À M. HEVELIUS
BOUBGMESTRE DE DAXTZIC , À DAKTZIC.
Monsieur, j'avois appris de M' Desnoyers , lorsqu'il estoit en cette Cour, le nouveau travail que vous aviés entrepris sur la nature et l'apparition des comètes, et je ra'estois resjouy qu'un si grand personnage que vous . qui a tant de commerce avec' les coi-ps célestes, se fust appliqué à en examiner les plus extraordinaires, pour nous on parler sans doule plus raisonnablement que tout ce qu'on nous en a dit jusqu"ic\ . Depuis . comme si le Ciel eust approuvé un si haut dessein, et qu'il eust voulu vous donner moyen de (raitfer cet admirable sujet avec plus de lumière et de connoissance , toute la terre a veu qu'à quatre mois l'une de l'autre il en a produit deux signalées sur lesquelles vous puissiés faire vos remarques et par là d'autant mieux fonder lopinion que vous aviés
conceixe de leur essence et de leur mouvement.
Avec un secours si puissant personne ne fait difficulté que vous n'ayés mis cette illustre matière au dernier point de perfection, ni qu'à cette fois la prédiction de Séneque ne soit accomplie en vous ' qui aurés instruit le monde de l'origine de ces phœnomenes, de la partie de l'univers d'où ils viennent, dans quelles ils vont, si leur chemin est droit ou courbe, s'ils se perdent dans lespace infini, ou s'ils ont une révolution certaine, et si vous prenés ce dernier parti on aura le plaisir de sçavoir que par vos veiies et vos raisonnemens vous aurés justifié les sentimens des anciens Chaldéens que Diodore Sicilien veut qui en eussent la science, et qui n'en marquassent pas moins seurement les retours que nous faisons ceux de nostre soleil et de nos planettes ^
L'essay que vous venés d'offrir de vos méditations là dessus aux .curieux dans le [)rodronîe ^ de vostre grand traitté leur fait
agréable, il le faudroit sans condition, sauf à le rontredire par les intéressés s'ils pensoient avoir este jugés iniquement. C'eust esté le moyen de réprimer la licence des censeurs, et d'éclaircir par la contestation beaucoup de matières obscures et douteuses, à ravanccment du beau sçavoir. Vous ne me pouviés rien mander qui me touchast plus que la résolution où vous estes de dédier au Roy quelques-uns de vos ouvrages pour une marque publique de vostre gratitude, et j'approuve exlrémenieiit que vous commenciés par vostre traitté de l'Oiigine du iNil, matière non encore bien maniée par personne, et où les notices que vous avés tirées de vos voyageurs vous donneront bien lieu de vous distinguer et signaler. Il sera mal aisé (ju'en parlant de ses sources vous ne parliés point de sa creùc annuelle et que vous ne preniés parti entre tant d'opinions diverses sur un si fameux sujet, si ce n'est encore que vous en eussiés une qui vous fust propre. ..Je communiquerny à M" Thevenôt ce que vous me mandés avoir négotié avec M' Go-
iiiis pour celle [l'édition] de la Géographiid'AbuUeda , dont je suis assuré qu'il aura une fort grande joye. Nourrisses bien celte pensée et empeschés que cette volonté ne luy passe, .sans jamais dire un mot de M' Vattier, de peur qui> cela ne nuisist au dessein. ..?> Le i"juiu. Chapelain demande à Heinsius (f 83 v°) les deux "'xemplaires de Claudien que le savant éditeur avait promis d'envoyer au duc de Monlauzier et à lui. Voir sur ceUe nouvelle édition un article du Journal des Savants du 1 1 janvier i6ti6.
' Nous avons déjà trouvé dans une précédente lettre menlion de la célèbre prédiction de Sénèqiie.
- Livre II, chapitres xxix, xxxet xxxi. Le dernier traducteur de la Bibliothèque histoi-ique , M. F. Hœfcr. rappelle ( 1. 1 , 1 853 , p. i /i 8 , note i ) que M. Lelronne a fait ressortir {Journal des Savants de 1839, p. 577) l'importance des renseignements fournis par Diodore de Sicile sur l'astronomie des Ciialdéens.
^ Le mot ]/rodrome , considéré comme sorte
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
bien espérer d'en voir l'aciièvement dans ce magnifique ouvrage, et je voy tous les sçavans si bien dispose's à le recevoir qu'après qu'il aura paru , je ne pense pas que tant de diverses opinions ne se réduisent à la vostre pour fixer enfin ce point dans la science naturelle, et terminer toutes les contentions qu'il a excite'es.
Vous avés fait, au reste, une chose digne de vostre bon cœur d'avoii* choisi M' Colbert entre tant d'autres pour le luy addresser, et pour en appuyer l'excellence sur sa vertu et sur son authorité. Comme aucun autre n'a mieux mérité de vous cette olîrande, nul autre aussi n'est plus capajjle d'en connoistrc le prix, ni de la recevoir avec plus de ressentiment et de jo\o. Cest, Monsieur, de quoy je vous puis assurer mesme avant que de la luy avoir faitte en vostre nom, nignorant ni combien il a d'estime pour vous, ni le gré qu'il me sçait de luy avoir procuré une amitié comme la vostre.
