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À CAF

Monsieur, quand sur ce que vous m'avie's fait l'honneur de ni'escrire louchant ces bouffonneries infâmes que mes envieux avoient compose'es contre raoy, je vous nianday à qui le nommé Despréaux ^ les at- Iribuoit en les récilanl, j'eus bien de la peine à concevoir que M' Delassou, qui m'esloit aussi inconnu que nioy à luy', eusl pu avoir une aussi indigne tentation que celle de vouloir tourner en ridicule un homme qui a vieilli dans quelque estime, et dont le

genre de vie a tonsjours esté fort éloigné de donner prise sur luy de ce costé là, un homme, dis -je, que sans vanité les lestes couronnées , les princes et les princesses , les cardinaux et les ministres d'Eslat ont considéré comme digne de leur approbation el de leurs bienfaits. Je ne vous le manday aussi que comme une chose dont la jualignité du farceur se prétendoit couvrir, voyant par la honte que des gens de la première qualité luy en lirent que les rieurs n'estoient pas pour luy, et que l'aveu du libelle luy pourroil attirer une distribution qui seroit bien autrement la risée du monde^ que ses impertinentes compositions, ceux qui luy par-

te (lire : Extrait de deux lettre» : l'une escrite de Londres, el l'autre de la Haye, touchant l'usage (les pmdules , pour trouver la longitude sur la mer. Le rédacteur en clief du nouveau journal paye en compliments sa reconnaissance à Cliapelain. Les voici : rLe public est obligé de la coumiunicalion de ces deux lettres à l'incomparable M' Chapelain , qui, ajoutant à ses antres belles connoissances celle de la philosophie la plus curieuse, entrelient des correspondances dans toute l'Europe, pour estre averti des nouvelles découvertes qui s'y font.n Le même jour, Chapelain entretient Vossius (f 61 v°)dc VAbulJcda : rJe viens à l'Abulfeda et vous rends mille grâces de vos diligences pour le faire avoir à M' Thevenot. Je ne désespère pas que si vous ne vous rebutés pas et que vous les {sic) poursuyviés avec voslre chaleur et prudence ordinaires, vous ne luy procuriés ce contentement et au public l'avantage de posséder ce trésor si longtemps caché. Ça esté une fascbeuse rencontre que M' Golius se soit emparé d'un tel exemplaire puisqu'il en envie l'usage à la Société. Ce qu'à mon avis il y auroit à faire pour le lirer de ses mains seroit que le propriétaire du livre fist une nouvelle instance auprès de luy pour le ravoir quand il luy devroit promettre de le luy represter dans un certain temps; et pour ce que celte tentative pourroit ne pas réussir, je pense qu'il seroit bon d'obtenir des curateurs de l'Académie de Leyde qu'on pust copier celuy de

la biblioleque publique par un Arménien qui est là, et qui s'en aquileroil très bien. M"^ Thevenot fourniroil l'argent dont on seroit convenu avec le copiste pour sa peine. Il faudroit faire faire par le mesme une copie îles tables d'Ulugbeg qu'on payeroit aussi et surtout obliger l'escrivain à estre très exact en la transcription. Vous ferés une grâce singulière à M' Thevenot quand vous luy envoyerés le voyage que vos amba.ssadeui's ont fait vers le roy de la Chine...»

' Le nommé Despréaux , dont Chapelain parle avec tant de dédain, était alors âgé de vingt-huit ans et demi. On sait qu'il avait débuté, en 1660, par une pièce Sur le départ d'un poète de la ville de Paris, pièce qui foruia , depuis, deux satires, la satire I {Les adieux du poète) el la satire VI {Les embarras de Paris). On raconte que Nicolas Boileau, admis à Hre sa première production à l'hôtel de Rambouillet, s'y vil critiqué par Chapelain et par l'abbé Cotin. Inde irœ.

^ Ce personnage reste toujours un inconnu. On ne trouve son nom dans aucun recueil biographique. En dehors de ces recueils, je l'ai vainement cherché partout oîi je pouvais espérer de le rencontrer, notamment dans le Menagiana , le Bolœana, la Cor-respondance entre Boilean-Despréauvet Brossetle ,'i^nh\iéG par Auguste Laverdet (Paris, i858, in-8°), etc.

^ Il est évidemment question ici d'une distribution de coups de bâton.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

loient eslaat tout propres à l'en cbaslier sur le champ sans m'en demander avis et mesme contre mon intention.

Je ne le creus point alors parce qu'il me serabloit que l'accusation estoit hors de toute vraysemblance , et qu'il eust esté monstrueux qu'un inconnu se fust acharné sans aucun fondement à deschirer une personne sans reproche. Mais, Monsieur, je le croy encore moins à cette heure et par une raison où vous avés la principale part. Car m'ayant appris que M' Delasson est de vos intimes amis, ce m'en a esté assés pour estre certain que c'est une impulation et une calomnie que le frippon de Despréaux' a jette sur la teste de voslre ami pour sauver la sienne d'une descharge qu'il voyoit preste à la luy casser. Quand M' Delasson n'auroit point d'autre preuve de son innocence que celle d'estre chéri de vous , elle suffiroit pour en convaincre de plus incrédules que moy. Vertueux confirmé comme vous estes, il est moralement impossible que vos particuliers amis ne le soient pas aussi , une vertu comme la vostre ne compatissant point avec la lascheté. Assurés le donc, s'il vous plaist, que dans ma pensée il est blanc comme neige et que sur le pied de l'amitié que vous avés pour luy, je serois capable de luy donner la mienne, s'il la désiroit, avec la mesme noblesse d'âme que vous m'avés fait la grâce de la désirer. Ce que je vous supplie au reste de croire, mais de bien croire, c'est que j'ay assés de grandeur de courage pour regardei-

au dessous de moy tous ces traits envenimés que me tire la basse canaille et la vilaine envie des poétastres' affamés. La philosophie et le christianisme m'y ont endurci l'esprit, et je ne sens non plus la piquure que s'ils ne m'estoient point lancés. Cette déclaration m'estoit nécessaire auprès d'un philosophe et d'un chrestien comme vous, afin que par la conformité de nos sentimens vous ne me teniés pas indigne de la qualité que vous m'avés permis de prendre, Monsieur, de vostre, etc.

