‹ Lettres. Publiées (volume 2)Chapitre 98 sur 134 · À M. DE LA LA^E · texte numérisé non relu

À M. DE LA LA^E

Je ne voulus pas , hier au soir, accroistre vostre affliction ny resveiller celle de M"' vostre sœur par la mauvaise nouvelle que ion nous avoit donnée de la moi't du pauvre M' Arnaud le lieutenant', pour ce que je pensois avoir aussy peu de sujet que de volonté de le croire. Mais , à cette hem-e , que ce malheur n'est que trop certain et que nous sçavons par une lettre de M™' de Feuquières qu'il a esté tué à une sortie que la garnison de Verdun fît, dimanche dernier, sm- trois cent chevaux lorrains qui s'estoient avancés jusques auprès des murailles , il m'a

semblé que, ni vous ny elle, ne le déviés pas ignorer plus longtemps, afin qu'un aussy homme d'honneur et aussy généreux amy qu'il estoit, ne soit pas plus lard regretté par des personnes comme vous, que je sçay qu'il chérissoit et estimoit autant que chose du monde. Ç'auroit esté vous faire torl que de vous espargner plus long temps celte douleur, et je vous avoue qu'il y va de mon instérest de vous la communiquer, et que j'espère la supporter plus facilement, lorsque vous en aurés pris sur vous une partie. De Paris, ce 6 juillet 1689.

À M. DE 3IARL^ VILLE,

CAPITAI.VE ET MAJOR DE LA CAVAILERIE DE M. DE lA f'ERTÉ-lMBAULT. À L'ARMÉE DE M. LE MARESCHAL DE CHASTILLON.

Monsieur, je vous fay la visite par escrit que je ne vous ay peu faire de présence , devant que vous partissiés de Paris, quoyque j'aye plus d'une fois esté frapper à vostre

' Balzac n'accepta qu'à demi le blâme inflige à son expression besogne. Voici comment il clierchail à la justifier ( lettre XXIIÏ du livre XX , p. 80 1 de l'in-fol.) : rPour hesoigne, j'acquiesce, à mon ordinaire, et suis obéissant, bien que je ne sois pas persuadé, veu mesme (\a ouvrage est à trois lignes de là, et qu'il est assez remarquable, pour devoir estre espargné dans un si petit espace. Besoigne, dont je me sers mélaphysiquement en cet endroit, a une signification \Àm estendue qu'oMvrage, ni que travail... Que si on fait scrupule de se servir de besoigne, à cause de sa bassesse, parla mesme raison, il faut s'abstenir de tasche, de boutique et d'artisan, qui, à mon advis, ne sont pas plus relevez. . . .n L'apologie du mot besoigne s'étend jusqu'au fond de la page 802. Celte apologie, datée du U octobre 167g, doit être de la fin de juillet ou du commencement d'août.

^ En attendant.

' On lit dans les Mémoires de l'abbé Arnauld (édition de 1756, p. 167) : «Je prenois congé d'elle [de M'"' de Feuquières] lorsque je vis arriver M"^ Arnauld , mon oncle, duquel j'ai déjà parlé, qui, sur la nouvelle de la défaile de M. de Feuquières, avait pris la poste pour se rendre à Verdun, bien malheureusement pour lui, puisqu'il y perdit la vie. Il avoit aussi une compagnie dans notre régiment; mais il n'y avoit jamais servi et, par beaucoup de raisons de chagrin qu'il avoit, it étoit sur le point départir pour s'en aller en Hollande, quand cette malheureuse nouvelle lui fit changer de dessein..." Suivent (p. 171-17.3) de grands détails sur la mort de Simon Arnauld, tué roide de deux balles de mousqueton. Voir encore sur cette mort M. Sainte-Beuve {Port-Rorjal, t. II , p. 11 et 1 2 ). Nous avons déjà dit que c'était i' avant-dernier des quatre fils de l'avocat Arnauld , et qu'il était né en i6o3 , neuf ans avant Antoine Arnauld.

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porte pour macquilter de ce devoir. M' le chevalier de la Trousse m'en donne le moyen par Voffre qu'il m'a faitte de vous rendre ma lettre, et vous pouve's croire que le principal entretien que j'ay eu avec luy a este de vous. J'ay appris de luy avec joye la considération oii vous estiés dans vosti'e armée et la bonté des trouppes que vous commandés. Je vous en félicite, et si ma petite raison peut s'avancer jusques dans le proche avenir, je vous en augure les bons succès que vous mérités et la meilleure partie de l'honneur qui s'acquerra dans cette campagne. Je vous regarde comme un des principaux instrumens qui nous doivent réparer la perte que nous avons faitte à Thionville , s'il est vray, comme on le croit à la Cour et icy, que, dans la nouvelle entreprise que l'on va faire, ce sera à M' le mareschal de Ghastillon à attaquer à son tour.

Que si les Hollandois, de leur coslé, agissent, comme il semble qu'ils en ayent envie, il sera malaisé que vous ne réussisiés, à quelque place que vous vous atlachiés. ayant une diversion si puissante que celle du P[ rince] d'Orange, piqué de son malheur de l'année passée , et un appuy tel que celuy de .M. le Grand Maistre qui , dans le reste de cet esté, ne voudra pas perdie ou diminuer la gloire qu'il s'est acquise \>ar la prise de Hédin.

Vous aurés sceu que, depuis le passage de M^' le Duc de Longueville en Italie , le cœur est revenu h nos gens, et qu'ils ont pris Chivas, après i5 jours de siège, à la veue du P[ rince] Thomas, à qui on a taillé en pièces cinq ou six cens hommes et qui n'a manqué que de fort peu d'estre pris. Si nous pouvons reprendre Turin cette année, ce ne sera pas mal ailé, veu nos malheurs de ce costé là et Casai , qui est enveloppé de tous costés, sera en estât d'estre puissamment secouru , c'est à dire la principalle inten-

tion des Espagnols ruinée. Je jveux espéier que nous prendi^ons Salses aussy, quoyque la place se trouve excellente et qu'il se prépare un fort grand secours pour nous en empescher.

Il y a apparence que vous ne ferés pas un moins judicieux journal, celte année, que l'autre, et que vous me ferés aussi l'honneur de m'en donner part. C'est de quoy vous supphe, après vous avoir demandé la continuation de vostre amitié, Monsieur,

vostre, etc.

De Paris, ce 6 juillet 1689.

À M. D'A.NDILLl,

À POMPONS E

Monsieur, vous croirés bien , sans que je vous le die, que je sens une douleur pareille à la vostre dans l'atHiction qu'il a pieu à Dieu de vous envoyer par le deceds de M' vostre h-ère. sçachant non seulement que je n'ay point dintéresls si propres que les vostres, et que tout ce qui vous louche m'est commun avec vous, mais encore qu'outre vostre intérest, j'ay le mien particulier dans ce malheur et que je croirois aussi bien que vous avoir perdu un frère, si ce n'estoit point trop l'abbaisser que de luy donner ce nom pour moy, et si l'amitié tendre et généreuse qu'il avoit pour moy, pouvoit estre appellée fralernelle, sans que je parusse présomptueux. Pleust à Dieu que j'eusse autant de force et de résignation que vous pour supporter ce choq constamment et.

comme on dit, faire les choses qui viennent de la main toute puissante et toute juste! Je le prie de me la donner et me rendre capable de la consolation que je vous avoue que je n'en puis encore prendre, et par conséquent qu'il seroit malaisé que je vous peusse donner si vous en aviés besoin. Mais la lettre que vous en avés si sagement et si

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Ii5l

chrestiennemcnt escrilte à M' Tabbf^, de Saint- Nicolas, me fait bien voir combien vous estes assiste' de particulières grâces de Dieu, et combien pour tous les e'vénemens il vaut mieux vous ressembler qu'au reste des hommes.