J'eusse attendu à vous escrire que je me fusse aquité de ce que vous aviés désiré de moy, si l'éloignement de la Cour et la maladie de la Ueyne, mère du Roy', ne me l'eussent fait remettre à un temps plus calme, et où vostre offrande pust estre considérée plus à loysir. Le temps néantmoins ne tardera gueres à venir, et si Sa Majesté continue son séjour horsdeParis,j'envoyeray vostre présent à son confident ministre, et quoyque ce soit une composition qui porte sa recommandation avec elle, je ne laisseray pas de raccompagner d'une lettre qui ne luy fera point de tort, et oîi je luy raffraischiray de bonne sorte les avantageuses im-
pressions qu'il a prises de vous par moy d'abord . mais beaucoup plus ensuite par vos rares ouvrages.
Ce n'est pas, Monsieur, qu'il ne se f'usl tenu tout autrement obligé si l'offrande eusl regardé le Roy comme la source glorieuse de la grâce dont vous estes si reconnoissanl. Mais de la façon que nostre illustre M' Bouliaud m'en a parlé, il y a lieu de croire que vous avés dessein d'offrir à Sa Majesté quelque chose de plus grand encore , et quoy qu'il ne m'en ayt pas positivement assuré, il semble néantmoins qu'il soit persuadé que vous luy destiniés vostre histoire cométique. Cela soit dit sans prétendre vous y engager, car ce grand prince dans les motifs de sa munificence ne souffre point quil y entre autre interest que celuy de nourrir en ceux qu'il en honnore l'amour du beau sçavoir. En mon particulier je vous dois un grand i-emerciment de m'avoii' voulu favoriser de vostre prodrome qui m'est d'aulaiil plus considérable que cette grâce estoil aussi peu attendïie que méritée de moy, et que vous m'avés voulu surpayer non seulement mes offices passés , mais encore tous ceux que vous pourrés jamais recevoir de moy.
Nostre ami vous rendi-a conte de ce (pie nous avons agité sur ce que l'on feroit du troisiesme exemplaire et des raisons qui nous ont déterminé au parti que nous avons pris , ausquelles nous espérons que vous acquiescerés sans peine.
Cependant je demeure avec beaucoup df' passion , Monsieur, vostre , etc.
De Paris, ce ii juin i665-.
de préface, d'introduction à quelque étude, est cilé dans le Dictionnaire de M. Littré, sans qu'aucun exemple de son emploi ait été donné. Le savant philologue n'indique qu'une phrase de Guy Palin sous le mot employé dans le sens de précurseur.
^ Anne d'Autriche allait mourir quelques mois plus tard (20 janvier 1666).
- La lettre qui suit celle-ci (PSG) est un.' lettre d'afTaires adressée à Huygens et où Chapelain lui rend compte de ses négociations avec un sieur Thurel au sujet d'horloges.
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LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
A M. COLBERT
MIXISTBE D'ESTIT,
À paris'.
Monsieur, le livre que je porte à vostre biblioteque pour vous estre présenté est de ce fameux astronome de Dantzick auquel vous avés procuré la bienveillance et les gratifications du Roy, et qui a cru devoir commencer par vous en tesmoigner sa gratiiudi, afin que, par le mesme degré par où elles sont descendiies jusqu'à luy, il puisse monter à l'autel qui en a esté la source, cest-à-dire afin d'essayer par ce premier hommage à en rendre un second plus grand à Sa Majesté, en mettant à ses pieds avant peu de temps l'Histoire des comètes , que le monde attend avec impatience, et dont l'ouvrage quil vous dédie est le précurseur.
Il m'a choisi pour le faire passer en vos mains . dans la conuoissance qu'il a de mon zèle pour vostre service, et la créance que. mayant fait l'honneur de prendre bonne opinion de luy sur ma parole, vous recevriés plus favorablement son offrande par moy que par tout autre sur qui il auroit pu jetter les yeux. J'ay accepté, Monsieur, la conmiission sans peine, et luy ay promis do m'en aquilter lidellement, après luy avoir néanmoins fait sentir que s'il avoit addressé son ouvrage au Roy, le présent vous en auroit esté bien plus agréable. Ce n'est pas (]ue je puisse condanner la reconnoissance qu'il vous a voulu montrer en cherchant vostre protection et honnorant de vostre nom le frontispice de son hvre. Son mouvement estoit trop noble et sa debte trop légitime pour n'approuver pas qu'il ail tenté
' Imprimée dans le recueil de M. P. Clément (t. V,p. 600 et 601).
- M. P. Clément a oublié d'ajouter le nom de Iliiypens à la liste des autres grali6és. Il a aussi.
d'y satisfaire, au moins en partie, et je m'assure que si vos grandes occupations vous empeschent de luy faire voir par vousmesme que vous luy en sçavés quelque gré . vous ne trouvères pas mauvais que je le face pour vous, aBn de le maintenir dans la disposition où vous l'avés mis par vos grâces , d' estre en ces climats éloignés partisan déclaré de la gloire de Sa Majesté et de vostre vertu singulière.