De Paris, ce xiii mars 166Ô.

ccxxin.

A M. iili:t,

CEXTILHOMME ^OilMA^O, À CAEN.

Monsieur, un homme qui a domié de si excellentes règles pour bien traduire n'eust pas moins instruit ceux qui en font profession par son exemple que par ses préceptes , et la pratique jointe à la théorie n'eust rien laissé à désirer en cet art. Je dis plus, s'il 0 jamais esté nécessaire de le faire pour le bien public, ça esté particulièrement dans le besoin qu'il a d'une version accomplie de l'ouvrage d'Origene contre Gelse , où il s'agit d'an'ermir les Chrestiens dans la foy et de destruire les machines que cet impie a dressées contre elle. C'est dommage que l'ignorance ou la négligence de delenius ' ayent laissé la vérité encore engagée dans

1 Fripon est un bien gros mot, et l'on regrette que Chapelain, dans l'excès de son indignation, l'ait adressé à celui qui fui toujours i'iionnète liomme par excellence. Passe encore pour le mol farceur appliqué à un jeune faiseur de satires ! Boileau se serait-il attendu à être traité comme il avait lui-même traité (Satire I) le procureur Rolcl?

^ Ce mot à finale péjorative n'a élé admis dans aucun de nos dictionnaires.

' Sigismond Gélénius naquit ù Prague vers la fin du \\' siècle et mourut à Bàlc en 1 Tjôi , selon le président di Tliou ; en i555, selon d'autres auteurs. Voir beaucoup de détails sur cet ami d'Erasme, sur ce correcteur de rimprimerie de Froben, sur cet infatigable traducteur, dans les Eloges des hommes savans de Toissier (t. I, p. 901 et 202), dans le Dictionnaire critique de Bayle (édition Beuchol, t. VII, p. 57-09 ), etc.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

les lénèbres <!oiit il l'a couverte, et que les lâches par lesquelles il l'a salie luy faccnt encore avoir air de fausseté par le défaut d'une inlerprétalion fidelle. Mais puisque ce travail que j'ay nioy-mesme trouvé serviic aussi bien que vous', il y a près de cinquante ans"-, et que la déclaration imprimée que j'en fis alors'' m'a depuis mis sur les bras l'abbé de Marolles, le traducteur que vous sçavés\ comme si elle eust esté faite contre luy par prophétie', puis , dis-je, que cette occupation n'est pas de vostre goust et qu'elle s'accommode mal avec la noblesse de vostre génie, il faut prendre patience en attendant que Dieu suscite quelque homme de bien et intelligent comme vous, mais non pas si délicat et si dégousté que vous, par qui celle entreprise puisse estre heureusement faille et il faut vous louer de vos inclinations philosophiques qui vous font tourner les yeux du costé de la nature et qui vous attachent principalement à la con-

templation des merveilles qu'elle produit de temps en temps. Je suis obligé à vous en sçavoir gré plus que personne puisqu'à ma prière vous vous estes expliqué de vos sentiniens sur la comète avec tant d'élégance, d'ordre et de probabilité, après avoir batu en ruine les diverses opinions des physiciens anciens et modernes sur ce phaînomene si malaisé à réduire sous la loy de la raison. Ce que je vous en puis dire sincèrement, c'est que si vous n'avés pas touché le but, aucun , selon moy, n'en a plus approché que vous ni à beaucoup près si bien sauvé les apparences d'un objet si rare.

Oulre ce que vous avés veu par le journal ', le P[ère] Grandami a fait encore un discours de la comète' et en a fait graver le cours dans une estampe que les R. R. P. P. Jésuistes de Gaen auront sans doule, et que je n'ay osé vous envoyer de peur de vous accabler de la grosseur du pa(|uet. M' Iluggens a mis sur le papier ses observations sur le

' Huel , dans le De claris intm-pretihiis (p. 2 9 5), rappelle disertus imprimis et elegaiis, mais il ajoute : scnsux sibi non scmpcr intellecttis ad libitum recoquit. n

- Cela nous reporterait à Tannée i6i5 environ , ce qui montrerait que le savant humaniste , ans Chapelain , n avait pas attendu la vingtième année.

^ Ni biographes ni bibliographes n'ont signalé cette déclaration imprimée qui aurait précédé les deux ouvrages que l'on s'accorde à regarder comme les premiers de tous les ouvrages de Chapelain, la traduction de Guzman d' Alfarache et la Préface de VAdone.

* On n'a pas oublié les mordantes tirades de Chapelain contre le plus fécond et le plus mauvais des traducteurs (lettre du 2^ janvier i66o).

* La première en date des innombrables traduction de Marolles est de i6b5 {Epigrammes de Martial en latin et en français avec de petites notes, Paris, a vol. in-8°). La prophétie aurait donc ilevancé de près de quarante ans l'événement.

* Le Journal des Sçavans du 26 janvier i66.").