Sitost que j'ay eu avis de l'accident , j'ay couru chés vous et n ay abandonné M' vostre frère que bien avant dans la nuit, et sur le point qu'il s'alloit mettre au lit. Il n'a pas voulu que je l'aye passée auprès de luy, quelque instance que je luy en aye faitte. Dieu lefortiliera, s'il luy plaist, et certes il en a besoin, tant il est sensible à celte perte. Je veux espérer que le Noyage (ju'il fera demain au Poiireal calmera sa douleur et le disposera à suyvre vos conseils salutaires.

M' vostre fils est de retour de Normandie pour avoir sa part de la peine que nous souffrons.

Je prie Dieu qu'il vous [le] conserve pour iioslre commune consolation, et demeure, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce 6 juillet lOSg.

GCCV.

À M. L'ÉVESQUE DE GRASSE (GODEAU

À GRASSK.

Sur tout ce que vous me mandés touchant la prétention mal fondée de M' Gassendi, je ne vous diray autre chose sinon que les amis de delà en sont blasmables et non pas luy qui n'a pensé à cette agence qu'à vive force de sollicitations qu'on luy a faittes, et que, s'il a l'exclusion, il sera ravi de demeurer en son premier estât, sans avoir dépieu à ceux qui désiroient plus son bien que luy. Vous connoissés assés sa vertu et la violente inclination qu'il a pour les lettres, pour juger de luy comme je fais, et

pour croire que la voix que vous donnerés à son compétiteur ne le choquera nullement. Je suis plus empesché comment vous vous dégagerés de M' le conte d'Alais , à qui je voudrois que vous n'eussiés point fait si formellement espérer de luy complaire en cette rencontre. Il aura sujet de penser qu'une nouvelle sollicitation aura esté plus puissante auprès de vous que la sienne, et s'imaginera mal aisément que la lettre que vous luy avés escritte d'abord, n'ait esté qu'une civilité de celles que l'on dit de bouche , et sur lesquelles on ne fonde ' pas ordinairement, pour ce qu'on voit qu'elles ne sont pas préméditées et concertées, comme le sont les leltres qu'on escrit aux personnes de sa qualité. J'ay impatience de sçavoir comment il aura receu ce que vous aurés résolu de luy dire à Antibe et vous me réjouirés bien si vous me mandés que cela ne luy a laissé aucune amertume sur le cœur.

Quant à moy, quoyque j'ayme extrêmement M' Gassendi et que j'eusse grande joye de l'espérance que l'on m'avoit donnée que nous le verrions icy avec un employ honnorable, uéantmoins vous sçavés ce que je vous en ay mandé, il y a long temps, et que vos intérests ont toujours esté exceptés. Et cet intérest principalement allant à nous donner le contentement de vous voir icy, jugés vous mesmes s'il y auroit apparence que j'aymasse nn'eux travailler pour son voyage que pour le vostre, et si, pour cela , je voudrois de plus vous obliger à travailler contre vous. Dégagés vous donc sans scrupule de mon costé et croyés que je n'ay nulle peine en cela, que celle que vous devés avoir à laisser M' le Conte d'Alais bien satisfait de vous, après avoir retiré vostre parole. Mais je me fie en vostre élocpience et en sa bonté qui entrera dans vostre sens,

C'est-à-dire : on ne fait pas grand fond. Peut-être faut-il lire on ne [se] fonde pas.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

(|aanci vous Taures revestu de vos plus belles paroles '.

Au reste, je ne vous manderay plus que des morts douloureuses. La semaine passée, je vous escrivis la perte du pauvre M' Gamusat, et maintenant j'ay à vous dire que nous avons perdu M' Arnaud, le lieutenant, en un combat fait sous les murailles de Verdun entre la garnison et trois cent chevaux onnemis pour enlever le be'tail qui paissoit sous leurs coulevrines. W d'Andilly est à Pomponne fort touché et néantmoins fort constant. Nous avons icy M' de S' Nicolas qui n'est pas consolable. Toute la famille est en désolation. Je n'ay que faire de solliciter vostre affection pom" leur en tesnioigner vostre desplaisir. M' Gonrart est de retour d'hier et vous doit escrire. Je suis tout à vous.

De Paris, ce 8 juillet lOSy.

CGCVl.

À M. DE DALZAC,

À BALZAC

Monsieur, j'ay leu vostre lettre de consolation encore une fois à fhostel de Rambouillet, ou pluslost je l'ay ouy lire. Gar M"' de Rambouillet la voulut lire elle mesnie pour en mieux gouster les beautés, et ses auditeurs, outre moy, furent : M"" sa mère, M"° Paulet, M" les marquis de Ram-

' Ce fut Gassendi qui , grâce à la dévouée protection du comte d'Alais, fut nommé agent du clergé.

^ Ce paragraphe a été cité par M. Livet {Précieux et Précieuses , p. 36 et 87). Balzac répond bien modestement à son ami (lettre XXIV du livre XX, p. 807 de Tin-fol.) : «Je tomberois en \aine gloire, si je vouiois croire vostre relation. A[on escrit ne mérite point les louanges (jn'il a receues à fhostel de Rambouillet , et il y a de l'apparence que c'est à Monsieur le cardinal de La Valette, et non pas à moy, qu'on a fait lion-

bouillet, de Pisani et de Montauzier, et j\P Voiture. M' de Chaudebonne vint après , qui la leut en son particulier. Il ne se peut dire combien elle fut louée et estimée de tout le monde et les applaudissemens que vous en receustes. J'eus charge de toute la compagnie de vous le faire sçavoir et de vous remercier pour le contentement qu'on en receut de ce que vous avés fait une si belle chose \ Puisque vous le trouvés bon. je l'abandonneray à la discrétion de quelques uns de nos fidelles, qui la feront voir aux lieux où ils ont famiiiaiité et devant les plus habiles de leurs connoissances. Surtout je la mettray entre les mains de M' d'Ablancourt, afin qu'il en aye la joye et qu'il la puisse donner au cabinet de M" Du Puy. Je sçay que luy et eux se tiendront obligés de la grâce, et que l'ouvrage n'aura point de besoin du secours de nostre amy pour se faire trouver excellent.

Vous'm'avés bien resjouy du dessein (jue vous avés de parler ex professa de la conversation des Anciens, et l'addresse du discours ne pouvoit estre meilleure. Je le diray bien à M. d'Ablancourt alin qu'il le face sçavoir à M" Du Puy et qu'il ressente l'honneur que vous luy promettes ^. Et certes il en est très digne et c'est un de ces bons hommes dont l'amitié ne vous sera jamais ni chargeante^ ni honteuse.

Ma mémoire me fait souvent de ces

neur. ..» La lettre, datée du 8 novembre 1609. doit être du 8 août de la même année.

' Nous n'avons pas ce discours sur la conversation des Anciei^, qui devait être dédié à Perrot d'Ablancourt. Le tome II des Œvuircs de Balzac contient seulement (p. AaS-iiS) une dissertation à M"* la marquise de Rambouillet sur la Conversation avec les Romains.