Je ne le feray pas pourtant, Monsieur, sans vos ordres, qui seront tousjours la règle de mes actions. Tous ces autres excellens personnages estrangers avec qui j'ay fait habitude par cette occasion , MM. Heinsius, Vossius, Huggens*, Bœclerus, Vaghenseil , Viviani , vont d'aussi bon pied pour le ressentiment qu'ils ont des faveurs royales et pour la continuation de leui*s travaux dans les lettres, et il n'y a aucun deux qui, dans la publication de leurs ouvrages, manque de célébrer les grandeui"s de Sa Majesté. C'est ce que j'apprens d'eux par toutes leurs despesches, et vous pouvés croire de ce costé-là toute la satisfaction que vous vous estes proposée, lorsque vous avés conceu le dessein de la faire éclater en tous lieux par les plus illusties bouches du monde. Pour moy, je n'ay garde ni de les laisser relascher dans cet exercice ni d'oublier rien pour en exciter d'autres, comme un Gronovius en Hollande, un lîeinesius en Saxe, un Carlo Dati à Florence, un Ferrari à Padoûe. à seschauffer du mcsme feu et à prendre le mesme sujet de leurs veilles. Toutes choses m'y obligent et sur toutes, après les bontés du Roy, celles que vous avés. Monsieur, pour vostre. etc.
De Paris, ce viir juin iG65'.
dans la même phrase, mis: tous les autres, alors que Chapelain a écrit : tous ces autres.
5 A la suite de cette lettre on trouve (f S8 v" et 89 v°) deux lettres à Heinsius, l'une du 8 juin
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
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A M. COLBERT
MISISTIIB D'ESTAT,
A SAIM-GERMAIN-EN-LAÏE'
Monsieur, par ma lettre , qui partira demain pour Dantzick, M Hevelius sçaura (pie lodciresse qu'il vous a faitte du prodrome de son Histoire des Comètes vous a esté agréable , encore que vous eussiés bien plus approuvé qu'il Teust faitte au Roy, et j'ay tourné cela de sorte que cet excès de vostre modération ne servira qu'à luy faire d'autant plus admirer vostre vertu et qu'à l'exciter d'autant plus h tesmoigner à Sa Majesté par des marques publiques le ressentiment qu'il a de ses bienfaits.
Quant aux qualités de ces quatre hommes de lettres dont vous niordonnés de vous informer. M' Gronovius est le professeur dhumanités le plus accrédité dans TAcadeuiie de Leyde, duquel on a plusieurs ouvrages très estimés, entre autres les Diatribes qu'il a données pour l'illustration des Si/lves de Stace", et les notes et commen-
taires qui ont paru de luy pour l'éclaircissement de ce qu'U y a de plus obscur dans l'bistoire de Tite-Live. Sa réputation obligea MM" les Estats, il y a quelques années. à le rechercher pour faire remplir la première chaise^ de leur fameuse université. M' Reinesius est de toute l'Allemagne le lettré le plus universel et dont le sçavoir éclate en plus de sortes de disciplines. Sa profession est la médecine, dans l'exercice de laquelle il a vieilly auprès des Princes qui i'engageoient à l'envi dans leur service, autant pour leur instruction que pour leur santé. Il est présentement à celuy de l'Électeur de Saxe, et l'on verra dans peu de temps un travail , le plus curieux du monde , des médailles, inscriptions et autres choses de ce genre découvertes et recueillies par luy sous le litre de : Nom reperta antiquarmn inscripttonum '', qui ne seront pas moins nombreuses que celles de Gruterus^ ni moins utiles pour dissiper les ténèbres de l'antiquité greqne et romaine. J'en ay veu la préface, qui m'a laissé une avantageuse impression de luy. J'ay veu aussi dans vostre
et l'aulru du 16. Dans ces deux lettres, Chapelain s'afflige de ce que son ami n'a pas touché les 1,200 livres de gratification qui lui avaient été allouées, les Étals de Hollande ne lui ayant pas permis de les accepter. Voici un extrait de la seconde lettre : rrLa sévère politique de MM. vos supeiieurs m'embarasse et me chagrine. Dieu m'avoit donné une occasion de faire honnorer vostre mérite par les grâces du Roy. J'avois réussi dans les lesmoignagos que je luy en avois fait rendre. Je vous avois fait envoyer des lettres de change deux années de suite dans l'espérance de vous en procurer une troisiesme. Cependant leurs ordres farouches vous ont empesché jusqu'icy de recevoir les sommes y contenues et qui passent icy pour receùes parce que vous en avés remercié Sa Majesté et M' Colhert.?)
' Imprimée dans le recueil de M. P. Clément (t. V, p. 601 et 602)
CIIAPELAIIS. II.
^ Rappelons, avec M. P. Clément, que ce fut en 1 6^7 que Gronovius publia sa dissertation sur les Silves de Stace, et que, deux ans après, il fit paraître trois livres d'Observations, qui contiennent quantité de restitutions et d'explications des passages des auteurs anciens.
^ Chaise au xvii° siècle s'employail souvent dans le sens de chaire. Voir le Dictionnaire de M. Litlré.
