‹ Lettres. PubliéesChapitre 10 sur 309 · À LA HAYE , EX HOLLANDE · texte numérisé non relu

À LA HAYE , EX HOLLANDE

Monsieur, non pas seulement une Iroisiesme fois, mais une centaine, s'il en estoit besoin, je vous euvoyerois ce raodelle de l'horloge de M' de Roberval, tant cette peine est petite pour raoy et tant elle me seroit douce quand elle seroit cent fois plus grande. Vous m'en croirés aisément. Monsieur, lorsqu'il vous souviendra combien j'ay i'ame touchée de vostre vertu, et combien vostre amitié m'est précieuse. Quelque jour peut estre recevrés vous le paquet où M' de Monmor avoit enfermé la depesche qui accompagnoit ce second modelle qui n'est pas encore venu jusqu'à vous. Cependant vous trouvères avec celle-cy le troisiesme modelle que vous demandés et que vous demandés avec trop de réserve et de civilité pour si peu de chose. Je crains que

une épître dédicaloire à la reine Christine. Nous retrouverons souvent dans la suite de celte corre.s- {)ondance le nom dn continuateur de Tite-Live. ' C'est à l'année 1 656, dit M. F. Hœfcr (A'^ouvelle Biographie générale, t. X.WII, col. 667), trque remonte l'invention qui a le plus popularisé le nom de Huygens, celle des horloges à pendules. . . Huygens présenta la première aux états généraux de Hollande, le 16 juin lôây. et leur demanda un brevet pour son invention . qu'il a décrite dans son Horologium , petit traite de 10 pages, placé en tète du l" volume de ses Opéra varia (Leyde, 1726). Huygens songea bientôt à perfectionner son invention... -

vous ne l'estimiés indigne de vostre curiosité après l'avoir veu. mais, en revanche, vous vous resjouirés de l'avantage que le vostre a sur le sien, et de la possession où vous demeurerés de fa gloire d'une invention si exquise et si utile par dessus ceux qui, d'ailleurs, ont beaucoup de nom en cette sorte de disciplines '. Si, à la première commodité, vous m'en apjirenés vostre sentiment, je m'en tiendray fort obligé, et j'en useray avec la discrétion nécessaire. Mais, ■quelque plaisir que cet esclaircissement m'apporte, il ne sera point comparable à celuy que vous m'avés donné en m'informant de Testât où est vostre système de Saturne et de sa prochaine pubhcation ^ Entre les rares productions de vos veilles il ne faut pas douter que celle là ne fonde pour l'éternité la réputation qui vous placera au rang des plus grands hommes de lettres. On dit que les gens de ma profession portent les yeux sur l'avenir avec quelque seureté '. Je me sers de celte opinion receue pour vous augurer ce lustre par forme de prophétie et la passion que j'ny pour vostre mérite en est flatée agréablement. Avancés donc. Monsieur, ce beau travail ou plustost, puisqu'il est achevé, ne l'enviés pas plus long temps à la terre.

Quant à la guerre civile^ dont vous me

- Systetna satuminum, $ive de causis mirandorum Satumi phceiwmenon et comité ejus planetu novo, opuscule reproduit dans les Opéra varia (t. HI,p. .^29-695). Huygens, à l'aide d'une lunette fabriquée par lui-même , avait découvert le premier satellite de Saturne, le 2 5 mars i655.

' Allusion au double sens du mot vates : poète et devin. Cf. la lettre CCCXCV du tome 1", adressée à Balzac (ai juin 1660), et une lettre de Balzac du 10 février i635 {Recueil de i665, t. I", p. 386).

* Tout ce qui suit jusqu'au dernier paragraphe de la lettre (exclusivement) a été publié

