la Bibliolhèquehistoriquede laFrance, ni dans le CaUilogtie de la Bibliothèque Nationale (Histoire de France), on ne trouve mention de ia reiation (qui resta sans doute inédite) onvoyée par Chapelain au duc de Lonfjuevillo.

- On lit dans Y Histoire du règne de Louis XHl par le P. Griffel (t. III, p. 19(1 et i<.)7): «Après la bataille de Thionville, Piccolomini. fier de sa victoire, se mit en marche pour attaquer Mouzon . place si négligée jusqu'alors, qu'à peine la ju-

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

user du conseil que vous me donnés et qu'il y a lieu de nous forlitier Tespril de la pliilosophie sans passer pour insensibles aux maux de nostre Pais '. C'est à cette heure que nous pouvons attendre, avec moins d'inquiétude que le commun , ce que Dieu veut qu'il arrive de nous celte année, et que nous pouvons mesme espérer, après un si grand choq, que la fin vaudra mieux que le commencement, et que si nous nachevons la guerre cette campagne, nous nous mett)'ons en estât de la poursuyvre avec avantage à l'avenir.

Je suis bien aise que vous ayés traitté favorablement ma tendresse en celte occasion, et que par vostre sentiment je ne sois obligé à estre dur et impitoyable que pour mes seuls malheurs, me laissant au reste compatir à ceux de la mère qui m'a eslevé, et des personnes dont la vertu m'a fait rechercher la bienveillance. A la pareille je vous souiïriray, quand vous voudrés,

geoit-on capable de faire une médiocre défensf. Le sieur de Refuge, capitaine au régiment dts gardes, y commandoit une garnison do douze cents hommes, auxquels on avait joint six cents bourgeois aguerris. Piccolomini s'imagina qu'il seroit aisé d • la prendre d'emblée, sans faire des lignes de circonvallnlion, et sans ouvrir la tranchée. Il fit d'abord attaquer tous les dehors, qui ne furent emportés qu'après un combat sanglant et opiniâtre. Il perdit ensuite la fleur de son armée à l'attaque d'une demi-lune qu'il ne put jamais forcer, et sur l'avis qu'il reçut, que le mareschal de Chàtillon s'avançoif pour le combattre, il leva promptement le siège, après avoir perdu deux mille hommes do ses meilleures troupes. i

' Balzac avait écrit à Chapelain (lettre XXI du livre XX, p. 800 de i'in-fol. : «Je suis bien fasché de vostre perte [la perle de Thionville], mais vostre gain n'eust pas achevé la guerre; et puisque Brisac n'a rien opéré, je ne croy plus que la paix soit en la puissance des hommes. Il faut de nécessité que Dieu s'en mesle, et que ce soit son ouvrage, et non pas le nostre. Cepen-

quelqu'une de ces louables infirmités qui font le plus grand ornement de la nature de ITiomme, et cpii mettent difterence entre luy et les rochers. En effet soyons fermes, mais ne soyons pas insensibles, quand ce ne seroit que pour donner quelque prix à nostre vertu, cjui demeureroit sans mérite si elle ne combatloif point, et qui ne combattroit point si elle ne sentoil les attaques de la fortune'.

J'ay leu avec admiration ce que vous escrivés à M. le Cardinal de la Valette sur celles qu'il a souffertes de toutes sortes depuis cinq ou six mois et je vous avoue que ce biliais (s«c)de Iraitler la chose en général sans descendre au particulier qui n'eust peu estre qu'odieux, m'a semblé un des plus exquis artifices de l'éloquence dont nous en ayons des exemples parmy la bonne antiquité. Ces M" les provinciaux qui vous ont exalté cette lettre sont dignes d'estre de la plus fine Court', et s'ils ont aussy bon goust

dant ne nous abandonnons point à la douleur; ne désespérons point do la République, non pas mesme après une bataille de Cannes ; et au pis aller, sauvons-nous dans l'asyle que la Philosophie nous a basti contre les disgrâces de ce monde. . . j» La lettre, datée du 20 octobre 1689 , est du mois do juin de la même année.