* M. P. Clément reproduit ainsi le litre complet de cet ouvrage : Syntagma inscriplionum antirjuarwn, cum primis Romœ veteri.t , in vasto Jani Gruteri opère omissai'um , cum commenlariis, etc. (Leipzick, 1682, in-fol. , 2 vol.).
^ Jean Gruter, né à Anvers en i56o, mort en 1627, professeur d'histoire à Wittemberg, à Rostock , à Heldelberg. Son recueil si important et si célèbre parut en 1601 sous ce titre: Inscriptiones antiqucB tolitis orhis romani (Heideiberg, 2 vol. in-fol.).
bihlioleque un gros volume de ses Epistres, 1res doctes ', qui n'a fait qu'accroistre la créance quej'avois de sa profonde e'rudition.
M" Ferrari est un professeur d'éloquence dans l'université de Padoiie et qui en fait le principal honneur. Il y a environ quinze ans que le bruit de son nom le fit régaler d'une gratification insigne, et solliciter de passer en Suède, comme M' Sauraaise, par la reyne qui estoit alors sur le throsne; mais la république de Venise, qui ne le vouloit pas perdre, ne le luy ayant pas voulu accorder, il reconnut ses faveurs par un panégyrique très beau que W Heinsius, son ami, me communiqua à son retour d'Italie.
Pour le signor Carlo Dati, c'est un gentilhomme florentin, la fleur de l'Académie de la Crusca , de laquelle il a esté long temps le secrétaire avec une très grande approbation , et n'a cessé de l'estre que parce que M' le Grand-duc , ne connaissant personne dans son Estât qui pusl si bien soutenir la charge de premier humaniste à Florence
pour l'instruction de la jeune noblesse, l'a tiré de cet autre poste pour le mettre en celuy-cy, où il réussit admirablement. On a de luy plusieurs ouvrages de vers et de prose en italien, d'un mérite particulier, entre autres une longue s vive sur le mariage de Sa Majesté et sur la paix * qu'il addressa à feu Son Eminence. On en a le premier volume délie prose florentine \ où il a mis une excellente préface et une excellente apologie de ce grand Archimede Torricelli '. La dernière chose qu'il a faitte est une oraison funèbre du cavalier del Pozzo, son ami^ qui est une pièce achevée et d'une exquise perfection. Mais il en médite une autre, de tout autre importance , qui aura le Pioy pour sujet, ce qu'il m'a fait confidemment sçavoir par une lettre que je receus hier, dans laquelle il me demande des mémoires pour les employer à l'exécution de son projet. Vous en trouvères, Monsieur, avec ce mot. la copie, qui apparemment ne vous déplaira pas. Je m'en vais appliquer à luy dresser '
' M. Clément n'a pas mis de note sous ce passage, sans doute parce que les biographes par lui consultés ont omis de signaler le ijros volume que Chapelain avait remarqué dans la riche bibliollièque de Coibert, hiograplies paimi lesquels on s'étonne de trouver un homme aussi versé dans la science de la bibliographie que M. Weiss {Bioijrapliie univeiseUe). Bayle (Dictionnaire critique) a cité (p. ^99 du tome XII de rédition donnée par M. Bouchot) un recueil de lettres de Reinesius qui doit être celui que mentionne ici Chapelain : Epistolœ ad Gaxparum Hojfmannum , et Christ. Ad. Ruperluni (Leipsick, i6Co, in-li°). Bayle, qui vante Reinesius, comme «l'un des plus savants homme du xvu' siècle, -i et qu'il faut placer r parmi les critiques qui vont au delà de leur lecture, et qui savent plus de choses que les livres ne leur en ont enseignées,^ parle ainsi de ses lettres : «Les lettres de Reinesius qui ont été imprimées nous apprennent qu'on le consultait comme un oracle, et qu'il répon-
dait fort doctement aux questions qu'on lui proposait...:?
- La Pace, selva epit al arnica.
^ M. Clément a corrigé la faute do transcription -.finentine.
' M. Clément a encore corrigé ia faute de transcription : Terrucelle. 11 s'agit là du physicien Evangehsta Torricelli, né en 1608, à Faenza, mort en iG/17, l'ami et le successeur de Galilée dans la chaire de mathématicpies à Florence, le correspondant de Fermai, du P. Mersenne, de Robcrval, etc.
^ Délie îodi del commendatore Cassiano df Po:^zo ( Florence, 1 66/1 , in-'i*). Cassien del Pozzo , né à Turin, mourut en 1657. Ce fut un des archéologues les plus zélés et les plus savants de i'Ualie. Il fut le correspondant et l'ami de Peiresc, du Poussin. Il avait formé un remarquable cabinet d'antiquités et il fut un généreux protecteur des artistes et des lettrés.
' M. Clément a lu adresser pour dresser.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
ces mémoires ; car je ne veux pas perdre celte occasion qui solTre delle-mesme de faire cëlebrer les verlus de Sa Majesté par la plume dTtalie la plus éloquente et qui en respandra le mieux l'odeur de là les monts. Il y a quelques mois que ce gentilhomme voulut avoir commerce avec moy, et je le puis conter entre mes amis. Pour les trois autres, je ne les connois que par leurs ouvrages; mais si vous m'ordonnes quelque chose qui les regarde, il me sera aysé de le leur faire sçavoir. J'atlendray là dessus vos commandomens pour y satisfaire, Monsieur, comme voslre, etc.