parlés . fratenias actes liUerataque hella profanis decertata odiis ', j'en ay une si grande honte que j'ay fort balancé devant que de me résoudre à contenter l'envie que vous me tesnioignés d'en estre instruit, quoyquil n'y ait rien que je face plus volontiers que de contenter vos envies. Enfin néantraoins je m'y suis déterminé dans l'assurance que vous me garderés le secret et que vous n'en ferés confidence* qu'au seul M' Heiosius, pour vous servir l'un et l'autre de celte lumière, sans m'alleguer comme historien du combat en cas que vous en enfendissiés parler d'auti-e sorte. Voicy donc ce que c'est. M' CoUetet ayant laissé par sa mort une place vacante dans l'Académie, les amis de M' Boileau songèrent à la luy faire remplir suivant son ancien désir et le proposèrent à la première Assemblée. Dix huit que nous estions nous l'agi'éasmes tout d'une voix comme très digne et M' le Chancelier y consentit ensuitte. Mais ie bruit s'en estant répandu avant que le scrutin de la réception fust fait, M' de Pellisson et M' Ménage, tous deux ses ennemis irréconciliables ■*, se mirent en campagne pour luy faire donner l'exclusion et sollicitèrent si violemment contre luy que, des dix huit qui l'avoient appi'ouvé, ils en corrompirent sept et, pour renforcer leur cabale, firent venir à l'Assera-

par (amusât dans les Mélanges de littérature (p. 187-1/19) et reproduit^par M. Livet {Histoire de l'Académie française, t. II, p. 5o2- 5o5). Camusat et M. Livet n'ont pas hésité à conser\er à cette importante lettre, qui, selon ce dernier, «résume toule la question," ia date du 9 juillet.

' Aucun de mes deux devanciers n'a indique l'origine de la citation de Chapelain. Celte citation est empruntée à Slace, avec changement du mot alterna en lilterata {La Thébaïde, livre I, vers 1 et 2):

Frate}nas actes, altenwque régna profanis Decertata odiis.. .

blée cinq autres des confrères que leurs employs ou leurs maladies ou leur négligence empeschoient de s'y trouver jamais. Le jour du scrutin arrivé, M' de Pelisson, quoyque assuré de ces douze voix ', fit une harangue d'une heure et demie très aigre et très véhémente contre le proposé, l'accusant de n'avoir ni honneur ni probité. Mais, comme il fassuroit sans preuve, l'Assemblée, pour le favoriser ou pour luy donner temps de son emportement, jugea qu'il luy falloit accorder huit jours pendant lesquels il feroit ses diligences, et se muniroit de bonnes attestations. Les huit jours, on luy demande s'il en pouvoit fournir et voyant qu'il n'en avoit point, on passa par les voix que tout le Corps le prieroit de donner ses ressentimens à la paix et de se relascher d'une poursuitte qu'il ne soustenoit point par des moyens solides. Il refuse le Corps et opiniastra qu'on procedast au scrutin duquel il s'estoit assuré pendant les huit jours qu'on luy avoit donnés pour fournir ses preuves. En effet , au grand estonnement de la moitié de la trouppe que les sollicitations n'avoient pu porter à deshonnorer un homme sur la simple déposition de son adversaire, cet homme se trouva exclus par le nombre des ballottes ^ De quoy, entr'autres , M'I'Evesque de Laon fit paroistre une juste indignation

2 Camusat a remplacé /ères confidence par/e»-es part, et M. Livet aussi.

3 Sur les causes de la haine de Ménage contre le frère aîné de Nicolas Boiftau, contre l'auteur du mordant Avis à M. Ménage (i6ôO, in-h"), voir la lettre déjà citée de Tabbé d'Olivel au président Bouhier {Histoire de l' Académie française , t. II, p. -'loS). Pellisson fut entraîné dans la lutte par M'" de Scudéry, à laquelle Ménage avait demandé le secours de son irrésistible influence sur le premier historien de l'Académie.

* On a imprimé dans les Mélanges de Camusat (p. it\i): (T Quoique assuré de celte dowevoye.-n ' Selon la définition du Dictionnaire de l'Aca-

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

r^t M" de Monmor ensuitte forma opposition à cet acte comme nul, tant par ce que Texclusion ne devoit eslre fondée que sur le préfendu manque de probité, lequel on n'a voit point prouvé, que parce que M' de Pelisson avoit dit et escrit qu'il avoit au moins dix voix seures pour la donner.

Depuis cela la Compagnie est demeurée partagée et Al"^ le Chancelier, qui en est le protecteur et qui l'avoit laissée en liberté de ses suffrages, vopnt le mauvais effet de ses bonnes intentions , à la prière de M'' nos Prélats et du Corps au nom duquel ils la luy ont faitte, s'est chargé d'accommoder ce différent, et c'est là où nous en sommes à celle heure, avec apparence que cet orage se dissipera bientost, et que les Muses retourneront à leurs musettes et rengaigneront leurs stilels et leurs cannivets '.