On y parle ainsi de la part prise par le P. Grandami, à la conférence du 10 janvier, à laquelle assistèrent le prince do Condé , le prince de Conti , au collège des Jésuites: ffbe Père Grandami expliqua l'opinion qu'il avoit soutenue l'an 1618 sur le sujet de la célèbre comète qui parut en ce temps-là, qu'il avoit observée fort curieusement.» ' Jacques Grandami, né à Nantes en i588, lut successivemen t recteur des collèges de Bourges , de Rennes, de Tours et de Rouen, et mourut à Paris en iG72.Les auteurs de la Bibliothèque des éciivainsde la Compagnie de Jésus {LU, col. aaSo) (lisent que w le P. Grandami s'appliqua particnlièment à l'élude de la physique et de l'astronomie, et eut des succès dans ces deux sciences. n L'ouvrage dont parle Chapelain est intitulé: Le cours de la comète qui a paru sur la fin de l'année t66â et au commencement de Vannée 1 665 , avec un traité de sa nature, de son mouvement et de ses effets , présenté à Monseigneur le Prince ( Paris , Cramoisy, in-i° de /i feuillets et 28 pages avec une grande planche). Voir, sur Le cours de la Comète, le Journal des Sçavans du 2-3 mars i6G5.

iiiesme sujet et si vous en avés curiosité, je les tireray aisément de M' Thevenot qu'il a chargé de m'en faire part.

Je verray volontiers les spéculations de i\r Graindorge sur celte matière, la beauté de son esprit ne m'en faisant juger rien que d'exquis. J'apprendray aussi avec bien du plaisir s'il a receu la response que jeluy ay failte, il y a plus d'un mois, et dont je suis en peine à cause que je ne mis point sa demeure sur la lettre faute de la sçavoir. A toutes fins je vous conjure de luy en lesmoigner mon inquiétude et de me marquer précisément son logis à la première occasion. Vous l'assurerés. s'il vous plaist, de ma parfaitte estime et me croirés à mon ordinaire passionnément, Monsieur, vostre , etc.

De Paris , ce xiin mars 1 665 '.

CGXXIV.

À M. COLBERT

MIXISTHE D'ESTAT.

À PARIS -

Vous aurés receu le reste de la version allemande des pièces qui regardent le commerce et que je me donnay l'honneur de vous envoyer les premiers jours du caresme. au moment qu'il jne fust rendu.

Vous auriés aussi receu dès lors les despesches que vous trouvères dans ce paquet, si les livi-es dont elles parlent fussent venus par le mesme courier. Leur masse et le soin qu'on a eu de les garantir des injures de la saison a causé ce retardement. Enlin. estant arrivés, voilà que je vous les présente avec les aciions de gi-àces très humbles que leui' autheur, le signor \ iviani \ rend au

' Le 16 du même mois, Chapelain s'adresse en ces termes (f 6'i v°) à l'abbé de Franchoville, qui était momenlanémcut à Rennes : tf ... Je passeray à vous féliciter de l'occupation que vous vous estes donnée dans vostre solitude bretonne et de la satisfaction que vous avés de vos entretiens avec la Mère Nature, cette ouvrière divine qui fournit si souvent de nouveaux spectacles à nos yeux et de si rares matières d'exercice pour on decceler les mystères. Je suis fort partial de la politique et de l'histoire, mais la physique non pédantesque l'emporte infiniment dans mon estime et n'attendes point que je vous gronde de l'afTeclion que vous me monstres pour sa beauté. . . Le discours de M' Sorbière [discours publié en i66ii, dit Gravprol en tète du Sorhei-iana c sur la comète qui avoit depuis peu éfraié toute la France, pour prouver que la terreur qui s'étoit emparée des esprits à l'occasion do ce phénomène étoit purement panique et sans raison "] est d'autaiit meilleur qu'il est la plus grand part de mon feu précieux ami le Macharite W Gassendi. [C'est ce que confirme Giaverol : ? Aussi s'altacha-t-il principalement à rapporter ce que Gassendi avoit écrit sur ce sujet." Voir encore le Jom-nal des Sçavans du 16 février 166 5.] 11 y

a pourtant quelques endroits où il s'est esoarté do son sens, non pas pour le contredire, mais faute de l'avoir entendu. Il parle aisément, mais pour les choses, il n'y mord pas, et je ne sçay comment il bazarde d'en traitter, son génie y estant si peu propre. L'imprimé de ce Monsieur là dont on vous a fait feste ne se vend point cl, s'il a veu le jour, ça esté aux despens de sa bourse. Il en aura cavoyé à Nantes aux consolateurs de sa rélégation et vous en pourrés avoir la communication par cette voye. J'ay indiqué à vostre .^gcnt où l'on pouvoit recouvrer celuy du P. Grandami, jésuite, qui a fait du bruit au pais latin. M' Auzout en a fait un aussi que je luy feray avoir (juand j'auray appris le libiaire qui le débile. A vostre retour nous nous entretiendrons sur quelques assassinats qu'on m'a faits et qui sont retombés sur la teste de leurs antheurs. Ils m'ont rencontré philosophe et leur malveillance s'est émoussée contre ma fierté et contre mon mespris. Rien de semblable ne me sçauroit ébraiislcr tant que vous m'aimerés. . .^

- Imprimée dans le recueil de M. P. Clément (t.V, p. 599).

^ Voir sur Viviani et sur ses travaux la lettre CLXXIV du présent volume.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

Roy de sa muniûcence, et à vous, Monsieur, de la générosité' avec laquelle vous vous estes porte' à laluy procurer. Vous prendras le loisir de les lire, s'il vous plaist, pour voir dans la vostre l'eflet de vos bons ollices exprime's de la manière la plus pleine de ressentiment qu'on eiisl pu souhaiter, et dans celle de Sa Majesté la vénération que cet excellent homme a pour ses vertus royales, aussy bien que l'exlrême reconuoissance qu'il a de ses bienfaits.

Il sera de vostre prudence de juger si ce n'a point esté trop entreprendre à lu y d'oser remei'cier le Roy par luy-mesme, et s'il faudra produire ou supprimer la lettre que son zèle luy a dictée, pour ne laisser pas son remerciment imparfait.