* Chargeante pour à charge. Le mot chargeant, qui était déjà employé dès le xni' siècle, a été signalé par M. Liltré dans le Plutarque d'Amvot.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

(raliisons pareilles à celle que vous me reprochés avec raison. Pour ce que j'avois receu cette lettre de M" d'Amboise, trois jours devant que l'ordinaire deust partir, j'oubliay lorsque je vous escrivis à vous dire que je l'avois receue, et peut être aussy que je Tavois fait voir à M' Bonair, avec la vostre qui Taccompagnoit, alin qu'il escrivit à i\I' l'abbé de Boisrobert pour la suppression de la première selon vos ordres. Mais vous verres que je m'attendis à ce qu'il vous en devoit escrire luy mesme, et qu'ainsy je me laissay plus facilement eschapper.

Je crains d'avoir aussy manqué h vous escrire la mort du pauvre Camusat qui certes est un dommage irréparable pour tous les gens de lettres, mais particulièrement pour nioy qui, n'ayant dhabitude avec aucun autre homme de sa profession , et ne me pouvant accommoder à leur ignorance et rudesse, me trouve désorienté ' et, de tout puissant que j'estois sur luy, maintenant sans aucun crédit pour recouvrer les livres curieux dont, ou moy ou mes amis, pouvoient avoir affaire. Je seray plus de dix ans devant que d'avoir refait un aussy habile libraire et imprimeur que luy, dont je vous avoue que j'ay une mortification et désolation bien s^rande ". Sa femme continue

son trafic et je ne luy manqueray point d'assistance, tant pour donner cela à la mémoire du défunt, que pour le donner à nostre propre devoir qui nous oblige à soulager les foibles et aider aux vefves et orphelins.

M' de Piourzcys a receu vostre lettre de ma main et en a eu le ressentiment qu'il doit. En effet, elle est très belle et très obligeante. J'en ay fait tirer copie que j'ay mise avec les autres de ce genre dans le tiroir de mon cabinet qui est réservé pour ce qui vient de vous \

Je vis , ces jom's passés , M"" de Scudéry et luy tesmoignay en quels termes avantageux vous m'avés escrit d'elle, et le dessein que vous aviés de luy faire response, lorsque vous auriés veu le livre de son frère et que vous vous porteries mieux. Elle récent le compliment avec beaucoup de joye, mais retranchée dans sa modestie, et me disant qu'elle n'eust jamais entrepris de vous escrire, si son frère ne luy eust forcée, croyant que vous auriés jolus agréable son livre présenté par elle que par luy; que pour la response dont je luy parlois, comme elle s'en tenoit très indigne, qu'elle ne s'y estoit point aussy attendue, et qu'il suffiroit pour sa plus haute ambition que vous

' M. Liltré rappelle que iMargucrile Buffet déclare que le terme désorienté, dans ce cas, est tort bon; mais il ne cite, aux exemples, que deux écrivains du xvin^ siècle, les deux plus grands, il est vrai, Voltaire et Jean- Jacques Rousseau. Le Dictionnaire de Trévoux cite un exemple du xvu' siècle, sous la forme d'une plaisanterie: c Dans ia dispute sur la conformité de la fol des Orientaux avec nous touchant l'Eucharistie, M. Alix disoit quelquefois en raillant, que M. Claude, son collègue, étoit désorienté. n , - Balzac s'associe de ia façon suivante aux regrets de Chapelain (lettre XXV du livre XX, p. 8o4) : «Je regrette extrêmement nostre pauvre Camusat, et c'est un article oublié dans

mes précédentes. 11 avoit de l'honneur et de la vertu , et s'il eust vieilH dans sa profession , il luy pouvoit rendre sa première gloire. Mais un jour, les livres périront aussi bien que les libraires. -i La lettre, datée du 20 novembre 1689, est à peine du 20 août do la même année.

' Est-ce la lettre XXX du livre XIV (p. G i y de fin-fol.) adressée à Monnieur de Bourzeys, ahbc de Cores? Cette lettre est datée du 3 mars 1639. Balzac s'y réjouit d'avoir reçu «un compliment de la main qui donne la mort à l'hérésie,?' ajoutant : «Un grain de vostre encens vaut une masse de celuy des autres, et rien n'est si doux, au goust mesme de la sage Antiquité, que les louanges qui viennent d'une personne généralement louée.??

Uôli

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neussiés pas eu dësagi'éabie ce qu elle avoit fait. A ces civilite's je repartis comme sachant ce que vous vouliës faille, et quoyqu'elle dissimulast, il me fut aisé de reconnoistre qu elle espéroit de'sormais Ihonneur que je luy prometlois. Si vous ne luy ave's point encore escrit, je suis d'avis que vous le facie's à vostre premier loysir, et d'autant plus que son frère me vient d'envoyer un nouveau livre de luy pour vous le faii-e tenir. Avec tant de matière vous remplirés aisément mie ou deux pages d'escriture de quoy la béatifier'. Cet Amour tirannique a fait un estrange bruit, ce carnaval , à la Cour et à Paris. J'en attens vostre jugement et ce que vous pensés des remarques panégyriques du Sarazin qui a entrepris son éloge plustost que sa défense.

Pour fin , mais friste, je vous diray que M' Arnaud, lieutenant de la mestre de camp des Carabins, frère de M. d'Andilly, fut tué, ces jours passés, à une sortie que fit la garnison de Verdun sur les trouppes du duc Charles, après y avoir fait des merveilles. C'est ime grande perte pour raoy qu'il aymoit tendrement. Ce l'est aussy pour vous qu'il honnoroit au dernier point, luy mesme estant fort digne d'eslime pour les excellentes qualités qui esloient en luy. M' d'An-

dilly et W de S" Nicolas n'en sont pas consolables^.

J'ay peur que vous n'ayés escrit à M' Rocolet sur mes lettres. Quoyqu'il ne m'ait point fait plaisir, il n"a point péché contre vous et par là au moins vous voyés quil n'est pas homme à rien faire dans vos intérests sans vos ordres. Il vous est utile. Traittés le doucement, si vous m'en croyés. J'en feray de mesme.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce ii juillet 1689.

Vous aurés cet Amour tirannique par le messager à fpii j'ay donné charge qu'on le porte plustost qu'à la poste, à cause du port. J'ay veu avec beaucoup de consolation dans vostre lettre la bonne opinion que vous continués d'avoir de mon jugement. Mais [)renés garde que les termes exquis avec lesquels vous en parlés sont fort approchans de la cajollerie.

CGC VII.

À M. DE BOISROBERT

Monsieur, j'ay creu vous devoir escrire en mon particulier sur le mesme sujet que vous esciit la Compagnie % sachant par ce

' La lettre que Balzac se proposait d'écrire à M"' de Scudéri est la lettre XXII du livre XV, page 6/47 de l'in-foi., commençant ainsi : «Si j'eusse pu obtenir un bon moment de ma mauvaise santé, je vousaurois dit, il y a long temps, que je n'ay ni assez d'humilité pour "ejelter les louanges que vous me donnez , ni assez de présomption pour y consentir.» Balzac, après avoir remercié ^i"' de Scudéri des éloges qu'elle a donnés à la Relation à Mmandre, prodigue les siens à l'ouvrage de Georges de Scudéri. La lettre est datée du aS juillet 1689. Dans la lettre (déjà citée) de la page 8o3 de Tin-fol., Balzac promettait en ces termes de s'exécuter : ^fll faut pourtant que la Muse du Ma-

rais en ait une [lettre], puisque vous l'ordonnez ainsi , et que je ne puis vous désobéir. Mais ce sera, s'il vous plaist, sans tirer à conséquence. . . Tl

* Dans cette même lettre (de la page 8o3 ) Balzac dit : «J'ay appris avec doideur la mort du pauvre Monsieur Arnauld. 11 est certain qu'il valoit beaucoup , et je plains bien fort Messieurs ses frères, qui valent infiniment, et pour lesquels j'ay toujours une sincère affection, mais pleine de respect et de révérence.''