Au reste, ceux qui m'ont fait chef de l'un des partis m'ont fait trop de grâce, car je n'ay esté qu'une seule fois au combat qui fut le jour du scrutin , m'estant trouvé malade tous les autres, et, ce jour là mesme, je me contenlay d'eslre pour l'accusé, voyant l'accusation mal appuyée, sans élever mon ton pour la justice parce que laccusateur estoit mon amy et que l'autre n'estoit que de

demie, :t Petite balle ilonl on se sert pour donner des suffrages. . . 11 a vieilli: on dit niainlenanl, Boule, n

' C'est le nom que portait lecanifauxvi' siècle, nom que l'on trouve dans le Thmire d'agriculture d'Olivier de Serres (1600). Dom Devienne {Histoire de la ville de Bordeaux , i •77 1 , in-'i", p. 1 80 ) rapporte, d'après le manuscrit d'un annaliste contemporain, Ferrachal, que le premier président du parlement de Bordeaux, Jacques-Benoît de Lageliaslon, étant mort en i58'2, on trouva «dans son cabinet beaucoup d'Edits qu'il avoit ompêché de paroistre , et comme supprimés de son autorité particulière, parce qu'ils cloient à la charge du peuple, et que, quand il en recevoit (le pareils, il les décbiroil avec un canif, en di

ma connoissance , et par ce que j'espérois que mon amy rentreroit en luy mesme et donnerait à la Compagnie la complaisance dont elle s'abbaissoit à le prier avec tant de raison. En sorte qu'il y auroit eu quelque cbose à redire à la tiédeur de mon suffrage si je n'eusse eu cette formelle espérance de mon amy. Ce qu'il y a eu de plus scandaleux en cette affaire, c'est quon a connu depuis que la cause de ce trouble n'a pas esté principalement la vengeance de M' de Pelisson , qui est de l'Académie, mais celle de M' Ménage qui n'en est pas el qui, de plus, est son ennemy, de tout temps réconnu pour tel par des libelles imprimés et que vous aurés veus ^ Car ^P Ménage n'en a point fait la petite bouche, et, soit devant, soit après le scrutin, il s'est déclaré que c' estoit son affaire, et sur ce pied là, voyant que je ne voulois pas servir d'instrument à sa fureur ni devenir ministre de sa cruauté contre un homme qui, dans sa poursuilte, ne luy faisoit pas le moindre tort du monde, il a bien eu le mauvais courage de rompre avec moy après une amitié de plus de vingt années que luy mesme confesse luy avoir esté utile et honnorable par mille sortes d'offices ardens et cordiaux \ Mais ce n'est

sant: Par Saint Claude (c'étoit son serment), vous serez ganivetés.-n

- Chapelain, qui, dans son mécontentement, attribue à Ménage plusieurs crimes au lieu d'un seul, veut parler de la satire intitulée : Le Parnasse réformé ( Paris , mai 1 (î/19 , in-i" et in-i 3 ) , plus connue sous le titre de Requête des Dictionnaires à Messieurs de l'Académie française , qu'elle porte dans les Miscellanea (Paris, i65a, iu-Zi") et dans le Menagiana (t. IV).

^ Camusat et M. Livet ne donnent pas les dix ou douze lignes que l'on va lire, mais ils remplacent la fin de cette lettre par la fin do la lettre suivante, qu'ils sondent à colle -ci sans aucunement avertir leur lecteur de cette petite opération.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

pas la seule perle de cette nature que j'ay faitte depuis que je suis au monde sans m'en émouvoir, n'ayant jamais rais mon vray bien qu'en l'innocence de ma vie et dans l'amour de la vertu. Je vous jure et à nostre excellent Heinsius qui , comme vous , est l'innocence et la vertu mesme, que je me plains bien moins de l'injustice de celuy qui mêla devoit le moins faire tant pour l'amour de moy que pour l'amour de luy; car, après tout, je puis bien ne le plus aymer par ce qu'il s'en est rendu indigne, mais je ne le puis pourtant hair ni ne souhaitter pas qu'il n'achève pas de diffamer un nom que j'ay rendu célèbre par mes soins et qui m'a esté cher entre tous pendant une si longue suitte d'années. Vostre amitié et celle de nostre amy m'en récompenseront au double. Je vous en demande à tous deux la continuation et suis sans réserve, Monsieur, vostre, etc. De Paris, ce g avril i65g.

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