De Paris, ce xviii juin iC65 '.
À M. COLBERT
UIMSTRE D'ESTIT, 4 SUM-GEnMAIN EN LiïE ^
Monsieur, après l'approbation qui! vous u pieu donner à ces mémoires italiens que je creus devoir exposer à vostre \eiie, avant que de leur faire passer les monts, je les envoyeray cette semaine sans crainte lelouchés et augmentés à ce gentilhomme florentin^ qui me les a voit demandés avec tant de presse et je ne doute aucunement qu'il
' Le 26 du même mois, Chapelain adresse (T 92) à Colbert une lettre qui n'a pas été reproduite dans le recueil de M. Clément et dont je ne donnerai que ce passage sur Carlo Dati : «Je creus ne devoir rien faire plustost que de luy dresser ces mémoires afin de l'entretenir en celte disposition, et de les luy envoyer par le prochain ordinaire. Je pensois d'abord, Monsieur, les luy faire en noslre langue, et cela m'eust couslé moins de travail et moins de temps. Mais dans rappréhension qu'il n'en entendist pas assés la finesse et la force, je me résolus de les escriie en la sienne pour luy espargner des mesprises et luy faciliter sa composition... îi Chapelain annonce à Colbert qu'il lui
n'en face un fort bon usage , et que le Roy n'en soit fort glorifié. Sa Majesté l'a esté encore à la cosle d'Alïrique par une voye différente dans la bouche de cet autre gentilhomme allemand , traducteur des pièces du Commerce ', qui, ayant passé le détroit de Gibraltar, rencontra à Ceuta, place espagnole, voysine de celle de Tanger, force marchands juifs qu'il ravit par les merveilles qu'il leur raconta de noslre grand monarque. Vous le connoisirés, Monsieur, par l'extrait joint à ce mot de la lettre qu'il m'escrit de Madrid assés fraische, dans laquelle vous verres aussi quelques particularités touchant ce canal de Flandres et la guerre de Portugal que vous ne serés pas peut eslre marri de sçavoir, et qui donnent quelque lumière aux affaires présentes. A son retour, vers la fin de l'esté, nous en apprendrons davantage, car il est homme de sens, et il ne me cachera rien de ses pensées. Ce sera alors, Monsieur, qu'il poiuTa recevoir la grâce du Roy que vous luy avés destinée; car encore qu'estant désormais à Madrid on pust la luy faire tenir aisément, le péril néantmoins que ce bienfait ne le rendisl suspect en cette Cour là et par conséquent moins en estât d'y servir Sa Majesté et de nous en faire des relations
envoie ces mémoires : «afin que si vous pouvés dérober quelques momens à vos principales affaires pour passer la veile là dessus, il vous plaise d'v adjouslor, retrancher et corriger ce que vous jugerés à propos et me les renvoyer dans cinq ou six jours purifiés par vostre judicieuse censure, n
* Celte lettre n'a pas été admise dans le recueil de M. P. Clément.
3 Carlo Dati.
* Jean -Christophe Wagenseil. Cet érudit visitait TEspagne avec le jeune comte Ferdinand- Ernest de Traun, qu'il accompagna dans son grand voyage à traveis toute l'Europe, commencé en 16G1.
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LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
utiles et curieuses, je penserois, sauf vostre meilleur avis, qu'il seroit plus expe'dient de la différer jusqu'à ce que nous l'ayons parmi nous.
Je prie Dieu qu'il vous conserve pour le bien du monde et demeure avec ma passion ordinaire. Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce xxî juin i603 '.