^ L'Académie française. Cette lettre, qui fait tant d'honneur à Chapelain , a été reproduite en entier par il. Livet dans son édition du livre de Pellisson et de l'abbé d'Olivet ( 1. 1 , p. 87 8-38 1 ).

que M' de Bonair a fait entendre à quelqu'un de nous, qu'on ne vous choqueroit point en ne suyvant pas l'affirmative, et connoissant, par mes propres expériences que je vous puis dire loufes choses avec confidence et liberté.

Vous sçaurés donc qu'après la mort du pauvTe M' Camusat , la vefve , s'estant résolue à continuer la librairie, et ayant mesme sceu que quelques uns de la profession briguoient pour cslre receus libraires de rÂ<:adéraie en la place de son mary, sitosl que sa douleur luy pennit de sortir, fut voir tous ces M" chés eux, et les supplia de considérer qu'ils ne pouvoient avec justice escouler personne à son préjudice et à celuy de ses enfans ; que la loy luy permettant de continuer l'exercice de son mary et de jouir de tous ses privilèges, il n'y auroil point d'apparence qu'on luy voulust osier celuy qu'elle chérissoit le j)lus , et sur quoy elle fondoit principalement la subsistance de sa petite famille; que, sans reproche, son mary avoit servy la Compagnie et travaillé pour elle avec beaucoup de despenses, sans en avoir juscju'icy tiré aucun avantage; que son bien estoit en espérance et quelle pouvoit dire qu'il luy estoit acquis et aux siens, par les respects et les services qu'il luy avoit rendus en général et en particulier ; que , se trouvant en estât de continuer les mesmes services avec la mesme capacité et assiduité par l'assistance d'un cousin du défunt, nourrv de sa main et

stilé ' dans l'imprimerie et la correction dos livres, homme d'ailleurs qui a des lettres et qui veut bien quitter l'estude de la médecine pour embrasser celte profession ", elle ne sçauroit croire que l'on voulust transporter h un autre un employ si légitimenjent acquis, et si aisé à conserver en sa maison; qu'elle estiraoit sa condition et celle de ses pupilles si considérable en cette affaire, qu'il luy sembloit que son bon droit parloit de luy mesme et ruinoil toutes les prétentions de ses envieux; qu'en un mot, il s'agissoit de sa ruine, qui seroit une cruelle récompense de la passion que son mary avoit eu pour l'honneur et le service de la Compagnie, et. partant, qu'elle nous conjuroit de ne nous rien laisser persuader à son désavantage par ceux qui la vouloionf supplanter avec tant d'inhumanité, et qu'elle auroil l'honneur de vous escrire et prier de la protéger dans sa justice auprès de M^'. de qui elle espéroit toute sorte de grâce.

Voila, en substance, les choses quelle nous a dit à tous séparément, et que jay sceu depuis qui avoient touché de compassion tout le monde, sans qu'il y en eust un seul qui balançast à luy garder son inclination et à désirer que la chose luy demeurasl, comme luy estant le droit acquis. Mais comme la Compagnie ne se donne la permission de rien déterminer, non pas mesme des moindres choses qui la regardent, sans un ordre particulier de Son Em". qui est l'unique règle de ses volontés, nous

Voir, de plus," le récit de Pellisson (De quelques choses remarquables qui se sont passées dans l' Académie, 1. 1, p. 126-129). L'historien de l'illustre compagnie célèbre <? la générosité que l'Académie témoigna , après la mort de Camusat, son libraire , ayant, en faveur de sa veuve et de ses enfants, résisté, pour ainsi dire, à la volonté du cardinal, son protecteur.^ Le principal mérite de celle résistance appartient à Chapelain. Boisrobert avait

transmis d'Abbeville à l'Académie, le 3 juillet i63o, l'expression de la volonté du cardinal, La réponse de l'Académie à Boisrobert est du 1 1 juillet.

> Slilé, pour dressé, habitué à, expérimenté, est dans Froissart et dans Henry Estienne.

- Pellisson (p. 128) nous apprend que c'était un nommé Du Chesne, «homme de lettres, qui maintenant est docteur en médecine. 'i

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iuy fismes nostre response conditionnelle, ne Iuy promettant rien que sous le bon plaisir de Son Em", la volonté de laquelle nous apprendrions de vous.

Maintenant, Monsieur, nous apprenons de vous que son inclination est que M' Cramoisy ' tienne la place du deTunt , et à cela il n'y auroit rien à répliquer si c'estoit une inclination confirmée. Mais comme sa bonté nous laisse la liberté de Iuy expliquer nos sentimens la dessus, et que nous pensons voir la justice e'videnle du costé de la vefve sur les choses qu'elle a représentées, j'ay veu la Compagnie se disputer à faire à Son Em" ses remonstrances avec très profonde lumiilité et entière résignation à ce qui Iuy plaira d'en ordonner, ce qu'il Iuy semble qu'elle peut faire avec d'autant moins de crainte de desplaire à Son Em", que nous avons tous creu qu'Elle avoit monstre cette inclination pour n'avoir pas esté informée que le deffunt laissast une vefve qui fust en estât et en volonté de suyvre sa profession, et que, d'ailleurs, M"^ Gramoisy a déclaré à M' de Bonair que si la vefve y pensoit et continuoit dans la profession, il ne prétendoit eu cela aucune chose à son préjudice. En qnoy il a tesmoigrié qu'il estoit homme d'honneur et qu'il ne vouloit j)as faire à une pauvre vefve chargée d'enfans ce (ju'il seroit marry que l'on fist à sa femme et à sa famille s'il Iuy manquoit, quoyqu'elle soit dès à présent des plus accommodées. Je laisse à vostre générosité d'agir dans l'intérest de cette femme et de la Compa-

gnie, selon que vous lejugerés à propos. Cependant je vous priray de ne me point nommer en paiticulier et de me croire tousjom^s, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce i3 juillet 1639".

A vous parler avec ma franchise ordinaire M' Craraoisy a fait une action inhumaine de faire importuner Son Em" pour obtenir cette place au préjudice de la vefve Camusat et de ses pauvres enfans, et, ayant ce dessein indigne d'un homme d'honneur, et que pas un de sa profession ne voudroit avoir eu. il s'est bien donné de garde de s'addresser à vous pour cela, jugeant bien que vous auriés esté pour la justice et que vous aurii-s dit à Son Em" Testât des choses, ensuitte de quoy il est indubitable que le protecteur des affligés et particulièrement des vefves et des orphelins auroit prononcé en faveur de celle cy, et auroit commandé à l'Académie en celle occasion d'estre bonne et généreuse à son imitation. Je ne dis rien pour vous exhorter à travailler avec vostre addresse ordinaire pour remettre les choses en leur premier estât. Je vous connois dans l'ame et comme je suis asscuré que vous avés pris de vous mesme le party honneste , c'est à dire celuy de l'honneur de Son Em" et de la Compagnie en cette rencontre, je suis au.«sy asseuré que de vous mesme vous agirés comme la raison et la prudence l'exige de vous. Ce dont je vous supplie est que vous ne tesmoigniés point d'avoir receu de lettre de moy la dessus et de ne faire

1 Gramoisy (Sébastien), né à Paris en 1.585, y mourut en 16O9. Il fut le premier directeur (16/10) de l'imprimerie royale établie au Louvre. 11 ne fut pas .seulement Timprimeur dufioi, mais encore le libraire du cardinal de Richelieu. Les relations du futur ministre avec Gramoisy remontaient au moins à l'année 161 5, comme on peut le voir par une lettre qu'écri-

vit, dans le mois de mai de celle année, l'évêque de Luçon à celui dont il se disait le plus affectionné amy (Recueil de M. Avencl, tome 1, page ihli).

