À TE!SCE
Ne me parlés point de nuages pour voslre esprit : il a tant de feu qu'il seroil capable de les dissiper et chasser de toute la Provence si vous luy laissiés la liberté de se déployer et de luire. Vous n'avés pas pu niesme Tempescher de briller dans le billet auquel je responds par celuy cy ; mais vous vous dissimulés vos lumières à vous mesme et il ne
tiendroit pas à vous que nous n'en fussions pas éclairés s'il estoit facile de cacher le soleil à la nature. Vous n'auriés que faire de son char pour venir faire une visite à la Pucelle si vous vous vouliés servii" du vostre qui sçait le chemin de sa cabane et qui l'a desja fait tant de fois. Mais vous ne l'aimés pas assés pour cela et les Orcades de vos rochers , les Nymphes de vos vallées et les Néréides de vos mers l'emportent sur elle et vous tiennent attaché à leur demeure pour ne vous en escarter jamais. Dieu vous le pardonne , mais pour
céder. Chapelain y donne à son ami cet avertissement: «Pour le remercinient à M' Colbert, il est de nécessité aussi bien que de bienséance de le faire, mais outre que vous le dcvés faire le plus éloquent et le plus honnesle que vous pourrés, il faudra le Iraitler de Monseigneur quoyque sa modestie s'en défende, t) Cette modestie n'élait-elle pas du genre de celles qui se laissent faire une douce violence? Le i ©décembre, Chapelain écrivait à Vossius (f i /io v") : « . . • Je suis bien aise d'apprendre que le Bocace de M. EIzevir soit publié, et, s'il le donne à un prix raisonnable, j'useray volontiers de vostre en- I remise pour me le recouvrer, relié à la mode de voslre pais qui est lousjours la plus élégante, mais il faudra, s'il vous plaist, le faire bien collalionner, avant que de le donner au relieur. Vous m'obligerés aussi d'y joindre les poésies de W Ménage, de l'impression de M' EIzevir, reliées de mesme... Vous m'avés bien fait plaisir de me mander que vostre Iraitté du Nil estoit presque achevé d'imprimer et qu'il n'y avoit plus guères que des cartes géographiques à faire qui estoienl entre les mains du graveur. Je m'altens de vous voir dans cet ouvrage grand philosophe et grand historien et je vous augure la palme sur tous ceuï qui se sont exercés sur celle matière, tî Chapelain s'amuse ensuite aux dépens d'un moderne qui, dit-il, a écrit un mauvais livre sur le Nil et qui , pensant traiter de A'i/o, se trouve avoir traité de nihilo. — Le même jour, Chapelain s'en- Iretient en ces termes (P lii) avec Heinsius : !? , . . J'oubliois à vous dire qu'encore que ces
CHAPELAIN.-
remercimens fussent cscrils avec voslre élégance ordinaire, celuy de M' Colberl m'a semblé un peu plus familier et dans un détail plus estendu que la dignité de la pei sonne ne le requeroit. Ce n'est pas que cela ait eu aucune mauvaise suite que je sache, mais à l'avenir il sera bon que voslre gratitude de ce coslé là soit plus pompeuse et moins négligée, afin qu'on ne vous croye pas moins éloquent et moins sensible à la grâce du Roy que les autres estrangers qui sont honnorés de ses faveurs et qui se liient d'en monslrer leur ressentiment par des expressions magnifiques et respectueuses. 11 court icy un bruit, que M' Konigsmark vient ambassadeur extraordinaire en celle Cour, de quoy je doute puisque vous ne me l'avés point annoncé. Ce que je vous puis assui cr de mon coslé, c'est que M' d'Andilly de Pomponne est nommé ambassadeur extraordinaire du Roy à Slokholm et doit partir avant Noël, et parce que c'est un des plus sages humains et habiles hommes du monde, et de plus mon intime, je l'ay préparé sur vostre sujet comme il falloit, et il ne tiendra qu'à vous qu'il ne devienne tout à fait voslre ami. L'union d'interest qui est entre la France et la Hollande vous engagera l'un et l'autre à vous voir et communiquer pour concerter ensemble une conduite utile aux deux nations auprès de la Suédoise... Je luy ay respondu de vous et je vous responds de luy. On diroit que Dieu vous l'a envoyé pour vous ayder à soustenir voslre employ plus heureusement que par le passé et à l'avantage de vostre païs.n
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
nous , nous ne vous le pardonnons point. Encore si nous sçavions ce que vous ave's fait ou ce que vous faites, on se repaislroit de cette ombre de vous raesme si l'on ne s'en consoloit. Qu'est-ce que j'entens que vous condanne's Josiiëau\ ténèbres'? Celuy du ministre Gorras ^ vous auroit-il fait peur et seroit-il possibleque vous en craignissiës la comparaison'? Ce ministre aiitem s'est converti \ a eu mille livi-es de pension du clergé et a este' fait lieutenant particulier à Montauban*. Il n'a pas perdu au change. M""' de Rambouillet languit depuis près d'un an. M'Conrartsedéfend bien de ses maux et je ne succombe pas aux miens. De Paris, ce sviii décembre i665.