1 Le 3 juillet, Chapelain adresse à Colbert (f 92 v°) une lettre dédaignée par M. Clément. En voici un extrait : ffll faut, s'il vous plait, vous résoudre une fois à souffrir que ceux qui vous sont obligés des grâces du Roy... vous en tesmoignenl leur ressentiment et satisfacent à ce que leur cœur leur demande... Dans colle [la dédicace] que vous fait M' Petit, ce sravant médecin qui nous a donné de si beaux vers latins sur divers sujets, et les derniers sur Testablissement du commerce , vous verres. Monsieur, que Sa Majesté y trouve glorieusement sa place et que par cela mesme vous ne pourries guère luy refuser la permission de vous la faire sans faire perdre au Roy une parlie de l'encens que vous souliaités tani d'ailleurs avec tant de raison que l'on donne à ses héroïques vertus. Pendant qu'on imprime le corps du livre qu'il vous adresse, j'ay creu qu'il importoil que vous en vissiés l'épistre, afin que vous eussiés agréable de jetler les yeux dessus. ..tj Le 6 juillet, Chapelain repaile à Colbert (f 96), dans une lettre également rejetée par M. Clément, du docteur Petit: trLes expressions véritablement bien fortes de l'épistre latine de M' Petit ne m'avoienl pas autant plu qu'à luy et il n'avoit pas tenu à moy qu'il ne les supprimast et l'épistre mesme, laquelle je luy assuray plus d'une fois qui n'esloit pas de vostre goust et qui ne vous rendroil pas plus favorable à son mérite. Faute de connoislre ass<.'s la modération de vostre ame et pressé du ressentiment de vos faveurs, il me sollicita ardemment de vous faire voir au moins le devoir où il se mettoit de les reconnoistre. . . Ne s'en estant tiré que six exemplaires, à ce qu'il m'a juré... Si vous l'ordonnés, elle ne verra jamais le jour. ?) Chapelain ajoute qu'il fera tout ce qui dépendra de lui pour détourner les autres crudils français de dédier leurs ouvrages à Colbert. — Le 9 juillet , Chapelain, s'adrossant à Huygens, traite de nouveau (f' 95) la question dos horloges et du sieur Thnrel, après avoir dit à son correspondant: p J'ay
veu dans vostre lettre à M' Carcavi la peine où vous esliés des dernières que vous m'avés escrittes vers la fin de ma\...n Le même jour, Chapelain (f 96 v°) engage Vossius à publier son livre sur le Nil et à le dédier au roi. 11 continue ainsi : rMnvisti salivam mihi en m'informant des nouveautés que vous avés descouvertes sur ce sujet et je meui-s d'envie d'en apprendre de vous le détail. . . Je pense vous avoir dit que pour cette creùe [du Xil] nostre cher W delà Chambre Tattribuoit au nitre dont l'Egypte a son terrain tout rempli et qui, venant à se fermenter au commencement de l'esté, se soulevé, se respand et se déborde régulièrement tous les ans, d'où la grande fertilité de cette province procède. Depuis vostre départ, il a repris le trailté qu'il en fit, il y a trente ans, et l'a fortifié de beaucoup d'autres preuves et expériences. C'est assés vous en dire pour vous faire approuver ou combattre ce sentiment dans vostre ouvrage... Le jugement que vous faittes de la mauvaise conduitle des Anglois et des Hollandois en celle rencontre est digne de vostre sens exquis. Les derniers ne se dévoient point battre avec désavantage et les premiers ont bien mal usé de l'avantage que le vent leur avoit donné. Mais vos gens se peuvent couvrir du commandement qu'on assure qu'ils avoient de leurs seignoursd'allcr chercher les ennemis jusquesdans Icu; s ports , quelque mauvais temps qu'ils piisl faire, ce qui ne peut estre vray que le blasme n'en retourne sur los ordonnateurs qui ne sravent que trop qu'il faut faire la guerre à l'œil. Leur hardiesse hors de saison a fait mentir à cette fois le diclum : audaces f&rtuna jiivat et leur a monstre à leurs despens qu'il no falloit s'y fier que de bonne sorte. Dieu l'a permis pour adjouster à la gloire de Sa Majesté celle de l&s souslenir et relever de leur perte. C'est à quoy tout est disposé icy au grand honneur de M' Van Beuning qui n'y a rien oublié pour servir utilement sa patrie en celte importante occasion. Je suis bien aise d'avoir appris de vous l'autheur de la satvre intitulée Lnus asini.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
À M. COLBERT
MIMSTHE DESTiT,
A SAlNT-GEr.MUN EN LAYE
Monsieur, j'ay trouvé M' Petit si ployable el si sousmis à vos volontés , que non seulement il a consenti à oster de l'épistre que avez eiie tout ce que l'excès de son zèle y avoit fait insérer d'excessif, mais encore il a offert à la supprimer entière; et dans la pensée que, suyvant vos prudentes et modestes maximes, vous pourries conclurre à la suppression, il travaille à une autre qu'il addresse au Roy et que j'auroy l'honneur de vous envoyer la semaine prochaine, afin que vous jugiés si elle ne sera point indigne de Sa Majesté, et que vous puissiés choisir de la première, quand elle sera réformée, ou de celte seconde, celle qui devra eslre mise à la leste de son ouvrage.
En voicy, Monsieur, une autre de plus grande estendue que le fameux panégyriste de ce temps. M' Ogicr", a faille pour servir de frontispice à son nouveau volume
La longue épislre ad Palmerium, Vargumenltnn Balracomachiœ et d'autres petites pièces du mesme volume seroient-elles aussy de luy? Tout cela est fort élégant, fort galant el fort docte... M" Thevenot est à Issi qui fait ses foins. n — Le même jour, Chapelain demande à Heinsius (f 98) les mêmes renseignements bibliographiques déjà demandés à Vossius : ï^Esclaircissés-moy, je vous prie, sur ce poinl-cy. M' voslre père est-il l'au- Iheur d'un recueil d'excellentes satyres qui ont pour titre :La«s asini; cras credo, Itodie nihil; l'pislola ad Pahnmum; argumenlum Balracomachiœ, etc., et quelques lettres à quelques uns de ses sçavans amis? Si ce n'est pas de luy, apprenés-moy qui les a failles. Le volume est in-iG" de Tannée 1629 à Leyde, si je ne me trompe.n Je ne ferai que mentionner une lettre à M. de Lionne, du 12 juillet (f 98 v"), qui roule sur le travail -du .signor Camillo Lilin el sur les chan-
A^ Actions publiques , saintes et oratoires, i\m sont sous la presse et qui verront bientost le jour^. Si sa longueurvous rencontre asséspeu occupé pour pouvoir la lire, je ne désespère pas que, dans ce panégyrique de noslre grand monarque, vous ne Irouviés assés de pompe et d'agrément pour approuver qu'on le publie, à quoy la réputation de fécrivain n'apporleroit pas un médiocre poids.