- Le même jour, Ghapelain (f° lia) écrivit au meslre de camp Arnauld (à l'armée du maréchal de Ghàtilion), lui reparlant de la mort de son cousin le lieutenant Simon Arnauld.

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voir que celle de rAcadémie à Son Eni'''. Il importe que cela se passe ainsy pour moy et, après vous en avoir supplié, comme je fais, je ne doute point que vous ne me faciès cette grâce. Je suis tout à vous sans réserve.

À M. L'ÉVESQUE DE GUASSE (GODEAU

À GRASSE

Monsieur, ma maladie a esté courte, grâces à Dieu , et ne m'a pas donné tous les moyens d'exercer la patience chreslienne à laquelle vous m'exhortes avec tant de bonté et de charité. Les maux violons ne sont jamais de longue durée. Ils terracent prontement, ou sont prontement surmontés. Si le mien eust eu le mauvais succès que mes amis craignoient, vostre lettre m'eust trouvé dans le tombeau, et j'eusse perdu ces bons avis, desquels je me tiens heureux de pouvoir employer à mon usage et d'en pouvoir profiter à l'avenir dans les espreuves de constance et de résignation qu'il plaira à Dieu de m'envoyer. Vous sçavés que ce n'est pas aux seules afflictions corporelles que ce remède est propre, et nous sommes en un temps oii il y a lieu de l'appliquer utilement et souvent à celles de l'esprit. Les pertes de biens qui nous arrivent tous les jours, mais bien plus encore celles d'amis intimes, outre les malheurs de la Patrie, nous sont un exercice de douleur ordinaire

dans lequel les senliuiens pieux que vous me marqués dans vostre lettre, rencontrent matière à fructifier, soit pour nostre fermeté, soit pour nostre consolation. Je vous en remercie donques de tout mon cœur, comme aussy des oblalions que vous avés faittes à Dieu pour mon soulagement, que je ne doute point qui n'en soit venu en la plus grande partie, je dirois en tout si la brièveté de mon mal et le long temps que demeurent les lettres en chemin d'icy à Grasse ne me laissoit croire que j'estois à demy guery, lorsque vous receustes la nouvelle qui vous fist appréhender ma mort.

Nous exerçons icy les œuvres de miséricorde par l'assistance que nous rendons aux affligés. J'entens la vefve du pauvre Gamusat et toute la maison de M' d'Andilly '.

Je suis. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce i5 juillet 1689 ^

À M. DE BALZAC

À BALZAC

Monsieur, je me repens de vous avoir donné avis de ce qui s'estoit passé entre le sieur Rocolet et moy dans l'affaire qui vous regardoit et dont il m'avoit communiqué ", puisque son procédé vous a si fort dépieu que d'en altérer vostre repos et de vous porter à luy en escrire en termes si rudes. Sa faute ne vous doit point toucher pour mon regard, puisqu'elle ne m'a point touché moy

' Cette lettre a été publiée en entier par M. R. Kerviler {Jean Chapelain, p. -290).

- Le même jour, Chapelain (f" ilili) demande à la marquise de Flamarens des nouvelles de sa santé. Il suppose que M. de Flamarens est au siège de Salses. Il parle à la marquise du malheur de M. de Feuquières à Thionvillo et puis de la prise de Hesdin, roù le Roy est entré le quaranliesme jour après que M. le Grand Maistre l'a eu assiégé". Le même jour encore (f° àhi ) Chapelain écrit à M. de Marinville: aNous som-

mes icy aux cscoules dans l'attente de la résolution que prendra le Roy pour l'attaque de quelqu'une des places de Flandres.»

^ C'est-à-dire : dont il m'avait donné communication. Je ne sais pas de quelle affaire il était question, mais on voit que c'était d'une aÇTaire d'argent, et il me semble que Chapelain fait uu peu honte à son ami de la vivacité avec laquelle il avait eu le tort de condamner Rocolet, sans lui tenir compte ni de ses bonnes intentions, ni de ses mauvaises habitudes.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

luesme, ayant considéré que ces scrupules et ces incertitudes qu'il m'a fait paroistre estoient autant de respects qu'il avoit pour vous et des effets d'une prudence de marchand qui n'est pas obligé de s'élever jusqu'à la prudence des sages et des magnanimes. Je ne m'offenserois pas mesme d'un véritable déplaisir qu'il m'auroit fait, les personnes de sa sorte ne pouvant pas, ce me semble, esmouvoir la passion dans le cœur d'un philosophe et devant estre plustost regardées, lorsqu'elles nous choquent, avec compassion qu'avec colère. Jugés maintenant si je luy pourrois vouloir mal pour n'avoir failly que par le vice de son raisonnement, qui ne luy a pas permis de voir les choses comme nous les voyons, et luy a conseillé de traitter avec moy comme avec ses semblables. Aussy ne vous ay-je escrit ce que vous avés leu sur ce sujet que dans la crainte que sa circonspection ne nuisist une autres fois au bien de vos affaires, et qu'il ne vous eust fait perdre par ses irrésolutions en cette rencontre une occasion qui ne fust pas aisée de recouvrer. Mais puisque c'est une chose qui se peut faire par tant d'autres voyes et que vostre service n'en est ({ue d'un peu retardé, j'en demeure avec l'esprit tranquille de tous costés et vous prie de n'en vouloir pas plus de mal à ce bon homme que je fais, et que vostre trop vif ressentiment ne vous face perdre en luy un serviteur utile et affectionné, qui est une marchandise encore plus rare en ce temps cy qu'elle n'a jamais esté.

Quant à la condition que M' le M&rquis de Montauzier et moy avions requise de ne point remettre vostre argent icy que quand vous l'auriés receu de delà, ce fust un mouvement que nous eusmes tous deux pour la seurelé de la somme et pour vous servir sans péril de vostre part, lequel nous estions

bien esloignés de vouloir faire passer poui' obligation, n'ayant autre but en cela que de vous monstrer que Tintérest des autres ne nous touchoit point à comparaison du vostre et que vostre seule considération nous faisoit agii" là dedans. C'est de quoy je vous prie de luy sçavoir gré, car la manière dont il s'y porta le mérite, et lorsque je luy fis mes excuses de l'avoir employé deux fois inutilement en cette affaire , il me tesmoigna de bonne grâce qu'il n'y avoit regardé que vous et que rien ne luy pouvoit déplaire en cela que ce qui vous y pourroit déplaire. Il est parti maintenant pour Alsace, désespéré du Iraittement qu'il reçoit de M' de Bullion pour la subsistance de ses trouppes, et en partant, il me chargea fort de vous asseurer de luy et de la passion qu'il a pour vostre vertu.