Ce que je dois adjouster à cecy, Monsieur, c'est que, de toutes les libéralités do Sa Majesté, vous n'en pouvez mieux employer aucune qu'en ce gentilhonune , tant pour la rareté de son mérite et de sa doctrine, qui justilient le choix que vous en avés fait , que pour tout l'éclat qu'a fait celle faveur à Florence, pour la part que le propre Grand-Duc et les princes, ses frères, y ont prise, se l'ap-

' Le i" avril, Chapelain (P 06) écrit à Bœ- «•leriis : <rJ'aj)prens par vostre dernière que vous avés procuré l'édition du livre de Seldenus De Jure nalurœ ci geniiiim qui ne doit pas estre un ouvrage de p(;lile importance, veu la matière et l'ouvrier. Il me semble aussi comprendre (jue vous avés fourré mou nom en quelque coin de voslre préface, et, comme je me l'imagine, honnorahlemcnt. . . Ce seroit un grand malheur si voslre Poiybe demenroit sans voir le jour, faulo d'un imprimeur qui luy tendist la main pour le tirer de l'ombre de vostre eslude. . . C'est une illusion (jue ce qu'on vous a dit de la deuxiesme décade chinoise du P. Martini. Les dernières lettres que j'ay de M' Vossius m'en ostent toute l'espérance. ..» A ce même Vossius, Chapelain adresse, le même jour (f G7), une lettre

pliquant comme faille à eux-mesmes, et pour la louange qu'entre tous ses sujets, les gens de lettres particulièrement en ont donnée et donnent encore tous les jours à la inagnanimilé du Roy et ;\ vostre humeur bienfaisante, en sorte que le nom de Sa Majesté et le vostre y sont en bénédiction.

M' le Résident de Florence, par qui j'avois fait tenir la grâce et de qui j'ay appris tout ce détail , vous le tesmoignera , Monsieur, plus amplement à la première occasion où il aura à traiter d'autres affaires avec vous. Cependant, Monsieur, recevés ces deux volumes en offrande, l'un pour le Roy et l'autre pour vous, et croyés, sur la foi des plus grands mathématiciens de l'Europe, que ces suppiéniens d'Apollonius Pergaiis qu'a faits le signor Viviani sont beaucoup meilleurs que ceux qu'on a traduits de l'arabe, lesquels, pour cola , ou doute (pii soient du premier autheur.

Pardonnes à la longueur de ce billet'et soyés tousjours persuadé que je suis et seray avec une passion extraordinaire, tant que je vive. Monsieur, voslre, etc.

De Paiis, ce x.wt mars 1G60'.

qui n'est guère que la répélilion de celle du i:î mars précédent. Il lui reparle del'Abulfeda, de Golius, de Thevenot. Je ne reproduirai que les premières lignes de celle lettre qui sont très agréablement tournées:tf Je me resjouis avec vous de riieureuse arrivée de vos livres et de ce que vous les avés désormais rangés de voslre main dans vostre cabinet. Voilà vos maislresses en voslre puissauce, hors de loulecrainted'accidensetdejaloux, tousjours prestes à vous entrelenir et à vous satisfaire. 7) Le o du même mois, Chapelain expose ses idées sur les comètes dans une lettre à Graindorge (f 68 v°). Celle exposition un peu nébuleuse est précédée de cet éloge dos observai ions de Gassendi sur \e phœnomène: wll est certain que feu M' Gassendi a espuisé la matière des comètes et qu'après luy il est malaisé d'en lien dire de

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

À M. COLBERT

ISTENDAST DES riMSCES ET SCRIXTEXDAXT DES BASTIMEMS,

À paris'.

Vous ne serés pas sans doule fasclié de voir accomply l'ouvrage que j'avois fait entreprendre à ce geiitilliomme allemand , M' Vaghenseil, pour respandre par tout le Nord la gloire du Roy et vostre me'rite dans l'eslablissement du commerce des Indes orientales. Je m'estois bien donné l'honneur de vous en faire voir les feuilles séparées, à mesure qu'elles s'imprimoient à Strasbourg; mais maintenant je vous les porte assemblées en un coi-ps, à la teste duquel vostre éloge paroist en des termes dignes de vous et qui apprennent à tous les peuples de la langue germanique quelle est l'élévation de vostre âme et le zèle qui vous consume pour le service de noslre grand Roy et pour l'avantage de son Estât. Le soin de cette impression est deu à M' Rœclerus, auquel le bon traducteur de ces diverses pièces les avoit conliées pour les publier, et ce sçavanl professeur m'a tesmoigné, en menvoyant ces quatre exemplaires pour vous, qu'il avoit esté ravi d'avoir eu celte occasion de servir à la louange d'une personne d'une vertu si extraordinaire et à qui seule il estoit rede-

nouveau ni d'assuré. Ce n'est pas qu'il décide la question sur un sujet dont la clarté est enveloppée de si espaisses ténèbres et où l'on se peut si facilement abuser. Je voy avec beaucoup de plaisir que ^r Dosyveloaux, vostre ami, vous ayant oblijjé d'en parler, vous gardés la mesme moderation et que la beauté de vos idées ne vous préoccupe pas davantage que le deffunt pour en faire des règles auxquelles il uc soit pas permis de déroger. . . 'î

' Imprimée dans le recueil de M. P. Clément (t. V, p. Goo) avec la fausse date du 8 juin iCGÔ.

* M. Clément, trouvant les mots celluy cy trop vagues, leur a substitué les mots ce projet.

vable des grâces singidières qu'il avoit receiies de Sa Alajesté. Toute lAllemagne en est, à cette heure, remplie par la rencontre heureuse de la foire de Francfort, où Ion a débité deux mille volumes, lesquels il est malaisé qui ne produisent pas dans l'esprit de ces estrangers le désir de participer au I rofit de cette compagnie, et qui , du moins, leur donneront de l'admiration des rares projets du Roy et une estime singulière pour celuy qui en est l'exécuteur si éclairé, si persévérant et si ferme.