Je reçois présentement, Monsieur, une lettre de M' Bœclerus, cet excellent professeur de Strasbourg, dont l'extrait ira avec la mienne, où vous verres la passion qu'il a de vous tesmoigncr sa rcconnoissance par quelqu'une de ses propres compositions , et l'instance qu'il me l'ait de pressentir si vous souffrirés qu'il vous fist copier l'histoire (pi'il a faite des trois années i6/i3, i64/i, i645 de la guerre de Uanemarck , pour la joindre aux manuscrits politiques de vostre biblioteque.
Vous me ferés la grâce, s'il vous plaist, Monsieur, de m'ordonner Ih dessus ce que je luy dois respondre. Je l'ay desjà averly que pour vous plaire il failoil tourner toute
gemenls que, selon Chapelain, il conviendrait d'apporter à ce travail.
' hnprimée dans le recueil de M. P. Clément (t. V, p. O02 et Go.3).
^ Voir sur François Ogier la lettre CCII de notre premier volume. Le défenseur de Balzac avait alors un âge assez avancé et ne devait pourtant mourir que cinq ans pins tard (2.") juin 1670).
' Chapelain veut parler du second volume du recueil des Sermons du prieur Ogicr, publiés sous le titre A' Actions publiques (Paris, in-h°). Le premier volume parut on 1 G.oa el le second en 1 005. Une faute d'impression a faitdireàM.Weiss ( Biographie universelle ) que ce second volume est de i655. M. Victor Fournel [Nouvelle biographie génà-ale) a reproduit la faute d'impression de son devancier, ce qui démontre une fois de plus l'impérieuse nécessité des continnellee vérifications.
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LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
sa gratilude vers le Roy; mais tous ceux qui vous sont obligés croyent qu'un ressentiment n'empesche pas l'autre, et ce vertueux historien estime que vous pouve's d'autant plus recevoir le sien, que n'estant point public par l'impression , c'est comme s'il n'esloit point du tout.
Sur ce sujet de gratitude, permette's-moy, Monsieur, de vous marquer icy légèrement celle que mademoiselle Robiueau, mon allie'e, et toute sa famille, sauvée d'une dernière riiine par vostre équitable bonté, m'ont fait paroistre plus grande que je ne vous le sçaurois exprimer, et la crainte qu'ils ont que vous ne les en croyés touchés d'une manière commune. Ce mouvement, qui ne peut venir que d'une âme noble, joint à la part que je dois prendre à leur obligation, m'a
persuadé que je ne vous le devois pas laisser ignorer et que vous pardonneriés aysément celle liberté. Monsieur, à voslre, etc.
De Paris, ce xvii juillet i6Gô'.
CCXXXIIL À M. VOSSILS,
CEJTILBOSniE BOU.i:(I>OIS , X LA DAÏE.
Monsieur, à la bonne heure soit que mes lettres à M' Huggens et à M' Heinsius que je croyois perdues se soient sauvées et que ces M" les ayenl receues aussi bien que vous avés fait la vostre, sans que je les eusse escrittes en vain. L'inquiétude que me donna ce conmierce incertain est causée par l'absence de M Van Bcu-
' Le 3 1 du même mois , Chapelain , après avoir parlé à Huet (f joa) de «ce fascheux mal qui vous a douné pour moy de l'inquiéUide il y a neuf ou dix moisr^ et qui, ajoule-l-il, «m'a repris le mois passé,'' l'enlrelient ainsi des travaux de divers savants : r:Vous aurés veu la lettre de W Auzoul à l'abbé Charles et y aurés trouvé de la hardiesse et de la profondeur. Il se signala entre nos astronomes et nos observateurs et je voy presque le combat engagé entre luy et M' Heveîius, touchant le cours de la comète qui a tant exercé depuis six mois nos philosophes et nos matliénialiciens. L'analomisie danois qui a donné tout cet hyvcr de l'admiration à nos plus habiles s'appelle M' Sténo. Il voyage par lEurope pour se perfectionner de plus en plus et l'on ne peut attendre de luy que de grandes choses. Devant que de nous quitter il publiera quelqu'une de ses descouvertes, comme il a desjàfaità Kopenhaghen et à Leyden. Le climat qui l'a produit est fécond en grands hommes. Si vous n'aviés point oublié Saxo Grammaticus, vous m'en auriés fait une très juste commémoration. Les Anglois ont encore plus asprement qu'eux pris la matière physique à cœur. Ils y travaillent en corps. Ils ont l'appuy et la bourse du Roy et une belle émulation enire eux. Nous n'en sommes pas là encore.