Je vous ay au reste desja mandé que le s' Rocolet s'estoit acquitté, dès il y a mi mois de ce que vous luy avés ordonné touchant celte lettre de M' d'Auboise. Je la receus par son moyen et en mesme temps envoyay chés i\l' de Bonair pour luy en donner part et le pi-icr de faire de M"^ de li*** que vostre première fust supprimée, ce qu'il n'aura pas manqué de faire estant trop ponctuel dans les ordres qui luy viennent de vous , si bien que de ce costé la le s' Rocolet est pur et net, et il n'y a ({ue ma mauvaise mémoire qui soit coupable.

Je chercheray M' Mesnage et luy feray voir ce que vous m'escrivés de luy. Vostre curiosité satisfera la mienne , s'il me donne quelque chose de luy à vous envoyer. Il est sçavanl sans doute en l'une et l'autre langue. Nous verrons s'il est despaïsé de l'Université et s'il escrit les choses en honneste honune.

Le seigneur Gian Giacomo ' a fait imprimer à Rome un recueil des tombeaux de M" de Peyresc composés à sa sollicitation en

Jean-Jacques Bouchard.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

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plus de quarenle langues '. Il y a longtemps que les yeux [sic, sans doute pour vœux] de M'L'Huillier me demandoient cpjelques rimes sur ce sujet et ramitié que le défunt avoit ])our moy m'en pressoit aussy. Mais j'altendois tousjours la verve qui m'est enfin venue sur cette Panglossie qui a bien sans doute quelque chose de grand, aussy bien que de comique. Je vous envoyé le sonnet que j'ay donné à la mémoire de nostre amy où j'ay essayé de louer à peu de frais le loué et les loueurs'. Vous m'en manderés vostre avis avec la mesme liberté que j'ay fait du mot de besogne \ que je croy qui n'a arreslé nos gens qu'à cause du voysinage de l'autre mot qui désormais est parmy nous inter obscœna. Car, pour la bassesse, elle ne paroist que selon qu'il est enchâssé, et je demeure persuadé, après ce que vous m'en avés cscrit, que pourveu que ce soit vous qui l'employés, il s'eslèvera par vostre art et par vostre authorité et prendra place parmi les illustres. M' l'abbé de Boisrobert a célébré la mareschaussée de M' de La Meilleraye * par un sonnet que je vous envoyé. Je verray demain

ce que M' dAblancourt me dira de la lecture qu'il a faitte de vostre Discours chés M" Du Puy et ce que M"^ Conrart a senti en le lisant en son particulier. Ils sont tous deux Charentonneaux aujourd'huy^ et nous ne nous devons voir qu'à l'Académie.

J'oubliois à vous dire que M' Méuage, en me parlant de vous, me dit qu'il estoit résolu de vous aller faire une visite à Balzac lorsqu'il fut à Angers la dernière fois , mais que ses affaires luy rompirent ses mesures et luy ostèrent cette consolation.

M' Du Breton a fait imprimer une letti-e latine qu'il vous addresse en vous envoyant son oraison de commande, où je voudrois qu'il se fust passé d'insérer ce que je vous manday, il y a un an, de ce Père qui porte son nom. Je luy en ay dit mon sentiment et luy ay donné de la confusion d'avoir esté ainsy estourdiment divulguer nos mystères et les sacremens de nostre amitié. Vous sçavés combien il est dangereux d'irriter les crabrons et que les M[oines] sont une nation avec qui il n'est pas seulement dangereux d'avoir commerce, mais de qui mesme il est

' Balzac disait (lettre XXV du livre XX, déjà citée): «Pour aller jusqu'à quarante, il faut qu'il y en ait vingt-trois que Scaiiger ignoroit, et que l'Ame du Parnasse [Peiresc] soit louée en Basque et en Bas Breton. Voilà de quoy faire une musique enragée sur vostre Parnasse. C'est introduire les Barbares dans ce lieu sacré, et n'eslre pas moins coupable que ceux qui ouvroient les portes d'Italie aux prédécesseurs du Roy de Suède. :5

- Ce sonnet est intitulé : Sur la Panglossie servant de tombeau à M. de Peiresc, conseiller au parlement de Provence. C'est un des plus faibles de tous les sonnets composés par Chapelain. Tout y est banal, la pensée comme l'expression. Peiresc y est surnommé Apollon, Ame du Parnasse. Les poètes itahens y sont ainsi désignés :

Vous , cygnes . que le Tibre eslève sur ses bords.

Enfin , le grand nombre de chantres de la

gloire de Peiresc inspire à Chapelain ce tercet :

Son tombeau fut basli par cent peuples divers , Et le haut Capitule en mille voix estranges Ouit sur son tombeau gémir tout l'Univers.

3 Balzac, louant le mauvais sonnet de son ami avec plus de complaisance que de liberté , osa dire (lettre XXV du hvre XX déjà citée) : «Vostre sonnet me semble beau en perfection." Pourtant, il faut le reconnaître, Balzac a la pudeur de ne pas insister, il semble qu'il ail hâte de quitter ce sujet embarrassant, comme on s'éloigne d'un terrain qui brûle les pieds.

'' C'est-à-dire le don du bâton de maréchal de France à La Meilleraye.

'-' Habitants de Charenton, où ces deux calvinistes allaient au prêche. Chai-enton au xvji' siècle, par Ch. Marty-Laveaux. Paris, Dumoulin, i853, in-8°. (Extrait du Moniteur universel des 6 et 8 août. )

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

nécessaire , pour sa tranquillité , de ne parler nv en bien ny en mal. J'ay veu la lettre que vous luy avés escrite ou fait escrire par Totila qui est très obligeante. Je luy ay fait bailler 5o livres pour le desdommager de la traduction qu'il avoit entreprise des Philippiques à la prière de Gamusat et que la vefve n'est pas conseillée d'imprimer.

Je suis, Monsieiu", vostre, etc.

De Paris, ce 17 juillet 1689.

À M. L'ABBÉ DE BOTSBOBERT,

À SAINT-QtEMIN.

Monsieur, il estoit impossible que l'équité de Son Ém" et l'amour que vous avés pour les choses honnestes laissassent despouiller la famille du pauvre Gamusat d'un bien quil avoit si bien acquis, sitost que vous auriés esté averti de la disposition où est la vefve de continuer ses services à l'Académie '. Aussy ne vous en escrivis-je pas, la semaine passée, comme d'une chose que je craignisse , mais seulement pour accompagner d'un billet confident^ les sentimens de la Compagnie, par lequel vous peussiés reconnoislre que les très humbles remoTisfrances qu'elle faisoit à Son Em"' sur ce sujet parloient du cœur, et n'estoient pas simplement pour satisfaire aux apparences. Je me resjouis, Mon-

sieur, de voir que mes pronostics ayent esté véritables, et vous félicite d'avoir esté l'instrument volontaire du raccommodement de cette affaire, qu'il n'est point fascheux qui eust esté ruiné {sic), pour faire après plus esclater la justice de Monseigneur, vostre humanité et charité et la fermeté de la Compagnie dans les mouvemens de raison et de vertu. Je feray sçavoir à cette pauvre vefve l'extrême obligation qu'elle vous a et je sçay qu'elle la ressentira en personne bien née et qui connoist le bien qu'on luy fait.

Je vous pourrois respondre aussy de la satisfaction cju'en am-a la Compagnie, si M' Conrart ne le devoit pas faire en son nom , lorsqu'il luy aura communiqué vostre lettre. Je dis en son nom, prenant la plus grande partie pour le tout, car il y a apparence que ce ne sera pas au nom du faux frère qui avoit fait agir M' Citoys* en cette rencontre pour l'intérest de son aray contre l'intérest et l'honneur de la Compagnie.