Pour moy, Monsieur, qui nay rien de plus gravé dans le cœur que l'obligation d y contribuer de toute ma puissance et qui veille tousjours à tout ce qui peut les avancer, ayant si longtemps souhaitté |)our le bien de celluy cy ■ que les Décades do Juan de Barros, incomparable historien des expéditions portugaises aux Indes dOrient \ fussent mises en françois pour la direclio:i de vostre entreprise, je vois jour à faccomplissement de mon désir" par l'arrivée de W de Fremont, gentilhonmie de Champagne, depuis quatre jours, de Lisbonne, où il a passé deux ans dans d'honnorablo;emplois. Il est neveu de feu M' d'Ablancourl. formé de sa main , et il n'est pas seulement capable de la négociation, mais il a encore du sçavoir, de l'esprit et un stile françois

■^ Sur Jean de Barros. surnommé le Tile-Ltve pnrtnijais, voir la lettre CLI du présent volume. Je compléterai la noie relative à cet bistorien <n citant , sur sa vie et sur son Histoire de lu cnnque'te des Indes (Lisbonne, 1 553-1. j5.3-i.jfi.3 et iGi5), un excellent article de M. Ferdinand Denis {\ouielle Biop-apliie générale, I. IV, i855, col. 587-598). Il faut en rapprocher une savante note de M. d'Avezac {Découvertes faites au moyen dgc dans l'océan Atlantùjue, p. 5, note 2 ).

* Camusal, quia reproduit (.We7rt«g-es, p. 25) les deux derniers paragraphes de cette lettre, depuis : Je vois jour, a imprimé: votre désir.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

<jui se peut conter entre les meilleurs. H possède parfaittement la langue portugaise, et n'est pas ignorant de la marine.

Que si vous trouviés à propos , Monsieur, de le faire succéder h la ' gratilication que feu son oncle recevoit du Roy par vos bons offices, je suis assuré que je le porterois à se charger de cette version, et qu'avec le secours qu'il pourroit tirer de mes connoissances en cette matière, il la feroit aussy belle et aussy utile que son original *. Je ne fais que vous pro|)Oser ma pensée, sans qu'il en sçache rien encore. Vous me ferés i-onnoistre là dessus vostre volonté et con-

tinuerés, s'il vous plaist, à me croire avec mon ordinaire passion , Monsieur, vostre , etc. De Paris, ce v° avril i665'.

' Camusat ajoute ici le mol petite.

- Camusat, en arrêtant là sa cilaiion, exprime ce regret: «C'est dommage que ce projet n'ait pas eu de suites. r>

^ Camusat, ou plutôt son imprimeur, a changé i665 en 1666. — Le 6 avril, Chapelain adressa ((* 70 v") à Huet une lettre dont l'original a été signalé dans le Dictionnaire des autographra vendus. Celte lettre roule sur les comètes et a été souvent citée. Je n'eu reproduirai que quelques passages : r Dans une question aussi problématique que celle do la nature et desmouvemens des Comètes , il y auroit de la témérité de prononcer iléfinitivement, et il n'est permis, selon moy, que de se ranger à l'opinion la plus vraysemblable jusqiies à ce qu'il en paroisse quelqu'une où l'on rrove voir plus de probabilité.-^ Chapelain parle ensuite à son correspondant de Graindorge, de Kepler et même de Diodore de Sicile. Il reprend ainsi : «Je loue cet amour que vous avés pour l'aiiatomie. C'est par où le grand Démocrile commença et finit de philosopher. Puisque cette passion vous occupe , vous perdes estrangement de ne vous estre pas trouvé à Paris depuis trois mois , où M' Stenon, danois, a fait dans cet art les plus belles espreuves qu'on ail encore veùes, jusquesà forcer les Descarlistes, ces dogmatiques si opiniastres, à tomber d'accord de l'erreur de leur patriarche pour la glandule du ce.-^eau el pour son usage, à la présence des plus honnestes gens de cette ville, sur laquelle neanlmoins il fondoit toutes les opérations de l'âme raisonnable.

À M. VOSSIUS

GENTUHOUME BOUiNDOIS , À LA HAYE.

Monsieur, il ne faut pas vous laisser ignorer un moment que le volume arabe des tables astronomiques de Ulug-Beg" nous a esté remis entre les mains par la courtoisie de M' Van Beuning et par le courier

Mais ce n'est pas la seule chose pour laquelle ce sçavant Danois s'est fait admirer, el il faudra essayer avant qu'il nous quile de l'obliger à donner un Irailté de ses nouvelles descouverles avec leurs figures pour plus de clarté. Il efface certainement tous les anciens el tous les modernes en ce genre , et comme il est au dessous de trente ans, on peut attendre de luy beaucoup de seures nouveautés pour le corps liufnain et de grands secrets pour la perfection de la médecine." Dans une lettre à Heinsius, du 9 du même mois (P 71 v°), il est de nouveau question de Schefferus el de son De re navali, du Polybe de Boeclerus cl des Supplément de Freinshemius.

* Ulug-Bey ou Oulough-Beyg n'est autre que Mirza Mohammed Taraghy, moins célèbre, dit un de ses biographes, ffpour avoir été roi de la Transoxane el de la Perse orientale que par sa réputation de l'un des plus grands astronomes de l'Orient." Il naquit à Sullhanieh, l'an 189^ de l'ère chrétienne et fut tué près de Samarkand en ii/49. Quelques fragments de ses Tables astronomiques avaient été déjà, du temps de Chapelain, qui paraît l'avoir ignoré, traduits el publiés à Londres par J. Greaves {Epochœ celebrim-es asironomicœ, i65o; Binœ lahnJm geographicœ , 1 602). En l'année même où Chapelain écrivit la présente lettre, Thomas Hyde publia , d'après les observations du royal astronome, une liste des étoiles fixes avec un remarquable commentaire (Londres, in-/i°).