^ Chapelain répond ici à une tirade de Balzac (ibid.) contre la philosophie de Chrysippe, cette cruelle maraslre qui dans le dessein qu'elle a eu défaire un véritable sajre n'en a fait que la morte et insensible représentation. tfCes sortes de statues, •? ajoutait Balzac, rrsont pour l'ornement du Portique, et non pas pour l'usage de la vie, et il me semble qu'entre la dureté et la mollesse il y a un tempérament qui s'appelle fermeté. ^

^ Balzac {ibid.) avait dit : ffVous verrez quelque chose sur ce subjel dans la pièce que je vous envoyé par cet ordinaire, et que je vous avois promise il y a huit jours. Les principaux qui l'ont veue, me veulent persuader qu'elle est belle. Toutefois Monsieur Chapelain n'a pas encore prononcé: et par conséquent, je ne sçay pas r)G.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

en toutes choses je ne veux point chercher d'autre tribunal ny d'autre are'opage pour me de'lerminer sur les matières délicates qui (iennent les esprits partagés. Si vous ave's loutesfois besoin de mon suffrage pour vous r^^soudre de sa valeur, tenés le pour receu et dans la forme la plus avantageuse que vous le sçauriés de'sirer. Je la feray voir non senlement à M"" de Cliaudebonne, mais encore à tous ses amis, n'estant pas chose qui se doive tenir secrette ny qu'il y ait danger de publier, jenlens de la laisser voir, car pour en laisser prendre copie, ce ne sera ({ue quand vous l'aurés permis.

M' Voiture est encore en Piémont avec ceux qu'on vous a mandé qui en sont revenus'. Je ne sçay s'il reviendra avec eux qu'on attend au premier jour depuis la relie [sic pour re'elle] consignation des quatre places que le Roy a voulues pour oslage de la fide'lifé de nos alliés de delà les monts". S'il escrit les succès de son Mécène \ il ne ressemblera pas à Polybe, au moins en la matière qui ne se peut comparer en rien à celle que Scipion a donnée à sou historien ,

et qui, devant estre traittée par un poète, fourniroit plustost de sujets à une tragédie qu'à un poème héroïque. Toulesfois attendons la fin et voyons si .M' le Duc de Longueville ne fera point changer de face aux affaires.

Je suis en peine de vostre indisposition : cura valcUidinem par toutes voyes. M' de Rourzeys vous a escrit sur le souvenir que je luy tesmoiguay que vous avés de luy. liU response que vous luy ferés sera daulant plus obligeante, que vous faiîtes un péché mortel seulement de vous résoudre à luy escrire * et que vous navés pas voulu offenser Dieu pour d'autre que pour luy. J'en consoleray nos amis en leur disant que cest que vous vous fiés plus on leur amilié qnen la sienne, et que d'ailleurs ils vous avoient prié de ne leur escrire point ce que cetluy cy avoit oublié de faire. Pour M"' Scudéry. je le trouve absolument nécessaire, mais pour n'y plus retourner.

Je suis. Monsieur, voslre, etc.

De Paris, ce a6 juin iOSq*. ■

bien ce qui en est.'^ Voir celle pièce, qui esl en effet très-remarquable, dans Tin-folio de tBliô, où elle forme (p. toSi-ioSg) la lellre XXX du livre XXVIl. C'est plutôt un discours qu'uno lettre, comme Tauleur nous l'apprend lui-même dans les observations dont il fait suivre c.?l olo- (pient morceau (p. loSg) : «-Ce discours fut cn- \oye en Picdmout à M^' le cardinal de La Valelle. et receu de luy avec de grands lesmoignaj^es de bonté. Immédiatement après l'avoir leu, il demanda une plume cl du papier, et me fit fbonneur de m'escrire une lettre très obligeante, mais, de plus, très judicieuse, et du slile d'une àmo Ijïen préparée à toutes sortes d'événements. . . (l'a esté, à mon advis, une des dernières lettres i[u'il ait escrilles, estant tombé malade peu de jours après, de la fièvre qui nous le ravit, et qui par la mort luy donna le repos . qu'il n'avoit jamais pu avoir en sa vie."» Voir encore la letlro \XI\

du livre XX, où Balzac dit à Chapelain (p. HoS de l'in-fol.) : ffPour l'amour de nioy, appeliez discours ma consolation, car outre que vous parlerez proprement, et que c'est oralio ad Cardiualem . vous sçavez que je bai le nom de lettre.. . i

' Le comte de Cbavigny et le comte de Gnicb» .

- Christine consentit à livrer aux troupes du roi son frère les villes de Carmagnole, de Savillan et de Quérasque, mais elle ne voulut pas leur al)andonner la quatrième place réclamée par Richelieu, la citadelle de Montmélian.

^ Le cardinal de la Valelle.

' Allusion au vœu qu'avait fait Balzac de ne jamais plus écrire à personne, véritable vœu d'amoureux.

-■ Le même jour. Chapelain écrivit (f* i-i"]) ;i M. Bouchard, à Rome, une fort longue lettre, d'où je tire ceci : cr. . . Pour le mot de Panglossie il ne sçauroit estre plus heureusement foruif

khô

GCXCIX.

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