Au reste, vous pourries tousjours asseurer Son Ém'" de la continuation des travaux de M' de Vaugelas, qui fournit aux trois bureaux qui se tiennent toutes les semaines avec assiduité pour l'avancement du Dictionnaire, et je vous proteste qu'il ne s'y peut rien adjoustcr et que si l'ouvrage réussit un peu long*, ce n'est pas par la négligence des ouvriers, mais par la nature de la matière.

1 Pclisson dil (f/isloiVe de l'Académie française, l, 1, p. 128) : w Celle lettre [de la compagnie en faveur de la veuve de Cainuzal] cul Teffet qu'on souhailoil,et M. de Roisrobert en écrivit bientôt une autre au secrétaire de rAcadémie [26 juillet 1689], contenant l'approbation du cardinal, et le consentement qu'il donnoit que du Cliesno lut reçu pour exercer la charge an nom de la veuve. Ainsi, après qu'on eut ordonné une réponse à M. de Boisroherl, pour le remercier, et pour le charger de faire aussi des remercimcnts trèshumbles au Cardinal, du Chesne fut introduit dans l'assemblée [26 juillet iCSg], prêta le ser-

ment au nom de la veuve, et fui exhorté d'imiter la discrélion, les soins el la diligence du défunt. :i

^ Confident pour confidentiel. L'expression a été rarement employée.

' François Ciloys, né à Poitiers en 1572, lut reçu docteur en médecine à Montpellier en 1 696. Il mourut dix ans plus tard que le Cardinal de Richelieu, après avoir puldié nn volume in-/i° intitulé Opuscula inedica {Varis, 1689).

' M. Sainte-Beuve, qui a cité ce passage dans l'étude sur Vaugelas déjà mentionnée, se moque du réussit un peu long de Chapelain, disant {Nou-

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

qui, comme vous le sçavés par expérience, est espineuse et de grande discution pour la bien trailter. En un mot, on n'y perd pas un moment et Son Em" le peut croire d'un homme comme moy qui en ay este' le promoteur, qui y donne le plus cher de mon temps et qui en passionne l'accomplissement ' conmie y ayant un plus particulier intérest d'honneur que personne.

Vous m'afflige's de me dire que vostre santé n'est pas bonne. Au nom de Dieu , soigniés y- autant que vostre agitation présente le peut permettre, et quand vous n'auriés pas assés d'affection h vostre conservation pour vous mesme, souvenés vous que le monde honneste et les personnes de mérite ont besoin que vous vous portiés bien. Pour moy, je suis dans une douce langueur que j'appelle santé par accoustumance \ pour ce qu'elle ne m'empesche pas de faire ce que je dois et que je trouverois sans doute fort rigoureuse si vous la mettiés à l'espreuve et que vous luy donnassiés de l'employ dans les choses qui regardent vostre service.

Je feray entendre à M' de Vaugelas ce que vous m'ordonnes pour ce qui le concerne et pour M' Faret. Tous nos autres amis sçauront vostre souvenir et auront cette consolation par moy.

J'ai veu le beau Sonnet que vous avés donné à M' le Mareschal de la Meilleraye et l'ay rendu public à Paris et l'accompagne où j'ay des amis. Dieu vueille faire prospérer les desseins présens du Roy et de Son Ém" !

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce 20 juillet 1689.

CGGXL À M.L'ÉVESQUE DE GRASSE (GODEAU)

À GRASSE

Monsieur, vous auriés perdu un bien qui . pour estre petit, ne laisse pas d'estre fort solide, si ma courte maladie eust eu la mauvaise suitte qu'elle pouvoit avoir, et si j'eusse quitté celte vie pour une autre meilleure. Dieu ne l'a pas voulu encore , et je suis demeuré dans le siècle pour participer à ses biens et à ses maux , c'est à dire pour avoir peu de joye et beaucoup de peine , puisque ce monde est une vallée de larmes, et qu'il n'y a de vrais plaisirs que dans le Ciel. J'en excepte pourtant celuy d'estre aymé de vous au point que vous me le mandés et dont je n'ay jamais lait de doute. C'est avec luy que je contrepèse' tous les maux qui m'environnent et qui me veulent accabler, et je

veaux lundis, t. VI, p. Sicj): cCes lettres tout en faveur de Vaugelas prouvent bien en même temps à quel point il y avait l'éelleraent besoin et urgence d'un Vaugelas pour épurer et alléger un peu ce style lourd et pesant des doctes Chapelain. Si l'ouvrage réussit un peu long, c'est-à-dire si l'ouvrage est long à terminer : cela peut être du latin ou de l'italien , ce n'est certes pas du français, -n Avant M. Sainte-Beuve, M. Livet avait donné, dans son édition de l' Histoire de l'Académie (t. I, p. 382) non-seulement le passage relatif à Vaugelas , mais encore presque tout le reste de la lettre.

' C'est-à-dire : désire avec passion.

- Est-ce un lapsus ? Faut-il lire : Soignez-la ? ou bien : Veillez-y, songez-y ?

•' Accoutumance est encore dans Bossuet, La Fontaine, La Rochefoucauld, Boileau , Massillon. Le P. Bouhours lui était favorable, comme aujourd'hui M. Littré, et M. de Chateaubriand a essayé de le rajeunir. On sait qu'il est parfois dans les Essais de Montaigne.

^ Contrepeser (contrepoiser) est dans les Essais de Montaigne, ainsi que dans le Plutarque d'Amyot comme il était déjà dans VlnstitiUion de Calvin, et, bien auparavant, dans Nie. Oresme et même dans le jurisconsulte Beaumanoir. Ce mot n'a guères survécu au xvu* siècle. Le Dictiotinaire de Trévoux, après avoir cité l'emploi de contrepeser fait par Saint-Evreraond, ajoute que le mot est très-peu usité.

vous puis dire que vous estes le seul ou le premier de ce petit nombre d'amis que j'ay, qui me failtes attendre patiemment dans la terre cette dernière heure qui nous doit donner le vray repos et le parfait contentement.

Au reste , quoyque le malheur de Tbionville soit déplorable pom* la France et pour le pauvre M' de Feuquière, nostre amy ' ne s y estant pas trouvé, n'en a receu autre mal que celuy de voir sa fortune reculée par la cheute de celle de son beau-frère. Je veux croire qu'on ne luy imputera point d'ailleurs de ne s'y estre point trouvé et qu'il achèvera cette campagne plus heureusement que M' de Feuquière ne l'a commencée.

Vos lettres ont esté rendues à M' de S' Nicolas qui fera tenir celle de M' Arnaud. M' Gonrart, depuis son retour, n'a fait autre chose que de disposer le mariage de M' le Duchat et de M°"° Muisson, sa cousine, et belle-sœur % si bien que de ce voyage vous n'aurés point son jugement sur vostre Vierge. Il y faudra travailler la semaine qui vient, encores que je croy qu'il n'y aura guère qu'à lire. Et certes je Irouvay l'ouvrage fort beau toutes les deux fois que je l'ay leu en mon particulier.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce ai juillet 1639.

À M. DE BALZAC

À BALZAC

Monsieur, ma relation est fldelle et toute ad mmissim veritalis \ L'hostel de Rambouillet, d'une voix commune, a applaudy à vostre discoiu'S avec des acclamations sincères et toutes tellement pour vous seul , que M"^ le Cardinal de la Valette n'y a eu part que pour le nommer bien heureux d'avoir esté consolé de ses alïlictious domestiques avec tant d'éloquence et de délicatesse *. J'avois oid)lié dans le catalogue des auditeurs le cher M' de Vaugelas et il m'estoit eschappé dans la foule. Il se (il ouïr parmi les acclamaleurs \ autant que la douceur de son esprit et la faiblesse de sa voix le peut permettre, sans drapper* sur les participes ny sur les Gérondifs , ny coucher de sa Grammaire ni de son Dictionnaire. Mais ce n'a pas esté en ce lieu seul où cette belle pièce a esté admirée. Je l'ay leueen quatre lieux différons et toiisjours à vostre grande gloire et avec les mesmes effets qu'à l'hostel privilégié.