CHAPELAIN

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

que vous en aviés chargé. Ce dont vous pourrés vous assurer est qu'il ne sera pas moins conservé par nous qu'il i'auroit esté par vous mesme, et qu'après l'usage que nous essayerons d'en faire, vous le recevrés aussi sain que s'il n'eust bougé de vostrc cabinet. Mais comme nous l'avions principalemeat désiré pour la Géographie et pour ia situation des villes de ces Parties Orientales qui 710US est inconnue et que par son tiltre nous avons veu qu'il traitte ex professe de l'astronomie, nous avons appréhendé que ce que nous y cherchions ne s'y trouve pas ou ne s'y trouve que légèrement louché. C'est un effet de nostre peu de connoissance en cette langue, et de l'absence de M' Vnttier qui nous en auroit éclaircis. Nous léserons pourtant bientost par M' Hardi, ce conseiller au Chatelet si habile et si versé dans cet idiome, avec qui nous avons pris resolution d'en communiquer '. Cependant nous renouvelions icy nos remercimens pour cette courtoisie que vous nous avés faille et M' Thevenot vous les veut faire en particulier comme dune faveur qu'il simaginoil impossible dobtenir de vous. Je ne vous dis rien de cet imprimé que vous nous déviés

' Rappelons qu'il a été déjà (juestion de Claude Hardi dans la lettre LXXXVI de ce volume, de inc!'me qu'il a été question de Pierre Valtier dans la lettre LXV.

^ 11 esl inutile, je le suppose, d'.-ippeler Tatlention du lecteur sur l'importance de ce passage, qui a clé reproduit par M. Eugène Halin dans son Hi.ttoire polilifjue et Uuéraire de la p-esse en France (t. II, 1809, p. 173). Voir dans cet ouvrage le récit très développé de la fondation et de la suppression du Joiirnaldes Savants (p. 1 59- 175). M. Hatin a principalement suivi V Histoire critiqve des journaux de Camusat, laquelle, comme Tauleur de VHistoire de la presse en France le fait remarquer, n'est proprement que l'histoire du Jotirnal des Savants. J'ai publié, dans la Cornspondance liuéraire du -jS octobre

envoyer au premier jour. Vous estes si punctuel eu vos promesses que ce seroit vous faire tort de s'en inquiéter. Nous sommes bien plus incertains de ia vérité du passage à la Chine par le Nord, et il y a icy des spéculatifs qui par des conjectures apparemment trop lines soupçonnent que ce bruit a esté semé par politique, qu'il y a du mistere caché et que cela regarde nos desseins pour le commerce. Pour moy qui n'y pi'ens autre interest que celuy de l'illustration de la Géographie, il me seroit fort doux d'en sçavoir précisément le vray et je vous supplie de me l'articuler quand vous m'escrirés, autant que les convenances de vos Estais le permettront. Les plaintes de Rome sur la liberté de nostre Journal des sçavans en a fait suspendre la continuation , el il est h craindre qu'une aussi utile institution que celle-là n'eschoiie entièrement , depuis que M' de Salo qui en esloit famé en a plustost voulu abandonner le soin que de se sousmetlre au syndicat auquel les Puissances souhaittoient qu'il s'assujetisl -. On croit néantmoins que quelqu'un relèvera celte entreprise ^ qui ne laissera pas désire profitable encore qu'elle ne soit pas menée avec la noblesse et le

i864, el M. P. Clémenl a réimprimé en 1868 (p. 5o5 du lome V de son recueil) une lettre de Denis de Sallo à Colbort, où les explications du fondateur du Journal des Sava)ils diffèrent beaucoup de colles que donne Chapelain.

■'' La publication du Journal des Savautx lut reprise par un des collaborateurs de M. do Sallo, par l'abbé Gallois, le !t janvier iCOG. En tôle du numéro de ce jour-là on lisait : <• L'imprimeur au lecteur : L'interruption survenue à ce journal n'a servi qu'à le faire souhaiter davantage. Car tous les gens de lettres ont témoigné un extrême regret d'estre privés d'un ouvrage qui leur faisoit voir en raccourcy ce qu'il y a de plus beau dans tous les livres, el qui leur donnoil en même temps beaucoup de plaisir par la diversité des choses qui y esloient rapportées. ?>

slilo ilu passé. Les Anglois à noslre iiniialioii en ont commencé en leur langue, ils sont doctes, curieux et libres et on n'en doit guère rien attendre que de hon , outre n'ayant pas obligation de garder les mesmes mesures que nous, il y a sujet d'espérer qu'il sera durable et non moins hardi que le nostre.

J'apprendray volontiers quelles sont vos

preseiiles applications, pour joiiir au moins de la pensée des excellentes choses que vous aurés résolu de nous donner. C'en sera une digne de vous si entre celles que vous publirés il y en a quelqu'une de considérable et qui puisse estre oiïerte au lloy. Faites moy la grâce de faire rendre en main propre l'incluse à M' Huggens et me croyés, etc. Do Paris, ce aS avril iG65'.

