À M. LE VAYER DE B0UL1GINY
Monsieur, vous ne vous estes peu si bien
lettre à Grentemcsnil : t^Je vous aiirois cspargné la peine de lire un nouveau remerciment pour la nouvelle grâce que vous m'avés fait de vous resjoiiir avec moy de ma guérison, si je n'avois pas un nouveau sujet de vous respondrc. Après vous avoir donc tesmoigné mon ressentiment pour la part que vous prenés à mes biens et à mes maux, je vous le tesmoigneray encore pour l'indignation que vous ont excité certains libelles qu'ont fait contre moy quelques poètes du Pont-Neuf, quelques chantres de ténèbres qui se veulent faire connoistre en s'altaquant à moy, quoy qu'ils ne soient pas seulement de ma connoissance.« La lettre à Heinsius, qui est du 2.'i février, commence ainsi, à cause de la suppression que je viens de signaler : rLes beaux jours se vont faire voir. Nostre commerce en deviendra plus pront et plus libre, et la seuroté en sera d'autant plus grande, qu'il passera sous la bannière de M' de Beuning.75 Après avoir célébré les qualités de ce diplomate. Chapelain ajoute : ffVostre secret sera aussi enseveli qu'il le seroit s'il n'y avoit que vous cjui en eust connoissance. Pour mon regard vous serves si la lettre dont vous mortifiastes l'injustice de la Reyne Christine envers vous, vous a produit aucun embarras depuis que vous m'en eustes communiqué le brouillon...»
3 Si l'on en croyait le Uoréri (t. VII, p. 829), ce correspondant de Chapelain portail le prénom
LETTRES DE JEAN CHAPELALN
cacher daus la publication de vostre Tarsis^ que vos amis ne vous y ayent reconnu. L'invention, ia disposition et le stile ne sont pas d'un escrivain ordinaire, et rassembles en un mesme corps ne pouvoient estre d'autre que de vous. Ainsi, Monsieur, je n'ay pas eu grand mérite à vous deviner et à sçavoir à qui j'avois l'obligation d'un présent si rare et, dès que je l'eus receu , j'eusse cherché à vous en rendre les grâces que je dois, si je ne l'eusse voulu considérer à loysir pour en mieux gouster l'excellence et pour y trouver les paroles propres à vous en bien remercier. Mais, quoyque je les y aye rencontrées, je n'ay pourtant osé les employer
dans mon remerciraent, parce quencore que j'en eusse les matériaux, je n'avois pas, comme vous, l'art de les bien disposer. C'est pourquoy vous vous contenterés. s'il vous plaist, de la grossière civilité que je vous en fais icy. et aggrerés pour preuve de la satisfaction qu'il m'a donnée que je vous exhorte à ne tenir pas un moment le reste dans vostre cabinet. Je vous y convie aussi de la part de M°" la marquise de Rambouillet" et de M' Conrart que vous avés gratifiés de la niesme faveur, et qui ont eu le mesme ressentiment, Monsieur, que vostre, etc.
De Pnris, ce xxiv février jGOr)'.
de François, fut maître des requêtes et mourut en ifi88. Plus exact, M. R. Kerviler, dans son élude sur ia vie et les écrits de François de la Motte Le Vayer, prccepleur du duc d'.4njou et de Louis XIV, lui donne (p. 171) le prénom de Rolland el retrace ainsi sa bio{;raphie : «Né en 1637, il était le quatrième fds de René Le Vayer de ia Davière, avocat au Parlement de Paris, lieutenant générdl du Mans, inlendant de justice en Artois sous le cardinal de Richelieu, et fds luimême d'un cousin gern)ain de François do la Mothe Le Vayer l'académicien. Laissant dans le Maine ses frères aines hériter de la charge de lieutenant général du roi en la sénéchaussée de la province, il vint à Paris do très bonne heure, et l'année même où il se faisait recevoir avocat au Parlement, en i6i5,à peine âgé de dix-sept ans, il faisait représenter une tragédie , le Grand Sélim , suivie peu après d'une autre tragédie, Manlins, el en 1669, d'un roman en quatre volumes intitulé Mithridale. -^
' Les premières éditions du roman de Tarsis et Zelie furent publiées en iG.")!) el en t66o. La troisième édition est de i6ti5. M. R. Kerviler (p. 171-177 de ia notice que je viens de citer) donne de curieux détails sur ce roman. Je n'en citerai que ceci : «« On sait dans quelles circonstances il écrivit le roman de Tarsis et Zrlic, qui a pour sujet de rappeler les ditTicultés de son mariage avec Marguerite Sevin. Il s'y est dépeint
lui-même sous le nom de Tarsis, et tous ses parents et ses amis s'y reconnaissent avec des traits tellement accusés que M. Henri Chardon a pu fort judicieusement appeler ce livre la Clelie du Maine. 'j M. Kerviler s'est servi, pour analyser Tarsis el Zélie , de l'édition de la Haye (Moëtjens, 17.30, 3 vol. in-19).
* La marquise de Rambouillet s'intéressait donc loujou's à ces choses de l'esprit tant aimées d'elle dès sa plus tendre jeunesse? Elle était pourtant , à ce moment, accablée par l'âge. N'oublions pas que son mariage remontait jusqu'au commencement même du siècle (-jft janvier 1 Goo). Du reste la mère de Julie n'avait plus que quelques mois à vivre : elle s'éteignit le 27 décembre j665.
' Le I 3 mars. Chapelain (f 60 v") écrit à Huygens : w Je n'ay pu voir le succès do vos pendules pour les longitudes sans m'en resjoûir extrêmement el sans vous en lesmoiguer avec empressement ia grandeur de ma joye. Je n'ay pu m'empescher mesme d'en informer le public par l'occasion de ce journal que M' Salo, conseiller habile et de mes amis, nous a donné depuis plus dedeuxmoisloutes les semaines, qui est un moyeu très propre pour communiquer les curiosités des bonnes lettres aux éloignés, et pour rendre justice aux ouvrages de prix.n L'article du collaborateur de Denis de Sallo parut dans le numéro du Journal des Scavans du aô février i665, sous
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
À M. DE GREMEMESML,