La dernière lecture que j'en ay faitte a esté à la marquise de Sablé, qui certes est une digne auditrice ' et qui sçait bien peser

' Nous avons déjà vu que M"" de Feuquières était la sœur d'Arnauld, le mestre de camp des carabins de France.

- Vaieatin Conrart avait épousé Madeleine Muisson, sa cousine germaine, fille de Jacques Muisson et de Marie Gonrart. Le mariage de ia belle-sœur du secrétaire perpétuel de l'Académie française avec M. Le Ducbat (un parent sans doute du père de l'érudit éditeur de Rabelais et de la Satire Ménippée) est indiqué en ces termes par M. Paulin Paris {Commentaire de VHistoriplte de Gonrart, t. III, p. 3oo): (fLes trois sœurs de M"° Gonrart furent : 1° Marie, mariée à François Mandar, médecin du Roi; 3° Jeanne, mariée à Ponlhus Petit, contrôleur

des eaux et forêts; 3° Catherine, femme d'Abraham du Chat [tic], conseiller au parlement de Metz. 7)

^ Au niveau de la vérité, comme si elle était tirée au cordeau.

^ On a vu que Balzac attribuait le succès de son discours au désir que Ton avait eu, chez la marquise de Rambouillet, de donner un témoignage de sympathie au cardinal de ia Valette.

^ M. Littré, sous le mot acclamateur, n'a cité aucun de nos écrivains. Le mot manque dans les Dictionnaires de Riclielet et de Trévoux.

•^ Draper, pour a-itiquei; est dans la Satire IX de Régnier et dans la satire III de Boileau.

' Le mot auditrice n'a été admis ni dans le

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

toutes les beautés. Je vous puis dire que je la pasmay ' et qu'elle reiivia l'estime de cet ouvrage par dessus toutes les personnes qui l'eussent ouy jusques là. J'appris par cette occasion qu'elle avoit tousjours este une de vos tenantes ge'néreuses et que Phylarque l'avoit eue pour eniiemy aussy lost qu'il avoit paru vostre ennemy. Je connois celte femme depuis deux mois seulement, et je suis bien marry de ne l'avoir pas connue , il y a vingt ans. C'est une Vittoria Colonna et au delà en matière de prose et sans doute il n'y a point de dame en France qui ait tant d'esprit ny tant de belles connoissances *. Il est vray que c'est ce que j'y considère le moins. Son vray e'Ioge est qu'elle ayme ses amis, comme je fay les miens avec un courage de Reyne et une ardeur la plus obligeante du monde. Vous pouvés l'aymer sur ma parole ou du moins avoir pour elle une douce inclination. Je ne sçay si je ne passeray point pour vain si je vous dis qu'il y a deux ans qu'elle poursuit mon amitié .avec une perséve'rance qui me fait honte et qu'enfin je me suis laissé conduire à M'"° de Rambouillet qui a fait ce marché à des conditions qui me sont trop glorieuses. Ce que vous en sçaurés est qu'elle s'abandonne

entièrement àmoy. J'entens sauf son honneur et le mien, de sorte que vous n'avés que faire de craindre que les fripons qui barbouillent du papier seront les bienvenus chés elle, lors qu'il s'agira de vostre intérest.

Je suis bien aise que vous domiiés le nom de Discours à ce qui aussy bien estoit bien long pour une lettre. Je l'ay ainsy nommée de mon chef par tout où je l'ay produitte et vous ay représenté en habit de consolateur comme un autre Sénèque et un autre Plutarque ^ parlant à vostre illustre amy affligé , d'une tribune ou d'une chaise attaquant sa douleur avec délicatesse et la conduisant à bonne fin.

Ce n'a esté qu'après deux ou trois protestations que vous m'avés failtes de vouloir respondre à la Muse du Marais que je me suis engagé à le lu y promettre et depuis que je vous oy sollicité de me dégager. Si vous m'en eussiés creu , vous vous fiissiés espargné cette peine, et un compliment dans l'une de mes lettres vous eust mis à couvert du blasme d'incivilité que vous me tesmoignastes si fort. Sus donc fmiamola spediaynola et allegramenle puisque seie inlralo in questo ginepraio.

Dictionnaire de T Académie française ni dans celui de M. Littré. Richelet ne le donne pas non plus, mais on lit dans le Dictionnaire de Trévoux: ? Quoique quelques personnes se servent de ce mot, il n'est pourtant pas encore marqué du sceau du public, n

^ M. Littré, qui a cité de nombreux exemples du verbe neutre pâmer, n'a cité aucun exemple de l'expression: pâmer quelqu'un, le jeter dans une joie infinie.

"^ Balzac (lettre citée dans la note 5) dit avec élonnement : « Est-il possible que vous ayez descouvert à Paris une Vittoria Colonna, et que cette Marquise, dont on n'avoit point encore parlé, soit du mérite de la Romaine? Il faut le croire sur vostre parole, révérer à i'advenir ses excel-

lentes qualitez , et sans sçavoir gré de la justice et de la faveur qu'elle nous a faite dans l'alTaire de Phylarque. Pour la confirmer dans son opinion, je voudrois qu'elle eust mon Apologie de la sorte que je l'ay retouchée.»

^ Balzac répond ainsi aux amabihtés de Chapelain (lettre XXVI du hvre XX, p. 8o4 de Tin-foi.) : t^ Souffrez qu'avec ma vilaine escrilure je vous remercie du beau présent que vous m'avez fait. Je parle de la robe de consolateur qu'il vous a plus de me donner, et de la tribune que vous avez voulu me bastir, dans laquelle je me trouve, de vostre grâce, vis-à-vis de Sénèque et de Plutarque.» La lettre, datée du i" décembre 1689, est tout au plus du 1" septembre de la même année.

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LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

Je feray voir à M. l'abbé de S' Nicolas la part que vous prene's à son affliction et la manière dont vous parle's de luy et de toute sa famille. Et certes, Monsieur, elle est digne de vostre amitié et de vostre tendj-esse, car il n'y a lieu en France où vostre mérite soit si bien connu et si estimé.

Si les Suédois continuent à gouspiller la maison d'Austriche comme ils ont commencé ceste année, jusques à avoir assiégé Prague avec une diminution estrange de réputation pour le généralissime Galas, nous ferons bouquer ' l'Espagne et luy donnerons la paix malgré elle.

Les infirmes et misérables héros me semblent une belle addition dans vostre Discours que je n'ay peu lire encore de cette seconde édition pour ce (ju'il est passé midy, que l'on ne me vient que de rendre vostre paquet et que je n'ay jamais que le loysir de courir* vos lettres et d'y respondre tumultnairement. C'est cela mesme qui m'empesche de vous pouvoir envoyer de ce voyage les livres que j'ay de la querelle du Caro et du Castelvetro, lesquels, pour être portés par ce messager, luy dévoient estre envoyés dès hier au soir. Vous les aurés dans la huitaine.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

Pe Paris, ce a4 juillet 1689^

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À M. BOUCHARD

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