' Le même jour, Chapelain (f 76), écrivant à Hnygens, s'élève contre «Thumeiir intéressée» He ceux «à qui la merveille de Tinvention des longitudes a donné jalousie parce qu'elle ne devoit pas estre moins profitable à tout le genre humain qu'à eux. Cette injustice pourra bien diminuer des avantages de fortune qui vous on dévoient revenir, mais non pas de la gloire qui accompagnera voslre nom dans toute la suite des temps, ni de lencenfi que la plus saine partie de vos compatriotes et le général des nations présentes et à venir vous en offriront. - Le -y.S avril, Chapelain (P 76) entretient Huet de l'apparition d'ijne nouvelle comète : «Je ne l'av point encore veiie à cause d'un rhume qui me travaille depuis douze jours. On vous aura sans doute envoyé une lettre de M' Auzout accompagnée de remarques sur le discours italien du sieur Campani touchant les longues lunettes (|n'il a failtes et touchant ses descouvertes nouvelles dans les discjues de Saturne et de Jupiter. Elle me fust prestée avant hier par M' de Salo et la lecture m'en a satisfait au delà de mon attente. Ce signor Campani tomlie d'accord de l'anneau de Saturne trouvé par M' Huggens et \1' Auzout défend du décret de l'Inquisition le mouvement de la terre et fimmobilité du Soleil . mais avec beaucoup de respect et de modestie cbreslienne.-3 Le 29 du même mois, Chapelain (f" 77) s'adresse en ces (ermes à Vossius : "Je vous accusay, Monsieur, avec la mesme punctualité la réception du manuscrit des Tables astronomiques d'Ulug Beg que m'apporta le courrier do VL de Beuning. .. Aussitosl j'en avertis W Thevenot qui le vint prendre et qui me promit devons en tesmoigner son extrême ressentiment. Il le parcourut en ma présence et en celle de M' Sienon.

Je ne sçay point d'arabe et il n'en sçait guères plus que moy. Néanlmoins par quelques conjectures il s'est persuadé à son grand desplaisir que ce manuscrit n'est pas arabe, mais persan, car cette langue est bien moins connue parmi nous que l'autre, ce qui fera que nous ne trouverons pas facilement par qui en faire traduire ce que nous en désirons, qui est la position des villes par leurs degrés de longitude et de latitude. 11 est après à en cherclior et nous ne sçavons que M' Gaïuiiin qui le pust, mais nous sommes presque assurés qu'il ne le voudra pas. Ce sera une fort agréable nouvelle à nostre ami que cet acliapt que vous avés fait pour lui de la Relation des choses de la Chine. . . » Chapelain , en finissant , ivconunande à Vossius de ne pas envoyer « un si gros volume par la poste. 57 On lit ce qui sint dans une lettre à Heinsius, du 3o avril (1° 78) : «Je souhailerois aussi bien que vous que la négoliation de nostre illustre ami [van Beuning] en celte cour fust terminée à son contentement, et je l'espère autant que je le souhaite. Mais l'affaire qui l'a amené est d'un si grand poids, qu'il n'est pas fori eslrange qu'elle aille lentement et que le fruil qu'elle promet ne soit pas précoce. Le Roy y a fait tous les offices de bon ami, et a creu qu'il seroit plus avantageux aux siens d'obtenir une paix seure qu'une victoire sanglante, et qu'il valoit mieux que les partis n'esprouvassent poiiil leurs forces que de les esprouver à la riiine de lous deux. M' le duc de Verneuil est passé en .Angleterre pour faire entendre raison à ceux qui semblent s'en éloigner le plus et y est arrivé assés à temps pour calmer l'orage s'il est capable d'estre calmé. Les secondes pensées corrigent souvent les premières et ce ne seroit pas grande merveille qu'après avoir jette son feu en paroles, 5o.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

À M. LE FÈVRE

PBOFESSBCB BX ÉLOQOBSCB , À SAIMUR.

Monsieur, je ressens comme je dois la nouvelle marque que vous venés tle me donner de vostre souvenir, en me faisant part du second volume de vos sçavantes lettres '. Rien ne me pouvoit, je vous jure, estre plus agre'able que ce beau présent, soit par son propre prix, soit par l'amitié qui vous a porté à me le faire, et quand je l'auray mis

en estât de m'en servir, l'un et l'autre de ces motifs m'en feront faire mes principales délices. Vous sçavés bien, Monsieur, que ces expressions ne sont point affectées et qu'elles sont fondées sur la vérité, puisque vostre affection est aussi sincère que vostre érudition et vostre stile sont d'une dignité à n'en voir point dans l'Europe que l'on leur puisse préférer. Mais ne serons-nous jamais assés heureux pour faire rendre justice à vostre mérite et faut-il qu'il languisse tousjours dans des emplois sans doute fort lionnestes, mais sans doute aussi fort au-dessous deluv'?

l'on se rendist ployable, quand on seroit sur le point d'en venir aux effets. Cependant vous croyés bien qu'on ne s'endort pas icy, pour se meltre en estât de soustenir ce que Ton persuade, et que Sa Majesté vient ordinairement à bout de ce qu'elle entreprend, n Chapelain parle ensuite d'un ouvrage de Scheffer : «Cet autre livre De siijlo du mesme autheur est une matière délicate et de grand mérite, si elle est bien trailtée. Il fera un miracle s'il nous fait croire que le prétendu fragment de Pétrone soit véritablement de luy. ..5i La lettre se termine par ces nouvelles politiques: • On m'a mandé de Vienne les diligences que fait l'Empereur pour nous débaucher les Princes protestans de la ligue du Rhin et pour en former contre nous une sous le nom de Ligue de l'Elbe. J'ay peine à croire qu'il ait ce pouvoir là sur nos anciens amis les magnanimes Suédois , qui connoissent trop bien leurs inleresls pour se séparer de nous au préjudice des trailtés sacrés sous un ombrage de religion qui n'a aucun fondement raisonnable. Car le Roy n'a secouru l'Élecleur de .Mayence qu'en vertu de la Ligue, et nullement pour le spirituel d'Erfurt, mais seulement pour le temporel, sur un décret impérial qui le Iny avoit déclaré appartenir comme au seigneur de cette ville...» Le ak mai. Chapelain (P 79 v") écrit à Huet : c . . Nous avons icy AI' Graindorge, mais la joye de l'y voir est bien détrempée par le déplaisir du sujet qui l'y a amené. 11 faut pourtant espérer qu'un aussi honneste homme queluy ne s'en retournera pas mesconlenl, après