En ce que nous faisons il n'y a que de bonnes intentions, et des monstres de ce que nous pourrons faire quand le bon vent soufflera. D'autres choses plus nécessaires occupent la prudence du Prince et celle-cy aura sa saison. . . On vous a dit vray que le 3' tome des voyages de M' Thevenol s'imprime. Je luy feray sçavoir le goust que vous avés pris à la lecture des deux premiers. Il se faut resjoùir avec vous de ce que vous estes si proche de la fin de vostre carrière.» Le 3j juillet. Chapelain (r io3) écrit à M. de la Forge, médecin, à Saumur : rVous vous mettes trop bas quand ^ous vous sousmettés à moy pour la révision cl la correction de voslre ouvrage. Le disciple n'enseigne pas le maislre, et c'est tout ce qu'il peut faire que de luy proposer ses difficultés. C'est la première raison qui me fait vous prier de me dispenser d'un employ que je ne pourrois accepter sans témérité. . .7) Chapelain lui recommande de choisir pour Mécène M. de Monnior, r sous-doyen des Maisires des Rcquestes, homme de lettres, puissant en biens et en crédit et le plus grand protecteur que nous ayons en France de la secte que vous professés, et je ne croy pas que vous puis.siés jetler les yeux sur aucun autre qui vous sceust meilleur gré de vostre offrande."
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
ning' que la Cour lienl éloigné de Paris et auquel je ne puis que par liazard envoyer mes (lospesches. Dabit Deiis his quoqne jinem '.
L'accommodement se fera , ou la France se joindra à la Hollande, et nous prendrons des mesures plus justes pour nous pouvoir à l'avenir entrecommuniquer. Cependant prenons patience et contenions nous de ce (jui se peut.
Je suis très salislait de vostre nouvel engagement pour addresser au lîoy vostre Traitté de l'Origine du Nil et des causes de sa creiie, en attendant que vous iuy prépariés quelque offrande plus proportionnée à sa grandeur et à vostre force. Vous serés en celle-cy historien, géographe, naturaliste, philosophe et vous signalerés vostie curieux et solide sçavoir en toutes les manières également. 11 me sera hieii doux de vous voir marcher et courir dans une route nulliu^s mite trila solo' et laisser hien loin derrière tous ceux qui asjjirent à la mesme palme.
Je ne suis pas plus que vous de l'opinion de mon ami M"" de la Chambre sur cet article là. Vous veri-és pourtant que sa chimère est belle, qu'il la soustient capableblement et que ses raisonnemens ne sont pas destitués d'expérience ni revestus d'un stile sans ornement. Je 1 ay averti de vostre concurrence sur le mesrae sujet, mais
1 C'est le vers 199 du livre I de l'Enéide :
0 passi graviora : dabit Deus his quoque Cnera.
Lucrèce, De natura rerum, liv. I, versi, 2.
Avia Pieriduni peragro loca nuliius ante Trita solo. . .
' Discours sur les causes du débordement du Nil, et discours de la nature divine, selon la philosophie platonique (Paris, i665, in-^").
* MaUhieu.se noya en i638 , près de Leyde, après s'être trois fois précipité dans les eaux pour sauver les compagnons de son naufrage. Les An-
je l'ay aussi assuré que vous ne le plaiderés point encore que son sens soit différent du vostre. Il l'a receu en honneste homme et m'a annoncé qu'il vous envoyeroit par moy un exemplaire de son ouvrage aussitost qu'il aura veu le jour \
Les Annales hollandoises de feu M' vostre frère Matl. Vossius" ne font point de honte à sa race, et quoyque j'ignorasse vostre proximité, je jugeay qu'il tenoit fort de l\P vostre père et de vous. N'a -t- il laissé de Iuy que cela? La traduction que M' vostre autre frère Dionisius Vossius fit de la révolution des Pais- bas m'a paru une chose excellente et je l'ay encore plus estimée depuis que vous m'avés appris qu'il l'avoit faitte au dessous de vingt ans ^ Quel dommage (pic des personnes de si belle espérance sertentdu monde en y entrant! Mais Dieu vous y a laissé pour rei)résenter toute vostre sçavante famille. Je le prie qu'il vous y conserve pour le bien général et pour la consolation particulière. Monsieur, de vostre, etc.
De Paris, ce xxxf juillet iCOô.
Tenés vous pas tousjours la main à la Iranscription de l'Albufèdc, suyvant la prière de M' Thevenot et avec toutes les précautions stipulées pour la faire avoir la plus correcte que faire se pourra et au plus tost?
nales de la Hollande, divisées en cinq livres, parurent à Amsterdam , en 1635 , m-li". Elles furent augmentées depuis par Ant. Borremans et traduites du latin en flamand par Nie. Borremans. Niceron , comme on le voit par la phrase de Chapelain , s'est trompé en attribuant les Annales à un fds de Mattliieu, Gérard, pctit-fds de Gérard- Jean.
5 Denys Vossius , né à Dordrecht en mars 1 6o(j , mourut à Amsterdam en octobre i633. Sa traduction latine des Annales écrites en flamand par Reidan parut à Leyde en iG33, in-folio.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
ce XXXIV.
À M. COLBERT