qu'il se sera fait connoistre pour ce qu'il est, aussi bien par ce qu'il doit à son sçavoir que par ce que l'on doit à sa naissance. J'ay fait l'office qu'il a souhaité auprès de M' de Bourzeys, lequel m'a bien promis de ne pas laisser perdre l'opportunité de luy rendre tesmoignage auprès du Tout puissant. Mais cette opportunité sera malaisée à trouver à cause do l'éloignement de la Cour, et du peu d'affaires que le bon abbé a en ce pais de turbulence. Quant à M' Auzouf , je suis fort trompé s'il n'est de la bande astronomique qui assure que le chemin de la comète est rectiligne. . . Sa lettre à M' l'abbé Charles avec ses remarques sur le discours de Campani est un assés gros imprimé... 11 parle dans l'Avis au lecteur du traitté de l'utilité dfn grandes lunettes lam tuyau qui est presque achevé et qui seroil sous la presse, si les imprimeurs estoient plus raisonnables qu'ils ne sont. Dans la passion que vous avés pour l'anatomie, vous y vacqueriésbien mieux à Paris. Sedfata «bstant. A la première occasion , vous me manderés à qiioy vous en estes de vostre Origènc. j\Ion ami de Tolose m'en demande des nouvelles avec inquiétude. Il est bon juge de ces matières et est très bien persuadé de vous.»

^ Epistolantm pars II (Saumur, i665,in-û°). Voir le Journal des Savants du 3 mai i66(i, où le critique se montre beaucoup moins indulgent que Chapelain.

- Passage cité par M. Sainte-Beuve (Notice sur M"" Dacier, Causei-ies du lundi, t. IX, p. .386).

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

Nous avions rais les fers au feu pour cela \ et riiouirae vertueux et puissant de qui sembloit dépendre la chose ^ nous en avoit crus , sans que l'obstacle que nous y prévoyons l'en eust fait éloigner. Nous nous tenions raesmes certains du succès, lorsque nous apprismes de sa bouche que cet obstacle avoit arresté tout cornet Celuy sans lequel rien ne se résout ni ne s'exécute'.

N'auriés vous rien entre vos divers ouvrages qui fust digne de sa Grandeur et qui vous donnast lieu, en le luy addressant, d'en tourner la dédicace en im panégyrique de ses vertus et de ses actions certainement incomparables? Ce seroit le seul moyen que nous aurions de bazarder une seconde tentative, et je dis bazarder, car je ne voudrois pas vous respondre de l'évencnieiit. Tout de bon voslre mauvaise fortune m'inquiète et il n'y a rien que je ne fisse pour la rendre meilleure, si l'effet pouvoit respondre à mon

' Au sujet de l'expression mettre les fers au feu , AI. Litlré a cité seulement l'acteur et auteur comique Hauleroche et le duc de Saint-Simon.

■^ Colbort.

^ Le prince qui, vingt ans plus lard, devait révoquer l'édit de Nantes ne pouvait pardonner àTanneguy LeFèvred'ètre et de rester protestant. Je ne m'explique pas le peiU-élre de M. Sainte- Beuve dans celte phrase des Causeries du lundi, déjà citée : «Cependant Chapelain et M. de Montauzier avaient beau s'y mettre , on rencontrait un obstacle qui tenait peut-être à la religion de Le Fèvre, et aussi à quelques inconstances de son caractère.» C'est là que M. Sainte-Beuve appelle Chapelain «le premier commis des grâces de Colbert».

* Le 28 mai. Chapelain adresse à Boeclerus (f 81) une lettre qui a été insérée in extenso dans le Bibliophile belgede i85o (t. VII, p. 809, article intitulé : Deux lettres inédites de Jean Chapelain, par F.-L. HofTmann). Je n'en citerai que quelques lignes: «Je receus il y a quelque temps un paquet de vous par la voye de l'hoste de M' Vaghenseil où je Irouvay avec vostre

intention. Mais quand elle demeureroit aussi abbatue qu'elle est, estant homme de bien et habile comme vous estes, vous ne devriés pas vous estimer entièrement malheureux tant que vous joiiirés de vostre probité et de vostre doctrine, et que vous vous conserverés une aussi belle réputation en l'une et en l'autre que celle que vous vous estes aquise par tant de riches productions. Si je vous ressemblois, du moins je n'aurois garde de me rebuter du travail pour les injustices que me feroit la fortune et je me vangerois d'elle en respandant par le monde de ces richesses spirituelles qu'elle ne sçauroit ni donner ni ester. Je vous y exhorte à toutes fins et après vous avoir rendu mille grâces de celle que je viens de recevoir de vous, je vous assureray qu'il n'y a personne qui sache mieux ce que vous valés ni qui soit plus sincèrement que moy, Monsieur, voslre, etc.

De Paris, ce xxv may i665 ^

lettre une épistre imprimée qui devoit précéder l'édition du livre de Seldenus De jure naturali et genlium dont vous avés voulu prendre le soin. Je vous avoueray, Monsieur, que mon eslonnement ne fut pas petit, voyant que cette épistre m'estoit addrcssée, et que vous vous estiés abbaissé si fort pour me relever par un tesmoignage si glorieux, sinon de vostre justice, au moins de vostre amitié. 55 Je laisse de côté des compliments et des remerdinents aussi nombreux qu'exagérés et je ne reproduis plus qu'une phrase finale sur Wagenseil: «IVr Vaghenseil m'a cscrit de Murcia en Espagne et m'a informé du bonheur de son voyage et de la continuation de sa santé. Sa traduction a esté icy fort bien receiie et à son retour vers la fin de l'esté j'espère qu'il aura sujet de se loiier de la mugnificence royale.» — Le 3i mai, Chapelain reparle à Vossius (r° 82) de la suppression du Journal des Savants : ce Cette suppression du Journal de M" Salo desplaist à tous les lettrés, et nous avons mesme des princesses curieuses qui la regrettent presque autant que vous. On avoit proposé de le continuer à certaines conditions, mais pour le rendre

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

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